lundi, 02 janvier 2012
Argos ? Mycènes ? Il est roi de quoi, Agamemnon ?
Je me suis demandé, tout récemment, si je n'étais pas frappé d'un Alzheimer précoce : il se trouve que j'ai lu la fin de l'Iliade par Quintus de Smyrne et que je relis l'Énéïde de Virgile. Toutefois, pour disposer de quelques éléments complémentaires, je vais piocher de temps à autre dans l'Orestie d'Eschyle ou l'Électre de Sophocle. En principe, Agamemnon est le roi de Mycènes. Sauf qu'Eschyle en fait le roi d'Argos, lui ! Je ne percute pas : si l'on en croit Homère, Quintus de Smyrne et Virgile, le roi d'Argos, c'est Diomède. Apparemment, Diomède a hérité du trône d'Argos par sa mère, fille du roi Adraste, qui a épousé Tydée son père. Donc, en principe, au moment de l'expédition contre Thèbes, le roi d'Argos, c'est Adraste. En principe seulement : là où je suis largué, c'est qu'Amphiaraos, un des Sept qui accompagnent Tydée contre Thèbes, est aussi roi d'Argos, par son père Oïclès, lui-même roi d'Argos (selon Homère mais dans l'Odyssée, cette fois). En fait, Amphiaraos aurait liquidé Talaos, le père d'Adraste. Mais là encore, ça coince, parce que Talaos est censé avoir été roi d'Argos : comment est-ce possible si Oïclès était roi avant Amphiaraos ? Parce que pour corser le tout, Homère reconnaît bien Talaos comme roi de Mycènes dans l'Iliade.
Récapitulons : Homère a écrit l'Odyssée et l'Iliade. Mais dans l'Iliade, Talaos a été roi d'Argos, alors que dans l'Odyssée, cela a été Oïclès. La seule chose claire, c'est qu'Amphiaraos a tué Talaos, contraignant un temps Adraste à s'exiler. Bien évidemment, Oïclès et Amphiaraos sont censés avoir été rois en même temps.
Y'aurait une solution : Oïclès a accompagné Héraklès et Télamon quand ils ont monté une première expédition contre Troie, mais a péri des mains du roi de Troie, Laomédon. On pourrait donc imaginer que Talaos, le père d'Adraste, a pris possession du pouvoir à la faveur de la mort d'Oïclès. Du coup, Amphiaraos, en faisant la peau à Talaos, aurait simplement récupéré le pouvoir qui lui revenait de droit. Et après ? Eh bien j'ai la solution : Adraste et Amphiaraos ont du exercer le pouvoir à deux ! En fait Adraste a épousé la soeur d'Amphiaraos, Eryphile, donc ils se sont sans doute réconciliés. D'ailleurs, Amphiaraos et Adraste combattent de concert contre Thèbes lors de la 1ère expédition et sont les deux seuls à sauver leur peau. Je sais que je vais faire ch... mais : dans les Sept contre Thèbes, d'Eschyle, y'a pas Adraste...Y'a un type qui s'appelle Étéoklos, à ne pas confondre avec Étéocle le roi de Thèbes, la ville assiégée, frère de Polynice qui a monté cette expédition pour se venger de son frère.
Je n'ai évidemment toujours pas résolu la question de la tradition qui ferait d'Agamamemnon un roi d'Argos.
Je me demande bien ce qu'on trouvait comme statues à Delphes à l'intérieur de l'hémicycle des rois d'Argos dans l'Antiquité...
Quand je pense, sniff, que j'ai raté l'Orestie au Théâtre de l'Odéon. C'est dur de jouer Eschyle. Généralement, c'est ardu à suivre, surtout quand on représente ses pièces à la grecque, c'est à dire un seul acteur déclamant en compagnie d'un choeur. Mais là, Olivier Py, il avait l'air d'avoir fait quelque chose de séduisant, si j'en crois l'extrait-vidéo.
Il met en scène Prométhée en février au même endroit. Si je peux disposer d'une bande-annonce et qu'elle est aussi prometteuse que son Orestie, j'y irai.
C'était compliqué, non, ces histoires de famille en Grèce ? Je ne vous ai même pas dit pourquoi tous ces gars ont attaqué Thèbes au fait. Laissez tomber : encore une sale histoire de famille...
16:02 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : agamemnon, argos, mycènes, diomède, thèbes, eschyle |
|
|
Facebook
Tweet
samedi, 24 décembre 2011
L'injustice faite à Quintus
Tout récemment, je faisais savoir que j'avais été l'heureux destinataire d'une tablette, chose utile au possible pour emporter une petite bibliothèque avec soi en toutes circonstances. Toutefois, les ebooks, ce n'est pas gagné : le choix est bien trop restreint à l'heure actuelle. On trouve évidemment quelques classiques, mais le compte n'y est pas. Pour moi qui suis pétri d'humanités grecques, je construis mes ebooks à partir de deux grandes sources d'ouvrages : le site de Philippe Remacle et Méditerranées . Ce ne sont évidemment pas les seuls, on trouve des trésors à la Bibliotheca Selecta Classica ou encore chez Nimispauci.
Bref, comme je déteste lire des livres sur un ordinateur, même portables, je n'avais jamais eu l'occasion de lire autrement qu'en diagonale les Post Homerica de Quintus de Smyrne. C'est un poète grec qui aurait vécu vers le IIIème ou IVème siècle après Jésus Christ. Il a eu l'excellente idée d'écrire une suite à l'Iliade d'Homère. Quand je pense que jeune, je l'ai tant cherchée, cette suite. Mais comme je n'en connaissais pas l'existence, c'est à travers les tragédies de Sophocle, d'Euripide et d'Eschyle que j'ai pris connaissance du devenir des héros qui m'avaient fait rêver. Beaucoup plus tard, j'ai découvert les hymnes homériques puis Apollonios de Rhodes, mais j'ai toujours trouvé assez peu substantiels ces deux derniers écrits. Je connaissais toutefois la chute de Troie par l'Énéïde que j'ai découvert deux-trois ans après l'Iliade.
J'ai trouvé sur Quintus de Smyrne des jugements très sévères. Pour ma part, j'ai lu presque d'une traite sa Suite de l'Iliade et j'y ai retrouvé les héros et l'atmosphère de l'Iliade tels que je les avais connus dans ma première jeunesse. On lui reproche de faire une copie conforme de ce qu'Homère a déjà écrit et de n'apporter aucune originalité particulière à son récit. Il y a pourtant des évolutions significatives : Quintus rompt, par exemple, avec la tradition qui veut qu'Achille ait été tué par Pâris. Dans son récit, c'est Apollon qui intervient directement. C'est assez étonnant. Aucun immortel n'agit à ce point directement dans l'Iliade pour tuer un héros. Certes, Apollon frappe le dos de Patrocle, certes, Athéna se saisait de la lance d'Achille pour la lui rapporter, mais il n'y a pas d'attaques directes.
On a retenu les noms d'Hector et d'Achille, mais l'Iliade avait déjà montré qu'Ajax (le fils de Télamon) était sans doute plus puissant qu'Hector, lui aussi. Quintus montre nettement la complicité qui unit Achille et Ajax, notamment dans le premier livre qui relate la geste de Penthélisée, une amazone fille du dieu Arès. C'est quelque chose qui n'était pas apparu à ce point dans l'Iliade. Il faut dire que la jeune femme ne manque pas de courage (de témérité ?) puisqu'elle attaque simultanément Ajax et Achille au corps à corps. Lorsqu'elle meurt et qu'Achille lui enlève son casque, il réalise alors qu'il serait tombé amoureux d'elle s'il l'avait vue autrement qu'en tenue de combat. L'armée grecque, à commencer par les Atrides, est elle-même émue par la beauté de la jeune fille au point de proposer aux Troyens de leur rendre le corps sans négociations ni rançon. La colère d'Arès est terrible, et il faut toutes les objurgations des dieux pour le dissuader de venger sa fille. J'observe à ce sujet qu'il paraît bien moins ridicule que dans l'Iliade : il envisage de tuer Achille, au risque d'être foudroyé par Zeus, mais finalement, ce qui le retient ce n'est pas la crainte du dieu de la foudre, mais le souvenir que Zeus aussi a perdu un grand nombre d'enfants. Une manifestation d'empathie et une certaine forme de sagesse dont il aurait été bien incapable chez Homère.
La geste de Memnon met en scène un héros troyen d'une puissance presque similaire à celle d'Achille : le combat entre Hector et Achille avait été bref dans l'Iliade. Il en va tout autrement de celui qui oppose Memnon, le fils de l'Aurore à Achille. Il dure toute la journée, est très incertain, et les deux héros se blessent. Véritablement, la fin d'Achille eût été plausible à considérer la puissance de son adversaire. Les deux portent d'ailleurs des armures forgées par Héphaïstos que nul autre ne pourrait revêtir.
Il est vrai que le récit se déroule selon un ordonnancement qui fait largement penser à celui de l'Iliade. Il n'y a pas de nouveautés autres que celles que j'ai signalées. On peut toutefois relever que Quintus en rajoute dans la métaphore, tout le règne animal y passe ou presque. Je ne m'attendais pas à voir des guerriers qui suivent un chef au combat comparés à une colonne d'oies, mais manifestement cela a semblé pertinent à Quintus, puisque c'est ainsi qu'il décrit les Troyens à l'arrivée d'un nouveau défenseur en la personne d' Eurypyle le fils de Télèphe (donc petit-fils d'Héraklès) :-)
Ainsi, quand des oies enfermées dans une cage voient venir l'homme qui leur donne la pâtée, elles se réjouissent, et il aime aussi à les voir ; ainsi les fils de Troie se réjouissaient en voyant le vaillant Eurypyle
De toutes façons, dans l'Antiquité, une épopée n'a pas pour but d'être créative, elle doit se montrer au contraire souvent répétitive. Ensuite, Quintus voulait écrire une suite à l'Iliade : je ne sais pas ce que cela donne en grec ancien (le grec homérique est un peu particulier, alors j'ai du mal à imaginer un grec vivant 1100 ans après répliquant les formes nominales ou verbales d'Homère), mais en français, on n'y voit que du feu ou presque.
En somme, voilà mon conseil : récupérez les pages internet du livre, ou alors farfouillez dans des bibliothèques spécialisées à la recherche d'une édition/traduction de l'oeuvre, mais dans tous les cas de figure, lecture recommandée, a fortiori si vous avez lu l'Iliade.
17:02 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : homère, quintus de smyrne, iliade, post-homerica |
|
|
Facebook
Tweet
mercredi, 14 décembre 2011
Magnifique Électre !
Aaaaah : un peu de littérature dans ce monde de brutes, c'est raffraîchissant :-) On m'a offert récemment une tablette ArchoS orientée liseuse, et, du coup, je suis à la recherche d'ebooks gratuits en attendant de trouver les payants que je cherche. J'ai donc trouvé http://www.ebooksgratuits.com/ qui recèle une grande quantité de livres électroniques gratuits dans des formats variés, à commencer par Epub, celui que ma tablette met le mieux en forme.
Je lis toutes sortes de choses, mais ceux qui me connaissent savent aussi que j'ai un goût particulier pour les humanités classiques et notamment les auteurs grecs antiques. C'est là où le bât blesse. Peu de droits s'avérant libres, me voilà condamné à me coltiner les traductions du XIXème siècle. Lourdes, précieuses au possible façon romantisme, c'est quelque peu indigeste. On s'extasie devant les traductions de Leconte de Lisle, eh bien pas moi. Son Odyssée et son Iliade sont d'un ennui mortel. A vrai dire, beaucoup de traductions modernes ne m'apparaissent guère supérieures. Heureusement pour moi, j'ai eu la chance de découvrir l'Iliade très jeune dans la traduction de Mario Meunier. C'est resté un ouvrage de référence pour moi depuis.
Lire Électre (et pourtant j'apprécie Sophocle) a été plus difficile. J'ai toujours aimé la mythologie, mais à vouloir être si proche du texte, les traducteurs de Sophocle m'ont souvent paru ennuyeux.
Et puis il y a quelques années, j'ai fait une découverte extraordinaire. Un helléniste adepte du web et des forums de langues anciennes s'était lancé dans la traduction d'Électre en vers. Cet homme-là était une bénédiction pour les lettres : il était talentueux.
Sa traduction vaut son pesant d'or, c'est elle que j'ai récupérée sur ma tablette, et je ne me lasse pas de la lire et la relire tant elle l'emporte en fluidité sur toutes les autres. Il a eu également le temps de traduire les Choéphores d'Eschyle (qui vont atterrir sur ma tablette aussi).
Mais ce qui est très triste, c'est qu'il est décédé brutalement il y a trois ans. C'est une perte. Et il y a près d'un an, celui qui hébergeait ses textes et a tant fait pour les lettres grecques et latines, Philippe Remacle, l'a à son tour suivi chez Hadès. Je ne doute pas qu'ils se soient retrouvés sur l'île des Bienheureux là où les âmes des héros et des justes étaient envoyées par les juges des enfers.
Ils ont disparu mais le meilleur d'eux est resté, et moi, quand je lis son Électre, je suis bouleversé. Et elle est d'actualité, Électre. Ni elle ni Chrysotémis, sa soeur, n'ont d'estime pour Égisthe, l'usurpateur, qui s'est installé sur le trône de Mycènes après avoir assassiné leur père Agamemnon. Mais l'une a choisi de résister quand l'autre a décidé de plier car elle pense qu'il faut s'effacer devant les puissants et prendre acte de leur pouvoir.
CHRYSOTHÉMIS
Amies, si son esprit n'était pas défaillant,
Elle aurait révélé un peu plus de raison
Avant que de parler : cela n'a pas eu lieu.
Mais que t'arrive-il pour avoir tant d'audace,
Et m'enrôler dans ton projet ? Regarde-toi,
Tu es femme, voyons, pas homme ! Et donc ton bras
N'est pas assez puissant contre nos ennemis.
Tous deux sont aujourd'hui comblés par la fortune ;
Nous allons à vau-l'eau, au-devant du désastre.
Et comment vaincrons-nous un homme tel qu'Égisthe,
Sans subir par la suite, et malheurs et trépas ?
Oui, certes, nous menons une vie lamentable ;
Qu'on entende tes plans et nos maux seraient pires
En fait, quel avantage à être renommées,
Si c'est pour nous livrer à une mort honteuse.
Aussi, je t'en supplie, avant que nous soyons
Anéanties, réprime au plus vite ta rage.
Quant aux propos tenus par toi à cet instant,
Je jure de les taire ; ils resteront secrets.
Sois raisonnable enfin, aie cette intelligence
De céder aux puissants, sache te résigner.
LE CORYPHÉE (à Électre)
Écoute-la. Prudence et raison sont aux hommes
Les trésors les plus beaux, les plus nobles qui soient.
ÉLECTRE
Une telle réponse est loin d'être étonnante.
D'avance, je savais que tu rejetterais
Mes propositions. eh bien, il va falloir
Que je fasse tout de ma propre initiative,
Seule, et pas question de rester sans rien faire !
18:21 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : électre, ebooks, philippe renault, remacle |
|
|
Facebook
Tweet
mercredi, 17 août 2011
Etat d'urgence, la dernière séance !
Nous vivons un thriller planétaire dont nous ne cessons de mesurer chaque jour l’ampleur. Il y pleut des cadavres. Si la première victime a été grecque, il semble bien que le peuple hellène n’aura pas le monopole de la tragédie. Ibères, Lusitaniens, habitants de la verte Erin jusqu’à ceux du Nouveau Monde, tous tombent comme les épis qui ploient sous le poids d’une faux au temps des moissons. De Trieste jusqu’aux confins de la botte, c’est l’Italie qui gémit à son tour sous le regard inquiet du génie français. Ah, la France ! Parlons en ! C’est elle, sans doute, la prochaine victime en dépit des mantras savants que se complaisent à réciter ses dirigeants.
Il y a état d’urgence et cette cause-là vaut bien d’y consacrer un livre. François Bayrou vient de le faire.
J’ai disposé en avant-première de l’ouvrage (privilège de blogueur centriste...).
Nous vivons à l’heure actuelle la crise qui a été annoncée au lendemain même de celle des banques : la crise des dettes publiques. La France, avec ses records enfoncés ces dernières années y est aux premières loges.
La dette, Bayrou en a longuement parlé en 2007. Le danger mortel qu’il annonçait s’est répandu sur les économies occidentales. Pour moi dont l’inquiétude grandit à proportion de la gangrène qui gagne notre économie, toutes les solutions viables sont bonnes à prendre. C’est donc avec le plus vif intérêt que j’ai pris connaissance des propositions du Président du MoDem.
Plus que jamais François Bayrou ne voit d’autres solutions que d’équilibrer nos budgets pour sortir de la nasse. Notre déficit primaire (hors charge de la dette) s’établit à 5,5% de notre PIB. En somme si nous ne pouvions plus emprunter, nous ne pourrions plus payer nos fonctionnaires.
Pour retrouver l’équilibre il faut que l’addition de nos économies et de nos ressources dégage 100 milliards d’euros. Bayrou établit ses comptes de la manière suivante :
- récupération d’un quart des niches fiscales (Bayrou juge démagogique la proposition socialiste qui table sur sur 50 des des 80 milliards des niches : elles recouvrent des réalités très (trop!) diverses ! Certes le bouclier fiscal mais aussi le crédit impôt-recherche, l’avantage fiscal pour aide à personne et tant d’autres encore). 20 milliards, donc.
- 2 points de TVA supplémentaires doivent pouvoir fournir les 20 milliards suivants. 40 milliards.
- En augmentant l’Impôt sur le Revenu (Tranches supplémentaires) et en revoyant la taxation des successions, on peut espérer 5 milliards. 45 milliards.
- Assurances-maladie, retraites et plus généralement budgets sociaux doivent être optimisés afin de dégager les 15 milliards suivants. 60 milliards.
- L’Etat doit continuer à diminuer ses interventions et baisser son train de vie. Les collectivités locales doivent être responsabilisées et gérer plus directement leur fiscalité afin de limiter les transferts avec l’Etat. 20 milliards à trouver dans tout cela, cela donne 80 milliards. Il en manque encore 20...
Bayrou estime que ce sont là les maxima que l’on puisse puiser. Promettre la lune comme on le fait à gauche (taxer les riches) ou à droite (dégraisser l’Etat) ne correspond à rien de sérieux. Les vingt milliards manquant ne peuvent être trouvés que dans un accroissement de la richesse nationale. C’est cet accroissement-là qui est l’objet principal du livre de Bayrou (l’éducation ne vient qu’en second), ce que Bayrou appelle le “produire en France”.
Très pédagogiquement, il débarrasse ses lecteurs d’une illusion dangereuse : la démondialisation.
Plutôt que d’espérer pouvoir s’enfermer dans nos frontières, Bayrou préfère voir la France se battre pour ériger des règles justes, une mondialisation loyale. Le protectionnisme, s’accrût-il jusqu’aux contours de l’Europe, est un leurre dangereux. Même si notre balance commerciale est mise à mal nous demeurons un pays exportateur. Le doter de barrières douanières unilatérales aurait un effet dévastateur sur notre économie car nos partenaires commerciaux ne manqueraient pas d’agir de même. Ni l’URSS n’a gagné la guerre froide ni la Corée du Nord n’est un état riche ou puissant (NDLR : témoignage édifiant à lire dans le Géo de ce mois d’août 2011 sur ce dernier pays) et pourtant, voilà des états qui ont été ou sont encore protectionnistes à l’excès. Le problème n’est pas la concurrence mais la concurrence déloyale.
Par exemple, les normes européennes ne doivent pas valoir pour les producteurs européens mais pour tous les produits vendus sur le marché européen. Voilà qui empêcherait de très grosses entreprises de contourner contraintes environnementales ou sociales en produisant dans des pays où elles n’existent pas puis en revendant après coup sur le territoire européen.
De même, un pays ne devrait pas pouvoir décréter unilatéralement la valeur relative de sa monnaie dès lors qu’il utilise les règles du commerce international pour vendre ses productions.
C’est au niveau de grandes organisations internationales comme l’OMC qu’il faut lutter pour promouvoir une concurrence juste (NDLR : comme le fait Marielle de Sarnez au Parlement européen, par exemple).
Depuis une dizaine d’années nos déficits commerciaux suivent le chemin de nos déficits budgétaires : ils dérapent toujours plus, privant notre pays de précieuses ressources. C’est donc sur notre sol qu’il s’agit de relancer nos productions. Il n’existe certes pas de solutions miracle mais il nous reste des leviers qu’il demeure possible d’activer.
a) L’automatisation des productions permet ainsi de contourner les écarts de coûts salariaux comme critères déterminants de rentabilité. Elle facilite donc l’implantation de la production sur le sol français.
b) C’est l’offre plutôt que la demande qu’il faut soutenir à l’heure actuelle : dans une économie ouverte comme la nôtre, et en l’état de notre appareil productif, une relance par la demande reviendrait à stimuler les productions allemande ou chinoise, tant nos importations en biens de consommation sont importantes.
Une économie administrée n’est pas la solution pour Bayrou : ce n’est ni le rôle ni la compétence d’un Etat de ses mêler des grands équilibres de la production. Il se défie du dirigisme mais croit l’Etat dans son rôle quand il incite ou facilite.
c) Sans définir une stratégie nationale l’Etat pourrait permettre aux différents acteurs économiques d’en dresser les contours ; une sorte de Commissariat au Plan qui les réunirait et les informerait (sur certaines OPA hostiles dont le seul but est de capter le carnet de commandes d’un concurrent puis de l’éliminer une fois la prédation accomplie, par exemple).
Le fonds stratégique mis en place par Sarkozy et le gouvernement Fillon va à cet égard dans le bon sens mais doit être élargi et servir à bon escient : pas à soutenir les copains ou les très grosses entreprises mais être orienté vers les PME, particulièrement les jeunes pousses.
d) Appeler les consommateurs à la rescousse
Un véritable effort implique la nation toute entière. Convenablement informés, les Français consommateurs peuvent devenir les soutiens actifs des Français producteurs. Mais pour cela, il faut créer un label “Produit en France” indiquant précisément en pourcentage la production issue de notre sol. Aux associations de consommateurs, professionnels et salariés d’en contrôler la fiabilité. Il ne s’agit pas pour autant de mener le combat contre les composants importés : ils sont une chance pour les pays qui les produisent et une opportunité de baisses de coûts pour nos entreprises. Il en va tout autrement de la délocalisation d’un produit.
e) Simplification fiscale et juridique
Les cadres juridiques qui régissent l’activité entrepreneuriale sont d’authentiques labyrhintes : Thésée y perdrait son fil d’Ariane. Niches fiscales et sociales, normes complexes et changeantes, tout contribue à favoriser les très grosses entreprises disposant de cabinets juridiques tandis que les PME sont conduites à errer dans leur dédale. Une iniquité de plus qu’il convient de corriger par une nuit du 4 août des privilèges indus et des formulaires surnuméraires.
f) Basculement des charges sociales
Il y a une injustice dans notre pays : tous les Français bénéficient de la même protection mais seuls les salariés et les entreprises la paient. Si l’avantage profite à toute la nation, c’est également à elle de le financer. Tous les revenus sans exception doivent contribuer : salaires, entreprises, revenus du capital, assurances, retraites... Un impôt comme la CSG qui touche tout le monde et tous les revenus pourrait pourvoir à ce financement. De ce fait, les marges plus importantes, particulièrement dans l’industrie, favoriseraient l’investissement dans la recherche et le développement (NDLR : Jean Peyrelevade observait dans son livre l’erreur historique de Nicolas Sarkozy que l’industrie française avait les marges les plus faibles d’Europe).
In fine toutes ces idées ne prétendent pas à la vérité universelle, et à vrai dire, ma relation est loin d’être exhaustive (il faut lire le livre de Bayrou en entier), mais elles méritent une discussion et des débats et ouvrent la voie à une politique de reconquête. En France l’on s’accorde aisément sur l’abstraction mais dès qu’il s’agit de la réalité, de la matière qui fait la vie, il n’y a plus personne.
Pourtant, l’important, c’est de vouloir...
14:00 Publié dans Economie, Lectures, Politique | Lien permanent | Commentaires (33) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : bayrou, état d'urgence, dette |
|
|
Facebook
Tweet
samedi, 04 juin 2011
Cousin Pons
Cela fait déjà plus d'un mois que j'ai achevé le Cousin Pons d'Honoré de Balzac, et, à vrai dire, j'avoue que je n'en finis pas de le digérer, enchaînant méditation sur méditation à son sujet.
J'ai trouvé dans le dernier Magazine littéraire une analyse intéressante à ce sujet. L'auteur y écrit que d'une certaine manière, l'écriture balzacienne est une contestation radicale du droit en vigueur. Le droit napoléonien ne reconnaît pas les situations affectives particulières. Le Cousin Pons voudrait tester en faveur de son ami Schmucke, mais en dépit de ses ruses, c'est à sa vile famille que ses biens reviendront.
Ce qui se fait en droit ne cadre donc en aucune manière avec la réalité des sentiments. L'auteur de l'article évoque à ce sujet Ursule Mirouët que je me suis empressé d'acheter, du coup. Ce sera ma prochaine lecture.
J'ai trouvé aussi dans ce livre matière à penser sur la frontière entre le mal et le bien avec la Cibot : voilà une femme qui accueille d'abord nos deux artistes par un mouvement de bonté naturelle. C'est lorsqu'elle entrevoit la possibilité de faire fortune qu'elle bascule dans le mal, ourdissant des stratagèmes dignes d'une Lady Macbeth ou encore d'une Tullia avec son père, le roi romain légendaire Servius Tullius.
Ainsi, le fil est si ténu entre le mal et le bien, dès lors que l'intérêt bien compris entre en jeu...Ce sont finalement toutes les petites et grandes bassesses des hommes et des femmes qui font le "sel" du Cousin Pons. Pauvre Cousin Pons, pauvre "pique-assiette"...
17:06 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : balzac, cousin pons |
|
|
Facebook
Tweet
mardi, 05 avril 2011
J'ai fini la Cousine Bette
Plus qu'à passer à un autre Balzac. Étonnant, tout de même, Balzac, par sa propension à friser le fantastique dans certains de ses romans. La vengeance du Brésilien Montès fleure bon quelqu'antique malédiction inca ou, mieux encore, du vaudou. Une maladie qui décompose le sang en moins d'une semaine, et qui ne peut être guérie qu'aux «Indes». Quel final magistral. Magistral mais pas tragique : tout est bien qui finit bien ou presque. Les gentils sont récompensés, les méchants sont punis.
Dans son histoire des XIII, l'atmosphère mystérieuse qui entoure les réunions secrètes ou encore un Ferragus m'avait déjà fait songer à plus d'un égard à ce genre littéraire.
Quand je lis un roman de Balzac, je retrouve une évolution presque similaire dans le déroulement de l'action. Lent d'abord pendant une bonne moitié du roman puis accélération progressive et une montée en puissance dans les dernières pages, celles pour lesquelles je suis prêt à me coucher à 3 heures du matin pourvu que je puisse les dévrorer jusqu'à la dernière lettre.
La Cousine Bette ne me paraît pas vraiment un personnage diabolique. Plutôt une vieille fille un peu mauvaise mais entière qui n'éveille pas vraiment l'attention. C'est en fait sa seule force. La virtuose, c'est la belle Valérie, même si elle finit en tas de boue pour en avoir trop fait. Pas de scrupules, experte à tromper son monde, un aplomb sans faille.
Les hommes ne sont pas à la fête : Crevel, Hulot, des vieux débris, des tas de ruine libidineux. Steinbock, un bon à rien, un rêveur-poseur expert en paroles, limité en actes. Je partage l'avis de Balzac : avec des natures faibles de cette sorte, il ne faut pas des femmes douces, mais rudes ; le non-actif total, en somme, le Polonais.
Il y a bien sûr Adeline, un modèle de dévouement, la dame patronesse chrétienne par excellence. Je vois déjà de là qu'elle a du déplaire à plus d'un, parmi ceux qui n'aiment pas le sentiment dégoûlinant, n'est-ce pas, l'Didier ? S'il considère Lady Dudley comme une forme d'idéal féminin, Valérie Marneffe a bien dû lui plaire aussi, à tous les coups...
Eh bien moi, ma préférée, dans cette histoire, ce n'est pas une sainte, cette fois, Josépha, une jeune et belle actrice juive. Elle donne une leçon d'humanité extraordinaire à tout le monde, et par la manière dont elle prend soin finalement de Hulot, et par la noblesse d'âme avec laquelle elle accueille Adeline, sans pour autant renier ce qu'elle est (au contraire d'une Valérie Marneffe sur son lit de mort).
Il ne me reste plus qu'à sélectionner mon prochain Balzac. A priori le Cousin Pons, mais j'envisage aussi une Ténébreuse affaire. Je pense aussi que je devrais relire la Peau de chagrin, alors...j'ai du pain sur la planche, sans compter les Illusions perdues qui m'attendent également sur ma table de chevet...
23:56 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : balzac, cousine bette |
|
|
Facebook
Tweet
jeudi, 10 mars 2011
Ah, le gros dégueulasse !
Sur les conseils du Didier, j'ai attaqué la Cousine Bette, puisqu'il m'assure que la vieille peau l'emporte en scélératesse sur la femme sur Colonel Chabert. Je n'en suis qu'aux toutes premières pages, mais j'ai fait la connaissance d'un gros dégueulasse qui vaut bien toutes les scélératesses de la Comédie humaine. Il s'agit de Célestin Crével, ex-commis de César Birotteau, qui a fait fortune. J'ai tout de même l'impression qu'il n'aime pas les parvenus, mon Honoré, à en lire les descriptions qu'il en rend.
Célestin Crével, c'est l'espèce de gros rougeaud bedonnant et parvenu, sûr de son fait parce qu'il a de l'argent ; le voilà à expliquer à la baronne Hulot ses découchages avec le mari de cette dernière. On apprend avec force détail comment ces deux répugnants personnages débauchent avec force finance et pressions des jeunes filles de respectivement 15 et 13 ans.
Le malhonnête individu, pour se venger de ce que le baron Hulot lui a pris sa "petite", pour reprendre ses termes, veut déshonorer ce dernier avec la baronne, ce qu'il vient tout de go lui annoncer en menaçant d'empêcher la fille de la baronne, Hortense, de se marier faute d'argent.
La grossièreté avec laquelle il annonce toutes ses prépositions dénote l'esprit vulgaire de ceux qui se sont enrichis à bon compte et en fripons.
J'observe que la noblesse d'empire n'est pas mieux considérée par Balzac, à en juger le goût sordide du Baron Hulot pour les jeunes filles et très jeunes femmes...
Après le Lys dans la vallée, cela va être "la merde dans le caniveau", cette histoire-là...
Juste une observation encore sur la fameuse cousine Bette : wikipedia en fait d'ores et déjà l'infâme personnage diabolique que présage sa sale gueule. Trop tôt pour donner un avis, mais le fait est que la vieille fille laide donc pas baisée et même pas riche paraît une figure-émissaire idéale pour servir de caution aux calculs les plus infâmes. Je pressens pourtant que je me porterai du côté de la défense, au fil de ma lecture...
18:10 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : balzac, cousine bette |
|
|
Facebook
Tweet
lundi, 07 mars 2011
Requiem pour Henriette
Et voilà. C'est non sans émotion que j'ai achevé la dernière page du Lys dans la vallée. Admirable Henriette était, admirable demeure-t-elle jusqu'à son dernier souffle. La fin du Lys entraîne le lecteur dans une improbable confrontation entre la belle Araballe, lady anglaise au charme aussi vénéneux qu'irrésistible et la Comtesse de Mortsauf, femme née pour aimer. Alors certes, si Arabelle incarne à merveille ces déesses païennes que l'on se plairait à idolâtrer, il lui manque une dimension humaine qui l'empêche d'atteindre au sublime, et peut-être au céleste, finalement. Félix critique l'Anglaise pour sa sensualité, voyant en elle la réplique en vice de ce qu'est Henriette en vertu. Ce n'est pas cet argument qui m'aura déterminé pour autant mais plutôt une remarque anodine sur laquelle n'insiste pas Félix mais qui me paraît essentielle : Arabelle n'aime personne. Non qu'elle détestât qui que ce soit, mais plutôt qu'elle voit dans chaque individu quelqu'un d'interchangeable. Séduire Félix ne répond d'ailleurs de son point de vue qu'à une certaine forme de caprice, ou, au mieux de curiosité intriguée. Peut-être aussi parce que Félix est capable d'aimer plus que tout homme : ainsi, la séduction orientalisante qu'exerce Arabelle sur Félix est réciproque. C'est la fidélité, la loyauté à toute épreuve, l'amour inconditionnel de ce jeune homme devenu un puissant qui attire l'attention de la belle Lady. Voilà un homme qui vit au sein d'une cour d'aristocrates et qui n'exerce pas son pouvoir, demeurant simplement sur sa réserve parce que son coeur est ailleurs.
Tomber passionnément amoureux d'Arabelle est très tentant, parce qu'elle est de ces femmes qui inspirent une passion mordante et irrépressible. Passion qui brûle les sens, assurément, mais qui n'atteint pas l'âme. Tout comme Félix, j'aurais pu tomber sous le charme d'une telle femme. Mais j'aurais eu bien du mal à l'estimer en raison de son absence de qualités de coeur.
Il en va autrement d'Henriette. Ses dernières volontés surgissent comme un dévoilement : ainsi, elle a toujours aimé, désiré même Félix, et ce bien au-delà de ce qu'imaginait Félix, puisqu'elle eût parfois souhaité simplement qu'il la brusquât et s'emparât d'elle. Soucieuse de ne pas déroger aux règles de la morale catholique, elle envisageait de placer Madeleine, sa propre fille entre Félix et elle. C'eût été terriblement malsain. En même temps, parce que Henriette est capable de très grands sacrifices, elle souhaite aussi que sa fille soit heureuse, du moins, ne souffre pas autant qu'elle. Or, connaissant la valeur de Félix, faire en sorte que les deux soient liés et s'unissent peut se comprendre.
Le malheur d'Henriette, c'est de ne pas comprendre suffisamment tôt que l'amour ne se commande pas, même si toute son existence est une vaine lutte contre ce dernier. Sa victoire qui sonne comme une défaite a finalement un prix terrible.
Il y a une certaine facilité à décréter Henriette névrosée parce qu'elle résiste à son désir. Les vertus d'un christiannisme radical ne sont sans doute plus en vogue dans notre société de loisir, de consumérisme et d'apparence.
La dernière lettre d'Henriette m'a fait penser aux confessions de Soeur Emmanuelle. Soeur Emmanuelle a désiré les hommes, et pendant longtemps. Ce désir l'a poursuivi. Mais elle savait aussi que si elle cédait aux plaisirs terrestres, il n'y aurait plus assez d'espace, dans son coeur, pour pouvoir se dévouer. Ce sont sans doute les mêmes pensées qui animent Henriette.
Je suis trop mauvais, méchant et corrompu pour pouvoir éprouver l'amour entier que Félix voue à Henriette. Mais il me reste suffisamment de bon pour reconnaître en elle une grande âme. Une femme exceptionnelle, une mère aimante, une comtesse dévouée, affectueuse et emplie d'empathie pour les gens qui habitent sur ses terres. L'eussé-je rencontrée que je l'eusse admirée comme une soeur, un modèle secret que l'on érige en symbole, mais dont une force irrésistible finit par nous éloigner ; lui ressembler, le seul effet de la volonté ? Non, hélas, je partage le pessimisme d'un Schopenauer : il existe une volonté secrète qui guide nos actions à laquelle nous ne pouvons échapper. Contrairement aux jansénistes, je ne crois pas à la prédestination, si bien que cette volonté secrète ne me semble pas installée à la naissance. Mais, somme de nos accidents de parcours, de données biologiques et de notre expérience, une fois qu'elle est installée, j'ai le sentiment qu'elle est irrépressible, que rien ne peut l'arrêter, tout du moins, en pensée.
J'ai beau pouvoir définir ce qu'est le bien, et assurément, si je me livrais à une définition, je me retrouverais sans difficulté accroché au train du catholicisme, je demeure incapable de le faire, parce que je ne parviens pas à subjuguer instincts et désirs. Ainsi, c'est Henriette qu'il faudrait aimer, mais c'est sans doute pour Arabelle que j'aurais brûlé, parce que ma part d'ombre l'aurait certainement emporté sur ma part de lumière.
L'Didier n'a pas ces pudeurs-là, lui, Henriette à ses yeux, est une névrosée, et Lady Dudley une vraie femme. Outre qu'il l'a écrit ici en commentaires, il l'a dit aussi quelque part chez lui, mais pas moyen de retrouver où.
Je me demande souvent ce que l'on peut apprendre des livres. Beaucoup, à mon avis. Il y a même certainement des choses que l'on ne peut comprendre que dans des livres, parce qu'on n'aurait sans doute fort peu de chances d'y être confronté dans son existence.
17:27 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : lys dans la vallée, balzac, amour, vice, vertu |
|
|
Facebook
Tweet
dimanche, 06 mars 2011
Fabuleuse Henriette !...
J'approche désormais de la fin du Lys dans la vallée. Je me demande parfois s'il n'y a pas un âge pour lire certaines histoires, ou, tout du moins, les comprendre. Comment une telle oeuvre a-t-elle pu m'échapper ? Un effet du bachotage ? A l'époque, il s'agissait pour moi d'étudier tout un groupement d'oeuvres : la Nouvelle Héloïse de Rousseau, les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos, Manon Lescaut de l'Abbé Prévost et le Lys dans la Vallée. Le Lys est fabuleux. Henriette est fabuleuse : voilà une femme mère extraordinaire, épouse sainte et entrepreneuse hors-pair, sage entre les sages, capable de comprendre la cour comme un courtisan expert.
Douce, généreuse, emplie de mansuétude, charismatique (elle est appréciée des fermiers qui travaillent pour Clochegourde), cette femme semble parée de toutes les qualités.
Je me demandais il y quelques mois, sur twitter, comment la productivité avait pu croître au fil du temps en Occident. J'ai une réponse claire avec le plan la Comtesse de Mortsauf pour améliorer le rendement de ses terres. C'est elle qui vainc les résistances et de son mari, et de ses paysans, pour les convaincre d'appliquer une nouvelle méthode, l'assolement quadriennal. Il ne faut faire pousser du blé sur la terre qu'une fois tous les quatre ans. Entre temps, on récolte d'autres produits. Pour venir à bout des craintes conservatrices du Comte et des métayers, la Comtesse, fait un test ouvert avec une seule ferme. Ce sont les résultats qui achèvent de convaincre les récalcitrants.
A cela s'ajoutent les talents d'une DRH : Henriette s'y entend à recruter des occupants de qualité. Elle compte au moins autant sur le facteur humain que sur la technique pour améliorer ses rendements. Ce en quoi elle ne se trompe pas, puisque, devant sa réussite, le Comte de Mortsauf finira par s'approprier l'idée de son épouse.
En même temps, Blanche (le vrai nom d'Henriette) peut être monstrueuse à l'insu de son plein gré, pour plagier une formule célèbre. Si l'on admet que toute son attitude démontre qu'au fond, Félix lui inspire des sentiments, alors il faut entendre comme une révélation terrible son plan secret.
Lorsque Félix revient après plusieurs mois de liaison passionnée avec la belle Arabelle (Lady Dudley), Henriette ne parvient pas à masquer ses terribles désillusions. Il me semble bien se souvenir qu'elle laisse échapper, alors, à propos de sa fille Madeleine, qui a grandi depuis, un je vous la réservais ou quelque chose de ce genre. Et j'ai le souvenir que quelque part au milieu de la lettre de Félix, bien avant la «tromperie» de ce dernier, elle prend un air entendu pour dire à Félix qu'elle a des projets, pour Madeleine, qui le concernent...
Tout est dit à demi-mots, mais si j'ai bien compris, alors il y a quelque chose de monstrueux : voilà une femme prête à marier sa fille par procuration à un homme qu'elle aime secrètement parce qu'elle s'interdit de l'aimer comme elle devrait l'aimer, au nom de la morale et de principes catholiques.
Il faudrait que je demande l'avis d'un autre lecteur histoire de voir s'il a bien compris la même chose que moi. L'Didier devrait pouvoir donner son avis s'il passe dans le coin.
19:47 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : balzac, lys dans la vallée |
|
|
Facebook
Tweet
lundi, 28 février 2011
Atlantico, c'est parti !
Tiens tiens : en lisant l'Nicolas, je viens de découvrir un nouveau pure-player, comme on dit outre-Atlantique, sur la Toile française : Atlantico. Y'a du beau monde, là-bas, si l'on considère les premières signatures d'articles. On y trouve même, au milieu des philosophes et essayistes divers, mon affreux libéral favori.
Évidemment, j'ai tout de suite pensé à Slate, et fait la comparaison. Altantico tombe à mon avis dans un travers qui touche largement les autres pure-players (Rue89, Mediapart, par exemple) : les unes sont convenues. Pas de sujet décalé ni de titre qui accroche pour la première page. L'accent est bien trop mis sur la politique, si bien que l'on peine à déterminer la valeur ajoutée de la Une. Il y a un peu de people et de l'insolite pour pondérer l'ensemble et des titres dans la tradition des sites et blogues de gauche pour attirer le chaland, c'est à dire, en somme, rien de bien nouveau sur le fond... Le ton réplique la sorte d'apostrophe au bon peuple, la recherche du coup et du titre fumants qui caractérisent nos blogues et la presse en ligne française dans son ensemble. Bref, d'Atlantico à Slate, le chemin sera long... Tenez, par exemple, le jour où je trouverai un article comme celui-là «Engager un mercenaire, combien ça coûte ?», on pourra considérer qu'Atlantico pourra commencer à rivaliser avec Slate.
Allons, courage camarades ! il va falloir faire encore des efforts pour me donner l'envie de chercher Atlantico dans un moteur de recherche ou encore d'en taper l'url.
17:08 Publié dans Internet, Lectures | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note
| Tags : atlantico, pure player, presse, médias |
|
|
Facebook
Tweet



