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jeudi, 30 juillet 2009

La burqa très marginale ? Quel mensonge !

Billet court, cette fois-ci : je lis partout que la burqa serait un phénomène très marginal en France. 400 femmes voilées intégralement seulement. C'est se moquer du monde. Si je compte toutes celles que j'ai déjà croisées à Paris et en région parisienne, j'ai eu un invraisemblable coup de malchance alors ? Le phénomène est sans doute marginal, certes, mais pas très marginal.

Et toute la presse de titrer en coeur sur la marginalité en poussant un lâche soupir de soulagement. Ah, elles vont pouvoir venir, les bonnes consciences de gauche, au secours de l'islamisme rampant en proclamant que la populatiion française fantasme.

Cela me rappelle le discours de la gauche avec la montée de l'insécurité au début des années 80 : circulez bonnes gens, non non, les cités de notre beau pays sont sûres, la délinquance n'existe pas. Juste des jeunes qui s'ennuient ou de pauvres gens qui essaient de répliquer à l'oppression du capitalisme international.

Enfin, si la police estime les cas de port de burqa comme elle relève et comptabilise les plaintes, je ne m'étonne pas qu'elle ne décompte que 400 cas...

Cela dit, il ne faut pas confondre la Burqa et l'Islam. Laura Asma a fait une mise au point très claire sur son blog à ce sujet. Je pense tout comme elle que c'est une erreur de légiférer en l'état sur le port de la Burqa. En revanche, si l'on constate une dérive sectaire au sein de certains courants radicaux de l'islamisme, il sera toujours envisageable de faire appliquer la loi (si la burqa est portée de force, par exemple, ou sous l'effet d'une persuasion indue). Il existe des pratiques autrement plus dangereuses dans certaines sectes que la France ne réprime pas : quid, par exemple, des Témoins de Jéhovah et de la vaccination ? Bien sûr ce cas précis ne porte pas une signification précise quant au statut social de la femme, mais il serait délicat (et injuste) de la part des pouvoirs publics d'avoir la main lourde d'un côté et pas de l'autre.

Tant que le phénomène ne s'étend pas et ne menace pas le tissu social il n'y a à mon avis pas lieu de légiférer, j'ai déjà exprimé la position sur le sujet.

Au fait, je n'ai pas entendu beaucoup (même pas du tout) le MoDem sur ce sujet. Bien que ce ne soit pas un sujet facile, je pense que nous devrions nous exprimer et définir une position.

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mercredi, 29 juillet 2009

Il faut réhabiliter le travail des adolescents

J'espère me faire traiter au moins une fois de sale capitaliste droitier, salaud d'exploiteur du peuple (je suis très sensible à la flatterie et rien ne me fait plus plaisir que l'on me dise que je suis un sale droitier réactionnaire) ou pire encore, de  néolibéral avec ce billet.

Puisque l'on évoque la dérégulation du droit du travail,  il y a une dérégulation à laquelle je suis favorable : autoriser le travail des enfants (du moins, des adolescents). J'ai lu intégralement le deuxième livre de Maria Montessori, De l'enfant à l'adolescent, et elle l'envisage très sérieusement.

Au début du chapitre Métamorphoses, elle écrit ceci à propos de l'enfant (07 à 12 ans) et l'argent : il faut, entre autres réalités, qu'il se rende compte de ce que doit représenter l'argent. Sans l'argent nous pourrions nous promener au milieu des choses les plus merveilleuses sans jamais pouvoir y toucher. Nous serions comme un oiseau dont le bec serait cassé, et qui mourrait de faim sur un tas de grains. L'argent est le moyen qu'a l'homme de se procurer les objets ; c'est pour cela qu'il emprunte un grand intérêt. Nous devons le considérer comme la «la clef de métal» qui ouvre la porte de la supernature. Il faut donc que les enfants acquièrent une expérience personnelle en achetant eux-mêmes des objets, et qu'ils se rendent compte de ce qu'ils peuvent acheter avec l'unité de monnaie de leur pays.

Joli, non ? C'est par une critique en règle de l'école secondaire, dans le chapitre L'enfant à la terre, qu'elle introduit et réhabilite le travail, je cite le passage le plus enblématique, à mes yeux, de cette réhabilitation (ça va plaire à Hashtable, je le sens) :

Le problème de la réforme de l'école secondaire ne sera résolu ni en supprimant la «culture», ni en perdant de vue la nécessité de préparer la jeunesse aux professions intellectuelles. Mais il est essentiel que cette préparation n'endorme pas les hommes dans un sentiment erroné de sécurité, et ne les rende pas incapables de faire face aux difficultés imprévues de la réalité, en les laissant ignorants du monde dans lequel ils sont destinés à vivre.

Plus loin, elle écrit :

La réforme essentielle consiste donc à mettre l'adolescent en mesure d'acquérir son indépendance économique. Elle vante alors la valeur du travail pour l'édification sociale de l'adolescent et précise : le travail en soi a une bien plus grande importance que le genre de travail auquel on se livre. Tout travail est noble. La seule chose indigne est de vivre sans travailler.

Nous y sommes donc. Elle fait alors l'éloge des petits boulots et engage les enfants, dès leur jeune âge, à monter de petites entreprises et à vendre le produit de leurs travaux.

Chapeau ! Un des avantages du travail des jeunes adolescents est notamment de les occuper, d'éloigner d'eux l'oisiveté, dont on sait qu'elle est la mère de tous les vices. C'est ce que disaient nos anciens et industrieux Romains (le proverbe est d'origine latine) et ils avaient bien raison. Nul doute que les adolescents qui passent leur ennui en incendiant des véhicules ou en les caillassant eussent été bien mieux à pratiquer une activité artisanale ou commerçante. Et en effet, cela leur permettrait de rentrer de plein pied dans le monde social. Maria Montessori a raison.

Le salaud d'exploiteur du peuple que je suis, suppôt du capitalisme pré-fasciste et de la finance internationale, pense donc qu'il serait bon de rouvrir juridiquement le dossier. Les stages en entreprise ont été une brèche dans le principe, mais bien petite, et largement insuffisante. En outre, compte-tenu des très nombreux loisirs des adolescents aujourd'hui, je ne suis pas convaincu qu'il soit bien utile de les faire travailler sur le temps d'école. Cela pourrait se faire soit dans via des classes aménagées avec des programmes aménagés, soit tout simplement sur le temps libre qu'ils ont en abondance et dont ils ne savent généralement pas quoi faire...

Grippe A, le droit du travail va devoir s'adapter

A Libération, on s'est posé exactement la même question que moi, apparemment : quid du droit du travail en temps de pandémie ? En effet, pour faire face à une éventuelle crise pandémique, il est évident que les horaires des entreprises vont devoir s'adapter, donc ceux des salariés aussi, et que le télétravail va exploser. Ce n'est pas sans poser un certain nombre de problèmes du point de vue du droit du travail (horaires légaux, maxima journaliers). Je crois que nous avons d'éminents juristes au sein de la blogosphère : Authueil , Diner's Room ou Maître Éolas par exemple.

Cela va être difficile de convaincre Authueil d'écrire une note à ce sujet puisqu'il considère qu'il s'agit d'une gripette. Je n'ai jamais vu ni lu ici les deux derniers et très rarement une arrivée en provenance de leurs deux blogs. Je crois aussi me souvenir que le Crapaud du Marais enseigne le droit, mais je n'en suis pas certain à 100%. Il pourrait peut-être envisager un petit billet sur le sujet si, du moins, je ne me suis pas trompé. Plus généralement, tout blogueur versé en droit a voix au chapitre sur le sujet.

EDIT : Nemo est juriste, je l'ignorais, et je viens de trouver un blog démocrate versé en droit !

Des situations inédites risquent pourtant de se produire pendant la pandémie. Il ne faudrait pas qu'elles se pérénisent si elles portent atteinte au droit du travail. Delphine Legouté signale l'existence d'une circulaire ministérielle à ce sujet parue le 03 juillet dernier. Le chapitre 3 de la circulaire porte sur l'organisation du travail. Il prend en exemple les niveaux 5B et 6 de la pandémie, c'est à dire ceux auxquels nous risquons d'être confrontés. Des aménagements de l'organisation du travail sont prévues  :

- polyvalence => changement des conditions de travail : le salarié peut avoir à effectuer des tâches de nature différente, accroître son volume horaire et effectuer plus de tâches (sans qu'il soit précisé si elles donnent lieu à plus d'heures). La circulaire précise que la décision de l'employeur est unilatérale et que l'employé peut être licencié s'il refuse de s'exécuter !

- modification du contrat de travail => cela touche la fonction occupée, la rémunération, les horaires et l'obligation de travailler à domicile. Si le salarié refuse de signer le nouveau contrat, il peut être licencié !

La circulaire précise toutefois que ces mesures sont temporaires et ne peuvent excéder la durée de la crise. Les précisions sur les objectifs (maintien des activités essentielles, fonctionnement dégradé de l'entreprise, attention portée aux éléments essentiels du contrat) me semblent largement subjectives.

travail-droit-grippe.jpgVoici la liste des dérogations possibles pour l'aménagement du temps de travail.

Je trouve que cela fait beaucoup. En situation d'urgence, je m'accorde avec la nécessité des adaptations si la survie de l'entreprise l'exige, mais il ne faudrait pas, sous prérexte de la pandémie, faire n'importe quoi, et puis en profiter, par la suite, pour développer le télétravail quand les salariés sont malades parce que cela aurait fonctionné très bien pendant la crise pandémique.

En somme, une situation d'urgence ne doit pas servir de prétexte à la remise en question postérieure de droits fondamentaux, d'autant que cela a été évoqué par la majorité au pouvoir assez récemment.

L'article 5.3 de la directive aborde le droit de retrait. Dès lors que l'entreprise a accompli le plan de précaution sanitaire qu'elle se doit de mettre en place, ce n'est pas la peine d'y songer, cela ne s'applique pas à la situation. Le 5.4 précise la chose en rappelant que le salarié est tenu de venir travailler, même en temps de pandémie grippale.

Cela fait tout de même beaucoup de choses.

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dimanche, 26 juillet 2009

Grippe A, le MoDem analyse la préparation de la France

1249609797.jpgEh bien moi qui m'offusquais de l'absence de réactions des partis politiques sur l'évolution de la grippe A, je viens de faire une découverte : Jean-Jacques Jégou, Sénateur du Val de Marne et trésorier du MoDem, un fidèle de Bayrou, vient de rendre public il y a deux jours, un rapport extrêmement complet sur la gestion de la pandémie grippale. Il ne s'est pas intéressé aux aspects scientifiques, il eût alors fallu auditionner beaucoup d'experts médicaux et il ne s'en sentait pas la conséquence, mais à la gestion des stocks de médicaments ainsi qu'à leur distribution.

Le but de votre rapporteur spécial n'a pas été d'apprécier la qualité scientifique des choix stratégiques opérés dans la constitution du « stock national santé », ce qui aurait nécessité le concours d'experts scientifiques et aurait davantage relevé des compétences de fond des rapporteurs pour avis. Mais il a été d'en évaluer la gestion logistique - c'est-à-dire les modalités d'acquisition, de stockage, de recensement et de renouvellement - au regard de deux notions : « la bonne administration » et l'efficience. Autrement dit en quoi la mise en place de l'EPRUS constitue-t-elle un progrès par rapport à la gestion précédemment assurée par la direction générale de la santé (DGS) ? Dans quelle mesure l'optimisation des moyens financiers alloués à cet établissement est-elle assurée ?

Il faut savoir qu'en France, c'est un organisme, l'Établissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires (EPRUS) qui a pour mission la gestion administrative et financière de la « réserve sanitaire » ainsi que la gestion des stocks de produits de santé constitués en cas d'attaques terroristes ou de pandémies.

Jean-Jacques Jégou s'était appuyé sur une note du Haut Conseil de la Santé Publique du 05 septembre 2008 qui estimait probable à court terme, sans pouvoir pour autant en prévoir exactement le moment, une pandémie de grande ampleur. Ils ont eu du nez. Sur le moment, c'était plutôt le SRAS (virus H5N1) et non la grippe porcine (virus H1N1) qui les avait amené à de telles conclusions.

En somme, la lecture du rapport fait un état des lieux et donne des préconisations pour faire face efficacement à une pandémie majeure.

Ce que j'ai retenu du rapport c'est la forte dispersion des stocks et des centres de décision : plusieurs ministère ainsi que certaines collectivités territoriales ont constitué des stocks, sans que l'EPRUS en soit avisé. De plus, le partage des compétences et des responsabilités entre le ministère de la santé, l'AFSSAPS et l'EPRUS dans la gestion du « stock national santé » n'est pas clair : on ne sait pas qui doit faire quoi.

Les sites de stockage présentent des conditions de conservation hétérogènes et le suivi précis de l'état des stocks est rendu complexe par l'outil informatique actuel, non relié aux systèmes d'information des prestataires de l'EPRUS.

Quelques précisions sur le Stock National Santé :

A la suite des attentats survenus en septembre 2001 aux Etats-Unis et des alertes à l'anthrax, la France a procédé à l'achat de stocks d'antibiotiques (fluoroquinolones), d'antidotes (cyanokits, contrathion), d'iode stable, de vaccins antivarioliques et de matériel d'injection (aiguilles, petit matériel dédié). Dans le cadre du plan de prévention et de lutte « Pandémie grippale », le ministère de la santé a constitué un stock important d'antiviraux (Tamiflu, Relenza, Oseltamivir non conditionné), de masques de protection FFP215 pour les professionnels de santé et de masques anti-projections dits chirurgicaux destinés à être portés par les malades pour protéger leur entourage, ainsi que de plus petites quantités de vaccins prépandémiques avec le matériel d'injection correspondant. Quant aux épidémies récurrentes de méningites, des stocks de vaccins ont également été constitués (MenBVac, NeisVac, Ménomune).

Le « stock national santé » a  été constitué au fur et à mesure de l'élaboration des plans et en fonction des solutions les plus rapidement disponibles, soit le plus souvent celles proposées par les laboratoires et les fournisseurs eux-mêmes ; - cette constitution précipitée et par sédimentation des stocks a eu pour principal effet une très grande hétérogénéité des sites de stockage pour un coût élevé : sites centralisés dans des établissements de l'Etat répartis entre plusieurs sites métropolitains ; stocks centralisés dans des établissements privés (laboratoires pharmaceutiques, dépositaires pharmaceutiques, entrepôts logistiques) ; stocks décentralisés (SAMU, hôpitaux)...

Si le rapport observe qu'en apparence, la France fait partie des pays les mieux préparés, par exemple la France fait partie des trois seuls pays, outre le Royaume-Uni et les Pays-Bas, à avoir intégré dans son plan une évaluation de l'impact des antiviraux et des vaccins à travers l'organisation d'exercices de simulation, il n'en note pas moins que cette préparation demeure largement théorique.

L'EPRUS a été mis en place, parce que son prédécesseur, la DGS, avait laissé entrevoir de nombreuses défaillances. Mais son fonctionnement n'a pas convaincu la Cour des Comptes qui estimait, le 13 octobre 2008, qu'en tout état de cause, la création de ce nouvel établissement ne pourrait résoudre, à elle seule, les difficultés rencontrées précédemment.

L'EPRUS devait empêcher la prolifération des acteurs et des structures dans le domaine sanitaire (vous allez comprendre pourquoi en observant le schéma ci-dessous...)

eprus.gifImpressionnant, non ? Ne cherchez pas à comprendre le schéma, j'ai renoncé. Mais une chose est certaine, c'est qu'avec une telle organisation, il est clair que l'efficacité en prend un coup, or, dans une pandémie, il faut pouvoir réagir dans l'urgence avec efficience...

L'EPRUS n'est pas parvenu à corriger ce gros bordell (appelons un chat un chat) parce qu'à ce que j'ai compris du rapport, il a été mis en place dans la précipitation, sans cahier des charges ni définition claire de ses moyens et de ses missions. Et c'est cet organisme-là qui devrait en principe gérer les 94 millions de doses contre la grippe A  que Sarkozy a fait acheter à la France...

Mieux, début 2009, l'EPRUS n'avait pas encore de locaux en propre !

Pas de contrats d'objectifs ni de moyens, mais une liste assez lâche et une lettre de mission, voilà, en somme ce qu'est l'EPRUS jusqu'à aujourd'hui.

Reste le positionnement de l'EPRUS par rapport aux différents acteurs, et là, le schéma ci-dessous va vous aider à mieux ne pas comprendre...

 

 

Eprus2.gifImpressionnant, non ?

Enfin, heureusement, avec l'apparition du virus H1N1, l'EPRUS a complété son recrutement, dispose d'un siège à Saint-Denis et est à peu près opérationnel pour ses missions les plus essentielles (toujours mal définies, toutefois).

Jean-Jacques Jégou s'est également interrogé sur l'efficacité des produits stockés, et voici ce qu'il écrit dans le rapport :

- Les produits stockés sont-ils efficaces ?

Outre la question de la péremption de ces produits qui sera abordée plus loin dans le présent rapport, votre rapporteur spécial s'interroge sur plusieurs éléments.

Certains interlocuteurs de votre rapporteur spécial ont, tout d'abord, attiré son attention sur l'efficacité relative à attendre du Tamiflu : d'une part, pour être efficace, le Tamiflu doit être prescrit dans les premières heures de la transmission de la maladie ; d'autre part, des résistances à ce produit ne sont pas à exclure. Ces cas seraient pour l'instant sporadiques, selon l'OMS, dans le cas du virus A/H1N163(*).

S'agissant des antibiotiques, le ministère de la santé a indiqué à votre rapporteur spécial qu'il n'avait pas été jugé nécessaire de constituer des stocks particuliers, les disponibilités actuelles étant considérées comme suffisantes. Votre rapporteur spécial note cependant qu'il lui a été, dans le même temps, confirmé que la mortalité liée à une pandémie grippale tenait, pour l'essentiel, aux surinfections liées à la grippe.

Quant aux masques, peu de modèles scientifiques ont, pour l'instant, étudié leur efficacité en raison notamment du manque de données les concernant en termes d'efficacité épidémiologique et d'acceptabilité par les patients.

Votre rapporteur spécial s'interroge, enfin, sur le calendrier d'acheminement des nouveaux produits et équipements récemment commandés (masques et vaccins). En effet, alors que le « pic » pandémique est prévu pour cet automne, les masques FFP2 ne seront livrés qu'à hauteur d'environ 25 millions par mois entre juin 2009 et septembre 2010. Quant aux vaccins contre le virus A/H1N1, les livraisons seront échelonnées entre le mois d'octobre 2009 et le mois de janvier 2010, voire le mois de mars ou avril 2010 selon les capacités de production des laboratoires. Sachant que les deux injections nécessaires doivent être séparées de 3 semaines et que le patient n'est totalement immunisé qu'au bout de plusieurs semaines, votre rapporteur spécial s'interroge sur le risque d'une livraison tardive de certaines doses de vaccins et indirectement sur l'opportunité d'une commande aussi importante si une partie des doses ne peut être livrée à temps.

Il serait assez long d'énumérer tout ce que dit le rapport, mais il me semble avoir mis en évidence dans cette note des points essentiels. Comprenons bien que l'aspect logistique est au moins aussi important que l'aspect scientifique : à quoi cela sert-il de mettre au point un vaccin s'il arrive trop tard ou qu'il périme ou qu'il n'est pas stocké en un endroit où il est facilement accessible ? Ou encore qu'il n'a pas été défini clairement qui doit le distribuer aux centres de soins et aux médecins ? Voilà le type de questions que s'est posé Jean-Jacques Jégou, et elles me paraissent fondamentales. Cela méritait d'être porté à la connaissance du grand public, d'où mon billet.

Je m'étonne grandement que le site national du MoDem ne fasse pas état de ce travail d'une telle importance, et d'une très grande qualité, tout à fait essentiel par les temps qui courent, fait par l'un des siens  !!!

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vendredi, 24 juillet 2009

Grippe porcine, que faire des enfants des personnels médicaux si les écoles ferment ?

J'ai lu un article du Figaro, datant de mardi, qui a le mérite d'ouvrir le débat, et de manière conséquente : si la contagion s'accélère, comme il est probable, dans les écoles, ne serait-il pas sensé de fermer les écoles. Et le Figaro d'égrener des exemples convaincants :

Plusieurs expériences passées témoignent de l'efficacité de cette mesure sur la propagation des virus. En Israël, en l'an 2000, une grève des professeurs pendant une épidémie de grippe a contribué à réduire fortement le nombre de malades, de visites chez le médecin et d'hospitalisations. En France, une étude réalisée entre 1984 et 2006 a montré que les vacances scolaires d'hiver sont capables de prévenir un cas de grippe sur six et que globalement elles réduisent les contaminations de 38 à 45 % lors du pic de l'épidémie. Selon des épidémiologistes américains et australiens, la fermeture des écoles (associée à celle des églises) pendant la grippe espagnole de 1918 dans certaines villes aurait contribué à baisser le taux de mortalité de 10 à 30 %.

Mais, l'article souligne aussitôt que des problèmes pratiques surgiront alors dans la foulée ; notamment, que faire des enfants des personnels médicaux. Eh bien, pour moi, la solution est claire et nette : à situations exceptionnelles, mesures exceptionnelles ! Tous les personnels médicaux doivent bénéficier d'une priorité pour faire garder leurs enfants, soit dans les écoles, soit par tout autre biais envisageable par les pouvoir publics et par les parents concernés.

Il faut aussi concevoir qu'une telle décision, si elle se généralisait, pourrait avoir des conséquences économiques non négligeables, car qui gardera alors les enfants ?

Il est grand temps de commencer à aborder les questions de fond, concernant cette pandémie, car elle est inévitable, le Permier Ministre, François Fillon, le reconnaît. Nous aurons des millions de cas en France. Il ne s'agit pas d'attendre d'être dans la tourmente et de risquer d'improviser. Je trouve par exemple, que nos généralistes sont très mal informés sur les mesures concrètes qu'ils doivent prendre. Je m'étonne, d'ailleurs, du silence radio presque complet de la classe politique sur ce sujet, à l'exception du gouvernement. Il me semble que c'est aussi le rôle des partis politiques que d'oeuvrer contre un danger de cette espèce, sans esprit de polémique, bien sûr, mais avec la volonté ferme de proposer les meilleures mesures. Seul Cap21, composante du MoDem, demandait le passage à la phrase 5B lundi dernier, s'étonnant de l'impréparation des collectivités locales :

CAP21, parti fondateur du Mouvement Démocrate, présidé par Corinne LEPAGE, députée européenne, s’étonne que l’Etat n’ait pas encore déclenché la phase 5B du plan de pandémie grippale, phase qui correspond à l’extension de la transmission interhumaine du virus sur le territoire français. Même si le virus semble encore peu virulent, la rapidité de sa propagation dans notre pays justifie le déclenchement de mesures renforcées pour anticiper les difficultés prévisibles à la fin de l’été.

Eric DELHAYE, président délégué de CAP21 et élu local s’étonne en particulier de l’état d’impréparation des collectivités locales notamment de celles en charge de la collecte des déchets ménagers ou de l’assainissement, services essentiels qui ne sauraient se retrouver brutalement arrêtés. Très rares sont celles qui ont été contactées par les Préfectures pour faire le point sur les dispositions prévues pour assurer la continuité d’activité et sur les stocks d’équipement de protection individuelle constitués. Les collectivités locales sont aujourd’hui livrées à elles-mêmes.

Si la pandémie gagne du terrain en France, on peut craindre légitimement pour la continuité de services publics locaux essentiels sur le plan sanitaire.

Aussi CAP21 demande le déclenchement de la phase 5B du plan et souhaite le renforcement de l’information auprès des collectivités locales par l’intermédiaire des préfectures.

Il y a une chose qui est inquiétante dans cette histoire : heureusement, le virus est bénin, pour cette pandémie. Mais, que se serait-il passé s'il s'était agi d'un virus de type SRAS, mortel dans presque 50% des cas ? Question angoissante, n'est-ce pas ? Si jamais nous nous en sortons sans dommage, il faudra vraiment considérer avec la plus grande attention les risques sanitaires à l'échelle mondiale et la manière d'y faire face.

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H1N1 débarque en France

Tiens, qui titrait sur les 100 000 cas par jour en Angleterre au début du mois ? 100 000 nouveaux cas dans la semaine en Grande-Bretagne. On sera bien, en effet, à  100 000 cas par jour au mois d'août. Je note que les contaminations se multiplient en France. Après une période de latence, nous allons prendre le même chemin que le Royaume-Uni, mais à une période climatiquement moins favorable.

La grippe porcine, comme le titre Démocratix, ne connaît pas l'hypocrisie administrative à la Française. Ce que je vois venir, c'est une progression comparable en France, mais à l'automne. Je ne saurais trop recommander à mes lecteurs d'essayer d'être le plus en forme possible à cette période. Cela ne permet pas d'éviter la grippe, mais cela permet de mieux lutter contre elle.

Il y a un point qui m'étonne : j'ai entendu certaines personnes comparer l'épidémie actuelle avec celle de 1918 mais personne avertir que le virus-souche était le même ! Toutefois, il a été recombiné avec d'autres virus grippaux pour donner l'actuel virus.

Cela dit, ceci ne signifie pas qu'il y a aura 60 millions de morts comme en 1918, pour une raison très simple : les conditions d'hygiène et la bonne santé globale des Européens devraient limiter largement la virulence de cette souche. Il pourrait, en revanche, en aller tout autrement dans des pays moins développés : la grippe porcine pourrait y faire des ravages, décimant certaines régions du monde et déstablisant l'économie mondiale.

La France pourrait passer au niveau 6 d'alerte avant même la rentrée scolaire du mois de septembre. Roselyne Bachelot, actuelle Ministre de la Santé, l'a clairement envisagé.

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jeudi, 23 juillet 2009

Les privilèges des femmes salariées

Il m'a fait rigoler, le père Némo, dans son dernier billet : il répond à à une note d'Olympe sur les différences de salaires. Olympe renvoie à une revue de sciences humaines qui consacre un article synthétique et factuel à la question.

Némo, sans contester l'existence d'écarts de salaire, tente d'apporter des éléments de réponse, et conclut de ces derniers que ces disparités ne rentrent pas forcément dans le champ de la discrimination à l'égard des femmes.

Je me suis arrêté sur son argument principal :

2. Les salariés prisonniers des mêmes réflexes: une proportion extrêmement importante de femmes a tendance à privilégier la vie privée au détriment de leur évolution professionnelle.

Alors, je décrypte pour les dilettantes ce que c'est, privilélégier la vie privée pour une femme : en rentrant, faire les courses, préparer à manger pour monsieur et le cas échéant la petite famille, débarasser, torcher les chiards pas encore en âge de le faire eux-mêmes, laver la vaisselle, coucher les charmants bambins. Étendre le linge, le cas échéant ramasser et repasser celui qui serait déjà sec. Sympa, non, la vie privée ? Et je ne fais aucune caricature. Il y a deux ou trois ans, une étude était parue pour comparer le temps de travail domestique des hommes et des femmes. Il s'avérait que depuis 1968 l'année de la "grande révolution des moeurs", rien ou presque n'avait changé. En fait, avec le grand chambardement, les hommes ont  gagné le droit de pouvoir batifoler où bon leur semblait, et les femmes celui de cumuler deux emplois : celui qui leur permet de gagner leur pain, et celui qui leur permet de le manger. Cool, le privilège, non ?

Alors, il est vrai qu'il y a d'autres causes, quasi-endogènes : je crois que les femmes sont en moyenne moins attirées par les jeux de pouvoir et le pouvoir lui-même que les hommes. Elles trustent donc moins facilement les postes de direction, surtout en France où les bisbilles florentines sont monnaie courante.

Et pour les célibataires, l'opinion commune se méfie d'elles. Mais ce peut être le cas aussi des hommes célibataires.

En tout cas, pour moi, je ne saurais rejoindre Némo quand il finit en envisageant que les inégalités salariales en fonction du sexe puissent être la conséquence d'un choix. Non, c'est en règle générale la tradition (la mauvaise, celle que nous avons hérité du XIXème siècle) qui perdure contre vents et marées. Et puis, ne nous leurrons pas : quand un employeur pressent qu'une femme est susceptible de tomber enceinte, elle peut tirer une croix sur tout poste de responsabilité dans un avenir immédiat.

J'ai mis un peu plus que deux heures à répondre à Némo, mais je pense qu'après cette volée de bois vert, il a va certainement réagir :-)

mardi, 21 juillet 2009

Conducteur du RER B agressé, l'art de faisander l'information

On a appris par la presse que le 04 juillet dernier un conducteur de RER (RER B) en île de France, avait été victime d'une agression, ce qui avait entraîné une grève spontanée sur cette ligne.

Puis, retournement généralisé, la presse titre partout depuis hier que l'homme est en fait l'agresseur. Ce qui me sidère, dans cette histoire, c'est la manière honteuse dont la presse minimise les circonstances. Que s'est-il passé ? Deux abrutis qui étaient ivres ont tenté de faire un croche-pied dans un escalator à ce pauvre gars qui rentrait tranquillement chez lui. Il a vu rouge, et il s'est fait justice lui-même. Je sais que dans notre république déliquescente, il est normal de fermer sa gueule et de dérouler un tapis rouge à la racaille, mais tout de même.

Soyons clair : il y a bien eu agression ! la racaille qui passait dans le coin a cru pouvoir faire la loi, comme elle y est habituée dans les zones de non-droit, notamment les gares RER, mais pour une fois la victime s'est révoltée.

L'explication de France-info est un modèle du genre (extrait) :

On apprend aujourd’hui que c’est le conducteur qui était l’agresseur... Ce sont les images des caméras de surveillance de la Gare du Nord qui trahissent le conducteur. Il est presque 6 heures et demie, le 4 juillet dernier. L’homme d’une quarantaine d’années, qui finit son service, sort de sa cabine de RER et rejoint un escalator. Arrivé au niveau de cet escalator, il croise deux jeunes hommes, entre 20 et 25 ans selon la police ; ils ont visiblement un peu bu et l’un d’eux tente un croche-pied sur le conducteur. Un geste qui n’a aucune conséquence : le conducteur ne tombe pas, à peine est-il touché. Mais il ne continue pas son chemin, au contraire : il suit, interpelle, cherche les deux jeunes, raconte la police... et au bout de quelques minutes, il frappe l’un d’eux.
S’ensuit un bref échange de coups, toujours enregistré par les caméras de surveillance. Le conducteur racontera ensuite qu’il s’est fait agresser. Un gros mensonge qui entraîne une grève de plusieurs heures (lire notre article) .
L’affabulateur était convoqué ce matin par la Police Régionale des Transports. Il ne s’y est pas rendu. C’est la deuxième fois qu’il fait faux bond aux enquêteurs
.

Vous avez lu comme moi : le geste qui n'a aucune conséquence, deux jeunes hommes qui ont un peu bu, à peine touché...En revanche, le conducteur, lui, est un affabulateur, auteur d'un gros mensonge.

Selon Anne Lamotte, si j'ai bien compris, être agressé c'est normal et se défendre, c'est être un agresseur. Ce qui me console, c'est que dans l'ensemble, et pour l'instant, du moins, la blogosphère n'est pas tombée dans le panneau. Je n'ai lu quasiment aucun blog renchérissant sur le landernau médiatique bien-pensant.

De tout ce que j'ai lu et écouté sur la presse, il n'y a eu que France-info pour en rajouter dans l'exégèse, accablant le conducteur. Minable. Anne Lamotte doit faire partie de ces journaleux ordinaires qui vivent à l'abri de la délinquance dans un beau quartier, toujours prête à voir le fantasme et l'agressivité chez la victime. Ça dégoûline de bonne conscience à France-info...

Pas chance, il y a des relais dégoûlinant chez les magistrats aussi,  puisque c'est l'un d'eux qui aurait confié à RTL que les coups de poing échangés par le conducteur étaient dignes d'un boxeur. Faut-il en conclure en plus, puisque l'État ne fait pas ce qu'il faut avec la racaille, que l'on n'a plus le droit d'apprendre à se défendre ?

J'espère en tout cas que ce gars-là va être soutenu par les syndicats de la RATP, mais je pense qu'on peut leur faire confiance sur une affaire comme celle-là.

mercredi, 15 juillet 2009

Arthur Rimbaud et la fatwa d'Orelsan

La palme de la boboitude libertaire reconvertie dans l'humanitaire sarkozyste revient sans conteste au nouveau Ministre de la culture, Frédéric Mitterrand. Il paraît que les écrits du rapeur Orelsan à propos des femmes ne sont choquants, mais surtout, qu'Arthur Rimbaud a écrit des choses bien plus violentes et qu'elles sont devenues des classiques. Ah bon ? lesquelles ?

Ce qui m'énerve depuis le début, chez les thurérifaires d'Orelsan, c'est leur propension à comparer Orelsan aux grands de la littérature et à s'abriter derrière la liberté artistique pour justifier l'inacceptable. Et Mein Kampf, alors : c'est de la littérature ? Il faut donc en accepter les reprises puisque ce sont des lettres. Et les écrits anti-sémites d'un Drieu la Rochelle, d'un Céline ou d'un Brasillach ? bah, de l'art, de la littérature aussi, je subodore ?

En réalité, les borborygmes du dénommé Orelsan ne sont rien d'autre qu'une fatwa contre les femmes à faire frémir même les intégristes des Madrasas pakistanaises. Puisqu'il menace de maritrintigner une femme, je suggère de bertrancantater Orelsan. Riche idée, non ? et adaptée au cas particulier de notre taliban du Calvados !

On a retenu d'Arthur Rimbaud essentiellement ses transgressions, comme s'il était une fatalité qu'il eût alors donné le meilleur de lui-même. Qui se souvient pourtant qu'il fut d'abord un partisan déclaré du Parnasse ? Le Parnasse était un mouvement littéraire qui s'agaçait des débordements sentimentaux du romantisme et prônait neutralité et retenue dans les écrits. Les Parnassiens rejetaient les engagements sociaux et politiques des artistes et se faisaient les théoriciens de l'art pour l'art. Le nom de leur mouvement rappelait en écho que le Mont Parnasse, en Grèce, était la demeure mythique du dieu des arts et de la lumière, Apollon.

C'est ainsi en pleine période parnassienne que Rimbaud écrivit l'un de ses poèmes les plus fameux : Ophélie. Une toute autre manière de parler de l'amour que celle d'Orelsan...


Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu.
Tes grandes visions étranglaient ta parole :

− Un Infini terrible effara ton œil bleu !

Comme le dit Marc Vasseur sur son blog, à propos de Frédéric Mitterrand les c..., ça ose tout ... Je voudrais ajouter autre chose : Arthur Rimbaud, lui aussi, dans son existence, a été en proie au dépit amoureux (c'est l'une des justifications qu'évoque Orelsan). Mais...c'est tout de même autre chose qu'Orelsan quand il se venge des jeunes filles qu'il a trop aimées...Ses petites amoureuses en prennent pour leur grade, mais c'est fin et humoristique...rien à voir avec le rapeur de banlieue...

Un hydrolat lacrymal lave
Les cieux vert-chou
Sous l'arbre tendronnier qui bave,
Vos caoutchoucs

Blancs de lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
Mes laiderons !

Nous nous aimions à cette époque,
Bleu laideron !
On mangeait des oeufs à la coque
Et du mouron !

Un soir, tu me sacras poète,
Blond laideron :
Descends ici, que je te fouette
En mon giron ;

J'ai dégueulé ta bandoline,
Noir laideron ;
Tu couperais ma mandoline
Au fil du front.

Pouah ! mes salives desséchées,
Roux laideron,
Infectent encor les tranchées
De ton sein rond !

Ô mes petites amoureuses,
Que je vous hais !
Plaquez de fouffes douloureuses
Vos tétons laids !

Piétinez mes vieilles terrines
De sentiment ;
- Hop donc ! soyez-moi ballerines
Pour un moment !...


Vos omoplates se déboîtent,
Ô mes amours !
Une étoile à vos reins qui boitent
Tournez vos tours !

Et c'est pourtant pour ces éclanches
Que j'ai rimé !
Je voudrais vous casser les hanches
D'avoir aimé !

Fade amas d'étoiles ratées,
Comblez les coins !
- Vous crèverez en Dieu, bâtées
D'ignobles soins !

Sous les lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
Mes laiderons !

23:51 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : orelsan, rimbaud, mitterrand |  Facebook | | |

samedi, 11 juillet 2009

Hadopi 2, l'avis d'un expert (droit de réponse)

Ma note écrite la veille sur la deuxième version de la loi Hadopi a suscité de nombreuses réactions, en règle générale au minimum critiques, au pire indignées. Il m'a paru juste de donner un droit de réponse aux commentateurs, et j'ai donc choisi yeti62, car c'est celui qui a donné les éléments les plus développés dans sa réponse. La voici, et que chaque lecteur se fasse sa propre idée (ouf, j'avais la flemme d'écrire un nouveau billet pour aujourd'hui : heureusement, les commentateurs de qualité que j'ai sur ce blog suppléent à mes faiblesses :-) ). Juste une remarque, toutefois, et je le faisais valoir dans les commentaires hier : la réponse de yeti62 est d'abord technique, pas juridique. J'ajoute, tant que j'y suis, que je n'ai jamais dit qu'être contre Hadopi revenait à se prononcer en faveur des téléchargements illégaux. Enfin, je serais curieux de lire yeti62 ou quiconque d'autre me détailler sérieusement le nouveau modèle de développement par lequel prétendûment on pourrait financer la création artistique. A ma connaissance, le seul danger qui menace les Majors (et les artistes avec), ce sont les téléchargements illégaux, justement...Légiférer sur ces téléchargements ne relève en aucune manière d'une aide économique mais de la fonction régalienne la plus élémentaire d'un État : l'exercice de la justice.

J'ignore de quel parti politique vous êtes, mais vous semblez en partie mal informé.
Le téléchargement illégal n'est pas un vol : le propriétaire de l'"oeuvre" (ici donc, l'ayant-droits) n'est en aucun cas dépossédé de son bien.
Donc ce n'est pas du vol. C'est un délit de contrefaçon.

Pour continuer sur votre mauvaise information, il me semble également que vous faites un amalgame plus que gênant qui stipule que toute personne qui est contre Hadopi se révèle être en faveur des téléchargeurs illégaux et donc d'un internet "sans foi ni loi", pour vous citer. à titre d'exemple, je ne télécharge rien illégalement, je n'ai aucun client bittorrent, peer-to-peer ou autre bien qu'ayant trois ordinateurs à la maison. Et pourtant, je suis contre Hadopi.
Je vais vous expliquer mon point de vue contre Hadopi.
Premièrement, cette loi est obsolète déjà depuis les débats sur sa première version. De fait, son efficacité sera largement en-dessous de ce que le ministère de la culture en attend. En effet, les solutions de contournement sont particulièrement nombreuses (usurpation d'adresses IP, brouillage de l'adresse IP grâce à un proxy, échanges cryptés via SFTP, https, VPN ou autres, cryptage des fichiers pour les rendre méconnaissables, voire réseau d'ordinateurs zombies qui téléchargent pour le téléchargeur)...
Et ces solutions seront utilisées, si elles ne le sont pas déjà, par les plus gros téléchargeurs. Ce qui va faire, dans les faits, que bien des téléchargements passeront totalement inaperçus aux yeux de la HADOPI que vous défendez.
De ce fait, son efficacité va être proche de zéro, mais cela soulève également un problème. Ou plutôt, cela pose un problème. Car une fois les données ou les échanges cryptés, cela sera à proprement parler incontrôlable. Et l'hypothétique baisse des téléchargements illégaux que l'HADOPI ne manquera pas de voir sera illusoire et faussée. Bien sûr, les téléchargements illégaux ne baisseront pas ou très peu.

Un autre gros problème qui se pose est celui de la relance des majors. à mes yeux, vous cherchez à relancer un système économique obsolète et qui n'a pas voulu s'adapter aux changements de contexte. Sans une intervention gouvernementale, ce genre de comportement, qu'il soit volontaire ou non, mène très souvent à la faillite de l'entreprise. La preuve, avec les industries du charbon et de la sidérurgie, qui n'ont pas pu s'adapter à l'évolution. Et qu'aucun gouvernement n'a aidées...
Bien sûr, grâce à cette loi, les majors ne vont pas changer leur façon de procéder. Et les prix des CD et DVD seront toujours aussi abusifs. Ce qui fait que les gens n'auront toujours pas les moyens de se les acheter, ou de les offrir...
En clair, c'est un coup d'épée dans l'eau. Avec l'épée qui tombe vers les 100 mètres de fond, j'ajouterais.

De plus, étant informaticien, je m'interroge profondément sur la notion de négligence caractérisée.
Car il existe la méthode de l'usurpation d'adresse IP, qui peut se faire en 5 minutes en routant les paquets à destination de l'adresse usurpée par un routeur que l'on contrôle. De ce fait, on peut très facilement télécharger des fichiers soumis à droits d'auteurs en prenant l'identité d'un autre internaute.
Un autre risque est l'injection de fausses adresses IP dans les listes de téléchargement, ceci dans le but de brouiller les pistes. Cette méthode est pratiquée, et dangereuse. Car si aucun contrôle n'est fait, les fausses adresses IP seront mises au même rang que les adresses IP des téléchargeurs...
Il y a également le problème du Wifi, avec des équipements plus ou moins anciens, et qui supportent donc des technologies de sécurisation plus ou moins obsolètes. Par exemple, une clé WEP peut être trouvée en moins de 30 minutes. Il en va de même pour les clés WPA basiques, qui seraient (selon certaines pages sur internet) déchiffrées en 15 à 30 minutes. Ce qui ne laisse donc que le WPA2 comme chiffrement suffisant. Cependant, beaucoup de "box" sont paramétrées par défaut en WEP ou WPA, avec des clés basiques - et donc faciles à déchiffrer. Cela étant, monsieur et madame toutlemonde sont à la merci de n'importe quelle personne capable de faire une recherche sur internet. Et donc, monsieur et madame toutlemonde sont à la merci de la sanction pour "négligence caractérisée".
Vous me répondrez sûrement que pour cela il y a le logiciel de sécurisation certifié Hadopi. Mais ce logiciel n'inspire aucune confiance aux internautes. Je les comprends d'ailleurs, car la moindre faille de sécurité dans ce logiciel plus ou moins imposé à tout le monde serait exploitée sur quelques millions d'ordinateurs en France. Et avec ça, vous osez parler de sécurité?

J'ignore si vous voyez où je veux en venir, vu la longueur de mon commentaire.
Mais je résumerai ça simplement, avec les inquiétudes que ce texte provoque, chez moi ou sur internet :
- inefficacité du système, avec très peu d'amendes pour rentabiliser l'investissement induit;
- risque de faire sanctionner des innocents, au nom de la "négligence caractérisée", qui se base sur un système d'exploitation Windows peu sûr et qui voudrait que tous les français soient des experts en sécurité informatique;
- risque que les petits téléchargeurs, les seuls coupables qui se font attraper, soient sanctionnés trop sévérement "pour l'exemple", comme cette femme condamnée à près de deux millions de dollars pour 24 chansons;
- peur concernant le logiciel de sécurisation, qui risque d'agrandir les failles de Windows;
- peur pour la vie privée, avec l'écoute des "communications électroniques", qui si j'ai bien compris comprennent les emails, la messagerie instantanée, les "tchats" (discussions en ligne) et toutes formes d'échange.

Cela représente tout de même beaucoup de risques, pour une loi qui ne donnera pas les moyens aux français d'acheter des CD ou DVD, au contraire.
C'est pour cela également que beaucoup de gens sont contre Hadopi.

Je terminerai ce billet en vous indiquant qu'il existe déjà des solutions légales à bas prix : iTunes, amazon, virgin...
Et il existe même des solutions gratuites et légales, comme l'excellent site beezik, que je vous conseille, ou encore dogmazic et jamendo, qui soutiennent une culture sans producteur, mais qui a été oubliée des débats.

Alors pourquoi s'entêter à soutenir une loi obsolète, inefficace, qui fait peur et qui oublie une partie des personnes concernées ?