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mardi, 24 décembre 2013

D'où vient le succès des Salafistes...

Je pense depuis longtemps que le djihadisme prospère sur le terreau de nos carences et je crois l'avoir même déjà écrit. J'ai eu plaisir à lire un entretien avec Samir Amghar, spécialiste du salafisme, car ce qu'il dit confirme très exactement ce que je pense.

Il analyse avec une pertinence impressionnante le principal ressort du succès salafiste non seulement en Afrique ou en Asie mais aussi en Europe :

Ce succès salafi correspond aussi à une demande de normes très strictes. L’individualité, clé de voûte de notre société moderne, est dure à supporter. Devenir salafi, c’est faire porter le poids de la vie par l’islam : les journées sont alors rythmées par les prières quotidiennes, les faits et gestes normés par un « code salafi ». C’est en quelque sorte une réponse à une crise de l’individualisme de la personne. Celle-ci devient salafie en s’affiliant à des groupes religieux intensifs forts, capables d’offrir des codes de sens et une sécurité apaisante. Ce sont des structures refuges, qui pensent dispenser la vérité, loin de toute forme d’incertitude qui peut paraître angoissante. Cette appartenance est aussi vécue comme un défi manifeste à l’opinion majoritaire. Les salafis pensent incarner un groupe dangereux ou redoutable pour les classes moyennes et supérieures, celles-là même qui, selon eux, maintiennent les musulmans dans un statut de dominés. Rejeté par les nantis, le salafisme fascine ceux qui ont un différend avec l’ordre social. En adhérant à l’islam de ces mouvements, les jeunes pensent s’opposer à la société des « puissants ».

Ce qu'apporte le salafisme à la jeunesse en déshérence, nous autres Européens sommes incapables de l'apporter aussi, que ce soit sur nos territoires ou que ce soit via notre diplomatie. 

Quand l'Europe utilise son soft power, c'est toujours via de lourds programmes chargés de bonnes intentions. Dans les faits, même quand on fait de l'humanitaire, on n'est pas efficace sans alliés. Il faut des relais. Les djihadistes le savent et comprennent bien que l'action humanitaire occidentale est sa rivale directe dans le domaine de la solidarité avec les plus précaires.

Nous n'arrivons pas à nous constituer en réseaux de solidarité avec objectif politique pour contrer les salafistes qui eux, savent très bien associer l'un et l'autre.

Il faudrait créer un renseignement européen pour identifier les acteurs locaux sur lesquels s'appuyer. Même s'ils ne sont généralement pas très puissants ou influents et que souvent, ils ont bonne presse seulement dans les milieux aisés, les partis libéraux et sociaux-démocrates devraient être nos partenaires privilégiés partout où le salafisme est puissant. Non seulement l'Europe a un intérêt direct à les aider financièrement, mais elle devrait les aider à mettre en place, eux aussi, de puissants réseaux de solidarité. Après tout, si les Communistes ont su le faire, pourquoi les libéraux et les démocrates n'y parviendraient-ils pas ?

Être solidaires, redonner une dignité à ceux qui n'en ont plus, nourrir, aider à s'enrichir, voilà quelles devraient être nos priorités.

Déboulonner le salafisme, cela suppose une diplomatie très fine : il faut trouver des alliés acquis aux idéaux démocratiques, experts en leur pays, pas des théoriciens de salons parisiens, londoniens ou genevois. 

Il y a une particularité de l'Islam : le monde arabe ne représente pas même 10% des Musulmans et pourtant, il rayonne si fortement qu'il influence à lui seul un milliard de fidèles. C'est dire son impact considérable. On pourrait me répliquer que l'Iran chiite représente un pouvoir politique régional majeur. C'est vrai. Mais son impact sociétal sur l'Islam, a fortiori en Europe, est minimal au regard de la force ce frappe salafiste. Les immigrés musulmans d'Europe ignorent généralement tout des chiites et il existe fort peu de mosquées chiites sur notre continent. Dans tous les cas de figure, il n'existe plus de figures charismatiques capables de rayonner, comme le fut l'Ayatollah Khomeiny.

Au fond, ce qui devient comique, avec l'Europe, c'est que pendant que nous négocions avec les dirigeants des pays arabes et versons des sommes considérables parfois, les Salafistes, appuyés par certains de ces pays, usent chez nous de leur propre soft power !!! Et il est autrement plus efficace que le nôtre si l'on en compare les effets dans chacune des deux sphères.

Il y a à mon avis toute une branche du renseignement et de la diplomatie à créer ou à recréer. Ce sont des liens directs avec les peuples arabes qu'il nous faut créer, et ce n'est pas simple. En Europe, la France et l'Angleterre ont certainement un rôle à jouer car ce sont ces deux nations qui connaissent le mieux les nations arabes et qui ont le plus d'interconnexions avec leurs peuples. Il faut toutefois une révolution dans les mentalités de nos dirigeants et nos services diplomatiques pour pouvoir en tirer quelque chose d'intéressant.

00:57 Publié dans Europe, International, Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : salafisme, europe, diplomatie, pays arabes | |  Facebook | | | |

Commentaires

@ l'hérétique :

Nous avons quelques coups de retard.
Les salafistes sont chez eux et on a le handicap d'une image plus ou moins négative au départ.
Et puis rien ne dit que nous serions bien perçu même en faisant de l'humanitaire, on nous accuse déjà d'ingérence à chaque fois qu'on fait mine de bouger une oreille.

Et pour être tout à fait honnête les aides pour l'Afrique ça commence à aller bien :
on peut avoir la quasi certitude que l'argent qu'on y investit, les infrastructures qu'on y construit, les savoirs qu'on y apporte finiront au mieux détruits, au pire tomberont aux mains du prochain tyran qui les retournera contre son peuple ou contre nous ...

Écrit par : skunker | mardi, 24 décembre 2013

@skunker
Je pense aussi que les aides directes ratent leur cible. C'est bien pour cela que la diplomatie menée là-bas doit être très fine, réfléchie et s'appuyer sur des forces locales qui nous sont favorables.

Écrit par : l'hérétique | mardi, 24 décembre 2013

J'aurai une info à vous faire passer, l'héré mais pas ici^^^.

Écrit par : Martine | mardi, 24 décembre 2013

Passage pour test

Écrit par : Martine | mardi, 24 décembre 2013

Bon ben, mon cadeau sera pour plus tard.

Écrit par : Martine | mardi, 24 décembre 2013

@ l'hérétique :

Favorables ... pour l'instant, c'est bien ce qui me parait hasardeux et m'empêche d'être tout à fait d'accord avec toi.

Sinon on peut se poser la question de l'efficacité : les salafistes agissent activement, quelques libéraux isolés qui font du caritatif arrondiraient probablement un peu les angles mais auraient-ils la possibilité de faire plus ?
Ne risquent-ils pas de se trouver déstabilisés s'il apparaît qu'ils travaillent avec des occidentaux ?

PS: Joyeuses fêtes à l'auteur et aux lecteurs de ce blog.

Écrit par : skunker | mercredi, 25 décembre 2013

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