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dimanche, 06 mars 2011

Fabuleuse Henriette !...

J'approche désormais de la fin du Lys dans la vallée. Je me demande parfois s'il n'y a pas un âge pour lire certaines histoires, ou, tout du moins, les comprendre. Comment une telle oeuvre a-t-elle pu m'échapper ? Un effet du bachotage ? A l'époque, il s'agissait pour moi d'étudier tout un groupement d'oeuvres : la Nouvelle Héloïse de Rousseau, les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos, Manon Lescaut de l'Abbé Prévost et le Lys dans la Vallée. Le Lys est fabuleux. Henriette est fabuleuse : voilà une femme mère extraordinaire, épouse sainte et entrepreneuse hors-pair, sage entre les sages, capable de comprendre la cour comme un courtisan expert.

Douce, généreuse, emplie de mansuétude, charismatique (elle est appréciée des fermiers qui travaillent pour Clochegourde), cette femme semble parée de toutes les qualités.

Je me demandais il y quelques mois, sur twitter, comment la productivité avait pu croître au fil du temps en Occident. J'ai une réponse claire avec le plan la Comtesse de Mortsauf pour améliorer le rendement de ses terres. C'est elle qui vainc les résistances et de son mari, et de ses paysans, pour les convaincre d'appliquer une nouvelle méthode, l'assolement quadriennal. Il ne faut faire pousser du blé sur la terre qu'une fois tous les quatre ans. Entre temps, on récolte d'autres produits. Pour venir à bout des craintes conservatrices du Comte et des métayers, la Comtesse, fait un test ouvert avec une seule ferme. Ce sont les résultats qui achèvent de convaincre les récalcitrants. 

A cela s'ajoutent les talents d'une DRH : Henriette s'y entend à recruter des occupants de qualité. Elle compte au moins autant sur le facteur humain que sur la technique pour améliorer ses rendements. Ce en quoi elle ne se trompe pas, puisque, devant sa réussite, le Comte de Mortsauf finira par s'approprier l'idée de son épouse.

En même temps, Blanche (le vrai nom d'Henriette) peut être monstrueuse à l'insu de son plein gré, pour plagier une formule célèbre. Si l'on admet que toute son attitude démontre qu'au fond, Félix lui inspire des sentiments, alors il faut entendre comme une révélation terrible son plan secret. 

Lorsque Félix revient après plusieurs mois de liaison passionnée avec la belle Arabelle (Lady Dudley), Henriette ne parvient pas à masquer ses terribles désillusions. Il me semble bien se souvenir qu'elle laisse échapper, alors, à propos de sa fille Madeleine, qui a grandi depuis,  un je vous la réservais ou quelque chose de ce genre. Et j'ai le souvenir que quelque part au milieu de la lettre de Félix, bien avant la «tromperie» de ce dernier, elle prend un air entendu pour dire à Félix qu'elle a des projets, pour Madeleine, qui le concernent...

Tout est dit à demi-mots, mais si j'ai bien compris, alors il y a quelque chose de monstrueux : voilà une femme prête à marier sa fille par procuration à un homme qu'elle aime secrètement parce qu'elle s'interdit de l'aimer comme elle devrait l'aimer, au nom de la morale et de principes catholiques.

Il faudrait que je demande l'avis d'un autre lecteur histoire de voir s'il a bien compris la même chose que moi. L'Didier devrait pouvoir donner son avis s'il passe dans le coin.

 

Commentaires

Splendeur d'un âge d'or désormais perdu, voici résumé le monde rural de notre hexagone perçu dans sa version aristocratique. La France n'a pas connu cette "faim des terres" que les journaliers agricoles italiens, grecs et espagnols ont connu dans les pays méditerranéens un demi siècle plus tard. D'où la possibilité pour Balzac de se constituer un "réservoir" de figures littéraires éminentes, à la fois riches, complexes et diversifiées. Il est peut probable que les littératures européennes aient atteint un tel degré d'excellence dans la description des différentes strates sociales considérées. On retrouvera toujours chez Balzac le souci d'une grande exhaustivité dans le choix des portraits physique et moral des personnages. Avec cet auteur littéraire de renom, est enfin atteint la quête de l'équilibre français, auxquels se sont ajoutés un peu plus tard les grandes plumes des disciplines des sciences historiques et géographiques. Ce grandiose patrimoine intellectuel, c'était peut être cela, au fond, l'exception française. A l'époque, on ne la percevait pas comme tel, car elle allait sans doute de soi.

Écrit par : Jourdan | dimanche, 06 mars 2011

Eh oui les physiocrates en livres!

Écrit par : romain blachier | dimanche, 06 mars 2011

@Jourdan
Il est extraordinaire. J'aborde Arabelle dans le prochain billet.
@romain
qui ? Balzac ?

Écrit par : l'hérétique | dimanche, 06 mars 2011

C'est exactement ça : Henriette est une tordue névrosée doublée d'une peine-à-jouir et d'un petit tyran domestique. Détestable, quoi.

Écrit par : Didier Goux | lundi, 07 mars 2011

Effectivement l' hérétique, je la trouve aussi assez perverse.
Comment une femme si avertie en ce qui concerne les affaires terriennes peut-elle demander à un jeune homme: "-Aimez moi, comme m'aimait ma tante"?

Écrit par : Martine | lundi, 07 mars 2011

Confirmation !
Je viens de lire sa lettre finale à Félix et elle lui avoue qu'elle lui destinait bien Madeleine. Pour se créer un obstacle entre Félix et elle, en fait.

Écrit par : l'hérétique | lundi, 07 mars 2011

Mouais, vous omettez aussi ceci:
"Je suis, vous le voyez, toujours égoiste; mais n'est-ce pas la preuve d'un despotique amour? Je veux etre aimée par vous dans les miens. N' ayant pu etre à vous, je vous lègue mes pensées et mes devoirs!"

Écrit par : Martine | lundi, 07 mars 2011

Les commentaires sont fermés.