Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

- Page 3

  • Primes et procès à l'école...

    On le sait, l'école publique est en mauvais état. Mais ce serait une grave erreur de croire que l'école privée est logée à une autre enseigne. Cycee, par exemple, pense que le gouvernement s'apprête à faire un cadeau de 4 millions d'euros à l'école privée, sous prétexte qu'il y aurait eu un arbitrage entre privé et public à propos de ces fonds. C'est oublier un léger détail : en réalité, l'école privée croule sous les demandes, et, faute de fonds et de subventions publiques, se montre incapable de résorber la demande, même avec des classes surchargées. Des pas perdus clame à la trahison au Conseil Régional d'île de France, parce qu'on y participe au financement des écoles privées sous contrat. Soyons raisonnables, SVP, ce n'est pas le moment de rallumer la guerre scolaire. Encore heureux qu'il y ait dans ce conseil, une gauche pas trop sectaire et au final assez réaliste. Ce que Cycee dit sur son blogue à propos des différences de qualification entre enseignants du privé et du public est un aspect de l'école privée, mais la réduire à ce travers serait très simpliste. En réalité, l'école privée française accomplit du bon boulot et offre, particulièrement en ce qui concerne l'enseignement catholique,  un espoir à ceux qui n'en ont plus là où il n'y a plus rien. Dans les cités franciliennes, en particulier, dans les familles immigrées où l'on peut consentir l'effort financier et où l'on accorde de l'importance à l'école, c'est bien chez les Catholiques qu'on envoie ses enfants, fût-on soi-même Musulman pratiquant.

    Invoquer la laïcité comme le fait la gauche de la gauche (Front de gauche et alternatifs) n'a donc aucun sens en la circonstance. Il ne faudrait pas s'engager dans un débat tout à fait faux à propos de la laïcité...Ce n'est pas la laïcité qui est en danger à l'école, à l'heure actuelle, mais l'école toute entière, publique ou privée

    La plupart des établissements privés sous contrat garantissent un échelonnement des montants des inscriptions à la mesure des situations sociales et financières des familles. Je pense même pouvoir affirmer que pour certaines familles très modestes, dans certains établissements catholiques de province, le coût final de l'école est moins élevé dans le privé que le public.

    Quatre millions d'euros, c'est misérable, au regard des montants en jeu. Très insuffisant pour couvrir les besoins des écoles privées, largement aussi touchées que les écoles publiques quand ce n'est pas davantage par les réductions de postes.

    J'ajoute qu'il ne suffit pas de brandir les grands principes pour juger de la pertinence de l'aide de l'État aux institutions privées. Prenons l'exemple de Concarneau : on s'alarme parce que là-bas, le montant du forfait familial augmente pour les écoles privées. Et si l'on considérait, pour juger de la pertinence ou non de cette augmentation, non pas la laïcité ou non de la chose mais le service réellement rendu et son coût final ? Pas sûr que l'école privée revienne plus cher que l'école publique, au final.

    L'IFRAP a interviewé le sénateur UMP  Jean-Claude Carle pour obtenir l'explication de son amendement. Quelques arguments de bon sens (liberté de choix pour les familles, par exemple) en effet, mais il a oublié quelques détails fâcheux dans son raisonnement : on ne joue pas au concours de qui perd le plus de poste gagne. Il eût fallu non pas répartir l'effort, mais abonder et les uns et les autres. Allons, notre bon Sénateur peut se rassurer : l'actuel gouvernement, jamais à court d'astuces, a trouvé une technique gagnante à tous les coups pour motiver (flinguer du prof, quoi),  les fidèles suppôts du pouvoir que sont les Recteurs d'Académie : la prime. Un scalp de prof ramené, et toc, une prime de Noël. Beaucoup de scalps de profs => y'a bon très GROSSE prime de Noël...

    epetit.jpgEh oui, c'est le Far West, chez nous autres Gaulois : quand on veut la peau de l'ennemi public numéro un, on met sa tête à prix. Ingénieux, non ?

    Alors the poor lonesome sarkow boy, Lucky Luke the Chatel, a rétabli une bonne vieille pratique. Il a juste oublié d'afficher la mise  prix sur toutes les portes et fenêtres. Le bon prince que je suis a donc décidé de lui refiler un coup de main à titre gratuit (sans prime) pour édifier le bon peuple de Gaule...

     

  • Côte d'Ivoire, la démocratie est un consensus

    J'ai trouvé intéressante la tribune de Guy Sitbon, chez Marianne2. Je ne suis pas certain de partager ses vues sur la disposition naturelle des peuples à déterminer tout seuls leur sort, mais, en revanche, j'acquiesce à peu près à tous les constats qu'il fait : partout où dans d'ex-régimes despotiques les démocraties ont cherché à promouvoir la démocratie comme régime politique, cela a plutôt mal tourné, voire très mal tourné. Et l'auteur de citer la première guerre civile en Côte d'Ivoire, puisque c'est le sujet du moment, mais aussi les cas de l'Irak, de l'Afghanistan, ou même du Liban, première et plus ancienne démocratie du Proche-Orient à l'exception d'Israël.

    En Occident, on croit souvent qu'une démocratie, ce sont des élections libres, et qu'à leur issue, la minorité vaincue va se plier de bonne grâce à la majorité victorieuse. C'est oublier l'essence même de la démocratie, et, par là, cela révèle un vice dans la conception de la démocratie qu'ont les démocraties occidentales. 

    Une démocratie n'est pas le règne d'une majorité. C'est un consensus entre la majorité et la minorité, quelle qu'elle soit. Aucune démocratie ne peut exister sans ce consensus, et, partout où il n'existe pas, c'est le chaos et un lot terrible d'attentats, d'assassinats et d'exactions.

    Je n'aime pas Laurent Gbagbo. C'est un vil démagogue, et un sale individu, à mes yeux. Mais près de 50% des Ivoiriens ont voté pour lui. La Côte d'Ivoire s'éveille à la démocratie lentement. Cet éveil doit composer avec une double dualité : ethnique d'abord, religieuse ensuite.

    Gbagbo a peut-être perdu, mais on ne peut pas lui demander de se retirer comme cela, sans compensation, pour lui et ses partisans, compte-tenu de l'état de la Côte d'Ivoire. Le processus démocratique dans ce pays n'est pas encore assez installé, assez mûr pour que cela soit possible comme cela se passe en Europe, avec des majorités qui cèdent leur place aux oppositions et vice-versa.

    Bien sûr, il ne faut pas s'interdire de faire pression sur Laurent Gbagbo, mais, l'issue de ces pressions doit être un compromis acceptable par les deux parties.

    J'ai vu que Fred était intervenu en commentaires et avait réagi à l'article de Guy Sitbon : indigné, il lui rétorque que l'ONU a garanti ces élections et porte donc l'affaire sur le terrain du droit.

    N'en déplaise à Fred, la démocratie n'est pas qu'une affaire de droit : c'est aussi une histoire de moeurs, ce qu'avait très bien senti Montesquieu, puisqu'il fait dans son Esprit des lois des moeurs la pierre angulaire de son régime républicain.

    Ce sont les moeurs qui précèdent le droit, et non l'inverse. Qui l'ignore s'expose à de lourdes déconvenues partout où règnent des pouvoirs despotiques. Pour changer la nature de ces régimes, il faut modifier les moeurs des peuples qu'ils administrent. C'est un travail de longue haleine, subtil et difficile. C'est, me semble-t-il, l'effort de l'Europe dans sa zone d'influence. Cela a bien marché jusqu'aux marches de l'Europe, y compris en Turquie en dépit des travers de son chef d'État. Mais le Moyen-Orient, l'Afrique, c'est plus loin, et l'influence de l'Europe y est moins prégnante. Il ne suffit pas d'avoir conquis une partie des élites, il faut amadouer les peuples eux-mêmes. Vaste programme...

    Je comprends les dernières résolutions de l'ADLE et de Marielle de Sarnez, notamment en ce sens, tant pour la Côte d'Ivoire que pour l'Afghanistan. Appel au dialogue dans le premier cas, et, dans le second, confirmation de la nécessité inévitable de devoir admettre des négociations avec les Talibans.

    On ne peut pas vouloir le bien d'un peuple contre son gré. Mais pas davantage sans son gré, même si ce n'est pas contre.

  • Automobiles polluantes : Delanoconnerina Baupini delenda est...

    La dernière baupinade serait un gag si elle n'était pas, hélas, une réalité : Delonoë et ses alliés khmers verts se sont portés candidats pour une idée digne des plus grands moments de la Révolution Culturelle chinoise, au début des années 60. Ils veulent supprimer le trafic automobile dans Paris et plus si possible (ce qui suppose, au passage, un soutien de la Région). Comme ils veulent interdire dans Paris Automobiles diesel et 4X4, périphérique compris, et que 75% des véhicules des Franciliens fonctionnent au diesel, je vous laisse brosser, chers lecteurs, de vous-mêmes, un tableau édifiant. Le chaos. Des transports en commun déjà surchargés complètement paralysés. Une ville devenue définitivement inaccessible aux familles, familles qui paient déjà un lourd tribut à la politique de la ville de Monsieur Delanoë. Sur le site du Parisien, pourtant très favorable à Bertrand Delanoë, les réactions de Parisiens et Franciliens furieux s'amoncellent. 

    Bon, j'ai envie de leur répondre quelque chose de vache, mais de mérité : écoutez, les gars et les filles, c'est bien fait pour votre g.... fallait pas voter pour lui en 2008. Et pour ceux qui ont voté socialiste aux régionales, il ne faudra pas non plus se plaindre si la région appuie la nouvelle delanoconnerie baupinesque, et que ce n'est plus le périphérique mais la zone délimitée par l'A86 qui sert de périmètre d'interdiction. En effet, non content de pourrir le vie des automobilistes parisiens, les kmhers verts de l'Hôtel de Ville compte bien venir polluer l'existence tranquille des départements avoisinants. Mieux encore : ce sont les autoroutes de toute l'île de France que le sieur Baupin rêve d'interdire aux automobiles des Franciliens.

    Une chose est claire : en ce qui me concerne, je ne voterai pour aucune force politique qui appuierait d'une manière ou d'une autre cette politique dans Paris et en île de France.MoDem compris.

    Grâce à Dieu, la décision finale n'appartient pas à la ville mais à l'État. Or, les premiers tests devraient être pratiqués à la mi-2012. En pleine élection présidentielle. Il n'y aura plus qu'à demander aux divers candidats s'ils escomptent appuyer ou non cette demande. J'en prends bonne note et attends avec délectation la réponse du candidat vert à ce moment-là. 

    Devant les folies vertes de la majorité de l'hôtel de ville, je note tout de même des réactions censées, au Centre. Les néo-centristes ont par exemple condamné sans appel la délirante décision de fermer les voies sur berge à la circulation. Ils n'ont pas été les seuls puisque le MoDem, par la voix de Jean-François Martins, avait exprimé de fortes réserves en avril dernier.

    Je ne connais pas la position des néo-centristes sur ce nouveau projet, mais j'ai eu les premiers échos de Jean-François Martins. Si l'interdiction des 4X4 ne le dérange pas plus que cela, il est très opposé à celle des diesel pour plusieurs raisons : a) les performances des moteurs diesel en termes de pollution et de consommation se sont nettement améliorées b) cela revient à établir une discrimination contre le carburant le moins cher, et donc, par suite, contre les classes populaires, qui l'utilisent c) parce que c'est une approche dogmatique et autoritaire de la lutte contre l'automobile au lieu de favoriser un réformisme et des incitations douces (comme l'autolib, par exemple).

  • Zones franches urbaines, où en est-on ?

    Je lisais il y a quelques jours le titre et l'introduction d'un article du Monde sur le taux de chômage des jeunes hommes dans les zones sensibles : 47% soit un jeune homme sur deux. Je ne suis pas un afficionado des causes sociologiques de la délinquance, mais tout de même, avec un tel "score", cela en fait des individus qui s'ennuient et ne savent pas quoi faire...

    Je me suis du coup souvenu du dispositif qui avait été censé dynamiser ces zones : une idée de Juppé, reprise par Raffarin et Borloo en 2004. Les zones franches urbaines.

    Les Petites et Moyennes entreprises, au sens où l'entend l'Union européenne (pas plus de 250 salariés, moins de 25% du capital contrôlé par une grosse entreprise, moins de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel) y bénéficient d'exonérations fiscales, sociales et patronales.

    Le Conseil Économique et Social a publié un bilan très intéressant sur ce dispositif en février 2009, malheureusement passé inaperçu de la presse. Le dispositif semble porter ses fruits, puisqu'il se traduit dans les zones concernées par de la croissance, de l'emploi, une baisse de l'insécurité (comme quoi !) et une meilleure survie des entreprises créées. Toutefois, de 2003 à 2007, les exonérations, à elles seules, ont coûté 2.7 milliards d'euros quand elles réalisaient en tout et pour tout à peu près 50 000 embauches. Malheureusement, tout en reconnaissant sa nécessité, le rapport n'offre pas la donnée la plus intéressante à mes yeux : le retour sur investissement de l'État. Quels auraient été les coûts si l'État n'avait rien fait ? Il y  figure toutefois quelques éléments de réponse : 

    Selon l’Unedic, le coût d’un chômeur en 2007 indemnisé toute l’année sans interruption représente une dépense d’environ 12 731 euros auxquels il faut ajouter 1 485 euros de versement de l’Unedic aux caisses de retraite complémentaire : soit un coût moyen total de 14 216 euros contre 13 829 euros en 2006.

    Voyons, je suis encore bon en calcul mental :  50 000 X 14 000, cela fait 700 millions d'euros. Rien qu'en chômage, en étant large, l'État aurait du payer aux alentours de cette somme pour ceux qui seraient restés sans emploi.

    Le rapporteur série les conditions essentielles à l'implantation et à la réussite des entreprises dans les zones franches urbaines : 

    • disponibilité de locaux à proximité du foyer de l’entrepreneur ;  
    • accessibilité des locaux par les transports en commun ;  
    • disposer d’un capital d’amorçage personnel : « love money » ou autres ;  
    • avoir été accompagné par un interlocuteur compétent privé ou consulaire. À titre d’exemple, la chambre de commerce et d’industrie de la Seine-Saint-Denis accompagne l’entrepreneur en l’aidant à monter son business plan et à trouver des locaux ;  
    • se sentir en sécurité pour exercer son activité. Les artisans sont exposés au vol et à la destruction de leur matériel. Il faut cependant noter qu’une entreprise sur quatre seulement mentionne des problèmes de sécurité.

    Le rapport établit plusieurs axes de propositions, assez classiques, in fine : la sécurité, tant son absence semble un véritable frein à l'expansion économique et  la qualité de l'éducation, en développant dans les ZFU des voies d'excellence, la disponibilité foncière, l'accompagnement et l'information, un travail sur l'image des quartiers, l'accès aux biens culturels en sont les principaux, 

    Le concept de zone franche est ancien : dès l’Antiquité, des États ont voulu favoriser les activités de commerce en instaurant des ports francs. Au II è siècle av. J.-C., l’île de Delos devint ainsi un centre international d’entreposage et de négoce pour toute la Méditerranée ! Jacques Delors le premier a avancé l'idée de mettre en place des zones franches, en France, en...1981 ! Alors même que le socialisme triomphant submergeait la France. Mais Pierre Mauroy en avait alors refusé le principe : pensez-donc ! Des enclaves hyper-capitalistiques et complètement défiscalisées en terre rose ! quel outrage à la doxa socialiste !

    Comme les Pôles de compétitivité ou encore le statut d'auto-entrepreneur, les zones franches urbaines m'ont paru faire partie de ces mesures qui allaient dans le bon sens. Si ces dispositifs finissent par échouer, au final, c'est que le gouvernement français n'ose jamais aller jusqu'au bout de sa logique, n'ose pas libérer les initiatives. S'il est clair qu'il faut museler les effets d'aubaine, pourquoi ne pas tenter pour autant de créer de véritable Shangaï, c'est à dire des zones totalement libéralisées économiquement, avec toutefois une et une unique contrainte : 90% des employés des entreprises qui s'installent dans ces zones doivent en venir. Fiscalité et contraintes radicalement abaissées, contre contraintes en termes de localisation de l'emploi radicalement appliquées. Voilà ce que pourrait être un deal gagnant. 

     

  • Nicolas Sarkozy, Jacqueline de Romilly et les lettres anciennes

    Ce n'est pas mon genre d'instrumentaliser un décès, surtout de quelqu'un pour qui j'avais beaucoup d'estime. Mais il ne faut pas non plus me chercher : Nicolas Sarkozy salue donc la mémoire de l'helléniste exceptionnelle que fut Jacqueline de Romilly. Il y a eu un communiqué de l'Élysée, je le cite : 

    les langues et les 'humanités' sont indispensables à l’être humain car elles lui permettent de penser, de peser avec discernement les termes et les idées, d’éviter le piège des dogmes qui conduisent au fanatisme". Jacqueline de Romilly, en s'éteignant, confie l’exigence de veiller au maintien d’un enseignement littéraire de qualité.

    Devinez qui disait ceci en 2007 : 

    Vous avez le droit de faire de la littérature ancienne, mais le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d'argent pour créer des filières dans l'informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l'Etat doit se préoccuper d'abord de la réussite professionnelle des jeunes

    Il faut arrêter de prendre vos concitoyens pour des c..., Nicolas Sarkozy.

    Je ne voudrais pas être en reste avec le Parti Socialiste qui a tout fait, quand il était au pouvoir, notamment avec sa courroie de transmission, la FCPE, et Claude Allègre, pour éradiquer le grec et le latin de l'enseignement. Alors voir les Socialistes se joindre aux hommages, ça fait ricaner.

    Sans faire de politique, il n'y en a qu'un  de crédible, dans ce panier de crabes, c'est Bayrou. C'est le seul qui affirmait dans son programme, en 2007, la nécessité de redonner au grec et au latin, disciplines d'excellence s'il en est, la place qui leur revenait. Également le seul, comme ministre, à avoir tenté de relancer ces disciplines par des mesures actives. Et le fait d'être un agrégé de lettres classiques n'y est pour rien ; Xavier Darcos en est un également, mais on ne peut pas dire que son passage à l'Éducation Nationale, tant comme secrétaire à l'époque de Ferry que comme Ministre aient marqué une renaissance des lettres et des humanités.

    Il ne s'agit pas d'être partisan, et je ne dis pas ce que j'écris par militantisme, mais parce qu'il y' a des limites au cynisme, et que cela fait aussi du bien de rétablir la vérité...

  • Ces abrutis vont réussir à assécher le professorat...

    Tiens tiens...ce que je prédisais il y a un an, je crois, prend forme, à l'évidence. Les candidats désertent les concours de l'Éducation Nationale.

    Ils sont drôles les comiques du Ministère qui reconnaissent «moins de deux candidats présents pour un poste en lettres classiques ou en maths». En lettres classiques, il y avait 135 candidats pour 185 postes ! Le ratio est comparable en mathématiques : il n'y avait que 1300 à 1500 candidats présents pour 945 postes et encore ... un oeil attentif sur l'édito de Didier Missenard du Café Pédagogique lève le voile qui recouvre pudiquement le pot aux roses : en somme, les futurs lauréats seront en grande partie des recalés des années précédentes.

    Et pendant que les jeunes Français désertent le professorat, ces cons continuent à tirer à boulets rouges sur les enseignants. Il faut dire que le rapport des sieurs Xavier Breton et Yves Durand est une anthologie à soi seul. Jugez donc de la tonalité de la prose.

    Après avoir flingué la formation des jeunes enseignants, ce gouvernement s'apprête à les faire travailler plus, et tente de redéfinir leur temps de travail sous des prétextes fallacieux : les sieurs Durant et Breton écrivent ainsi outre qu’elle ne contribue pas à l’objectif de la réussite de tous les élèves, la définition du service des enseignants du second degré dessert ces personnels auprès de l’opinion publique.

    Ah, l'opinion publique...Quel tas d'abrutis. J'ai démontré, il y a peu, que les enseignants n'étaient même plus dans les classes moyennes, désormais. Dans leurs premières années, ils font partie des classes populaires, des milieux modestes. Tous les projets de réforme en cours n'ont qu'un seul objet : dégrader les conditions d'exercice de leur métier. Mais rassurez-vous, les gars, ça marche : les candidats commencent à déserter les concours, comme je l'avais anticipé, et je peux même faire encore mieux que la Pythie de Delphes dans les prédictions. Écoutez l'Oracle de l'Hérétique : ça va s'aggraver !

    Bientôt, l'enseignement ne sera plus assuré que par des personnels faiblement qualifiés, ayant échoué aux concours, parfois pas même titulaires d'une licence, recrutés à l'étranger en sciences. Et pour ceux qui auraient la naïveté incroyable d'imaginer que cela fera ainsi le lit de l'enseignement privé, qu'ils soient détrompés ! C'est souvent ignoré, mais, en moyenne, la qualification des enseignants du public est nettement supérieure à celles de ceux du privé. Le privé l'emporte grâce à son encadrement, et parce qu'il peut sélectionner ses élèves, ce que ne peut en aucun cas faire le public.

    Quand les Français se réveilleront (s'ils se réveillent, parce que c'est tendance de faire de l'enseignant l'alpha et l'oméga de la fainéantise ou encore un vil privilégié qui profite du système), il sera trop tard pour éviter le désastre.

    Ce n'est pas pour casser l'ambiance, jeunes gens et jeunes filles qui vous portez candidats aux concours des métiers de l'enseignement, mais, si j'étais vous, j'obliquerais pendant qu'il est encore temps. Lisez donc les rapports qui s'accumulent, et pour compléter votre édification, les programmes des partis politiques : vous n'avez pas le vent en poupe. Vous ne gagnerez pas un kopeck de plus, mais on vous retirera, en revanche, les maigres avantages dont vous bénéficiez encore jusque là.

    Enfin, si portés par la foi, vous décidez de rester, battez-vous, les petits et les petites, parce que là, vous êtes dans la nasse, et jusqu'au cou...

  • Commencer un livre par le milieu ?

    Souvent, quand j'envisage l'achat d'un livre, ou simplement sa lecture, je jette d'abord un oeil au début, puis, très rapidement, je vais chercher une page quelque part au milieu du livre et je lis un extrait.

    Le problème, c'est quand le passage m'accroche : je ne puis m'empêcher de poursuivre sur ma lancée...

    Cela m'est arrivé récemment avec la Duchesse de Langeais d'Honoré de Balzac, et cela m'a réservé une surprise. J'ai commencé la lecture de l'ouvrage un peu avant que Montriveau décide d'ignorer la duchesse à la fois par dépit et par amour. Balzac boucle son récit en accéléré, relatant comment Montriveau recrute un équipage pour tenter de revoir la duchesse, réfugiée dans un couvent carmélite quasiment inaccessible en Espagne. Je n'aime pas ces fins d'histoire qui tombent comme un cheveu sur la bonne soupe d'une trame bien filée et bien menée. Seulement voilà, j'ai fait ce que je ne fais pas toujours : j'ai repris le livre depuis le début et ai découvert que la fin figure au début, mais relatée d'un autre point de vue. Et elle occupe tout un chapitre, avant d'introduire, dans le chapitre suivant, non l'histoire, mais toute une réflexion sur l'aristocratie et son déclin, en ce premier tiers de XIXème siècle.

    On y voit d'ailleurs Balzac déplorer la dégénérescence d'une aristocratie incapable d'être ce que son nom même signifie, c'est à dire le pouvoir des meilleurs. Parce que les aristocrates ne sont plus les meilleurs, conclut Balzac, ils ne sont plus capables de tenir entre leurs mains les rênes du pouvoir.

    En choisissant cette approche (assez risquée avec Balzac, en raison de la diversité de ses personnages et de la complexité et des intrigues et des relations qu'ils entretiennent entre eux), j'ai finalement eu une perspective très différente du livre, de son histoire et de son dénouement.

    Parfois, je fais pire : je commence un livre par la fin. Je suis sûr qu'il existe des ouvrages où la fin du récit se déroule en plein milieu du livre. Que le déroulement des faits coïncident ou non avec celui du livre, finalement, le choix de débuter par la première page ou non est quelque chose de très arbitraire.

    Livrons-nous à une petite comparaison : en latin, l'ordre des mots n'est pas le même qu'en français. Cela ne gêne pas plus que cela les Romains de placer un complément d'objet direct en tête de phrase, de le faire suivre du sujet, puis de placer quelques circonstances et d'ajouter le verbe. En poésie latine, ils font même pire en séparant par exemple un nom et son adjectif épithète et en intercalant au beau milieu un groupe de mots, qui peut être le COD, le verbe, le sujet de la phrase, bref, tout ce que l'on voudra.

    Et pourtant, les phrases des Romains ont bien un sens, et surtout, les idées et les notions leur viennent à l'esprit dans l'ordre dans lesquels ils énoncent chaque mot. L'apparent galimatias que forme l'ensemble pour qui tente de traduire la pensée du Romain antique faisait pourtant bien sens pour lui. 

    Pourquoi cette comparaison ? Eh bien parce que je tends à penser qu'il en va à peu près autant des livres. Toute lecture est une interprétation (tiens, je fais mon constructiviste, moi, pour une fois) et on arrive aussi bien à comprendre un livre en traduisant sa pensée qu'en la suivant (comme la traduction d'un texte latin, en somme). Rien n'empêche donc de le commencer par son milieu, sa fin, ou n'importe quel autre choix.

    Oulah, j'ai les neurones qui ont tourné, et du coup, les oreilles qui fument, moi. Voilà un sujet qui mérite bien chaîne et tag. On ne va tout de même pas donner du caviar à des cochons : il faut au moins des blogues littéraires pour répondre à un défi de cette nature. Hé hé, j'en connais tout de même quelques uns :-)

    On m'a dit que Gaël est écrivain. Il doit certainement avoir un avis sur le sujet, dans ces conditions. Ferocias qui suit l'actualité des peuples du soleil, y compris l'actualité littéraire, doit bien pouvoir donner aussi un avis (enfin...quand il aura fini de déchiffrer les Codex aztèques, ce qui devrait bien lui prendre un soleil supplémentaire au moins...).

    Thierry qui fait oeuvre d'écrivain depuis quelque temps est très certainement qualifié pour exprimer le sien aussi. AsTeR, de Sulfure et contre-sulfure (y'a culture dans le titre de son blog) qui réduit la religion à une histoire de théière ou non, pourra bien également considérer ma question.

    Reste enfin l'inénarrable Didier Goux qui vient faire de temps à autre un tour par ici, nourrit les chardonnerets, mais envisage de s'en faire un parka et conchie Fellini plus que tout ou presque...Celui-là, qui croule sous les livres pas finis, va bien avoir une petite idée aussi sur la question...

    Goddam, en fait, j'ai fait le tour des blogues littéraires que je connaissais*. Honteux, non, pour quelqu'un qui se pique de temps à autre de littérature... Si, je connais Stalker aussi, mais c'est généralement de trop haut niveau pour moi : il cite et analyse chez lui toute une série d'auteurs aux noms  barbares (ou civilisés, qui sait !) que je ne connais ni d'Éve ni d'Adam, à quelques rares exceptions près.

    Ah, j'oubliais la question : alors, commencer un livre par le milieu, hérésie ou non ? :-)

    * je connais tout de même la République des livres, d'Assouline, même s'il m'assomme deux fois sur trois quand j'en lis un billet...

  • Jacqueline de Romilly n'est plus !

    Je viens d'apprendre à l'instant que Jacqueline de Romilly était décédée, à l'âge de 97 ans. L'hellénisme a perdu avec elle une voix forte et originale. C'est son livre les Grands Sophistes dans l'Athènes de Périclès qui m'a fait découvrir des aspects très originaux de la pensée grecque, sophistes que je n'avais appréhendé que par Platon jusqu'à la lecture de ce livre.

    Et Canal Académie qui venait de mettre en ligne un entretien avec cette helléniste remarquable, Petites leçons sur le grec ancien.

    Une place d'honneur l'attend sur l'île des Bienheureux, à n'en pas douter, tant la défense des humanités aura été pour elle le combat de toute une vie.

  • Pan, dans la gueule des profs et de leurs élèves...

    Pas trop mal le dernier éditorial de François Jarraud au Café Pédagogique... Il a eu la bonne idée d'éplucher le rapport de la Commission des affaires culturelles de l'Assemblée Nationale sur les rythmes scolaires. En fait, cela va bien au-delà des seuls rythmes scolaires. François Jarraud n'est pas content. On le comprend. Nous non plus.

    Entre autres âneries monumentales, on trouve l'idée "géniale" d'alléger les contenus disciplinaires jusqu'à leur évaporation, pour reprendre la juste formule de François Jarraud.

    Vous allez halluciner, chers lecteurs, quand vous allez prendre connaissance des recommandations des deux imbéciles députés qui ont pondu le fameux rapport. Accrochez-vous bien et tenez-vous à votre siège : 

    Il serait souhaitable de réduire le temps de cours magistral, de développer les enseignements pluridisciplinaires et de repenser les temps pédagogiques et les séquences d’enseignement... Tout ceci impliquerait de faire varier les formes de regroupement des élèves. Il faudrait davantage recourir aux groupes de compétence, aux ateliers d’accompagnement, aux « cours dialogués », etc. Des cours magistraux de soixante à quatre-vingts élèves pourraient être dispensés ... 

    Génial, non ? Il fallait y penser. Putain, j'aurais mieux fait de fermer ma gueule le 28 juin dernier. Châtel prévoyait des classes à trente, mais il y a eu des zélés pour imaginer mieux. J'avais alors emprunté à Orange Démocratique sa salle d'école du futur, mais on va y arriver sans rire, avec des zozos de ce genre. Allez, encore un effort : elle pouvait accueillir 332 enfants. 60 à 80 par classe, ils sont petits joueurs les compères Breton et Durand...

    En autres joyeusetés, nos deux tristes sires envisagent d'en finir avec les disciplines actuelles pour se contenter de bloc disciplinaires, et, pour faire bonne mesure, de cesser de fixer des horaires plancher. Seuls des maxima seraient établis dans la loi, gravés dans le marbre et tout ça et tout ça. On aurait le droit de faire 0 heures de français par semaine, par exemple. Ingénieux, non ?

    Les profs vont apprécier le sort qui leur est dévolu : révision des services, considérés désormais selon la présence dans l'établissement. Je traduis : 35 heures de présence. Ségolène Royal va être contente, tiens. Ensuite, réduction drastique du temps de vacances (-3 semaines en été). Compensations salariales ? Aucune. A vrai dire, comme notre État impécunieux n'a absolument pas les moyens d'augmenter quelque salaire de la fonction publique que ce soit, à l'heure actuelle, soit ces deux idiots députés sont déterminés à faire une déclaration de guerre en bonne et due forme au corps enseignant, soit leur niveau de réflexion est inférieur à celui de cloportes atteints de la maladie d'Alzeimher.

    Je me suis dit qu'une telle "Somme" valait le détour. Du coup, j'ai été voir de mes propres yeux sur le site de l'Assemblée Nationale. Profond soupir. On nous bassine avec les réussites supposées du collège Clisthène de Bordeaux. Encore une supercherie. Le tout bien-pensant médiatique salive et bave d'admiration, mais la réalité est que les résultats de Clisthène sont conformes à ceux d'un collège de composition similaire (les résultats s'améliorent simplement parce que les classes aisées viennent s'y inscrire !). Il y a en revanche un autre son de cloche : celui des proviseurs du secteur. Ils observent que les élèves qui viennent de Clisthène ont quelques "difficultés" à s'adapter au lycée... Ainsi, la brillante expérimentation pédagogique des disciples des Meirieu et consorts (oui, oui, celui qui a été élu euro-député des Verts en Rhône-Alpes et qui prend du galon à Europe-écologie) repose en fait sur une imposture.

     

  • Les agences de notation ont bon dos

    J'y reviens encore, car chaque fois que j'entends parler d'agences de notation indépendantes çà et là, j'ai des ulcères qui me poussent dans l'estomac. Pauvre Robert Rochefort, ses oreilles vont siffler. J'aime beaucoup ce qu'il dit, mais, en la circonstance, si j'agrée une agence indépendante, je crois que ce n'est pas pour la même raison que lui...

    En somme, que reproche-t-on aux agences ? Eh bien de dégrader la notation de pays criblés de dettes jusqu'à la moëlle. En somme, on leur reproche de rétablir la vérité, les traitant comme le Diable.

    En réalité, ce que je pourrais à la rigueur reprocher à ces dernières, c'est d'avoir si longtemps épargné des états impécunieux et dépensiers. Si elles avaient traité les pays comme des entreprises, n'en déplaise à Robert Rochefort, peut-être n'en serions-nous pas là...

    Ce qui est juste, en revanche, c'est de critiquer leur manque de rigueur sur les subprimes. Mais justement, on ne les y reprendra pas, et, du coup, elles se sont certainement décidées à ne pas prendre le risque de refaire une erreur similaire avec les États. Si crise des États il doit y avoir, au moins aura-t-elle été prévenue cette fois.

    J'observe d'ailleurs que sous la menace, les États se décident à réagir. Peut-être éviterons-nous, finalement, la crise de leur endettement grâce, entre autres, à ces avertissements...