mercredi, 07 mars 2012

Bien plus de débiles congénitaux qu'on ne l'imagine...

Marianne2 m'a fait l'honneur de reprendre l'un de mes derniers billets sur l'affaire Betty Coton. J'y conchiais le crétinoïde paré du titre de prof qui lit des scènes de viol et de mutilations sexuelles à des enfants de 9-10 ans pour les sensibiliser à ce que fut l'esclavage.

J'ai remarqué depuis un moment qu'il y a comme un problème de cerveau chez pas mal de commentateurs d'articles et de billets, sur la Toile. Les crétinoïdes, comme les mouches volent généralement en escadrille et s'abattent comme des mouches à m... sur une bouse de première qualité sur les fils de discussion.

Là, j'ai touché le jackpot avec mon dernier billet. Florilège.

"A cet âge, j'ai vu des choses plus violente tout simplement en regardant les informations. Il n'y a que vous que cela choque alors grandissez !"

"Votre indignation est d'une niaiserie sidérante. Pourquoi masquer le réle ausx enfants gavés de virtuel violent. Et cet appel à Montesquieu pour parler du "mal fait aux Africains !"

"Leur raconter l'esclavage en leur disant simplement que le méchant blanc a fait travailler le gentil noir équivaudrait à leur expliquer que la guerre 40, comme toutes les guerres, a malheureusement occasionné beaucoup de morts et de blessés."

Voyons : au fond, la vraie question, c'est de déterminer s'ils sont débiles par nature ou bien si leur crétinerie est un caractère acquis au fil du temps.

On leur parle de sensibilité de très jeunes enfants à ces débiloïdes attardés mais fanfaronnant tout de même, et leur argument c'est d'expliquer que tout va bien, Madame la Marquise, c'est normal de raconter des scènes de mutilations sexuelles à des enfants. Tout à fait normal. Le monde est violent. 

kiçonkons. C'en est désespérant. Zarma, nique sa race,  nardem' mouk, j'espère qu'il n'y en a pas un qui est prof ou qui s'occupe d'enfants dans le tas.

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vendredi, 11 février 2011

Médée était un homme

Olympe me reprochait hier, en commentaires, à la suite du billet que j'ai écrit sur les deux petites jumelles disparues, de choisir Médée comme bouc-émissaire de ces géniteurs qui tuent leur descendance ; elle observait que dans 95% des cas, ce sont les hommes et non les femmes qui commettent l'infanticide. Il y a bien plus d'Atrée et de Pélops que de Médée.

Elle ra raison. Je ne suis pas croyant. J'aimerais l'être, non pour pardonner, mais pour pouvoir souhaiter la damnation à Matthias Schepp. Hélas, je n'ai guère d'illusions, même si j'aimerais, là encore, croire pour pouvoir implorer un miracle. Comment a-t-il pu tuer ses deux adorables petites filles ? J'en suis malade chaque fois que je vois les titres qui s'affichent dans mon reader.

Je crois que c'est pour nous purifier, que les grands dramaturges grecs ont écrit leurs tragédies. Aristote avait raison  : Euripide, Sophocle, Eschyle, leurs oeuvres, en réalité, ont une finalité cathartique. Les histoires terribles dont ils dénouent le fil sont là pour nous montrer le destin qui attend ceux qui vont contre les lois divines. Créon enterre Antigone vivante et refuse une sépulture décente à Polynice, sa fin sera misérable. Nous devons être terrifiés par ce sort funeste afin de ne pas être tentés de les imiter.

J'ai une épouvante qui me saisit à lecture de l'histoire sinistre de Matthias Schepp. Sa famille vient de communiquer pour rappeler qu'il fut, dit-elle, un homme affectueux pour lequel sa famille était tout. Impossible. Impossible, non au sens où des faits pourraient contredire ces affirmations, mais au sens où sa fin et celle qu'il a sans doute réservée à ses deux petites révèlent le fond de sa personnalité. Tuer ses enfants, c'est la marque avant tout d'un égocentrisme monstrueux. C'est croire que sa famille, sa descendance, n'est qu'une émanation de soi, et qu'elle doit donc disparaître avec soi. Matthias Schepp a peut-être été victime d'un trouble mental, mais ce n'est pas suffisant pour expliquer son crime horrible. Il faut un fond culturel, dont il n'est d'ailleurs pas le seul comptable, qui considère l'enfant comme une propriété des parents.

Non, non et non, les parents ne font pas ce qu'ils veulent avec leurs enfants. Ils en sont juste responsables, ce qui est autre chose. Commençons par battre en brèche cette idée répandue, pour, peut-être, contribuer à éviter des drames et des conduites épouvantables. Une fois encore je relève la pertinence du propos de Maria Montessori qui éclaire d'une lumière particulière ces jours sombres : l'adulte a une mission sacrée, celle de veiller à assurer l'atmosphère la plus bienveillante et amicale possible pour son enfant. Il n'a pas un droit imprescriptible de décider de son destin. Je préfère croire que le plan secret de la nature, sorte de miracle immanent, se déroule selon une trajectoire qu'il ne nous appartient pas de contrarier mais au contraire de faciliter.

Mon Dieu, si tu existes, que j'aimerais qu'un miracle se produisît, ou alors, si le pire s'est produit, s'il y a quelque chose après la mort, que tu accueilles Alessia et Livia, d'où qu'elles viennent et où qu'elle soient.

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mercredi, 19 janvier 2011

Euthanasie et cris d'orfraie réacosphériques

Tiens, c'est mon affreux libéral de service qui va faire une drôle de tronche en lisant mon billet : le voilà qui soupçonne ces vieux barbons de sénateurs de vouloir buter les vieux parce qu'ils s'apprêtent à légaliser l'euthanasie. Et en plus il prend à témoin la cathosphère.

Je n'ai jamais eu cette sorte d'adoration assez étrange des conservateurs et des chrétiens pour la vie en tant que telle (pas qu'eux d'ailleurs : à gauche, l'idée chrétienne que toute vie doit être préservée à fait aussi son chemin chez les laïcs). La vie, à mon sens, est d'abord ce que l'on décide d'en faire. Dans l'Antiquité, les platoniciens, les stoïciens, les épicuriens n'hésitaient pas à appeler à devancer la mort et ne la craignaient pas. 

Autant de terrifiants soupçons m'incitent à la plus grande réserve lorsque l'on évoque l'avortement, car on ne peut en aucun cas parler de choix pour une vie qui éclot autant, à l'inverse, pour une existence qui s'achève, la pensée consciente me paraît capable de fixer elle-même quel doit être son terme.

Je crois qu'il faut bien distinguer l'euthanasie du suicide consécutif à une pathologie mentale, qu'elle soit permanente ou temporaire. Koz craint qu'une loi sur l'euthanasie marque la fin du développement des soins palliatifs. Je ne le crois pas. Je crois surtout que l'euthanasie en marque la limite.

Sophisme que celui d'Hashtable et Koz qui associent peine de mort et euthanasie. L'euthanasie n'est pas une peine, c'est une délivrance. Rien à voir avec une peine judiciaire. Hashtable affirme que les lois actuelles sont suffisantes, et de citer la loi 22 avril 2005 du code de la santé publique. Dans la loi actuelle, qui juge de la pertinence ou non de soins curatifs ? Le médecin et exclusivement le médecin. Allons, mon affreux libéral favori : alors ? On n'est plus assez grand pour savoir ce que l'on peut faire ou non de son existence ? On ne parle pas d'une euthanasie de confort, en la circonstance. Le sujet est grave et sérieux. 

Toute personne capable, majeure, en phase avancée ou terminale d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable, lui infligeant une souffrance physique ou psychique, qui ne peut être apaisée ou qu'elle juge insupportable peut demander à bénéficier d'une assistance médicalisée permettant par un acte délibéré une mort rapide et sans douleur.

Ouf, on demande enfin l'avis du mourant en phase terminale, puisque l'amendement en appelle au jugement de ce dernier. On a enfin le droit de dire "j'ai mal" sans qu'un bon praticien ne vienne répliquer "mais non mais non, ne faites pas l'enfant, mon ami, voyons...". Ce n'est pas un choix de bien-portants pour les mourants, mais au contraire celui des mourants à la place des bien-portants. Seul un ressuscité pourrait juger, et encore, de la pertinence ou non de cette demande. Voilà qui clôt ce point.

Koz pense qu'en légalisant l'euthanasie, note société rompt avec l'interdit de donner la mort : faux ! c'est l'individu qui fait ce choix, pas la société à sa place (comme dans la peine de mort ou l'avortement, par exemple). Il assimile l'euthanasie à un jugement de valeur sur la qualité de l'existence d'autrui. Que vient faire cette réflexion sur la dignité dans ce débat ? Il ne s'agit pas de dignité mais de souffrance, ne jouons pas avec les mots, svp.

L'euthanasie n'est pas une démission collective : elle marque les limites de notre savoir médical et le choix désespéré mais raisonné, pour autant qu'il puisse l'être, de l'individu au terme de son existence. Et ce n'est pas le fruit d'une société matérialiste et égoïste mais au contraire qui se penche sur la souffrance de l'un des siens.

La mort ne doit pas être hâtée, se récrie Koz, c'est un moment qui doit être vécu. Ah bon. Ah, c'est mieux d'agoniser le plus longtemps possible, alors ? On peut aussi s'immoler au chalumeau pour faire durer le plaisir.

Je donne en revanche complètement quitus à Koz de s'inquiéter de dérives. L'extension envisagée en mars 2008 aux enfants déments est 200% inadmissible. L'euthanasie doit impérativement finir là où s'arrête le libre choix de l'individu. Ce devrait être un préambule clair et affirmé.

A nous d'être vigilants. Il est vrai que pour ma part, je me suis toujours opposé à la peine de mort en raison des graves et lourdes dérives auxquelles elle a donné lieu quand elle a été appliquée, y compris en démocratie. Si jamais il s'avérait que l'euthanasie aboutisse par la suite à des dérives semblables (mises à mort sans consentement éclairé des individus) bien entendu, ma position sur le sujet évoluerait radicalement. De tous les arguments que donne Koz, c'est d'ailleurs le seul qui me semble véritablement recevable.

Je juge d'ailleurs très inquiétant et regrettable que ce soit un parti libéral et démocrate, l'OVLD (Parti libéral et démocrate flamand), membre de l'ADLE, qui promeuve cette extension par la voix de Bart Tommelein.

Cette proposition me paraît très grave et me paraît aux antipodes de la philosophie libérale qui place l'individu, sa responsabilité et ses choix au coeur de l'action humaine. Au minimum, elle exigerait de demander l'avis de l'enfant (l'âge de décision est évalué à 7 ans en Belgique). Mais je peine à déterminer comment le consentement d'un enfant pourrait être éclairé. Je crois toutefois comprendre que l'intention de Bart Tommelein n'était pas foncièrement mauvaise, puisqu'il s'agissait de prendre en considération la souffrance de l'enfant.

Ce qui m'a révolté, in fine, c'est la mention de la démence qui me semble 100% hors de propos dans de telles circonstances. 

Enfin, concernant l'enfance, j'ai quelque peine à associer à ce qu'elle représente l'idée de fin de vie. L'enfance, c'est la vie qui commence. On ne peut présager de son issue.

 

12:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vie, mort, enfance, euthanasie | | |  Facebook

samedi, 14 août 2010

Socialisme et libéralisme dans les bacs à sable

Passionnant d'observer de petits enfants dans les bacs à sable. S'y dessinent les grandes tendances philosophiques de la société dans laquelle nous vivons.

Il y a ceux qui prêtent au tout venant pelle et râteau, trottinette et petite poussette. Il y a ceux qui s'en emparent : les uns de force, les autres à la dérobée. Il y a ceux qui tournicotent autour des heureux possédants avec un regard d'envie (leurs frustrations d'enfance les conduiront-il au NPA ou au Front de Gauche ?).

S'il y a des prêteurs, il y a aussi des emprunteurs : les uns oublient de rendre, les autres deviennent prêteurs le lendemain.

Il y a ceux dont la main posée sur le camion garantit que l'objet est leur propriété. Certains refusent tout prêt, d'autres utilisent leurs biens comme monnaie d'échange, d'autres enfin les prêtent mais les suivent d'un regard qui vaut bien un fil invisible.

D'autres encore jettent un oeil suspicieux sur l'étranger (rassure-toi, lecteur, ils ne finiront pas forcément FN ni même sarkozyste...).

Plus rarement, de petits chefs cherchent déjà à imposer leur loi, tandis que des bandes pré-délinquantes essaient de semer la terreur, le tout sous l'oeil indifférent de leurs parents (devinez pour qui les baffes se perdent...).

 

08:36 Publié dans Insolite, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : enfance, politique | | |  Facebook

dimanche, 21 février 2010

Le ski sympa ? pas pour les petits...

J'imagine qu'un certain nombre de Français vont tranquillement faire connaissance avec le manteau enneigé des belles montagnes françaises.

Ouais, c'est sympa pour les adultes. Sympa aussi pour les enfants. Mais pour les plus petits, les 2-4 ans, quand je vois les bras cassés qui s'en occupent dans les écoles de ski, je suis déjà plus sceptique. On voit bien que ça les emmerde, les mecs et les nanas de s'occuper de petiots. Il faut s'arrêter, il y en a qui pleurent, d'autres qui ont froid, d'autres encore qui veulent papa et/ou maman, et cetera...

Je me souviens d'en avoir vu une ribambelle avec pas moins de neuf moniteurs de ski : ils les faisaient descendre une sorte de vague petite côte d'une quinzaine de mètres chacun, puis les remontaient par une sorte de tapis. Bilan, deux heures à se cailler dans le froid pour trois descentes avec des moniteurs qui leur beuglaient "pointu, pointu, nom de D..." pour leur apprendre le chasse-neige, et qui râlaient quand un petit voulait passer aux toilettes. Des moniteurs de l'ESF, au fait. Oui, monsieur, oui, madame, on a pignon sur rue, on est accueilli par une hôtesse "djeun's", pas toujours aimablement, au demeurant, mais on est infoutu de s'occuper des petits.

Alors quand on veut travailler dans le périmètre de la petite enfance, il faut au minimum aimer cela et avoir quelques compétences dans le domaine.

Songez à vos plus plus petits si vous partez à la montagne, et ne vous laissez pas avoir par les bonimenteurs...dans bonimenteurs, il y a menteurs...

07:07 Publié dans Insolite | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ski, enfance, petit, petite enfance, esf | | |  Facebook

samedi, 13 février 2010

Le bon prof...

Tiens, Isabelle m'a taggué depuis un moment sans que je ne réponde. Je mets à profit un petit temps de tranquillité pour répondre.

Je n'ai pas d'idée forcément claire et définie de ce qu'est le bon prof. Je pense qu'il en va de la profession d'enseignant comme de toutes les autres. Une majorité ordinaire, une minorité pas fameuse voire nulle, et une minorité encore moindre excellente.

Quelles qualités doit avoir un enseignant ?

La première d'entre elles, à mes yeux, c'est l'humanité, c'est à dire la bienveillance. A fortiori quand l'enseignant s'occupe d'enfants, et plus encore quand ces enfants sont vulnérables (les plus petits en particulier, les enfants «différents», ou encore handicapés.

Être bienveillant, c'est une bonne chose, mais pour pouvoir exercer cette bienveillance, il faut aussi de l'empathie, c'est à dire pouvoir ressentir ce que l'autre ressent. Je pense que c'est très difficile, pour un adulte, de comprendre un enfant s'il ne se souvient pas de l'enfant qu'il a été. L'empathie est la forme la plus élémentaire et innée de la psychologie ; elle peut se travailler en étudiant la discipline ad hoc.

Ensuite, idéalement, la patience est une qualité majeure : pour pouvoir répéter, reprendre, expliquer, accompagner chaque enfant à son rythme, oui, je le crois, il faut être patient.

Tout comme Maria Montessori, je crois que les enfants aiment naturellement l'ordre, car l'ordre les rassure. Un enseignant ordonné ne sera pas forcément apprécié de ses étudiants, car il faut d'autres atouts pour cela, mais, très certainement, il leur offrira un cadre solide pour évoluer ; les terrains mouvants ne sont pas propices à ceux qui font leurs premiers pas, et, me semble-t-il, c'est le cas de chaque âge de l'enfance, à la mesure des découvertes qui lui sont propres.

Au-delà des qualités morales, viennent ensuite celles qui sont de nature disciplinaire : il faut être maître en sa discipline pour pouvoir prendre des risques dans le choix de sa pédagogie. Donc, plus l'enseignant est formé et maîtrise les arcanes de son savoir, plus il peut de choses différentes, et l'aborder sous des angles multiples. Sacrifier le savoir disciplinaire dans les concours sous prétexte que la pédagogie serait première, opposer didactique et pédagogique, c'est une très grave erreur. Je pense donc qu'un agrégé a plus d'opportunités (même si ce n'est pas une fatalité) d'être meilleur enseignant qu'un certifié, a fortiori qu'un contractuel.

Tout comme Isabelle, je crois à l'éducabilité universelle, mais pas à la caricature fumeuse qu'en a faite la gauche. Je crois que chaque enfant peut-être éduqué, mais, là encore, tout comme Maria Montessori, je tends à penser que la nature (Dieu si j'étais croyant) a son plan secret pour chaque enfant. Tous les enfants passent à un moment donné par des étapes qui leur sont communes, comme des balises, mais, le chemin qu'ils empruntent leur est propre.

L'Éducation de masse s'oppose donc à ces parcours individuels, parcours diversifiés que le MoDem aborde dans son programme sans oser le développer jusqu'au bout, tant, s'il fallait poursuivre le raisonnement jusqu'à son terme, tout le système scolaire sur lequel notre éducation nationale repose viendrait à s'effondrer.

Un enseignant qui n'imagine pas que chaque être puisse être éduqué ne peut pas, à mes yeux, être un enseignant. J'en profite, d'ailleurs, pour regretter le terme même d'éducation : éducation vient du verbe duco, en latin, qui signifie guide, conduire. L'étymologie même du mot sous-tend une nécessaire substitution d'une volonté extérieure à celle de celui que l'on éduque. C'est quelque chose qui me gêne et qui m'a toujours gêné. Je préfère de loin les vues de Maria Montessori, chargeant l'adulte de préparer l'ambiance, l'atmosphère bienveillante, qui permettra à chaque être de construire l'homme, la femme qu'il doit être un jour, de développer l'embryon spirituel qu'il est à sa genèse.

A ce stade, je dois admettre que je ne suis plus dans la réalité, mais dans l'idéal ; un enseignant, nous, parents, adultes, ne devrions pas être des éducateurs, mais des accompagnateurs chargés de la plus noble mission qui soit : garantir à l'enfant dont nous avons la charge les conditions optimales pour que sa volonté secrète puisse réaliser ses propres desseins, absorber les connaissances comme l'éponge psychique qu'il est à l'état naturel.

Je crois, et là encore, je rejoins Maria Montessori, que dans sa petite enfance, l'enfant détient des pouvoirs et des aptitudes extraordinaires qu'il n'aura plus jamais par la suite, dans son existence. Loin de contrarier ces aptitudes, nous devons prendre conscience des périodes sensibles où elles se manifestent, et ne rien faire pour les contrarier.

Je m'égare, finalement, mais je conclurai en ajoutant une dernière qualité, à propos du bon prof : il ne doit pas juger  son élève sur ce qu'il est, mais sur ce qu'il fait, car seuls les actes peuvent être jugés. Pour la même raison, il doit respecter son intimité, parce que cette intimité participe de son être (dire des notes à voix haute, sans l'accord de l'enfant, par exemple, cela peut être humiliant ou occasionner un gêne). Pour moi, cette dernière condition a un nom : cela s'appelle le respect.

J'aurai un dernier mot sur l'école inclusive qui est chère à Isabelle : oui, et mille fois oui. Sans être la panacée, voilà un concept qui interroge  et examine les apprentissages non sous l'angle de la faisabilité mais sous celui de leur accessibilité à chaque enfant. Non pas pour écarter tel ou tel apprentissage, mais bien pour trouver le chemin particulier qu'un enfant empruntera pour se l'approprier.

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mercredi, 20 janvier 2010

Internet pour les ados, une Porsche sans permis...

Passionnant l'entretien du dernier numéro de l'Itinérant avec Béatrice Copper-Royer, une psychologue spécialisée dans la clinique de l'adolescent. Elle y considère que les adolescents ont perdu le sens de l'intimité et de la pudeur dès lors qu'ils évoluent dans des univers virtuels. Internet est un terrain semé de chausse-trappe qui se dérobe à tous moments sous les pieds de ceux qui n'en connaissent pas les méandres. Des adolescentes refuseraient de poser nues IRL (in real life) mais parce qu'Internet a un pied dans le virtuel et un autre dans la réalité, elles n'hésitent pas à s'exposer en toute inconscience sur le net. Ce qui est gravissime, c'est que le pied virtuel d'Internet masque fourbement le pied bien réel, lui. La pornographie est devenue si accessible qu'elle a envahi l'imaginaire érotique de l'adolescence, sans même que cette jeunesse-là, par absence de maturité, n'en ait réellement conscience.

Notre société est obnubilée par le corps et l'image du corps. Il faut rester jeune, en forme, performant...les adolescentes n'échappent pas à cette prégnance et développent une forme de narcissisme exacerbé.

Le piège est pourtant prompt à se refermer sur l'imprudente. Un cliché de poitrine devient très vite, entre les mains d'un maître-chanteur pervers, une pièce maîtresse pour amener l'enfant vers des photographies pédopornographiques.

Les adolescentes et les adolescents ne réalisent pas qu'ils n'ont aucun contrôle sur ce qu'ils diffusent : un vieux proverbe latin dit que les paroles s'envolent, mais que les écrits demeurent (verba volant, scripta manent). Les adolescents sont complètement dépassés par l'outil qu'ils ont entre les mains : comme l'image très subtilement Béatrice Copper-Rover, le net, c'est une Porsche que l'on donnerait à conduire à des gamines de 13 ans sans permis.

Plus que jamais, l'éducation à l'usage d'internet, les filtres, les signalétiques, sont nécessaires ; je n'en suis pas moins sceptique, voire pessimiste : les adolescents ont de grandes difficultés à se projeter dans l'avenir. Il n'y a là rien d'étonnant, c'est neurologique, leurs cerveaux ne sont pas achevés et leur conscience du temps n'est pas la nôtre. En réalité, Internet a été conçu par les adultes pour les adultes. Rares sont ses acteurs à avoir développé une réflexion particulière pour l'enfance et l'adolescence. Toutes les mesures prises aujourd'hui ne sont que des cautères tardives et inopérantes pour tenter d'enrayer le mal qui se répand comme une gangrène...

14:44 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : enfance, adolescence, internet | | |  Facebook

mardi, 01 décembre 2009

Société protectrice des Dindons

Le dernier billet de Laurent a attiré mon attention : c'est une histoire de dindons. Notez, ça tombe bien, thanksgiving est encore tout proche...Il relate l'histoire d'un gamin qui a tué un dindon d'un caillou dans la tête. A vrai dire, la réaction de la narratrice, la mère du gamin en question, m'a exaspéré : elle transforme en exploit ce qui n'est, en réalité, un acte de cruauté gratuit. Laurent est partisan de ne pas culpabiliser l'enfant (11 ans) qui s'en est pris au dindon. Ce n'est pas mon avis. Je pense, au contraire, que l'acte mérite une sanction exemplaire. La mère est vraiment une abrutie : les voisins avaient réagi comme il convenait en enguirlandant le "sauvageon". Et la voilà qui transforme la brutalité gratuite en haut fait d'armes et exploit de chasse ! En fait, à lire sa réaction, je vois tout à fait pourquoi son fiston a balancé la caillasse dans la tête du volatile : comme la mère tombe en pamoison devant les faits et gestes de son petit chéri, évidemment, il n'a pas de limites.

Pour ma part, j'estime que donner la mort pour le plaisir à un animal, c'est une limite importante et un acte grave. Heureusement, il y a eu des réactions, et, à défaut de celles de sa mère, l'enfant aura au moins appris qu'on ne peut pas jouer avec la vie d'un être pour s'amuser. Quant à invoquer le nombre de dindons, entendons-nous : si c'est la mère qui a donné comme consigne à l'enfant de chasser les dindons à coups de cailloux, l'acte de l'enfant est moins inquiétant, mais, dans ce cas, c'est elle qui doit assumer les conséquences de ses actes. S'il y a trop de dindons dans la ville, c'est aux pouvoirs publics d'intervenir, pas à un particulier, et certainement pas via un enfant.

10:00 Publié dans Insolite | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : enfance, dindon, violence, cruauté | | |  Facebook

mercredi, 29 juillet 2009

Il faut réhabiliter le travail des adolescents

J'espère me faire traiter au moins une fois de sale capitaliste droitier, salaud d'exploiteur du peuple (je suis très sensible à la flatterie et rien ne me fait plus plaisir que l'on me dise que je suis un sale droitier réactionnaire) ou pire encore, de  néolibéral avec ce billet.

Puisque l'on évoque la dérégulation du droit du travail,  il y a une dérégulation à laquelle je suis favorable : autoriser le travail des enfants (du moins, des adolescents). J'ai lu intégralement le deuxième livre de Maria Montessori, De l'enfant à l'adolescent, et elle l'envisage très sérieusement.

Au début du chapitre Métamorphoses, elle écrit ceci à propos de l'enfant (07 à 12 ans) et l'argent : il faut, entre autres réalités, qu'il se rende compte de ce que doit représenter l'argent. Sans l'argent nous pourrions nous promener au milieu des choses les plus merveilleuses sans jamais pouvoir y toucher. Nous serions comme un oiseau dont le bec serait cassé, et qui mourrait de faim sur un tas de grains. L'argent est le moyen qu'a l'homme de se procurer les objets ; c'est pour cela qu'il emprunte un grand intérêt. Nous devons le considérer comme la «la clef de métal» qui ouvre la porte de la supernature. Il faut donc que les enfants acquièrent une expérience personnelle en achetant eux-mêmes des objets, et qu'ils se rendent compte de ce qu'ils peuvent acheter avec l'unité de monnaie de leur pays.

Joli, non ? C'est par une critique en règle de l'école secondaire, dans le chapitre L'enfant à la terre, qu'elle introduit et réhabilite le travail, je cite le passage le plus enblématique, à mes yeux, de cette réhabilitation (ça va plaire à Hashtable, je le sens) :

Le problème de la réforme de l'école secondaire ne sera résolu ni en supprimant la «culture», ni en perdant de vue la nécessité de préparer la jeunesse aux professions intellectuelles. Mais il est essentiel que cette préparation n'endorme pas les hommes dans un sentiment erroné de sécurité, et ne les rende pas incapables de faire face aux difficultés imprévues de la réalité, en les laissant ignorants du monde dans lequel ils sont destinés à vivre.

Plus loin, elle écrit :

La réforme essentielle consiste donc à mettre l'adolescent en mesure d'acquérir son indépendance économique. Elle vante alors la valeur du travail pour l'édification sociale de l'adolescent et précise : le travail en soi a une bien plus grande importance que le genre de travail auquel on se livre. Tout travail est noble. La seule chose indigne est de vivre sans travailler.

Nous y sommes donc. Elle fait alors l'éloge des petits boulots et engage les enfants, dès leur jeune âge, à monter de petites entreprises et à vendre le produit de leurs travaux.

Chapeau ! Un des avantages du travail des jeunes adolescents est notamment de les occuper, d'éloigner d'eux l'oisiveté, dont on sait qu'elle est la mère de tous les vices. C'est ce que disaient nos anciens et industrieux Romains (le proverbe est d'origine latine) et ils avaient bien raison. Nul doute que les adolescents qui passent leur ennui en incendiant des véhicules ou en les caillassant eussent été bien mieux à pratiquer une activité artisanale ou commerçante. Et en effet, cela leur permettrait de rentrer de plein pied dans le monde social. Maria Montessori a raison.

Le salaud d'exploiteur du peuple que je suis, suppôt du capitalisme pré-fasciste et de la finance internationale, pense donc qu'il serait bon de rouvrir juridiquement le dossier. Les stages en entreprise ont été une brèche dans le principe, mais bien petite, et largement insuffisante. En outre, compte-tenu des très nombreux loisirs des adolescents aujourd'hui, je ne suis pas convaincu qu'il soit bien utile de les faire travailler sur le temps d'école. Cela pourrait se faire soit dans via des classes aménagées avec des programmes aménagés, soit tout simplement sur le temps libre qu'ils ont en abondance et dont ils ne savent généralement pas quoi faire...

dimanche, 19 avril 2009

J'ai lu l'enfant de Maria Montessori (I)

Je n'ai pas immédiatement trouvé le Pouvoir Absorbant dont j'avais promis récemment la synthèse dans une note évoquant Maria Montessori et les pédagogies nouvelles. Du coup, je me suis rabattu sur l'Enfant, et je n'ai pas été déçu. Le livre date de 1936 mais il demeure tout à fait sans équivalent depuis. En fait, je suis bien content d'avoir lu l'enfant avant le pouvoir absorbant, car je pense que la lecture du premier éclaire celle du second.

La pensée de Maria Montessori s'ouvre sur un étrange paradoxe : le monde dans lequel arrive l'enfant à sa naissance lui  est destiné, il doit même le prolonger, et pourtant, ce monde ne le reçoit pas. En réalité, rien n'est conçu pour accueillir l'enfant. Considérant le traitement réservé à l'enfant dans les premiers jours  qui suivent sa venue au monde, Maria Montessori écrit : «il y a dans l'histoire de la civilisation une lacune. Il existe, à la première époque de la vie, une page blanche sur laquelle personne n'a encore rien écrit parce que personne n'a scruté les premiers besoins de l'homme

Maria Montessori superpose à la réalité de l'embryon physique une hypothèse psychique, l'existence d'un embryon spirituel. Or, elle souligne que très tôt, parce que le corps de l'enfant était inerte à la naissance, les adultes se sont imaginés qu'il en allait autant de l'esprit et que c'étaient leurs soins qui donneraient une vie psychique à l'enfant. Or, tout comme l'embryon physique a besoin d'une ambiance spécifique pour se développer, l'embryon sprituel a également besoin d'un environnement adapté à sa nature propre.

Tout le livre s'articule à partir de ces observations de départ. Maria Montessori remarque ensuite l'existence de périodes sensibles dans la vie de l'enfant. Pendant ces périodes, l'enfant est animée par de puissantes formes motrices qui contribuent à constituer son "moi" spirituel". Contrarier l'enfant dans ces périodes revient à faire obstruction à sa croissance, de même que l'on empêcherait une plante de croître par des procédés coercitifs. Il faut donc être très attentif à ces périodes et se garder, par exemple, de conclure hâtivement à l'existence de caprices de la part de l'enfant. Maria Montessori voit dans ces derniers souvent une manifestation de ces périodes. Bloquer l'une de ces périodes sensibles, c'est risquer d'en perdre le fruit à jamais.

Maria Montessori a constaté que les très jeunes enfants se montraient souvent très sensibles à l'ordonnancement des choses, et en particulier au respect exact d'un ordonnancement (le même) répété. Elle établit des corrélations très fortes entre ordre extérieur et ordre intérieur de l'enfant, au risque de voir le désordre de l'extérieur se répercuter sur l'intérieur jusque dans des manifestations physiologiques. Il lui est patent que l'enfant aime donc naturellement l'ordre.

L'un des torts les plus néfastes qu'un adulte puisse porter à l'enfant, ce n'est pas seulement d'agir à sa place, mais de substituer sa volonté à la sienne jusque dans ses actions, y compris quand elles se déroulent à distance. On parlerait de conditionnement, en psychologie moderne. Maria Montessori considère manifestement un tel procédé comme une calamité, une catastrophe spirituel pour le développement de l'esprit de l'enfant.

Les écueils sont donc nombreux, et il n'est pas étonnant, dans ces conditions, qu'une préparation spirituelle soit nécessaire pour les adultes, s'ils veulent générer l'ambiance la plus favorable possible à l'éveil de l'enfant.

Il serait trop sommaire et trop lapidaire de résumer un ouvrage d'une telle portée et d'une telle importance en un seul billet. C'est pour cette raison que j'en prévois quelques autres.

Ce que j'ai passé sous silence, c'est la métaphore filée quasi-continue dont use Maria Montessori dans tout son ouvrage. Lorsqu'elle évoque le développement de l'embryon spirituel dans le corps de l'enfant, elle utilise tout de même le mot incarnation. La pensée de Montessori est fortement imprégnée de christianisme (et très précisément de catholicisme) sans qu'il ne soit une seule fois question de religion dans son livre, au point que les mots chrétien, christ, catholicisme n'y sont pas une seule fois écrits ! L'ouvrage a donc clairement et sans contestation aucune une vocation scientifique, et non religieuse ni même métaphysique. Je pense que Maria Montessori a été littéralement fascinée par la découverte du développement propre de l'enfant. Personnellement, son enthousiasme, au sens étymologique du mot (dieu en soi, le divin en soi) dans l'observation de ce qu'elle assimile parfois à un mystère (au sens catholique du mot) m'a fait penser à l'évocation de Galahad contemplant l'intérieur du Graal dans les légendes des chevaliers de la Table Ronde. Pour ma part, je n'ai lu que la compilation de Jacques Boulenger sur le sujet, mais je sais que Malory, dans "Le Morte d'Arthur" de Sir Thomas Malory, précise dans quelles conditions Galahad regarde ce que contient le Graal. Je n'ai plus les mots exacts en tête, mais je me souviens que Galahad se met à trembler et qu'il est près d'expirer à la vision de ce qu'il a si longtemps recherché et que Joseph d'Arimathie lui permet de tenir entre ses mains.

Alors j'y vais un peu fort sur la comparaison, mais je vous assure que lorsque Maria Montessori parle de la naissance de l'enfant, on a l'impression que c'est de celle de Jésus Christ dont elle parle, et d'ailleurs, le mot "miracle" revient très régulièrement dans ses textes !

«Il vint au monde

El le monde fut fait pour lui.

Mais le monde ne le reconnut pas.

Il vint à sa propre maison

Et les siens ne le reçurent pas...»

C'est ainsi qu'elle achève le chapitre le nouveau-né...

 

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