jeudi, 24 décembre 2009

Conducteur de RER C et héros...

Une toute petite note pour rendre hommage moi aussi aux conducteurs du RER du 20 décembre. On ne l'a pas assez dit, et Sarkozy a raison de l'avoir noté, lui, c'est leur courage et leur réactivité exceptionnelle qui ont empêché l'accident de dégénérer en drame.

Il vient de les décorer de la médaille d'honneur aujourd'hui. Tant mieux : cela nous change des people qui en héritent pour un oui ou pour un non, et dont le principal fait de gloire est généralement de s'en être mis plein les poches.

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mercredi, 23 décembre 2009

Identité nationale : l'Islam modéré contre-attaque !

De retour du blog de Christian Romain, Démocratie Nanterienne, j'y lis une information fort intéressante : un collectif laïque de citoyens de sensibilité musulmane, Mosaïc, a lancé ce week-end un appel : le collectif rejette toute forme d'appropriation de l'Islam qui se ferait au service d'éléments radicaux. L'appel précise qu'aucune religion ne peut justifier l'asservissement de l'être humain. D'un même élan, ils rejettent les ignorants et les sectaires :

Aucune religion monothéiste ne peut édicter des préceptes et des règles contraires au droit des femmes et qui asservissent l'individu. (…) Nous rejetons donc comme appartenant au même camp, le camp des ignorants et des sectaires, ceux qui imposent la burqa au nom de l'Islam, ceux qui confondent la burqa et l'Islam, ceux qui font des amalgames réfléchis, ceux qui caricaturent les jeunes musulmans, ceux qui ethnicisent les banlieues, ceux qui prétendent que le Coran est incompatible avec la laïcité, ceux qui - au nom de l'Islam ou contre l'Islam - déclarent que les musulmans ne seront jamais des Français comme les autres.

Christian Romain signale que Dalil Boubakeur, le Recteur de la Mosquée de Paris, a signé cet appel. C'est un bon signe, car cet homme est un philosophe et un théologien fort éclairé.

Le président du collectif réagissait le 04 décembre dernier au vote suisse sur les minarets ; j'ai trouvé très pertinente et intelligente l'une de ses réflexions : «Nous ne sommes pas ici dans le choc des civilisations mais dans le choc des ignorances». Très justement dit. Bravo ! L'entretien qu'il donne sur le site de Mosaïc est très intéressant à suivre.

J'apprécie beaucoup également le renvoi à une phrase fameuse de la reine Rania de Jordanie, une femme aussi intelligente que belle et sage :

Nous, Musulmans, devons nous lever et faire savoir qui nous sommes. Si nous voulons changer les stéréotypes, nous devons commencer par nous définir. Et cela ne va pas se faire en restant assis à la maison et en attendant que les gens le comprennent par eux mêmes.

Cela dit, si le mouvement veut avoir une véritable force de frappe, il doit essaimer et surtout ne pas se cantonner aux murs de la Mosquée de Paris ainsi qu' à l'intelligentsia boboïsée parisienne. Mosaïc doit se répandre dans les banlieues, là où l'Islam est le plus présent et où se trouve la grande majorité des Musulmans. C'est là-bas que se jouera sa crédibilité si cette fédération veut parler haut et fort.

Un très bon défi, par exemple, serait d'être capable d'avoir un référent partout où l'UOIF en a un en France. Cette dernière organisation est réputée conservatrice, parfois en lien avec des éléments beaucoup plus radicaux qu'elle, mais elle a jusqu'ici toujours adopté des positions légitimistes et intégrationnistes. A preuve, par exemple, sur son site, où elle marrie fort intelligemment culture française et culture musulmane en proposant à la lecture un poème de Victor Hugo sur le prophète Muhamad.

Mosaïc, pour avoir voix au chapitre, doit être aussi rassurant pour les Musulmans qu'il veut l'être pour l'opinion publique "gauloise". Cela suppose d'organiser des rencontres, pas seulement avec des universitaires et des intellectuels, mais avec le petit peuple des banlieues, de contribuer aux oeuvres sociales, de s'implanter et de disposer (en les popularisant) de références théologiques et philosophiques qui plongent leurs racines aussi bien dans la culture française que dans l'Islam.

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mardi, 22 décembre 2009

Pas achetable !

Il y a des moments de vie, comme on dit, qui enseignent mieux que la lecture d'un pavé de sociologie. Je faisais récemment mes courses dans un Monoprix d'un beau quartier de Paris en pékin tout à fait ordinaire. Pris d'un accès de fainéantise (ce qui se comprend compte-tenu du monceau d'achats que comportait mon chariot), je décide de me faire livrer. Mais voilà qu'une fort jolie brune me supplie de la laisser passer, arguant qu'elle avait fait par erreur la queue à la caisse. Comme je ne sais pas dire non à une jolie jeune femme, je lui cède bien évidemment la place. Seulement voilà : le caissier ne voulait pas la laisser passer. Comme j'insiste en précisant que cela ne me dérange pas, il maugrée et la prend en caisse. Le problème, c'est ce qu'il m'a appris après : en fait, elle n'avait sans doute pas fait de file, mais, en revanche, lui avait proposé 20 euros pour passer devant moi. Devant son refus (le gars a été indigné, je crois, que l'on puisse penser qu'il était achetable de cette manière) elle est en fait venue s'adresser à moi. Si j'avais su, j'aurais fait monter les enchères, zut alors...

Le comble, c'est qu'elle s'était en plus garée sur la place de livraison du camion du Monoprix, contraignant ce dernier à bloquer toute la rue, au grand dam des conducteurs qui escomptaient passer...

Bon, elle avait beau être bien mignonne et à mon goût, il y a des choses qui ne se font pas. Notamment, le mépris ordinaire pour les "gens du commun", cela a le don de m'agacer, puisqu'imaginer que l'on peut ainsi acheter autrui, c'est vraiment le mépriser. C'est aussi, quelque part, refléter ce que l'on est et l'importance et la valeur que l'on accorde à l'argent. Pas seulement un moyen d'échange, mais un passe-droit, dans cette affaire...

Consolation : il existe d'autres jolies brunes, j'en connais, qui en plus ont des valeurs. Cela leur donne plus de saveur...

19:24 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : commerce, mépris, achat, argent | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Béatifier Pie XII ?

Je ne suis pas catholique, et on pourrait donc me dire que la béatification de Pie XII ne concerne que les Catholiques, mais c'est oublier que le Catholicisme est une religion universelle qui a vocation à rayonner bien au-delà de la communauté de ses fidèles. Ensuite, si je ne suis pas catholique, je suis néanmoins de culture catholique et donc, je me sens impliqué par les décisions de l'Église et du Pape.

Le débat fait rage sur la Toile, actuellement : on reproche à Pie XII sa passivité pendant la Seconde Guerre Mondiale face aux forces nazies et fascistes. On lui reproche également les Accords du Latran.

Sur ce premier point, on oublie un point tout à fait essentiel : le Vatican n'est pas seulement le chef-lieu de la chrétienté, c'est aussi un État. Dans l'histoire de l'Italie, qui n'est unifiée que depuis un siècle à peine, c'est même un État bien avant d'être le centre du catholicisme. Analyser les accords de Latran à la lueur de ce fait historique souvent méconnu par les analystes (a fortiori par les journalistes) permet de les recontextualiser dans une perspective diachronique. En 1929, ce qu'a tenté avant toutes choses l'État du Vatican, c'est de se mettre à l'abri des visées centralisatrices du fascisme triomphant. Ensuite, en décrétant le catholicisme religion d'état, il s'est assuré de conserver un certain contrôle sur les consciences à un moment où de forts courants paganistes traversaient l'extrême-droite italienne (tout comme en Allemagne d'ailleurs).

Il va de soi que de con côté, le fascisme n'a que pour but de fasciser l'église catholique. Ni les uns ni les autres ne réussiront dans leur entreprise respective, mais les relations demeureront pacifiées jusqu'à la fin.

Face aux Nazis, le pape Pie XII n'a pas agi autrement que bien des États neutres. A tout moment, le Vatican pouvait être envahi, ou, du moins, soumis à un blocus mortel. Si elle n'a pas toujours dénoncé haut et fort l'entreprise maléfique nazie, notamment contre les Juifs, la papauté a fini par la condamner de plus en plus vivement. Vraisemblablement, il a tente de temporiser, tout en s'indignant plus ou moins officiellement des exactions nazies. Il reste le seul dirigeant européen, parmi les neutres, à avoir condamné à mots à peu près clairs les horreurs nazies en temps de guerre. Il est établi que le Vatican a organisé de nombreux réseaux de protection et de fuite pour les Juifs là où il pouvait agir. L'article de wikipedia, bien documenté, en rend assez bien compte.

Si l'on veut pouvoir juger l'action de Pie XII, il est essentiel de ne pas oublier qu'il portait une double casquette : chef des Catholiques et chef d'État. Comme chef des Catholiques, il a été somme toute assez ordinaire. Mais comme chef d'État, il a bien agi.

Dans la religion catholique, la béatification est rite par lequel on déclare bienheureux (et on rend un culte public) à un catholique dont la vie a été exemplaire. Pie XII est controversé parce que son existence n'est pas exemplaire. Ni plus, ni moins que les papes qui l'ont précédé ou suivi. D'ailleurs, bien réfléchi, sans doute plus que bien des papes qui l'ont précédé.

In fine, il ne mérite ni excès d'honneurs, ni excès d'iindignités. Il a, je le crois, essayé d'agir comme il pensait qu'il devait le faire en temps de guerre, sans trop lâcher de lest sur les valeurs. On ne le béatifiera sans doute pas, mais on le réhabilitera certainement tôt ou tard.

10:19 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (36) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pie xii, pape, fascisme, nazisme, juif, nazi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 16 décembre 2009

Je suis d'accord en tout point avec Nadine Morano

Tout comme l'ami hashtable, les citations tirées de leur contexte ont le don d'attiser ma défiance. Je suis allé visionner chez lui la vidéo complète du débat sur l'identité nationale dans lequel intervient Nadine Morano. Il n'y a rien à redire, elle a raison sur tous les plans. Il me semble qu'elle exprime clairement son respect de toutes les religions dès lors qu'elles s'intègrent dans nos traditions et respectent la laïcité à la française. Cela me paraît tout naturel. Au moment où elle évoque (à raison) la casquette à l'envers et le nécessaire amour de la France, elle vient juste de préciser qu'il ne s'agit pas de distinguer un jeune musulman des autres religions. C'est à dire tout l'inverse de ce que la Toile débridée s'est empressée de lui reprocher.

Internet m'énerve de plus en plus : on y voit toujours plus souvent blogueurs et journalistes se jeter sur la dernière information du cru sans aucun recul ni vérification. Cela devient inquiétant, parce que ce n'est pas la première fois que j'assiste à ce phénomène.

Nadine Morano est une tête de turc commode (mon dieu mon dieu mon dieu ; j'ai dit Turc : je suis raciste ?). On la conspue facilement parce qu'elle est une cible facile. Ce qui serait intéressant, en revanche, c'est de relever les erreurs auxquelles Nadine Morano fait allusion au début de la vidéo. En effet, la France a fait des erreurs, en matière d'immigration, en accueillant à tort et à travers des populations alors que les précédentes n'étaient pas intégrées, et en les ghettoïsant de surcroît. Mais je vois aussi que les mêmes causes produisent les mêmes effets : de nombreux immigrés sont venus en France dans les années 70 parce qu'une large part du patronat de l'époque y trouvait alors une main d'oeuvre à bon marché (c'est ce que disaient les Communistes à l'époque, et ils étaient loin d'avoir tort...le dumping social, déjà...). Aujourd'hui, il est question de régulariser un nombre conséquent d'immigrés en France. Nicolas Sarkozy ne s'en vante pas, bien sûr. Pourquoi cette régularisation ? Parce qu'ils exercent des métiers que les Français ne veulent pas/plus exercer, mais également parce qu'ils acceptent des conditions de travail dégradées.

Cela ne serait peut-être pas un mal d'aborder ces questions autrement plus dérangeantes que les histoires d'identité nationale, non ?

10:40 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (43) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : immigration, travail, morano | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 13 décembre 2009

Concours de mini-miss ? NON !

Je ne surprendrai personne en déclarant que nous vivons dans une société à l'érotisation croissante. Publicités, pornographie omni-présente, émissions, allusions claires du star-système, bref, on ne fait pas trois pas, dans notre monde moderne, sans croiser la route d'Érôs, le dieu grec du désir. Mais ce qui m'exaspère, c'est quand notre folle société commence à transformer en objets de désir des petites filles, parce qu'il faut bien appeler un chat, un chat. J'écoutais sur France Info, vendredi dernier, le témoignage d'une mini-miss  d'à peine 10 années. Sa mère lui demandait de tortiller du c... pour mieux séduire les juges lors des concours.

Déjà, je tiens à dire que sa mère, qui a témoigné aussi lors de ce même entretien, est une sacrée imbécile. En entrer dans un réseau de pédophiles, Ce ne serait pas plus rentable, des fois ? Il doit y en avoir qui sont prêts à payer cash de la chair très fraîche, non ?

Quand on demande à de si jeunes enfants de déambuler  avec des poses suggestives, moi, ce que je crois, c'est que l'on rentre dans la sphère pédophile.

Il faut en finir avec ces concours de merde et légiférer solidement et sévèrement une bonne fois pour toutes : on doit interdire définitivement les concours de beauté pour enfants. Outre que le principe est en soi puant, c'est une porte ouverte à toutes les dérives. Avoir pour ambition de voir sa fille terminer à la première place d'un concours de mini-miss, franchement, c'est un casus belli pour un signalement à la DASS.

Le problème, c'est que ce sont de grosses boîtes de prod', comme on dit, dans le show-biz, qui participent à ces manifestations et s'occupent du recrutement. Tiens, par exemple, en France, considérons Castprod, voilà une agence qui a pignon sur rue qui organisait l'année passée le recrutement des mini-miss... Et rebelote cette année, tiens...la finale se déroulera même ce dimanche 13 décembre au César Palace, au pied de la Tour Montparnasse à Paris. Deux catégories : 7-9 ans et 10-12 ans. Je n'ai pas réussi à trouver qui était derrière Castprod, en revanche, en recherchant du côté de leurs partenaires, j'y ai trouvé RéservoirProd, la société de production de Jean-Luc Delarue.

Ce qui m'impressionne, ce sont les conneries que l'on peut entendre aussi sur la question. Je découvre le reportage de l'Express sur le sujet, et que lisé-je ? Il s'agit d'une déclaration de Michel Le Parmentier, délégué des concours internationaux de beauté pour la France : pour lui, y'a pas photo, ça ne vient plus des parents, ce sont les gamines elles-mêmes qui demandent à participer aux concours. Il prend ses auditeurs pour des ânes ou quoi ? Une gamine de 7. ans ne saurait être tenue pour responsable de ce genre de décisions. Si elle se rend à un concours, c'est que ses parents l'ont décidé pour elle ou bien qu'ils ont été contacté par un de ces services de castings que j'évoquais dans les lignes précédents de cette note.

Bref, nom de D..., foutez la paix aux enfants, avec vos concours de merde, et laissez-les vivre leur vie d'enfants  !

00:17 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mini-miss, concours | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 09 décembre 2009

Les Français se paupérisent-ils ?

Quand j'écoute les témoignages, sur France info, de responsables du Secours Populaire, des Restos du coeur ou encore du Secours Catholique, ce qui me frappe, c'est l'explosion des demandes. Récemment, un membre du Secours Populaire confiait que l'on trouvait même parmi les visiteurs de leur centre des chefs d'entreprise de toutes petites TPE qui ne parvenaient plus à joindre les deux bouts.

En même temps, j'avoue que j'ai du mal à appréhender clairement ce que l'on nomme pauvreté, en France, aujourd'hui. Il y a un article très intéressant à ce sujet, écrit par Louis Maurin en février dernier. Le problème, c'est que la pauvreté est polymorphe. Ainsi, toucher 800 euros par mois à Paris ne revient pas au même que toucher 800 euros par mois à Brest. De même, disposer de la même somme si l'on n'a aucune obligation de déplacement et que l'on dispose d'un petit terrain exploitable pour une production de jardin n'entraîne pas les mêmes effets que dans une grande ville. Louis Maurin fait observer que le seuil de pauvreté d'aujourd'hui correspond au niveau médian des classes moyennes des années 70.

Le problème, c'est que la pauvreté est au moins autant affaire de perception que de conditions de vie : parce qu'évidemment, n'importe quel RMiste vit mieux qu'un homme des cavernes, à ce compte-là.

En tout cas, c'est assez comique d'observer que c'est sous le gouvernement Jospin que les écarts entre les revenus se sont considérablement creusés ( ce que personnellement, je ne juge pas une mauvaise chose dès lors qu'il y a une croissance pour tous, mais à gauche, on tient un tout autre discours), alors que sous Chirac, les bas revenus ont crû plus que les hauts revenus (5% contre 3%). Finalement, sa lutte contre la fracture sociale, à Chirac, avec le recul, elle paraît plus évidente que tous les faits, gestes et discours de la gauche...

Il est intéressant, Louis Maurin : il n'a pas de chiffres à partir de 2007, mais il essaie de se demander ce qu'il se passe depuis, et il fait une projection. Croissance du chômage et effondrement de la Bourse : conclusion, tout le monde en prend pour son grade, et...les inégalités se réduisent, parce qu'en proportion, les riches ont morflé sévèrement. Amusant, Sarkozy va pouvoir se vanter d'avoir réduit les inégalités...

C'est une Bible, ce type, sur les inégalités : il a produit une étude toute récente (octobre 2009) dans les Cahiers français où il met en évidence le caractère protéiforme des inégalités (et donc de la pauvreté).

Une chose est sûre, et cela recoupe le livre

Notamment, à propos du coût du logement, un commentaire de sa part illustre exactement ce que je disais sur Brest et Paris :

Par ailleurs, le niveau de vie réel dépend du coût du logement (3). Les accédants à la propriété remboursent des emprunts et se constituent un capital, alors que les locataires versent un loyer à fonds perdus. Les plus avantagés sont les propriétaires qui ont achevé de rembourser leurs emprunts immobiliers. D’une manière générale, à l’achat comme à la location, des revenus identiques ne donnent pas accès à la même surface selon le lieu d’habitation, ce qui modifie de façon notable les conditions de vie. Pour le comprendre, prenons l’exemple d’une personne seule. À Paris, un célibataire doit pouvoir trouver un studio d’une vingtaine de mètres carrés pour un peu moins de 600 euros (4), s’il ne vise pas les arrondissements les plus huppés. En gros, pour y accéder, il lui faut un revenu de 1 800 euros, ce qui exclut d’emblée la moitié la moins favorisée. À Poitiers, pour ce loyer et toujours en centre-ville, notre célibataire peut obtenir environ 60 mètres carrés. On peut aussi voir les choses autrement. À Paris, en admettant qu’elle obtienne le logement, une personne dont les revenus atteignent le niveau du premier décile (810 euros) n’aurait plus que 260 euros pour vivre par mois, allocations comprises. À Poitiers, le reste à vivre serait de 535 euros.

Et encore, c'est Poitiers qu'il compare à Paris. Finalement, le logement revient au coeur des inégalités : il faut admettre que vivre dans les centre-villes, particulièrement dans les métropoles, devient un luxe qui se paie très cher, au même titre que la possession d'une berline de luxe...

Une chose est sûre, et cela rejoint ce qu'observe Jean-Philippe Huelin, c'est que l'accroissement des inégalités en termes de revenus depuis 1997 est surtout du à l'envolée mirifique des salaires des 0.01% les plus élevés. En ce sens, le concept de "riches" (souvenons-nous de mon "Moi je n'aime pas les riches" de François Hollande) est à relativiser nettement.

Ces données ne renseignent pas sur les plus hauts niveaux de la hiérarchie des revenus. Or, comme l’ont montré les travaux de Camille Landais (voir tableau 1), les 0,01 % des plus hauts salaires ont augmenté de 69 % entre 1998 et 2006, soit un bonus mensuel de 34 000 euros en l’espace de huit ans. À ce niveau, le salaire s’élève à 83 000 euros par mois. C’est là que l’essentiel se joue, et ce phénomène est masqué dans les données officielles. De l’autre côté, en moyenne, les salaires des 90 % les moins bien payés ont crû de 0,9 %, soit 11 euros de plus par mois… La hausse des inégalités de salaire devient beaucoup plus claire.

En somme, pour 90% de la population française, l'accroissement des revenus s'est monté à 11 euros par mois contre 34 000 euros par mois pour les 0.01% que j'évoque.  Un ratio de 3000 contre 1, en valeur absolue.

En fait, le problème, ce n'est pas qu'il y ait des riches, au contraire, plus il y en a, mieux c'est ; le problème, c'est quand elle se concentre entre les mains d'une petite minorité, et, j'en reviens à ce que je disais récemment, et que cette redistribution est le fruit d'une collusion politique entre les plus hautes sphères de l'État, de l'industrie et de la finance.

Ceci ne signifie pas qu'il faut se lancer dans une chasse aux koulaks, mais qu'il faut strictement séparer les affaires de l'État et celles des grands groupes industriels et financiers tout en s'assurant pleinement des transferts de responsabilités.

 

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mardi, 08 décembre 2009

Concentré de beauferrie chez MRY

Bon, ce n'est pas que je veux me lancer dans une blogowar (Nicolas croit y voir un complot.), mais ça beauffise dur chez MRY : il se marre à propos de la dernière note d'Olympe sur les concours de beauté. En fait, il trouve que c'est du lourd...Je ne sais pas si c'est du lourd, chez Olympe, mais en revanche, chez MRY, c'est du gras...et du bon, particulièrement dans les commentaires que relance à satiété l'hôte de ces lieux. On rigole du féminisme, un esprit "subtil" suggère qu'elle pourrait être mal b... , un autre s'interroge sur son âge, et tout notre bon petit café du commerce de blaguer sur le féminisme. Le problème de MRY, c'est qu'il ne sait pas lire. Enfin, pas entre les lignes, du moins : MRY s'imagine qu'Olympe voit en Miss Quercy un garçon manqué.

Mais mon pauvre ami, il faut reprendre des cours de littérature (et de typographie appliquée à la Toile, au demeurant) : pourquoi crois-tu qu'Olympe ait fait cette réflexion et souligné en gras les termes incriminés ? C'est simplement qu'elle observe que dès qu'une fille pratique un sport considéré comme mâle, on la voit comme un garçon manqué. Je crois au contraire qu'elle se réjouit de cette particularité, et regrette simplement que les qualités énoncées s'étalonnent selon un schéma traditionnel.

MRY a fait une capture d'écran des commentaires de la note d'Olympe, mais l'inconvénient, c'est qu'il ne les a pas lus...

On trouve notamment en commentaire 23, cette réponse d'Olympe :

«@Hoshiko, ce n'est pas moi qui ai utilisé le terme "garçon manqué" c'est sur le site miss france»  .

Or, qu'est-ce qu'écrit notre bon MRY ? Je cite :

« Olympe conclut sur le fait que la Miss Quercy Rouergue est un garçon manqué parce que sous la fiche de la Miss est écrit : "La première fois où elle a mis des talons c'est pour l'élection. Il y a à peine une semaine qu'elle s'est achetée sa première paire de chaussures à talons." »

Bref, j'ai déjà émis l'hypothèse que MRY pouvait s'être pris une torgnole de Bayrou par le passé, mais clairement, pour l'étude des lettres, il en aurait fallu plus qu'une...

A vrai dire, il y a un truc qui m'étonne, et je vais finir par me demander si Nicolas n'a pas raison : pourquoi donc MRY a-t-il coupé les commentaires à plusieurs reprises ? Si le 28 y figure, il pouvait alors avoir lu le 23, non ? Alors il y a une autre hypothèse, c'est que MRY a tronqué sciemment les commentaires...Un procédé particulièrement malhonnête pour mieux salir celui ou celle que l'on vise...

14:41 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : olympe, mry, féminisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 07 décembre 2009

Recherche peuple désespérément...

Je poursuis la lecture du livre Recherche peuple désespérément, et j'en suis arrivé aux lignes dans lesquelles les deux auteurs font un tour rapide des discriminations qui frappent le peuple. Ils observent, par exemple, qu'une jeune issu d'un lycée rural a bien moins de chances d'entrer à science-po qu'un jeune des cités venu de Bobigny. Ils remarquent aussi que la gauche s'est polarisée sur les discriminations ethniques sans prendre garde que les discriminations sociales, aussi muettes que discrètes, étaient bien plus redoutables et prononcées. Tous les partis politiques soignent aujourd'hui leur "diversité". la diversité, c'est tendance, ça fait bien sur un plateau. Mais qui s"'indigne de ce que l'Assemblée Nationale ne compte plus un seul ouvrier dans ses rangs ? Fini les Monory garagiste, ou un Bérégovoy ouvrier-tourneur et premier ministre ! place aux élites embourgeoisées venus des centre-villes !

Il y avait ce week-end un congrès à Arras : le Mouvement Démocrate établissait un programme politique. Dans son discours de clôture, François Bayrou a évoqué une discussion avec Alain Dolium, actuel candidat à la tête de liste pour le MoDem en île de France ; Alain Dolium lui parlait alors des discriminations et voilà ce qu'il lui disait :

J'ai fait ce parcours. J'ai vécu ces discriminations et - une dont je parlerai dans un temps - mais on se tromperait en croyant qu'il n'y a que les garçons et les filles de peau noire ou d'origine étrangère qui vivent ces discriminations, parce que, a-t-il ajouté, les provinciaux à Paris, ceux qui ont de l'accent, ceux qui viennent d'ailleurs, ceux qui ne connaissent pas les codes, ceux qui ne savent pas comment on s'habille quand on sort dans le monde, ceux qui n'ont pas le parcours fléché, tous ceux-là vivent les mêmes obstacles.

Et Bayrou a alors conclu :

C'est bien de tous ceux-là dont nous prenons le destin en charge en ayant choisi les candidats que nous avons choisis. Il y a un peuple de travailleurs qui n'est pas représenté, un peuple de pauvres et, parfois, travailleurs et pauvres en même temps, un peuple de petits retraités - ma mère qui vient de s'en aller percevait pour sa retraite moins de 680 €. Je ne dis pas que ce soit rien, mais, après une longue vie de travail, ce n'est rien. Tous ceux-là constituent, pour nous, notre communauté d'origine, notre enracinement. C'est cet enracinement-là que nous allons porter dans cette élection.

Et moi, je le dis, je suis d'accord avec cette vision ; c'est d'ailleurs le sens de mes deux billets, l'un sur les ouvriers, l'autre sur la social-bourgeoisie. Et je pense, qu'au PS, Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin ont bien raison de se pencher sur la question. J'espère que leur réflexion ensemencera les programmes régionaux des Socialistes.

Pour nous, au MoDem, il ne nous reste plus qu'à bâtir des programmes régionaux qui intègrent ces populations oubliées, sans céder un pouce de terrain aux sirènes chics de la médiatisation urbano-centrée. Foin des métropoles, occupons-nous un peu du peuple...

13:23 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ville, pauvreté, modem, huelin, ps, bayrou, dolium | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 04 décembre 2009

Où sont les ouvriers ? Où est le peuple ?

Je parcours, depuis quelques jours, les pages de l'ouvrage de deux sociologues, Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin (tiens, un ancien du MRC...). Il s'intitule "Recherche le peuple désespérement". Ce livre s'adresse préférentiellement à la gauche, mais il m'intéresse beaucoup, parce que les observations faites par les deux auteurs recoupent une partie de mes interrogations et également bon nombre de mes observations.

En particulier, on a cru, au sein du landernau politico-médiatique (et pas seulement à gauche), à l'exclusion, malheureusement et il faut le dire, du Front National, que la classe ouvrière n'existait plus en France. Le PS, les communistes et même les Trotskistes se sont satisfaits des populations multi-assistées des  logements sociaux des centre-villes ou des proches banlieues qui leur permettaient de se trouver une caution populaire à bon compte. Pendant ce temps, les classes populaires, repoussées bien au-delà des grandes banlieues, plongées dans une grande détresse, précarisées, affrontaient seules et abandonnées de plein fouet les effets pervers de la mondialisation.

Parce que l'industrie s'est réduite comme peau de chagrin, la gauche qui ne connaissait plus de classes populaires hors la bonne vieille industrie issue du XIXème siècle, n'a pas vu la précarisation croissante de tout un secteur de la population, péri-urbanisée, parfois rurale. Il a été plus simple d'y voir des beaufs, des électeurs du FN, des mineurs politiques dont il était préférable de limiter l'exercice des droits civiques, ces derniers ayant tendance à voter pas toujours comme il le fallait.

La gauche verdâtrisée a ignoré tous ces hommes et ces femmes, qui font jusqu'à 5 heures de trajet aller et retour pour venir travailler dans les métropoles, vivent dans des communes-dortoir de moins de 1000 habitants, n'ont d'autres choix pour se déplacer que d'utiliser leur automobile et ne connaissent plus des services publics que le nom que l'on en donne aux émissions télévisées, leur principale distraction.

Qui s'intéresse à ces gens ordinaires, qui vivent généralement de 100 à 200 kilomètres des grands centres urbains ? Quels partis politiques s'y déplacent ? Non, les préoccupations des populations boboisées des villes sont bien plus intéressantes, bien sûr !

Qui s'intéresse à la question ne sera pas étonné de découvrir que ces nouveaux ouvriers sont désormais en grande majorité des ouvrières...des femmes seules, souvent avec un enfant ou plus.  La demande de productivité toujours plus forte a rendu la vie impossible aux ouvriers qui travaillent encore dans les secteurs industriels, d'autant que le maintien de leurs usines et ateliers dépend désormais de leur propension à faire mieux et moins coûteux que ceux des pays qui pratiquent le dumping social. L'externalisation des services, leur automatisation, mettent aussi sur le carreau les caissières, les opératrices diverses et variées, elles aussi soumises à des "objectifs" et à des cadences infernales.

La gauche, les verts, ont été très forts pour proposer de la culture, quelques allocations et empoisonner l'existence du petit peuple que désormais ces partis méprisent. Mais rien dans leurs propositions politiques, n'a été pensé pour leur redonner un espoir. Quant à la droite, sous l'égide de Nicolas Sarkozy, elle a consciencieusement appliqué le vieux principe qui dit que les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent... Les visites dans les usines ? de la poudre aux yeux. Même le vieux thème porteur de la sécurité (qui s'appuie sur la peur d'un déclassement social toujours plus violent pour ces populations fragilisées) aura fait long feu. Je l'ai dit ce matin, le gouvernement réduit toujours plus les moyens de fonctionnement de la sécurité intérieure : le peuple n'aura même pas cette consolation-là.

La précarité ne touche pas seulement des ouvriers sans qualification, c'est toute une génération de jeunes diplômés, désormais, qui est assomée par la vie chère, par les CDD et l'incertitude de leurs revenus, même à bac+5. Les jeunes sont les premiers à faire les frais de cette nouvelle donne. Bac+5 et le SMIG, cela devient désormais la norme pour une part croissante de la jeunesse diplômée. Et même pour ceux qui disposent d'un emploi statutaire, garanti à vie, l'avenir demeure incertain : n'est-ce pas Robert Rochefort, euro-député MoDem, qui observait récemment que dans l'Académie de Versailles, près de deux cent enseignants reçoivent une aide alimentaire d'urgence de la part des services du rectorat ?

Je n'ai pas fini de lire le livre de Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, j'en reparlerai donc ici. Je pense que sa lecture est salutaire pour tous les mouvements politiques. Je doute fort de recevoir les solutions préconisées par les deux auteurs, encore que, mais, j'estime que les populations péri-urbaines devraient faire l'objet de l'attention particulière de chaque parti.

En ce sens, j'appelle le MoDem à ne pas se laisser boboiser, notamment par des enjeux écologiques plaisants dans le principe, mais dont ces classes sociales feraient encore les frais. Le MoDem a été, je le crois, l'un des premiers partis à envisager sérieusement la nécessaire réindustrialisation de la France. Jean Peyrelevade, en particulier, en affirme l'absolue nécessité en raison de l'amplitude de la valeur ajoutée qui caractérise cette production économique. L'industrie n'a pas seulement un rôle économique, elle a un rôle social.

Ouf, c 'est l'une des priorités absolues du nouveau programme du MoDem. Dans ce programme, le premier chapitre porte sur l'économie, et le 1er sous-chapitre sur l'emploi. Le 13ème amendement du projet est le suivant : Développer l’emploi industriel par la relocalisation de certaines fabrications en France et en Europe ; évidemment, il faut le faire. Il faudra plancher même très sérieusement sur le sujet.

Ce sont les conditions de travail qui viennent juste après, dans le document préparatoire ; il y a un amendement, mais il n'engage à pas grand chose. Ce devrait être un axe prioritaire de notre réflexion.

Ensuite, nous devrions mener une réflexion sur la précarité qui ne se limite pas à l'industrie, mais qui touche les services et l'agriculture (et les ouvriers agricoles, alors !!!).

Soyons très clairs : ce n'est pas la peine de blablater sur le développement durable auprès des populations péri-urbaines. Ils ont d'autres choix à fouetter. Il faut leur proposer des solutions concrètes : par exemple, l'implantation d'une usine de production de panneaux photo-voltaïques, du côté d'Agen, c'est une réponse concrète.

Bref, nous autres démocrates et libéraux, reprenons la main et tendons-là aux populations abandonnées à leur sort depuis trop longtemps. Et ce n'est pas du lumpen-prolétariat des cités dont je parle, mais bien des honnêtes citoyens qui se crèvent la carcasse à ramener trois francs six sous chez eux. Ceux-là, personne ne leur dit jamais rien : innovons et incarnons, au MoDem, une véritable rupture. Si François Bayrou veut pouvoir continuer à parler au nom du Tiers État, il doit le prouver.

Ce n'est pas seulement le MoDem que j'invite à réfléchir, mais aussi les libéraux, qui se sont complètement désintéressés des classes populaires depuis un moment. Quelles propositions libérales pour les ouvriers ? Voilà un beau et délicat sujet de réflexion que les libéraux s'honoreraient à traiter avec d'autres réponses que les seul critères de productivité et de compétitivité...

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