Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 18 juillet 2014

Diplomatie et multi-communautarisme

J'observe le sens des pressions diplomatiques qu'exercent les USA et l'Europe chaque fois qu'il se produit une guerre civile et je pense que l'un et l'autre font une erreur grave.

Quand des nations se déchirent parce que des communautés s'affrontent, l'obsession de l'Occident est de préserver à tout prix l'unité du pays en proie à la guerre civile.

Ce raisonnement est très certainement issu de leurs histoires nationales et/ou fédérales. C'est oublier que dans l'ensemble, les USA et l'Union européenne se sont construits par assentiment. 

Rien de tel au Soudan, en Irak, en Centrafrique ou encore en Syrie. Il peut y avoir eu un dirigeant ou une puissance dominante qui a imposé la paix entre communautés un temps entre communautés au sein d'un État, mais quand elles n'ont pas fait le choix raisonné de s'associer et qu'elles sont en rivalité, elles courent le risque de s'affronter dans de très cruels et sanglants conflits. Il n'en va pas différemment des pays du Caucase ou des Balkans. L'Europe a bien dû admettre l'éclatement de la Yougoslavie. Elle devra en faire autant avec l'Abkhazie, l'Ossétie et la Crimée. Les meilleurs divorces sont ceux qui se font d'un commun accord : République Tchèque et Slovaquie se sont séparées sans heurts, presqu'à l'amiable après un référendum. Quand les combats aboutissent à un accord, la situation s'apaise : l'Érythrée, après avoir longuement guerroyé contre l'Éthiopie, a obtenu son indépendance. Depuis, cette zone de l'Afrique est à peu près en paix et la Chine commence à investir dans l'ancienne patrie du Négus (en fait, elle y délocalise des emplois dans le domaine du textile !!!).

Nous Européens, Français en tête, nous cherchons en toutes circonstances à imposer à des gens qui ne veulent plus vivre ensemble de continuer à faire chemin dans la même direction. Pour tous résultats, nous obtenons des crimes cauchemardesques de part et d'autre et nous assistons la plupart du temps à l'écrasement voire la répression d'une communauté par une autre. Ce n'est que lorsque nous favorisons un processus naturel de séparation se produire que les choses s'apaisent. Il n'existe qu'une seule zone pacifiée en Irak : est-ce un hasard si c'est celle que dominent les Kurdes ?

Bref, il nous faut repenser notre diplomatie : en Syrie, en Irak, en Centrafrique, en Ukraine, en Géorgie (Sarkozy a vu juste dans ce pays) nous devons appuyer des projets de partitions justes et équilibrés. Et pour ce qui concerne le Proche-Orient, essayer de tirer les marrons du feu pour les Chrétiens d'Orient tant que c'est encore possible. A défaut, nous devrions nous garder d'appeler au renversement de dictateurs sans y avoir bien réfléchi , car nous ouvrons une boîte de Pandore dont nous ne mesurons pas la quantité de maux qui en échapperont ensuite. Autant que possible, mieux vaut favoriser la libéralisation des régimes quand c'est possible. 

11:09 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : diplomatie, partition |  Facebook | | |

mardi, 24 décembre 2013

D'où vient le succès des Salafistes...

Je pense depuis longtemps que le djihadisme prospère sur le terreau de nos carences et je crois l'avoir même déjà écrit. J'ai eu plaisir à lire un entretien avec Samir Amghar, spécialiste du salafisme, car ce qu'il dit confirme très exactement ce que je pense.

Il analyse avec une pertinence impressionnante le principal ressort du succès salafiste non seulement en Afrique ou en Asie mais aussi en Europe :

Ce succès salafi correspond aussi à une demande de normes très strictes. L’individualité, clé de voûte de notre société moderne, est dure à supporter. Devenir salafi, c’est faire porter le poids de la vie par l’islam : les journées sont alors rythmées par les prières quotidiennes, les faits et gestes normés par un « code salafi ». C’est en quelque sorte une réponse à une crise de l’individualisme de la personne. Celle-ci devient salafie en s’affiliant à des groupes religieux intensifs forts, capables d’offrir des codes de sens et une sécurité apaisante. Ce sont des structures refuges, qui pensent dispenser la vérité, loin de toute forme d’incertitude qui peut paraître angoissante. Cette appartenance est aussi vécue comme un défi manifeste à l’opinion majoritaire. Les salafis pensent incarner un groupe dangereux ou redoutable pour les classes moyennes et supérieures, celles-là même qui, selon eux, maintiennent les musulmans dans un statut de dominés. Rejeté par les nantis, le salafisme fascine ceux qui ont un différend avec l’ordre social. En adhérant à l’islam de ces mouvements, les jeunes pensent s’opposer à la société des « puissants ».

Ce qu'apporte le salafisme à la jeunesse en déshérence, nous autres Européens sommes incapables de l'apporter aussi, que ce soit sur nos territoires ou que ce soit via notre diplomatie. 

Quand l'Europe utilise son soft power, c'est toujours via de lourds programmes chargés de bonnes intentions. Dans les faits, même quand on fait de l'humanitaire, on n'est pas efficace sans alliés. Il faut des relais. Les djihadistes le savent et comprennent bien que l'action humanitaire occidentale est sa rivale directe dans le domaine de la solidarité avec les plus précaires.

Nous n'arrivons pas à nous constituer en réseaux de solidarité avec objectif politique pour contrer les salafistes qui eux, savent très bien associer l'un et l'autre.

Il faudrait créer un renseignement européen pour identifier les acteurs locaux sur lesquels s'appuyer. Même s'ils ne sont généralement pas très puissants ou influents et que souvent, ils ont bonne presse seulement dans les milieux aisés, les partis libéraux et sociaux-démocrates devraient être nos partenaires privilégiés partout où le salafisme est puissant. Non seulement l'Europe a un intérêt direct à les aider financièrement, mais elle devrait les aider à mettre en place, eux aussi, de puissants réseaux de solidarité. Après tout, si les Communistes ont su le faire, pourquoi les libéraux et les démocrates n'y parviendraient-ils pas ?

Être solidaires, redonner une dignité à ceux qui n'en ont plus, nourrir, aider à s'enrichir, voilà quelles devraient être nos priorités.

Déboulonner le salafisme, cela suppose une diplomatie très fine : il faut trouver des alliés acquis aux idéaux démocratiques, experts en leur pays, pas des théoriciens de salons parisiens, londoniens ou genevois. 

Il y a une particularité de l'Islam : le monde arabe ne représente pas même 10% des Musulmans et pourtant, il rayonne si fortement qu'il influence à lui seul un milliard de fidèles. C'est dire son impact considérable. On pourrait me répliquer que l'Iran chiite représente un pouvoir politique régional majeur. C'est vrai. Mais son impact sociétal sur l'Islam, a fortiori en Europe, est minimal au regard de la force ce frappe salafiste. Les immigrés musulmans d'Europe ignorent généralement tout des chiites et il existe fort peu de mosquées chiites sur notre continent. Dans tous les cas de figure, il n'existe plus de figures charismatiques capables de rayonner, comme le fut l'Ayatollah Khomeiny.

Au fond, ce qui devient comique, avec l'Europe, c'est que pendant que nous négocions avec les dirigeants des pays arabes et versons des sommes considérables parfois, les Salafistes, appuyés par certains de ces pays, usent chez nous de leur propre soft power !!! Et il est autrement plus efficace que le nôtre si l'on en compare les effets dans chacune des deux sphères.

Il y a à mon avis toute une branche du renseignement et de la diplomatie à créer ou à recréer. Ce sont des liens directs avec les peuples arabes qu'il nous faut créer, et ce n'est pas simple. En Europe, la France et l'Angleterre ont certainement un rôle à jouer car ce sont ces deux nations qui connaissent le mieux les nations arabes et qui ont le plus d'interconnexions avec leurs peuples. Il faut toutefois une révolution dans les mentalités de nos dirigeants et nos services diplomatiques pour pouvoir en tirer quelque chose d'intéressant.

lundi, 26 août 2013

Le talon d'Achille de la diplomatie occidentale ? La charité...

Quand j'analyse l'émergence du radicalisme au Moyen-Orient (mais pas seulement), j'y trouve toujours un délitement du lien social. Qu'est-ce qui fait, au fond, la popularité des Frères Musulmans, des Talibans, d'Aube dorée en Grèce ou encore du Hezbollah et du Hamas en Palestine et au Liban ?

Toujours la même chose : ils apportent de l'aide aux individus esseulés et en déshérence, comme le firent les nazis en leur temps ou les communistes avec leurs organisations populaires.

A chaque fois, je me pose la même question : pourquoi les laïques, les libéraux, dans tous ces pays, se montrent incapables d'en faire autant ?

Il existe bien sûr les associations humanitaires occidentales, mais elles sont perçues comme des concurrentes par les extrémistes et sont souvent les premières visées ; en outre, en dépit de leurs actions, elles demeurent aux yeux des populations d'abord des implants allogènes.

Quand l'Europe planifie des programmes d'aide, il s'agit toujours de versements à des administrations corrompues qu'il est très difficile de contrôler ou à des intermédiaires opaques, et ce, en dépit des efforts des commissaires et responsables de programmes.

Il y a un truc qui manque dans notre diplomatie, et je crois vraiment que c'est notre talon d'Achille : l'absence à peu près totale de relais culturels sur tous les points chauds de la planète.

Prenons l'Égypte : pourquoi n'avons-nous pas pris contact très tôt avec les libéraux et les laïques d'Héliopolis pour leur proposer de mettre en place des distributions de soupes ? Plutôt que d'envoyer des colis estampillés UE ou US, nous véhiculerions bien mieux nos valeurs si nous confions nos aides à ceux qui nous sont les plus proches sur place.

L'inconvénient, c'est que cela suppose un travail de renseignement et de constitution de réseaux que nos services sont bien incapables de générer à l'heure actuelle, ne serait-ce parce que nul responsable politique ne raisonne de cette manière.

Les Frères Musulmans sont plus forts que nous, Aube Dorée aussi, parce que l'aide qu'ils apportent vient du sol où ils sont implantés. Pour les concurrencer, il n'y a aucune autre possibilité que d'en faire autant.

Cela suppose de mettre fin à notre logique interventionniste descendante (au fond, un peu héritée la colonisation) et de la remplacer par une politique collaborative. Évidemment, au pays des bisounours, on applaudira une telle proposition comme si elle allait de soi. En réalité, c'est le chemin le plus difficile car choisir les bons collaborateurs requiert une attention acérée.

En Égypte, on connaît de jeunes activistes courageux. Cela aurait eu de la gueule de confier à Aliaa Magda Elmahdy des fonds européens, à charge pour elle d'assurer le relais avec ses amis auprès du peuple pour aider les plus démunis ou plus simplement qui elle aurait jugé digne de recevoir de l'assistance. A vrai dire, avec notre bureaucratie européenne, j'ai du mal à imaginer qu'une telle souplesse soit seulement pensable par un eurocrate...

Et au fond, nous restons dans un cheminement intellectuel de bwanas, quand bien même les bwanas en question feraient l'apologie du multiculturalisme et seraient pétris de tolérance et de  sentiments dégoûlinants de bonne conscience. 

Tissons des liens avec les oppositions démocratiques et versons-leur l'argent que nous dépensons inutilement à arroser la corruption ou des populations qui ne nous en seront pas reconnaissantes. La CIA s'est montrée très efficace avec l'islam politique jusqu'à la fin du XXème siècle. Peut-on espérer reprendre sur la forme des méthodes similaires, mais cette fois, en ne se trompant pas de partenaires et en ne vendant pas notre âme ?

J'espère que l'Europe saura un jour emprunter cette voie. Je crois à défaut que la France remporterait un franc succès si elle bâtissait sa diplomatie et son soft power avec les populations visées et non à côté d'elles.

L'accomplissement d'une diplomatie efficace, ce n'est pas de faire la charité, ou, tout du moins, pas de le faire savoir, mais de faire en sorte que ceux qui pensent comme toi se chargent de la faire.

dimanche, 24 juillet 2011

Diplomatie, culture et défense en temps de rigueur

C'est une tentation, pour un état fortement endetté, que de ponctionner sévèrement les budgets alloués à la défense et à la diplomatie. Soyons précis : c'est une tentation surtout parmi les démocraties européennes. Pas de guerres à soutenir, pas de statut à maintenir. Ce peut être aussi le fruit d'une pensée primairement anti-militariste (que l'on songe à Éva Joly qui compare la France à la Corée du Nord parce que nous organisons le défilé de nos forces le jour de notre fête nationale...).

Quand je considère la France, j'ai beau y réfléchir, je ne vois pas comment nous pourrions abaisser les crédits dont dispose notre armée nationale. Si nous voulions faire de grosses économies, il faudrait toucher à de gros postes budgétaires. On pense tout de suite à nos porte-avions, des gouffres financiers. L'inconvénient, c'est que se priver de porte-avions, c'est se priver de la possibilité d'amener une partie de notre aviation dans toutes les régions du monde. Je ne suis pas convaincu que des avions à longue portée (existent-ils seulement ?) puissent suppléer l'absence de porte-avion.

Je crois qu'il faut également bien réfléchir au type d'interventions armées que nous voulons mener. La guerre en Libye coûte cher. Certes. Mais elle ne fait aucune victime civile. A ce stade-là, c'en est même miraculeux. C'est que l'aviation française (mais aussi britannique) utilise des bombes-laser d'une extrême-précision et obéit à des règles d'engagement très strictes. Ces bombes coûtent très cher ; mais elles touchent leurs cibles, pas ce qu'il y a à côté. Des guerres à zéro mort, cela a un coût, et ce coût, il pme paraît nécessaire de le supporter. La suite logique, d'ailleurs, ce sont les drones : coûts astronomiques, mais efficacité sans égale. Ils s'amérioreront toujours plus.

Bref, il ne faut pas toucher à nos capacités opérationnelles, parce qu'elles sont au service de notre diplomatie, si maigres soient-elles au regard de nos ambitions.

Dans le domaine diplomatique, c'est, je le pense, la culture qu'il faut promouvoir par-dessus tout. Or, les centres culturels et les écoles françaises sont les premières victimes de la rigueur, en règle général. Nous devrions à mon avis leur assigner des missions culturelles stratégiques : toucher les élites des pays où ils sont implantés, populariser la culture française, dispenser des cours de langue au plus grand nombre de personnes possible. C'est un domaine où il ne faut pas lésiner. Je pense également qu'il ne faut pas faire l'effort de se replier sur la seule francophonie. Nous avons complètement abandonné tout effort de pénétration culturelle et linguistique chez nos voisins européens. C'est pourtant là qu'il faudrait mettre le paquet, de même qu'en Amérique. Pour que le monde parle français, il faut que les décideurs et les élites pensent "en français". Il faut donc avoir une stratégie audacieuse et agressive de pénétration linguistique et culturelle au sein des élites mondialisées.

Cela suppose de ne pas placer des ânes ignares qui méprisent la culture française comme le socialiste Pascal Lamy  qui considèrent le combat sur la francophonie comme un combat d'arrière-garde à des postes à responsabilité. Cela suppose aussi de recentrer nos aides et nos cadeaux à l'étranger vers la diffusion de notre culture (quel intérêt de financer un centre culturel au Chili, n'est-ce pas Monsieur Husson, sauf à ce qu'il bénificie d'une implantation culturelle du français sur place, mais ce n'est pas le cas...).

Bref, il faut avoir une stratégie et nous ne l'avons pas. C'est une dimension à laquelle François Bayrou semblait sensible en 2007 que le MoDem pourrait ajouter dans son programme politique pour 2012.

dimanche, 27 février 2011

Juppé aux affaires étrangères ? Bonne nouvelle !

Des rumeurs de plus en plus insistantes font état de la nomination prochaine d'Alain Juppé à la tête des affaires étrangères, puisqu'il paraît acté que Michèle Alliot-Marie va partir. Il conserverait de surcroît la Défense, situation inédite dans l'histoire de notre Vème République.

Bonne nouvelle de mon point de vue : j'ai conservé le meilleur souvenir de la gestion des affaires étrangères par Alain Juppé. Je sais que c'est un homme qui ne sacrifie pas les principes, tout en promouvant une diplomatie efficace.

A vrai dire, il va devoir s'adapter à une nouvelle donne mondiale : les révoltes successives dans les pays arabes vont redistribuer les cartes dans une large portion du monde de manière tout à fait inattendue. La question que tout le monde se pose, du moins en Europe, c'est de découvrir ce qui émergera des décombres des despotismes : démocraties ? théocraties ? régimes militaires ? Personne ne peut le dire avec certitude, même si les armées semblent avoir pris fait et cause pour les peuples, dans l'ensemble, et que les islamistes, Al Qada en tête, ont été pris de cours par des révolutions qui à aucun moment ne se sont réclamées d'Allah et encore moins des fous de Dieu... 

Comme le dit Alain Juppé, tout en invitant à la vigilance, et si les peuples arabes réussissaient ? Ce n'est pas le seul défi que devra relever le maire de Bordeaux : l'affaire Florence Cassez, les otages en Afghanistan, le désengagement ou non de ce pays, le délitement européen, les relations avec la Chine, le déclin de l'influence française, particulièrement en Afrique...

Il restera à Alain Juppé la difficile tâche d'effacer les relents brouillons de l'agitation sarkozyste. Juppé est une forte tête, mais saura-t-il faire entendre sa voix ? L'avenir seul le dira...

dimanche, 05 décembre 2010

Vous ne ferez pas d'Assange et de son wikileaks des héros de la liberté.

J'ai lu successivement les billets de Birenbaum, de Thierry Crouzet et de Pierre Chappaz. Je récuse frontalement les arguments des uns et des autres, tout en recevant jusqu'à un certain point la conclusion de Crouzet. Birenbaum se trompe s'il ne comprend pas, que le super-menteur de l'histoire, dans la série wikileaks, c'est Assange, évidemment. Il devrait lire Martiens, go home, de Frédéric Brown, le compère Birenbaum. Oh, mais je parie qu'il le connaît : récit de SF presque drôlatique dans lequel des petits hommes verts s'abattent sur notre planète. Partout et nulle part, ils s'empressent de dévoiler à toute l'humanité les vices de chacun. Adieu, mensonges, tromperies, vices, petites mesquineries auxquelles nous tenons tant. L'humanité sombre dans l'ennui et la dépression, s'habituant tant bien que mal à vivre dans une transparence totale. Un homme, un seul, a échappé à la catastrophe transparitique qui frappe l'humanité : par un coup de chance extraordinaire, il développe une psychose d'un genre particulier qui le fait ne pas voir ni entendre les petits hommes verts ou quoi que ce soit qui se rapporte à leurs actions.

Dans la vie de tous les jours, quand on a affaire à quelqu'un qui vous dit tout de go tout ce qu'il pense, on juge généralement qu'il n'est rien d'autre qu'un malotru dénué du savoir-vivre le plus élémentaire. Une sorte de casse-couilles saoûlant qui joue les bravaches, en somme.

Qui peut dire vraiment ce qu'est le mensonge ? En un temps très ancien, il y eut tout un mouvement de pensée qui faisait de l'homme la mesure de toutes choses, récusant toute forme de vérité révélée. On appelait ceux qui se rattachaient à ce mouvement des Sophistes. Certains d'entre eux avaient reçu en héritage des disciples d'Héraclite l'idée qu'on ne pouvait se baigner deux fois dans le même fleuve. Les disciples les plus électroniques du philosophe d'Éphèse diraient qu'aujourd'hui, on ne se baigne jamais deux fois dans le même flux. Birenbaum est prisonnier d'une dialectique qu'il ne parvient pas à dépasser : celle du mensonge et de la vérité. J'y reviendrai dans la suite de ce billet.

Pierre Chappaz croit qu'il y a dans l'affaire wikileaks les prémices de la première guerre de l'information. Assange lui paraît un nouveau David affrontant les États-Goliath. Rien de tel, à mon sens. Rien de tel, parce qu'Assange ne délivre pas de l'information, il charrie du fumier. En revanche, ce grand magicien a réussi à faire croire qu'il pouvait transformer le purin en information. Et certains, même parmi les meilleurs, sont tombés dans le panneau.

Il me semble que Thierry Crouzet a mis le doigt sur le noeud de l'histoire, mais s'est en même temps trompé de combat. S'il renvoie dos-à dos les maniaques du secret et ceux de la transparence, il se livre aussi à une authentique hypostasie de l'information : crime de ne pas la laisser circuler comme bon lui semble. Ah. Et en quoi l'information aurait-elle un caractère si particulier qu'elle ne connaîtrait ni frontières ni bonnes moeurs ? Doit-on laisse circuler, par exemple, sans barrières ni protections des données sur un individu lambda sous prétexte que le fait brut est de l'information ? Thierry Crouzet tombe dans le même travers que Pierre Chappaz : il croit que la boue vaut de l'or dès lors qu'elle reçoit le titre ronflant et dûment estampillé d'information. A ce compte-là, tout est information, et le serpent de Crouzet finira par se mordre la queue : tout, au titre de l'information, disposant du droit imprescriptible de circulation, devient alors absolument transparent.

La manoeuvre d'Éric Besson est certainement maladroite ; mais je ne vois pas pourquoi les États ne seraient pas en droit de protéger leurs données privées, au même titre qu'un individu dont on aurait fouillé l'ordinateur. 

La diplomatie, in fine, a un caractère particulier. Ce qu'on nomme vérité est à l'origine d'au moins autant de guerres que ce que l'on appelle mensonge. La diplomatie qui s'emploie souvent en amont des conflits, dévide son fil sinueux à équidistance de ces deux absolus bien peu compatibles avec la paix dans le monde. Il faut être un imbécile ou un fieffé menteur pour méconnaître ces particularités. In fine, Assange est peut-être bien les deux...

 

mercredi, 22 septembre 2010

Dette et droits de l'homme

Marielle de Sarnez, euro-députée et vice-présidente du MoDem, occupe désormais dans le Cabinet Fantôme de François Bayrou le poste des Affaires étrangères.

L'attitude à adopter face au dumping social et en matière de droits de l'homme me paraissent deux chapitres importants de ce domaine de gouvernance. C'est donc avec intérêt que je fais connaître la position exprimée par Marielle au Parlement Européen à propos de la Chine.

Intervenant lundi dernier en session plénière du Parlement européen, réuni à Strasbourg, lors d'un débat sur les relations entre l'Union européenne et la République Populaire de Chine, Marielle de Sarnez, vice-Présidente du MoDem, a demandé à la Commission européenne "de définir une stratégie nouvelle". La présidente de la délégation MoDem au sein du Parlement européen a proposé trois directions dans son intervention :

"Premièrement, nous avons besoin, comme le président du Conseil l'a dit, de réciprocité. Un exemple : les entreprises chinoises ne peuvent continuer à s'installer chez nous alors que nos entreprises sont interdites d'accès à leurs marchés publics. Il faut choisir. J'attends donc des mesures qui vont dans ce sens-là." 

"Deuxièmement, l'Union ne peut plus accepter plus longtemps sans réagir le dumping social, sanitaire, environnemental qui est responsable directement de trop nombreuses délocalisations de notre territoire européen. Les coûts dérisoires de main-d'œuvre ou les conditions de travail déplorables ne doivent plus être considérés par la Commission comme des "avantages compétitifs naturels". Sur ce point, je demande vigoureusement, Monsieur le Commissaire, un changement de doctrine de la Commission."

"Troisièmement enfin, nous ne pouvons plus faire l'impasse sur la question des droits de l'Homme. Et le soutien ostensible, par exemple, de Pékin à l'Iran, à la Corée du Nord ou à la Birmanie, pose évidemment problème. L'objectif de l'Union européenne a toujours été de favoriser l'émergence de la démocratie, de démocraties. Sur cette question, là encore, nous ne devons rien céder", a conclu Marielle de Sarnez.

Bon, très bien sur le principe, mais à la suite de cette intervention de Marielle, il demeure pour moi deux questions assez importantes en suspens :

- primo, est ce que la diplomatie française en matière de dumping social et de droits de l'homme passe désormais exclusivement par l'Europe ? En somme, la France dispose-t-elle encore d'une diplomatie propre, capable d'agir sans relais européen ?

- secundo : j'entends bien qu'il s'agit d'imposer à la Chine des normes acceptables tant sociales que juridiques, mais j'imagine bien que la Chine va réclamer des choses en échange ! La diplomatie est yun art de la négociation, et si l'Europe est une grande puissance qui peut parler d'égale à égale à la Chine, elle n'a pas le pouvoir de lui imposer quelque chose sans un retour. Qu'est-ce que l'Europe doit mettre dans la balance dans ces conditions ?

- tertio, je voudrais rappeler que la Chine possède de nombreux titres d'emprunts d'État des pays occidentaux. Près de 850 milliards de dollars, par exemple, pour l'Amérique.

En fait, mon questionnement dépasse le seul cas de la Chine. Près de 80% de résidents étrangers détiennent la dette française. Quel peut être notre poids diplomatique quand nous évoquons les droits de l'homme et le dumping social face à des pays dont nous sommes débiteurs ?

Il y a là une vraie problématique géostratégique que nous ne pouvons éluder. Peser pour obtenir le respect des droits de l'homme a un coût, parfois très élevé. Combien sommes-nous prêts à payer ? Et même si nous sommes prêts à payer, en avons-nous seulement les moyens ?!

mardi, 07 avril 2009

Chapeau, Obama !

Je n'avais pas encore pris le temps de le dire, mais, depuis le début de son élection, Obama m'impressionne par son talent diplomatique. Une grande ère s'ouvre pour l'Amérique. Il va réussir, je le crois, le pari de parvenir à apaiser une grande partie des tensions générées par son prédécesseur. La côte d'amour de l'Amérique va retrouver son lustre avec lui.

Sur l'Afghanistan, il a, avec beaucoup de sagesse, recentré son action sur le plus important : la lutte contre les Talibans et surtout Al Qaeda.

Sur l'Iran, il a très bien compris que ce n'était pas l'adversaire. L'Iran est pour l'instant encore méfiant, mais les gestes d'apaisement de détente devraient tôt ou tard produire leurs fruits. On pourrait bien assister à un véritable renouvellement des alliances au Moyen-Orient ; je vois se profiler à terme un axe New-Dehli-Téhéran-Washington. C'est bien ce que pressent le Pakistan et cela explique pas mal de ses crispations. Il faut aussi comprendre que l'Amérique a soutenu très longuement le Pakistan pour un effet final nul si ce n'est une déstabilisation globale de la région. Le PPP n'a absolument pas changé la politique dub Pakistan depuis son arrivée au pouvoir.

Évidemment, les Saoudiens vont certainement voir d'un sale oeil cette recomposition. Tout dépend aussi de ce que va parvenir à faire ou non le  roi Abdallah. J'ai bien compris qu'il désire libéraliser la société saoudienne, mais il risque de se heurter à de sacrées résistances. Je pense qu'il n'est pas non plus hostile à l'établissement de bonnes relations avec un Iran apaisé.

En Turquie, Obama a reçu un accueil triomphal. Il faut dire aussi qu'il s'est un peu vivement avancé. Il souhaite l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, mais cela, ça dépend avant tout de l'Europe. Et pour l'instant, l'opinion publique européenne n'y est pas prête, et si les réformes vont dans le bon sens en Turquie, elles doivent se poursuivre. Il n'en a pas moins frappé les esprits là-bas en ayant l'intelligence ce citer Atatürk :  «Je désire réaliser le principe d’Atatürk, paix dans le pays, paix dans le monde.» Ça, c'est clairement très bien vu. Je l'avais un jour comparé à l'orateur et chef politique athénien fameux Périclès, mais vraiment, je trouve qu'il confirme.

Sur la Palestine, là encore, il a très bien compris le sens irréversible dans lequel va l'histoire. Le Likoud est en train de comprendre que le soutien inconditionnel, c'est terminé, d'où un certain nombre de grincements de dents en Israël à l'heure actuelle.

Ce serait trop long de faire tout le tour des sorties diplomatiques d'Obama (bien conseillé, au passage par Hilary Clinton, une femme d'un très grand talent) mais vraiment, il m'impressionne. Chouette président, chouette équipe, chouette pays...

mercredi, 10 décembre 2008

La belle Rama n'est plus en grâce...

RamaYade.jpgLa belle Rama n'est plus en grâce, et c'est fort regrettable, car pour ma part, je trouve que c'est l'une des rares voix fortes et honnêtes en Sarkozie. Quand je pense que le French Doctor s'est construit une image sur une réputation d'intégrité et de défenseur des faibles...et le voilà qui attaque le Secrétariat aux droits de l'homme le jour même de leur déclaration universelle. Bernard Kouchner est décidément tombé bien bas...

Rama Yade est honnête : elle ne souhaite pas s'investir sur une liste aux Européennes parce qu'elle n'est pas motivée pour le faire. La voilà punie par le Grand Ordonnateur : Nicolas Sarkozy laisse son ministre faire une sortie inacceptable contre elle, renonce à lui proposer le poste de Jouyet et la désigne comme tête de liste sur les sièges éjectables lors du remaniement de janvier. Ce n'est pas facile d'être intègre en politique et de résister quand on est sincèrement attaché à la défense des droits humains. J'ai trouvé bien, d'ailleurs, l'intervention de Copé qui a immédiatement contredit Kouchner et a estimé que Rama Yade avait fait son travail lorsque sa voix était divergente.

Cela dit, au-delà de l'affaire, il y a une rélle problématique qu'il n'est pas aisé de résoudre. La nature de la diplomatie, c'est d'arrondir les angles, alors que la défense des droits humains c'est au contraire de les conserver aussi carrés que possible. Je trouve la déclaration de Kouchner mpal venue, mais je lui accorde tout de même le crédit d'avoir eu surtout cette problématique en vue quand il s'est exprimé. Je crois que ce n'est pas simple de trouver la voie moyenne entre l'efficacité et le principe. Ainsi, vaut-il mieux un tyran réintégré dans la communauté mondiale avec son cortège de crimes, mais, diplomatiquement assagi, ou bien un tyran mis au ban de la communauté mondiale mais bien déterminé à encourager la terreur sous toutes ses formes ? Peut-on s'essuyer sur l'éthique, et jusqu'à quel point ? Et quand je pose cette question, il n'y a pas d'ironie de ma part. Je suis très sérieux et ne prétends pas apporter par avance une réponse convenue. Dans les premiers temps, Sarkozy a semblé s'orienter vers une politique d'efficacité (à ne pas confondre avec la real-politik dont le moteur est le cynisme), notamment avec les otages en Afghanistan, au tout début de son mandat, puis en Lybie, avec les infirmières bulgares. Jusque là, on pouvait discuter de la méhode et de sa pertinence. Dès lors qu'il s'est vu en VRP des usines d'armement (ou autres) et non en Président de la République Française, il a modifié la nature de son action diplomatique.

Je pouvais comprendre son désir d'efficacité en Lybie et en Afghanistan. Mais, quand ils 'agit de signer des contrats commerciaux,  il n'est pas nécessaire d'abandonner le droit et la morale : il y a d'autres moyens de pression. La France est une puissance commerciale. L'Europe aussi. Nous n'avons pas vocation à nous incliner devant les tyrans parce qu'ils ont des liquidités et des matières premières. Leurs matières premières, il faut qu'ils les vendent. Or, et l'Europe et la France ont, en réalité, avec de la volonté, les moyens de trouver des produits de synthèse. Donc, on peut très bien utiliser l'arme commerciale pour faire pression sur les dictatures sans pour autant dérouler le tapis rouge à leurs chefs.

Nicolas Sarkozy n'a pas fait ce choix, sans doute parce qu'il est plus subtil et plus complexe à mettre en place, et je le lui reproche. Si Rama Yade est évincée aujourd'hui, c'est la conséquence de ce renoncement.

vendredi, 04 janvier 2008

Nicolas Sarkozy fâche l'Inde

A prendre ses interlocuteurs pour des marchands de tapis, émergents de surcroît, donc forcément sous-développés, on peut finir par sérieusement les énerver.

Nicolas Sarkozy frôle allègrement l'impair diplomatique : en effet, il a décidé de se rendre en Inde. Seulement, dans ce pays d'ancienne civilisation, on a le sens des convenances et du protocole. La visite devrait en principe au moins durer quatre à cinq jours. Seulement voilà, l'omniprésident ne veut pas y passer plus de deux nuits. Et pour couronner le tout, la seule chose qui l'intéresse, c'est de savoir quels contrats peuvent être signés par les Indiens lors de sa venue.

Autant dire que cela n'a pas plus aux Indiens. Bling bling et va-s-y que j'y vais franco et sans vergogne, cela va bien avec la Lybie (et encore, Sarko s'est fait rouler par le Guide) ou encore avec les Chinois, mais l'Inde, c'est une démocratie, ce que semble avoir oublié not'bon président. Ah, oui, bien sûr, ça doit être ça, la "politique de civilisation"...

Et les Indiens estiment légitime de ne pas être traités moins bien qu'une autre grande nation comme l'Allemagne ou l'Angleterre. La réponse a donc été glaciale, et assortie d'un refus net et sans appel. 

C'est qu'il serait fichu de nous faire perdre des contrats, l'omniprésident

Tiens il me rappelle un mythe à propos  de Ganesha, le dieu indien de la sagesse à tête d'éléphant : 

Shiva et Pârvatî jouent avec leurs deux fistons Ganesha et Kârtikeya. Ils donnent aux deus frérots un fruit magique en leur expliquantque la connaissance ultime et l'immortalité sont planqués dedans. Mais, pour avoir le fruit, il faut faire trois fois le tour du monde (un défi à la mesure de notre hyper-président). Kâritkeya décolle au quart de tour (dans l'avion de Bolloré ?) et s'arrêtedans tous les lieux sac'és pour y faire une offrande. Ganesh, pas fou, qui se doute qu'avec son poids, il ne fera pas le poids, a une idée de génie : il fait trois fois le tour de ses parents. Surpris, les deux l'interrogent et lui demande ce qu'il traffique...mais voilà la réponse du fiston :

 "Mes parents Shiva et Shakti sont la Totalité du monde. En eux se trouve l'Univers entier. Je n'ai pas besoin d'aller plus loin".

Devinette : qui gagne le fruit, dans l'histoire, finalement ?