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mercredi, 13 avril 2016

Projet éducatif des Républicains, pas si mal mais...

Les Républicains ont eu la bonne idée de rendre public leur programme pour l'Éducation  (cliquer sur ce lien). J'ai vu que Jean-Paul Brighelli en avait fait une critique dans Le Point.

Comme beaucoup de programmes, il a le défaut de survoler le sujet et n'évoque pas en chiffres clairs les intentions du parti. Toutefois, j'y lis avec satisfaction qu'il prévoit d'abroger la scandaleuse réforme du collège et de restituer à l'allemand et aux langues anciennes leur place. Il y a un certain nombre de principes qui sont réaffirmés sur l'autorité des maîtres, la sécurité, et cetera. Bon, ça ne mange pas de pain, et de mon point de vue, ce ne sont que des mots, donc, ce n'est pas ce qui m'intéresse en priorité.

J'ai vu que les Républicains veulent revoir la formation des enseignants, dégager les délires pédagogiques et confier leur formation aux universités. Je ne vais pas m'en plaindre, mais je trouve que ce point justifierait une réflexion d'une autre ampleur. Je ne comprends pas pourquoi ni la psychologie, ni l'orthophonie ne font leur entrée dans le corpus du cursus des enseignants. Cela me semble central d'en avoir plus que des notions quand on enseigne. Et je ne parle pas de stages-bidon à la petite semaine mais d'une formation sur l'ensemble de l'année. Je vais le suggérer au MoDem.

Les Républicains s'inquiètent des enfants qui sont le plus en difficulté à l'arrivée en CP. Très bien, mais il faudrait peut-être songer à ce qu'il se passe avant, c'est à dire en Maternelle. Tous les partis ne jurent que par les fondamentaux de la lecture, mais, pour ma part, je pense que le problème de fond, c'est le vocabulaire. C'est sur ce point, plus encore que sur le graphisme, qu'il faudrait se concentrer en maternelle. L'objectif est de donner à tous les enfants les moyens de comprendre ce qu'ils entendent.

Je vois qu'il y a un souci de laisser une certaine autonomie au collège. Il faudrait voir en quoi elle consiste exactement. Je juge sage de ne pas imposer de méthodes pédagogiques et de privilégier l'efficacité. A voir à la pratique du pouvoir, les mots, c'est toujours facile de les semer. 

Bonne initiative, cependant, de laisser aux écoles, aux communes et, peut-être aux collèges, le pouvoir d'organiser leurs rythmes scolaires. Sage décision. Principe de subsidiarité, il faut toujours faire confiance à l'échelon le plus pertinent.

Accroître le temps de présence des enseignants, voilà qui me fait doucement rire. Avec quel argent ? La seule solution, c'est d'augmenter les volants d'heures supplémentaires et de proposer aux enseignants qui le veulent de participer à des dispositifs de suivi des élèves. 25% de temps en plus pour tous les enseignants, cela me semble irréaliste ; si déjà les Républicains parvenaient à organiser des études dignes de ce nom, à des horaires décents et pertinents, sur l'ensemble du territoire, ce serait déjà très beau.

Il y a quelques autres propositions qui m'ont doucement fait rigoler. Pauvres militaires. Ils ont peut-être autre chose à faire que de s'occuper des adolescents pré-délinquants, ce que méditent les Républicains. C'est une idée qui revient souvent. Désolé, mais ce n'est pas leur job. La question de l'impunité est liée intimement au fonctionnement de la justice et aux moyens qu'on lui donne. Pas la peine de chercher midi à quatorze heures, il faut commencer par cela. Je n'ai pas encore étudié le projet des Républicains sur la sécurité, mais je fais le faire.

Il existe un dispositif qui fonctionne bien pour les élèves perturbateurs du secondaire : on les appelle les classe-relais. Puisque les Républicains de veulent pas faire d'idéologie, qu'ils les étendent. Leur projet de créer des établissements de réinsertion scolaire, genre centres éducatifs fermés, me laisse sceptique.

Penchons-nous sur les Universités. C'est clair, les Républicains veulent la peau du bac, qui ne doit plus être qu'un simple diplôme de fin d'études du secondaire. Ce que je retiens de leurs propositions, c'est que les Républicains veulent laisser les Universités augmenter leurs droits d'inscription et effectuer une sélection. Je lis notamment que les Universités exigeraient la validation de pré-requis. Au moins, ça a le mérite d'être clair.

Je trouve une bonne chose l'idée d'un Open Data du supérieur qui permettrait aux étudiants d'examiner les taux de satisfaction des étudiants ainsi que l'insertion professionnelle des filières. Pour le reste, je trouve qu'il n'y a pas grand chose de neuf dans leur projet.

 Conclusion, pas mal, et nettement mieux que les idées d'Alain Juppé cet été, mais sans génie. J'espère que le MoDem fera nettement mieux, surtout après l'horrifiant programme des jeunes de l'UDI...

Commentaires

En ce qui concerne l'Université, je remarque que dans leur projet la distinction entre des universités de proximité et de "grandes" universités est sciemment avalisée. C'est tout sauf un thème secondaire. Le PS et LR ont chacun leurs démons, mais sont tous deux concernés par une appréciation naïve et maladroite de classements internationaux (et critiqués, puisque des spécialistes ont très bien montré les limites des classements les plus médiatisés) et par certaines croyances (cf. le mouvement de fusions d'universités) critiquables...

En ce qui concerne le bac, pour la voie générale, il faudrait en refaire le premier diplôme du supérieur. S'il y a des problèmes en début de licence, c'est parce que le bac n'est plus un repère. Entre l'année où j'ai passé le bac - 2007 - et aujourd'hui, le nombre de mentions au bac a sacrément progressé, et les mentions TB ont dû doubler en volume...
Je ne crois pas cependant qu'on puisse trouver un enseignant ou un enseignant-chercheur à la fac pour clamer que le niveau des L1 ou des L2 est supérieur à ce qu'il était à l'époque. C'est l'inverse que j'entends le plus souvent et que je constate lorsque je corrige mes copies d'étudiants, en lettres.

Autre problème : l'oubli de la diversité du monde universitaire et le peu de considération ou de prise en compte des SHS, des humanités, des arts (etc.). Il suffit de lire quelques rapports sur le doctorat pour se rendre compte que leurs auteurs ont en tête la situation dans les sciences dures et expérimentales, mais veulent appliquer leurs conclusions à tous, ce qui ne peut que poser problème. Quant au doctorat lui-même, il est triste de voir à quel point le diplôme universitaire par excellence est peu considéré en France.

J'ai une méfiance instinctive tant envers LR que le PS en ce qui concerne l'éducation : il suffit de regarder où nous en sommes !
Le Modem est à la bonne place pour proposer quelque chose d'humaniste, de pragmatique et d'efficace. Cela présuppose d'y travailler avec une diversité de personnes représentant bien toutes les branches...

Écrit par : Ascagne | mercredi, 13 avril 2016

@Ascagne,
J'ai toujours du mal à me faire un avis quand il s'agit du supérieur. Merci pour votre oeil avisé.

Écrit par : l'hérétique | mercredi, 13 avril 2016

Il ne faudra JAMAIS supprimer le bac, oui il coûte cher oui le niveau baisse mais c'est une mesure d'évaluation commune. Actuellement alors qu'ils ont passé le même bac avec le même sujet, un élève du 93 pour la même note est moins estimé qu'un élève du 92, alors même que c'est probablement un prof de Neuilly habitué à un haut niveau qui aura corrigé le premier et un prof de ZEP habitué à un bas niveau qui aura corrigé le deuxième. L'intégration du contrôle continu est une catastrophe car les dossiers des gamins du 93 sont jugés sur-notés au contraire d'un gamin du 92. C'est un mal pire que la légende urbaine que des gamins ratent leur bac parce qu'ils stressent trop sur quelques jours d'examens (mais pas capables d'avoir 8 pour aller au rattrapage si ils ont bossé sérieusement?).
La suppression du bac organisé au niveau étatique ou l'augmentation du contrôle continu reviendrait à détruire la confiance et l'implication des élèves des zep qui ont encore l'ambition de faire des études parce que leurs dossiers seraient encore plus mis à la poubelle. J'ai fréquenté un bon lycée privée et les dossiers d'amis à la Sorbonne ont été accepté avec des notes moyennes alors que des amis en zep avec de meilleures notes ont été refusé- les résultats au même bac ont pourtant confirmé le meilleur niveau des deuxièmes objectivement alors même que la commission de la Sorbonne a jugé le contraire sur la base de préjugés.

Écrit par : lyly | jeudi, 14 avril 2016

@lyly
J'ai les mêmes craintes que vous. On risque de voir une discrimination géographique s'établir, sauf si l'entrée dans les universités ne se fait pas par dossier mais par examen d'entrée.

Écrit par : l'hérétique | jeudi, 14 avril 2016

"les républicains s'inquiètent des difficultés des enfants en CP mais ils feraient bien de se préoccuper de ce qui se passe en maternelle"

oui oui

allons un peu plus loin, la prévention, y a que ça de vrai

allons AVANT la maternelle

au jardin d'enfant

et même AVANT le jardin d'enfant

à la maternité , puis encore avant , à la conception....voilà , la boucle est bouclée , tout est cohérent

Écrit par : kobus van cleef | vendredi, 15 avril 2016

@l'hérétique : Il faut dire que le supérieur est un sujet vraiment complexe étant donné le grand nombre d'institutions différentes en jeu et la quantité de problématiques diverses, avec des questions qui s'entrecroisent...

Je partage vos craintes, avec Lyly, en ce qui concerne le manque d'égalité, qui touche déjà le système et qui risque d'augmenter selon les choix opérés. Encore une fois, je me méfie des tendances prégnantes à droite comme à gauche sur ce point.
Je pense qu'on peut sauver le bac en le repensant et en le réaménageant. Le fait est qu'un examen anonyme national reste une bonne garantie pour la fin du secondaire et l'ouverture au supérieur, si tant est qu'il est bien national, ce qui revient à souligner la nécessité de l'égalité des consignes de correction.
En ce qui concerne la sélection à l'Université, le débat est différent selon le niveau considéré (L1, master). Que pensez-vous d'une année zéro, année de propédeutique, pour les étudiants ayant un niveau plus faible ? Au fond, c'est la question du fléchage des étudiants.
Le problème, pour le bac comme pour la licence, c'est qu'on inverse les choses. La volonté politique est d'avoir 50% de diplômés du supérieur, et tant pis si le diplôme a moins de valeur et de contenu qu'auparavant, si le diplômé se brise sur le monde du travail ou découvre des concours qui (encore pour un temps) auront conservé leur exigence. Cependant, ayez la curiosité d'aller lire des rapports de jury du CAPES - celui de lettres de la dernière session, par exemple : ce sera instructif... Je cite, par commodité, la p. 4 de la présentation du Président de ce jury, Bruno Blanckeman :

"On a aussi à l’esprit qu’un certain nombre de candidats, parmi ceux reçus en fin de classement lors d’une session où le nombre de postes offerts est très important, donc le recrutement large, peuvent être confrontés à des difficultés que leur seul sérieux ne leur permettra pas de régler. Un accompagnement, un suivi, un apprentissage étendus sur plusieurs années ne sont pas simplement utiles : ils sont nécessaires, pour le bien de tous"

Comme quoi, le langage diplomatique n'est pas réservé aux seuls diplomates...

Écrit par : Ascagne | dimanche, 17 avril 2016

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