jeudi, 10 janvier 2013

La tentation d'un État libéral

Je viens de lire chez Contrepoints le très séduisant compte-rendu d'expérience libérale de Maurice Mc Tigue, ancien premier ministre de Nouvelle-Zélande.

Dans la théorie, la société libérale me paraît la meilleure des sociétés, mais dans la pratique je tends à penser qu'elle ne s'adapte pas heureusement dans les sociétés qui n'ont pas la culture du fair-play. Ce n'est pas un hasard si cette expression est d'ailleurs anglo-saxonne.

Pour qu'une libéralisation fonctionne, il faut que la culture démocratique, la libre concurrence et la transparence soient très fortes là où elle se produit. Si je ne doute pas que les NéoZélandais répondent à ces exigences (il me semble d'ailleurs que ce pays vient d'être jugé comme celui du monde où les libertés sont les plus protégées) j'ai quelques doutes avec la France : ses corporatismes, ses réseaux, la collusion permanente de ses élites avec les grands acteurs économiques, le goût des petits chefs, la mesquinerie généralisée, l'amour de la superficialité et de la poudre aux yeux, rien de tout cela ne me donne confiance. Voyez d'ailleurs comme la France continue d'honorer la mémoire de chefs d'État aussi sinistres et liberticides que Napoléon Bonaparte ou Louis XIV...

L'un des principaux leviers de Mc Tigue a été la suppression massive des subventions de toutes sortes et la fonte drastique des effectifs de la fonction publique, notamment de son administration. Il me semble que l'indispensable corollaire de ces suppressions sont des allègements fiscaux conséquents, au moins sur les activités économiques de production, faute de quoi on tue dans l'oeuf l'esprit d'initiative en étouffant l'entreprise.

Daniel Tourre dans son Pulp Libéralisme fait une observation intéressante : le libéralisme authentique est à l'avantage des PME. C'est l'instabilité fiscale et juridique incessante qui constitue un gros handicap pour cette dernière, ainsi que le poids de l'État, car seules les très grosses entreprises ont la puissance nécessaire pour traiter avec l'État. Or, ce ne devrait pas être sur de tels critères que devraient se faire des négociations entre l'État et les acteurs économiques. Bayrou dans son État d'urgence et par la suite dans son programme présidentiel faisait en 2011 et 2012 à peu près les mêmes observations, s'engageant à cesser de modifier la législation pour une durée certaine s'il était élu.

En France, ce n'est pas je le crois l'absence d'initiative (les Français sont en réalité très individualistes) mais la jalousie et l'envie qui nous conduisent à décréter la puissance de l'État, de manière à ce qu'il puisse s'arroger en notre nom le droit d'exercer les petites mesquineries que chacun individuellement n'aurait pas le pouvoir de réaliser. 

Nous ne sommes pas des Étatistes. Juste des gens envieux, mesquins, jaloux et petits. Nos responsables politique quand ils décrètent une loi de "solidarité" comme ils disent, n'ont de cesse que de penser à s'en affranchir et la laisser aux gogos, et je ne pense pas qu'aux impôts en disant cela. Contraindre à emprunter des transports publics pollués par l'insécurité, la saleté et la vétusté en taxant les moyens de transport individuels, par exemple (Spécialité de la gauche parisienne). Forcer les familles à placer leurs enfants dans des écoles qu'elles jugent pourtant dangereuses et mal famées. Imposer la mixité sociale avec des délinquants. Voilà quelques exemples bien sentis.

Je me sens libéral, mais j'ai un problème de confiance avec mon pays, la France.

C'est cela qu'occultent à mon avis les Libéraux chez nous : ils ne comprennent pas qu'il n'y a pas de libéralisme sans fair-play, sans liberté réelle, sans transparence, sans honnêteté, sans vertu en un mot. Ce n'est pas un hasard si Montesquieu jugeait que les Républiques ne pouvaient fleurir sans vertu dans son Esprit des lois, car c'est pour lui la pierre angulaire de tout régime républicain. 

C'est très exactement mon sentiment. Le libéralisme dans sa forme idéale, c'est cette alliance-là, celle de la liberté, de la vertu et de la démoctatie.

Un libéral qui se respecte ne peut qu'exiger une liberté sans concession. Des libéraux de cette étoffe, il y en a quelques uns en France, et même sur la blogosphère, mais ils ne sont pas nombreux.

Sans verser dans l'anarchie, je pense que le libéralisme s'accomode très mal du culte des petits chefs et des manoeuvres des courtisans de tout poil. Si nous avons eu des esprits forts comme un Voltaire ou un La Bruyère pour les moquer, hélas, ils demeurent omniprésents à tous les étages de notre société.

Quand un chef doit répondre de ses actes, au fond, il est respectable quelles que soient ses lubies, mais quand il est couvert par une hiérarchie ou un Conseil d'Administration,  il vire au chef de soviet à la petite semaine.

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vendredi, 14 décembre 2012

Libéralisme et Révolution

Les observateurs attentifs des blogrolls locales auront remarqué la présence d'une référence à la dénomination hilarante dans la colonne de gauche : le libéralisme amusant. Or, j'ai eu la riche (et libérale)  idée de faire l'acquisition du livre (très bien) écrit par l'auteur du site, Daniel Tourre, Pulp libéralisme

Didactique et amusant au possible. Comme je le parcours, je vais en rendre compte ici-même au fur et à mesure de ma lecture. 

Il y a d'ores et déjà un point qui m'a frappé et qui ne laisse pas de m'étonner : l'attachement indéfectible des libéraux pour la Révolution Française. Soyons précis : pour celle de 1789. Pas 1793, évidemment.

La gauche de la gauche qualifie souvent cette révolution-là de bourgeoise car elle se contentait de garantir les libertés et le droit à la propriété sans privilège régalien de quelque sorte que ce soit et enfin la sécurité.

Les libéraux authentiques ont donc une véritable vénération pour la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 car c'est bien l'article 2 qui énonce quatre droits fondamentaux issus des Lumières : 

- liberté

- propriété

- sûreté

- résistance à l'oppression

Au fond, la seconde révolution, elle a eu lieu l'air de rien au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, au moins en France en tout cas, en 1946 : le première révolution garantissait les libertés, la seconde, les droits sociaux qui horripilent nombre de libéraux à l'exception notable du droit de grève.

C'est très amusant d'ailleurs de voir un certain nombre de nos libéraux modernes pas toujours forcément au faits des conceptions de celui qu'ils mettent en avant célébrer Bastiat. S'il y a bien un libéral qui a soutenu et défendu le droit de grève, c'est bien lui avec les conditions suivantes : 

Si les ouvriers se sont concertés, se sont entendus, et qu'ils se disent : nous ne voulons pas vendre notre marchandise, qui est du travail, à tel prix; nous en voulons un autre, et si vous refusez, nous allons rentrer dans nos foyers ou chercher de l'ouvrage ailleurs.


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dimanche, 07 octobre 2012

La main invisible

Quoi de plus drôle que de lire les éructations d'un socialo (de préférence avec les cheveux gras) sur la fameuse main invisible d'Adam Smith. Au demeurant, ce qu'il y a de drôle, c'est que ce concept est mineur chez Adam Smith et que ce sont ses successeurs, surtout, qui s'en sont emparés.

Nos socialos se prennent pour des Voltaire en herbe en acceptant implicitement une définition leibnizienne de la main invisible, comme si ses tenants, à l'instar du Pangloss béat de Candide, jugeaient que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes et que le marché était naturellement efficient.

Cette acception mérite une correction radicale : 

La théorie de la main invisible affirme que si chaque consommateur peut choisir librement ses achats et si chaque producteur peut choisir librement les produits qu'il vendra et la façon de les produire, alors, le marché évoluera vers une situation mutuellement bénéfique pour tous les agents.

C'est en tout cas la réinterprétation qu'en fait Pareto, et je m'accorde avec cette lecture.

Tout le problème réside dans le «si» et dans le «librement». 

Comme plusieurs lecteurs ont pu le constater, je me suis intéressé ici principalement à la liberté du point de vue du consommateur et, pour moi, elle consiste d'abord dans la possibilité pour lui d'être informé sur ce qu'il achète. Dès lors qu'il a cette information, il commande le producteur, et, dans ce cas, j'agrée tout à fait l'idée que le marché évolue vers une situation mutuellement bénéfique pour tous ses acteurs.

Le problème, c'est que l'on est loin du compte. Très loin, même. La concurrence libre et non faussée à la sauce TCE a quasi-occulté cet aspect alors qu'il eût dû être essentiel.

Être informé sur un produit c'est avoir la possibilité de savoir où il est produit, comment, ce qui le compose et quels sont ses effets.

Le jour où le consommateur disposera de toutes ces informations avant de pouvoir acheter un produit, on aura fait une première moitié de chemin vers une société économiquement libérale

Voilà pourquoi, pour ma part, je me suis tant engagé derrière le label que Bayrou proposait de mettre en place, et, plus généralement, derrière l'idée centriste qu'il portait qui était que bien loin d'être une portion de cerveau disponible, le consommateur avait vocation à devenir «consommacteur» dans la sphère économique. A cet effet, les puissantes et efficaces associations de consommateurs démontrent, par leur vitalité, que l'association est la cellule politique de base dans une société libérale.

Une telle réflexion sur la main invisible mérite d'être collective. Voilà pourquoi j'invite les blogueurs libéraux à répliquer à leur tour à la gauche qui s'essaie systématiquement à caricaturer l'esprit du libéralisme.

Xerbias, Libertarien, Alexandre, Hashtable, le Parisien libéral, Objectif Liberté, Aurélien Véron, Lupus, Humeurs de vache, Libertas, blogs emblématiques dans la sphère libérale, sont cordialement invités à proposer leur propre définition de la main invisible, pour autant qu'ils admettent que ce qu'en dit Adam Smith n'est pas suffisant pour s'en faire une idée claire. J'ajouterai à tous ceux-là un blogueur que je ne connais pas mais dont je lis parfois le blog : Nicomaque. Je subodore que son nom ne doit rien au hasard et se réfère à une oeuvre aristotélicienne culte pour moi, l'Éthique à Nicomaque.

Parmi les politiques blogueurs, j'ai déjà lu Alain Lambert se revendiquer du libéralisme. Comme il se mêle assez facilement au petit peuple des blogueurs, je le tague aussi...

Si le libéralisme veut s'extraire de la caricature à laquelle on le réduit (et à vrai dire à laquelle certains libéraux se prêtent aussi parfois...) un débat d'idées doit pouvoir émerger sur les grands concepts libéraux tant je crois profondément qu'ils ont vocation à être revisités.

lundi, 24 septembre 2012

Le libéralisme, solution à la crise ? Soit, mais lequel ?

Je suis passablement vexé de ne pas figurer dans la liste des blogues libéraux établie par Pierre Chappaz. Son blogue s'appelle Libertarien : faut-il en déduire qu'il n'accorde la qualité de libéral qu'aux seuls libertariens ? Un courant du libéralisme, certes, mais certainement pas le libéralisme à lui tout seul.

Ensuite, il se trompe en affirmant que les blogues libéraux ne se sont jamais unis : c'est parfaitement faux. Il y a eu le réseau LHC, qui disposait d'une liste de diffusion tout comme les Left Blogs et a commencé à monter en puissance pendant un certain temps. Le problème, c'est qu'il a explosé en vol en raison de dissensions trop importantes entre son aile droitière et son aile modérée.

Le réseau LHC a toutefois perduré jusqu'à la fin 2011 bien qu'affaibli. Il semble en sommeil depuis.

Pourquoi les libéraux ont explosé ? Eh bien moi, sorry, my dear tovaritch libertarien, mais rien ni personne ne me fera considérer un type comme Vanneste ou un blogue comme celui de La lime comme libéraux. Et quand j'ai vu que des anciens du FN comme Blot commençaient à approcher à un moment donné le parti libéral-démocrate (pourtant un vrai parti libéral), je me suis franchement inquiété. Heureusement, depuis, le PLD semble s'être sérieusement recentré.

Je raffole de la lecture de mon infâme libéral favori, Hashtable, mais je suis conscient que mon social-libéralisme d'obédience démocrate-chrétienne aurait quelque mal à s'accorder au quasi-anarcapitalisme de mon affreux.

Bref, comme il n'y a pas un libéralisme, mais une déclinaison du libéralisme, il est difficile de dire que c'est LA solution à la crise. En revanche, si Pierre Chappaz veut dire que l'esprit d'initiative, la liberté, l'esprit d'entreprise, le droit d'association sont les moteurs du progrès humain, je suis d'accord.

Quand Pierre Chappaz écrit donc que le libéralisme est LA solution à la crise, il ne dit rien. Concrètement, quelles mesures, sachant qu'il n'existe aucune économie libérale à l'heure actuelle dans le monde et que le pays que l'on associe le plus au libéralisme, les USA est en réalité une grosse économie étatisée ?...

Ce n'est qu'en Grande-Bretagne, au fond, particulièrement en Angleterre, et, à moindre mesure, peut-être en Hollande, qu'on peut encore plus ou moins percevoir l'essence du libéralisme. Rien de surprenant, ce sont les premières nations a en avoir pressé très tôt le substantifique suc...

Mais bon, puisque Pierre dit qu'il va s'exprimer plus longuement sur la question, wait and see, nous verrons bien ce qu'il dira...

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jeudi, 12 mai 2011

Procès en sorcellerie ? Non, en libéralisme...

Il y a une chose qui m'étonne quand je lis les blogues, la presse, que j'écoute la radio ou que je jette un oeil sur les chaînes télévisées, c'est que j'ai souvent l'impression que le grand Satan libéral se cache sous ma couette.

Partout on entend dénoncer les méfaits de l'ultra-libéralisme, ce dernier étant vite assimilé au libéralisme tout court. On veut bien à la rigueur admettre un libéralisme social (comprenez de la permissivité), politique (être à gauche, quoi...) mais pas économique, cela va de soi.

Le Figaro, par exemple, s'étonnait de ce que Bayrou approuve récemment l'aspect qu'il jugeait le plus libéral de la politique de Sarkozy, le statut d'auto-entrepreneur. Le principe est censé favoriser la création d'entreprises. In fine, cela a fait plouf parce que le gouvernement a été incapable de faire preuve d'audace en limitant drastiquement le chiffre d'affaires des auto-entrepreneurs. Résultat des courses, en fait d'auto-entreprise, on s'est contenté de vendre les reliquats de caves et de greniers sur e-bay...Tu parles d'un résultat !

En fait de libéralisme, s'il y a bien un secteur dans lequel on n'entend quasiment jamais les vues des libéraux exposées, c'est bien celui des médias. Côté politique, il y a bien un Jean Arthuis pour oser de temps à autre rappeler que le centre regroupe aussi les libéraux, Bayrou pour appeler les libéraux de progrès, comme il dit, à ses côtés, voire même citer Bastiat, quelques rares membres de l'UMP sur son aile centriste qui se réclament du libéralisme, mais c'est à peu près tout.

Ceux qui se réclament d'un libéralisme intégral n'ont pas voix au chapitre. Leurs idées existent, pourtant, puisqu'ils ont créé le site lesliberaux.fr...

Sur l'immigration, par exemple, il y a de quoi faire bondir la réaction organisée : songez donc, ils souhaitent la bienvenue à tout nouvel immigré sur le territoire français et proclament que l'immigration est une chance. Mais ils assortissent la déclaration d'un addendum de nature à faire glapir en choeur les gauchistes. Pour eux la présence sur le sol Français ne confère pas automatiquement le droit à la protection sociale et à un revenu minimum– seul le paiement de cotisations sociales donne un tel droit sauf situation d’urgence ou humanitaire à titre temporaire.

Sur la fiscalité, j'aimerais bien voir chiffrer leur programme : une flat tax à trois échelons, pas de discriminations selon la source de revenus, suppression totale de toute forme d'impôts sur le patrimoine, suppression de l'essentiel des niches fiscales. Des Koulaks, je vous dis, qui essaient de saboter les acquis de la Révolution, camarades...

Là où on va tous bondir, c'est sur tout ce qui concerne l'assurance sociale : aide-toi toi-même le ciel t'aidera pourait être leur adage. Hop, à chacun d'épargner pour sa retraite ; on ne sait pas trop ce qu'ils veulent faire avec leur panier de soin...Bon, je ne les suis pas vraiment sur ce choix car à l'heure actuelle, il aboutit surtout à envoyer sur la paille tous ceux qui n'ont pas de sous...

Sur l'écologie, ils ont un principe très simple : pas d'incitations fiscales ni de garanties de toutes sortes, en revanche, tu pollues, tu paies, point à la ligne. 

Côté transports, je suis en complet désaccord avec leurs propositions. Partout où les transports sont laissés à la libre appréciation du marché et des individus, c'est le bordell. Je ne comprends pas que les libéraux n'apprennent pas des erreurs du passé dans ce domaine. L'époque héroïque est terminée désormais. Aujourd'hui, c'est à des niveaux au minimum régionaux que peuvent vraiment être déterminés les schémas directeurs des principaux moyens de transport.

Les libéraux qui écrivent sur le site des libéraux ne représentent toutefois que quelques courants du libéralisme. Pas John Stuart Mill, par exemple. Ils sont en fait assez proches des libéraux classiques de la fin du XIXème siècle et du début du XXème.

Il existe un forum de libéraux sur lequel on peut croiser une palette plus large, avec notamment des anarcho-capitalistes, des autrichiens (au sens économique du terme) et cetera...

Je crois que nous autres libéraux-sociaux, aurons toujours cette divergence de fond avec les libéraux classiques, qu'aux libertés «négatives» (ne pas entraver la liberté individuelle, comme celle de disposer de sa propriété, de pouvoir s'associer, voter, et cetera...) que nous reconnaissons aussi, nous associons des droits positifs (éducation, santé) qui nous paraissent indispensables pour garantir une liberté authentique. 

Nous autres libéraux sociaux ne considérons pas moins que la liberté individuelle est le fondement du bonheur individuel et que l'intervention de l'État n'a que pour seule vocation de la garantir, en aucun cas, à l'instar des socialistes et des sociaux-démocrates, à déterminer notre bonheur à notre place. Bref, on ne veut pas du "Care" cher à Martine Aubry...

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samedi, 16 octobre 2010

Mais non, le libéralisme, ce n'est pas le Diable !

Tiens, v'là l'Nicolas qui se lâche contre les libéraux et invite de surcroît toute la gauchosphère à en faire autant. Nicolas pense qu'il y au moins 17 raisons (7+10) de se moquer des libéraux.

Ce qui est drôle, c'est qu'il y en a toujours au moins une de se moquer de la gauche toute entière (ou presque) : chaque fois qu'elle parle des libéraux, elle est profondément comique.

Il faut dire qu'un certain nombre de libéraux y concourent : ils ont une relation au syndicalisme qui ne laisse de m'étonner. Certes, il y a des syndicats gauchistes, et beaucoup même, mais enfin, à plus d'un point de vue, le syndicalisme est une conquête du libéralisme, parce qu'il repose avant toutes choses sur le droit d'association. Or, le droit d'association est l'un des fondements du libéralisme.

Que font les syndicats, sur le fond, eh bien ils essaient de se défendre contre des forces qui les dépassent souvent. Ils peuvent être archaïques, inefficaces, abêtis et peu représentatifs, ils n'en font pas moins ce pour quoi ils ont été créés. On ne peut pas le leur reprocher.

Nicolas croit que la propriété est un dogme chez le libéral : eh non, c'est, selon l'article II de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen de 1789 un droit naturel et imprescriptible au même titre que la liberté, la sûreté et la résistance à l'oppression. L'article 17 proclamait même que la propriété était un droit inviolable et sacré et sacré et que nul ne pouvait en être privé.

Quand les Socialistes, en 1981 et 1982 ont nationalisé à tour de bras industries et banques, le Conseil Constitutionnel a alors estimé, dans un arrêté rendu le 16 janvier 1982 que la conservation du caractère fondamental du droit de propriété était l'un des buts de la société politique.

Bon, en fait, ce ne sont pas les libéraux, mais les socialistes qui ont un problème avec le dogme de la propriété privée...

Il n'était à cette époque question ni d'égalité, ni de fraternité. La République n'a d'ailleurs jamais proclamé la nécessité de l'égalité des fortunes. Il n'y a eu que l'esprit malade de quelques socialistes agités mais dangereux pour en rêver, avec toutes les conséquences néfastes qui se sont ensuivies et qui nous sont connues aujourd'hui.

Bon, soyons justes : paf une baffe à la gauche, et paf une baffe aux libéraux : je suis surpris de voir avec quelle hargne les libéraux s'en prennent aux syndicalistes. Regardons le genre de vie de ces derniers, y compris en leur sommet, on ne peut pas dire que ce soient des gens qui font partie de la Jet Set ni qu'ils versent dans la collusion d'intérêts avec les puissants de ce monde. Il me semble que les libéraux devraient avoir avant tout comme souci de lutter contre les collusions de toutes sortes, à commencer par celles qui impliquent les états directement.

Comme puissance, un syndicat n'est rien ou presque et ne s'infiltre nullement dans tous les compartiments de la société comme peuvent le faire des États ou de très puissantes multi-nationales. Ce sont donc des cibles un peu faciles, je trouve, même s'ils font souvent ch.. par ailleurs, et se trompent régulièrement de siècle en termes de combats syndicaux. Et même s'ils se trompent et peuvent gonfler, ce n'en est pas moins des partenaires respectables avec lesquels tout pouvoir démocratique digne ce nom devrait avoir le souci de dialoguer.

Sarkozy and co n'invoquent le dialogue social que pour l'image et pour mieux leur baiser la gueule ensuite en les plaçant devant le fait accompli. Tu m'étonnes qu'ils sont très en colère après. C'est du gâchis, parce que pour une fois, il y a une génération de leaders syndicaux (je ne parle pas des abrutis de Sud) relativement pondérés avec lesquels on peut discuter.

Bref, pour moi, un syndicat, c'est une association comme une autre, et comme libéral, je suis plutôt favorable aux associations, dès lors qu'elles ne se constituent pas en réseaux de pouvoir qui tentent de court-circuiter continuellement toute concurrence, genre le Siècle, par exemple (Ah, la concurrence libre et non faussée, comme j'en ai rêvé...!)

Si j'ai une certaine bienveillance pour les syndicats, je n'en ai nullement, en revanche, pour les programmes politiques qui font des États l'alpha et l'oméga de l'action sociétale, économique et politique. C'est pour cette raison que j'aime bien l'État bienveillant des Démocrates, dont l'objet est simplement de faciliter les mises en relation et de permettre la libération des initiatives, non de les contrôler sous aucune forme quelle qu'elle soit. J'aime bien le Modem quand je l'entends tenir ce discours. Je l'aime moins quand il copie bêtement la gauche en brandissant la solidarité pour justifier l'intervention de l'État. L'État pourrait simplement se borner à faciliter la solidarité entre individus, et non l'imposer du haut avec des lois qui frisent la spoliation ou le déni de liberté.

lundi, 13 septembre 2010

Le libéralisme, une issue au despotisme ?

Je lisais l'appel des hommes d'affaires iraniens, relayé par Georges Malbrunot et signalé par Rimbus qui peste contre une diabolisation de l'Iran qu'il juge excessive.

Je tends à pense que le commerce, l'échange, c'est la paix, car les nations qui commercent se développent et se découvrent tôt ou tard des intérêts réciproques. Ainsi, les hommes d'affaire iraniens souhaitent, c'est évident, autant d'apaisement que possible avec l'Europe et les USA.

Oui, certainement, le libéralisme, au fil du temps, finit par s'imposer, et je ne doute pas que des pays comme l'Iran ou la Chine finissent par se démocratiser au final, tant libéralisme et démocratie sont consubstantiels.

Néanmoins, j'ai aussi dans l'esprit que ce processus a un travers : il est lent. On a toujours la tentation de rêver à une Révolution de velours à la tchécoslovaque, mais je crains, hélas, que cela ne soit là qu'un miracle qui se produit une fois sur cent.

Il faut, du coup, toujours trancher et faire un choix entre une politique de sanctions, au rixe de durcir un régime et l'aplanissement des relations sans...aplatissement !

Pas facile. Qu'est-ce qui peut sauver Sakineh ? Pas les opinions publiques occidentales peopolisées, mais leur impact sur des pays traditionnellement amis de l'Iran. Ainsi, cela a du étonner Ahmadinejad d'entendre Lula et tout le Brésil derrière lui offrir un asile politique à Sakineh. L'affaire prend des proportions gênantes pour l'Iran et pour tous les pays qui pratiquent la lapidation en général. Ils font d'ailleurs profil bas dans cette affaire.

Que l'on secoue trop violemment une nation, et son despotisme se mue en un autre despotisme. Ainsi vont la plupart des révolutions. Le tout est de trouver le bon ton : secouer suffisamment pour que la sauce prenne, mais pas trop au risque de la faire déborder du bol. Fin travail de diplomate dans lequel on peut retrouver toutes les nuances d'une diplomatie d'essence libérale, à mon sens...

14:58 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sakineh, iran, révolution, libéralisme | | |  Facebook

lundi, 23 août 2010

Plaidoyer pour l'individu

Ce n'est pas en noyant dans l'uniformité tout ce qu'il y a d'individuel chez les hommes, mais en le cultivant et en le développant dans les limites imposées par les droits et les intérêts d'autrui, qu'ils deviennent un noble et bel objet de contemplation; et de même que l’œuvre prend le caractère de son auteur, de même la vie humaine devient riche, diversifiée, animée, apte à nourrir plus abondamment les nobles pen­sées et les sentiments élevés ; elle renforce le lien entre les individus et l'espèce, en accrois­sant infiniment la valeur de leur appartenance a celle-ci.

À mesure que se développe son individualité, chacun acquiert plus de valeur à ses propres yeux et devient par conséquent mieux à même d'en acquérir davantage aux yeux des autres. On atteint alors à une plus grande plénitude dans son existence, et lorsqu'il y a davantage de vie dans les unités, il y en a également davantage dans la masse qu'elles composent.

On ne peut pas se dispenser de comprimer les spécimens les plus vigou­reux de la nature humaine autant que nécessaire pour les empêcher d'empiéter sur les droits des autres ; mais a cela, on trouve ample compensation, même du point de vue du développement humain. Les moyens de développement que l'individu perd par l'interdiction de satisfaire des penchants nuisibles aux autres s'obtiennent surtout aux dépens du développement d'autrui. Et lui-même y trouve une compensation, car la contrainte imposée à son égoïsme autorise du même coup le meilleur développement possible de l'aspect social de sa nature. Être astreint pour le bien des autres aux strictes règles de la justice développe les sentiments et les facultés qui ont pour objet le bien des autres.

Mais d'être ainsi contraint par le seul déplaisir des autres à ne pas commettre d'actions susceptibles de leur nuire ne développe par ailleurs rien de bon, sinon une force de caractère qui se manifestera peut-être par une résistance à la contrainte. Si l'on se soumet, c'est une contrainte qui émousse et ternit le caractère. Pour donner une chance équitable à la nature de chacun, il faut que différentes per­son­nes puissent mener différents genres de vie.

Merci, JSM, pour ce magnifique témoignage, auquel je n'ai rien à redire... (Liberté, III)

lundi, 09 août 2010

John Stuart Mill, ancêtre spirituel du MoDem ?

D'une culture insuffisante en théories économiques et politiques, je m'applique, dans la mesure de mes moyens et de mon temps disponible à combler peu à peu mes lacunes. Je viens de découvrir John Stuart Mill. Bien sûr, j'en avais entendu parler, je savais qu'on le classait parmi les libéraux mais qu'il était apprécié au centre-gauche ; en revanche, j'ignorais en quoi consistent ses thèses.

Il fait partie du courant réformiste : le progrès, de son point de vue, ne peut se réduire à la croissance économique. Il passe par une meilleure distribution des richesses, et le progrès social implique des changements profonds dans les rapports sociaux :

- pas de liens de dépendance, au moins dans une société avancée. Y compris entre hommes et femmes. Mill est un féministe de la première heure qui condamne l'aberration économique et éthique que consitue la mise sous tutelle et en minorité des femmes. Il ne cessera de vanter les mérites de la sienne à laquelle il attribue une large part dans on oeuvre.

- pas de lutte des classes mais recherche du consensus et de l'intérêt commun entre les groupes sociaux.

Il imagine une société où dans la seconde partie de leur carrière, les ouvriers deviennent à leur tour des patrons afin d'éviter une césure peu souhaitable entre deux catégories de population. L'instruction est au coeur de cet objectif.

Partisan d'une participation des ouvriers aux résultats de l'entreprise, il juge qu'une association entre ouvriers et entrepreneurs conduirait plus sûrement vers une convergence d'intérêts.

Mill est évidemment favorable à l'économie de marché mais ne récuse pas une intervention de l'État en cas de nécessité. Il n'en est pas moins convaincu que le laisser-faire doit être la règle générale et l'intervention étatique l'exception : à l'action de l'État il préfère de loin celle, collective, des citoyens auxquels il faut donner l'habitude de procéder ainsi.

La libre concurrence, en dépit de quelques inconvénients, lui paraît une excellente chose, principalement parce qu'elle casse les monopoles. Toutefois, conscient que l'individu n'est pas toujours éclairé dans ses choix, il conseille de limiter les actes contractuels dans le temps. Il est en faveur d'une instruction publique de la qualité, observant que l'individu ne se montre pas nécessairement un consommateur éclairé, conscient de son intérêt.

Il se défie presqu'autant des grosses sociétés commerciales que l'État, car elles se caractérisent par des lourdeurs similaires. En certaines circonstances, il estime nécessaire l'intervention de l'État pour rétablir l'intérêt général (distribution d'eau, éclairage public, chemins de fer, services d'hygiène, par exemple).

Dans le domaine fiscal, il propose de limiter donations et successions afin de ne pouvoir garantir mieux qu'une indépendance modérée aux héritiers et donataires. La richesse doit être le fruit du travail personnel.

Comme il considère que la concurrence ne peut résoudre le problème de la pauvreté, il juge que l'État doit intervenir, tout en mettant en garde contre le risque de dévier vers l'assistanat.

Sur le fond, Mill estime que le progrès économique doit être au service du mieux être et non s'y substituer.

J'ai retrouve dans cette présentation de Mill à peu près tous les fondamentaux du MoDem, et, plus généralement, du social-libéralisme. Je me sens très proche de Mill sauf sur les aspects fiscaux où j'ai des convergences bien plus fortes avec les libéraux classiques. J'estime en effet que chacun doit pouvoir jouir de ses biens comme il l'entend. Y compris les donner s'il le désire. Toutefois, j'entends approfondir ma connaissance de l'auteur en entrant dans ses oeuvres. Je commenterai ici "Sur la liberté" et "Principes d'économie politique" puisque je compte entreprendre la lecture de ces oeuvres.

jeudi, 05 août 2010

Amis libéraux, ne vous trompez pas d'alliés !

Je vois avec un déplaisir grandissant des libéraux se faire phagocyter par des nationalistes patentés de longue date.

Impossible de publier un commentaire sur le blog Paris-Libéral, alors je réponds ici aux appels d'Yvan Blot cherchant à fonder une "démocratie directe".

Je vois mal comment une personnalité comme Yvan Blot, qui envisage tranquillement une religion d'État (http://www.insoc.fr/2010/06/deux-autres-contrepoisons-la-...) pourrait d'une manière ou d'une autre se réclamer du libéralisme. J'ajoute qu'il était également un chaud partisan de la grande droite allant de l'UDF au FN, que c'est un ex-membre du GRECE, laboratoire connu de l'extrême-droite, dont il reprend d'ailleurs certaines idées aujourd'hui avec sa démocratie directe.

Au passage, la démocratie directe va totalement à l'encontre du libéralisme qui s'appuie au contraire sur les corps intermédiaires (Montesquieu). Aristote qui peut être considéré comme une référence libérale à plus d'un égard en a également fait une critique impitoyable : on a souvent pensé qu'Aristote était un adversaire de la démocratie parce qu'il la considère comme la pire déviation parmi les déviations des divers régimes, à l'exception peut-être de la tyrannie. Il convient de questionner sa Politique avec plus d'acuité que ne le laisse entendre cette assertion. Aristote voyait dans la démocratie la perversion de ce que l'on peut traduire par "gouvernement constitutionnel". Qu'entendait-il par là ? Simplement que la constitution, l'esprit des lois, finalement l'état de droit, l'emportait sur la vindicte populaire. En somme sur le populisme, vieux cheval de bataille d'une certaine droite, et, en la circonstance, d'Yvan Blot. Cela ne m'étonne guère que son institut soit néo-socratique plutôt que néo-aristotélicien...

Yvan Blot écrit que jamais Hitler ne serait parvenu au pouvoir si l'Allemagne avait été une démocratie directe en 1933. Argument gonflé de la part de quelqu'un qui a poussé à l'alliance de toutes les "droites" en 1986 ! C'est cette alliance-là qui a porté Hitler au pouvoir en 1933, et pas une autre. Parce que nationalistes et conservateurs se sont imaginés qu'Hitler pouvait être un individu fréquentable.

Il n'y a pas de national-libéralisme. Certains ont essayé de faire cohabiter ces deux idées contraires, mais en vain, et toujours au désavantage de la liberté, qui, in fine, est au coeur du libéralisme, qu'elle soit sociale, économique, politique, sociétale ou religieuse.

Bref : libéral, Yvan Blot ? A d'autres. Il existe un blog de libéraux, à Paris, mais c'est celui-là.