dimanche, 24 juillet 2011

Diplomatie, culture et défense en temps de rigueur

C'est une tentation, pour un état fortement endetté, que de ponctionner sévèrement les budgets alloués à la défense et à la diplomatie. Soyons précis : c'est une tentation surtout parmi les démocraties européennes. Pas de guerres à soutenir, pas de statut à maintenir. Ce peut être aussi le fruit d'une pensée primairement anti-militariste (que l'on songe à Éva Joly qui compare la France à la Corée du Nord parce que nous organisons le défilé de nos forces le jour de notre fête nationale...).

Quand je considère la France, j'ai beau y réfléchir, je ne vois pas comment nous pourrions abaisser les crédits dont dispose notre armée nationale. Si nous voulions faire de grosses économies, il faudrait toucher à de gros postes budgétaires. On pense tout de suite à nos porte-avions, des gouffres financiers. L'inconvénient, c'est que se priver de porte-avions, c'est se priver de la possibilité d'amener une partie de notre aviation dans toutes les régions du monde. Je ne suis pas convaincu que des avions à longue portée (existent-ils seulement ?) puissent suppléer l'absence de porte-avion.

Je crois qu'il faut également bien réfléchir au type d'interventions armées que nous voulons mener. La guerre en Libye coûte cher. Certes. Mais elle ne fait aucune victime civile. A ce stade-là, c'en est même miraculeux. C'est que l'aviation française (mais aussi britannique) utilise des bombes-laser d'une extrême-précision et obéit à des règles d'engagement très strictes. Ces bombes coûtent très cher ; mais elles touchent leurs cibles, pas ce qu'il y a à côté. Des guerres à zéro mort, cela a un coût, et ce coût, il pme paraît nécessaire de le supporter. La suite logique, d'ailleurs, ce sont les drones : coûts astronomiques, mais efficacité sans égale. Ils s'amérioreront toujours plus.

Bref, il ne faut pas toucher à nos capacités opérationnelles, parce qu'elles sont au service de notre diplomatie, si maigres soient-elles au regard de nos ambitions.

Dans le domaine diplomatique, c'est, je le pense, la culture qu'il faut promouvoir par-dessus tout. Or, les centres culturels et les écoles françaises sont les premières victimes de la rigueur, en règle général. Nous devrions à mon avis leur assigner des missions culturelles stratégiques : toucher les élites des pays où ils sont implantés, populariser la culture française, dispenser des cours de langue au plus grand nombre de personnes possible. C'est un domaine où il ne faut pas lésiner. Je pense également qu'il ne faut pas faire l'effort de se replier sur la seule francophonie. Nous avons complètement abandonné tout effort de pénétration culturelle et linguistique chez nos voisins européens. C'est pourtant là qu'il faudrait mettre le paquet, de même qu'en Amérique. Pour que le monde parle français, il faut que les décideurs et les élites pensent "en français". Il faut donc avoir une stratégie audacieuse et agressive de pénétration linguistique et culturelle au sein des élites mondialisées.

Cela suppose de ne pas placer des ânes ignares qui méprisent la culture française comme le socialiste Pascal Lamy  qui considèrent le combat sur la francophonie comme un combat d'arrière-garde à des postes à responsabilité. Cela suppose aussi de recentrer nos aides et nos cadeaux à l'étranger vers la diffusion de notre culture (quel intérêt de financer un centre culturel au Chili, n'est-ce pas Monsieur Husson, sauf à ce qu'il bénificie d'une implantation culturelle du français sur place, mais ce n'est pas le cas...).

Bref, il faut avoir une stratégie et nous ne l'avons pas. C'est une dimension à laquelle François Bayrou semblait sensible en 2007 que le MoDem pourrait ajouter dans son programme politique pour 2012.

dimanche, 27 février 2011

Juppé aux affaires étrangères ? Bonne nouvelle !

Des rumeurs de plus en plus insistantes font état de la nomination prochaine d'Alain Juppé à la tête des affaires étrangères, puisqu'il paraît acté que Michèle Alliot-Marie va partir. Il conserverait de surcroît la Défense, situation inédite dans l'histoire de notre Vème République.

Bonne nouvelle de mon point de vue : j'ai conservé le meilleur souvenir de la gestion des affaires étrangères par Alain Juppé. Je sais que c'est un homme qui ne sacrifie pas les principes, tout en promouvant une diplomatie efficace.

A vrai dire, il va devoir s'adapter à une nouvelle donne mondiale : les révoltes successives dans les pays arabes vont redistribuer les cartes dans une large portion du monde de manière tout à fait inattendue. La question que tout le monde se pose, du moins en Europe, c'est de découvrir ce qui émergera des décombres des despotismes : démocraties ? théocraties ? régimes militaires ? Personne ne peut le dire avec certitude, même si les armées semblent avoir pris fait et cause pour les peuples, dans l'ensemble, et que les islamistes, Al Qada en tête, ont été pris de cours par des révolutions qui à aucun moment ne se sont réclamées d'Allah et encore moins des fous de Dieu... 

Comme le dit Alain Juppé, tout en invitant à la vigilance, et si les peuples arabes réussissaient ? Ce n'est pas le seul défi que devra relever le maire de Bordeaux : l'affaire Florence Cassez, les otages en Afghanistan, le désengagement ou non de ce pays, le délitement européen, les relations avec la Chine, le déclin de l'influence française, particulièrement en Afrique...

Il restera à Alain Juppé la difficile tâche d'effacer les relents brouillons de l'agitation sarkozyste. Juppé est une forte tête, mais saura-t-il faire entendre sa voix ? L'avenir seul le dira...

09:52 Publié dans International, Politique | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : juppé, diplomatie | | |  Facebook

dimanche, 05 décembre 2010

Vous ne ferez pas d'Assange et de son wikileaks des héros de la liberté.

J'ai lu successivement les billets de Birenbaum, de Thierry Crouzet et de Pierre Chappaz. Je récuse frontalement les arguments des uns et des autres, tout en recevant jusqu'à un certain point la conclusion de Crouzet. Birenbaum se trompe s'il ne comprend pas, que le super-menteur de l'histoire, dans la série wikileaks, c'est Assange, évidemment. Il devrait lire Martiens, go home, de Frédéric Brown, le compère Birenbaum. Oh, mais je parie qu'il le connaît : récit de SF presque drôlatique dans lequel des petits hommes verts s'abattent sur notre planète. Partout et nulle part, ils s'empressent de dévoiler à toute l'humanité les vices de chacun. Adieu, mensonges, tromperies, vices, petites mesquineries auxquelles nous tenons tant. L'humanité sombre dans l'ennui et la dépression, s'habituant tant bien que mal à vivre dans une transparence totale. Un homme, un seul, a échappé à la catastrophe transparitique qui frappe l'humanité : par un coup de chance extraordinaire, il développe une psychose d'un genre particulier qui le fait ne pas voir ni entendre les petits hommes verts ou quoi que ce soit qui se rapporte à leurs actions.

Dans la vie de tous les jours, quand on a affaire à quelqu'un qui vous dit tout de go tout ce qu'il pense, on juge généralement qu'il n'est rien d'autre qu'un malotru dénué du savoir-vivre le plus élémentaire. Une sorte de casse-couilles saoûlant qui joue les bravaches, en somme.

Qui peut dire vraiment ce qu'est le mensonge ? En un temps très ancien, il y eut tout un mouvement de pensée qui faisait de l'homme la mesure de toutes choses, récusant toute forme de vérité révélée. On appelait ceux qui se rattachaient à ce mouvement des Sophistes. Certains d'entre eux avaient reçu en héritage des disciples d'Héraclite l'idée qu'on ne pouvait se baigner deux fois dans le même fleuve. Les disciples les plus électroniques du philosophe d'Éphèse diraient qu'aujourd'hui, on ne se baigne jamais deux fois dans le même flux. Birenbaum est prisonnier d'une dialectique qu'il ne parvient pas à dépasser : celle du mensonge et de la vérité. J'y reviendrai dans la suite de ce billet.

Pierre Chappaz croit qu'il y a dans l'affaire wikileaks les prémices de la première guerre de l'information. Assange lui paraît un nouveau David affrontant les États-Goliath. Rien de tel, à mon sens. Rien de tel, parce qu'Assange ne délivre pas de l'information, il charrie du fumier. En revanche, ce grand magicien a réussi à faire croire qu'il pouvait transformer le purin en information. Et certains, même parmi les meilleurs, sont tombés dans le panneau.

Il me semble que Thierry Crouzet a mis le doigt sur le noeud de l'histoire, mais s'est en même temps trompé de combat. S'il renvoie dos-à dos les maniaques du secret et ceux de la transparence, il se livre aussi à une authentique hypostasie de l'information : crime de ne pas la laisser circuler comme bon lui semble. Ah. Et en quoi l'information aurait-elle un caractère si particulier qu'elle ne connaîtrait ni frontières ni bonnes moeurs ? Doit-on laisse circuler, par exemple, sans barrières ni protections des données sur un individu lambda sous prétexte que le fait brut est de l'information ? Thierry Crouzet tombe dans le même travers que Pierre Chappaz : il croit que la boue vaut de l'or dès lors qu'elle reçoit le titre ronflant et dûment estampillé d'information. A ce compte-là, tout est information, et le serpent de Crouzet finira par se mordre la queue : tout, au titre de l'information, disposant du droit imprescriptible de circulation, devient alors absolument transparent.

La manoeuvre d'Éric Besson est certainement maladroite ; mais je ne vois pas pourquoi les États ne seraient pas en droit de protéger leurs données privées, au même titre qu'un individu dont on aurait fouillé l'ordinateur. 

La diplomatie, in fine, a un caractère particulier. Ce qu'on nomme vérité est à l'origine d'au moins autant de guerres que ce que l'on appelle mensonge. La diplomatie qui s'emploie souvent en amont des conflits, dévide son fil sinueux à équidistance de ces deux absolus bien peu compatibles avec la paix dans le monde. Il faut être un imbécile ou un fieffé menteur pour méconnaître ces particularités. In fine, Assange est peut-être bien les deux...

 

mercredi, 22 septembre 2010

Dette et droits de l'homme

Marielle de Sarnez, euro-députée et vice-présidente du MoDem, occupe désormais dans le Cabinet Fantôme de François Bayrou le poste des Affaires étrangères.

L'attitude à adopter face au dumping social et en matière de droits de l'homme me paraissent deux chapitres importants de ce domaine de gouvernance. C'est donc avec intérêt que je fais connaître la position exprimée par Marielle au Parlement Européen à propos de la Chine.

Intervenant lundi dernier en session plénière du Parlement européen, réuni à Strasbourg, lors d'un débat sur les relations entre l'Union européenne et la République Populaire de Chine, Marielle de Sarnez, vice-Présidente du MoDem, a demandé à la Commission européenne "de définir une stratégie nouvelle". La présidente de la délégation MoDem au sein du Parlement européen a proposé trois directions dans son intervention :

"Premièrement, nous avons besoin, comme le président du Conseil l'a dit, de réciprocité. Un exemple : les entreprises chinoises ne peuvent continuer à s'installer chez nous alors que nos entreprises sont interdites d'accès à leurs marchés publics. Il faut choisir. J'attends donc des mesures qui vont dans ce sens-là." 

"Deuxièmement, l'Union ne peut plus accepter plus longtemps sans réagir le dumping social, sanitaire, environnemental qui est responsable directement de trop nombreuses délocalisations de notre territoire européen. Les coûts dérisoires de main-d'œuvre ou les conditions de travail déplorables ne doivent plus être considérés par la Commission comme des "avantages compétitifs naturels". Sur ce point, je demande vigoureusement, Monsieur le Commissaire, un changement de doctrine de la Commission."

"Troisièmement enfin, nous ne pouvons plus faire l'impasse sur la question des droits de l'Homme. Et le soutien ostensible, par exemple, de Pékin à l'Iran, à la Corée du Nord ou à la Birmanie, pose évidemment problème. L'objectif de l'Union européenne a toujours été de favoriser l'émergence de la démocratie, de démocraties. Sur cette question, là encore, nous ne devons rien céder", a conclu Marielle de Sarnez.

Bon, très bien sur le principe, mais à la suite de cette intervention de Marielle, il demeure pour moi deux questions assez importantes en suspens :

- primo, est ce que la diplomatie française en matière de dumping social et de droits de l'homme passe désormais exclusivement par l'Europe ? En somme, la France dispose-t-elle encore d'une diplomatie propre, capable d'agir sans relais européen ?

- secundo : j'entends bien qu'il s'agit d'imposer à la Chine des normes acceptables tant sociales que juridiques, mais j'imagine bien que la Chine va réclamer des choses en échange ! La diplomatie est yun art de la négociation, et si l'Europe est une grande puissance qui peut parler d'égale à égale à la Chine, elle n'a pas le pouvoir de lui imposer quelque chose sans un retour. Qu'est-ce que l'Europe doit mettre dans la balance dans ces conditions ?

- tertio, je voudrais rappeler que la Chine possède de nombreux titres d'emprunts d'État des pays occidentaux. Près de 850 milliards de dollars, par exemple, pour l'Amérique.

En fait, mon questionnement dépasse le seul cas de la Chine. Près de 80% de résidents étrangers détiennent la dette française. Quel peut être notre poids diplomatique quand nous évoquons les droits de l'homme et le dumping social face à des pays dont nous sommes débiteurs ?

Il y a là une vraie problématique géostratégique que nous ne pouvons éluder. Peser pour obtenir le respect des droits de l'homme a un coût, parfois très élevé. Combien sommes-nous prêts à payer ? Et même si nous sommes prêts à payer, en avons-nous seulement les moyens ?!

17:42 Publié dans Economie, International | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dette, diplomatie, chine, sarnez, modem | | |  Facebook

mardi, 07 avril 2009

Chapeau, Obama !

Je n'avais pas encore pris le temps de le dire, mais, depuis le début de son élection, Obama m'impressionne par son talent diplomatique. Une grande ère s'ouvre pour l'Amérique. Il va réussir, je le crois, le pari de parvenir à apaiser une grande partie des tensions générées par son prédécesseur. La côte d'amour de l'Amérique va retrouver son lustre avec lui.

Sur l'Afghanistan, il a, avec beaucoup de sagesse, recentré son action sur le plus important : la lutte contre les Talibans et surtout Al Qaeda.

Sur l'Iran, il a très bien compris que ce n'était pas l'adversaire. L'Iran est pour l'instant encore méfiant, mais les gestes d'apaisement de détente devraient tôt ou tard produire leurs fruits. On pourrait bien assister à un véritable renouvellement des alliances au Moyen-Orient ; je vois se profiler à terme un axe New-Dehli-Téhéran-Washington. C'est bien ce que pressent le Pakistan et cela explique pas mal de ses crispations. Il faut aussi comprendre que l'Amérique a soutenu très longuement le Pakistan pour un effet final nul si ce n'est une déstabilisation globale de la région. Le PPP n'a absolument pas changé la politique dub Pakistan depuis son arrivée au pouvoir.

Évidemment, les Saoudiens vont certainement voir d'un sale oeil cette recomposition. Tout dépend aussi de ce que va parvenir à faire ou non le  roi Abdallah. J'ai bien compris qu'il désire libéraliser la société saoudienne, mais il risque de se heurter à de sacrées résistances. Je pense qu'il n'est pas non plus hostile à l'établissement de bonnes relations avec un Iran apaisé.

En Turquie, Obama a reçu un accueil triomphal. Il faut dire aussi qu'il s'est un peu vivement avancé. Il souhaite l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, mais cela, ça dépend avant tout de l'Europe. Et pour l'instant, l'opinion publique européenne n'y est pas prête, et si les réformes vont dans le bon sens en Turquie, elles doivent se poursuivre. Il n'en a pas moins frappé les esprits là-bas en ayant l'intelligence ce citer Atatürk :  «Je désire réaliser le principe d’Atatürk, paix dans le pays, paix dans le monde.» Ça, c'est clairement très bien vu. Je l'avais un jour comparé à l'orateur et chef politique athénien fameux Périclès, mais vraiment, je trouve qu'il confirme.

Sur la Palestine, là encore, il a très bien compris le sens irréversible dans lequel va l'histoire. Le Likoud est en train de comprendre que le soutien inconditionnel, c'est terminé, d'où un certain nombre de grincements de dents en Israël à l'heure actuelle.

Ce serait trop long de faire tout le tour des sorties diplomatiques d'Obama (bien conseillé, au passage par Hilary Clinton, une femme d'un très grand talent) mais vraiment, il m'impressionne. Chouette président, chouette équipe, chouette pays...

10:22 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : obama, diplomatie, stratégie | | |  Facebook

mercredi, 10 décembre 2008

La belle Rama n'est plus en grâce...

RamaYade.jpgLa belle Rama n'est plus en grâce, et c'est fort regrettable, car pour ma part, je trouve que c'est l'une des rares voix fortes et honnêtes en Sarkozie. Quand je pense que le French Doctor s'est construit une image sur une réputation d'intégrité et de défenseur des faibles...et le voilà qui attaque le Secrétariat aux droits de l'homme le jour même de leur déclaration universelle. Bernard Kouchner est décidément tombé bien bas...

Rama Yade est honnête : elle ne souhaite pas s'investir sur une liste aux Européennes parce qu'elle n'est pas motivée pour le faire. La voilà punie par le Grand Ordonnateur : Nicolas Sarkozy laisse son ministre faire une sortie inacceptable contre elle, renonce à lui proposer le poste de Jouyet et la désigne comme tête de liste sur les sièges éjectables lors du remaniement de janvier. Ce n'est pas facile d'être intègre en politique et de résister quand on est sincèrement attaché à la défense des droits humains. J'ai trouvé bien, d'ailleurs, l'intervention de Copé qui a immédiatement contredit Kouchner et a estimé que Rama Yade avait fait son travail lorsque sa voix était divergente.

Cela dit, au-delà de l'affaire, il y a une rélle problématique qu'il n'est pas aisé de résoudre. La nature de la diplomatie, c'est d'arrondir les angles, alors que la défense des droits humains c'est au contraire de les conserver aussi carrés que possible. Je trouve la déclaration de Kouchner mpal venue, mais je lui accorde tout de même le crédit d'avoir eu surtout cette problématique en vue quand il s'est exprimé. Je crois que ce n'est pas simple de trouver la voie moyenne entre l'efficacité et le principe. Ainsi, vaut-il mieux un tyran réintégré dans la communauté mondiale avec son cortège de crimes, mais, diplomatiquement assagi, ou bien un tyran mis au ban de la communauté mondiale mais bien déterminé à encourager la terreur sous toutes ses formes ? Peut-on s'essuyer sur l'éthique, et jusqu'à quel point ? Et quand je pose cette question, il n'y a pas d'ironie de ma part. Je suis très sérieux et ne prétends pas apporter par avance une réponse convenue. Dans les premiers temps, Sarkozy a semblé s'orienter vers une politique d'efficacité (à ne pas confondre avec la real-politik dont le moteur est le cynisme), notamment avec les otages en Afghanistan, au tout début de son mandat, puis en Lybie, avec les infirmières bulgares. Jusque là, on pouvait discuter de la méhode et de sa pertinence. Dès lors qu'il s'est vu en VRP des usines d'armement (ou autres) et non en Président de la République Française, il a modifié la nature de son action diplomatique.

Je pouvais comprendre son désir d'efficacité en Lybie et en Afghanistan. Mais, quand ils 'agit de signer des contrats commerciaux,  il n'est pas nécessaire d'abandonner le droit et la morale : il y a d'autres moyens de pression. La France est une puissance commerciale. L'Europe aussi. Nous n'avons pas vocation à nous incliner devant les tyrans parce qu'ils ont des liquidités et des matières premières. Leurs matières premières, il faut qu'ils les vendent. Or, et l'Europe et la France ont, en réalité, avec de la volonté, les moyens de trouver des produits de synthèse. Donc, on peut très bien utiliser l'arme commerciale pour faire pression sur les dictatures sans pour autant dérouler le tapis rouge à leurs chefs.

Nicolas Sarkozy n'a pas fait ce choix, sans doute parce qu'il est plus subtil et plus complexe à mettre en place, et je le lui reproche. Si Rama Yade est évincée aujourd'hui, c'est la conséquence de ce renoncement.

12:36 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rama yade, sarkozy, kouchner, diplomatie, droit | | |  Facebook

vendredi, 04 janvier 2008

Nicolas Sarkozy fâche l'Inde

A prendre ses interlocuteurs pour des marchands de tapis, émergents de surcroît, donc forcément sous-développés, on peut finir par sérieusement les énerver.

Nicolas Sarkozy frôle allègrement l'impair diplomatique : en effet, il a décidé de se rendre en Inde. Seulement, dans ce pays d'ancienne civilisation, on a le sens des convenances et du protocole. La visite devrait en principe au moins durer quatre à cinq jours. Seulement voilà, l'omniprésident ne veut pas y passer plus de deux nuits. Et pour couronner le tout, la seule chose qui l'intéresse, c'est de savoir quels contrats peuvent être signés par les Indiens lors de sa venue.

Autant dire que cela n'a pas plus aux Indiens. Bling bling et va-s-y que j'y vais franco et sans vergogne, cela va bien avec la Lybie (et encore, Sarko s'est fait rouler par le Guide) ou encore avec les Chinois, mais l'Inde, c'est une démocratie, ce que semble avoir oublié not'bon président. Ah, oui, bien sûr, ça doit être ça, la "politique de civilisation"...

Et les Indiens estiment légitime de ne pas être traités moins bien qu'une autre grande nation comme l'Allemagne ou l'Angleterre. La réponse a donc été glaciale, et assortie d'un refus net et sans appel. 

C'est qu'il serait fichu de nous faire perdre des contrats, l'omniprésident

Tiens il me rappelle un mythe à propos  de Ganesha, le dieu indien de la sagesse à tête d'éléphant : 

Shiva et Pârvatî jouent avec leurs deux fistons Ganesha et Kârtikeya. Ils donnent aux deus frérots un fruit magique en leur expliquantque la connaissance ultime et l'immortalité sont planqués dedans. Mais, pour avoir le fruit, il faut faire trois fois le tour du monde (un défi à la mesure de notre hyper-président). Kâritkeya décolle au quart de tour (dans l'avion de Bolloré ?) et s'arrêtedans tous les lieux sac'és pour y faire une offrande. Ganesh, pas fou, qui se doute qu'avec son poids, il ne fera pas le poids, a une idée de génie : il fait trois fois le tour de ses parents. Surpris, les deux l'interrogent et lui demande ce qu'il traffique...mais voilà la réponse du fiston :

 "Mes parents Shiva et Shakti sont la Totalité du monde. En eux se trouve l'Univers entier. Je n'ai pas besoin d'aller plus loin".

Devinette : qui gagne le fruit, dans l'histoire, finalement ?

lundi, 17 septembre 2007

Politique étrangère : ras-le-bol !

Voilà, cela va être simple et net : j'en ai assez à titre personnel, mais je ne suis pas le seul, qu'un seul homme décide de toute la politique étrangère en France. Ras la casquette que le Parlement ne contrôle rien et qu'il n'y ait pas de débat. On entend Morin critiquer la politique étrangère française alors qu'il faut lui reconnaître une certaine tenue ces dernières années, en dépit de sacrés couacs, Kouchner qui joue les pyromanes : par le passé il voulait nous envoyer en Irak, maintenant, il déclare la guerre à l'Iran.

En Afghanistan, on renforce la présence française quasiment sans que personne ne soit informé. Cela suffit maintenant.

Messieurs les Députés, faites le travail pour lequel vous avez été élus par les Français ! 

lundi, 04 décembre 2006

Diplomatie : les ratés de Royal et de Sarkozy

Electeur français lambda, je commence à être sérieusement inquiet de ce que laissent augurer les deux candidats les plus populaires à l'élection présidentielle en matière de politique internationale.

Ségolène Royal multiplie les fautes graves sur tous les dossiers internationaux : elle refuse le nucléaire civil à l'Iran alors que c'est l'essence du TNP (Traité de Non-Prolifération nucléaire), elle salue le redressement de l'Irak (dont les morts se comptent par dizaines de milliers depuis le début de l'occupation américaine au point qu'on en vient à souhaiter la libération de Saddam !) puis elle acquiesce aux propos outranciers d'un parti qui a largement contribué à mettre à feu et à sang le Liban, le Hezbollah.

S'ajoute à ces méfaits une absence totale de déclarations sur l'Europe et la construction européenne au moment même où cette pauvre Europe en aurait bien besoin. Pas la moindre idée sur la question, et encore moins d'idées sur le le rôle que la France pourrait jouer pour promouvoir une grande diplomatie européenne. 

Pas mieux chez Nicolas Sarkozy qui piétine allègrement les seules réussites d'envergure de Jacques Chirac sous son mandat : « Il n'est pas convenable de chercher à mettre ses alliés dans l'embarras ou de donner l'impression de se réjouir de leurs difficultés. » puis « J'ai toujours préféré l'efficacité dans la modestie plutôt qu'une grandiloquence stérile. Et je ne veux pas d'une France arrogante et pas assez présente. » lors de son entretien avec Daboliou a-t-il déclaré, faisant clairement allusion à la position de la France sur la guerre en Irak, et cela, alors que le Congrès Américain est justement en train de réévaluer la position des Etats-Unis vis à vis de la France et de l'Allemagne, jugée bien trop arrogante.

Mais quelle vision de la France et de l'Europe ont donc ces deux candidats ? Ségolène Royal croit-elle que ses recettes nationales (on apprend tous ensemble la politique via désirs d'avenir et la démocratie participative, stigmatisation à bon compte d'une catégorie qui a bon dos par les temps qui courent, les enseignants) peuvent fonctionner dans des pays en proie à une quasi guerre civile ? 

Et Nicolas Sarkozy qui assouplit les contrôles de sécurité des voyageurs en provenance de l'Algérie, comme le rapportait récemment le Canard Enchaîné, afin de se mettre dans la poche certains jeunes de banlieue, alors que les Renseignements Généraux parviennent à identifier via ces mêmes contrôles une trentaine de membres des réseaux islamistes chaque année, croit-il que le pays qu'il entend gouverner et sa politique d'immigration doivent être au seul service de ses ambitions personnelles ? A fortiori quand on voit, par exemple, de jeunes enfants d'origine roumaine être renvoyés de force dans leur pays à deux mois de l'entrée de la Roumanie dans la CEE , parce que cela fait du chiffre pour justifier ses effets d'annonce en termes de politique sécuritaire ?

Il faut bien plus de prudence, de retenue et de jugement pour gérer la diplomatie d'un grand pays. A cet égard, l'amateurisme de Ségolène Royal, et les déclarations à l'emporte-pièce de Nicolas Sarkozy paraissent effrayantes pour l'image que la France renvoie.Il va falloir apprendre très vite, Madame Royal, Monsieur Sarkozy, car pour l'instant, loin de m'avoir convaincu, vous me faites peur !

13:13 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Royal, Diplomatie, Bush, Liban, immigration, Iran | | |  Facebook