lundi, 20 décembre 2010
Nicolas Sarkozy, Jacqueline de Romilly et les lettres anciennes
Ce n'est pas mon genre d'instrumentaliser un décès, surtout de quelqu'un pour qui j'avais beaucoup d'estime. Mais il ne faut pas non plus me chercher : Nicolas Sarkozy salue donc la mémoire de l'helléniste exceptionnelle que fut Jacqueline de Romilly. Il y a eu un communiqué de l'Élysée, je le cite :
les langues et les 'humanités' sont indispensables à l’être humain car elles lui permettent de penser, de peser avec discernement les termes et les idées, d’éviter le piège des dogmes qui conduisent au fanatisme". Jacqueline de Romilly, en s'éteignant, confie l’exigence de veiller au maintien d’un enseignement littéraire de qualité.
Devinez qui disait ceci en 2007 :
Vous avez le droit de faire de la littérature ancienne, mais le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d'argent pour créer des filières dans l'informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l'Etat doit se préoccuper d'abord de la réussite professionnelle des jeunes.
Il faut arrêter de prendre vos concitoyens pour des c..., Nicolas Sarkozy.
Je ne voudrais pas être en reste avec le Parti Socialiste qui a tout fait, quand il était au pouvoir, notamment avec sa courroie de transmission, la FCPE, et Claude Allègre, pour éradiquer le grec et le latin de l'enseignement. Alors voir les Socialistes se joindre aux hommages, ça fait ricaner.
Sans faire de politique, il n'y en a qu'un de crédible, dans ce panier de crabes, c'est Bayrou. C'est le seul qui affirmait dans son programme, en 2007, la nécessité de redonner au grec et au latin, disciplines d'excellence s'il en est, la place qui leur revenait. Également le seul, comme ministre, à avoir tenté de relancer ces disciplines par des mesures actives. Et le fait d'être un agrégé de lettres classiques n'y est pour rien ; Xavier Darcos en est un également, mais on ne peut pas dire que son passage à l'Éducation Nationale, tant comme secrétaire à l'époque de Ferry que comme Ministre aient marqué une renaissance des lettres et des humanités.
Il ne s'agit pas d'être partisan, et je ne dis pas ce que j'écris par militantisme, mais parce qu'il y' a des limites au cynisme, et que cela fait aussi du bien de rétablir la vérité...
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| Tags : humanités, romilly, ps, sarkozy, latin, grec |
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jeudi, 26 novembre 2009
Sans le latin, sans le latin, l'école nous emmerde...
La chanson de Brassens, sans le latin, sans le latin, la messe nous emmerde, m'a toujours fait rigoler. J'ai fait à ce sujet une trouvaille improbable sur la Toile :un blog d'un sociologue dont l'objet d'étude est le latin, et ce, dès la première année de d'étude de cette langue. On y trouve des choses surprenantes : le latin, envers et contre les apparences, vit ses plus belles heures actuelles en France, puisqu'il n'y a jamais eu autant de latinistes en France !
Cette langue est finalement assez emblématique de l'idée que nous nous faisons de l'école et de notre rapport à l'excellence. Elle symbolise la science, le savoir, l'érudition et la rigueur. On n'y peut rien, c 'est quasiment inscrit dans nos gènes, à nous autres, pays latins.
D'une certaine manière, le latin incarne l'ancienne France, celle tu terroir, de la tradition, engagée dans une lutte sans merci avec le modernisme frénétique (et non la modernité). Ce n'est guère étonnant qu'un Descoings, par exemple, veuille la mort de cette discipline.
Si la gauche réformiste a globalement su revenir des errements planistes et étatistes qui caractérisaient toute la gauche dans les années 70 et 80 dans le domaine économique, elle n'a en revanche jamais renié ses fondamentaux dans le domaine éducatif : en particulier, c'est encore et toujours Bourdieu et les thèses constructivistes qui sous-tendent une large partie de sa démarche. Ce constructivisme-là a essaimé puisqu'il a aussi contaminé une large part de la droite libérale en se recombinant (comme le font parfois les virus d'un règne animal à un autre) avec son utilitarisme traditionnel.
La gauche réformiste assure vouloir stériliser les élites en empêchant leur reproduction. Il lui est donc logique d'éradiquer les héritages. La droite moderne ne fait pas fondentalement un calcul différent : elle rêve d'hommes neufs ou assimilables pour éjecter définitivement la vieille droite, attachée à la tradition : elle a donc trouvé dans le constructivisme un allié objectif.
Tout cela n'est que poudre aux yeux, bien évidemment : la droite moderniste avance sans fard, ou presque, tandis que la gauche réformiste s'accomode très bien des écarts de condition sociale. En revanche, en coupant à la source les voies de l'excellence, il est à peu près assuré que ce seront désormais les passe-droit qui permettront à une nouvelle élite très select et jet-setisée de conserver ad vitam aeternam les clefs de l'ascenseur social.
Dans son Tiers-État, dans son Projet d'Espoir et dans son Abus de pouvoir plus encore, il me semble que Bayrou a vu une large part de ces aspects. La panne de l'ascenseur social n'est pas une vaine incantation, à ses yeux, mais une préoccupation bien réelle. A rebours des modernistes et réformistes, le fond de sa pensée, c'est que pour monter dans l'ascenseur social, il est nécessaire de s'approprier les héritages. Nos héritages. Et c'est bien pour cela qu'il souhaite préserver partout, de manière égale et équitable les voies de l'excellence sur tout le territoire français. Le même souci se fait jour dans le livre de Jean Lassalle, la Parole donnée, où il évoque avec nostalgie le temps où jusque dans le village le plus reculé de sa vallée, on pouvait faire ses humanités.
In fine, toute la culture issue des héritages (et aux premières loges, le latin, la musique classique, le patrimoine, l'art et le théâtre classiques) par exemple) est victime d'un vaste mouvement de tenailles qui lui laisse bien peu de chances de survie. Sa subsistance se fait, d'ailleurs, non au nom de la tradition, mais en vertu de la diversité, dans laquelle on case à peu près tout et n'importe quoi.
Et pourtant, tous ces fichus cabotins, ils ne savent pas ce qu'ils perdent !
13:10 Publié dans Insolite | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : latin, culture, héritage, constructivisme, lassalle, réformiste, moderniste, droite, gauche, bayrou |
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lundi, 06 juillet 2009
A propos de l'orthographe
Mathieu a soufflé très fort dans son nouvel appeau, et, de ce fait, je rapplique ventre à terre. Il se propose, sur son blog, de disserter de l'utilité de l'orthographe. Particulièrement, il expose l'une de ces théories très en vogue chez les gauchistes (mais pas seulement) qui veut que l'orthographe soit la science des imbéciles, des individus sans génie juste bons à devenir des exécutants de second ordre.
Pour appuyer ses dires, Manuel ramène l'orthographe française à un ensemble de règles ennuyeuses qu'il faut apprendre par coeur. La chose n'est pas si simple : en réalité, l'orthographe rend compte d'une part de l'évolution d'une langue, d'autre part de la manière de penser de ceux qui la pratiquent. On dit les Français sophistiqués parce que leur langue les prépare aux tours et aux détours les plus retors : en effet, pas un pluriel qui ne suive une règle commune sans connaître une ou plusieurs exceptions. Fatalement, quand on a passé son enfance à chercher la règle qui s'appliquait (et encore, quand il y en avait une) aux accords, on a bénéficié du caractère formateur de sa propre langue natale pour entrer dans la complexité de la vie. L'orthographe française est une première entrée dans cette complexité : la découverte que les questions simples n'ont pas nécessairement de réponses simples.
C'est que les mots ne sont pas seulement des états ; ils ont aussi une histoire, et ils n'ont pas toujours été ce qu'ils sont aujourd'hui. La phonétique et la morphologie sont deux disciplines qui rendent compte de leur histoire, mais elles ne suffisent pas à les circonscrire puisque le champ lexical de chaque mot se décline dans le temps également.
Je me dis souvent que si les espèces d'ânes qui nous ont précédé aux premiers temps de la Gaule romaine avaient appris correctement leur orthographe latine ( et elle était simple, pourtant : peu d'exceptions, toutes les lettres se prononçaient !!!), nous n'en serions pas aujourd'hui à suer sang et eau sur des orthographes aussi étranges qu'absconses. On a déjà du mal à retrouver la logique qui conduit le mot latin à son avatar français, mais s'il faut un jour retrouver la source du globish mâtiné de SMS en style texto, on n'a pas fini de s'arracher les cheveux de désespoir.
Peut-être, finalement, pour simplifier l'orthographe, conviendrait-il de s'exprimer par grognements avec des tonalités selon le besoin vital exprimé. Nous aurions là un gain de temps précieux qui permettrait ainsi à nos chères têtes blondes (ou non) de consacrer leurs fragiles petits neurones à d'autres tâches plus nobles...Qu'en pense Mathieu ?
13:46 Publié dans Insolite | Lien permanent | Commentaires (36) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : orthographe, langue, latin, globish, sms |
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mercredi, 25 mars 2009
Étude du grec et du latin, délire gouvernemental
Tiens, le Mamouth vient de dépasser Ubu haut la main dans le délire. Tenez-vous bien amis lecteurs, car je tiens l'information de première main, c'est donc un scoop.
Il y avait en France, l'année passée, un total de 546 054 élèves qui étudiaient le grec et le latin en France, faisant, ce que beaucoup de Français ignorent, du latin la seconde langue la plus étudiée après l'anglais. Eh bien d'après le Ministère de l'Éducation Nationale, il n'y en aurait plus que 149 467 cette année pour un total de 6880 établissements scolaires.
Alors on va rigoler : cela ferait 21 élèves en moyenne par établissement. Le Ministère de l'Éducation Nationale se f... de la g... de qui, là ? Même dans le plus faible des plus faibles établissements de ZEP ( Zone d'éducation prioritaire) il y en a plus.
Si je suis bon, je vais me dire qu'il faut accroître le recrutement des profs de maths pour faire de la formation continue en central, dans l'administration, et leur apprendre à compter... Parce que la plupart des collèges moyens que je connais ont en règle générale pas loin d'une cinquantaine à une centaine d'élèves en moyenne, en grec et en latin. Mais si je suis moins bon, je vais penser que c'est une intox pour supprimer des postes : et là, je vais me dire qu'ils sont carrément demeurés en central, parce qu'elle est un peu grosse l'intox et qu'il ne faut pas prendre les profs (notamment ceux de grec et de latin) et leurs élèves pour des ânes.
Y'a une troisième hypothèse, mais faut lancer un avis de recherche et préparer les pelleteuses pour trouver les charniers : 550 000 - 150 000 = 400 000. Donc, il y a eu 450 000 disparitions ou morts violentes en France. Point commun : tous des gamins qui étudiaient le latin et/ou le grec. Sacré Sérial-killer, celui qui les a liquidés.
Quand on pense que l'actuel ministre, Darcos,est censé être un agrégé de lettres classiques, on se dit qu'ils ne sont, finalement, jamais mieux trahis que par les leurs, ces pauvres profs de grec et de latin.
Tiens, exceptionnellement, j'ai joint le fichier :
latin grec.effectifs 2008.2009.xls
Le comble, c'est qu'ils ont fait un décompte académie par académie en plus...
23:25 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : grec, latin, gouvernement, darcos |
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vendredi, 05 décembre 2008
Sans le latin, sans le latin, la messe nous emm...
Tiens, un coup d'oeil sur CoZop, ce matin, et que vois-je en chapitre culture, un billet sur le latin de mario.g. Comme il se référait à un article du Figaro, je suis allé voir l'écrit originel. J'y ai trouvé un commentaire excellent de Gérard Oberlé, l'auteur d'Itinéraires spriritueux qui m'a bien fait rigoler. Je le copie ici :
« Dans ma jeunesse, après des années de latin et de grec chez les révérends pères, je fus un temps professeur de latin. Ça n'a pas duré, mais c'est après mon départ de l'enseignement seulement que j'ai compris à quel point mes études classiques me seraient précieuses. On ne voit pas le monde de la même façon quand on a lu Ovide, Horace et Cicéron. Mon petit bagage humaniste m'a bien plus servi, dans ma vie professionnelle, amoureuse, sociale et asociale, que mes diplômes. Un Européen qui n'a pas étudié les auteurs anciens est un inculte. Voilà une raison suffisante pour étudier le latin. Mais j'en connais une beaucoup plus valable : le plaisir, le plaisir de l'étude et de la fréquentation de MM. Tityre, Énée, des héros et des dieux. Et aussi le plaisir de toiser ceux qui ne connaissent que des langues vulgaires, prétendues vivantes. »
Plutôt pas mal. Et puis manifestement, l'étude de cette langue (et/ou du grec) favorise la réussite scolaire. L'article évoque aussi un universitaire allemand, Wilfried Stroh, qui a décidé d'animer une émission TV entièrement en latin. Bon, pourquoi pas. J'aime bien , en tout cas, l'image qu'il utilise pour définir le latin : une langue pleine de sortilèges. Voilà qui n'est pas pour déplaire à un hérétique qualifié :-) .
Le croiez-vous ? Il y a 30 000 latinophones, rien que cela, de par le vaste monde. Et encore, ne sont sans doute pas comptés ceux qui ne disent rien mais pensent en latin :-) Il faudra que j'en parle à un bon copain à moi (mon assistant de rédaction favori) pour lui demander son avis...
11:09 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : latin, europe, langue |
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lundi, 20 octobre 2008
Culture de l'Europe ou Europe des cultures ?
Je viens de lire une analyse passionnante et très puissante de Charles Coutel, doyen de la faculté de droit Alexis de Tocqueville de Douai : l'objet de son écrit, intitulé "Y-a-t-il une culture européenne" est d'interroger le rapport de l'Europe à sa culture. Outre de nombreuses réflexions très intéressantes sur l'intégration d'autres cultures au sein d'une culture européenne, Charles Coutel pose une hypothèse très forte : il n'y a pas de culture européenne, mais il y a une européanisation des cultures.
J'aime beaucoup sa démarche : il observe que l'appauvrissement de l'idée de culture génère une occultation de la complexité que recouvre l'idée d'Europe. Ainsi, il remarque que l'on parle plus volontiers d'environnement socio-culturel que de nécessité de se cultiver, par exemple.
Il dénonce le règne du bon sentiment et des poncifs de toutes sortes, à commencer par le fameux droit à la différence dont l'effet pervers le plus notable est de margninaliser une approche universaliste et humaniste de la culture : dans cette dernière optique, la culture permet une expérience très riche de proximité avec la culture de l'autre qui est pourtant différente.
En somme, le lieu commun de la diversité des cultures empêche les cultures diverses de ses définir un lieu commun pour parler de leur altérité et leur identité...
Or, la construction de chaque langue montre justement qu'un culture, dont elle est le reflet, peut accueillir en son sein l'altérité : l'anglais, le français, par exemple, sont emplis de mots issus de cultures et de langues étrangères. Cet accueil de l'autre n'est pas une négation de soi, mais plutôt une forme d'hospitalité (j'aime beaucoup ce terme, employé par Charles Coutel).
Cette réflexion est essentielle pour se représenter le ferment d'une culture européenne commune : cette communauté intègre un subtil processus d'imitation, de même que les Romains se définissaient comme les héritiers des Grecs et intégraient chaque nouvelle culture des peuples conquis.
Il convient donc de définir une hospitalité réciproque entre les cultures européennes afin de semer le germe non d'une culture européenne, mais bien d'une européanisation des cultures. Cette hospitalité a vocation à intégrer l'aspiration à l'universalité de chaque culture européenne, parce que cette aspiration est la maison commune de toutes ces cultures.
Je n'ai pas exactement repris l'analyse de Charles Coutel, mais m'en suis librement et largement inspiré pour construire ma propre réflexion sur le sujet. Je voudrais ajouter, toutefois, que la culture gréco-latine est un exemple d'européanisation (et même plus largement) de plusieurs cultures avant la lettre. Elle a donc vocation à nous servir de référence, et à constituer, à cet égard, la fondation de notre maison commune européenne.
23:34 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : culture, europe, grec, latin, charles coutel |
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