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samedi, 24 décembre 2011

L'injustice faite à Quintus

Tout récemment, je faisais savoir que j'avais été l'heureux destinataire d'une tablette, chose utile au possible pour emporter une petite bibliothèque avec soi en toutes circonstances. Toutefois, les ebooks, ce n'est pas gagné : le choix est bien trop restreint à l'heure actuelle. On trouve évidemment quelques classiques, mais le compte n'y est pas. Pour moi qui suis pétri d'humanités grecques, je construis mes ebooks à partir de deux grandes sources d'ouvrages : le site de Philippe Remacle et Méditerranées . Ce ne sont évidemment pas les seuls, on trouve des trésors à la Bibliotheca Selecta Classica ou encore chez Nimispauci.

Bref, comme je déteste lire des livres sur un ordinateur, même portables, je n'avais jamais eu l'occasion de lire autrement qu'en diagonale les Post Homerica de Quintus de Smyrne. C'est un poète grec qui aurait vécu vers le IIIème ou IVème siècle après Jésus Christ. Il a eu l'excellente idée d'écrire une suite à l'Iliade d'Homère. Quand je pense que jeune, je l'ai tant cherchée, cette suite. Mais comme je n'en connaissais pas l'existence, c'est à travers les tragédies de Sophocle, d'Euripide et d'Eschyle que j'ai pris connaissance du devenir des héros qui m'avaient fait rêver. Beaucoup plus tard, j'ai découvert les hymnes homériques puis Apollonios de Rhodes, mais j'ai toujours trouvé assez peu substantiels ces deux derniers écrits. Je connaissais toutefois la chute de Troie par l'Énéïde que j'ai découvert deux-trois ans après l'Iliade.

J'ai trouvé sur Quintus de Smyrne des jugements très sévères. Pour ma part, j'ai lu presque d'une traite sa Suite de l'Iliade et j'y ai retrouvé les héros et l'atmosphère de l'Iliade tels que je les avais connus dans ma première jeunesse. On lui reproche de faire une copie conforme de ce qu'Homère a déjà écrit et de n'apporter aucune originalité particulière à son récit. Il y a pourtant des évolutions significatives : Quintus rompt, par exemple, avec la tradition qui veut qu'Achille ait été tué par Pâris. Dans son récit, c'est Apollon qui intervient directement. C'est assez étonnant. Aucun immortel n'agit à ce point directement dans l'Iliade pour tuer un héros. Certes, Apollon frappe le dos de Patrocle, certes, Athéna se saisait de la lance d'Achille pour la lui rapporter, mais il n'y a pas d'attaques directes.

On a retenu les noms d'Hector et d'Achille, mais l'Iliade avait déjà montré qu'Ajax (le fils de Télamon) était sans doute plus puissant qu'Hector, lui aussi. Quintus montre nettement la complicité qui unit Achille et Ajax, notamment dans le premier livre qui relate la geste de Penthélisée, une amazone fille du dieu Arès. C'est quelque chose qui n'était pas apparu à ce point dans l'Iliade. Il faut dire que la jeune femme ne manque pas de courage (de témérité ?) puisqu'elle attaque simultanément Ajax et Achille au corps à corps. Lorsqu'elle meurt et qu'Achille lui enlève son casque, il réalise alors qu'il serait tombé amoureux d'elle s'il l'avait vue autrement qu'en tenue de combat. L'armée grecque, à commencer par les Atrides, est elle-même émue par la beauté de la jeune fille au point de proposer aux Troyens de leur rendre le corps sans négociations ni rançon. La colère d'Arès est terrible, et il faut toutes les objurgations des dieux pour le dissuader de venger sa fille. J'observe à ce sujet qu'il paraît bien moins ridicule que dans l'Iliade : il envisage de tuer Achille, au risque d'être foudroyé par Zeus, mais finalement, ce qui le retient ce n'est pas la crainte du dieu de la foudre, mais le souvenir que Zeus aussi a perdu un grand nombre d'enfants. Une manifestation d'empathie et une certaine forme de sagesse dont il aurait été bien incapable chez Homère.

La geste de Memnon met en scène un héros troyen d'une puissance presque similaire à celle d'Achille : le combat entre Hector et Achille avait été bref dans l'Iliade. Il en va tout autrement de celui qui oppose Memnon, le fils de l'Aurore à Achille. Il dure toute la journée, est très incertain, et les deux héros se blessent. Véritablement, la fin d'Achille eût été plausible à considérer la puissance de son adversaire. Les deux portent d'ailleurs des armures forgées par Héphaïstos que nul autre ne pourrait revêtir.

Il est vrai que le récit se déroule selon un ordonnancement qui fait largement penser à celui de l'Iliade. Il n'y a pas de nouveautés autres que celles que j'ai signalées. On peut toutefois relever que Quintus en rajoute dans la métaphore, tout le règne animal y passe ou presque. Je ne m'attendais pas à voir des guerriers qui suivent un chef au combat  comparés à une colonne d'oies, mais manifestement cela a semblé pertinent à Quintus, puisque c'est ainsi qu'il décrit les Troyens à l'arrivée d'un nouveau défenseur en la personne d' Eurypyle le fils de Télèphe (donc petit-fils d'Héraklès)  :-) 

Ainsi, quand des oies enfermées dans une cage voient venir l'homme qui leur donne la pâtée, elles se réjouissent, et il aime aussi à les voir ; ainsi les fils de Troie se réjouissaient en voyant le vaillant Eurypyle

De toutes façons, dans l'Antiquité, une épopée n'a pas pour but d'être créative, elle doit se montrer au contraire souvent répétitive. Ensuite, Quintus voulait écrire une suite à l'Iliade : je ne sais pas ce que cela donne en grec ancien (le grec homérique est un peu particulier, alors j'ai du mal à imaginer un grec vivant 1100 ans après répliquant les formes nominales ou verbales d'Homère), mais en français, on n'y voit que du feu ou presque.

En somme, voilà mon conseil : récupérez les pages internet du livre, ou alors farfouillez dans des bibliothèques spécialisées à la recherche d'une édition/traduction de l'oeuvre, mais dans tous les cas de figure, lecture recommandée, a fortiori si vous avez lu l'Iliade. 


lundi, 31 août 2009

Le Nouveau Centre, centriste ? Moooouuuuâââââaârrfff !

Je n'ose même pas publier dans la catégorie "Politique" ce billet. J'ai choisi "insolite". Ben oui, le Nouveau Centre se prétend centriste et rêve de s'appeler UDF. A mourir de rire. Bientôt, le nom du Nouveau Centre, ce sera UMP bis.

Mais bon, on est bon principe au MoDem. Marielle de Sarnez a précisé hier dans le Parisien que les primaires de la gauche ne concernaient pas le Centre ; donc pas le MoDem. Mais, si vraiment le Nouveau Centre se sent la fibre centriste, on veut bien faire des primaires avec eux et avec l'Alliance centriste. Évidemment, les partis perdants appellent à soutenir le candidat du parti gagnant, cela va de soi...

C'est assez comique de voir le Figaro titrer régulièrement sur l'idée qu'une confédération centriste fait son chemin. Son chemin dans l'esprit de Morin et sa bande, certainement, mais pas dans celui des électeurs...

La différence entre le MoDem et le Nouveau Centre, c'est surtout la différence entre les actes et la parole. Hervé Morin déclarait : «Les électeurs centristes qui votent encore Modem auront été heureux d’apprendre qu’ils ont plus de choses en commun avec Robert Hue, Jean-Luc Mélenchon et José Bové, qu’ils n’ont de choses qui les opposent»

Ah ? Les mêmes électeurs ne seront sans doute pas plus contents d'apprendre qu'ils ont suffisamment en commun avec le MPF pour faire une alliance de gouvernement. Et la différence, c'est que Marielle n'a fait que discuter avec Hue, qui est en rupture de ban avec son parti, alors que le Nouveau Centre a accueilli à bras ouverts l'eurosceptique et ultra-réactionnaire MPF.

Le Nouveau Centre a tout raté depuis sa création. Il aurait pu se tourner intelligemment vers la droite en ne rompant pas les ponts avec Bayrou et en demeurant critique. Nul doute qu'il eût alors eu bien plus de poids, y compris aux yeux de l'UMP et de Nicolas Sarkozy. Au lieu de cela, comme le chévrier  Mélanthios avec les prétendants de Pénéloppe dans l'Odyssée, ses chefs ont préféré tirer à boulets rouges sur Bayrou pour complaire à leur nouveau maître.

Ce n'est pas pour paraître violent, mais voilà comment Mélanthios le faux-jeton, qui encore sur le seuil du Palais d'Ithaque fournissait des armes aux prétendants d'Ulysse, a fini (la traduction est de Leconte de Lisle et cela se passe à la fin du chant XII de l'Odyssée d'Homère) :

Puis, ils emmenèrent Mélanthios, par le portique, dans la cour. Et, là, ils lui coupèrent, avec l'airain, les narines et les oreilles, et ils lui arrachèrent les parties viriles, qu'ils jetèrent à manger toutes sanglantes aux chiens ; et, avec la même fureur, ils lui coupèrent les pieds et les mains, et, leur tâche étant accomplie, ils rentrèrent dans la demeure d'Odysseus.

Sans vouloir être grossier, on ne pourra même plus leur couper les c.....es vu qu'ils n'en ont plus depuis un moment, au Nouveau Centre...(oups, c'était plus fort que moi, c'était ma minute de vulgarité absolue)...

dimanche, 09 mars 2008

Le combat des rats et des belettes

J'ai bien aimé la fable de La fontaine qui suit, et je vous laisse en tirer les conclusions et réflexions que vous voulez, en ce beau jour de municipales :-)

 

LE COMBAT DES RATS ET DES BELETTES 

La nation des belettes,
Non plus que celle des chats,
Ne veut aucun bien aux rats ;
Et sans les portes étrètes
De leurs habitations,
L'animal à longue échine
En ferait, je m'imagine,
De grandes destructions.
Or une certaine année
Qu'il en était à foison,
Leur roi, nommé Ratapon,
Mit en campagne une armée.
Les belettes, de leur part,
Déployèrent l'étendard.

Si l'on croit la renommée,
La victoire balança:
Plus d'un guéret (1) s'engraissa
Du sang de plus d'une bande.
Mais la perte la plus grande
Tomba presque en tous endroits
Sur le peuple souriquois.
Sa déroute fut entière,
Quoi que pût faire Artapax,
Psicarpax, Méridarpax,
Qui, tout couverts de poussière,
Soutinrent assez longtemps
Les efforts des combattants.
Leur résistance fut vaine ;
Il fallut céder au sort :
Chacun s'enfuit au plus fort,
Tant soldat que capitaine.
Les princes périrent tous.
La racaille, dans des trous
Trouvant sa retraite prête,
Se sauva sans grand travail ;
Mais les seigneurs sur leur tête
Ayant chacun un plumail (3),
Des cornes ou des aigrettes,
Soit comme marques d'honneur,
Soit afin que les belettes
En conçussent plus de peur,
Cela causa leur malheur.
Trou, ni fente, ni crevasse
Ne fut large assez pour eux ;
Au lieu que la populace
Entrait dans les moindres creux.
La principale jonchée
Fut donc des principaux rats.

Une tête empanachée
N'est pas petit embarras.

Le trop superbe équipage
Peut souvent en un passage
Causer du retardement.
Les petits, en toute affaire,
Esquivent fort aisément:
Les grands ne le peuvent faire
.

Ah, un petit détail, La fontaine s'est largement inspiré...d'Homère pour écrire cette sympathique petite fable : la Batrachomyomachie .

lundi, 26 novembre 2007

Réponse à Jean-Marie Cavada

Cher Jean-Marie Cavada,

 

C'est avec beaucoup de tristesse que j'ai appris votre ralliement à la liste UMP à Paris. Je regrette profondément que vous choisissiez de vous présenter sur la liste d'un mouvement politique dont nous récusons, au MoDem, le programme politique, tout du moins, en l'état.

Il est vrai que plusieurs démocrates parisiens demandaient des primaires, mais justement, Mairelle de Sarnez a décidé de mettre en place un comité d'investiture dont le spectre politique (au sein du MoDem) est assez large.

Croyez-bien que si l'on demande leur avis aux adhérents parisiens, vous pouvez être certains qu'ils ne seront pas d'accord avec vous : pas d'accord pour rejoindre une liste UMP sans même avoir essayé de savoir ce que nous valons, car c'est cela qui nous donne notre force.

Aussi, nous ferons bloc autour de Marielle de Sarnez à Paris, pour soutenir l'émergence d'un MoDem fort à Paris.

En dépit de nos divergences, vous n'êtes pas notre ennemi, et, à devoir choisir, si vous êtes présent au second tour contre une liste autre que MoDem, je vous préfère à n'importe quel socialiste parisien (quand je dis vous, c'est vous, Jean-Marie Cavada, pas vos co-listiers !).

Vous n'êtes pas notre ennemi, et je condamne fermement ceux qui vous accusent d'aller à la soupe, car si tel était votre désir, vous auriez pu avoir une large part de la marmite depuis longtemps.

Cela dit, vous n'en portez pas moins un large tort au MoDem, en donnant un très mauvais exemple aux cadres de notre mouvement. Je ne souhaite pas votre exclusion, et si vous êtes élu, je continuerai à vous considérer comme un élu MoDem, mais vous, vous expérimenterez que ce sera à l'UMP que vous devrez votre élection, et à quel point cela pèsera sur votre liberté de parole. 

Vous savez, il y a un rhéteur grec fameux dans l'Antiquité, du nom de Libanios, qui a vécu au 4ème siècle après Jésus Christ. Et ce rhéteur, qui était aussi avocat, avait mis au point toute une série d'exercices pour ses élèves fain de leur apprendre à argumenter.

Pour la beauté de l'art, il a choisi, dans un discours de démonstration, de prendre la défense d'un avorton dont il n'est question que 61 lignes dans l'Iliade d'Homère : il s'agit d'un être contrefait et boîteux du nom de Thersite, qui vocifère contre les principaux chefs grecs, Agamemnon, Achille et Ulysse.

Sa présence dans l'histoire se finit par quelques glapissemens et pleurs après avoir pris quelques solides coups de bâton d'Ulysse.

Mais le génial Libanios au eu une idée de génie : il a renversé les apparences en montrant comment Thersite, en choisissant d'attaquer de front Agamemnon , le roi des rois, qui s'arrogeait une large part du butin (le paquet fiscal de l'époque ?)  , et de tenir tête à Achille (le meilleur guerrier) et Ulysse (le plus astucieux) avait en réalité fait preuve d'un grand courage et avait usé de ce que les Grecs appelaient la παρρήσια  que l'on traduit par liberté de parler.

Eh bien voilà, nous sommes sans doute tous des Thersite, au MoDem, nous sommes petits, boîteux, laids et contrefaits, mais il y a une chose à laquelle nous ne renoncerons jamais, c'est notre liberté de parler, notre parrhésia. Et vous, en choisissant de vous présenter sur la liste de l'UMP, vous l'avez largement hypothéquée

NDLR : la traduction de l'Eloge de Thersite  disponible sur le site du Portique.