mercredi, 28 décembre 2011

Faut-il déléguer la solidarité à l'associatif ?

François Bayrou a lancé une idée qui pourrait être à mon avis creusée, à la suite d'une visite dans une épicerie sociale.

La solidarité est un levier efficace, qui ne nécessite que la bonne volonté des gens. Nous devons inventer une société nouvelle, où les initiatives individuelles et associatives sont davantage encouragées et aidées. Elles coûtent souvent beaucoup moins cher qu'une action de l'État. Elles démontrent que l'on peut allier la générosité et l'efficacité.

C'est une réflexion que je me fais souvent aussi : est-ce que  l'État n'aurait pas intérêt à s'appuyer sur le réseau associatif et sur les initiatives individuelles pour mettre en oeuvre la solidarité ? Les associations de bénévoles maillent bien mieux le territoire que n'importe quel organisme social et savent mieux que l'État quels sont les besoins.

Je crois davantage en un État facilitateur qui laisse l'intelligence collective s'organiser plutôt qu'en un État omniprésent qui pense à la place des individus.

En même temps, cette idée doit être pensée en termes économiques, fiscaux et financiers : il ne s'agit pas d'ajouter de nouvelles charges à un État déjà bien trop dispendieux, mais plutôt d'opérer un transfert de responsabilité et...des fonds qui vont avec !

L'aide aux associations peut aussi se faire sous la forme de biens matériels : terrains, locaux, véhicules, assistance d'un comptable ou d'un juriste, et cetera...

Je suis pour ma part, amis lecteurs, preneur de données qui pourrait valider (ou infirmer) cette réflexion : des coûts de fonctionnement comparés, par exemple. Si les associations font mieux pour le même prix, mieux vaut verser l'argent que l'État dépensait aux associations. C'est en termes d'efficacité qu'il faut penser en priorité les services rendus, et, pour les associations, c'est leur viabilité (et non leur rentabilité) qu'il faut examiner.

15:24 Publié dans Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : association, état, solidarité, bayrou | | |  Facebook

mercredi, 24 décembre 2008

Associations : Tocqueville tâcle Delanoë

J'en suis venu, dans ma lecture de "De la démocratie en Amérique" au chapitre de la 2ème partie du Tome II qui porte sur les associations. je trouve que Tocqueville illustre magnifiquement ce que je pense du droit d'association au chapitre V.

Quand on examine le budget de la Ville de Paris des sept dernières années, c'est invraisemblable les sommes faramineuses qui sont dépensées en subventions aux associations. C'est quelque chose qui me gêne beaucoup. Je conçois que l'État, en la circonstance la Ville, favorise la vie des associations, par exemple, en leur prêtant des équipements et les locaux, mais pas qu'elle les porte à bout de bras. On aboutit à des situations malsaines où les associations ne sont plus indépendantes mais deviennent une extension de la municipalité. De facto, on assiste à une municipalisation rampante.

Voici d'ailleurs ce que Tocqueville écrit sur les associations :

«Il est facile de prévoir que le temps approche ou l'homme sera de moins en moins en état de produire par lui seul les choses les plus communes et les plus nécessaires à sa vie. La tâche du pouvoir social s'accroîtra donc sans cesse, et ses efforts mêmes la rendront chaque jour plus vaste. Plus il se mettra à la place des associations, et plus les particuliers, perdant l'idée de s'associer, auront besoin qu'il vienne à leur aide: ce sont des causes et des effets qui s'engendrent sans repos. L'administration publique finira-t-elle par diriger toutes les industries auxquelles un citoyen isolé ne peut suffire? et s'il arrive enfin un moment où, par une conséquence de l'extrême division de la propriété foncière, la terre se trouve partagée à l'infini, de sorte qu'elle ne puisse plus être cultivée que par des associations de laboureurs, faudra-t-il que le chef du gouvernement quitte le timon de l'État pour venir tenir la charrue?

La morale et l'intelligence d'un peuple démocratique ne courraient pas de moin­dres dangers que son négoce et son industrie, si le gouvernement venait y prendre partout la place des associations

Une association ne devrait pas pouvoir vivre exclusivement de fonds publics. L'aide publique ne devrait jamais excéder 50% de son budget de fonctionnement. En outre, les pouvoirs publics devraient se limiter à subventionner seulement les associations qui accomplissent des missions de service public (associations sportives, culturelles et artistiques). En règle générale l'association devrait demeurer l'affaire des individus et pas des pouvoirs publics. Rappel : la ville de Paris a consacré 272 millions d'euros aux associations en 2006 soit 136 euros par parisien !!! Je n'ose même pas regarder le budget pour 2009...