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mardi, 15 février 2011

Enfance malheureuse, Henriette plus crédible que Félix...

Décidément, je ne comprends pas (ou plutôt, si je comprends ! ) pourquoi il l'a si longtemps jugé mièvre, le Lys dans la vallée, l'Didier. Il est passionnant, cet ouvrage ; je l'ai lu trop jeune, je n'avais plus tout son contenu en tête. Je fais bien d'en refaire la lecture complète. J'avais évoqué l'enfance malheureuse de Félix dont le témoignage ne m'avait guère convaincu. Il en va tout autrement de celui d'Henriette (Madame de Morsauf). Voilà une jeune femme à laquelle on a appris très tôt à ne pas laisser percer d'enthousiasme, sans doute parce que c'était jugé inconvenant. Non, il fallait qu'elle montrât la réserve naturelle qu'on attendait alors d'une jeune fille noble. Bonheur interdit. Toute sa conduite, par la suite, découle de ce postulat profondément intériorisé ; et de avec d'autant plus de force que ses frères étaient morts et qu'on lui avait bien fait comprendre, dans sa famille, qu'on eût préféré que ce fût elle plutôt que les fils. En dépit de son égocentrisme, je l'ai mis en évidence la fois précédente, Félix réalise que sa solitude avait été comme un paradis comparée au contact de la meule sous laquelle son âme fut sans cesse meurtrie. En cette circonstance, il faut reconnaître à Félix un sens édifiant de la métaphore. Le père de Félix était déjà absent, celui d'Henriette n'est pas même nommé. L'un comme l'autre ont souffert de leur rapport avec leur mère (mais aussi de l'absence de rapport avec leur père, même si ni l'un ni l'autre ne l'énonce) et en ont tiré des enseignements relativement similaires : ils ont reporté et l'un et l'autre et l'amour qu'ils auraient voulu recevoir, et celui qu'ils auraient voulu donner. Ce qu'il y a, c'est qu'ils sont à deux étapes différentes de l'existence : Félix est au sortir de l'adolescence, Henriettte est déjà une femme, mère de deux enfants. Félix n'a pas achevé sa mutation quand Henriette est une femme au faîte de son individualité.

Il me faudrait toucher un mot du comte de Morsauf : acariâtre et maladif vieillard, de l'espèce des paranoïaques, capables de mouvements de coeur subits, mais sur le fond, totalement auto-centrés.

Le drame d'Henriette, c'est d'être renvoyé constamment à sa condition de mère ; elle le fait valoir à Félix : elle n'a pas deux enfants, mais trois. Contrainte d'assumer constamment des responsabilités écrasantes avec des moyens limités, et ce jusque dans la gestion quotidienne de leurs maigres biens. L'irresponsable vieillard lui ramène parfois un cadeau de Paris mais ne songe pas à lui donner le nécessaire pour assurer la bonne marche de la maison, contraignant cette dernière à lui exprimer des demandes humiliantes. Henriette l'excuse en assurant que le vieil homme n'y songe pas. Moi, je crois au contraire que ce genre d'individus, qui se plaisent à manifester leur volonté de puissance, utilisent le levier financier comme un instrument de leur puissance afin de mieux assurer leur pouvoir d'humilier.

Balzac m'étonne : il est capable d'une imagination d'une finesse extrême, sans doute de qualités d'observation de la même teneur (ses portraits sont trop réalistes, il ne peut les avoir inventés à 100%) ; s'il comprend tout cela, comment peut-il parfois exprimer des fatuités étonnantes sur les femmes et leur fonctionnement ? Est-ce que finalement, la description qu'il rend des hommes de son temps paraissait normale à la société de son temps ? Est-ce que sa description est si précise qu'elle franchit les frontières du temps en nous permettant nos propres jugements, comme si, finalement, chaque portrait ne sous-tendait rien d'autre que ce qu'il apporte avec lui ?

J'avoue ma perplexité. J'entre dans la Comédie humaine avec le regard neuf du lecteur novice. IL me faudra croiser bien des personnages de cette fiction pour que je n'ébauche ne serait-ce qu'une impression ferme (j'assume l'oxymore).

Commentaires

Vous feriez un bien bon critique littéraire !!! Je vais me remettre à Balzac moi aussi...

Écrit par : estelle92 | mardi, 15 février 2011

http://www.youtube.com/watch?v=nmjME85Ii9Q

http://www.youtube.com/watch?v=KKV9KechLi4

http://www.dailymotion.com/video/xg7vg4_t-as-vu-t-as-pas-vu-v_news

http://livre.fnac.com/a2916692/Will-Mael-Nyamat-Francais-de-fait-et-de-droit?Fr=3&To=0&Nu=1&from=3&Mn=-1&Ra=-1
http://nyamat2012.canalblog.com/

Écrit par : jean durand | mardi, 15 février 2011

@jean durand
rapport avec le thème du billet ?

Écrit par : l'hérétique | mercredi, 16 février 2011

@estelle
merci ! Oh, comme critique littéraire, je ne sais pas. Le prochain billet va réhabiliter Félix que j'ai jugé fort sévèrement jusqu'ici...

Écrit par : l'hérétique | mercredi, 16 février 2011

C'est surtout le vieux Mortsauf que vous jugez bien sévèrement. Balzac, lui, ne dissocie jamais ses traits de caractère du choc qu'il a subi, à savoir l'émigration.

Écrit par : Didier Goux | mercredi, 16 février 2011

@Didier Goux
J'avais lu votre analyse sur ce point. Oui, Morsauf a subi un choc avec l'émigration, mais si ses crises nerveuses sont à mettre en rapport avec les vicissitudes de son existence pendant les troubles révolutionnaires, son tempérament n'en est pas un effet.
Oh, je suis capable de mansuétude, comme vous allez pouvoir le constater d'ici peu à la suite de ma future note sur Félix. Je pressens que la cueillette minutieuse et poétique des fleurs vous a quelque peu agacé : me trompé-je ? Y voyez-vous la mièvrerie qui vous était apparue lors de votre première lecture ?

Écrit par : l'hérétique | mercredi, 16 février 2011

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