lundi, 02 janvier 2012
Argos ? Mycènes ? Il est roi de quoi, Agamemnon ?
Je me suis demandé, tout récemment, si je n'étais pas frappé d'un Alzheimer précoce : il se trouve que j'ai lu la fin de l'Iliade par Quintus de Smyrne et que je relis l'Énéïde de Virgile. Toutefois, pour disposer de quelques éléments complémentaires, je vais piocher de temps à autre dans l'Orestie d'Eschyle ou l'Électre de Sophocle. En principe, Agamemnon est le roi de Mycènes. Sauf qu'Eschyle en fait le roi d'Argos, lui ! Je ne percute pas : si l'on en croit Homère, Quintus de Smyrne et Virgile, le roi d'Argos, c'est Diomède. Apparemment, Diomède a hérité du trône d'Argos par sa mère, fille du roi Adraste, qui a épousé Tydée son père. Donc, en principe, au moment de l'expédition contre Thèbes, le roi d'Argos, c'est Adraste. En principe seulement : là où je suis largué, c'est qu'Amphiaraos, un des Sept qui accompagnent Tydée contre Thèbes, est aussi roi d'Argos, par son père Oïclès, lui-même roi d'Argos (selon Homère mais dans l'Odyssée, cette fois). En fait, Amphiaraos aurait liquidé Talaos, le père d'Adraste. Mais là encore, ça coince, parce que Talaos est censé avoir été roi d'Argos : comment est-ce possible si Oïclès était roi avant Amphiaraos ? Parce que pour corser le tout, Homère reconnaît bien Talaos comme roi de Mycènes dans l'Iliade.
Récapitulons : Homère a écrit l'Odyssée et l'Iliade. Mais dans l'Iliade, Talaos a été roi d'Argos, alors que dans l'Odyssée, cela a été Oïclès. La seule chose claire, c'est qu'Amphiaraos a tué Talaos, contraignant un temps Adraste à s'exiler. Bien évidemment, Oïclès et Amphiaraos sont censés avoir été rois en même temps.
Y'aurait une solution : Oïclès a accompagné Héraklès et Télamon quand ils ont monté une première expédition contre Troie, mais a péri des mains du roi de Troie, Laomédon. On pourrait donc imaginer que Talaos, le père d'Adraste, a pris possession du pouvoir à la faveur de la mort d'Oïclès. Du coup, Amphiaraos, en faisant la peau à Talaos, aurait simplement récupéré le pouvoir qui lui revenait de droit. Et après ? Eh bien j'ai la solution : Adraste et Amphiaraos ont du exercer le pouvoir à deux ! En fait Adraste a épousé la soeur d'Amphiaraos, Eryphile, donc ils se sont sans doute réconciliés. D'ailleurs, Amphiaraos et Adraste combattent de concert contre Thèbes lors de la 1ère expédition et sont les deux seuls à sauver leur peau. Je sais que je vais faire ch... mais : dans les Sept contre Thèbes, d'Eschyle, y'a pas Adraste...Y'a un type qui s'appelle Étéoklos, à ne pas confondre avec Étéocle le roi de Thèbes, la ville assiégée, frère de Polynice qui a monté cette expédition pour se venger de son frère.
Je n'ai évidemment toujours pas résolu la question de la tradition qui ferait d'Agamamemnon un roi d'Argos.
Je me demande bien ce qu'on trouvait comme statues à Delphes à l'intérieur de l'hémicycle des rois d'Argos dans l'Antiquité...
Quand je pense, sniff, que j'ai raté l'Orestie au Théâtre de l'Odéon. C'est dur de jouer Eschyle. Généralement, c'est ardu à suivre, surtout quand on représente ses pièces à la grecque, c'est à dire un seul acteur déclamant en compagnie d'un choeur. Mais là, Olivier Py, il avait l'air d'avoir fait quelque chose de séduisant, si j'en crois l'extrait-vidéo.
Il met en scène Prométhée en février au même endroit. Si je peux disposer d'une bande-annonce et qu'elle est aussi prometteuse que son Orestie, j'y irai.
C'était compliqué, non, ces histoires de famille en Grèce ? Je ne vous ai même pas dit pourquoi tous ces gars ont attaqué Thèbes au fait. Laissez tomber : encore une sale histoire de famille...
16:02 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : agamemnon, argos, mycènes, diomède, thèbes, eschyle |
|
|
Facebook
Tweet
samedi, 24 décembre 2011
L'injustice faite à Quintus
Tout récemment, je faisais savoir que j'avais été l'heureux destinataire d'une tablette, chose utile au possible pour emporter une petite bibliothèque avec soi en toutes circonstances. Toutefois, les ebooks, ce n'est pas gagné : le choix est bien trop restreint à l'heure actuelle. On trouve évidemment quelques classiques, mais le compte n'y est pas. Pour moi qui suis pétri d'humanités grecques, je construis mes ebooks à partir de deux grandes sources d'ouvrages : le site de Philippe Remacle et Méditerranées . Ce ne sont évidemment pas les seuls, on trouve des trésors à la Bibliotheca Selecta Classica ou encore chez Nimispauci.
Bref, comme je déteste lire des livres sur un ordinateur, même portables, je n'avais jamais eu l'occasion de lire autrement qu'en diagonale les Post Homerica de Quintus de Smyrne. C'est un poète grec qui aurait vécu vers le IIIème ou IVème siècle après Jésus Christ. Il a eu l'excellente idée d'écrire une suite à l'Iliade d'Homère. Quand je pense que jeune, je l'ai tant cherchée, cette suite. Mais comme je n'en connaissais pas l'existence, c'est à travers les tragédies de Sophocle, d'Euripide et d'Eschyle que j'ai pris connaissance du devenir des héros qui m'avaient fait rêver. Beaucoup plus tard, j'ai découvert les hymnes homériques puis Apollonios de Rhodes, mais j'ai toujours trouvé assez peu substantiels ces deux derniers écrits. Je connaissais toutefois la chute de Troie par l'Énéïde que j'ai découvert deux-trois ans après l'Iliade.
J'ai trouvé sur Quintus de Smyrne des jugements très sévères. Pour ma part, j'ai lu presque d'une traite sa Suite de l'Iliade et j'y ai retrouvé les héros et l'atmosphère de l'Iliade tels que je les avais connus dans ma première jeunesse. On lui reproche de faire une copie conforme de ce qu'Homère a déjà écrit et de n'apporter aucune originalité particulière à son récit. Il y a pourtant des évolutions significatives : Quintus rompt, par exemple, avec la tradition qui veut qu'Achille ait été tué par Pâris. Dans son récit, c'est Apollon qui intervient directement. C'est assez étonnant. Aucun immortel n'agit à ce point directement dans l'Iliade pour tuer un héros. Certes, Apollon frappe le dos de Patrocle, certes, Athéna se saisait de la lance d'Achille pour la lui rapporter, mais il n'y a pas d'attaques directes.
On a retenu les noms d'Hector et d'Achille, mais l'Iliade avait déjà montré qu'Ajax (le fils de Télamon) était sans doute plus puissant qu'Hector, lui aussi. Quintus montre nettement la complicité qui unit Achille et Ajax, notamment dans le premier livre qui relate la geste de Penthélisée, une amazone fille du dieu Arès. C'est quelque chose qui n'était pas apparu à ce point dans l'Iliade. Il faut dire que la jeune femme ne manque pas de courage (de témérité ?) puisqu'elle attaque simultanément Ajax et Achille au corps à corps. Lorsqu'elle meurt et qu'Achille lui enlève son casque, il réalise alors qu'il serait tombé amoureux d'elle s'il l'avait vue autrement qu'en tenue de combat. L'armée grecque, à commencer par les Atrides, est elle-même émue par la beauté de la jeune fille au point de proposer aux Troyens de leur rendre le corps sans négociations ni rançon. La colère d'Arès est terrible, et il faut toutes les objurgations des dieux pour le dissuader de venger sa fille. J'observe à ce sujet qu'il paraît bien moins ridicule que dans l'Iliade : il envisage de tuer Achille, au risque d'être foudroyé par Zeus, mais finalement, ce qui le retient ce n'est pas la crainte du dieu de la foudre, mais le souvenir que Zeus aussi a perdu un grand nombre d'enfants. Une manifestation d'empathie et une certaine forme de sagesse dont il aurait été bien incapable chez Homère.
La geste de Memnon met en scène un héros troyen d'une puissance presque similaire à celle d'Achille : le combat entre Hector et Achille avait été bref dans l'Iliade. Il en va tout autrement de celui qui oppose Memnon, le fils de l'Aurore à Achille. Il dure toute la journée, est très incertain, et les deux héros se blessent. Véritablement, la fin d'Achille eût été plausible à considérer la puissance de son adversaire. Les deux portent d'ailleurs des armures forgées par Héphaïstos que nul autre ne pourrait revêtir.
Il est vrai que le récit se déroule selon un ordonnancement qui fait largement penser à celui de l'Iliade. Il n'y a pas de nouveautés autres que celles que j'ai signalées. On peut toutefois relever que Quintus en rajoute dans la métaphore, tout le règne animal y passe ou presque. Je ne m'attendais pas à voir des guerriers qui suivent un chef au combat comparés à une colonne d'oies, mais manifestement cela a semblé pertinent à Quintus, puisque c'est ainsi qu'il décrit les Troyens à l'arrivée d'un nouveau défenseur en la personne d' Eurypyle le fils de Télèphe (donc petit-fils d'Héraklès) :-)
Ainsi, quand des oies enfermées dans une cage voient venir l'homme qui leur donne la pâtée, elles se réjouissent, et il aime aussi à les voir ; ainsi les fils de Troie se réjouissaient en voyant le vaillant Eurypyle
De toutes façons, dans l'Antiquité, une épopée n'a pas pour but d'être créative, elle doit se montrer au contraire souvent répétitive. Ensuite, Quintus voulait écrire une suite à l'Iliade : je ne sais pas ce que cela donne en grec ancien (le grec homérique est un peu particulier, alors j'ai du mal à imaginer un grec vivant 1100 ans après répliquant les formes nominales ou verbales d'Homère), mais en français, on n'y voit que du feu ou presque.
En somme, voilà mon conseil : récupérez les pages internet du livre, ou alors farfouillez dans des bibliothèques spécialisées à la recherche d'une édition/traduction de l'oeuvre, mais dans tous les cas de figure, lecture recommandée, a fortiori si vous avez lu l'Iliade.
17:02 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : homère, quintus de smyrne, iliade, post-homerica |
|
|
Facebook
Tweet
mercredi, 14 décembre 2011
Magnifique Électre !
Aaaaah : un peu de littérature dans ce monde de brutes, c'est raffraîchissant :-) On m'a offert récemment une tablette ArchoS orientée liseuse, et, du coup, je suis à la recherche d'ebooks gratuits en attendant de trouver les payants que je cherche. J'ai donc trouvé http://www.ebooksgratuits.com/ qui recèle une grande quantité de livres électroniques gratuits dans des formats variés, à commencer par Epub, celui que ma tablette met le mieux en forme.
Je lis toutes sortes de choses, mais ceux qui me connaissent savent aussi que j'ai un goût particulier pour les humanités classiques et notamment les auteurs grecs antiques. C'est là où le bât blesse. Peu de droits s'avérant libres, me voilà condamné à me coltiner les traductions du XIXème siècle. Lourdes, précieuses au possible façon romantisme, c'est quelque peu indigeste. On s'extasie devant les traductions de Leconte de Lisle, eh bien pas moi. Son Odyssée et son Iliade sont d'un ennui mortel. A vrai dire, beaucoup de traductions modernes ne m'apparaissent guère supérieures. Heureusement pour moi, j'ai eu la chance de découvrir l'Iliade très jeune dans la traduction de Mario Meunier. C'est resté un ouvrage de référence pour moi depuis.
Lire Électre (et pourtant j'apprécie Sophocle) a été plus difficile. J'ai toujours aimé la mythologie, mais à vouloir être si proche du texte, les traducteurs de Sophocle m'ont souvent paru ennuyeux.
Et puis il y a quelques années, j'ai fait une découverte extraordinaire. Un helléniste adepte du web et des forums de langues anciennes s'était lancé dans la traduction d'Électre en vers. Cet homme-là était une bénédiction pour les lettres : il était talentueux.
Sa traduction vaut son pesant d'or, c'est elle que j'ai récupérée sur ma tablette, et je ne me lasse pas de la lire et la relire tant elle l'emporte en fluidité sur toutes les autres. Il a eu également le temps de traduire les Choéphores d'Eschyle (qui vont atterrir sur ma tablette aussi).
Mais ce qui est très triste, c'est qu'il est décédé brutalement il y a trois ans. C'est une perte. Et il y a près d'un an, celui qui hébergeait ses textes et a tant fait pour les lettres grecques et latines, Philippe Remacle, l'a à son tour suivi chez Hadès. Je ne doute pas qu'ils se soient retrouvés sur l'île des Bienheureux là où les âmes des héros et des justes étaient envoyées par les juges des enfers.
Ils ont disparu mais le meilleur d'eux est resté, et moi, quand je lis son Électre, je suis bouleversé. Et elle est d'actualité, Électre. Ni elle ni Chrysotémis, sa soeur, n'ont d'estime pour Égisthe, l'usurpateur, qui s'est installé sur le trône de Mycènes après avoir assassiné leur père Agamemnon. Mais l'une a choisi de résister quand l'autre a décidé de plier car elle pense qu'il faut s'effacer devant les puissants et prendre acte de leur pouvoir.
CHRYSOTHÉMIS
Amies, si son esprit n'était pas défaillant,
Elle aurait révélé un peu plus de raison
Avant que de parler : cela n'a pas eu lieu.
Mais que t'arrive-il pour avoir tant d'audace,
Et m'enrôler dans ton projet ? Regarde-toi,
Tu es femme, voyons, pas homme ! Et donc ton bras
N'est pas assez puissant contre nos ennemis.
Tous deux sont aujourd'hui comblés par la fortune ;
Nous allons à vau-l'eau, au-devant du désastre.
Et comment vaincrons-nous un homme tel qu'Égisthe,
Sans subir par la suite, et malheurs et trépas ?
Oui, certes, nous menons une vie lamentable ;
Qu'on entende tes plans et nos maux seraient pires
En fait, quel avantage à être renommées,
Si c'est pour nous livrer à une mort honteuse.
Aussi, je t'en supplie, avant que nous soyons
Anéanties, réprime au plus vite ta rage.
Quant aux propos tenus par toi à cet instant,
Je jure de les taire ; ils resteront secrets.
Sois raisonnable enfin, aie cette intelligence
De céder aux puissants, sache te résigner.
LE CORYPHÉE (à Électre)
Écoute-la. Prudence et raison sont aux hommes
Les trésors les plus beaux, les plus nobles qui soient.
ÉLECTRE
Une telle réponse est loin d'être étonnante.
D'avance, je savais que tu rejetterais
Mes propositions. eh bien, il va falloir
Que je fasse tout de ma propre initiative,
Seule, et pas question de rester sans rien faire !
18:21 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : électre, ebooks, philippe renault, remacle |
|
|
Facebook
Tweet
mardi, 22 novembre 2011
Au théâtre, vive les places d'honneur
Quand je me rends au théâtre, s'il y a quelque chose que je déteste particulièrement, c'est de me trouver mal placé au point de ne rien voir (ou presque) ou encore de mal entendre. Hors des premiers rangs, point de salut. L'inconvénient, évidemment, c'est le coût de ce goût immodéré pour le luxe et le confort. Coût qui s'allonge d'autant plus que l'on amène avec soi sa petite famille. La place de théâtre, c'est comme la place d'avion, poupettes et poupinets payent plein pot.
Mais quand on assiste à un spectacle de qualité, donné par des acteurs d'exception, c'est un plaisir renouvelé que de caler son derrière dans un confortable (ou non, à vrai dire) siège de théâtre, d'ouvrir les yeux et de dresser les oreilles.
Certains regardent des pièces de théâtre à la télévision : on n'a pas toujours le choix et je ne crierai pas à l'hérésie, mais j'avoue que pour ma part, j'en perds tout le sel quand je dois me contenter d'aussi peu.
Tenez, on donne le Songe d'une nuit d'été au Théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris. J'avoue être tenté, pour le peu que j'en ai vu sur la vidéo. Mais c'est 30 euros la place. Ah, s'il n'y avait que moi, je ne dis pas. Et puis il faut bien que les artistes vivent. Il y a toute une troupe là-bas, et elle doit se nourrir
J'ai toujours adoré cette pièce de Shakespeare. Avec la Mégère apprivoisée (que l'on ne donne plus guère) et la Tempête, parmi les comédies, ce sont là mes trois pièces favorites.
Il est toujours difficile de se faire une idée sur une pièce de théâtre : la plupart du temps, les critiques, imbécilement, ne tarissent pas d'éloges. La presse ne fait pas mieux, en s'extasiant devant telle ou telle mise en scène. Aucune fiabilité, aucune crédibilité. Les critiques journalistiques sont des incapables incompétents qui tentent, le temps d'une posture, de se donner un air. Non moins agaçants sont les Béotiens à deux sous qui abreuvent les fils de forums et de discussions des articles consacrés aux pièces de théâtre. Ils n'ont généralement rien à dire, ou bien trois fois rien, mais le disent tout de même, pour le plus grand malheur de ma patience.
Tenez, prenons le Songe d'une nuit d'été par exemple, dont la presse se gargarise, voilà les commentaires :
« Un rêve électrique, fourmillant d'idées. » Les Echos
« Spectaculaire, rafraîchissant et divertissant. » Le Figaro
« Un jeu de cache-cache très divertissant et léger. » Figaroscope
« Désinvolture et glamour. (...). Un divertissement plein de charme et de Gaité. (...). Un univers coloré, décalé et loufoque. » L'Express Style
« Une mise en scène énergique, dynamique, sportive même, d'une grande efficacité. » Le Figaro Magazine
«Excellente idée. » Pariscope
« Une formidable Réussite. » Le Parisien
« Une version déjantée du Songe d'une nuit d'été. » Charente Libre
« lol» (non, ça, c'est de moi, pour rigoler).
N'est-ce pas crétin et débile au possible ? Ça me fait penser aux cartes horoscopes, tiens : l'art de ne rien dire en ne disant rien. C'est une critique, formidable, excellente idée, raffraîchissant (ah, c'est une pub pour un soda ?) et autres lieux communs totalement dénués d'intérêt ? Tas de fainéants, oui, qui n'ont peut-être pas même regardé la pièce. Genre un Minc commentant le livre de Bayrou.
Bon, je ne veux pas être méchant avec le pauvre commentateur de la pièce, mais franchement : c'est un ufologue ou quoi ? Oui, il affirme que la pièce est un OVNI. Et pourquoi pas un météore ? Ou même un trou noir ? Non, mieux, un quasar : oui, vous savez, ces sortes de disques lumineux autour des trous noirs dans l'espace...
Bon, allez, ce soir, je suis d'humeur mauvaise, je m'arrête là. Je la ferai, moi, la critique du Songe d'une nuit d'été version Lorant Deutsch, une fois que je l'aurai vu représenté sur scène. Pas de complaisance, mais de la critique façon gastronomie. Ça a intérêt à être bon !
22:23 Publié dans Culture, Insolite, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : songe d'une nuit d'été, théâtre |
|
|
Facebook
Tweet
vendredi, 11 novembre 2011
L'UNESCO a la mémoire courte
A lire la presse, on a le sentiment que USA et Israël se vengent de la résolution votée par l'UNESCO en lui sucrant ses crédits.
Mais l'UNESCO a la mémoire courte : quel est l'organisme, au fait, qui déclarait il y a 20 ans de cela Israël hors-région pour le punir de son attitude envers les Palestiniens ? On ne sait pourquoi, mais il n'y a jamais eu de résolution similaire contre tout autre pays s'autorisant des manquements bien plus graves, et pourtant ils sont nombreux.
L'adhésion à l'UNESCO est un joli coup de la diplomatie palestinienne, et franchement, je préfère voir les Palestiniens se battre sur ce terrain-là qu'à coups de bombes dans les transports en commun de civils.
Et puis Bibi et ses sbires l'ont bien cherché : en n'offrant aucune opportunité à Abbas, ils l'ont contraint à se les créer lui-même.
Il n'en reste pas moins que sous des dehors gentiment humanitaires, l'UNESCO en profite souvent pour servir des idéologies. Par exemple, je soupçonne fort qu'il va tenter de déclarer certains sites controversés au patrimoine mondial après déclaration non des Israéliens, mais des Palestiniens.
Des décisions à l'emporte-pièce pour des monuments figurant à Jérusalem pourraient par exemple mettre le feu aux poudres.
L'UNESCO va larmoyer, désormais, parce qu'elle se retrouve amputée d'une large part de ses fonds. Mais c'est ce qu'il se produit quand on mord la main de celui qui vous nourrit et qu'on lui crache à la gueule...
00:41 Publié dans Culture, International | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : israel, unesco, palestine |
|
|
Facebook
Tweet
dimanche, 06 novembre 2011
Ne pas surjouer.
Quand je le peux, j'essaie d'emmener ma petite famille au théâtre. Bien sûr, comme elle est constituée de jeunes enfants (hé hé, je pense à nos retraites, il faudra du monde pour les financer), je dois choisir des spectacles adaptés.
Or, ce qu'il y a, c'est que les troupes qui se produisent pour de jeunes publics ont la très mauvaise manie de surjouer. Ce n'est pas parce qu'on joue pour de jeunes enfants, voire de très jeunes enfants, que l'on n'est pas tenu pour autant à une exigence de qualité.
J'ai découvert, il y a quelques années, un site très pratique pour disposer d'une vue globale de ce qui se joue saison par saison. Il s'agit de theatreonline. Quand ils le peuvent, les administrateurs du site proposent une vidéo pour illustrer les spectacles, généralement de courts extraits.
Quand je parcours le menu "pour enfants", je suis frappé du caractère puéril (dans le mauvais sens du terme) des interprétations. Il arrive, toutefois, rarement, de tomber sur quelques perles.
Mon aîné n'a jamais autant ri que le jour où il a assisté à la représentation du Songe d'une nuit d'été au Sudden Théâtre (tiens, on y joue Lysistrata d'Aristophane, il faudra que j'aille voir cela), à Paris. Il n'avait pourtant que 5 ans (ça date, quoi...). Mais la pièce n'était pas destinée à un jeune public. Je parlais de perle, au fait. La voilà :
Blanche Neige (la comédie musicale à la Comédie... par danslesdecors
Le spectacle Blanche-Neige a le mérite de ne pas verser dans le puéril dégoûlinant. L'interprétation de la mauvaise reine-mère, lisible à plusieurs niveaux, est des plus plaisantes, avec juste ce qu'il faut de clins d'oeil pour mêler bon goût et hilarité. Petits et grands, rient, et c'est in fine cette communion là qui compte. La pièce se donne à la Comédie de Paris.
Je me méfie évidemment des gros blockbusters théâtraux, particulièrement lorsque les bobos ne tarissent pas d'éloges sur une pièce. C'est mauvais signe.
A mon avis, le mieux que puissent faire les troupes, c'est bien de réaliser un petit court-métrage de leur prestation. C'est ce qui permet de se faire l'avis le plus éclairé.
18:21 Publié dans Culture, Paris, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : théâtre, enfant |
|
|
Facebook
Tweet
mercredi, 21 septembre 2011
Le Cochon de Gaza ? ça a l'air marrant !
J'ai vu la bande annonce du cochon de Gaza, et à vrai dire, je suis alléché au possible. Les mésaventures et tribulations d'un pêcheur palestinien ayant sauvé la peau par inadvertance d'un cochon qui allait se noyer, coincé entre barbus et grillages israéliens, m'ont l'air truculentes à souhait.
Je vais aller le voir ce film. Il m'a l'air très drôle.
16:33 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : le cochon de gaza |
|
|
Facebook
Tweet
mardi, 05 avril 2011
J'ai fini la Cousine Bette
Plus qu'à passer à un autre Balzac. Étonnant, tout de même, Balzac, par sa propension à friser le fantastique dans certains de ses romans. La vengeance du Brésilien Montès fleure bon quelqu'antique malédiction inca ou, mieux encore, du vaudou. Une maladie qui décompose le sang en moins d'une semaine, et qui ne peut être guérie qu'aux «Indes». Quel final magistral. Magistral mais pas tragique : tout est bien qui finit bien ou presque. Les gentils sont récompensés, les méchants sont punis.
Dans son histoire des XIII, l'atmosphère mystérieuse qui entoure les réunions secrètes ou encore un Ferragus m'avait déjà fait songer à plus d'un égard à ce genre littéraire.
Quand je lis un roman de Balzac, je retrouve une évolution presque similaire dans le déroulement de l'action. Lent d'abord pendant une bonne moitié du roman puis accélération progressive et une montée en puissance dans les dernières pages, celles pour lesquelles je suis prêt à me coucher à 3 heures du matin pourvu que je puisse les dévrorer jusqu'à la dernière lettre.
La Cousine Bette ne me paraît pas vraiment un personnage diabolique. Plutôt une vieille fille un peu mauvaise mais entière qui n'éveille pas vraiment l'attention. C'est en fait sa seule force. La virtuose, c'est la belle Valérie, même si elle finit en tas de boue pour en avoir trop fait. Pas de scrupules, experte à tromper son monde, un aplomb sans faille.
Les hommes ne sont pas à la fête : Crevel, Hulot, des vieux débris, des tas de ruine libidineux. Steinbock, un bon à rien, un rêveur-poseur expert en paroles, limité en actes. Je partage l'avis de Balzac : avec des natures faibles de cette sorte, il ne faut pas des femmes douces, mais rudes ; le non-actif total, en somme, le Polonais.
Il y a bien sûr Adeline, un modèle de dévouement, la dame patronesse chrétienne par excellence. Je vois déjà de là qu'elle a du déplaire à plus d'un, parmi ceux qui n'aiment pas le sentiment dégoûlinant, n'est-ce pas, l'Didier ? S'il considère Lady Dudley comme une forme d'idéal féminin, Valérie Marneffe a bien dû lui plaire aussi, à tous les coups...
Eh bien moi, ma préférée, dans cette histoire, ce n'est pas une sainte, cette fois, Josépha, une jeune et belle actrice juive. Elle donne une leçon d'humanité extraordinaire à tout le monde, et par la manière dont elle prend soin finalement de Hulot, et par la noblesse d'âme avec laquelle elle accueille Adeline, sans pour autant renier ce qu'elle est (au contraire d'une Valérie Marneffe sur son lit de mort).
Il ne me reste plus qu'à sélectionner mon prochain Balzac. A priori le Cousin Pons, mais j'envisage aussi une Ténébreuse affaire. Je pense aussi que je devrais relire la Peau de chagrin, alors...j'ai du pain sur la planche, sans compter les Illusions perdues qui m'attendent également sur ma table de chevet...
23:56 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : balzac, cousine bette |
|
|
Facebook
Tweet
dimanche, 20 février 2011
Réhabilitons Félix (un peu)
Je n'épargnerai rien à mes lecteurs : ils sauront tout (enfin, du moins tout ce que moi j'en pense) du Lys dans la vallée d'Honoré de Balzac. Je fais bien de relire ce livre. J'avais vraiment tout oublié... J'ai été dur avec Félix, je l'ai accusé d'égocentrisme parce qu'il parlait beaucoup de lui. Rendons-lui hommage : ses boquets de fleurs composés avec l'attention particulière d'un compositeur méditant sa symphonie méritent l'admiration et surtout, prouve sa capacité à se dépasser pour l'objet de son amour. Au passage époustouflant Balzac qui énumère en virtuose tout ce que les champs et les prés comptent de plantes à fleurs. J'ai laissé entendre que Félix était surtout en contemplation de lui-même, mais je corrige : il est sincèrement amoureux d'Henriette, puisqu'il est prêt à tous les sacrifices pour elle, même de se faire prêtre.
Je me suis aussi intéressé à ses rapports avec les deux enfants d'Henriette, Madeleine et Jacques. Ils l'attendrissent, mais, est-ce le cas pour ce qu'ils sont ou simplement parce qu'ils sont les enfants d'Henriette ? Félix dit dans un premier temps que tout ce qui est proche d'Henriette mérite attention et amour. J'ai donc d'abord eu le sentiment que les enfants étaient objetisés. Mais par la suite, on sent dans les rapports que Félix entretient avec eux qu'une certaine forme d'autonomie (toute relative, toutefois) se forme entre eux, dans leurs relations. A ce stade-là, toutefois, si Henriette périssait, il est assez probable que les enfants retourneraient à leur statut d'objets d'Henriette. Toute proportion gardée, je vais faire un parallèle qui va faire bondir les puristes : dans la série de JK Rowling, Severus Rogue n'a de l'attention (bien cachée) pour Harry Potter que parce qu'il a été amoureux de sa mère. Peut-être est-ce dans cette catégorie qu'il faudrait chercher au cas où Henriette périrait, encore que Félix est bien plus tendre et sentimental que Sévérus...
14:22 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : balzac, harry potter |
|
|
Facebook
Tweet
L'écriture de Justine
Je crois que je n'en ai pas fini de commenter les deux livres de Justine Lévy, Rien de grave et Mauvaise fille. J'ai écrit dans ma note précédente sur Mauvaise fille que je trouvais l'écriture de Justine hachée. J'y ai bien réfléchi. En fait, quand j'ai tourné les premières pages de Rien de grave, j'ai eu la sensation bizarre de tomber sur une sorte de Petit Nicolas tragique et féminin.
L'écriture de Justine Lévy réplique l'expression d'un enfant ou d'une adolescente. Je me suis demandé pourquoi, me doutant qu'une jeune femme aussi talentueuse ne pouvait avoir que fait sciemment ce choix d'écriture, et finalement, je crois avoir trouvé la réponse. Elle est à mi-chemin, j'en ai la sensation, des sentiments qui agitent Justine et de sa création littéraire propre.
Dans ses deux récits autobiographiques, Justine apparaît toujours comme une jeune fille qui peine à prendre des décisions, et surtout, qui ne se vit pas comme une adulte libérée de ses parents. Je ne dirais pas qu'ils l'ont enchaînée d'une manière ou d'une autre, cela je ne peux le savoir, mais elle, à l'évidence, a bien du mal à voler de ses propres ailes ; non pas matériellement ou physiquement, mais psychiquement. Ses parents, son papa, sa maman, demeurent les références absolues de son logiciel.
Du coup, je ne comprends son écriture que par le refus (ou la difficulté, du moins) à assumer un développement psychique et psychologique pleinement adulte. Or, franchir le seuil qui sépare définitivement l'enfant du parent (sans pour autant que les liens soient brisés) devient une nécessité avec la maternité. Il est difficile de se positionner comme mère (ou comme père) quand on est encore par trop l'enfant de ses parents. D'ailleurs, c'est quasiment ce qu'écrit Justine à la dernière page de son roman à propos de sa mère : il fallait qu'elle meure pour me laisser être mère à mon tour.
J'ai relu la fin de Mauvaise fille ; ce n'est pas encore une certitude, mais j'ai eu l'impression d'une évolution du style. Une ponctuation plus correcte, des négations entières, moins de ruptures de construction et d'ellipses, tout ce qui contribue à générer une atmosphère stressante, tout au long des deux ouvrages, avec ces phrases qui se succèdent et se bousculent, les unes à la suite des autres, sans laisser au lecteur le temps de physiquement respirer.
J'avoue attendre avec la plus grande impatience le prochain livre de Justine Lévy. J'espère qu'elle continuera à relater sa passionnante et riche existence. Peu de livres m'ont marqué autant que les deux siens.
00:22 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : justine lévy, mauvaise fille |
|
|
Facebook
Tweet



