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mardi, 22 novembre 2011

Au théâtre, vive les places d'honneur

Quand je me rends au théâtre, s'il y a quelque chose que je déteste particulièrement, c'est de me trouver mal placé au point de ne rien voir (ou presque) ou encore de mal entendre. Hors des premiers rangs, point de salut. L'inconvénient, évidemment, c'est le coût de ce goût immodéré pour le luxe et le confort. Coût qui s'allonge d'autant plus que l'on amène avec soi sa petite famille. La place de théâtre, c'est comme la place d'avion, poupettes et poupinets payent plein pot.

Mais quand on assiste à un spectacle de qualité, donné par des acteurs d'exception, c'est un plaisir renouvelé que de caler son derrière dans un confortable (ou non, à vrai dire) siège de théâtre, d'ouvrir les yeux et de dresser les oreilles.

Certains regardent des pièces de théâtre à la télévision : on n'a pas toujours le choix et je ne crierai pas à l'hérésie, mais j'avoue que pour ma part, j'en perds tout le sel quand je dois me contenter d'aussi peu.

Tenez, on donne le Songe d'une nuit d'été au Théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris. J'avoue être tenté, pour le peu que j'en ai vu sur la vidéo. Mais c'est 30 euros la place. Ah, s'il n'y avait que moi, je ne dis pas. Et puis il faut bien que les artistes vivent. Il y a toute une troupe là-bas, et elle doit se nourrir

J'ai toujours adoré cette pièce de Shakespeare. Avec la Mégère apprivoisée (que l'on ne donne plus guère) et la Tempête, parmi les comédies, ce sont là mes trois pièces favorites.

Il est toujours difficile de se faire une idée sur une pièce de théâtre : la plupart du temps, les critiques, imbécilement, ne tarissent pas d'éloges. La presse ne fait pas mieux, en s'extasiant devant telle ou telle mise en scène. Aucune fiabilité, aucune crédibilité. Les critiques journalistiques sont des incapables incompétents qui tentent, le temps d'une posture, de se donner un air. Non moins agaçants sont les Béotiens à deux sous qui abreuvent les fils de forums et de discussions des articles consacrés aux pièces de théâtre. Ils n'ont généralement rien à dire, ou bien trois fois rien, mais le disent tout de même, pour le plus grand malheur de ma patience.

Tenez, prenons le Songe d'une nuit d'été par exemple, dont la presse se gargarise, voilà les commentaires : 

« Un rêve électrique, fourmillant d'idées. » Les Echos

« Spectaculaire, rafraîchissant et divertissant. » Le Figaro 

« Un jeu de cache-cache très divertissant et léger. » Figaroscope

« Désinvolture et glamour. (...). Un divertissement plein de charme et de Gaité. (...). Un univers coloré, décalé et loufoque. » L'Express Style

« Une mise en scène énergique, dynamique, sportive même, d'une grande efficacité. » Le Figaro Magazine

«Excellente idée. » Pariscope

« Une formidable Réussite. » Le Parisien

« Une version déjantée du Songe d'une nuit d'été. » Charente Libre

« lol» (non, ça, c'est de moi, pour rigoler).

N'est-ce pas crétin et débile au possible ? Ça me fait penser aux cartes horoscopes, tiens : l'art de ne rien dire en ne disant rien. C'est une critique, formidable, excellente idée, raffraîchissant (ah, c'est une pub pour un soda ?) et autres lieux communs totalement dénués d'intérêt ? Tas de fainéants, oui, qui n'ont peut-être pas même regardé la pièce. Genre un Minc commentant le livre de Bayrou.

Bon, je ne veux pas être méchant avec le pauvre commentateur de la pièce, mais franchement : c'est un ufologue ou quoi ? Oui, il affirme que la pièce est un OVNI. Et pourquoi pas un météore ? Ou même un trou noir ? Non, mieux, un quasar : oui, vous savez, ces sortes de disques lumineux autour des trous noirs dans l'espace...

Bon, allez, ce soir, je suis d'humeur mauvaise, je m'arrête là. Je la ferai, moi, la critique du Songe d'une nuit d'été version Lorant Deutsch, une fois que je l'aurai vu représenté sur scène. Pas de complaisance, mais de la critique façon gastronomie. Ça a intérêt à être bon !

vendredi, 11 novembre 2011

L'UNESCO a la mémoire courte

A lire la presse, on a le sentiment que USA et Israël se vengent de la résolution votée par l'UNESCO en lui sucrant ses crédits.

Mais l'UNESCO a la mémoire courte : quel est l'organisme, au fait, qui déclarait il y a 20 ans de cela Israël hors-région pour le punir de son attitude envers les Palestiniens ? On ne sait pourquoi, mais il n'y a jamais eu de résolution similaire contre tout autre pays s'autorisant des manquements bien plus graves, et pourtant ils sont nombreux.

L'adhésion à l'UNESCO est un joli coup de la diplomatie palestinienne, et franchement, je préfère voir les Palestiniens se battre sur ce terrain-là qu'à coups de bombes dans les transports en commun de civils.

Et puis Bibi et ses sbires l'ont bien cherché : en n'offrant aucune opportunité à Abbas, ils l'ont contraint à se les créer lui-même.

Il n'en reste pas moins que sous des dehors gentiment humanitaires, l'UNESCO en profite souvent pour servir des idéologies. Par exemple, je soupçonne fort qu'il va tenter de déclarer certains sites controversés au patrimoine mondial après déclaration non des Israéliens, mais des Palestiniens.

Des décisions à l'emporte-pièce pour des monuments figurant à Jérusalem pourraient par exemple mettre le feu aux poudres.

L'UNESCO va larmoyer, désormais, parce qu'elle se retrouve amputée d'une large part de ses fonds. Mais c'est ce qu'il se produit quand on mord la main de celui qui vous nourrit et qu'on lui crache à la gueule...

dimanche, 06 novembre 2011

Ne pas surjouer.

Quand je le peux, j'essaie d'emmener ma petite famille au théâtre. Bien sûr, comme elle est constituée de jeunes enfants (hé hé, je pense à nos retraites, il faudra du monde pour les financer), je dois choisir des spectacles adaptés.

Or, ce qu'il y a, c'est que les troupes qui se produisent pour de jeunes publics ont la très mauvaise manie de surjouer. Ce n'est pas parce qu'on joue pour de jeunes enfants, voire de très jeunes enfants, que l'on n'est pas tenu pour autant à une exigence de qualité.

J'ai découvert, il y a quelques années, un site très pratique pour disposer d'une vue globale de ce qui se joue saison par saison. Il s'agit de theatreonline. Quand ils le peuvent, les administrateurs du site proposent une vidéo pour illustrer les spectacles, généralement de courts extraits.

Quand je parcours le menu "pour enfants", je suis frappé du caractère puéril (dans le mauvais sens du terme) des interprétations. Il arrive, toutefois, rarement, de tomber sur quelques perles. 

Mon aîné n'a jamais autant ri que le jour où il a assisté à la représentation du Songe d'une nuit d'été au Sudden Théâtre (tiens, on y joue Lysistrata d'Aristophane, il faudra que j'aille voir cela), à Paris. Il n'avait pourtant que 5 ans (ça date, quoi...). Mais la pièce n'était pas destinée à un jeune public. Je parlais de perle, au fait. La voilà : 


Blanche Neige (la comédie musicale à la Comédie... par danslesdecors

Le spectacle Blanche-Neige a le mérite de ne pas verser dans le puéril dégoûlinant. L'interprétation de la mauvaise reine-mère, lisible à plusieurs niveaux, est des plus plaisantes, avec juste ce qu'il faut de clins d'oeil pour mêler bon goût et hilarité. Petits et grands, rient, et c'est in fine cette communion là qui compte. La pièce se donne à la Comédie de Paris.

Je me méfie évidemment des gros blockbusters théâtraux, particulièrement lorsque les bobos ne tarissent pas d'éloges sur une pièce. C'est mauvais signe. 

A mon avis, le mieux que puissent faire les troupes, c'est bien de réaliser un petit court-métrage de leur prestation. C'est ce qui permet de se faire l'avis le plus éclairé.

18:21 Publié dans Culture, Paris, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : théâtre, enfant |  Facebook | | |

mercredi, 21 septembre 2011

Le Cochon de Gaza ? ça a l'air marrant !

J'ai vu la bande annonce du cochon de Gaza, et à vrai dire, je suis alléché au possible. Les mésaventures et tribulations d'un pêcheur palestinien ayant sauvé la peau par inadvertance d'un cochon qui allait se noyer, coincé entre barbus et grillages israéliens, m'ont l'air truculentes à souhait.

Je vais aller le voir ce film. Il m'a l'air très drôle.

16:33 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : le cochon de gaza |  Facebook | | |

mardi, 05 avril 2011

J'ai fini la Cousine Bette

Plus qu'à passer à un autre Balzac. Étonnant, tout de même, Balzac, par sa propension à friser le fantastique dans certains de ses romans. La vengeance du Brésilien Montès fleure bon  quelqu'antique malédiction inca ou, mieux encore, du vaudou. Une maladie qui décompose le sang en moins d'une semaine, et qui ne peut être guérie qu'aux «Indes». Quel final magistral. Magistral mais pas tragique : tout est bien qui finit bien ou presque. Les gentils sont récompensés, les méchants sont punis.

Dans son histoire des XIII, l'atmosphère mystérieuse qui entoure les réunions secrètes ou encore un Ferragus m'avait déjà fait songer à plus d'un égard à ce genre littéraire.

Quand je lis un roman de Balzac, je retrouve une évolution presque similaire dans le déroulement de l'action. Lent d'abord pendant une bonne moitié du roman puis accélération progressive et une montée en puissance dans les dernières pages, celles pour lesquelles je suis prêt à me coucher à 3 heures du matin pourvu que je puisse les dévrorer jusqu'à la dernière lettre.

La Cousine Bette ne me paraît pas vraiment un personnage diabolique. Plutôt une vieille fille un peu mauvaise mais entière qui n'éveille pas vraiment l'attention. C'est en fait sa seule force. La virtuose, c'est la belle Valérie, même si elle finit en tas de boue pour en avoir trop fait. Pas de scrupules, experte à tromper son monde, un aplomb sans faille.

Les hommes ne sont pas à la fête : Crevel, Hulot, des vieux débris, des tas de ruine libidineux. Steinbock, un bon à rien, un rêveur-poseur expert en paroles, limité en actes. Je partage l'avis de Balzac : avec des natures faibles de cette sorte, il ne faut pas des femmes douces, mais rudes ; le non-actif total, en somme, le Polonais.

Il y a bien sûr Adeline, un modèle de dévouement, la dame patronesse chrétienne par excellence. Je vois déjà de là qu'elle a du déplaire à plus d'un, parmi ceux qui n'aiment pas le sentiment dégoûlinant, n'est-ce pas, l'Didier ? S'il considère Lady Dudley comme une forme d'idéal féminin, Valérie Marneffe a bien dû lui plaire aussi, à tous les coups...

Eh bien moi, ma préférée, dans cette histoire, ce n'est pas une sainte, cette fois, Josépha, une jeune et belle actrice juive. Elle donne une leçon d'humanité extraordinaire à tout le monde, et par la manière dont elle prend soin finalement de Hulot, et par la noblesse d'âme avec laquelle elle accueille Adeline, sans pour autant renier ce qu'elle est (au contraire d'une Valérie Marneffe sur son lit de mort).

Il ne me reste plus qu'à sélectionner mon prochain Balzac. A priori le Cousin Pons, mais j'envisage aussi une Ténébreuse affaire. Je pense aussi que je devrais relire la Peau de chagrin, alors...j'ai du pain sur la planche, sans compter les Illusions perdues qui m'attendent également sur ma table de chevet...

23:56 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : balzac, cousine bette |  Facebook | | |

dimanche, 20 février 2011

Réhabilitons Félix (un peu)

Je n'épargnerai rien à mes lecteurs : ils sauront tout (enfin, du moins tout ce que moi j'en pense) du Lys dans la vallée d'Honoré de Balzac. Je fais bien de relire ce livre. J'avais vraiment tout oublié... J'ai été dur avec Félix, je l'ai accusé d'égocentrisme parce qu'il parlait beaucoup de lui. Rendons-lui hommage : ses boquets de fleurs composés avec l'attention particulière d'un compositeur méditant sa symphonie méritent l'admiration et surtout, prouve sa capacité à se dépasser pour l'objet de son amour. Au passage époustouflant Balzac qui énumère en virtuose tout ce que les champs et les prés comptent de plantes à fleurs. J'ai laissé entendre que Félix était surtout en contemplation de lui-même, mais je corrige : il est sincèrement amoureux d'Henriette, puisqu'il est prêt à tous les sacrifices pour elle, même de se faire prêtre.

Je me suis aussi intéressé à ses rapports avec les deux enfants d'Henriette, Madeleine et Jacques. Ils l'attendrissent, mais, est-ce le cas pour ce qu'ils sont ou simplement parce qu'ils sont les enfants d'Henriette ? Félix dit dans un premier temps que tout ce qui est proche d'Henriette mérite attention et amour. J'ai donc d'abord eu le sentiment que les enfants étaient objetisés. Mais par la suite, on sent dans les rapports que Félix entretient avec eux qu'une certaine forme d'autonomie (toute relative, toutefois) se forme entre eux, dans leurs relations. A ce stade-là, toutefois, si Henriette périssait, il est assez probable que les enfants retourneraient à leur statut d'objets d'Henriette. Toute proportion gardée, je vais faire un parallèle qui va faire bondir les puristes : dans la série de JK Rowling, Severus Rogue n'a de l'attention (bien cachée) pour Harry Potter que parce qu'il  a été amoureux de sa mère. Peut-être est-ce dans cette catégorie qu'il faudrait chercher au cas où Henriette périrait, encore que Félix est bien plus tendre et sentimental que Sévérus...

14:22 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : balzac, harry potter |  Facebook | | |

L'écriture de Justine

Je crois que je n'en ai pas fini de commenter les deux livres de Justine Lévy, Rien de grave et Mauvaise fille. J'ai écrit dans ma note précédente sur Mauvaise fille que je trouvais l'écriture de Justine hachée. J'y ai bien réfléchi. En fait, quand j'ai tourné les premières pages de Rien de grave, j'ai eu la sensation bizarre de tomber sur une sorte de Petit Nicolas tragique et féminin.

L'écriture de Justine Lévy réplique l'expression d'un enfant ou d'une adolescente. Je me suis demandé pourquoi, me doutant qu'une jeune femme aussi talentueuse ne pouvait avoir que fait sciemment ce choix d'écriture, et finalement, je crois avoir trouvé la réponse. Elle est à mi-chemin, j'en ai la sensation, des sentiments qui agitent Justine et de sa création littéraire propre.

Dans ses deux récits autobiographiques, Justine apparaît toujours comme une jeune fille qui peine à prendre des décisions, et surtout, qui ne se vit pas comme une adulte libérée de ses parents. Je ne dirais pas qu'ils l'ont enchaînée d'une manière ou d'une autre, cela je ne peux le savoir, mais elle, à l'évidence, a bien du mal à voler de ses propres ailes ; non pas matériellement ou physiquement, mais psychiquement. Ses parents, son papa, sa maman, demeurent les références absolues de son logiciel.

Du coup, je ne comprends son écriture que par le refus (ou la difficulté, du moins) à assumer un développement psychique et psychologique pleinement adulte. Or, franchir le seuil qui sépare définitivement l'enfant du parent (sans pour autant que les liens soient brisés) devient une nécessité avec la maternité. Il est difficile de se positionner comme mère (ou comme père) quand on est encore par trop l'enfant de ses parents. D'ailleurs, c'est quasiment ce qu'écrit Justine à la dernière page de son roman à propos de sa mère : il fallait qu'elle meure pour me laisser être mère à mon tour.

J'ai relu la fin de Mauvaise fille ; ce n'est pas encore une certitude, mais j'ai eu l'impression d'une évolution du style. Une ponctuation plus correcte, des négations entières, moins de ruptures de construction et d'ellipses, tout ce qui contribue à générer une atmosphère stressante, tout au long des deux ouvrages, avec ces phrases qui se succèdent et se bousculent, les unes à la suite des autres, sans laisser au lecteur le temps de physiquement respirer.

J'avoue attendre avec la plus grande impatience le prochain livre de Justine Lévy. J'espère qu'elle continuera à relater sa passionnante et riche existence. Peu de livres m'ont marqué autant que les deux siens.

mardi, 15 février 2011

Enfance malheureuse, Henriette plus crédible que Félix...

Décidément, je ne comprends pas (ou plutôt, si je comprends ! ) pourquoi il l'a si longtemps jugé mièvre, le Lys dans la vallée, l'Didier. Il est passionnant, cet ouvrage ; je l'ai lu trop jeune, je n'avais plus tout son contenu en tête. Je fais bien d'en refaire la lecture complète. J'avais évoqué l'enfance malheureuse de Félix dont le témoignage ne m'avait guère convaincu. Il en va tout autrement de celui d'Henriette (Madame de Morsauf). Voilà une jeune femme à laquelle on a appris très tôt à ne pas laisser percer d'enthousiasme, sans doute parce que c'était jugé inconvenant. Non, il fallait qu'elle montrât la réserve naturelle qu'on attendait alors d'une jeune fille noble. Bonheur interdit. Toute sa conduite, par la suite, découle de ce postulat profondément intériorisé ; et de avec d'autant plus de force que ses frères étaient morts et qu'on lui avait bien fait comprendre, dans sa famille, qu'on eût préféré que ce fût elle plutôt que les fils. En dépit de son égocentrisme, je l'ai mis en évidence la fois précédente, Félix réalise que sa solitude avait été comme un paradis comparée au contact de la meule sous laquelle son âme fut sans cesse meurtrie. En cette circonstance, il faut reconnaître à Félix un sens édifiant de la métaphore. Le père de Félix était déjà absent, celui d'Henriette n'est pas même nommé. L'un comme l'autre ont souffert de leur rapport avec leur mère (mais aussi de l'absence de rapport avec leur père, même si ni l'un ni l'autre ne l'énonce) et en ont tiré des enseignements relativement similaires : ils ont reporté et l'un et l'autre et l'amour qu'ils auraient voulu recevoir, et celui qu'ils auraient voulu donner. Ce qu'il y a, c'est qu'ils sont à deux étapes différentes de l'existence : Félix est au sortir de l'adolescence, Henriettte est déjà une femme, mère de deux enfants. Félix n'a pas achevé sa mutation quand Henriette est une femme au faîte de son individualité.

Il me faudrait toucher un mot du comte de Morsauf : acariâtre et maladif vieillard, de l'espèce des paranoïaques, capables de mouvements de coeur subits, mais sur le fond, totalement auto-centrés.

Le drame d'Henriette, c'est d'être renvoyé constamment à sa condition de mère ; elle le fait valoir à Félix : elle n'a pas deux enfants, mais trois. Contrainte d'assumer constamment des responsabilités écrasantes avec des moyens limités, et ce jusque dans la gestion quotidienne de leurs maigres biens. L'irresponsable vieillard lui ramène parfois un cadeau de Paris mais ne songe pas à lui donner le nécessaire pour assurer la bonne marche de la maison, contraignant cette dernière à lui exprimer des demandes humiliantes. Henriette l'excuse en assurant que le vieil homme n'y songe pas. Moi, je crois au contraire que ce genre d'individus, qui se plaisent à manifester leur volonté de puissance, utilisent le levier financier comme un instrument de leur puissance afin de mieux assurer leur pouvoir d'humilier.

Balzac m'étonne : il est capable d'une imagination d'une finesse extrême, sans doute de qualités d'observation de la même teneur (ses portraits sont trop réalistes, il ne peut les avoir inventés à 100%) ; s'il comprend tout cela, comment peut-il parfois exprimer des fatuités étonnantes sur les femmes et leur fonctionnement ? Est-ce que finalement, la description qu'il rend des hommes de son temps paraissait normale à la société de son temps ? Est-ce que sa description est si précise qu'elle franchit les frontières du temps en nous permettant nos propres jugements, comme si, finalement, chaque portrait ne sous-tendait rien d'autre que ce qu'il apporte avec lui ?

J'avoue ma perplexité. J'entre dans la Comédie humaine avec le regard neuf du lecteur novice. IL me faudra croiser bien des personnages de cette fiction pour que je n'ébauche ne serait-ce qu'une impression ferme (j'assume l'oxymore).

jeudi, 10 février 2011

Le Lys dans la vallée et les résiliences de Félix

L'Didier m'a inspiré : moi aussi je me suis mis à relire le Lys dans la vallée d'Honoré de Balzac. Contrairement à lui, je n'ai jamais trouvé l'ouvrage mièvre, à l'époque où j'étudais le roman par lettres. L'inconvénient, dirais-je, c'est surtout d'avoir lu ce livre trop jeune. Je viens juste de parcourir les premières pages. Félix de Vandenesse y déroule une existence malheureuse, ignoré et méprisé tant de sa famille que de ses semblables. Balzac se pique de vraisemblance, mais, à vrai dire, je me suis interrogé : Félix se perçoit comme un être aimant, désespérant de trouver de l'affection. Il se refuse à la flagornerie auprès des "puissants" quand il manque de ressources. La question que je me pose est la suivante : comment avec des parents durs sinon absents peut-il avoir développé des valeurs humaines fortes et l'amour de son prochain. Les premières lignes de la lettre à Blanche de Morsauf sont une longue litanie de plaintes. J'ai cru que j'avais ouvert par erreur les Confessions ou les Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau. Je me suis d'ailleurs demandé si Félix avait vraiment souffert dans on enfance ou si le malheureux avait développé au fil du temps une paranoïa singulière, tant le monde entier semble le rejeter, à l'en croire. Sa mère est une folcoche en puissance, pas très loin de la mère d'un Poil de carotte, et le père finalement, de ces pères absents et lâches qui cèdent à des femmes hystériques par ennui ou par faiblesse. En effet, le jour où Félix fait une dette de cent francs, le père est d'avis de faire preuve d'indulgence quand la mère y voit le plus sûr chemin vers le vice (ce en quoi elle n'a pas forcément tort, au demeurant...).

Aimer s'apprend. Pas par un apprentissage scolaire mais tout simplement par imprégnation. Comment ce garçon peut-il avoir appris à aimer s'il n'a pas été lui-même aimé ? Comme je me souviens encore de ma première lecture du roman, il y a plus de 20 ans, il me revient à l'esprit que le Félix se fait renvoyer sur les roses par Natalie de Manerville à laquelle est adressée la lettre. Elle s'exaspère de ce que Félix lui envoie une longue lettre pour ne parler que de l'amour qu'il a éprouvé pour une autre femme, soit-disant pour mieux se faire connaître de sa nouvelle aimée. Natalie conclut qu'elle ne sera pas le nouvel objet de sa passion et le repousse.

J'ai quelque méfiance quant à l'authenticité du témoignage de Félix : un individu qui parle autant de lui se regarde surtout beaucoup. Dès lors, la véracité des comportement qu'il prête à sa mère d'abord, son frère et ses soeurs ensuite, est plus que sujette à caution. Il faut même une sacrée dose d'égocentrisme, et, par suite, en raison de la naïveté de ce sentiment chez Félix, de goujaterie pour raconter si longuement à une femme à laquelle on a déclaré sa flamme son premier amour passionnel. Égocentrisme, naïveté, goujaterie, bêtise, même, finalement. Absence de psychologie la plus élémentaire envers une femme.

Toutefois, un fond de vérité peut substister : Félix en cherchant une femme plus âgée, ce qui n'est pas commun pour les hommes de son temps, cherche peut-être la mère, mère qu'il a le sentiment de ne pas avoir eu. 

En dépit de son égocentrisme forcené, Félix n'est pas un mauvais bougre. S'il peut aimer, c'est qu'il y a une forme de résilience chez lui. Or, toute résilience est l'effet de choses positives que l'on a vécu dans sa vie. Il reste à savoir lesquelles : je ne sais pas si j'en trouverai la trace dans la longue lettre qu'il adresse à Natalie de Manerville. Je serais tenté évidemment d'ajouter qu'il n'est vraiment capable d'aimer qu'une seule personne : lui-même. Attendons de voir avant de pousser l'acte d'accusation...

mercredi, 09 février 2011

Jumelles disparues : je n'aurais pas eu de pité pour Médée

Plus le temps passe, hélas, et plus je suis inquiet pour les deux petites jumelles qui demeurent introuvables. Évidemment, je me plais à espérer qu'on les retrouve, mais le suicide du père me semble du plus mauvais augure.

J'ai déjà eu l'occasion de le dire, je n'ai aucune forme de compassion pour les géniteurs qui s'en prennent à leurs enfants. Rejoignant Maria Montessori, j'estime que l'adulte, fût-il le père ou la mère d'un enfant, est d'abord là pour créer une atmosphère bienveillante autour d'un enfant. De la même manière, tout comme elle, je considère que la nature a un plan secret qu'il ne nous appartient pas de contrarier mais au contraire qu'il convient de faciliter pour chaque enfant. Il résulte de telles vues qu'un enfant n'appartient, à mes yeux, en aucun cas à sa famille.

Sans pour autant avoir la foi comme Maria Montessori, et voir dans l'enfant un cadeau de Dieu, je ne l'en vois pas moins comme un don de la bonne fortune.

Je n'aurais donc eu aucune sorte de pitié pour la Médée d'Euripide. Oh, certes, tant qu'elle est prostrée sur les marches de son palais, alors même qu'elle a compris que Jason va la quitter pour une femme plus jeune, plus prospère, et finalement, par motivation politique et ambition, elle a ma sympathie, mais cette dernière ne survit pas à la pièce.

En tuant ses propres enfants, Médée s'est mise au ban de l'humanité. Dramaturge, j'eus rendu justice, peut-être chez Égée puisqu'on disait dans l'Antiquité Athènes patrie de la justice, et un aréopage l'eût déclaré coupable et condamné à mort sans états d'âme.

Je ne sais ce que Matthias Schepp a fait de ses deux filles. J'espère simplement que dans un sursaut inouï et fou d'égoïsme monstrueux, il ne les a pas condamnées au même sort que le sien.

Il faut être une sacrée ordure pour faire d'enfants innocents les instruments d'une vengeance, ou du moins, de tout saboter, tout détruire en même temps que l'on disparaît. Il y a plusieurs manières de disparaître : certaines méritent la compassion, d'autres ne sont dignes que de l'opprobe du genre humain.

C'est terrible, finalement, de se dire qu'on ne sait peut-être jamais qui est l'homme ou la femme avec lequelle/laquelle on a choisi d'avoir des enfants.

00:00 Publié dans Culture, Lectures, Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : médée |  Facebook | | |