samedi, 26 avril 2008
Crise alimentaire : l'occasion ou jamais !
Des émeutes de la faim éclatent dans les pays les plus pauvres, tandis que dans les pays les plus riches eux-mêmes, les poubelles et leurs déchets commencent à faire l'objet d'âpres disputes parmi les miséreux.
Il y a donc urgence à relancer la production agricole partout dans le monde. Certes, la sécheresse ou plus généralement les intempéries, ont frappé en nombre de points de la planète.
Pourtant, il y a là une occasion inespérée pour plusieurs pays émergents, l'Afrique en particulier, de lancer enfin un plan de grande ampleur de développement des surfaces agricoles. Ceci ne doit évidemment pas se faire au détriment des forêts.
Le FMI pourrait jouer un rôle positif en favorisant des financements d'envergure dans ce domaine. Il faut en revanche que ce soient les pays producteurs qui réalisent des bénéfices, et pas uniquement quelques multi-nationales de l'agro-alimentaire.
Un bon modèle de développement pourrait être celui du commerce équitable, avec des critères certifiés par des organismes du type Max Havelar.
Nous pouvons faire d'un malheur un bien, mais cela supppose de s'engager et de ne pas se contenter de mener une politique de redistribution des surplus, réflexe habituel des pays occidentaux, mais qui ne font qu'anesthésier temporairement la douleur sans pour autant en supprimer le cause.
J'espère que dans ce domaine, le MoDem mènera une réflexion de fond avec des propositions concrètes, car le sujet est grave et engage l'avenir de la planète toute entière.
François Bayrou, lorss du colloque de l'UDF du 11 février 2006, sur l'agriculture et les territoire ruraux, avait posé les bases d'une autre organisation de l'agriculture des payx émergents :
Et le troisième impératif d’une politique agricole, c’est le maintien d’un tissu dense d’agriculteurs.
[...]
Mais c’est une exigence vitale pour le tiers-monde ! Je voudrais vous rappeler les chiffres, si souvent ignorés. Il y a 1,3 milliards de paysans sur la planète. Parmi eux, moins de 30 millions sont mécanisés, disposent d’un tracteur. 250 millions ont une bête de somme. Ce qui veut dire qu’un milliard d’entre eux n’ont que leurs bras pour survivre et quelques outils araires. Ce qui explique que plus d’un milliard d’entre eux vivent avec moins d’un dollar par jour !
La situation de l’agriculture mondiale qui les arrache aujourd’hui à leur terre pour les contraindre à rejoindre les bidonvilles des mégapoles misérables, par exemple en Afrique, est une catastrophe à l’échelle de l’humanité. Ce n’est pas seulement l’Afrique, mais la planète entière qui s’en trouve déséquilibrée. Les vagues d’immigration ne sont qu’une des conséquences en chaîne de cette misère du déracinement, les grandes pandémies, la drogue, en seront évidemment d’autres. Et la vue des images des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, ou la situation de Mayotte, de la Guyanne, de la Guadeloupe disent chacune à leur manière cette catastrophe humanitaire.
Or l’organisation actuelle des marchés agricole mondiaux ne permet pas d’envisager le retour à l’équilibre.
Dans l’organisation actuelle des marchés, il y a deux victimes : les agriculteurs des pays socialement avancés, qui ne survivent que par des aides publiques (primes en Europe, marketing loan aux Etats-Unis), qui coûtent cher à la collectivité et effondrent artificiellement les prix de marché. On arrive donc au paradoxe que les agricultures de ces pays voient les producteurs les plus compétitifs vendre leur production céréalière à des prix inférieurs de 20 ou 30 % à leurs coûts de revient. Ceux-là sont la première victime. Et à l’autre bout de l’échelle les deuxièmes victimes sont les agriculteurs du tiers-monde écrasés sans pitié, mourant de faim, et obligés d’abandonner leur terre.
Le seul modèle agricole réellement adapté à cette organisation des marchés, ce sont les pays du groupe de Cairns, disposant d’immenses surfaces disponibles, d’un prix du foncier très bas, de capitaux illimités pour une mécanisation à outrance, et du coût du travail qualifié très bas. Mais tout cela qui est puissant, fait une production agricole, mais pas un tissu d’agriculteurs pour la planète !
Contrairement aux orientations actuelles, que l’Europe et le tiers-monde subissent sans réaction (les pays en développement se croyant à tort représentés par de puissants producteurs comme le Brésil), on doit donc militer pour une autre politique agricole non seulement en Europe, mais dans le monde.
Le libre-échange est bon, il est nécessaire, il est vital. Mais le libre-échange doit concerner des zones de production agricoles relativement homogènes, comme le marché commun agricole a protégé et ressuscité l’agriculture européenne après la deuxième guerre mondiale.
Les marchés du tiers-monde doivent être protégés au bénéfice des producteurs du tiers-monde. Le monde socialement développé doit organiser ses productions pour que le niveau des prix soit un niveau des prix rémunérateur pour le producteur, sans que l’on soit obligé de passer par l’artifice des aides publiques qui effondrent les prix de marché et désespèrent les agriculteurs. Les productions excédentaires doivent trouver les débouchés nouveaux des biocarburants et de l’agrochimie. À l’intérieur de ces grandes zones (quatre ou cinq) de la planète, le libre-échange est souhaitable et il doit être favorisé. À l’intérieur de ces zones homogènes, la disparition des aides stupides est parfaitement négociable. Et dans les zones du monde des productions massives (le groupe de Cairns) on doit inviter les pays, comme le Brésil a commencé à le faire avec une grande lucidité et une grande prescience, à consacrer à ces productions agro-industrielles tous les surplus dont ils inondent les marchés mondiaux.
Cette organisation nouvelle du monde est donc un immense effort politique.
Un tel effort prendra des années de construction politique. Elle exige que la France en prenne la tête. Elle exige que la France convainque les autres pays européens. Elle exige que l’Europe porte ce message à l’OMC. Il s’agit, au sens propre, d’une révolution, d’un changement d’orientation majeur, d’un modèle nouveau à faire partager.
Quand je vois ce qu'il se passe actuellement, cela me paraît très actuel et très adapté, comme propos...
07:11 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alimentation, crise, agriculture, modem, bayrou
jeudi, 20 mars 2008
Ecole Autrichienne (4) : system failure...
Savez-vous ce qu'est un risque systémique ? C'est un risque susceptible de paralyser tout un système. Cela peut être un système d'exploitation, comme la matrice dans Matrix reloaded, le second épisode de la célèbre série, cela peut aussi être un système financier...
Le risque de crédit, quant à lui, est le risque qu'un emprunteur ne rembourse pas sa dette à échéance fixée. On prête évidemment plus aisément à un interlocuteur réputé solvable qu'à un interlocuteur peu fiable. Credo, en latin, dont le participe parfait est creditus, signifie croire, avoir confiance en...
Il semble bien que cela soit la planète toute entière qui soit en proie au doute, dans le monde la finance. D'affreux soupçons gangrènent les relations des établissements entre eux : comme on ne sait plus quelle nouvelle tête tombera d'un jour sur l'autre, chacun se défie et tente de conserver ses billes pour soi.
Je poursuis ma lecture du livre de Thierry Aimar sur les apports de l'école autrichienne d'autonomie, et j'en suis arrivé au chapitre II. Il est très instructif. Ma dernière note sur l'ouvrage, qui date du 27 décembre dernier, évoque la catallaxie. La catallaxie, c'est simplement l'expression de la coopération sur le marché, et notamment des inter-actions entre stratégies individuelles.
C'est une réponse au problème de l'ignorance. Les Autrichiens (ainsi appellerai-je ce courant de pensée économique) distinguent avec soin information et connaissance. Le marché, c'est l'expression en acte de mla somme de toutes les informations. Mais cette somme, aucun acteur considéré individuellement ne peut la connaître, si bien que toute fixation de prix est toujours le fruit d'une ignorance plus ou moins prégnante.
Un marché est donc toujours en déséquilibre, parce que l'ignorance n'est jamais totalement épuisée. Conséquence, le marché ne produit que des prix de déséquilibres.
Kizner écrit dans Perception, opportunités et profit : «les problèmes économiques véritables de toute société proviennent du phénomène d'opportunoités non perçues. La manière dont une société de marché traite ce phénomène ne peut pas être comprise à l'intérieur d'une théorie d'équilibre du marché ».
Exit la loi de l'offre et de la demande. Cela ne marche pas. En revanche, je reviens à mon sujet premier : il est de la nature du système financier international de générer des déséqulibres, par le fait de l'ignorance des acteurs économiques.
De mon point de vue, cette ignorance fait donc peser un risque systémique sur la finance internationale. Petite remarque au passage, le concept d'ignorance va nécessairement amener celui de l'erreur.
Le Marché est donc le fruit de nombreuses erreurs, et, on peut le considérer comme un processus et non une situation. Une connaissance qui se révèle dans une période de temps insuffisante ou erronée donne lieu à des changements des actions dans la période suivante.
CQFD.
On va me dire que ma métaphore est mal pensée, mais considérons maintenant le film Matrix : sur quoi repose l'ordonnancement de la Matrice ? Sur l'ignorance de tous ses acteurs. Il est vrai qu'il y a une différence, en ce qu'il n'y a pas une intelligence collective qui régit le marché, mais, dès lors qu'un maillon accède non à une connaissance partielle, mais à toute la connaissance, la matrice se détériore progressivement.
Est-ce que ma comparaison est pertinente ? Je ne le sais pas. Mais, je constate simplement que c'est la connaissance qui génère de violentes corrections sur le marché actuel, sans doute parce qu'il y a eu de nombreuses erreurs au sens autrichien du terme.
Je conserve toutefois présent à l'esprit, que si l'ignorance est à la base du marché, et les "coups", la capacité à s'emparer d'opportunités, corollairement, et là, je quitte peut-être les Autrichiens, l'accroissement de la connaissance a vocation à disloquer fatalement le marché, en brisant le processus, puisque le marché est la conséquence de l'ignorance.
A discuter, je ids peut-être une gigantesque ânerie.
07:16 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, marché, école autrichienne, thierry aimar, finance, crise
vendredi, 14 décembre 2007
Banques et marchés au bord du gouffre
Cela commence à sentir fortement le roussi : il y a deux jours, les banques centrales sont intervenues de concerty sur les marchés pour dégager des liquidités. Cela ne s'était plus produit depuis septembre 2001. Pourquoi cette intervention ? parce qu'avec ces fichus subprimes, les banques ne se font plus confiance les unes aux autres et ne veulent plus se prêter d'argent. Du coup, les banques ont le plus grand mal à assurer leur taux de recouverture quand elles-mêmes elles prêtent à des entreprises ou à des particuliers.
Citigroups, notamment, est dans de sales draps : les agences ont sévèrement revu sa notation, ce qui signifie que le crédit va lui coûter beaucoup plus cher désormais.
Des liquidités, il y en a, bien sûr, dans le monde, mais sur les marchés émergents. Résultats, des pays gros producteurs de mantières premières prennent des participations massives dans des grands groupes, et surtout, dans des banques de poids.
J'espère qu'une crise de crédit ne se profile pas, car ce n'est vraiment pas le moment. Pour relancer la croissance, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, il faut mener une politique de l'offre, de manière à ce que les entreprises se développent. Mais si les capitaux venaient à manquer, ce serait très fâcheux pour les investissements, a fortiori en RD (Recherche et Développement)...
Les Bourses, pendant ce temps, dévissent sévèrement, et ce n'est peut-être pas fini...
19:15 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : subrpimes, banque, crise, banque centrale





