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samedi, 04 juin 2011

Cousin Pons

Cela fait déjà plus d'un mois que j'ai achevé le Cousin Pons d'Honoré de Balzac, et, à vrai dire, j'avoue que je n'en finis pas de le digérer, enchaînant méditation sur méditation à son sujet.

J'ai trouvé dans le dernier Magazine littéraire une analyse intéressante à ce sujet. L'auteur y écrit que d'une certaine manière, l'écriture balzacienne est une contestation radicale du droit en vigueur. Le droit napoléonien ne reconnaît pas les situations affectives particulières. Le Cousin Pons voudrait tester en faveur de son ami Schmucke, mais en dépit de ses ruses, c'est à sa vile famille que ses biens reviendront.

Ce qui se fait en droit ne cadre donc en aucune manière avec la réalité des sentiments. L'auteur de l'article évoque à ce sujet Ursule Mirouët que je me suis empressé d'acheter, du coup. Ce sera ma prochaine lecture.

J'ai trouvé aussi dans ce livre matière à penser sur la frontière entre le mal et le bien avec la Cibot : voilà une femme qui accueille d'abord nos deux artistes par un mouvement de bonté naturelle. C'est lorsqu'elle entrevoit la possibilité de faire fortune qu'elle bascule dans le mal, ourdissant des stratagèmes dignes d'une Lady Macbeth ou encore d'une Tullia avec son père, le roi romain légendaire Servius Tullius.

Ainsi, le fil est si ténu entre le mal et le bien, dès lors que l'intérêt bien compris entre en jeu...Ce sont finalement toutes les petites et grandes bassesses des hommes et des femmes qui font le "sel" du Cousin Pons. Pauvre Cousin Pons, pauvre "pique-assiette"...

17:06 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : balzac, cousin pons |  Facebook | | |

mardi, 05 avril 2011

J'ai fini la Cousine Bette

Plus qu'à passer à un autre Balzac. Étonnant, tout de même, Balzac, par sa propension à friser le fantastique dans certains de ses romans. La vengeance du Brésilien Montès fleure bon  quelqu'antique malédiction inca ou, mieux encore, du vaudou. Une maladie qui décompose le sang en moins d'une semaine, et qui ne peut être guérie qu'aux «Indes». Quel final magistral. Magistral mais pas tragique : tout est bien qui finit bien ou presque. Les gentils sont récompensés, les méchants sont punis.

Dans son histoire des XIII, l'atmosphère mystérieuse qui entoure les réunions secrètes ou encore un Ferragus m'avait déjà fait songer à plus d'un égard à ce genre littéraire.

Quand je lis un roman de Balzac, je retrouve une évolution presque similaire dans le déroulement de l'action. Lent d'abord pendant une bonne moitié du roman puis accélération progressive et une montée en puissance dans les dernières pages, celles pour lesquelles je suis prêt à me coucher à 3 heures du matin pourvu que je puisse les dévrorer jusqu'à la dernière lettre.

La Cousine Bette ne me paraît pas vraiment un personnage diabolique. Plutôt une vieille fille un peu mauvaise mais entière qui n'éveille pas vraiment l'attention. C'est en fait sa seule force. La virtuose, c'est la belle Valérie, même si elle finit en tas de boue pour en avoir trop fait. Pas de scrupules, experte à tromper son monde, un aplomb sans faille.

Les hommes ne sont pas à la fête : Crevel, Hulot, des vieux débris, des tas de ruine libidineux. Steinbock, un bon à rien, un rêveur-poseur expert en paroles, limité en actes. Je partage l'avis de Balzac : avec des natures faibles de cette sorte, il ne faut pas des femmes douces, mais rudes ; le non-actif total, en somme, le Polonais.

Il y a bien sûr Adeline, un modèle de dévouement, la dame patronesse chrétienne par excellence. Je vois déjà de là qu'elle a du déplaire à plus d'un, parmi ceux qui n'aiment pas le sentiment dégoûlinant, n'est-ce pas, l'Didier ? S'il considère Lady Dudley comme une forme d'idéal féminin, Valérie Marneffe a bien dû lui plaire aussi, à tous les coups...

Eh bien moi, ma préférée, dans cette histoire, ce n'est pas une sainte, cette fois, Josépha, une jeune et belle actrice juive. Elle donne une leçon d'humanité extraordinaire à tout le monde, et par la manière dont elle prend soin finalement de Hulot, et par la noblesse d'âme avec laquelle elle accueille Adeline, sans pour autant renier ce qu'elle est (au contraire d'une Valérie Marneffe sur son lit de mort).

Il ne me reste plus qu'à sélectionner mon prochain Balzac. A priori le Cousin Pons, mais j'envisage aussi une Ténébreuse affaire. Je pense aussi que je devrais relire la Peau de chagrin, alors...j'ai du pain sur la planche, sans compter les Illusions perdues qui m'attendent également sur ma table de chevet...

23:56 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : balzac, cousine bette |  Facebook | | |

jeudi, 10 mars 2011

Ah, le gros dégueulasse !

Sur les conseils du Didier, j'ai attaqué la Cousine Bette, puisqu'il m'assure que la vieille peau l'emporte en scélératesse sur la femme sur Colonel Chabert. Je n'en suis qu'aux toutes premières pages, mais j'ai fait la connaissance d'un gros dégueulasse qui vaut bien toutes les scélératesses de la Comédie humaine. Il s'agit de Célestin Crével, ex-commis de César Birotteau, qui a fait fortune. J'ai tout de même l'impression qu'il n'aime pas les parvenus, mon Honoré, à en lire les descriptions qu'il en rend.

Célestin Crével, c'est l'espèce de gros rougeaud bedonnant et parvenu, sûr de son fait parce qu'il a de l'argent ; le voilà à expliquer à la baronne Hulot ses découchages avec le mari de cette dernière. On apprend avec force détail comment ces deux répugnants personnages débauchent avec force finance et pressions des jeunes filles de respectivement 15 et 13 ans. 

Le malhonnête individu, pour se venger de ce que le baron Hulot lui a pris sa "petite", pour reprendre ses termes, veut déshonorer ce dernier avec la baronne, ce qu'il vient tout de go lui annoncer en menaçant d'empêcher la fille de la baronne, Hortense, de se marier faute d'argent.

La grossièreté avec laquelle il annonce toutes ses prépositions dénote l'esprit vulgaire de ceux qui se sont enrichis à bon compte et en fripons.

J'observe que la noblesse d'empire n'est pas mieux considérée par Balzac, à en juger le goût sordide du Baron Hulot pour les jeunes filles et très jeunes femmes...

Après le Lys dans la vallée, cela va être "la merde dans le caniveau", cette histoire-là...

Juste une observation encore sur la fameuse cousine Bette : wikipedia en fait d'ores et déjà l'infâme personnage diabolique que présage sa sale gueule. Trop tôt pour donner un avis, mais le fait est que la vieille fille laide donc pas baisée et même pas riche paraît une figure-émissaire idéale pour servir de caution aux calculs les plus infâmes. Je pressens pourtant que je me porterai du côté de la défense, au fil de ma lecture...

18:10 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : balzac, cousine bette |  Facebook | | |

lundi, 07 mars 2011

Requiem pour Henriette

Et voilà. C'est non sans émotion que j'ai achevé la dernière page du Lys dans la vallée. Admirable Henriette était, admirable demeure-t-elle jusqu'à son dernier souffle. La fin du Lys entraîne le lecteur dans une improbable confrontation entre la belle Araballe, lady anglaise au charme aussi vénéneux qu'irrésistible et la Comtesse de Mortsauf, femme née pour aimer. Alors certes, si Arabelle incarne à merveille ces déesses païennes que l'on se plairait à idolâtrer, il lui manque une dimension humaine qui l'empêche d'atteindre au sublime, et peut-être au céleste, finalement. Félix critique l'Anglaise pour sa sensualité, voyant en elle la réplique en vice de ce qu'est Henriette en vertu. Ce n'est pas cet argument qui m'aura déterminé pour autant mais plutôt une remarque anodine sur laquelle n'insiste pas Félix mais qui me paraît essentielle : Arabelle n'aime personne. Non qu'elle détestât qui que ce soit, mais plutôt qu'elle voit dans chaque individu quelqu'un d'interchangeable. Séduire Félix ne répond d'ailleurs de son point de vue qu'à une certaine forme de caprice, ou, au mieux de curiosité intriguée. Peut-être aussi parce que Félix est capable d'aimer plus que tout homme : ainsi, la séduction orientalisante qu'exerce Arabelle sur Félix est réciproque. C'est la fidélité, la loyauté à toute épreuve, l'amour inconditionnel de ce jeune homme devenu un puissant qui attire l'attention de la belle Lady. Voilà un homme qui vit au sein d'une cour d'aristocrates et qui n'exerce pas son pouvoir, demeurant simplement sur sa réserve parce que son coeur est ailleurs.

Tomber passionnément amoureux d'Arabelle est très tentant, parce qu'elle est de ces femmes qui inspirent une passion mordante et irrépressible. Passion qui brûle les sens, assurément, mais qui n'atteint pas l'âme. Tout comme Félix, j'aurais pu tomber sous le charme d'une telle femme. Mais j'aurais eu bien du mal à l'estimer en raison de son absence de qualités de coeur.

Il en va autrement d'Henriette. Ses dernières volontés surgissent comme un dévoilement : ainsi, elle a toujours aimé, désiré même Félix, et ce bien au-delà de ce qu'imaginait Félix, puisqu'elle eût parfois souhaité simplement qu'il la brusquât et s'emparât d'elle. Soucieuse de ne pas déroger aux règles de la morale catholique, elle envisageait de placer Madeleine, sa propre fille entre Félix et elle. C'eût été terriblement malsain. En même temps, parce que Henriette est capable de très grands sacrifices, elle souhaite aussi que sa fille soit heureuse, du moins, ne souffre pas autant qu'elle. Or, connaissant la valeur de Félix, faire en sorte que les deux soient liés et s'unissent peut se comprendre. 

Le malheur d'Henriette, c'est de ne pas comprendre suffisamment tôt que l'amour ne se commande pas, même si toute son existence est une vaine lutte contre ce dernier. Sa victoire qui sonne comme une défaite a finalement un prix terrible.

Il y a une certaine facilité à décréter Henriette névrosée parce qu'elle résiste à son désir. Les vertus d'un christiannisme radical ne sont sans doute plus en vogue dans notre société de loisir, de consumérisme et d'apparence.

La dernière lettre d'Henriette m'a fait penser aux confessions de Soeur Emmanuelle. Soeur Emmanuelle a désiré les hommes, et pendant longtemps. Ce désir l'a poursuivi. Mais elle savait aussi que si elle cédait aux plaisirs terrestres, il n'y aurait plus assez d'espace, dans son coeur, pour pouvoir se dévouer. Ce sont sans doute les mêmes pensées qui animent Henriette.

Je suis trop mauvais, méchant et corrompu pour pouvoir éprouver l'amour entier que Félix voue à Henriette. Mais il me reste suffisamment de bon pour reconnaître en elle une grande âme. Une femme exceptionnelle, une mère aimante, une comtesse dévouée, affectueuse et emplie d'empathie pour les gens qui habitent sur ses terres. L'eussé-je rencontrée que je l'eusse admirée comme une soeur, un modèle secret que l'on érige en symbole, mais dont une force irrésistible finit par nous éloigner ; lui ressembler, le seul effet de la volonté ? Non, hélas, je partage le pessimisme d'un Schopenauer : il existe une volonté secrète qui guide nos actions à laquelle nous ne pouvons échapper. Contrairement aux jansénistes, je ne crois pas à la prédestination, si bien que cette volonté secrète ne me semble pas installée à la naissance. Mais, somme de nos accidents de parcours, de données biologiques et de notre expérience, une fois qu'elle est installée, j'ai le sentiment qu'elle est irrépressible, que rien ne peut l'arrêter, tout du moins, en pensée.

J'ai beau pouvoir définir ce qu'est le bien, et assurément, si je me livrais à une définition, je me retrouverais sans difficulté accroché au train du catholicisme, je demeure incapable de le faire, parce que je ne parviens  pas à subjuguer instincts et désirs. Ainsi, c'est Henriette qu'il faudrait aimer, mais c'est sans doute pour Arabelle que j'aurais brûlé, parce que ma part d'ombre l'aurait certainement emporté sur ma part de lumière.

L'Didier n'a pas ces pudeurs-là, lui, Henriette à ses yeux, est une névrosée, et Lady Dudley une vraie femme. Outre qu'il l'a écrit ici en commentaires, il l'a dit aussi quelque part chez lui, mais pas moyen de retrouver où.

Je me demande souvent ce que l'on peut apprendre des livres. Beaucoup, à mon avis. Il y a même certainement des choses que l'on ne peut comprendre que dans des livres, parce qu'on n'aurait sans doute fort peu de chances d'y être confronté dans son existence.

dimanche, 06 mars 2011

Fabuleuse Henriette !...

J'approche désormais de la fin du Lys dans la vallée. Je me demande parfois s'il n'y a pas un âge pour lire certaines histoires, ou, tout du moins, les comprendre. Comment une telle oeuvre a-t-elle pu m'échapper ? Un effet du bachotage ? A l'époque, il s'agissait pour moi d'étudier tout un groupement d'oeuvres : la Nouvelle Héloïse de Rousseau, les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos, Manon Lescaut de l'Abbé Prévost et le Lys dans la Vallée. Le Lys est fabuleux. Henriette est fabuleuse : voilà une femme mère extraordinaire, épouse sainte et entrepreneuse hors-pair, sage entre les sages, capable de comprendre la cour comme un courtisan expert.

Douce, généreuse, emplie de mansuétude, charismatique (elle est appréciée des fermiers qui travaillent pour Clochegourde), cette femme semble parée de toutes les qualités.

Je me demandais il y quelques mois, sur twitter, comment la productivité avait pu croître au fil du temps en Occident. J'ai une réponse claire avec le plan la Comtesse de Mortsauf pour améliorer le rendement de ses terres. C'est elle qui vainc les résistances et de son mari, et de ses paysans, pour les convaincre d'appliquer une nouvelle méthode, l'assolement quadriennal. Il ne faut faire pousser du blé sur la terre qu'une fois tous les quatre ans. Entre temps, on récolte d'autres produits. Pour venir à bout des craintes conservatrices du Comte et des métayers, la Comtesse, fait un test ouvert avec une seule ferme. Ce sont les résultats qui achèvent de convaincre les récalcitrants. 

A cela s'ajoutent les talents d'une DRH : Henriette s'y entend à recruter des occupants de qualité. Elle compte au moins autant sur le facteur humain que sur la technique pour améliorer ses rendements. Ce en quoi elle ne se trompe pas, puisque, devant sa réussite, le Comte de Mortsauf finira par s'approprier l'idée de son épouse.

En même temps, Blanche (le vrai nom d'Henriette) peut être monstrueuse à l'insu de son plein gré, pour plagier une formule célèbre. Si l'on admet que toute son attitude démontre qu'au fond, Félix lui inspire des sentiments, alors il faut entendre comme une révélation terrible son plan secret. 

Lorsque Félix revient après plusieurs mois de liaison passionnée avec la belle Arabelle (Lady Dudley), Henriette ne parvient pas à masquer ses terribles désillusions. Il me semble bien se souvenir qu'elle laisse échapper, alors, à propos de sa fille Madeleine, qui a grandi depuis,  un je vous la réservais ou quelque chose de ce genre. Et j'ai le souvenir que quelque part au milieu de la lettre de Félix, bien avant la «tromperie» de ce dernier, elle prend un air entendu pour dire à Félix qu'elle a des projets, pour Madeleine, qui le concernent...

Tout est dit à demi-mots, mais si j'ai bien compris, alors il y a quelque chose de monstrueux : voilà une femme prête à marier sa fille par procuration à un homme qu'elle aime secrètement parce qu'elle s'interdit de l'aimer comme elle devrait l'aimer, au nom de la morale et de principes catholiques.

Il faudrait que je demande l'avis d'un autre lecteur histoire de voir s'il a bien compris la même chose que moi. L'Didier devrait pouvoir donner son avis s'il passe dans le coin.

 

jeudi, 24 février 2011

Pauvre bonhomme Chabert

Dans la collection des Balzac, en voilà encore un autre que je viens de finir, juste avant d'entamer le Lys dans la Vallée : le Colonel Chabert. Pauvre vieux.

Je me suis longtemps demandé, au fil de ma lecture, s'il parviendrait à faire enfin reconnaître son identité ou non. Je me suis même demandé pendant un temps si sa femme n'était pas sincère : après tout, la demande du vieil homme pouvait sembler incongrue si le colonel Chabert était censé être mort, d'autant que son vieillissement accéléré avait achevé d'en faire un autre homme.

Et puis non. C'était bien lui. Homme droit face à une femme sans scrupules. Sans scrupules ? Allez savoir...Jamais Balzac ne présente les choses sous cet aspect, ou du moins, uniquement dans la bouche de la Comtesse de Féraud ; et même ainsi, il en fait un subterfuge pour mieux tromper le colonel Chabert. La question méritait pourtant d'être posée, et, c'est tout à son honneur, Chabert qui n'avait jamais voulu autre chose que de récupérer son identité, qu'on la reconnaisse, du moins, était tout prêt à laisser, par amour et délicatesse, sa femme vivre sa seconde vie.

Balzac a préféré faire de cette femme un monstre, prête à faire disparaître le colonel une fois sa déclaration écrite de renonciation à son identité entre ses mains. C'est tellement plus agréable de passer du statut de Rose Chapotel à celui de Comtesse d'une famille reconnue...

Dialectique de l'être et de l'avoir : le colonel ne cherche qu'à être ce qu'il est déjà, pas plus, quand les autres veulent avoir toujours davantage, à commencer par Rose.

07:43 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : balzac, chabert, être, avoir, morale |  Facebook | | |

dimanche, 20 février 2011

Réhabilitons Félix (un peu)

Je n'épargnerai rien à mes lecteurs : ils sauront tout (enfin, du moins tout ce que moi j'en pense) du Lys dans la vallée d'Honoré de Balzac. Je fais bien de relire ce livre. J'avais vraiment tout oublié... J'ai été dur avec Félix, je l'ai accusé d'égocentrisme parce qu'il parlait beaucoup de lui. Rendons-lui hommage : ses boquets de fleurs composés avec l'attention particulière d'un compositeur méditant sa symphonie méritent l'admiration et surtout, prouve sa capacité à se dépasser pour l'objet de son amour. Au passage époustouflant Balzac qui énumère en virtuose tout ce que les champs et les prés comptent de plantes à fleurs. J'ai laissé entendre que Félix était surtout en contemplation de lui-même, mais je corrige : il est sincèrement amoureux d'Henriette, puisqu'il est prêt à tous les sacrifices pour elle, même de se faire prêtre.

Je me suis aussi intéressé à ses rapports avec les deux enfants d'Henriette, Madeleine et Jacques. Ils l'attendrissent, mais, est-ce le cas pour ce qu'ils sont ou simplement parce qu'ils sont les enfants d'Henriette ? Félix dit dans un premier temps que tout ce qui est proche d'Henriette mérite attention et amour. J'ai donc d'abord eu le sentiment que les enfants étaient objetisés. Mais par la suite, on sent dans les rapports que Félix entretient avec eux qu'une certaine forme d'autonomie (toute relative, toutefois) se forme entre eux, dans leurs relations. A ce stade-là, toutefois, si Henriette périssait, il est assez probable que les enfants retourneraient à leur statut d'objets d'Henriette. Toute proportion gardée, je vais faire un parallèle qui va faire bondir les puristes : dans la série de JK Rowling, Severus Rogue n'a de l'attention (bien cachée) pour Harry Potter que parce qu'il  a été amoureux de sa mère. Peut-être est-ce dans cette catégorie qu'il faudrait chercher au cas où Henriette périrait, encore que Félix est bien plus tendre et sentimental que Sévérus...

14:22 Publié dans Culture, Lectures | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : balzac, harry potter |  Facebook | | |

mardi, 15 février 2011

Enfance malheureuse, Henriette plus crédible que Félix...

Décidément, je ne comprends pas (ou plutôt, si je comprends ! ) pourquoi il l'a si longtemps jugé mièvre, le Lys dans la vallée, l'Didier. Il est passionnant, cet ouvrage ; je l'ai lu trop jeune, je n'avais plus tout son contenu en tête. Je fais bien d'en refaire la lecture complète. J'avais évoqué l'enfance malheureuse de Félix dont le témoignage ne m'avait guère convaincu. Il en va tout autrement de celui d'Henriette (Madame de Morsauf). Voilà une jeune femme à laquelle on a appris très tôt à ne pas laisser percer d'enthousiasme, sans doute parce que c'était jugé inconvenant. Non, il fallait qu'elle montrât la réserve naturelle qu'on attendait alors d'une jeune fille noble. Bonheur interdit. Toute sa conduite, par la suite, découle de ce postulat profondément intériorisé ; et de avec d'autant plus de force que ses frères étaient morts et qu'on lui avait bien fait comprendre, dans sa famille, qu'on eût préféré que ce fût elle plutôt que les fils. En dépit de son égocentrisme, je l'ai mis en évidence la fois précédente, Félix réalise que sa solitude avait été comme un paradis comparée au contact de la meule sous laquelle son âme fut sans cesse meurtrie. En cette circonstance, il faut reconnaître à Félix un sens édifiant de la métaphore. Le père de Félix était déjà absent, celui d'Henriette n'est pas même nommé. L'un comme l'autre ont souffert de leur rapport avec leur mère (mais aussi de l'absence de rapport avec leur père, même si ni l'un ni l'autre ne l'énonce) et en ont tiré des enseignements relativement similaires : ils ont reporté et l'un et l'autre et l'amour qu'ils auraient voulu recevoir, et celui qu'ils auraient voulu donner. Ce qu'il y a, c'est qu'ils sont à deux étapes différentes de l'existence : Félix est au sortir de l'adolescence, Henriettte est déjà une femme, mère de deux enfants. Félix n'a pas achevé sa mutation quand Henriette est une femme au faîte de son individualité.

Il me faudrait toucher un mot du comte de Morsauf : acariâtre et maladif vieillard, de l'espèce des paranoïaques, capables de mouvements de coeur subits, mais sur le fond, totalement auto-centrés.

Le drame d'Henriette, c'est d'être renvoyé constamment à sa condition de mère ; elle le fait valoir à Félix : elle n'a pas deux enfants, mais trois. Contrainte d'assumer constamment des responsabilités écrasantes avec des moyens limités, et ce jusque dans la gestion quotidienne de leurs maigres biens. L'irresponsable vieillard lui ramène parfois un cadeau de Paris mais ne songe pas à lui donner le nécessaire pour assurer la bonne marche de la maison, contraignant cette dernière à lui exprimer des demandes humiliantes. Henriette l'excuse en assurant que le vieil homme n'y songe pas. Moi, je crois au contraire que ce genre d'individus, qui se plaisent à manifester leur volonté de puissance, utilisent le levier financier comme un instrument de leur puissance afin de mieux assurer leur pouvoir d'humilier.

Balzac m'étonne : il est capable d'une imagination d'une finesse extrême, sans doute de qualités d'observation de la même teneur (ses portraits sont trop réalistes, il ne peut les avoir inventés à 100%) ; s'il comprend tout cela, comment peut-il parfois exprimer des fatuités étonnantes sur les femmes et leur fonctionnement ? Est-ce que finalement, la description qu'il rend des hommes de son temps paraissait normale à la société de son temps ? Est-ce que sa description est si précise qu'elle franchit les frontières du temps en nous permettant nos propres jugements, comme si, finalement, chaque portrait ne sous-tendait rien d'autre que ce qu'il apporte avec lui ?

J'avoue ma perplexité. J'entre dans la Comédie humaine avec le regard neuf du lecteur novice. IL me faudra croiser bien des personnages de cette fiction pour que je n'ébauche ne serait-ce qu'une impression ferme (j'assume l'oxymore).

jeudi, 10 février 2011

Le Lys dans la vallée et les résiliences de Félix

L'Didier m'a inspiré : moi aussi je me suis mis à relire le Lys dans la vallée d'Honoré de Balzac. Contrairement à lui, je n'ai jamais trouvé l'ouvrage mièvre, à l'époque où j'étudais le roman par lettres. L'inconvénient, dirais-je, c'est surtout d'avoir lu ce livre trop jeune. Je viens juste de parcourir les premières pages. Félix de Vandenesse y déroule une existence malheureuse, ignoré et méprisé tant de sa famille que de ses semblables. Balzac se pique de vraisemblance, mais, à vrai dire, je me suis interrogé : Félix se perçoit comme un être aimant, désespérant de trouver de l'affection. Il se refuse à la flagornerie auprès des "puissants" quand il manque de ressources. La question que je me pose est la suivante : comment avec des parents durs sinon absents peut-il avoir développé des valeurs humaines fortes et l'amour de son prochain. Les premières lignes de la lettre à Blanche de Morsauf sont une longue litanie de plaintes. J'ai cru que j'avais ouvert par erreur les Confessions ou les Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau. Je me suis d'ailleurs demandé si Félix avait vraiment souffert dans on enfance ou si le malheureux avait développé au fil du temps une paranoïa singulière, tant le monde entier semble le rejeter, à l'en croire. Sa mère est une folcoche en puissance, pas très loin de la mère d'un Poil de carotte, et le père finalement, de ces pères absents et lâches qui cèdent à des femmes hystériques par ennui ou par faiblesse. En effet, le jour où Félix fait une dette de cent francs, le père est d'avis de faire preuve d'indulgence quand la mère y voit le plus sûr chemin vers le vice (ce en quoi elle n'a pas forcément tort, au demeurant...).

Aimer s'apprend. Pas par un apprentissage scolaire mais tout simplement par imprégnation. Comment ce garçon peut-il avoir appris à aimer s'il n'a pas été lui-même aimé ? Comme je me souviens encore de ma première lecture du roman, il y a plus de 20 ans, il me revient à l'esprit que le Félix se fait renvoyer sur les roses par Natalie de Manerville à laquelle est adressée la lettre. Elle s'exaspère de ce que Félix lui envoie une longue lettre pour ne parler que de l'amour qu'il a éprouvé pour une autre femme, soit-disant pour mieux se faire connaître de sa nouvelle aimée. Natalie conclut qu'elle ne sera pas le nouvel objet de sa passion et le repousse.

J'ai quelque méfiance quant à l'authenticité du témoignage de Félix : un individu qui parle autant de lui se regarde surtout beaucoup. Dès lors, la véracité des comportement qu'il prête à sa mère d'abord, son frère et ses soeurs ensuite, est plus que sujette à caution. Il faut même une sacrée dose d'égocentrisme, et, par suite, en raison de la naïveté de ce sentiment chez Félix, de goujaterie pour raconter si longuement à une femme à laquelle on a déclaré sa flamme son premier amour passionnel. Égocentrisme, naïveté, goujaterie, bêtise, même, finalement. Absence de psychologie la plus élémentaire envers une femme.

Toutefois, un fond de vérité peut substister : Félix en cherchant une femme plus âgée, ce qui n'est pas commun pour les hommes de son temps, cherche peut-être la mère, mère qu'il a le sentiment de ne pas avoir eu. 

En dépit de son égocentrisme forcené, Félix n'est pas un mauvais bougre. S'il peut aimer, c'est qu'il y a une forme de résilience chez lui. Or, toute résilience est l'effet de choses positives que l'on a vécu dans sa vie. Il reste à savoir lesquelles : je ne sais pas si j'en trouverai la trace dans la longue lettre qu'il adresse à Natalie de Manerville. Je serais tenté évidemment d'ajouter qu'il n'est vraiment capable d'aimer qu'une seule personne : lui-même. Attendons de voir avant de pousser l'acte d'accusation...

vendredi, 04 février 2011

Ça alors, Balzac est fashionable !

S'il y a bien une recommandation littéraire que je puis  donner, par les temps qui courent, c'est  la lecture de la grande comédie humaine de Balzac. On se dit vraiment que la France n'a pas changé (ou si peu) en 200 ans. La comédie humaine, c'est vraiment la France des réseaux dans toute son ampleur. 

En la circonstance, j'achève quasiment la lecture du Cabinet des Antiques. Passionnant et impitoyable pour cette aristocratie raffinée mais déliquescente qui achève son déclin, alors même que la bourgeoisie, en plaine expansion, aspire à prendre sa place.

Mais pour le compte, c'est un mot surprenant qui a attiré mon attention : Balzac qualifie Michu, le juge suppléant de Blondet de fashionable ! Incroyable ! Moi qui pensais que c'était un mot exclusivement anglais utilisé dans les magazines tendance pour faire genre on est fashionable... Imaginez ma surprise : j'ai cru l'espace de quelques instants que c'était une faute de frappe, une coquille ou un truc dans le genre. Pas du tout. De toutes façons, le copyright de mon livre de poche (un folio) date de 1999, une époque à laquelle on n'utilisait pas encore le vocable dans le milieu de la mode et des people, à ma connaissance.

Comme Balzac écrit que Michu était indispensable à toutes les parties de campagne, gambadait avec les jeunes personnes, courtisait les mères, dansait au bal et jouait comme un financier et qu'enfin, il s'acquittait à merveille de son rôle de magistrat fashionable, il n'y pas de doute sur le sens à donner à l'adjectif. Un individu fashionable est bien un individu élégant, qui se pique de suivre la mode. Fashionable Balzac ? Trop fort !, Chut faut pas le dire à Didier Goux, il va le virer de sa blogroll.