mardi, 15 avril 2008

Collège : et pourtant il existe une solution

Dans les problèmes de l'Education Nationale, on évoque souvent le collège comme maillon faible du système scolaire. Je considère, en réalité, que cela tient à la nature de l'adolescence, surtout une adolescence laissée sans limites, à l'indifférence ou au désespoir des adultes, et surtout, des pouvoirs publics.

Le collège est devenu une véritable jungle où le plus faible est immanquablement écrasé. Pendant qu'on disserte sur les horreurs de la seconde guerre mondiale, sur la citoyenneté, on y laisse se reproduire les phénomènes de bande les pires, avec une absence totale de considération pour les plus faibles. 

En 3ème, puisqu'on étudie les faits de la seconde guerre mondiale, pourquoi ne s'intéresserait-on pas plutôt avec précision à ce que vivaient les jeunes gens de cette époque sombre : par exemple, comparer le fonctionnement des hitlerjungend (Jeunesses hitlériennes) et la dynamique de groupe dans une classe d'adolescents, je suis certain que cela mènerait à des remises en question intéressantes.

On sait qu'il existe de 20 à 40 élèves par collège qui sèment le désordre et désorganisent le fonctionnement des cours. C'est valable dans 80% des collèges de France. Il suffirait de retirer ces élèves et de les placer dans des centres d'éducation spécialisés pour que les collèges retrouvent, pour la plupart, leur sérénité. 

Seulement, voilà : l'UMP, Fillon, Sarkozy et Darcos s'en foutent complètement.  Leur priorité, c'est de faire des économies pour financer leur paquet fiscal, et l'Education Nationale est une bonne vache à lait. Ces centres d'éducation ont un certain coût, et il ne faudrait pas ne pas pouvoir faire les crédits d'impôts promis aux individus les plus riches de la nation, n'est-ce pas ?

Du côté de la gauche, où la démagogie est notoire, et l'idéologie prodigue en conneries et pédagogolâtries de tout type, il faut insérer les pauvres victimes de l'odieux système capitaliste et la société en général dans le système scolaire à tout prix. Peu importe que les autres en pâtissent, ce sont de toutes façons des privilégiés, des héritiers, comme dirait Bourdieu, et ils s'en sortiront. Et si on est un hiérarque socialiste, il y a toujours le "faites ce que je dis, pas ce que je fais" pour sauver son rejeton en le plaçant dans une institution privée où il sera à l'abri des gentils délinquants. 

En fait, il n'y a qu'un seul homme qui s'est soucié de l'élève français moyen, celui auquel on ne demande jamais son avis, à qui l'on n'offre aucune chance et que l'on sacrifie à des politiques décidées dans les hautes sphères des cabinets, là d'où on ne connaît surtout pas les réalités du terrain, ou, mieux encore, à la manière socialiste, on feint de les ignorer ou l'on déclare qu'ells relèvent du fantasme, et cet homme, disais-je donc, c'est François Bayrou. 

 Parce qu'il a enseigné dans des petits établissements, parce qu'il n'a pas été un carriériste de l'Education qui devait ses titres et ses postes à des copinages sans vergogne, il a pu dire la vérité. Je le cite dans son discours du 20 février 2007 à Dijon:

Il faut donc prendre les décisions qui s'imposent et les décisions qui s'imposent, c'est celles-ci : il faut rétablir la discipline scolaire dans les établissements du premier cycle, du second degré. Il faut rétablir la discipline scolaire dans les collèges de notre pays. Si nous ne le faisons pas, c'est de la non-assistance à personne en danger. C'est de la non-assistance à famille en danger, c'est de la non-assistance à quartier en danger.
Alors il faut avoir le courage de regarder les choses. Tous les enseignants vous disent, quand on parle de ce sujet, qu'il y a huit, dix, douze, quinze élèves seulement par établissement qui, en raison des lourdes difficultés personnelles qui sont les leurs, en réalité, mettent le bazar, font régner la loi. Un petit caïd de cour de récréation terrorise ou déstabilise les professeurs, notamment les jeunes professeurs. Notamment les jeunes femmes professeurs au début de leur carrière ou leurs camarades.
Eh bien, ceci n'est plus acceptable. Je dis que, quand on est avec où devant des élèves comme cela, alors il faut leur offrir un autre type de scolarité que le collège normal, il faut leur offrir une scolarité qui garantisse que, avec le nombre nécessaire de psychologues et d'éducateurs, on les reconstruise, mais qu'ils ne déstabilisent plus le collège dans lequel ils sont scolarisés.
Je propose donc qu'il y ait la création d'établissements qui soient des établissements d'éducation qui puisse recevoir les élèves qui présentent des difficultés particulières et que l'on ne se contente pas de faire ce que l'on fait depuis des années, ils sont au collège A, Conseil de discipline on les inscrit au collège B, conseil de discipline, on les inscrit au collège C, conseil de discipline on les remet au collège A jusqu'au jour où ils atteignent l'âge légal de manière qu'on les mette à la porte. 

Parallèlement, c'est aussi le seul à vouloir des classes d'excellence partout. 

[...] nous, Éducation nationale, nous État, République française, nous avons une mission qui est celle-ci : nous avons la mission d'offrir les mêmes chances à tous les élèves, quel que soit le quartier où il habite, l'établissement ou ils sont scolarisé. Ceci est la loi de la République.
Par exemple, nous avons connu un temps pendant de longues décennies dans lesquelles on pouvait, dans un petit lycée pyrénéen, au coeur des vallées pyrénéennes, par exemple, le lycée de Naye, Pyrénées-Atlantiques, 4500 habitants, on faisait dans ce lycée, je le sais puisque cela était mon parcours, les mêmes études classiques avec du latin, du grec, les langues, que l'on avait dans les lycées de centre-ville de Pau, de Bordeaux ou même au lycée Henri IV ou au lycée Louis-le-Grand à Paris. Ceci était la fierté de la France.
Moi, je demande que l'on reconstruise cette fierté et que l'on ait un pays qui s'oblige à offrir les mêmes options et la même exigence et la même excellence pour les élèves qui en ont la volonté ou la capacité que l'on habite le sixième arrondissement, la banlieue de Lyon, le Val Fourré où nous étions l'autre jour, certains quartiers de Nanterre ou bien Clichy-sous-Bois, on a droit aux mêmes chances, quel que soit le lieu d'où l'on est originaire et quel que soit le lieu où l'on a habite. 

Voilà, c'est simple, mais jamais Sarkozy ni la gauche ne le feront. Unseul parti pourrait avoir la volonté d'appliquer une telle mesure : le MoDem.

L'école selon Bayrou

Phénomène assez rare, aujourd'hui, de nombreux enseignants des écoles primaires et maternelles ont choisi à leur tour la grève pour protester.

Un des sujets de grogne des enseignants est entre autres la réforme prévue des programmes. Pour ma part, j'ai fait une analyse du rapport de Bentolila, l'un des spécialistes concernés. Ce dernier relevait que l'enjeu principal de l'école maternelle était l'acquisition d'un langage riche et complet. En effet, c'est la pierre angulaire de tout le reste, puisque c'est le vocabulaire qui permet aux enfants de comprendre les explications. Or, bien souvent, on constate que l'école maternelle met l'accent sur toute une série de techniques et sur la compréhension de consignes sociales dont le seul but est de ne pas "troubler l'ordre scolaire".

Lors du colloque de l'UDF du 11 mars 2006 sur l'école, l'université et la recherche, François Bayrou écrivait :

Il y a une éducation à la langue dont l’enseignement des siècles classiques avait bien compris l’utilité, joutes verbales, exercices rhétoriques, compositions latines ! J’ai été frappé dans les violences des banlieues du mutisme des garçons qui mettaient le feu, de leur difficulté à parler. Et pour moi, ce n’est pas un hasard, c’est une cause.

La formation à la langue orale et écrite, à son vocabulaire, à son histoire, à ses racines, je pense au latin pour la langue courante et au grec pour la langue scientifique et intellectuelle, tout cela est une clé. On doit la vérité aux jeunes Français : tous les codes de reconnaissance, tous les éléments du leadership, passent pas la langue. Et si l’on veut la raison principale des différences de réussite entre classes sociales, enseignants, cadres, etc., c’est dans la langue qu’on la trouvera.

 Donc, il faudrait peut-être commencer par cela. L'idée qu'avait exposé Xavier Darcos, de faire de la Grande Section un pré-CP est tout simplement désastreuse. Catastrophique. Elle va exactement dans le sens inverse de ce qu'il faudrait faire. Avant d'acquérir des savoirs savants, encore faudrait-il avoir une vraie maîtrise du vocabulaire.

Ensuite, quand je vois partout des classes de moyennes sections, donc, des enfants de 3 ans et demi à 4 ans et demi de 30 élèves, moi, je ne vois pas comment on peut dispenser un enseignement individualisé dans ces conditions.  

Nicolas Sarkozy a fait des choix budgétaires. Xavier Darcos les a cautionnés. Il a choisi d'offrir des milliards d'euros à une petite minorité plutôt que des enseignants aux tout-petits. Que l'un et l'autre les assument, ces choix désormais. 

Je suis d'accord sur le fait que les caisses de l'Etat étaient vides. Mais l'un et l'autre ont aggravé le phénomène, et ils ont touché à ce q'une nation possède de plus précieux, ses enfants. 

Sur le site de François Bayrou, pendant les présidentielles, l'article école à la page de ses propositions commençait ainsi : « L’éducation est la priorité absolue de mon projet.» 

On voit aux premières mesures d'un gouvernement ce qui lui importe en priorité. Quelle a été la première mesure du gouvernement Fillon ? Offrir des crédits d'impôt aux acheteurs de très grandes surfaces. 

Bayrou avait fait sienne aussi cette remarque, lors du même colloque sur l'école :

Et vous voulez juger de la responsabilité des dirigeants du pays : regardez quelle place ils accordent à l’école, à l’université, à la recherche dans leurs préoccupations, dans leur temps, dans leur vision.Pour nous, en tout cas, cette place sera la première ! 

L'école, c'est du long terme. Ainsi, François Bayrou écrivait : «Et les étudiants candidats au Capes ou à l’agrégation ont raison de le dire : nous ne pouvons pas jouer les recrutements à l’accordéon. Je suis partisan d’une loi de programmation sur dix ans des recrutements

C'est aussi l'un des rares hommes politiques à ne pas avoir passé son temps à cracher sur l'Education Nationale :

Je ne suis pas de ceux qui dépeignent l’éducation nationale comme un mammouth ! Pour moi, elle est un corps vivant. J’ajoute que si l’on excepte la singularité de l’école maternelle, dont nous devons être fiers, nous avons à peu près (un peu plus dans le secondaire, un peu moins dans le supérieur) le même nombre d’enseignants que tous les pays du monde développé, parce qu’il n’est guère de secret et que la dimension des classes et des amphis est à peu près partout la même. On étonnerait d’ailleurs beaucoup les grandes entreprises privées en leur demandant de comparer leurs services centraux avec ceux de l’éducation nationale.

Moi, c'est ce que j'ai aimé chez cet homme-là et que j'aime encore. Il ne ment pas, et il a une conscience claire des priorités. Il ne promet pas tout et n'importe quoi, comme le faisait le programme socialiste pendant les présidentielles, parce qu'il savait que nous n'avions plus de sous, mais, comme une famille modeste qui sacrifierait ses économies pour assurer l'avenir de ses enfants, il jugeait que l'école et l'éducation c'était sacré, et que c'était le seul secteur où il fallait garantir des engagements financiers.

 J'entre en contradiction frontale avec une partie de notre société qui vit avec l’idée que c’est dans le budget de l’éducation qu’il faudra tailler, le jour où l’on voudra revenir à l’équilibre des finances publiques.

Je pense exactement le contraire. Je pense qu'il faut faire des économies, j'en parlerai dans une seconde, qu'il faut retrouver un budget en équilibre, mais qu'il faut garantir l’investissement dans l’éducation.

 

Que l'on mesure simplement la distance avec ce qu'il se produit aujourd'hui. Et ce que je je regrette, c'est que Le Nouveau Centre, dont une très grande majorité de représentants a approuvé ce programme, soit totalement silencieux et laisse faire ce qu'il se passe, sans la moindre protestation, sans même la moindre suggestion. Est-ce cela, peser sur la majorité ? Mieux valait se ranger derrière le MoDem dans ses conditions. A quoi bon être député si l'on n'exerce pas sa parole ? 

mercredi, 09 avril 2008

Moyens pour l'Education, ce que voulait Bayrou...

L'action du gouvernement Fillon me sidère. Les lycéens défilent, et les enseignants sont furieux parce qu'on supprime des postes à tour de bras dans l'Education Nationale. Mais furieux, il y a de quoi l'être, et je me fais mienne cette réflexion toute récente de François Bayrou, dimanche dernier sur TV5 : 

« ce qu'on va mettre en année pleine pour arranger les affaires des grandes chaînes privées (...) ça va coûter au pays 1,2 milliard, c'est-à-dire six fois plus que les postes qu'on va détruire à l'Education nationale»

C'est ce genre de priorités, dans le gouvernement Fillon, qui ont le don de me faire enrager. Alors pour les chaînes privées, il y a de l'argent, mais pour l'Education, il n'y en a pas.

Le discours de Dijon, du président du MoDem, le 20 février 2007, avait été explicite sur l'importance qu'il accordait à l'Education Nationale et sur la garantie qu'il escomptait lui donner en termes de moyens. C'est avec d'autant plus d'amertume que je considère le choix d'une majorité de Français qui se sont laissés abuser par les belles paroles de Nicolas Sarkozy.

« Ces défis sont tels, faire diminuer et j'espère un jour supprimer l'illettrisme en France, faire que les établissements soient des établissements d'égalité des chances, faire que le calme et la discipline reviennent dans nos établissements, faire que l'enfant motivé ou avec des talents particuliers ait exactement les mêmes chances d'accéder au sommet, quel que soit l'établissement qu'il est obligé de fréquenter en raison de l'adresse de sa famille, faire que le lycée soit une préparation à l'université, faire qu'à l'université on invente une orientation, faire que l'on baptise une formation professionnelle après les diplômes universitaires, faire que la gouvernance des universités soit reprise, faire que l'école accepte d'intégrer les enseignements artistiques et qu'elle améliore par exemple ce qui est aussi du domaine sportif, faire tout cela, c'est un immense effort pour la nation, un immense effort dont j'ai dit qu'il demandait des moyens garantis et nous garantirons ces moyens sur plusieurs années ...»

Ces propositions, qui ont fait la force de François Bayrou, le MoDem les a faites siennes et les a intégrées dans son programme. Elles correspondent, désormais, à la ligne du MoDem. Côté Nouveau centre, qui se revendique du même programme, c'est le silence radio le plus complet...Là, clairement, le gouvernement garantit des restrictions de budget et des supressions de postes sur plusieurs années...Comparez... 

lundi, 07 avril 2008

TF1 va s'occuper des cerveaux à la place de l'école

Morceaux choisis : j'ai pris un extrait de l'intervention de François Bayrou hier sur TV5...

François Bayrou a contesté en particulier la suppression annoncée de la publicité sur les chaînes publiques. "Cette année, simplement parce que Nicolas Sarkozy a prononcé une phrase mal réfléchie, mal pensée, dont il n'a pas vu les perspectives, ça va nous coûter 150 millions d'euros, cette plaisanterie", a-t-il accusé. Et "en année pleine, ça va coûter un milliard ou 1,2 milliard d'euros".

Ainsi, ce "qu'on va mettre en année pleine pour arranger les affaires des grandes chaînes privées (...) ça va coûter au pays 1,2 milliard, c'est-à-dire six fois plus que les postes qu'on va détruire à l'Education nationale".

"C'est déraisonnable. C'est gaspiller de l'argent", a estimé le président du MoDem. "On gaspille l'argent pour arranger les affaires de quelques-uns".

J'espère que tout le monde se rappelle de ce que Le Lay, l'ex PDG de TF1 écrivait en 2004 dans un livre Les dirigeants face au changement (Editions du Huitième jour) :

" Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...).

Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...).

Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. "

Voilà, on y arrive, et sans coup férir, en plus... Je suis écoeuré... Pour le MoDem qui a mis l'éducation au coeur de son programme politique, cela a du mal à passer...

 

 

 

mardi, 04 mars 2008

De Note2be à L'évaluation des enseignants

Note2be s'est finalement vu condamné par la justice, ce qui est une bonne chose. Barrejadis, réagissant à ma note d'hier, tout en approuvant la condamnation de ce site, déplore le risque de voir la question de l'évaluation des enseignants enterrée, suggestion que l'on retrouvait dans les propositions d'Attali.

J'ai lu avec attention son billet, et je le trouve intéressant. Deux observations, toutefois : ce qu'il évoque, ce sont des étudiants du supérieur, et non des collégiens. En terme de développement cognitif, de capacité de prospection et d'abstraction et de motivation, il n'y a aucune commune mesure entre ces deux types d'étudiants. 

Je trouve son idée d'évaluation à 360° où tous sont partie prenante très intéressante. Je rappelle cependant qu'une évaluation des enseignants existe de longue date : il s'agit de l'Inspection Pédagogique. Sa compétence est reconnue, et, l'Inspecteur, qui passe d'établissements en établissements, dispose d'un recul supplémentaire. Bien sûr, en son sein, il existe quelques dérives (carriérisme, monomanie, obsessions didactiques comme les fameuses séquences ou encore la méthode globale), mais en règle générale, les Inspecteurs sont compétents et perspicaces. La principale difficulté vient de ce qu'ils ne passent pas assez souvent, et cela parce qu'ils sont progressivement assomés à coup de tâches administratives qui ne devraient pas relever de leur fonction. 

Pour répondre à AriesFr qui est également intervenu sur mon article d'hier, je répliquerai simplement la chose suivante : qui évalue ? être évalué par un adulte habilité à le faire et par un collégien ce n'est pas pareil. Il cite son exemple, mais je suis certain que ce ne sont pas des adolescents de 14 ans qui le "notent". Cela fait une différence de taille, et son propos, l'air de rien, a finalement glissé. En outre, son évaluation n'est pas publique, et encore heureux : qu'il imagine que ses amis, son banquier, ses co-équipiers dans le domaine sportif, son agent immobilier puisse prendre connaissance de ce que pensent ses supérieurs hiérarchique de sa compétence, qu'en penserait-il ? Je ne le suppose pas d'assez mauvaise foi pour me répondre qu'il est d'accord avec une telle pratique. Alors, évidemment, une telle chose le gênerait, mais, pour des enseignants, cela ne le dérange pas. Deux poids, deux mesures ? 

En revanche qu'un enseignant puisse disposer d'une grille s'appréciation sur ce que pensent des étudiants ou des élèves de son enseignement (et non de lui), cela peut être intéressant, à condition qu'elle garantisse la confidentialité et l'anonymat au sein de la classe elle-même. Cela pourrait aider l'enseignant à s'améliorer, à l'évidence, sans pour autant rentrer dans une logique de confrontation. 

J'ajoute qu'évaluer un enseignant c'est difficile, en raison des critères qu'il faut appliquer : comment savoir quel est l'impact d'un enseignement sur un élève ? Souvent, il se mesure bien des années après, et les élèves eux-mêmes sont amenés à varier leur réponse sur la question. Quand on travaille sur de l'humain, tout devient bien plus incertain et glissant. C'est en ce sens que je dénonce l'irréflexion, et souvent la malhonnêteté intellectuelle de ceux qui proposent des solutions toutes faites et simplistes à ce problème. 

Cela ne doit en revanche naturellement pas entraver une réflexion de fond sur la question. 

lundi, 03 mars 2008

Zéro pointé pour Note2be !

Ah, voilà qui fait plaisir à lire : le SNES a obtenu gain de cause. Cette m.... de Note2be va devoir supprimer tous les noms de profs qu'il a mis en ligne avec les notes et même ses forums de diffusion.

Dans les idées les plus dég....sses apparues ces derniers temps sur la Toile, ce site figurait en bonne place, et surtout, ouvrait la voie aux pires dérives. Bien sûr, on trouvera toujours les traumatisés de l'Education Nationale prêts à tous les coups tordus pour en découdre avec les enseignants qu'ils détestent généralement cordialement, mais, ces abrutis oublient un détail de taille : accepter de noter les enseignants en ligne de cette manière, c'était offrir la possibilité d'en faire autant avec toutes les professsions. On aurait alors noté le médecin, le guichetier, le banquier, le postier, le commerçant, et...aussi le juge ! Pas fous, je suis sûr que ces derniers ne s'y sont pas trompés d'ailleurs... Bref, une vraie m... ce site, dont la parenté avec les méthodes qui appellent à la délation anonyme est flagrante.

Il faut dire que notre Agité National et l'Imbécile en chef (il appelle ainsi ceux qui critiquent son rapport) Jacques Attali avaient plus que largement ouvert la boîte de Pandore puisque le premier veut noter ses ministres, et le second avait été à l'origine de l'idée de noter les enseignants.

Bref, une victoire pour le droit, cette décision. Un dernier point, tout de même : je trouve fort qu'il n'y ait eu que le SNES, parmi les acteurs de l'Education Nationale, pour engager une procédure contre Note2be. A noter que le SNALC avait appelé les enseignants à écrire un courrier au responsable du site pour demander leur suppression nominative de la base de données.

jeudi, 28 février 2008

Service minimum à l'école, l'arnaque...

3e073d043dd2c2c226dc58e035a34eb4.jpgLe sénateur Détraigne a récemment écrit à Xavier Darcos, ministre de l'Education Nationale, au sujet de l'instauration du service minimum dans l'enseignement. Il a notamment observé qu'il était facile de se vanter de la mise en place d'un tel système auprès des familles alors qu'en réalité le gouvernement "refile" simplement la gestion du problème aux collectivités locales. En effet, dans les communes volontaires, les agents des communes (surveillants de cantines, animateurs de centres de loisirs… ) devront assurer l’accueil des enfants en lieu et place des enseignants. Cette situation ne manquera pas d'entraîner des tensions entre les différents intervenants en milieu scolaire.
En outre, en déchargeant les enseignants du problème de l'accueil des enfants pendant qu'ils font grève, le système proposé risque de faciliter la multiplication des grèves et aller dans le sens inverse de ce qui serait souhaitable pour la continuité du service public. Il a donc demandé au ministre de l'Education qu'il revienne sur cette étrange idée de sous-traiter à une commune sa responsabilité légale en matière de service minimum.

Ben oui, faut pas prendre non plus les maires et les municipalités pour des andouilles... 

samedi, 23 février 2008

Gifle, Yves Détraigne s'indigne

7ff2bf2fa303abda996d8d96d211cef2.jpgDans une question écrite, n° 03326, publiée dans le JO Sénat du 07/02/2008 en page 218, Yves Détraigne, sénateur UDF-MoDem, interpelle le Ministre de l'Education Nationale en ces termes :

Yves Détraigne attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur l'incident qui s'est produit au collège Gilles-de-Chin à Berlaimont, le 28 janvier dernier, incident au cours duquel un professeur a giflé un de ses élèves âgé de 11 ans qui venait de l'insulter.
Le père de l'élève ayant déposé plainte, l'enseignant a été placé en garde à vue durant 24 heures et il comparaîtra le 27 mars prochain devant le tribunal correctionnel d'Avesnes-sur-Helpe pour "violence aggravée sur mineur". En outre, le rectorat a suspendu ce professeur.
S'il reconnaît que le geste est blâmable, il s'étonne d'une telle réponse judiciaire qu'il juge disproportionnée envers un professeur qui, âgé de 49 ans, se consacre pleinement à son métier et sans histoire depuis 30 ans.
Considérant que l'École est un lieu d'apprentissage des valeurs et notamment du respect de l'autorité, il s'inquiète d'une dérive telle que des enseignants se retrouvent empêchés de réagir comme il le faudrait aux comportements inadmissibles de certains de ces élèves et ne sont pas soutenus par leur hiérarchie.
Cet incident démontre également une dérive de notre société où il est conseillé aux adultes de faire profil bas devant les actes d’incivilité des enfants et des adolescents.
Il lui demande donc s'il entend permettre que l'école continue à apprendre aux enfants à respecter les adultes et l'interroge sur ses intentions pour que – suite à cette "affaire" – il n'y ait pas crise des vocations et que les difficultés du métier d'enseignant et la tension nerveuse qu'il suppose sans cesse soient prises en compte.

La question demeure, à l'heure actuelle, sans réponse... 

mardi, 19 février 2008

La Shoah de Sarkozy entre mythe et histoire

Je viens de lire le billet de Versac du 15 février dernier dans lequel il dénonce l'atterrant rapport de Nicolas Sarkozy à l'histoire.

J'ai apprécié particulièrement sa conclusion, que je livre à mes lecteurs ici :

Non, ce n'est pas à un homme, fût-il président de la République, que d'imposer à ma fille cette culpabilité et cette émotion. Tout en voulant, dans le même mouvement, virer des enfants sans papiers de nos écoles, d'ailleurs.

Fine observation à laquelle je souscris tout à fait.  J'irais un peu plus loin : Nicolas Sarkozy n'est pas dans l'histoire, il est dans la mythologie, et une mythologie qui frise la mythomanie, c'est à dire, au sens étymologique du mot, la manie de fabriquer des mythes. μανία en grec, signifie la folie. Donc, en son sens premier, c'est une folie.

Mais c'est surtout une régression : historiquement, ἱστορία l'histoire, apparaît après le mythe.  Thucydide, le père de l'histoire moderne, plus encore qu'Hérodote, annonce en introduction de sa Guerre du Péloponèse, qu'il n'imitera pas ces logographes (sortes d'écrivains de discours tout faits pour flatter des êtres et des faits) ; c'est qu'il recherche, lui des faits avérés pour écrire l'histoire.

Le souci de Nicolas Sarkozy, c'est de transformer l'histoire en une espèce de mythologie officielle à son service.Le mythe a une fonction, mais une fonction qui n'est pas celle de stimuler l'émotion, mais au contraire la réflexion.

C'est, je pense, sur le fond, l'abîme sémantique qui sépare la mythologie des histoires racontées par le mythomane. 

Les enfants de CM2 et la Shoah méritent à mon sens, un peu mieux que cela. 

dimanche, 17 février 2008

Le SNES attaque en justice le site Note2be

Pour ma part, je soutiens à 100% l'action du SNES dans cette circonstance, et je suggère à tout le monde de la relayer :

Le site web « note2be » ouvert depuis plusieurs jours permet aux élèves de noter en ligne leurs enseignants nominativement. Cette évaluation publique fondée sur des jugements personnels et subjectifs ouvre la porte à tous les excès et risque vite de s’apparenter à une dénonciation publique, voire la diffamation.

De nombreux collègues ont alerté le SNES constatant la facilité avec laquelle chacun peut écrire n’importe quoi sur n’importe qui. La Fsu a manifesté le 6 février sa forte désapprobation devant ce qui ressemble à un « lynchage public » et s’est adressée au Ministre pour qu’il examine les mesures à prendre.

Compte tenu de l’inertie des pouvoirs publics, le SNES a décidé d’assigner en référé les responsables du site devant la justice, afin qu’il soit mis un terme à ce qui apparaît comme un trouble manifestement illicite à l’ordre public.

Le SNES demande solennellement au Ministre de l’Education nationale de se porter aux côtés du SNES et de la FSU , mais surtout de l’ensemble de la profession dans cette action contentieuse
.

Il y a des individus qui sont prêts à tout pour surfer sur les démagogies les plus honteuses : certains se sont engouffrés dans la brèche ouverte par le rapport Attali (un tissu d'âneries) avec une totyale absence de vergogne... 

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