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dimanche, 13 mars 2011

Libye, le temps presse...

Nicolas Sarkozy et David Cameron, bousculant l'Europe, ont laissé entendre que France et Grande-Bretagne pourraient intervenir directement en Libye pour empêcher l'aviation de Kadhafi de tirer sur son peuple et de réduire à néant l'opposition libyenne.

Je ne sais pas si la reconnaissance du Conseil National de l'opposition libyenne était une bonne chose ; je ne sais pas non plus s'il fallait promettre d'intervenir. Mais une chose est sûre : quand le vin est tiré, il faut le boire.

Évidemment, si nous avions été un pays démocratiquement idéal, voilà comment les choses se seraient passées : Nicolas Sarkozy aurait réuni d'abord les principaux responsables des partis pour entendre leur avis, puis aurait consulté son Ministre des Affaires étrangères ainsi que son Ministre de la Défense, et enfin, aurait rassemblé le Parlement en procédure accélérée pour obtenir ou non son assentiment.

Puisqu'il se veut énergique et actif, il aurait pu faire tout cela en trois jours, en limitant le débat sur une intervention militaire dans le temps, afin de ne pas se perdre en discutailleries pendant que Kadhafi bombarde sa population.

A l'heure actuelle, les forces libyennes perdent pied et se replient sur Benghazi, leur dernier bastion. Soit, dans les heures qui suivent, des avions décollent des bases aériennes françaises et britanniques, ou, tout du moins, un ultimatum est envoyé aux forces de Kadhafi, soit, une fois de plus, le Président de la France aura passé pour un charlot en voulant jouer au cow-boy.

Je ne suis pas sûr du tout qu'intervenir soit une bonne décision, loin de là, et à vrai dire, mieux vaut peut-être, passer pour des charlots que de se trouver en demeure de prouver l'efficacité réelle de nos fameux rafales.

Mais à quoi servait-il, alors, comme les Américains et leurs alliés en 1991 en Irak , de laisser l'espoir se lever, avec en filigrane la possibilité d'un appui aérien, pour finalement laisser écraser la résistance libyenne sans moufter ?

vendredi, 11 mars 2011

Sarkozy et la Lybie à quitte ou double

Et voilà, Sarkozy a court-circuité une fois de plus nos alliés européens, et, bien sûr, son propre ministre, Alain Juppé, qui a appris la nouvelle par la presse : la France serait donc prête à neutraliser militairement l'aviation de Kadhafi, en compagnie de la Grande-Bretagne.

Bien sûr, plusieurs pays occidentaux n'ont sans doute pas oublié l'implication passée de Kadhafi dans une série d'attentats dans les années 80, mais je subodore fortement qu'il y ait également de leur part une forte volonté de ne pas rater le coche.

Moi, j'avoue que je suis gêné : Nicolas Sarkozy a déroulé le tapis rouge au colonel Kadhafi, a tenté de lui vendre des centrales, et maintenant, il veut le chasser avec son aviation. 

La situation ne me paraît pas claire en Lybie : certes, il y a une véritable volonté populaire, mais je note aussi qu' a été nommé comme chef de l'opposition un ancien ministre de Kadhafi, c'est à dire, en somme, un homme qui a partagé un certain temps les mêmes vues que lui.

Moustapha Abdeljalilb est l'ancien ministre de la justice de Kadhafi. Jusqu'à l'année 2010, je n'ai pas souvenir de l'avoir entendu moufter contre Kadhafi et ses sinistres pratiques.

Le vocable "opposition libyenne" est subitement apparu ces deux dernières semaines, dans le vocable journalistique, mais le fait est que je ne sais pas du tout qui il y a dans la dite opposition.

On dit qu'il y figure des opposants de l'étranger, complètement inconnus de la population, des libéraux, des monarchistes, des islamistes (qui attendent leur heure), des notables reconnus de l'ère Kadhafi, bref un assemblage très hétéroclite dont on ne voit pas clairement le projet.

A cela s'ajoute que le soulèvement populaire se défie de ces oppositionnels auto-proclamés et qu'enfin, il semble bien que le poids des tribus soit déterminant pour fixer l'issue des troubles.

Bref, le problème, c'est que je ne sais pas ce que Nicolas Sarkozy a exactement reconnu, et que je me demande s'il le sait exactement lui-même.

Si Kadhafi a vraiment demandé la possibilité de fuir le pays sans dommages avec sa famille (je l'ai entendu, mais est-ce vrai ?) pourquoi l'opposition libyenne a-t-elle refusé une solution qui épargnait bien des vies humaines ?

L'Italie a refusé de se joindre à l'Angleterre et à la France. J'imagine que Berlusconi a trop le sens des fines parties passés avec le compère Mouamar pour avoir le coeur d'aller saboter ses joujoux désormais.

Il semble que BHL soit devenu notre nouveau ministre des affaires étrangères, et pas seulement celui de la France : l'Egypte aussi, puisqu'il envisage que l'armée égyptienne se charge d'une partie du sale boulot.

La diplomatie est un art difficile. Je ne sais pas, in fine, si Nicolas Sarkozy a tort ou raison de reconnaître le camp adverse en Libye. Mais je trouve que nous manquons singulièrement d'éléments pour juger, que nous nous précipitons beaucoup, et j'espère enfin que ses seuls buts ne sont pas de se refaire une santé dans l'opinion et de mettre la main sur la production de pétrole en Libye.

Nicolas Sarkozy envisage que la France assure seule la couverture  de la zone d'exclusion aérienne en Libye ! Mais en avons-nous vraiment les moyens ?

En tout cas, nous devrions nous limiter vraiment à un engagement minimal : neutraliser l'aviation et pas plus. Cette histoire-là sent le souffre à plein nez...

14:26 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : libye, sarkozy |  Facebook | | |

jeudi, 03 mars 2011

Un débat sur l'Islam ? Ridicule.

La dernière idée en vogue, chez les Sarkozystes, c'est de susciter un débat sur l'Islam. On est comme d'habitude dans la confusion la plus totale. La religion relève de la sphère privée. On peut débattre de l'Islam comme on peut débattre du Christianisme ou du Judaïsme, mais ce n'est absolument pas le rôle des politiques.

Si Nicolas Sarkozy veut dire qu'il veut parler et débattre de l'immigration et de l'intégration, parlons-en, mais qu'il le dise franchement. Juguler les flux migratoires, par exemple, cesser de naturaliser en masse, reconsidérer la pratique du regroupement familial en le limitant à des cas précis, en finir avec la politique du chiffre, pourquoi pas. Mais agiter bêtement un épouvantail qui n'a rien à voir avec nos vrais problématiques, tout en menant la même politique, c'est de moquer du monde.

Tiens, par exemple, en France, il paraît qu'un immigré nouvellement arrivé, âgé de l'âge requis, peut bénéficier d'un minima vieillesse sur nos cotisations. Au lieu de blablater sur l'Islam, il ferait mieux de mettre fin à cette anomalie. Plutôt que de se mêler de la religion des gens, il ferait mieux de faire intervenir la puissance publique pour interdire les regroupements ethniques dans certaines banlieues. Regroupement ethniques qui ne sont au demeurant pas le fait d'une volonté communautaire, du moins à l'origine, mais la conséquence d'une impossibilité économique et d'un clientélisme politique.

Mais il est plus commode de faire de la deuxième religion de France le bouc-émissaire de problématiques qui lui échappent largement. 

16:18 Publié dans Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : sarkozy, islam |  Facebook | | |

samedi, 19 février 2011

Sarkozy face au FN, populismes...

Il y a un truc que Sarkozy n'a pas compris avec le FN : 2007, c'est terminé. Il a fait une fois le coup aux électeurs et sympathisants de ce parti, mais là, c'est fichu après ses échecs patents. Sarkozy veut donc concurrencer le Front National en évoquant l'Islam ou la sécurité ? Ou encore l'immigration ? Le multi-culturalisme ? Il ferait mieux de se taire. Voilà un homme qui a naturalisé 200 000 étrangers par an depuis le début de son mandat, a continué à alimenter le regroupement familial, tout en chassant, dans le même temps, de braves gens aspirant vraiment à l'intégration : je me souviens encore de ce jeune garçon qui avait sauté du 1er étage pour échapper à la police et qui cumulait à l'école les premiers prix d'orthographe française. Incapable qui fait tout l'inverse de ce qu'il faudrait faire...

Marine Le pen se réjouissait hier de ce que l'UMP marche dans ses traces : en effet, le parti présidentiel va lui tracer un sillon inespéré. Je ne dis pas qu'il faut esquiver les sujets qui fâchent : il faut avoir des réponses claires, nettes et fermes dans ce domaine, mais pas la peine d'en rajouter non plus dans la surenchère (surtout de mots) alors qu'il y a moyen d'attaquer le FN sur ses points faibles (son programme économique, son programme social).

Je l'ai déjà écrit, sous la houlette de Marine Le pen, le FN a quasiment achevé sa mutation en parti populiste. Partout en Europe, les partis populistes sont devenus puissants. Des remèdes efficaces contre la progression de leur gangrène n'ont pas encore été trouvés par les autres forces politiques. Il y avait à ce sujet un débat intéressant dans les pages du quotidien Le Monde.

Baverez dit une chose qui me paraît intéressante : il faut insister sur le fait que ce n'est pas l'économie qui dirige la politique, mais l'inverse, car le populisme se nourrit justement de la première impression. C'est aussi mon sentiment.

Il est ensuite très important de ne pas prêter le flanc aux collusions de toutes sortes. Sur ce point, j'ai une entière confiance en Bayrou. Éviter les "Siècles" et autres think tanks et réseaux destinés à imposer leurs vues à la société toute entière, mais pas seulement : la sphère médiatique est insupportable d'arrogance aux yeux de beaucoup de Français. La presse est déconsidérée, intellectuels et journalistes fournissant le fouet pour se faire battre la plupart du temps.

La corde populiste, ils sont nombreux à vouloir en user, Sarkozy le premier. Toute la difficulté, c'est de distinguer ce qui ressort de la rhétorique populiste (tous pourris, c'est la faute des juges, des immigrés, les cheminots, les enseignants sont des privilégiés) et la dénonciation d'authentiques abus de pouvoir. Une fois cette distinction faite, on comprend mieux ce qui sépare des Mélenchon ou Le pen d'un Bayrou...

jeudi, 17 février 2011

Affaire Cassez, ne tombons pas trop vite sur le dos de Sarkozy

Il a parfois (en fait rarement) raison, l'Didier. Les blogues de gauche, parfois, ils n'auraient qu'à écrire un énorme billet collectif, ça ferait l'affaire et éviterait de parcourir la même note 50 fois dans son reader. Je ne dis pas ça à propos de la prestation de Sarkozy mais plutôt sur l'affaire Cassez.

On reproche à la diplomatie française de s'impatienter. Il y a peut-être de quoi ! s'il y a un point sur lequel je ne doute pas de Sarkozy, c'est de son empressement à vraiment prendre en mains le sort des Français à l'étranger quand ils sont en danger. Je crois que là-dessus, c'est l'un des rares domaines où il est fiable.

Si MAM ou Sarkozy s'agacent aujourd'hui, c'est que le Mexique ne respecte pas les textes qu'il a signés (Florence Cassez aurait du être transférée), que le Président patiente depuis 2007 sur les "bons" conseils de son "ami" Calderon et qu'aujourd'hui, il s'aperçoit qu'il a été joué, et que les Mexicains ont bien l'intention de garder Florence Cassez en prison.

Pauline Tissot de l'Express a consacré un billet récapitulatif des charges qui pèsent contre Florence Cassez et des contre-arguments de ceux qui la défendent. La défense me paraît tout de même plus convaincante que l'accusation. 

Le seul argument que je pourrais à la rigueur retenir, c'est celui de Bayrou jugeant que tout ce bruit pourrait mettre en danger Florence Cassez. C'est un argument. En même temps, les autorités mexicaines se foutent de nous depuis le début dans cette affaire, et donc, il est logique que l'on finisse par s'agacer en France. Simplement, peut-être, en effet, la méthode n'est pas la bonne. 

Il n'en reste pas moins que l'on ne peut pas continuer à se faire marcher sur les pieds sans rien dire, alors qu'on est face à un monument de mauvaise foi. La diplomatie française essaie de négocier depuis 4 ans. Après le rejet de l'appel de Florence Cassez, elle a compris qu'elle n'obtiendra rien et qu'il ne reste plus qu'un tribunal international, désormais. Alors perdu pour perdu, autant faire connaître son fort mécontentement. 

Mais bon, écrivez Sarkozy, S-A-R-K-O-Z-Y, et vous avez l'assurance d'avoir une horde de blogueurs de gauche (et du centre !) enragés, prêts à en découvre avec l'ogre hongrois. Il faudrait peut-être éviter de transformer le moindre pet de travers de Sarkozy en acte d'accusation automatique à son encontre. Je pense que sur l'affaire Cassez, il essaie de faire son possible et prend très au sérieux le sort de la Française. Cessons de lui faire de faux procès et de l'accuser de chercher à instrumentaliser l'affaire, c'est l'accusation vraiment facile, alors qu'il la suit avec attention depuis le début.

17:08 Publié dans International, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : sarkozy, cassez |  Facebook | | |

mardi, 15 février 2011

Ah, les jurés, encore une grosse ânerie de Sarkozy...

Il me fait rigoler, parfois, le Sarko : il n'avait tout de même pas préparé son coup, lors de son entretien télévisé, avec son histoire de jurés populaires. Ce gars-là est incroyable : notre justice croule sous les dossiers, met parfois 10 ans si ce n'est plus à traiter des affaires de voisinage, manque de tout, traîne, et il veut rajouter une procédure supplémentaire ????!

En fait, il y a un calcul très simple, et François Bayrou l'a fait pour nous, qui est de compter le nombre de jurés à engager en tenant compte du nombre de décisions en correctionnelle...

Le président de la République a été saisi d'une lubie: mettre des jurés au tribunal correctionnel. Ceci ne se fera pas. Il y a près de 550 000 décisions de tribunaux correctionnels par an, 5 000 par département. Il n'y aura ni l'argent ni les moyens humains, et au pire cela entrainera un ralentissement de l'action des tribunaux.

Voilà, CQFD, quod erat demonstrandum, et cetera, et cetera. Merci François...Sacré Sarko, tiens, toujours prêt à raconter n'importe quoi pour surfer sur l'émotion. Le comble, c'est qu'on va trouver des gens pour discuter de la pertinence ou non de nommer des jurés issus du peuple. Pas la peine d'user sa salive, y'aura pas les moyens nécessaires, et ce, alors qu'ils sont déjà insuffisants...  Pas fou, dès le mois de novembre, Michel Mercier, en centriste matois qu'il est, avait bien senti l'infaisabilité de la chose et s'était empressé d'en limiter la portée...

lundi, 14 février 2011

J'aime bien Slate

A la naissance de Slate, apprenant que le webzine était une émanation supplémentaire du journal Le Monde, j'ai pensé avec indifférence qu'il n'y avait là qu'un site de gauche de plus. D'ailleurs, les premiers articles tendaient à confirmer mon impression. Mais, depuis plusieurs semaines, je me suis mis à suivre avec attention les publications de Slate. A ma grande surprise, j'ai découvert un magazine de qualité, proposant des articles de fond, traitant des sujets originaux et offrant des informations que l'on ne trouve pas ailleurs. Si Le Monde était capable d'offrir cette qualité en version papier, peut-être me remettrais-je à l'acheter de temps à autre.

Slate demeure un journal de gauche (modérée), mais c'est un bon journal. Une vraie référence.  Je vais pouvoir le recommander à mon exploiteur du peuple favori, lui qui se lamente sur la qualité déliquescente de la presse dans son ensemble.

Bref, Slate, c'est bien, et je le recommande. Voilà qui va désormais agréablement compléter la lecture du Figaro et qui change de la véhémence habituelle de la presse gauchiste, ne jurant que par son anti-sarkozysme viscéral, posture toujours plus ridicule et creuse au fil du temps... Bref, qu'ils fassent un peu moins de politique et un peu plus d'information, enfin...!

14:28 Publié dans Internet, Lectures | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : slate, sarkozy, presse |  Facebook | | |

vendredi, 28 janvier 2011

Les réminiscences hégeliennes de Nicolas Sarkozy (ou d'Henri Guaino...)

Mes lectures hégeliennes me réservent décidément des surprises. Qui eût imaginé qu'un livre d'Hegel inspirât une partie notable de la politique extérieure de la France ? Dans son introduction des leçons de la philosophie de l'Histoire, Hegel évoque le rôle de la géographie dans la genèse de l'esprit historique d'une civilisation. A la suite d'Aristote, il juge que la confrontation avec des conditions naturelles extrêmes ne permet pas à la conscience de l'individu de s'objectiver, et donc, de construire les éléments constitutifs d'une civilisation, c'est à dire une écriture, une histoire écrite puis réflexive , des lois et au final un état.

Il passe donc en revue les continents et écarte d'emblée l'Amérique, qui lui semble être avant tout un écho de l'Ancien Monde dont l'histoire reste à écrire. Tu parles d'un écho...l'écho il a percuté tellement fort l'autre rivage de l'Atlantique qu'il nous est revenu à la face, et ce qu'est nous, bientôt, qui allons être un écho du Nouveau Monde, au train où vont les choses. Bon, bref, ce n'est pas mon sujet actuel, c'était une réflexion personnelle en passant.

Après l'Amérique, Hegel évoque l'Asie et l'Europe, naturellement, dans le détail, d'ailleurs, et observe que la Méditerranée est le centre névralgique de l'Histoire Universelle. Loin, comme la terre, de séparer les peuples, la mer les rapproche, en fait. J'ai pensé immédiatement à l'Union pour la Méditerranée de Nicolas Sarkozy. Sur le fond, la pensée est la même. A l'heure actuelle, au moins de ce côté de l'Atlantique, c'est vers l'Europe du Nord que se joue sinon l'Histoire universelle, au moins le modèle de l'Europe qui se profile. Avec son UPM, Sarkozy a voulu, semble-t-il, ramener ce centre de gravité plus au sud, donnant ainsi un rôle prépondérant à la France. Mais, pourra-t-on m'objecter, l'Afrique n'est pas l'Europe, donc mon raisonnement pèche. Eh non, pas pour Hegel, justement. Hegel assimile les vieilles civilisations d'Afrique du Nord à l'Asie, au monde oriental, pas à l'Afrique. L'Afrique, de son point de vue, n'est qu'une extension de l'Europe. La boucle est ainsi bouclée.

De fait, des forces sourdes et antagonistes s'affrontent, non pas militairement, mais dans les opinions publiques des peuples d'Europe et du Maghreb. Avec sa force d'attraction, son soft power, l'Europe essaie de pousser les pays du Proche-Orient et du Maghreb vers la libéralisation de leurs économies et vers la démocratie. Si l'Europe tolère les despotismes dans ses échanges commerciaux, il y a en revanche consensus pour n'accepter que des pays répondant à des normes démocratiques draconiennes en son sein. Scrupules qui n'effleurent évidemment pas l'Amérique, très pressée de voir ses alliés intégrer l'Europe, d'où les appels répétés d'Obama, mais du Bush avant lui, à faire rentrer la Turquie dans l'UE, et ce, bien avant que ce pays ne réponde à nos normes démocratiques...

Mais j'en viens maintenant au Discours de Dakar. Je l'ai écrit récemment, je suis souvent choqué par les points de vue d'Hegel, n'hésitant pas à réduire le caractère moral des peuples à ce qu'il estime être le développement de leur conscience historique, c'est à dire l'objectivation de leur liberté. Si quelqu'un aujourd'hui, écrivait ce qui figure, en trois quatre pages chargées de mépris, dans l'introduction de Hegel sur l'absence présumée de morale, de pensée et de conscience chez les peuples d'Afrique noire, il ne se passerait pas une semaine sans qu'il soit en procès et vilipendé (à raison !) par les élites de notre pays. Seulement voilà, Hegel écarte les peuples africains parce qu'il les pense incapable de rentrer dans l'histoire, c'est à dire, en somme de faire usage de leur liberté et de se sublimer. En version plus moderne, en gros, cela revient à leur dire qu'ils sont incapables de se prendre en main depuis longtemps et qu'on aimerait bien qu'ils le deviennent. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'invitation de Nicolas Sarkozy aux Africains à rentrer dans l'Histoire. Oh, l'opinion publique africaine a été émue. Mais je crois qu'elle le serait encore bien plus si elle prenait connaissance de l'origine du discours de Nicolas Sarkozy ! 

Il faut éliminer une charge contre Hegel. Il n'est pas raciste. Son discours ne s'appuie en aucun cas sur des différenciations racistes. Il procède méthodiquement en tentant d'expliquer la genèse des civilisations ou non. La chose ne serait pas gênante si elle n'était pas clairement emprunt de jugements moraux plus méprisants les uns que les autres. La pensée hégelienne ne peut pas fonder clairement un racisme de type fasciste, mais toutes les autres formes de colonialisme, sans problème. Elle est d'ailleurs symptomatique de son temps. Ce n'est pas tout : elle hypostasie une direction générale pour l'humanité et la pensée dont l'issue, je l'ai dit, est très loin de me réjouir : l'État. Parce qu'Hegel juge que notre capacité à remettre entre les mains de l'État le libre jeu de nos actions est la plus belle objectivation de notre liberté. Si le raisonnement moral ne figure pas chez Rousseau (au contraire, même !!!) le raisonnement politique est le même, sauf qu'il procède de la nécessité dans son Contrat social.

Je ne pense pas que Nicolas Sarkozy soit un hegelien. Je ne sais même pas s'il a lu ce livre de Hegel. Mais en tout cas, il en a discuté avec Henri Guaino, qui lui, pour le compte, adhère pour parti à la vision de l'histoire et de la civilisation exposée par Hegel. BHL a cru que le discours de Guaino avait une source maurassienne. Il s'est complètement planté. Je me suis demandé si quelqu'un d'autre avait relevé une telle similitude entre le discours de Sarkozy et les écrits d'Hegel, et j'ai trouvé quelqu'un. Olivier Pironet, dans Le Monde Diplomatique de novembre 2007 s'est posé visiblement les mêmes questions que moi. Il est même rentré dans le détail, et je recommande la lecture de son article, nous sommes, lui et moi, à peu près d'accord sur le constat.

In fine, je me dis que le pouvoir d'un conseiller occulte, et celui de ses lectures, est bien grand. A travers Henri Guaino, puis Nicolas Sarkozy, c'est Hegel qui aura donné une ligne générale à notre politique africaine. 

Il me semble moi, qu'une autre vision est possible pour l'Afrique. François Bayrou, pendant sa campagne présidentielle, avait consacré une entrée spécifique, sur la page de son programme, à ce continent. Si les Tiers-mondistes m'insupportent au moins autant que Guaino, je pense en revanche, qu'il y a en Afrique, la place pour un co-développement harmonieux.  Au lieu de renvoyer l'Afrique à une enfance capricieuse, et finalement, sur le modèle de ce que nous exigeons de nos enfants, trop jeunes, en Europe, la laisser livrée à elle-même, je préférerais imaginer qu'une Europe amicale garantisse une atmosphère bienveillante à l'Afrique. Hegel a été victime, finalement, de ses propres limitations. Il n'a pas conçu qu'à l'échelle de l'histoire de l'humanité, 500 années, et même 1000 d'écart de développement, ce n'était rien. L'homme a mis plus de 600 000 ans à construire des villes. Quelle importance, dans ces conditions, que les Toltèques, par exemple, l'aient fait 1 000 ans plus tard que les Grecs. Hegel nous bassine avec sa raison dans l'Histoire, alors qu'il n'est pas capable de voir au-delà ni en-deçà des 4000 dernières années de développement humain, et ce, parce qu'il y a eu une accélération prodigieuse dans l'histoire de notre humanité. 

Finalement, si je me permettais l'audace d'appliquer un raisonnement montessorien au développement humain, je dirais que ce n'est pas notre rôle de contrarier le plan secret de l'Histoire pour chaque peuple. Je dirais, au contraire, que c'est de notre devoir moral de lui garantir une atmosphère bienveillante pour lui permettre de croître et de prospérer. Cette atmosphère suppose de véritables sécurités, pour que le bébé-nation puisse se développer à l'abri des agressions de toutes sortes. Il ne s'agit pas non plus d'assumer les rênes de sa destinée à sa place. Mais de le laisser mettre en place les fondamentaux, qui feront, en Afrique, pour reprendre Bayrou, des hommes qui vivent comme des hommes debout. Bayrou suggérait de laisser les pays africains protéger au moins leur agriculture. Sur le chemin du co-développement et de la bienveillance, cela me paraît une entrée de choix, toute autre, en tout cas, que d'inviter, comme le suggère un Henri Guaino, l'Afrique à entrer dans l'histoire...

 

vendredi, 21 janvier 2011

Présidentielles, le jeu des prédictions

Tiens, c'est chez Malakine que j'ai trouvé un jeu amusant qui consiste à essayer de prévoir la situation politique en vue des présidentielles à l'issue de l'année 2011.

La prédiction brute, je trouve ça trop dur, mais des scénarii envisageables, en revanche, l'idée me plaît bien. Tiens, ça me permettra de répondre en partie au tag de Romain.

A l'orée de l'année 2011, ce qui me frappe, ce sont les stratégies désastreuses des trois grands vainqueurs de 2007. 

Ségolène Royal a essayé d'exister à n'importe quel prix, changeant de ligne, multipliant les provocations inutiles, s'éloignant de ses fondamentaux. Elle s'est laminée elle-même et a perdu tous ses alliés. Elle ne survit, désormais, que par son éventuel pouvoir de nuisance dans la sphère du PS face à ses rivaux et rivales. L'opinion a beau être exaspérée par Nicolas Sarkozy, ce serait, je le pense, la seule candidate du PS, parmi les majors, qui pourrait encore être battue par ce dernier.

Nicolas Sarkozy, parlons-en : en voilà qui a grillé absolument toutes ses cartes. Grillé sur sa droite pour ses promesses non tenues : eût-il recruté des policiers, réprimé sans états d'âme les délinquants, réduit le flux migratoire à zéro ou presque, certes, il se serait coupé d'une partie de la droite modérée, mais il aurait dans la poche toute la droite de la droite et le FN ne serait plus que peau de chagrin. Au lieu de cela, il a fait fuir les centristes (je parle des électeurs) qui avaient pourtant largement participé à son élection. Sarkozy n'a aucune, absolument aucune réserve de voix pour un second tour en 2012. Le seul espoir, à droite, serait de profiler au plus vite une candidature de rechange qui pourrait éviter une défaite écrasante et humiliante à l'UMP en 2012. Fillon apparaît comme cette figure, mais il aura bien du mal à endosser le bilan des 5 années passées.

François Bayrou. Aïe. Le problème de Bayrou, c'est que l'erreur stratégique, il l'a faite dès 2007, après la présidentielle. Il eût fallu se retirer, laisser l'UDF s'organiser elle-même, sans la dissoudre, et prendre de la distance, pour n'intervenir que sur les grandes causes. Il a voulu, lui aussi, comme Royal, exister à tout prix et s'est appuyé sur un parti qui a évolué vers le centre-gauche. Au centre-gauche, aujourd'hui, il y a DSK, Eva Joly, et des sociaux-démocrates comme Martine Aubry et François Hollande. Bref, c'est très encombré. Voilà Bayrou bien encombré avec son MoDem incapable de changer de logiciel.

Quel espoir reste-t-il à mon leader politique favori, alors ? a) de s'appuyer sur le peuple, qu'il aime vraiment, et de mener une campagne politique en 2012 comme en 2007 très proche des gens et du terrain. b) de percer là où l'on ne l'attend pas, mais aussi là où il a une différence. La réindustrialisation, la relocalisation, ce sont des thèmes qui seront porteurs à condition d'avoir quelque chose à proposer, et quelque chose à répondre aux thèses protectionnistes que ne manqueront pas d'avancer des partis comme le Parti de Gauche et le Front National. Sur l'éducation, il devrait faire taire le MoDem, reprendre la main, et montrer ses différences avec le PS. En attaquant de front le programme de ce parti, ce qu'il ne fait pas. Sur la dette, les retraites,  il est resté crédible, mais il faut un programme chiffré, désormais. Ce sera peut-être l'un des seuls à défendre l'Europe et l'euro. Qu'il ose le faire, personne n'ose élever la voix dans le paysage français pour le dire. Ceux qui aiment l'Europe s'en souviendront.

L'erreur de Bayrou serait de se contenter de l'argument désormais éculé du ni-droite ni-gauche. Il s'essoufflait déjà largement à la fin de la campagne de 2007. Inutile de proclamer sa différence : il faut la montrer, désormais.

Faire des mamours à DSK le dessert, il doit s'en rendre compte. On se doute qu'à peu près tous les candidats de la gauche modérée sont préférables à Sarkozy. Pas la peine de dire ce qu'il fera au second tour. Finalement, la configuration d'un autre candidat de droite serait bien plus profitable à Bayrou qui pourrait alors plus aisément rééquilibrer son positionnement.

Au PS, mon sentiment est que Martine Aubry sera finalement la candidate désignée. Populaire à gauche, elle ne s'est laissée dicter à aucun moment son calendrier. Elle a prouvé à Lille qu'elle pouvait s'associer aux centristes, et...les acouphènes de Bayrou à propos de son vote de premier tour en 2007 auront certainement porté leurs fruits dans l'électorat centriste. Pour être franc, je m'attends à ce qu'elle soit le prochain chef d'État de la France. Je pense qu'elle sera élue. Ce n'est pas le seul scénario possible au PS, mais cela me semble le plus probable. DSL traîne, et surtout, il n'est pas impliqué au coeur de la politique française. C'est un bon débatteur, mais une fois dans la campagne, il sera contraint d'exprimer des positions et sa cote pourrait alors sérieusement baisser.

Le FN a opéré sa mue au bon moment : il va présenter une nouvelle candidate avec un logiciel idéologique et politique rénové, fort d'un appareil de presque 20 000 militants à jour de cotisation. Une vraie force de frappe. Hélas, les sondages qui évaluent le potentiel électoral de Marine Le pen à près de 20% ne se trompent pas. Il suffirait d'une nouvelle bévue de Sarkozy sur la sécurité et l'immigration pour qu'elle franchisse la barre, pour peu qu'une partie de l'électorat UMp s'avise de lui donner une leçon.

Les Verts sont des bobos, l'écologie n'est pas un programme politique digne de ce nom. C'est une tendance. On peut surfer dessus dans les villes, dans les régions, même, en Europe, mais pas à une élection nationale. Eva Joly fera un flop parce qu'elle n'a aucun projet pour la France si ce n'est de coller en prison une partie de sa classe politique pour montrer qu'elle lutte contre la corruption. Les gens finiront par trouver cela un peu court. En outre, son parcours sinueux agace considérablement l'appareil des Verts, qui ne la soutiendra qu'à reculons. Dany l'a bien compris, lui qui préfère négocier avec le PS quand les Verts sont encore forts.

Besancenot a toujours été sur-évalué : on a régulièrement prévu le NPA et son leader à 5-7%. Mais sil suffit simplement de mettre en exergue ses positions sur le multi-culturalisme, sur l'immigration, vis-à-vis des islamistes, sa proximité avec des régimes marxistes despotiques et son programme économique fait de spoliations, directement inspiré de celui des révolutionnaires d'Octobre 1917 pour mettre à plat l'un et l'autre. Ce parti n'a aucune assise ouvrière. Il s'appuie sur un mélange d'agents de la fonction publique et d'instituteurs engagés, d'un côté, et de l'autre du lumpen-prolétariat vaguement anarchisant. C'est tout. Il va faire flop.

Mélenchon éructe ; il veut une part du gâteau avec le PS. Ses outrances vont finir par lasser, d'autant que les électeurs de gauche pourraient se resserrer autour d'une seule candidature s'ils ont le sentiment que la gauche risque un nouveau 21 avril.

Borloo va essayer de faire le brave type, tenter de profiter de sa popularité, mais quelle indépendance pourra-t-il faire valoir, lui qui a été aux pieds de Sarkozy pendant trois longues années. Je n'exclus pas radicalement qu'il puisse percer, mais il faudra qu'il trouve quelque chose à dire, et pour l'instant, on est assez loin du compte.

Les souverainistes ne parviendront pas à percer : NDA est totalement inaudible, ou presque, et la place est déjà prise par Mélenchon et Marine Le pen. Pas d'espoir pour lui de percer, même si on peut le regretter, puisqu'il est le seul à proposer un programme authentiquement gaulliste. Tiens, les gaullistes, parlons-en : faussaire, Dominique de Villepin, lorsqu'il s'en réclame. En réalité, comme son ancien maître Chirac, c'est avant tout un rad-soc IIIème république. Une espèce qui a disparu avec Chirac, mais dont le créneau existe encore, ce qui explique les intentions de vote dont dispose Villepin. C'est une niche, il ne peut pas aller au-delà, et il n'a à l'heure actuelle rien à proposer que ne proposent déjà le PS ou le MoDem.

Le Nouveau Centre s'est torpillé de longue date. Morin ne peut rien faire valoir et son parti n'aura produit aucune idée en 5 ans. La seule chose qui lui restera c'est un tout petit pouvoir de nuisance là où il a des élus localement un peu connus. Mais dans un contexte de débandade généralisée de la droite, pas sûr que ce pouvoir lui serve à grand chose. Morin n'a rien à proposer et rien à faire valoir. Le Nouveau Centre est inexistant.

Et maintenant ? L'épreuve redoutable des prédictions. Il me semble à peu près acté que le PS gagnera la prochaine élection présidentielle. Il faudrait un concours invraisemblable de maladresses pour qu'il en fût autrement. Je pense que la gauche de la gauche parviendra à totaliser autour de 10% environ. A mon avis, les Verts renonceront à présenter un ou une candidate quand ils verront sa cote graduellement baisser. Le PS ramassera donc des suffrages présidentiels supplémentaires. La cote du FN va continuer à monter, tandis que celle de Sarkozy poursuivra sa baisse. Il ne pourra même plus se permettre le luxe d'une candidature ramasse-voix de second tour, au risque de se faire doubler par Marine Le pen. Borloo ne sera pas candidat, et Morin se flinguera auprès de l'UMP s'il prend le risque d'éliminer le parti allié du second tour. Ils ne seront donc là ni l'un ni l'autre.

Il existe une possibilité pour l'UMP de récupérer les rad-soc de Villepin : c'est de virer Sarkozy. Certes, un autre candidat de droite, comme Fillon, par exemple, partira d'un socle plus bas, mais il pourra se rallier Villepin, ce qui augmentera mécaniquement sa base électorale. C'est d'ailleurs la carte que devrait jouer l'UMP, d'autant plus que Fillon, en raison de sa rigueur, plaît à la base démocrate-chrétienne du MoDem et de Bayrou. Un autre candidat subira moins les effets d'un Tout Sauf Sarkozy désormais acté et entré dans les moeurs.

J'aimerais qu'il en fût autrement, mais, si Bayrou franchit les 10% à la présidentielle, je serai très content. Soit il parvient à redresser la barre avec des thèmes et des positionnements originaux, soit il sombre davantage, franchissant peut-être avec peine la barre des 5%.

Martine Aubry est donnée aux alentours de 22 à 25% au premier tour, mais je pense qu'elle a les moyens de faire plus avec une bonne stratégie du PS et si elle se force un peu.

La véritable inconnue, in fine, c'est l'attitude de la droite. Va-t-elle foncer droit dans le mur avec une candidature Sarkozy, ou, au contraire, rectifier le tir et choisir un candidat relativement présentable. Imaginons qu'elle ne soit pas suicidaire, voilà comment on pourrait se représenter un premier tour en 2012 :

Premier tour

Aubry : 31% - Fillon : 27% - Marine Le pen : 19% - Bayrou : 9% - Mélenchon 4,5% - Besancenot 4,5% - ext-gauche (autres) 1% - NDA 3% - divers 2%

Second tour

Aubry 56% - Fillon 44%

Voilà un scénario largement possible. Il est vrai que cela donne bien peu de candidats finaux. Mais dans "divers" et ex-gauche (autres), il peut y en avoir 5-6, soit un total de 14 candidats. 

Après un billet comme celui-là, faut que je tague comme une brute. Tiens, le faucon d'abord, la rénovitude ensuite, l'Nicolas parce que comme moi, il adore les pronostics, Marc Vasseur qui sait qu'il est encore à gauche, mais qui ne sait plus où il en est pour le reste, Polluxe, que je n'avais plus taguée depuis un moment, Hervé qui est très bon historien et très mauvais pronostiqueur, et Toréador parce que je suis sûr qu'il aime bien les paris, comme moi. Tiens, puis Melclalex aussi, il adore faire des plans sur la comète, lui aussi. Oh, et puis tous ceux qui voudront participer au jeu. Je ne sais pas moi, Catherine et Dominique, par exemple ; zut, y'a plus de Crapaud du Marais. Bon, alors Laurent de Boissieu, que la politique passionne, expert en la chose, et dont les pronostics pourraient être plus pertinents que les nôtres.

mardi, 18 janvier 2011

Sarkozy/Ben Ali, l'indigne symétrie des blogues de gauche

Avec les évènements en Tunisie, il est de bon ton sur moult blogues de gauche d'appeler à virer Sarkozy de la même manière que Ben Ali. Dès qu'ils évoquent Sarkozy, les blogueurs de gauche deviennent hystériques. Complètement foldinguos. Tenez, Yann, se demandant si nous pourrions, nous aussi mettre dehors Sarkozy de cette façon ? Mieux encore avec Rimbus pleurnichant sur la vilaine jeunesse française qui courbe la tête devant le méchant dictateur Sarkozy. Ridicule. Nicolas Sarkozy a-t-il mis un seul blogueur ou journaliste en prison ? A-t-il ne serait-ce que fait fermer un seul blogue ? Interdit un journal ? Fait jeter un journaliste au gnouf ? N'a-t-il pas été démocratiquement élu, avec une participation de près de 90% de surcroît, et un score final tout à fait dans les normes démocratiques ? Il faut arrêter avec les comparaisons idiotes qui décrédibilisent avant toutes choses ceux qui les tiennent !

Est-ce qu'ils ont lu le témoignage de Slim Amamou ? Enfermé pendant plusieurs jours à écouter les hurlements de prisonniers torturés dont on lui faisait croire qu'il s'agissait de membres de sa famille ! On en est là, en France ? Un peu de sérieux, les gauchistes, svp ! Que l'Jean de la XR face le guignol avec une photographie de Ben Ali et Sarkozy ad hoc, encore, cela ne m'étonne pas, vu les bêlements gauchisant habituels du personnage sur twitter, le problème, c'est que la symétrie se généralise çà et là, y compris, d'ailleurs, à mon grand dam, de la part de quelques commentateurs centristes...

Comme d'hab, presse et blogs qui n'ont pas plus de recul que cela sont tombés sur le râble de la classe politique, Sarkozy et Alliot-Marie en tête, avec  un indice de réflexion qui vient de faire péter le connomètre pour amibe intellectuellement déficiente. Et l'opposition socialiste, bien discrète au démarrage s'est empressée d'embrayer. Faut dire que le RCD, le parti de Ben Ali, faisait encore partie de l'Internationale socialiste il y a quelques jours...

Leur a-t-il traversé l'esprit à ces cultivateurs de jasmin du dimanche que les émeutes ont débuté à Kasserine ? Quoi, cela ne leur dit rien à ces incultes ? Ben Kasserine, pour mémoire, en Tunisie, cela a longtemps été un fief islamiste. On pouvait donc légitimement craindre, au départ, une insurrection islamiste, même s'il s'avère, in fine que ce n'est vraisemblablement pas le cas.

Ennahda, le mouvement islamiste tunisien m'inspire la plus grande méfiance ; toutefois, a priori, il me semble davantage se diriger vers la voie empruntée par l'AKP en Turquie, c'est à dire un parti islamiste légaliste, que celle de ses homologues financés par les Frères Musulmans eux aussi, spécialisés dans les exactions terroristes de toute sorte et la lapidation des femmes.

Reste Alliot-Marie. La pauvre. Elle s'en est pris plein la tronche parce que le ramassis d'ânes bâtés qui commentent l'actualité politique n'a rien compris au sens de son intervention. Quand Alliot-Marie a-t-elle proposé le savoir-faire de la police française ? Après les premiers morts en Tunisie. C'est vraisemblablement parce qu'elle craignait justement une répression sanglante qu'elle a proposé cette aide : l'idée était que la police française montre à la police tunisienne comment disperser une manifestation sans tirer à balles réelles et provoquer un bain de sang. Je crois que son idée n'était pas autre. Pour moi, cela a été très clair dès le début. De toutes façons, vous imaginez quoi ? Qu'on proposait aux Tunisiens d'apprendre à utiliser le lance-flamme pour moucher plus de manifestants d'un coup ? Tiens, je pensais Philippe Bilger un peu plus fûté que cela : il s'est complètement viandé sur ce coup-là. D'être magistrat, ça rend pas toujours intelligent, hein ? Bon, il n'est pas le seul : même mon webzine favori, Marianne2,  Maurice Szafran en tête, s'est complètement ramassé sur le sujet.

Bref, arrêtez de faire vos Stéphane Hessel avec vos indignations à deux balles, les gens : s'il y a des gouvernements qui ont réagi plus vite sur les révoltes en Tunisie c'est qu'ils n'avaient rien à perdre, contrairement à la France, et même, que cela pouvait être une bonne occasion d'emm... les Français au passage. Pour nous qui accueillons 700 000 Tunisiens chez nous et avons des relations étroites avec ce pays, on ne peut pas se permettre des réactions à chaud comme si nous étions des révolutionnaires alter-gauchistes, islamistes, ou même des bisounours démocrates (désolé pour mes potes du MoDem).

Je pense que sur ce coup, Alliot-Marie a justement essayé de se faufiler dans l'étroite marge de manoeuvre dont elle disposait pour tenter de limiter la casse. Après, les évènements ont pris une tournure imprévue, mais cela, personne, absolument personne ne s'y attendait, alors, svp, pas de leçons de morale...