jeudi, 27 août 2009

Hermione

androm07.jpgJ'ai une image ! Une image d'Hermione ! Oui, Hermione : Hermione la fille de Ménélas et d'Hélène de Sparte, pas la petite Emma Watson, qui joue Hermione Granger dans les films Harry Potter.

A vrai dire, c'est une vraie plaie que de parvenir à trouver le moindre document iconographique sur la Toile ou dans les livres sur Hermione. A croire que les sculpteurs et peintres gréco-romaines puis leurs héritiers n'ont jamais jugé utile de la représenter.

Je dois donc me contenter d'une reprographie d'une actrice de la Comédie Française dans l'Andromaque de Racine, datant du XVIIIème siècle.

Hermione était amoureuse de Pyrrhus, le fils d'Achille. Pas de chance, ce dernier s'enticha d'Andromaque, la veuve d'Hector, qui lui avait échu en partage à la prise de Troie. Dans le même temps, Oreste, fils d'Agamemnon, tomba amoureux de sa cousine. Cette histoire termina mal. Par dépit, Hermione demanda à Oreste de liquider Pyrrhus, ce qu'il fit très volontiers. De désespoir et de regret, elle se suicida. Oreste, quant à lui, prit la fuite.

Le dramaturge grec Euripide raconte cette histoire dans sa tragédie du nom d'Andromaque. Jean Racine en a repris la trame dans sa pièce du même nom, 2000 ans plus tard.

Pour Hermione Granger, tout va bien : elle n'a pas de cousin germain, et Ron n'est pas le fils d'Achille. Il y a donc des perspectives de salut !

Si un jour un réalisateur reprenait la légende des Atrides et en faisait une trilogie, il aurait un sacré matériau pour une super-production.

Pensez donc : Atrée emprisonne Thyeste non sans lui avoir servi sa descendance en rôti préalablement à l'exception d'Égisthe. Il envoie Égisthe qu'il élève comme un fils liquider son vrai père, mais l'un et l'autre se reconnaissent. Du coup, ils envoient ad patres Atrée et manquent de peu Ménélas et Agamemnon, les fils d'Atrée, qui parviennent à se barrer in extremis à Sparte. Agamemnon reprend Argos, mais Égisthe parvient à prendre la tangente.

Pendant qu'il est à la guerre avec son frère, Égisthe revient, le cocufie avec sa femme Clytemnestre et attend l'air de rien son retour. Il profite de ce que son neveu, Oreste, est parti, et essaie de marier de force sa nièce, Électre, à un paysan.

Ils se font Agamemnon et sa concubine, Cassandre, une prophétesse qui l'avait pourtant avertie, dans sa salle de bain, à la hache. Peu après, Oreste revient en secret. Il se fait reconnaître de sa soeur, et à deux, ils montent un plan. Plan exécuté, et c'est au tour de Clytemnestre et d'Égisthe de trépasser. Au fait, pourquoi Clytemnestre a trompé son mari et l'a assassiné ? parce qu'Agamemnon avait sacrifié Iphignie, leur fille, pour obtenir un bon vent des dieux pour sa flotte, à Aulis, avant d'attaquer Troie : tout ça parce qu'il avait fait le con avec Artémis et s'était vanté d'être meilleur chasseur qu'elle. Ça lui avait pas plu, à la déesse de la Chasse, et elle avait demandé à Éole le dieu des vents de retenir le moindre souffle d'air à Aulis.

Mais elle ne pouvait pas savoir qu'Artémis avait finalement pardonné à son mari, et que du coup, sa fille avait été téléportée en Tauride pour devenir prêtresse de la dite déesse (ce qui sauva la peau d'Oreste, parce qu'Iphigénie le reconnut comme son frérot au moment où elle s'apprêtait à le sacrifier).

Cela dit, ce n'est pas bien de tuer sa mère, et du coup, Électre et Oreste eurent longtemps maille à partir avec des démons des enfers, les Érynies. Il fallut l'intervention d'Apollon puis d'Athéna pour définitivement calmer les choses...

Sacrée histoire avec plein de rebondissements, non ?

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mercredi, 22 juillet 2009

Art moderne

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Et là, vous découvrez que la valeur d'une oeuvre est surtout fonction de la surenchère langagière pratiquée par son auteur, de l'intensité substantive, adverbiale et superlative de la logorrhée exsudant du jargon développé autour du moindre gribouillage, afin de vous faire prendre des vessies pour des lanternes.

"un dépassement pictural à observer dans une démarche post-moderne décontemplative, une recherche de puissance suggestive par la domination du rouge sang qui submerge l'oeil du spectateur"

 

Sans adhérer à la totalité du discours, j'ai tout de même bien ri à la lecture du billet d'Objectif Liberté. Si je ne rejette pas en bloc l'art moderne, je me permets tout de même, en dépit de mon amateurisme, d'exprimer mon scepticisme devant l'intérêt ou même plus simplement la qualité artistique de certaines oeuvres...

Il se trouve qu'Objectif Liberté évoque l'action culturelle de la ville de Nantes. Je tiens tout de même à rendre justice à la ville (dans laquelle je me suis rendu récemment) : ses initiatives ne se limitent pas au vilain carré orangé que l'on voit sur l'écran. Il y a aussi l'entretien du Château des Ducs de Bretagne, l'aménagement des rives de la Loire, des festivals variés, et plus généralement, à ce qu'il m'a semblé beaucoup de bonne volonté au sein des services culturels. Ces derniers associent  le très moderne (qu'a relevé Objectif Liberté) au classique (Festival de grec et de latin) avec une certaine audace, puisqu'à chaque fois, c'est un choix où l'on n'attend pas forcément une ville.

Ensuite, je mets en doute tout de même le chiffre qu'avance Objectif Liberté : 17% du budget pour la culture à Nantes, bien que cela me ravisse, cela m'étonne tout de même. Peut-être y-a-t-il une virgule qui a sauté ?

Enfin, si je tends à partager certaines considérations d'Objectif Culturel sur l'art moderne, je suis franchement en désaccord avec certaines de ses conclusions sur les subventions à la culture. Par exemple, ceci :

Le cas échéant, le rayonnement culturel d'une ville doit il être le fait de fonctionnaires qui jouent aux découvreurs d'artistes avec notre argent, ou celui de riches mécènes qui tels les Médicis ou les Grassi, ou les Guggenheim et Pinault, tentent de passer à la postérité en convertissant leur fortune en lieux d'induction de plaisir artistique ? Qui aura plus fait pour le rayonnement culturel : les Médicis à Florence, les riches commerçants de Venise, ou un obscur conservateur de FROC à Nantes  ou à Clermont Ferrand ?(NDLR : l'auteur à transformé le mot FRAC en FROC, A pour Art, O pour Onanisme...).

Je crois qu'il n'y a pas de contradictions entre les fondations privées et le travail de fonctionnaires, et je pense également que le goût artistique d'un fonctionnaire peut s'avérer aussi sûr que celui d'un grand capitaine d'industrie. Ce qui serait néfaste, ce serait que l'art ne dépende que de l'un ou que de l'autre. Je me retrouve finalement dans l'analyse de François Bayrou pendant l'élection présidentielle, qui demeure à ma connaissance, la position officielle du MoDem :

Tout cela pose bien entendu la question des financements de la culture aujourd’hui en crise, et de l’organisation des territoires, aujourd’hui en panne. L’attention des médias s’est récemment portée sur le patrimoine et sur le recul de la francophonie dans le monde. Nous connaissons l’état de nos finances publiques, mais la culture est un investissement pour l’avenir afin de garantir les crédits nécessaires au rayonnement culturel de notre pays. Son budget, qui atteint péniblement les 1% de celui de l’État, doit faire l’objet d’une programmation pluriannuelle. Il faut aussi trouver les moyens de renouveler les financements de la culture dans un équilibre subtil entre la liberté de création et la pluralité des financements, publics et privés, et continuer à encourager le mécénat.

Je concluerai enfin sur cette sentence, par laquelle Bayrou ouvrait le colloque de l'UDF le 17 février 2002 et qui figure aussi dans son livre Projet d'Espoir :

La culture n'est pas un luxe qui vient après le nécessaire. Elle constitue le soubassement de nos prises de conscience, de nos comportements et des événements historiques.

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samedi, 30 mai 2009

Mythologies

J'ai lu et relu une large part de mon enfance les contes et légendes des grandes civilisation, avec un goût tout particulier pour les grandes épopées et les gestes. J'ai admiré Yudhishthira, le prince juste, tendre et courageux du Mahâbhârata, espéré que Dieu pardonnerait à Lancelot et que celui tiendrait ses résolutions afin qu'il puisse rejoindre son fils Galahad et contempler le Graal. Jeune, Achille était mon idole, mais, avec l'âge, j'ai changé de camp et de héros dans l'Iliade. J'admirais alors sa force, son courage et son détachement face à son destin. Aujourd'hui, c'est Hector qui emporte mon adhésion. Quel courage, quelle humanité ! Voilà un homme qui sait que les Grecs comptent des héros très puissants, plus puissants que lui, mais qui assume son rôle de général en  chef des Troyens et combat bravement. Voilà un homme qui ne s'inquiète que pour son peuple, pour sa femme Andromaque et son fils Astyanax alors qu'il sait qu'il va au devant de la mort. Hélène pleure sa mort plus que celle de quiconque tant il aura toujours été doux et compatissant avec elle. Voilà encore un homme qui rappelle son frère Pâris à son devoir, regardant ce dernier par en-dessous, comme Homère le dit, et voyant en ce dernier la cause de tous les maux de Troie. Une attitude qui détone avec le jugement tant des Troyens que des Grecs pour lesquels Hélène est le cause première de la guerre.

Homère était considéré par les Grecs du Siècle de Périclès comme l'oeuvre fondatrice qu'il fallait faire étudier aux enfants pour leur édification morale et intellectuelle. Les Grecs d'aujourd'hui pensent toujours la même chose, d'ailleurs, l'Iliade et l'Odyssée sont au programme de 6ème, en Grèce. En France même, on en recommande l'étude au début du collège également. J'y ai trouvé et j'y trouve encore, pour ma part, des morceaux d'humanité sans pareils. Parmi les héros, bien peu rivalisent avec Hector, à mes yeux. Il n'y a que Yudhishthira et Antigone (celle de Sophocle) dont les auras égalent celle d'Hector. Yudhishthira parce que c'est la tendresse sans mollesse et la douceur faites homme. Antigone, parce qu'elle n'est pas née pour haïr mais pour aimer. Voilà une fillette (ou une jeune adolescente chez Euripide) qui descend dans la plaine au milieu de la nuit et des tourbillons, vient se pencher sur le corps de son frère en décomposition, que les charognards se disputent sans doute, et accomplit les rites nécessaires afin que son âme trouve la paix, en dépit de l'édit de son propre oncle, qui assure désormais la réalité du pouvoir à Thèbes. Extraordinaire enfant qui n'hésite pas à agir seule quand même sa soeur Ismène la lâche.  Quel art que l'écriture de Sophocle. Quel talent chez cet homme pour avoir fait de l'exemple saisissant d'Antigone un mythe désormais éternel.

Mais, j'en viens à ma conclusion : mon billet est en fait une chaîne, une bonne vieille chaîne de blogs. Je vais taguer quelques blogueurs, et voilà ce que je voudrais qu'ils écrivent, s'ils sont d'accord : qu'ils fassent le portrait d'un héros légendaire (mais pas d'un dieu) dans les mythes antiques (pas seulement gréco-romains, les mythes et légendes de toutes les régions du monde entrent dans le cadre du thème de la chaîne) qui a retenu leur attention et à qui ils accordent leur suffrage plus qu'à quiconque.

Je vois bien Skeptikos, Oréade, Démocratix (comme ça il sera à nouveau obligé d'écrire des billets sur son blog :-) ), Nelly (dont je n'ai plus de nouvelles), Mirabelle (même chose que Démocratix) Polluxe, et enfin Vincent me donner leur avis. Mais bon, ils font ce qu'ils veulent.

Il y a aussi le Crapaud du Marais qui m'a tagué dans une autre chaîne. J'ai un peu la flemme de répondre. En fait, je suis d'accord avec  tout ce que propose le MoDem poyur l'Europe, sauf pour les paradis fiscaux. Cela étant établi, mon crapouillot peut participer à ma chaîne sur les héros mythologiques.

11:14 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (35) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mythologie, héros | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 18 mars 2009

François Bayrou érige wikipedia en modèle humaniste

Bon, ben merci à Framablog qui a repéré ces moments (ceux dont je vais rendre compte) dans l'émission du 27 février dernier à laquelle François Bayrou a participé. Très intéressant. Et très juste. Je vois qu'il partage mon enthousiasme pour cette magnifique encyclopédie. Et tout à fait l'idée que je me fais de la culture. C'est bien en ce sens que je vois la culture, comme l'un des Biens supérieurs qu'évoque le groupe Identité et Valeurs de l'Europe du MoDem sur le blog leseuropeens.fr.

Pourquoi est-ce que je suis intéressé par l’univers des logiciels libres ? Pourquoi est-ce que je suis intéressé par l’univers wiki ? Parce que ce sont des modèles de société non marchands. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas des gens qui à partir du logiciel libre ne font pas du marchand, ne créent pas des activités économiques, mais Wikipédia, pour prendre un exemple, c’est tout de même impressionnant qu’il y ait une encyclopédie de centaines de milliers de pages sur tout sujet, sans que personne n’ait été là pour des raisons marchandes.

(…)

Mais pour l’essentiel, ne prenez le petit défaut ou la petite faille, prenez le fait massif. Il y a là une encyclopédie, free, libre d’accès, à disposition de tout le monde, qui a été développée par des esprits généreux qui ont simplement voulu faire partager à d’autres ce qu’ils savaient. Vous ne trouvez pas que c’est intéressant. Vous ne trouvez pas que c’est intéressant que on ait des logiciels, des systèmes d’exploitation, qui soient constamment enrichis, bénévolement ou gratuitement. Et donc pour moi il y a là un projet de société qui est intéressant au moins à regarder et à réfléchir parce qu’il veut dire que la loi du profit ne commande pas tout. Qu’elle n’est pas totalement absente, on n’est pas naïf, bien sûr que les raisons économiques sont à prendre en compte. Mais elles ne doivent pas prendre la place de toutes les autres raisons de vivre : raison de chercher, raison d’enseigner, raison de transmettre, raison de s’élever, raison de créer, etc.

(…)

C’est important pour beaucoup de ceux qui vous écoutent sur le Net en particulier. Il y a là quelque chose qui donne de l’espoir dans la nature humaine. Alors comme tout, pas que de l’espoir. Mais il y a là quelque chose qui permet d’avoir une autre vision de l’avenir de l’humanité que cet avenir écrasé qu’on nous promet par ailleurs. Parce que si vraiment, ce que je crains, on est en train en France de mettre en place un réseau d’influence et de pouvoir sur des secteurs entiers de la société, où est la capacité de résistance ? Si vous êtes un citoyen moyen, un jeune garçon, une jeune fille ? Qu’est-ce que vous pouvez faire ? Vous défilez une fois, et après il n’y a plus de défilés comme vous le savez. Bon et bien il y a là, dans cette culture civique, quelque chose qui donne de l’espoir, qui en tout cas à moi me donne de l’espoir.

23:26 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : wikipedia, culture, valeur, europe, bayrou | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

samedi, 14 mars 2009

Tannhäuser porno, est-ce vraiment osé ?

tannhaeuser01.jpgÇa fait scandale en ce moment en Espagne : la compagnie Los Angelès Opera a décidé d'interpréter l'opéra de Wagner, Tannhäuser, au pied de la lettre. En effet, selon la légende, Tannhäuser chevalier et poète germanique du milieu du Moyen-âge passa une année à adorer Vénus, déesse de l'amour et du désir. Comme les gravures et les tableaux étaient en soi évocateurs de ces faits, j'imagine que cette compagnie et leur metteur en scène se sont dit qu'ils ne pouvaient pas ne pas faire au moins aussi bien.

En effet, à considérer la chose, on se verrait bien venir se mêler à l'orgie et à la débauche sur scène, où l'on se demande si les scènes, explicitement sexuelles sont seulement simulées. Mais le mieux, pour se faire une idée de la chose est encore de se rendre sur le site d'El Païs qui en rend compte via un extrait vidéo explicite...

En règle générale, la provocation pour la provocation m'agace, mais, pour cette fois, je trouve fondé ce choix esthétique. L'opéra de Wagner débute vraiment dans un lupanar. Alors pourquoi pas, si l'on fait le choix d'une esthétique percutante. Tiens, au fait, en parlant de Tannhäuseur, après avoir vécu une année de délices chez Vénus, il tenta de se faire absoudre par le Pape Urbain IV. Celui l'envoya gentiment paître en lui faisant valoir qu'obtenir son pardon serait aussi difficile que de voir son bâton épiscopal fleurir. Pas de pot, 3 jours après, le bâton  fleurit. Il se mit en quête de Tannhäuser, mais c'était trop tard, ce ternier avait mis les bouts et était revenu chez Vénus (bonne idée au demeurant). Eh oui, à l'époque, on était plus progressiste qu'aujourd'hui. Parce qu'aujourd'hui, j'imagine que dans l'église catholique, on pense aussi qu'il y a autant de chance de "pardonner" à une fillette violée que de voir le bâton épiscopal du Pape fleurir, je suppose...

Heureusement qu'en France nous avons des évêques d'une toute autre trempe que le sinistre José Cardoso Sobrinho. Faut dire ce sale bonhomme a été désavoué par ses semblables et que cela lui fait les pieds.

409px-Jcollier.jpgBon, je m'égare, revenons à Tannhäuser : en fait, pour être précis, là où il trouve refuge très précisément, c'est au Venusberg. Je ne suis pas germaniste, mais je sais que littéralement, cela se traduit par "mont de Vénus". Bien sympa comme endroit :-D

A propos de Tannhäuser, Charles Baudelaire a écrit quelque chose de très intéressant dans l'Art romantique, dont je recommande la lecture. Il y a plein de choses notables dans cette critique de Baudelaire, notamment une mise en relation des effets de la musique sur les cerveaux et ses Correspondances (la nature est un temple où de vivants piliers...). Mais, ce qui illustre mieux que tout mon propre propos, c'est ceci :

Le Chant des pèlerins apparaît le premier, avec l’autorité de la loi suprême, comme marquant tout de suite le véritable sens de la vie, le but de l’universel pèlerinage, c’est-à-dire Dieu. Mais comme le sens intime de Dieu est bientôt noyé dans toute conscience par les concupiscences de la chair, le chant représentatif de la sainteté est peu à peu submergé par les soupirs de la volupté. La vraie, la terrible, l’universelle Vénus se dresse déjà dans toutes les imaginations. Et que celui qui n’a pas encore entendu la merveilleuse ouverture de Tannhäuser ne se figure pas ici un chant d’amoureux vulgaires, essayant de tuer le temps sous les tonnelles, les accents d’une troupe enivrée jetant à Dieu son défi dans la langue d’Horace. Il s’agit d’autre chose, à la fois plus vrai et plus sinistre. Langueurs, délices mêlées de fièvre et coupées d’angoisses, retours incessants vers une volupté qui promet d’éteindre, mais n’éteint jamais la soif ; palpitations furieuses du cœur et des sens, ordres impérieux de la chair, tout le dictionnaire des onomatopées de l’amour se fait entendre ici.

Je vais m'arrêter là, je fais trop dans la culture ces derniers temps...:-)

vendredi, 13 mars 2009

Antigone/Nicolas Sarkozy, le quiproquo

Je voudrais revenir sur l'une des principales références littéraires de Nicolas Sarkozy, à savoir la labdacide Antigone, fille du héros mythique célèbre et malheureux, Oedipe.

Je me suis demandé pourquoi Nicolas Sarkozy éprouvait une telle affection pour le personnage d'Antigone, affection, que je partage au demeurant. La pièce de Sophocle est à mes yeux la plus aboutie de toutes les tragédies connues. Car il s'agit bien de celle de Sophocle, et non d'une autre Antigone, la citation de Nicolas Sarkozy, ne laisse pas de place à l'équivoque quand il reprend la réplique fameuse d'Antigone à Créon, je ne suis pas née pour haïr mais pour aimer.

Il y a eu beaucoup de commentaires sur cette référence, et beaucoup de réactions d'individus indignés qu'on leur "vole" leur symbole. Je voudrais tout d'abord leur dire qu'Antigone est universelle. Elle n'appartient à aucune coterie.

En revanche, il est intéressant d'examiner les raisons pour lesquelles on la brandit comme un étendard.

A gauche, particulièrement à la gauche et de la gauche, on voit en Antigone le symbole d'une révolte, et très précisément, d'une révolte contre le pouvoir établi. A la limite, peu importent, finalement, les motivations profondes d'Antigone, l'important est qu'elle représente la minorité faible se révoltant contre l'oppression. Bien évidemment, la gauche de la gauche, et même parfois la gauche tout court, ont surréagi à la référence de Nicolas Sarkozy, estimant qu'il avait tout intérêt à relire Antigone.

Or, c'est en cela que réside le quiproquo : ce que Nicolas Sarkozy apprécie, chez Antigone, très vraisemblablement, et cela colle bien avec son tempérament et ses décisions, c'est sa capacité à transgresser, parce qu'en réalité, ce qu'aime Nicolas Sarkozy, c'est la transgression : inaugurer un nouveau style de présidence, faire bouger les lignes politiques apparentes, semer la confusion entre gauche et droite, gouverner au moins autant que présider, répliquer par un "sale con" à un spectateur qui refuse de lui serrer la main et cetera...toutes choses dont la presse et les médias sont très friands, au demeurant. Et, il se trouve que justement, c'est un aspect de la geste d'Antigone : car enfin, quelle est cette petite fille (c'est presqu'une fillette chez Sophocle !!!), de sang royal de surcroît, qui se mêle de politique et veut, en dépit d'un interdit admis depuis la nuit de temps (la loi de la cité prime sur toute autre considération) rendre les honneurs funèbres à son frère ? Des révoltes, il y en a toujours eu, mais ce qui indigne Créon par-dessus tout, c'est que la révolte vienne de sa propre famille, de sa propre nièce, alors que la famille royale incarne la cité de Thèbes par dessus tout ! Pour bien comprendre le geste d'Antigone, il ne faut pas considérer Polynice comme un gentil révolté : c'est quelqu'un qui attaque sa propre cité ! C'est un collabo ! en 1945, une femme qui aurait agi comme Antigone aurait été tondue. Il faut bien comprendre cet aspect pour saisir les enjeux véritables de cette tragédie. Il y a donc un interdit très profond que transgresse Antigone, à tort ou à raison, le débat demeure ouvert. Je pense que c'est cette capacité à transgresser qui plaît à Nicolas Sarkozy.

Une fois dit cela, on peut faire valoir un autre point de vue : certes, il y a transgression de la part d'Antigone, mais ce n'est pas une transgression pour de la transgression, et, sur ce second point, je suis très loin d'être convaincu qu'Antigone soit bien Sarkozyste...Pas plus qu'Antigone ne résiste pour résister ou ne se révolte pour se révolter (un peu comme l'Antigone d'Anouilh, par exemple). Antigone est surtout l'initiatrice d'un monde nouveau qui émerge sur les décombres de l'ancien. En temps de crise, il me semble que cet aspect donne à penser. Je ne cherche pas à récupérer Antigone au profit du MoDem (elle appartient au patrimoine de l'humanité, désormais, donc à tous et à toutes) mais, j'ai tout de même le sentiment qu'il y a une démarche commune entre ce qu'Antigone veut faire et la construction humaniste envisagée par François Bayrou et le MoDem.

Antigone n'est pas une révolutionnaire : elle ne cherche pas à renverser le pouvoir de Créon, elle veut juste verser de la terre sur le corps décomposé de son frère et n'hésite pas, en dépit de son jeune âge, à sortir en pleine nuit, alors que le vent siffle, et que peut-être les esprits errent, à venir près du corps de Polynice qui pue tellement que même des soldats chevronnés ne s'en approchent pas. Voilà ce qui est surhumain et nouveau de la part d'Antigone, c'est cette abnégation, et dans la foulée, la volonté de replacer l'individu, l'être humain, au centre de son action. Alors, fatalement, ce geste ne peut qu'entraîner une refondation des lois qui assuraient la bonne marche de la cité. Mais le projet d'Antigone n'est pas de nature politique, tout particulièrement au sens où l'entendaient justement les Grecs. C'est bien cela qui est novateur.

Finalement, Antigone accomplit un acte politiquement et religieusement inutile (rien ne peut plus empêcher la souillure de la cité) mais humainement nécessaire. C'est cette gratuité que moi, à titre personnel, j'ai aimé. Il ne s'agit pas non plus d'une lutte contre l'utilitarisme, comme certains ont pu le dire, mais tout simplement du refus d'en appliquer les principes dans les circonstances présentes.

Subir la mort, pour moi n'a rien d'intolérable. L'intolérable c'est de laisser pourrir sans tombeau le corps de mon propre frère, oui, c'est cela pour moi, l'intolérable. Mais maintenant ma conscience est en paix. Tu penses que je suis folle, mais le vrai fou, en vérité, c'est celui qui me traite de folle.

 

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vendredi, 26 décembre 2008

Jésus de Nazareth

Je ne suis pas chrétien, pas croyant, et je crois, pas même agnostique, mais plutôt dans une sorte de marais informe entre agnosticisme et athéïsme. Je ne reconnais donc ni dieu, ni fils de dieu. Mais en revanche, je considère l'homme que fut Jésus de Nazareth, et j'éprouve une admiration sans bornes pour cet homme-là : quel courage, quelle audace, quel précurseur fut cet homme-là. Il en fallait du courage pour affronter une foule prête à lapider une femme adultère ! et pour décréter que les femmes et les enfants avaient aussi le droit d'entrer dans le Temple de Yahvé pour y faire entendre leurs prières ! On voit, d'ailleurs, à quel point il était en avance sur son temps, et, à bien des égards, encore sur le nôtre, par la manière dont les évangélistes ont transmis son histoire.

«que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre» : quelle force dans cette réponse qui vaut maxime ! S'imaginer que le Royaume de Dieu est accessible aux pauvres, aux faibles, à ceux que la société de son temps s'imagine comme pécheurs, y compris des non-croyants, quelle formidable innovation morale. A vrai dire, j'ai lu nombre d'écrits des philosophes de ce temps-là et d'avant, et parfois, même d'après, et je n'ai rien trouvé de similaire et d'aussi avant-gardiste.

Quand on lit les témoignages des Apôtres ou des Évangélistes, on comprend à quel point ces hommes n'avaient toujours pas compris leur maître à penser. Ils ne parlent que de repentance et de punition, certains appelant à nouveau à lapider la femme adultère. Très loin de Jésus...

Les Droits de l'Homme tels que nous les pensons aujourd'hui, sont les enfants des paroles de cet homme-là avant toutes choses. Pour cela, je lui voue une reconnaissance éternelle, et, à mes yeux, c'est le plus grand sage de tous les temps. Et c'est un hérétique qui le dit...

11:29 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jésus | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 31 octobre 2008

Jean Lassalle et la politique de civilisation de Nicolas Sarkozy

Lassalle.jpgEt paf, il ne l'a pas loupée la Christine, not' bon Jean : voyez donc plutôt sa question écrite au gouvernement sur la fameuse politique de civilisation de Nicolas Sarkozy...(question écrite 32005)

M. Jean Lassalle attire l'attention de Mme la ministre de la culture et de la communication sur les éventuelles difficultés que celui-ci pourrait éventuellement connaître dans la mise en oeuvre de la "politique de civilisation" prônée par le Président de la République, au regard notamment de l'orientation qui semble être prise en matière de politique culturelle. Dans le domaine muséal, la suppression de la direction des musées de France va effectivement entraîner une autonomie administrative qui débouchera très certainement à plus ou moins long terme sur une autonomie financière. Il est à craindre que cette autonomie, conjuguée avec une éventuelle application du projet d'aliénabilité des collections de nos musées, ne les ramène à une situation dramatique de malthusianisme économique. Alors, condamnés à choisir entre le maintien, la survie de nos musées, chapelles intemporelles de notre patrimoine culturel, et la vente des oeuvres qui constituent ce même patrimoine, on peut redouter l'appauvrissement forcé de nos collections. Ainsi donc, l'État remplirait ses caisses en vidant sa vitrine. En conséquence, il lui demande de fournir les explications nécessaires à la compréhension de notre future politique de civilisation. (j'adore cette conclusion de Lassalle :-) Moi aussi je ne comprends pas la politique de civilisation du Président !!!)

Juste une petite remarque, au fait ; le JO avait publié, le 15 janvier dernier, la question 14807 de Jean Lassalle sur l'inaliénabilité des collections publiques d'oeuvre d'art. Je crois même que j'avais fait une note à ce sujet (oui, ça me revient : c'était sur les musées et la Caverne d'Ali Baba. J'aurais du l'intituler Les musées, la Caverne d'Ali-Baba et les 40 voleurs, tiens...Je republie la question, toujours sans réponse à ce jour :

M. Jean Lassalle interroge Mme la ministre de la culture et de la communication sur l'inaliénabilité des collections détenues par les musées français. Dans la lettre de mission en date du 1er aout 2007 remise à Mme la ministre conjointement par le Président de la République et le Premier ministre, il lui a été demandé « d'engager une réflexion sur la possibilité pour les opérateurs publics d'aliéner des oeuvres de leur collection sans compromettre naturellement le patrimoine de la nation, mais au contraire dans le souci de le valoriser au mieux ». Sachant que la majorité des conservateurs se sont élevés contre cette idée, notamment par l'intermédiaire de M. Loyrette, président-directeur du Louvre, et Mme Francine Mariani-Ducray à la direction des musées de France, sachant que les risques de dérives mercantiles sont à craindre dans la perspective d'une aliénabilité des oeuvres, sachant que le mythe des cavernes d'Ali Baba enfouies sous nos musées a été démenti par les conservateurs eux-mêmes à plusieurs reprises, il est possible de se questionner sur la nécessité d'un tel projet. Par ailleurs, cette politique de commercialisation des collections, déjà pratiquée aux États-Unis, a prouvé sa dangerosité en rendant possibles les erreurs d'évaluation des oeuvres, qui ont entraîné des drames financiers pour les musées concernés. Il lui demande en conséquence de prendre en compte ces éléments afin de procéder en concertation avec les acteurs concernés à une réelle évaluation de cette problématique.

mardi, 21 octobre 2008

Soeur Emmanuelle : des trois ordres de Pascal à Epicure

Soeur Emmmanuelle et François Bayrou sont deux individus pour lesquels j'ai beaucoup d'affection, pour des raisons d'ailleurs très différentes. Le décès de Soeur Emmmanuelle m'a donc personnellement beaucoup remué. Je l'écoutais sur France Info hier, et, à un moment, elle a exprimé lumineusement comment seul l'amour restait, in fine, parce que la matière était périssable. Et elle a évoqué les trois ordres de Pascal. Or, François Bayrou les avait lui aussi évoqués en décembre dernier.

Dans les trois ordres de Pascal, corps, esprit et coeur (charité) il ne fait nul doute que c'est le troisième et le plus haut que Soeur Emmanuelle a choisi de mettre en avant dans son existence.

« L’ordre des corps, l’ordre des esprits, l’ordre de la charité
La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité ; car elle est surnaturelle.
Tout l'éclat des grandeurs n'a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l'esprit.
La grandeur des gens d'esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair.
La grandeur de la sagesse, qui n’est nulle sinon de Dieu, est invisible aux charnels et aux gens d'esprit.

Ce sont trois ordres différents de genre.»

Dans ses derniers jours, Soeur Emmanuelle qui était sous assistance respiratoire consolait son entourage par ces paroles :

«Bien sûr, je ne peux plus voyager comme avant, je suis forcée de rester dans ma chambre. Maintenant, j'ai beaucoup de temps pour prier». Ce dernier trait extraordinaire n'est pas sans me rappeler la très grande force d'âme d'Epicure dans ses derniers instants.

Epicure, sur son lit de mort, se réjouissait de ce que ses amis étaient présents, et des moments heureux passés avec eux. Soeur Emmanuelle a confié à plusieurs reprises qu'elle jugeait sa vie passionnante. Je trouve qu'il y a une très grande similitude entre ces deux êtres exceptionnels.

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mercredi, 10 septembre 2008

The Clone Wars

J'ai mis à profit une fin de journée tranquille pour faire une petite sortie au cinéma, et, notamment, découvrir le dernier film d'animation de Lucasfilm, The Clone Wars. L'épisode se déroule entre le second et le troisième épisode et met en scène Jabba. Jabba et son clan contrôlent la Bordure extérieure de la galaxie et sont donc un enjeu stratégique. Or, il se trouve, alors que la guerre bat son plein, que son fils a été enlevé. Il tient à tout prix à le retrouver, et fait appel entre autres aux Jedi.

Je ne vais pas vous révéler le scénario, mais je peux en revanche vous déclarer qu'il est relevé et riche de rebondissements. L'animation surprend, évidemment, par rapport aux épisodes traditionnels : tout particulièrement, les scènes se déroulent bien plus vite et se succèdent à toute vitesse, ce qui donne au film un rythme endiablé qui ne laisse pas au spectateur le temps de reprendre son souffle.

Les prises de vue sont très différentes des deux trilogies et souvent surprenantes. Ce n'est clairement pas la même manière de filmer. Les personnages sont à peu près reconnaissables, mais les traits parfois trop anguleux (le Chancelier Palpatine, par exemple, ou encore le comte Doku). Les voix ne sont pas les mêmes à l'exception de Doku. Je regrette que l'on ne sente pas du tout dans le film les aspects sombres d'Anakin. Il se comporte 100% comme un Jedi ; pas d'orgueil, pas de colère...bon, on n'a pas affaire au même Anakin que dans l'épisode II, et a fortiori l'épisode III. En revanche, pour Obi-Wan, Yoda ou Wendu, pas de distorsion, cela colle.

Certains aspects comiques feront bien rigoler les amateurs d'humour : il y a quelques bonnes trouvailles dans le film. Le réalisateur ne se lâche pas souvent, mais quand il le fait, on rit bien. Notamment, les amateurs de limaces ne vont pas être déçus avec le fiston de Jabba, mais chut, je n'en dis pas plus...

J'ai entendu pas mal de personnes dire que c'est un film de fans ; ce n'est pas mon avis. Au contraire, je pense qu'il a vocation à être regardé par tous, et qu'il surprendra souvent ceux qui le verront.

Il vaut à mon avis les autres films de l'épopée galactique. A voir et à revoir donc. Pour les Parisiens, pour info, cela passe à l'UGC de Bercy. Aux Gobelins, aussi, je crois.

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