dimanche, 20 février 2011
L'écriture de Justine
Je crois que je n'en ai pas fini de commenter les deux livres de Justine Lévy, Rien de grave et Mauvaise fille. J'ai écrit dans ma note précédente sur Mauvaise fille que je trouvais l'écriture de Justine hachée. J'y ai bien réfléchi. En fait, quand j'ai tourné les premières pages de Rien de grave, j'ai eu la sensation bizarre de tomber sur une sorte de Petit Nicolas tragique et féminin.
L'écriture de Justine Lévy réplique l'expression d'un enfant ou d'une adolescente. Je me suis demandé pourquoi, me doutant qu'une jeune femme aussi talentueuse ne pouvait avoir que fait sciemment ce choix d'écriture, et finalement, je crois avoir trouvé la réponse. Elle est à mi-chemin, j'en ai la sensation, des sentiments qui agitent Justine et de sa création littéraire propre.
Dans ses deux récits autobiographiques, Justine apparaît toujours comme une jeune fille qui peine à prendre des décisions, et surtout, qui ne se vit pas comme une adulte libérée de ses parents. Je ne dirais pas qu'ils l'ont enchaînée d'une manière ou d'une autre, cela je ne peux le savoir, mais elle, à l'évidence, a bien du mal à voler de ses propres ailes ; non pas matériellement ou physiquement, mais psychiquement. Ses parents, son papa, sa maman, demeurent les références absolues de son logiciel.
Du coup, je ne comprends son écriture que par le refus (ou la difficulté, du moins) à assumer un développement psychique et psychologique pleinement adulte. Or, franchir le seuil qui sépare définitivement l'enfant du parent (sans pour autant que les liens soient brisés) devient une nécessité avec la maternité. Il est difficile de se positionner comme mère (ou comme père) quand on est encore par trop l'enfant de ses parents. D'ailleurs, c'est quasiment ce qu'écrit Justine à la dernière page de son roman à propos de sa mère : il fallait qu'elle meure pour me laisser être mère à mon tour.
J'ai relu la fin de Mauvaise fille ; ce n'est pas encore une certitude, mais j'ai eu l'impression d'une évolution du style. Une ponctuation plus correcte, des négations entières, moins de ruptures de construction et d'ellipses, tout ce qui contribue à générer une atmosphère stressante, tout au long des deux ouvrages, avec ces phrases qui se succèdent et se bousculent, les unes à la suite des autres, sans laisser au lecteur le temps de physiquement respirer.
J'avoue attendre avec la plus grande impatience le prochain livre de Justine Lévy. J'espère qu'elle continuera à relater sa passionnante et riche existence. Peu de livres m'ont marqué autant que les deux siens.
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mardi, 15 février 2011
Enfance malheureuse, Henriette plus crédible que Félix...
Décidément, je ne comprends pas (ou plutôt, si je comprends ! ) pourquoi il l'a si longtemps jugé mièvre, le Lys dans la vallée, l'Didier. Il est passionnant, cet ouvrage ; je l'ai lu trop jeune, je n'avais plus tout son contenu en tête. Je fais bien d'en refaire la lecture complète. J'avais évoqué l'enfance malheureuse de Félix dont le témoignage ne m'avait guère convaincu. Il en va tout autrement de celui d'Henriette (Madame de Morsauf). Voilà une jeune femme à laquelle on a appris très tôt à ne pas laisser percer d'enthousiasme, sans doute parce que c'était jugé inconvenant. Non, il fallait qu'elle montrât la réserve naturelle qu'on attendait alors d'une jeune fille noble. Bonheur interdit. Toute sa conduite, par la suite, découle de ce postulat profondément intériorisé ; et de avec d'autant plus de force que ses frères étaient morts et qu'on lui avait bien fait comprendre, dans sa famille, qu'on eût préféré que ce fût elle plutôt que les fils. En dépit de son égocentrisme, je l'ai mis en évidence la fois précédente, Félix réalise que sa solitude avait été comme un paradis comparée au contact de la meule sous laquelle son âme fut sans cesse meurtrie. En cette circonstance, il faut reconnaître à Félix un sens édifiant de la métaphore. Le père de Félix était déjà absent, celui d'Henriette n'est pas même nommé. L'un comme l'autre ont souffert de leur rapport avec leur mère (mais aussi de l'absence de rapport avec leur père, même si ni l'un ni l'autre ne l'énonce) et en ont tiré des enseignements relativement similaires : ils ont reporté et l'un et l'autre et l'amour qu'ils auraient voulu recevoir, et celui qu'ils auraient voulu donner. Ce qu'il y a, c'est qu'ils sont à deux étapes différentes de l'existence : Félix est au sortir de l'adolescence, Henriettte est déjà une femme, mère de deux enfants. Félix n'a pas achevé sa mutation quand Henriette est une femme au faîte de son individualité.
Il me faudrait toucher un mot du comte de Morsauf : acariâtre et maladif vieillard, de l'espèce des paranoïaques, capables de mouvements de coeur subits, mais sur le fond, totalement auto-centrés.
Le drame d'Henriette, c'est d'être renvoyé constamment à sa condition de mère ; elle le fait valoir à Félix : elle n'a pas deux enfants, mais trois. Contrainte d'assumer constamment des responsabilités écrasantes avec des moyens limités, et ce jusque dans la gestion quotidienne de leurs maigres biens. L'irresponsable vieillard lui ramène parfois un cadeau de Paris mais ne songe pas à lui donner le nécessaire pour assurer la bonne marche de la maison, contraignant cette dernière à lui exprimer des demandes humiliantes. Henriette l'excuse en assurant que le vieil homme n'y songe pas. Moi, je crois au contraire que ce genre d'individus, qui se plaisent à manifester leur volonté de puissance, utilisent le levier financier comme un instrument de leur puissance afin de mieux assurer leur pouvoir d'humilier.
Balzac m'étonne : il est capable d'une imagination d'une finesse extrême, sans doute de qualités d'observation de la même teneur (ses portraits sont trop réalistes, il ne peut les avoir inventés à 100%) ; s'il comprend tout cela, comment peut-il parfois exprimer des fatuités étonnantes sur les femmes et leur fonctionnement ? Est-ce que finalement, la description qu'il rend des hommes de son temps paraissait normale à la société de son temps ? Est-ce que sa description est si précise qu'elle franchit les frontières du temps en nous permettant nos propres jugements, comme si, finalement, chaque portrait ne sous-tendait rien d'autre que ce qu'il apporte avec lui ?
J'avoue ma perplexité. J'entre dans la Comédie humaine avec le regard neuf du lecteur novice. IL me faudra croiser bien des personnages de cette fiction pour que je n'ébauche ne serait-ce qu'une impression ferme (j'assume l'oxymore).
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jeudi, 10 février 2011
Le Lys dans la vallée et les résiliences de Félix
L'Didier m'a inspiré : moi aussi je me suis mis à relire le Lys dans la vallée d'Honoré de Balzac. Contrairement à lui, je n'ai jamais trouvé l'ouvrage mièvre, à l'époque où j'étudais le roman par lettres. L'inconvénient, dirais-je, c'est surtout d'avoir lu ce livre trop jeune. Je viens juste de parcourir les premières pages. Félix de Vandenesse y déroule une existence malheureuse, ignoré et méprisé tant de sa famille que de ses semblables. Balzac se pique de vraisemblance, mais, à vrai dire, je me suis interrogé : Félix se perçoit comme un être aimant, désespérant de trouver de l'affection. Il se refuse à la flagornerie auprès des "puissants" quand il manque de ressources. La question que je me pose est la suivante : comment avec des parents durs sinon absents peut-il avoir développé des valeurs humaines fortes et l'amour de son prochain. Les premières lignes de la lettre à Blanche de Morsauf sont une longue litanie de plaintes. J'ai cru que j'avais ouvert par erreur les Confessions ou les Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau. Je me suis d'ailleurs demandé si Félix avait vraiment souffert dans on enfance ou si le malheureux avait développé au fil du temps une paranoïa singulière, tant le monde entier semble le rejeter, à l'en croire. Sa mère est une folcoche en puissance, pas très loin de la mère d'un Poil de carotte, et le père finalement, de ces pères absents et lâches qui cèdent à des femmes hystériques par ennui ou par faiblesse. En effet, le jour où Félix fait une dette de cent francs, le père est d'avis de faire preuve d'indulgence quand la mère y voit le plus sûr chemin vers le vice (ce en quoi elle n'a pas forcément tort, au demeurant...).
Aimer s'apprend. Pas par un apprentissage scolaire mais tout simplement par imprégnation. Comment ce garçon peut-il avoir appris à aimer s'il n'a pas été lui-même aimé ? Comme je me souviens encore de ma première lecture du roman, il y a plus de 20 ans, il me revient à l'esprit que le Félix se fait renvoyer sur les roses par Natalie de Manerville à laquelle est adressée la lettre. Elle s'exaspère de ce que Félix lui envoie une longue lettre pour ne parler que de l'amour qu'il a éprouvé pour une autre femme, soit-disant pour mieux se faire connaître de sa nouvelle aimée. Natalie conclut qu'elle ne sera pas le nouvel objet de sa passion et le repousse.
J'ai quelque méfiance quant à l'authenticité du témoignage de Félix : un individu qui parle autant de lui se regarde surtout beaucoup. Dès lors, la véracité des comportement qu'il prête à sa mère d'abord, son frère et ses soeurs ensuite, est plus que sujette à caution. Il faut même une sacrée dose d'égocentrisme, et, par suite, en raison de la naïveté de ce sentiment chez Félix, de goujaterie pour raconter si longuement à une femme à laquelle on a déclaré sa flamme son premier amour passionnel. Égocentrisme, naïveté, goujaterie, bêtise, même, finalement. Absence de psychologie la plus élémentaire envers une femme.
Toutefois, un fond de vérité peut substister : Félix en cherchant une femme plus âgée, ce qui n'est pas commun pour les hommes de son temps, cherche peut-être la mère, mère qu'il a le sentiment de ne pas avoir eu.
En dépit de son égocentrisme forcené, Félix n'est pas un mauvais bougre. S'il peut aimer, c'est qu'il y a une forme de résilience chez lui. Or, toute résilience est l'effet de choses positives que l'on a vécu dans sa vie. Il reste à savoir lesquelles : je ne sais pas si j'en trouverai la trace dans la longue lettre qu'il adresse à Natalie de Manerville. Je serais tenté évidemment d'ajouter qu'il n'est vraiment capable d'aimer qu'une seule personne : lui-même. Attendons de voir avant de pousser l'acte d'accusation...
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mercredi, 09 février 2011
Jumelles disparues : je n'aurais pas eu de pité pour Médée
Plus le temps passe, hélas, et plus je suis inquiet pour les deux petites jumelles qui demeurent introuvables. Évidemment, je me plais à espérer qu'on les retrouve, mais le suicide du père me semble du plus mauvais augure.
J'ai déjà eu l'occasion de le dire, je n'ai aucune forme de compassion pour les géniteurs qui s'en prennent à leurs enfants. Rejoignant Maria Montessori, j'estime que l'adulte, fût-il le père ou la mère d'un enfant, est d'abord là pour créer une atmosphère bienveillante autour d'un enfant. De la même manière, tout comme elle, je considère que la nature a un plan secret qu'il ne nous appartient pas de contrarier mais au contraire qu'il convient de faciliter pour chaque enfant. Il résulte de telles vues qu'un enfant n'appartient, à mes yeux, en aucun cas à sa famille.
Sans pour autant avoir la foi comme Maria Montessori, et voir dans l'enfant un cadeau de Dieu, je ne l'en vois pas moins comme un don de la bonne fortune.
Je n'aurais donc eu aucune sorte de pitié pour la Médée d'Euripide. Oh, certes, tant qu'elle est prostrée sur les marches de son palais, alors même qu'elle a compris que Jason va la quitter pour une femme plus jeune, plus prospère, et finalement, par motivation politique et ambition, elle a ma sympathie, mais cette dernière ne survit pas à la pièce.
En tuant ses propres enfants, Médée s'est mise au ban de l'humanité. Dramaturge, j'eus rendu justice, peut-être chez Égée puisqu'on disait dans l'Antiquité Athènes patrie de la justice, et un aréopage l'eût déclaré coupable et condamné à mort sans états d'âme.
Je ne sais ce que Matthias Schepp a fait de ses deux filles. J'espère simplement que dans un sursaut inouï et fou d'égoïsme monstrueux, il ne les a pas condamnées au même sort que le sien.
Il faut être une sacrée ordure pour faire d'enfants innocents les instruments d'une vengeance, ou du moins, de tout saboter, tout détruire en même temps que l'on disparaît. Il y a plusieurs manières de disparaître : certaines méritent la compassion, d'autres ne sont dignes que de l'opprobe du genre humain.
C'est terrible, finalement, de se dire qu'on ne sait peut-être jamais qui est l'homme ou la femme avec lequelle/laquelle on a choisi d'avoir des enfants.
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dimanche, 06 février 2011
Thèbes et les Labdacides, une super-production !
Quand je consulte les films à l'affiche au cinéma, sur Allocine ou ailleurs, c'est presque toujours l'ennui ou le regret qui l'emporte. Oh, évidemment, comme beaucoup de Français moyens, je trouve goût à certaines super-productions, mais je me dis souvent que notre patrimoine culturel est sous-exploité, compte-tenu de l'étendue de ses possibilités.
Tenez, un exemple : considérons toute l'histoire des Labdacides, la famille et la lignée d'Oedipe, il y a là un matériau extraordinaire pour faire frémir le spectateur.
Des rêves inquiétants, un oracle implacable, et voilà une reine et un roi contraint à exposer leur seul fils. J'imagine très bien le plan rapproché, l'ours, le lynx ou la louve à la recherche de pitance, dressant l'oreille aux vagissements du bébé abandonné. Mais, l'enfant n'est pas seul, un troupeau de moutons est occupé à paître non loin de là, et les chiens de berger ont d'une part repéré le bruit suspect et d'autre part, et surtout, flairé l'odeur des prédateurs ; prédateurs qui menacent aussi le troupeau potentiellement. Alors ils alertent leur maître et, ce dernier découvre, à temps, l'enfant.
A Corinthe, pendant ce temps-là, le roi Polybe désespère. A l'orée de la cinquantaine, il n'a toujours pas de descendance. Son épouse a rêvé, la nuit passée, s'imaginant un cadeau du ciel. Mais voilà que ses bergers lui amènent une curieuse découverte : un bébé mal en point, les tendons enflés, sans doute par une infection. Ils l'eussent sans doute gardé avec eux si le petit être ne se trouvait pas emmaillotté dans des langes d'une telle qualité qu'ils révèlent au minimum une origine aristocratique. Polybe, comblé par cette opportunité inattendue, décide d'adopter l'enfant et de le reconnaître comme sien.
Bon dans le temps. Oedipe a 20 ans. Il se dispute avec de jeunes nobles, jaloux de ses qualités, puisqu'Oedipe a remporté victoire sur victoire lors des derniers jeux. L'un d'entre eux le traite de bâtard et...se prend un gros gnon dans la g.... Mais l'insulte trouble Oedipe qui harcèle ses parents. En vain. Déterminé à en savoir plus, il se rend à Delphes. L'oracle est terrible. Là, on a un super plan sur la Pythie en proie à la possession divine, et on voit le visage du prêtre d'Apollon qui interprète ses délires verdir au fur et à mesure : Oedipe doit tuer son père et épouser sa mère.
Gros plan sur Thèbes : ville riante et verdoyante. Pas pour longtemps...gros plan sur une ombre inquiétante. Atmosphère stressante, musique de circonstance. Pendant ce temps, des jeunes gens rient et dansent, batifolant dans les champs. La caméra se porte ailleurs. Des amis des jeunes gens les cherchent quelques heures plus tard. Chooc : un corps rongé jusqu'à l'os. Et toc, voilà le Sphinx. Après, on peut gloser dans l'horreur, et d'ailleurs, il faut le faire pour bien faire comprendre où Thèbes en est réduite.
Retour à Delphes.Fuite éperdue, plan sur Oedipe dont la barbe pousse ; étape dans une auberge après une course harassante. Bagarre générale qui éclate avec des inconnus. Un gros caillasse touche l'un d'eux, un noble pour le moins, accompagné d'une troupe conséquente. Pour éviter de se faire hacher menu par la troupe en armes, Oedipe doit fuir, et s'échappe de justesse.
Super début, non, vous voyez un peu les images ? Après, il y a plein de scènes dans la trilogie de Sophocle, et les pièces d'Euripide, qui peuvent fournir des images intenses.
Allez, bond dans le temps : des corps morts au pied de Thèbes. Une bataille a eu lieu. Devant l'une des portes, fermées, un corps gît, en décomposition, couvert de sang. Des gardes qui veillent du haut de la tour se bouchent le nez, pendant qu'un essaim de mouches couvre le corps et qu'un corbeau vient picorer un oeil qu'il peine à extirper de son orbite.
La nuit. Un brouillard à couper au couteau, puis, bientôt des tourbillons de poussière et de vent. Des gardes de plus en plus incommodés, reculant, après s'être consultés d'un regard, et pas franchement rassurés. On entend des hurlements difficilement identifiables.
Dans l'ombre nocture, une forme. Une petite fille, ou presque : une pré-adolescente. Elle se faufile dans la brèche d'une muraille. Halètements, peur...elle se dirige vers la charogne, délaissée pour la nuit, rampant silencieusement sur le sol. Image horrible à souhait : placer la pièce d'or dans la bouche en décomposition du mort. Du glauque en perspective. L'odeur de rat crevé en prime. Un garde qui revient pisser du haut d'une muraille, soudain, son attention est attiré par des glapissements : charognards nocturnes venus disputer à Antigone le cadavre de son frère. Trouillards, les gardes n'osent aller voir, mais ils repèrent la forme. Convaincus d'abord qu'il s'agit d'un fantôme, ils sont près à se faire dessus, seulement voilà, le fantôme s'engouffre dans une brèche. Des quatre gardes, l'un est un vieux briscard qui se moque bien des peurs des autres. Il a mené des campagnes avec feu le roi Laïos, puis a servi Oedipe, et, enfin, après son exil, s'est rangé du côté d'Étéocle contre Polynice. Il a fait partie d'une expédition qui devait éradiquer le Sphinx et a été le seul à revenir vivant, du temps de Laïos, alors il n'a plus peur de rien.
C'est donc lui qui descend et...intercepte Antigone. Mais comme il connaît la famille royale, et qu'il est malin, il comprend qu'il est face à une affaire qui n'est plus de son ressort et décide du coup de conduire la jeune fille au roi Créon...
Bon, je ne vais pas vous faire tout le film, mais...j'aurais pu aussi parler de la peste au temps d'Oedipe. Bref, il y a matériau, non ?
Au fait, en parlant d'Oedipe, il y a un film d'animation tout récent, fait par des Français qui m'a l'air pas mal du tout...Ils se sont tapés un bon délire et j'ai bien rigolé. Longue vie à la Section Animation 3D et effets spéciaux numériques de L’Ecole Supérieure des Métiers Artistiques de Montpellier. La relève est assurée !...
Oedipe
envoyé par Esma-Movie. - Regardez des web séries et des films.
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vendredi, 04 février 2011
Ça alors, Balzac est fashionable !
S'il y a bien une recommandation littéraire que je puis donner, par les temps qui courent, c'est la lecture de la grande comédie humaine de Balzac. On se dit vraiment que la France n'a pas changé (ou si peu) en 200 ans. La comédie humaine, c'est vraiment la France des réseaux dans toute son ampleur.
En la circonstance, j'achève quasiment la lecture du Cabinet des Antiques. Passionnant et impitoyable pour cette aristocratie raffinée mais déliquescente qui achève son déclin, alors même que la bourgeoisie, en plaine expansion, aspire à prendre sa place.
Mais pour le compte, c'est un mot surprenant qui a attiré mon attention : Balzac qualifie Michu, le juge suppléant de Blondet de fashionable ! Incroyable ! Moi qui pensais que c'était un mot exclusivement anglais utilisé dans les magazines tendance pour faire genre on est fashionable... Imaginez ma surprise : j'ai cru l'espace de quelques instants que c'était une faute de frappe, une coquille ou un truc dans le genre. Pas du tout. De toutes façons, le copyright de mon livre de poche (un folio) date de 1999, une époque à laquelle on n'utilisait pas encore le vocable dans le milieu de la mode et des people, à ma connaissance.
Comme Balzac écrit que Michu était indispensable à toutes les parties de campagne, gambadait avec les jeunes personnes, courtisait les mères, dansait au bal et jouait comme un financier et qu'enfin, il s'acquittait à merveille de son rôle de magistrat fashionable, il n'y pas de doute sur le sens à donner à l'adjectif. Un individu fashionable est bien un individu élégant, qui se pique de suivre la mode. Fashionable Balzac ? Trop fort !, Chut faut pas le dire à Didier Goux, il va le virer de sa blogroll.
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vendredi, 28 janvier 2011
Les réminiscences hégeliennes de Nicolas Sarkozy (ou d'Henri Guaino...)
Mes lectures hégeliennes me réservent décidément des surprises. Qui eût imaginé qu'un livre d'Hegel inspirât une partie notable de la politique extérieure de la France ? Dans son introduction des leçons de la philosophie de l'Histoire, Hegel évoque le rôle de la géographie dans la genèse de l'esprit historique d'une civilisation. A la suite d'Aristote, il juge que la confrontation avec des conditions naturelles extrêmes ne permet pas à la conscience de l'individu de s'objectiver, et donc, de construire les éléments constitutifs d'une civilisation, c'est à dire une écriture, une histoire écrite puis réflexive , des lois et au final un état.
Il passe donc en revue les continents et écarte d'emblée l'Amérique, qui lui semble être avant tout un écho de l'Ancien Monde dont l'histoire reste à écrire. Tu parles d'un écho...l'écho il a percuté tellement fort l'autre rivage de l'Atlantique qu'il nous est revenu à la face, et ce qu'est nous, bientôt, qui allons être un écho du Nouveau Monde, au train où vont les choses. Bon, bref, ce n'est pas mon sujet actuel, c'était une réflexion personnelle en passant.
Après l'Amérique, Hegel évoque l'Asie et l'Europe, naturellement, dans le détail, d'ailleurs, et observe que la Méditerranée est le centre névralgique de l'Histoire Universelle. Loin, comme la terre, de séparer les peuples, la mer les rapproche, en fait. J'ai pensé immédiatement à l'Union pour la Méditerranée de Nicolas Sarkozy. Sur le fond, la pensée est la même. A l'heure actuelle, au moins de ce côté de l'Atlantique, c'est vers l'Europe du Nord que se joue sinon l'Histoire universelle, au moins le modèle de l'Europe qui se profile. Avec son UPM, Sarkozy a voulu, semble-t-il, ramener ce centre de gravité plus au sud, donnant ainsi un rôle prépondérant à la France. Mais, pourra-t-on m'objecter, l'Afrique n'est pas l'Europe, donc mon raisonnement pèche. Eh non, pas pour Hegel, justement. Hegel assimile les vieilles civilisations d'Afrique du Nord à l'Asie, au monde oriental, pas à l'Afrique. L'Afrique, de son point de vue, n'est qu'une extension de l'Europe. La boucle est ainsi bouclée.
De fait, des forces sourdes et antagonistes s'affrontent, non pas militairement, mais dans les opinions publiques des peuples d'Europe et du Maghreb. Avec sa force d'attraction, son soft power, l'Europe essaie de pousser les pays du Proche-Orient et du Maghreb vers la libéralisation de leurs économies et vers la démocratie. Si l'Europe tolère les despotismes dans ses échanges commerciaux, il y a en revanche consensus pour n'accepter que des pays répondant à des normes démocratiques draconiennes en son sein. Scrupules qui n'effleurent évidemment pas l'Amérique, très pressée de voir ses alliés intégrer l'Europe, d'où les appels répétés d'Obama, mais du Bush avant lui, à faire rentrer la Turquie dans l'UE, et ce, bien avant que ce pays ne réponde à nos normes démocratiques...
Mais j'en viens maintenant au Discours de Dakar. Je l'ai écrit récemment, je suis souvent choqué par les points de vue d'Hegel, n'hésitant pas à réduire le caractère moral des peuples à ce qu'il estime être le développement de leur conscience historique, c'est à dire l'objectivation de leur liberté. Si quelqu'un aujourd'hui, écrivait ce qui figure, en trois quatre pages chargées de mépris, dans l'introduction de Hegel sur l'absence présumée de morale, de pensée et de conscience chez les peuples d'Afrique noire, il ne se passerait pas une semaine sans qu'il soit en procès et vilipendé (à raison !) par les élites de notre pays. Seulement voilà, Hegel écarte les peuples africains parce qu'il les pense incapable de rentrer dans l'histoire, c'est à dire, en somme de faire usage de leur liberté et de se sublimer. En version plus moderne, en gros, cela revient à leur dire qu'ils sont incapables de se prendre en main depuis longtemps et qu'on aimerait bien qu'ils le deviennent. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'invitation de Nicolas Sarkozy aux Africains à rentrer dans l'Histoire. Oh, l'opinion publique africaine a été émue. Mais je crois qu'elle le serait encore bien plus si elle prenait connaissance de l'origine du discours de Nicolas Sarkozy !
Il faut éliminer une charge contre Hegel. Il n'est pas raciste. Son discours ne s'appuie en aucun cas sur des différenciations racistes. Il procède méthodiquement en tentant d'expliquer la genèse des civilisations ou non. La chose ne serait pas gênante si elle n'était pas clairement emprunt de jugements moraux plus méprisants les uns que les autres. La pensée hégelienne ne peut pas fonder clairement un racisme de type fasciste, mais toutes les autres formes de colonialisme, sans problème. Elle est d'ailleurs symptomatique de son temps. Ce n'est pas tout : elle hypostasie une direction générale pour l'humanité et la pensée dont l'issue, je l'ai dit, est très loin de me réjouir : l'État. Parce qu'Hegel juge que notre capacité à remettre entre les mains de l'État le libre jeu de nos actions est la plus belle objectivation de notre liberté. Si le raisonnement moral ne figure pas chez Rousseau (au contraire, même !!!) le raisonnement politique est le même, sauf qu'il procède de la nécessité dans son Contrat social.
Je ne pense pas que Nicolas Sarkozy soit un hegelien. Je ne sais même pas s'il a lu ce livre de Hegel. Mais en tout cas, il en a discuté avec Henri Guaino, qui lui, pour le compte, adhère pour parti à la vision de l'histoire et de la civilisation exposée par Hegel. BHL a cru que le discours de Guaino avait une source maurassienne. Il s'est complètement planté. Je me suis demandé si quelqu'un d'autre avait relevé une telle similitude entre le discours de Sarkozy et les écrits d'Hegel, et j'ai trouvé quelqu'un. Olivier Pironet, dans Le Monde Diplomatique de novembre 2007 s'est posé visiblement les mêmes questions que moi. Il est même rentré dans le détail, et je recommande la lecture de son article, nous sommes, lui et moi, à peu près d'accord sur le constat.
In fine, je me dis que le pouvoir d'un conseiller occulte, et celui de ses lectures, est bien grand. A travers Henri Guaino, puis Nicolas Sarkozy, c'est Hegel qui aura donné une ligne générale à notre politique africaine.
Il me semble moi, qu'une autre vision est possible pour l'Afrique. François Bayrou, pendant sa campagne présidentielle, avait consacré une entrée spécifique, sur la page de son programme, à ce continent. Si les Tiers-mondistes m'insupportent au moins autant que Guaino, je pense en revanche, qu'il y a en Afrique, la place pour un co-développement harmonieux. Au lieu de renvoyer l'Afrique à une enfance capricieuse, et finalement, sur le modèle de ce que nous exigeons de nos enfants, trop jeunes, en Europe, la laisser livrée à elle-même, je préférerais imaginer qu'une Europe amicale garantisse une atmosphère bienveillante à l'Afrique. Hegel a été victime, finalement, de ses propres limitations. Il n'a pas conçu qu'à l'échelle de l'histoire de l'humanité, 500 années, et même 1000 d'écart de développement, ce n'était rien. L'homme a mis plus de 600 000 ans à construire des villes. Quelle importance, dans ces conditions, que les Toltèques, par exemple, l'aient fait 1 000 ans plus tard que les Grecs. Hegel nous bassine avec sa raison dans l'Histoire, alors qu'il n'est pas capable de voir au-delà ni en-deçà des 4000 dernières années de développement humain, et ce, parce qu'il y a eu une accélération prodigieuse dans l'histoire de notre humanité.
Finalement, si je me permettais l'audace d'appliquer un raisonnement montessorien au développement humain, je dirais que ce n'est pas notre rôle de contrarier le plan secret de l'Histoire pour chaque peuple. Je dirais, au contraire, que c'est de notre devoir moral de lui garantir une atmosphère bienveillante pour lui permettre de croître et de prospérer. Cette atmosphère suppose de véritables sécurités, pour que le bébé-nation puisse se développer à l'abri des agressions de toutes sortes. Il ne s'agit pas non plus d'assumer les rênes de sa destinée à sa place. Mais de le laisser mettre en place les fondamentaux, qui feront, en Afrique, pour reprendre Bayrou, des hommes qui vivent comme des hommes debout. Bayrou suggérait de laisser les pays africains protéger au moins leur agriculture. Sur le chemin du co-développement et de la bienveillance, cela me paraît une entrée de choix, toute autre, en tout cas, que d'inviter, comme le suggère un Henri Guaino, l'Afrique à entrer dans l'histoire...
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mardi, 25 janvier 2011
Hegel, l'incident diplomatique avec l'Inde et la Chine...
Plus jeune, j'avais commencé la lecture des Leçons sur la philosophie de l'histoire de Hegel. J'ai laissé l'introduction en plan pendant près de 20 ans, et puis subitement, il y a quelques semaines de cela, j'ai repris le livre, qui m'avait suivi dans toutes les pérégrinations, et, 20 ans après, j'ai poursuivi ma lecture...Hegel, c'est autre chose que Hessel, il faut le dire, tout de même :-)
L'objet de l'introduction est, pour Hegel, de présenter sa méthode, et, notamment de bien discerner les différentes manières d'aborder l'histoire. Elle comporte également une définition extrêmement importante non pas sur la liberté elle-même, mais sur les conditions de son apparition dans l'esprit, et ses relations avec la religion. Moment très important pour le livre, puisque c'est sur ce développement et ses conclusions que Hegel s'appuie ensuite pour tirer analyses et conclusions sur le monde oriental, tout particulièrement la Chine et l'Inde.
Et il n'est pas tendre Hegel. Il ferait passer Zemmour pour un doux rigolo, aujourd'hui. Il serait encore de ce monde que soit il serait viré de son université, soit l'ambassadeur allemand serait rappelé de New-Dehli et de Pékin...
Pas de relativisme culturel chez Hegel : haro sur le despotisme des empereurs de Chine, et autant sur le système des castes en Inde (toujours en vigueur, au demeurant).
Le problème, c'est que Hegel fait procéder les moeurs du type de gouvernement de ces peuples et en tire une définition générale du caractère chinois et autant de l'indien : fourberie, abjection, absence d'humanité ; incohérence des brahmanes qui ne marchent pas sur les fourmis mais laissent mourir d'inanition leur semblable s'il est de caste inférieure, fourberie du Chinois qui n'obéit à la loi que par conformisme social et non par objectivation de la morale. Chinois ou Indien, l'un et l'autre sont dépassés par leurs déterminations.
Hegel démolit méthodiquement les perceptions positives et orientalisantes de ses contemporains, tentant de prouver que la sagesse présumée de l'Inde n'est qu'un leurre.
Et la conclusion est impitoyable :
Pour terminer comparons encore une fois dans une vue générale l'Inde et la Chine ; nous avons trouvé en Chine une intelligence tout à fait dépourvue d'imagination, une vie prosaïque dans une réalité déterminée avec fixité ; dans le monde hindou, il n'y a pour ainsi dire pas d'objet ayant de la réalité, des limites déterminées, qui ne soit pas aussitôt retourné par l'imagination en l'objet contraire à ce qu'il est pour une conscience raisonnable.
A ses yeux, les Chinois n'honorent, en fait d'abstraction, que leur souverain, ce qui exclut toute notion de bien et de mal en soi, et les Indiens ne considèrent que la forme de leurs activités, comme autant de rituels vidés de toute substance morale. Dépassement de la forme sur le fond, dit plus prosaïquement. Seules comptent pour eux les obligations, et non la cause première des dites obligations. De ce fait, elles ne peuvent que se dérégler et dégénérer puisqu'il n'y plus d'objet moral pour leur donner une ligne directrice.
Mon objet n'est pas de démontrer qu'Hegel a tort ou a raison ; je n'ai pris Hegel que comme un prétexte. Je me dis simplement que les temps ont bien changé.
L'Inde aussi, d'ailleurs : Hegel eût-il imaginé que ce pays fût un jour devenu la plus grande démocratie du monde ? Quant à la Chine...Montesquieu aussi s'imaginait que les régimes politiques modelaient les moeurs des citoyens. Et pourtant, les peuples peuvent se soulever, comme le montre la Tunisie, pas forcément pour une alternative despotique.
Aujourd'hui, tout est langue diplomatique : il est convenu que l'on ne peut prendre à partie un peuple pour l'accuser de son sort. Comme si chaque peuple, parce qu'il est peuple, devait être sacralisé. Est-ce que les Pakistanais sont victimes ou coupables de leur société islamisée et traumatisante ? Est-ce que les banlieues françaises sont sous la coupe de minorités agissantes, ou bien participent-elles par leurs ambiguités (notamment vis à vis des forces de l'ordre) à leur déliquescence générale ?
Je me méfie, in fine d'Hegel, car sa liberté accomplie s'objective dans l'État qui prend la place de la religion : magnifique passerelle vers les totalitarismes les pires, on comprend comment nazisme et communisme ont pu piocher de la substance là-dedans.
Mais, je refuse, comme la doxa ambiante, de dédouaner les peuples de leur responsabilité. L'Italie est comptable de Berlusconi. Le Pakistan de ses islamistes, les Iraniens de leurs mollahs, les Chiliens de Pinochet et de ses salles de torture dans les années 70, et les Tunisiens, enfin, de Ben Ali qu'ils ont soutenu si longtemps avant de le conspuer.
Je crois à la responsabilité collective des peuples autant qu'à la responsabilité individuelle des individus. On peut punir un peuple. Le Japon a été puni, l'Allemagne a été punie, à l'issue de la Seconde Guerre Mondiale. Ce que je récuse, en revanche, c'est qu'un peuple ne puisse changer. De même que je crois en la perfectibilité de l'homme, de même je conçois qu'un peuple puisse s'améliorer et se racheter. Rédemption. J'aurais du appeler mon blogue le Rédempteur, tiens. Ça me plaît bien, moi le Rédempteur.
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| Tags : hegel, chine, inde, tunisie, montesquieu, moeurs, responsabilité |
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dimanche, 23 janvier 2011
Bretonne, Ch'tis, persistance des identités régionales
Le dernier CD de Nolwenn, Bretonne, ex-star de la Star'Ac a fait un carton : 200 000 CDs vendus. Je suis content que cette fille qui a une voix magnifique ne se soit pas perdue dans de la soupe comme nous en sortent, la plupart du temps, tous les nouveaux chanteurs issus de la télé-réalité.
Tiens, ça me fait penser évidemment aussi aux Ch'tis et au film culte du même nom. C'est étonnant, finalement : il n'y a quasiment pas de traduction politique de cet attachement, en région, à une identité, mais, dès lors qu'il prend un tour sociétal, d'une certaine manière revendicatif, il fait un tabac.
C'est Bayrou, qui milite pour le calumet de la paix entre occitanistes et béarnisants qui s'attirait tout récemment quelques réflexions linguistiques (et un encouragement à poursuivre) d'un expert de la chose.
En Bretagne, le festival inter-celtique fait un malheur chaque année. On connaît les Corses, ou, dans un autre genre, les Alsaciens.
Bref, tout concourt, en France, à conserver, au moins dans certaines régions, une identité forte. Peut-être une réaction contre l'agaçant parisianisme.
Tout le monde tente de se faire bien voir, de plaire aux élites médiatiques de la capitale. Cela doit finir par agacer. Finalement, un artiste qui veut faire carrière, a sans doute bien plus intérêt, loin des spots et des strass à s'adresser d'abord à ceux qui lui sont proches...
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| Tags : région, nolwenn leroy |
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samedi, 08 janvier 2011
Art, j'assume ma réaction
Je n'ai encore jamais expliqué les causes de l'indifférence, quand ce n'est pas du mépris, que j'affiche pour la création artistique moderne. Pendant des siècles et des siècles, l'art a choisi de représenter, de figurer pour exprimer et montrer. Jusqu'à la fin du 19 siècle, le sens esthétique, du moins pour les arts visuels, était touché en priorité par le biais de l'oeil et de la vue, à la limite du regard. Cet art-là, que les Modernoeuds comme dirait le compère Didier, ont qualifié depuis un demi-siècle d'art bourgeois, était en réalité un art populaire, et de longue date. Les hommes et les femmes du Moyen-âge ne communiquaient avec le divin que par la grâce des frises qui figuraient sur les arcs de porte des églises et des cathédrales. Émile Zola décrit dans son Assommoir la visite du Louvre par Gervaise, Coupeau et leurs invités : des ouvriers. L'occupation semblait alors courante.
Mais au XXème siècle, et même sur le fond, dès la fin du XIXème siècle avec l'Impressionnisme, la pensée abstraite a pris le pas sur la figuration. Les peintres, fussent-ils excellents techniciens comme Picasso, ont cherché d'abord à s'adresser à l'esprit plutôt qu'aux sens. Ils se sont engagés et leur travail artistique est devenu scientifique et moral, puisque chez les Marxistes, la morale est scientifique.
Les peintres, mais aussi les sculpteurs et même les musiciens, se sont complus dans leurs abstractions à peu près aussi vides que la citerne d'Henry Michaux : il s'agissait d'écouter les échos de son moi profond expectorant de vagues borborygmes à interpréter, censés ricocher de parois en parois dans leur citerne intérieure. Élitisme affiché en moins, je tends souvent à penser que cet art marxiste auquel la sphère publique se plaît à passer commande parce qu'il est engagé ou encore qu'il invite au débat, n'est finalement pas autre chose qu'une forme décadente et totalitaire d'art platonicien. Très insidieusement, au demeurant, puisqu'il revendique la liberté à travers la manière de sa création.
Avec cet art-là, je me sens des humeurs de Guillaume d'Ockam avec les universaux platoniciens : il faut passer tout cela au rasoir et décapiter tout ce qui ne correspond à aucune réalité sensible. Un nominalisme appliqué à l'existentialisme, en somme. Oh, certes, existentialisme et platonisme semblent apparemment s'opposer, mais, sur le fond, ce n'est que sur la genèse de l'Idée. L'un et l'autre ont exactement la même propension à générer des objets superflus, les uns parce qu'ils font croire qu'il existe une essence préexistante à cet objet, les autres parce qu'ils jugent qu'il suffit qu'elle surgisse pour valoir comme idée.
Tiens, ça me rappelle mon second fiston passant pour la première fois, à quatre ans, devant l'un des premiers "tableaux" qui ornent Beaubourg : oh là là, papa, y'a quelqu'un qu'a grabouillé sur le dessin ! Ça m'a bien fait rigoler, tiens. Et résumé lapidairement mon jugement esthétique sur la chose.
Ces artistes-là me gonflent avec leur hypertrophie de leur moi-pensant. Je n'aime pas cet art qui renonce à être beau, qui renonce à imiter la nature, mais ne se nourrit plus que d'abstractions et de concepts (creux, au demeurant). Oh, il peut se produire accidentellement que la manière soit belle, mais il s'agit d'un accident. Un hasard. Le peintre a fait une belle oeuvre, mais ce n'était pas son but : il voulait toucher nos consciences, nous amener à réfléchir (merci, je fais cela très bien tout seul).
Moi je dis, au feu (c'est une déformation pour un hérétique) le contenu de Beaubourg, de la Fondation Cartier, du Palazzo Grassi de Venise et cie : tout juste bon à me faire mon combustible de chauffage pour ma cheminée authentique flambante neuve fabriquée en Chine.
15:32 Publié dans Culture, Insolite | Lien permanent | Commentaires (25) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : art, art moderne, platonisme, nominalisme, esthétique |
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