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mercredi, 25 février 2009

Désengagement militaire, Bayrou l'avait dit...

Je viens de lire à quelques heures d'intervalle l'entretien d'Hervé Morin (Ministre de la Défense) dans l'Itinérant n°472. Il y annonce clairement l'objectif de passer de 13 000 hommes à 10 000 hommes en opérations extérieures et d'économiser ainsi jusqu'à 150 millions d'euros. Tiens, amusant, cela me rappelle exactement ce que Bayrou a dit en avril 2008. Je le cite :

«Dans les circonstances budgétaires que l’on nous annonce, et auxquelles les décisions de gestion du gouvernement prises dès le début de son mandat, nous contraignent plus que jamais, il ne sera pas possible de maintenir des hommes sur des théâtres d’opération aussi divers que le Kosovo (2000 femmes et hommes), la Côte d’Ivoire (2400), le Liban (1500), le Tchad (1100), bientôt le Darfour (2000), le détroit d’Ormuz (au moins 500), et l’Afghanistan (2900) ! Un homme sur le terrain en raison de la règle des trois tiers, service, préparation, repos, oblige à la mobilisation de trois hommes. Ce sont donc si je compte bien presque 40 000 personnels de nos armées qui sont ainsi requis, avec les questions de logistique, d’équipement, d’armement qui se posent et qui suscitent vous le savez, dans leurs rangs, bien des débats. La multiplication de ces interventions n’a jamais été à portée des armes de la France, et en tout cas ne le sera pas dans l’avenir. Il y a comme un divorce entre ces interventions tous azimuts et les moyens qui sont ceux de notre armée. Ce divorce posera des problèmes considérables.»

Il y eu un débat à l'Assemblée Nationale le 28 janvier dernier, à propos des Opex. Or, j'y ai lu avec attention l'intervention de Philippe Folliot au nom du Nouveau Centre. Il conclut en annonçant le soutien du Nouveau Centre à «la prolongation de l’intervention des forces armées en Côte d’Ivoire, au Liban, au Tchad et en République centrafricaine». Il a précisé qu'il était favorable aux réductions d'effectifs là-bas.

En Côte d'Ivoire, Hervé Morin, dans son entretien avec l'Itinérant déclare qu'il ne juge pas utile de «maintenir un tel niveau». Au Tchad, il annonce un toilettage des effectifs.

Ce que je retiens des débats, finalement, c'est que sur le fond, la France n'a plus les moyens de se maintenir en Afrique, mais qu'elle le fait tout de même pour sécuriser les zones du continent, du moins, là où elle est présente. Ce qui est fâcheux, c'est que sa présence ne se fait presque jamais avec l'aval des institutions internationales. Pour certains députés (essentiellement ceux de la majorité) la lenteur de l'ONU dans les situations d'urgence en est la cause.

Pour ma part, je pense qu'il faut en finir avec la Françafrique, que rien n'a remplacé actuellement, faute de mieux, mais qu'il ne faut pas prendre le risque de laisser un vide à la place. C'est d'ailleurs sans doute ce qu'ont craint non seulement les Français mais plusieurs autres États Africains jusqu'ici.

J'ai noté dans ce débat parlementaire deux observations qui me paraissent essentielles. La première d'Axel Poniatowski qui s'interroge sur l'implication des États Européens dans leur défense :

«La France, la Grèce, la Pologne et le Royaume-Uni consacrent chaque année environ 2 % de leur PIB à la défense, alors que les autres pays de l’Union européenne restent tous en dessous de la barre de 1 %. Il faudra engager tous nos partenaires européens dans une réflexion approfondie, sans tabou, pour examiner quelles ressources supplémentaires ils sont prêts à accorder à la défense des intérêts européens, qui sont les leurs

Et puis celle de Jacques Myard, bien que je ne partage pas ses conclusions :

«Pour paraphraser Churchill, l’Afrique est malheureusement devenu le « ventre mou » de l’Europe et de la France, qui subiraient directement les conséquences d’une déstabilisation de ce continent. En effet, comment maîtriser les flux migratoires si les pays d’émigration connaissent des troubles incessants ?»

Je ne suis pas du tout convaincu que la France prenne un grand plaisir à être présente en Afrique. Je pense que c'est une charge à tous points de vue pour elle. Il est grand temps que l'Europe s'empare de la question et remplace la France. Nous ne pouvons plus, surtout avec la crise, supporter indéfiniment de tels coûts  seuls. Et puis cela ne peut plus être de la responsabilité exclusive de la France, a fortiori quand c'est à demi-décidé par la seule présidence de la République (il y avait certes un débat en assemblée, mais avec bien trop peu d'éléments et dans la hâte, et puis il ne s'agit que de débattre de la prolongation d'opérations militaires déjà en cours).

Il y a un pas qui n'est pas facile à franchir et que j'aurais aimé voir abordé lors de la présidence de l'Europe par la France, c'est la passation de pouvoirs entre la France et l'Europe. Et il faudra bien un jour parler également du siège français au Conseil de sécurité et de la dissuasion nucléaire. Il faut tenir le temps que l'Europe soit prête à les récupérer, mais je crois qu'à terme, nous n'avons plus la puissance nécessaire pour tout cela. Nous avons trop de  problèmes, trop de difficultés à régler dans notre propre pays.

Il me semble qu'il faudrait se concentrer sur les points les plus chauds et les plus importants pour la sécurité du monde : frontière Pakistan-Afghanistan en priorité et Darfour où personne ne fait rien et où les morts s'accumulent par centaines de milliers. Je ne dis pas, bien sûr, que le reste n'est pas important, mais soyons réalistes : le matériel militaire est en mauvais état, nos dettes s'accroissent, notre industrie est en plein marasme. Nous n'avons plus les moyens d'être présents partout. Pas à ce coût-là, en tout cas.

J'ajoute une dernière chose à propos de l'OTAN : ce n'est pas la France qui doit la réintégrer, quand bien même les Russes considéreraient la France comme un contre-poids à l'Amérique, mais l'Europe comme bloc cohérent. L'OTAN ne devrait pas être une alliance des USA et de divers pays Européens, mais une alliance à deux têtes, l'une Américaine, l'autre Européenne. Une telle alliance n'est pas possible tant qu'une défense européenne n'est pas construite. Le chemin sera long...beaucoup de pays européens se satisfont très bien de la situation et regardent d'un sale oeil un éventuel accroissement de leurs dépenses militaires pour assurer leur sécurité. Et même quand ce n'est pas le cas, un certain nombre d'entre eux ne croient qu'au leadership américain, tout simplement parce qu'il s'est montré efficace pendant un demi-siècle en Europe...

La quasi-invisibilité européenne en Bosnie dans les années 90 n'a pas amélioré les choses...

 

jeudi, 19 février 2009

Il faut soutenir Kadima en Israël

J'ai toujours pensé que les peuples décidaient eux-mêmes ce qu'il convenait de voter ou non, tout du moins, en démocratie, et qu'ils pouvaient s'agacer des déclarations et campagnes intempestives venues de l'étranger. Tout le monde aime donner des leçons de morale, personne n'aime en recevoir...

Toutefois, le parcours de Kadima présente bien des similitudes avec celui du MoDem. Le fondateur de Kadima est Ariel Sharon, mais, je ne comparerais pas Ariel Sharon à François Bayrou mais plutôt aux créateurs de l'UDF. La personnalité que je comparerais à Bayrou (politiquement, parce qu'historiquement, quoi de plus éloignés que l'espionne israélienne du Sin Beth que fut Tzipi Livni et l'agriculteur de la campagne béarnaise, membre d'une communauté pacifiste dans sa jeunesse que fut François Bayrou !) c'est l'actuelle leader de Kadima.

Une même volonté de bousculer les lignes politiques traditionnelles, un même souci d'adopter un point de vue pragmatique et réaliste sur la situation du pays. Tzipi Livni a notamment fait une déclaration très importante récemment, en annonçant aux Israéliens qu'il leur faudrait renoncer à presque la moitié du territoire de la Palestine. Je crois que cela, les Israéliens l'ont de toutes façons acté depuis longtemps, et que c'est surtout sur des appendices que vont se focaliser les conflits.

Kadima et Tzipi Livni, parce qu'ils ont transgressés les barrières politiques comme nous, parce qu'ils n'ont pas eu peur de parler de ce qui fâchait, comme nous, ont vocation, à mes yeux, à être soutenus par le MoDem et les Démocrates. Je ne sais pas quelle forme cela peut prendre, car il ne s'agit pas non plus de s'ingérer dans les affaires internes israéliennes, mais j'imagine que des contacts pourraient être pris entre les deux partis. Je ne sais pas quelles sont les intentions exactes de Kadima, mais c'est un parti que je verrais bien rejoindre l'Alliance Mondiale des Démocrates (il en est déjà observateur), par exemple.

Kadima n'aura à mon avis d'autres choix que de s'allier avec le Likoud, à moins de parvenir à faire exploser ce parti pour former une ligne de front de modérés  avec les travaillistes et la neutralité bienveillante du Meretz et des députés arabes israéliens.

J'ai de très gros doutes sur la possibilité de ce second scénario, et c'est vraisemblablement le premier sur lequel il faudrait travailler, sachant qu'il est loin d'être acquis.

Comme le dit Lucia d'Apote sur son blog, Democratia, le seul espoir véritable, du côté israélien, pour l'amorce d'une paix définitive entre Israéliens et Palestiniens, c'est Kadima.

Une alliance du Likoud avec Beiteinou me paraît s'éloigner compte-tenu des forts soupçons de corruption qui pèsent actuellement sur le leader de ce parti nationaliste, Lieberman (il aurait financé sa campagne avec des fonds venus de l'étranger, et bien sûr, pas déclarés...).

09:57 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : kadima, modem, bayrou, livni |  Facebook | | |

mercredi, 18 février 2009

Afghanistan, il faut manger d'abord !

Le MoDem de Boulogne-Billancourt a rendu compte d'une conférence fort intéressante sur l'Afghanistan organisée par l'ADLE (Alliance des Démocrates et des Libéraux en Europe). Il y avait là de nombreux invités, dont le Général Morillon, mais, j'ai retenu en particulier ce qu'ont dit les représentants d'un think tank basé à Kaboul, que je cite :

Hekmat KARZAÏ, président du Centre for Conflict and Peace Studies (CAPS), un think tank basé à Kaboul, a déploré que "L'UE, comme beaucoup d'autres donateurs, ne se concentre pas sur l'aide économique, notamment l'agriculture. Ainsi on construit beaucoup d'écoles chez nous. Cela part d'un bon sentiment, mais nonobstant le fait que cela créé des tensions dans les villages avec les Talibans, nous n'avons de toute manière pas d'argent pour payer des instituteurs! Mieux vaut nous laissez décider comment utiliser l'argent et apprendre de nos propres erreurs".

C'est très intéressant, parce que cette réflexion montre bien comment l'Enfer peut être pavé de bonnes intentions. Pour nous autres Européens, qui vivont dans l'abondance, le plus important, c'est l'Éducation. Nous lui donnons la primauté, et, en Afghanistan, nous poursuivons ainsi un objectif politique et philosophique qui est de lutter contre la fanatisme.

Mais pour les Afghans qui vivent dans la misère, le bien le plus précieux, c'est la nourriture. Et le secteur qui organise et produit la nourriture c'est l'agriculture. Accessoirement, là où ne sont pas cultivés des produits alimentaires, on trouve du pavot en masse pour fournir les besoins de paradis artificiels d'un Occident trop repu.

Dans l'histoire économique et industrielle des différents pays de la planète, il est très rarement arrivé qu'un décollage économique se produise sans commencer par une réforme agraire (incluant généralement une distribution des terres, puis, au fil du temps, une concentration en unités de production plus rentables).

Nous serions très bien inspirés d'écouter Hekmat Karzaï. En Europe, les biens supérieurs, ce sont l'Éducation, la santé, la culture, mais en Afghanistan, c'est l'agriculture, la nourriture. C'est à mon avis à cette aune que nous devrions repenser notre aide. Un ventre repu est plus à son aise pour écouter des conseils qu'un estomac qui crie famine.

Épicure estimait que l'âme ne pouvait trouver la paix qu'en mettant fin à toutes les agitations et les torsions qui pouvaient la troubler. Ainsi, il distinguait l'apaisement de la faim de la recherche de mets raffinés et lourds, qui, au contraire, maintenait le corps et donc l'âme dans une dynamique de désirs insatisfaits. En ce sens, il s'inscrivait dans la droite ligne de la philosophie atomiste qui postulait que tout ce qui est doit exister dans la plénitude de son être à condition que rien ne vienne la perturber; si rien ne fait défaut au corps, qu'il a tout ce qui lui est nécessaire, il peut alors profiter d'un plaisir stable, (ce que les philosophes atomistes appellent plaisir catastèmatique, c'est à dire l'expression de l'équilibre des atomes qui  composent le corps).

mercredi, 11 février 2009

Iran, les lettres persanes d'un député

Il y a en ce moment sur la Toile un document exceptionnel qui se trouve chez Backchich : le récit du député Jean Glavany en mission parlementaire dans la région de l'Afghanistan. C'est passionnant. Il a visité bien sûr l'Afghanistan mais aussi les pays frontaliers, notamment  le Pakistan et l'Iran. Quand je parle de visite, je n'entends pas une visite touristique, mais une véritable enquête. Il a pu interroger Iraniens,  Pakistanais et Afghans ce qui permet d'échapper aux idées convenues et aux a priori qui caractérisent nos opinions sur ces pays.

Extraits...

L'Iran

En Iran, toutes les femmes, sont voilées. Même les européennes. C’est la loi et ça n’est pas gai. Mais, à l’inverse de l’Afghanistan ou du Pakistan, on n’y voit aucune Burqa. Aucune. On voit même beaucoup de voiles cantonnés sur l’arrière de la tête, découvrant largement les chevelures… et portés avec des Jeans et des nike, image inattendue et amusante de la mondialisation… L’alcool est interdit partout – un séjour en Iran est tout indiqué pour perdre du poids ! - … mais il coule à flot dans les soirées privées. Les muezzin sont discrets, très discrets. Et quand on se surprend à en entendre un, on ne constate aucune conséquence sur la population dans la rue. Aucune. En Iran, les mosquées sont vides ou presque et le régime des Mollahs semble ne pas s’en offusquer. Il faut dire qu’ils sont au pouvoir… C’est une des premiers paradoxes iraniens.

Le Pakistan

Depuis plusieurs jours, nous sommes intéressés par un phénomène inquiétant et manifestement au cœur de la problématique afghane et pakistanaise : l’explosion du nombre de madrassas, c’est-à-dire de ces écoles coraniques qui fleurissent dans l’ensemble du Pakistan et en particulier dans la zone frontière du nord-ouest pakistanais avec l’Afghanistan. : elles étaient 145 en 1947, elles sont plus de 20 000 aujourd’hui, de toute taille. Depuis la plus petite, dans un petit village, regroupant quelques enfants, jusqu’aux plus grosses – regroupant des centaines voire des milliers d’enfants dans des villes comme Peshawar. Ces écoles ne sont pas toutes des « fabriques à terroristes ». Mais elle sont assurément des lieux de bourrage de crâne pour les enfants de la région par des intégristes musulmans sans vergogne. Et ce sont dans ces madrassas que le fondamentalisme se répand de manière fulgurante.

L'Afghanistan

D’un point de vue civil, les objectifs sont plus compliqués : nous voulons aider l’Afghanistan sur le terrain du développement, de l’État de droit, et de la démocratie. Très bien. Mais jusqu’où voulons-nous aller vite ? Car la réalité sociologique de la société afghane c’est qu’elle en est au XIIème ou XIIIème siècle selon le point de vue où l’on se place et même peut-être plus en retard encore. Voulons-nous lui faire franchir en quelques mois ou quelques années, ces six ou sept siècles de retard ? Je crois sincèrement qu’il faut nous garder d’aborder le problème afghan avec nos standards occidentaux ou européens et être raisonnables : l’ambassadeur du Canada à Kaboul a dit « Just give them a chance », en français « donnez leur juste une chance » et je pense que c’est une formule pertinente. L’important est de mettre l’Afghanistan sur la voie de la démocratie, du développement et de l’État de droit. Cela prendra le temps qu’il faudra mais si nous voulons brûler les étapes nous risquons de tout déstabiliser et de tout imposer maladroitement.

Et puis ce qui me frappe, en outre, c’est que la communauté internationale déverse sur l’Afghanistan des sommes considérables, sans doute plus de 10 milliards de dollars par an. Et quand on voit l’état dans lequel se trouve la société afghane au plan économique et social, on se demande où va cette aide. Sûrement pas là où elle serait la plus nécessaire, c’est-à-dire dans le Tryptique développement rural – infrastructures – et formation. Mais, comme toujours dans des situations de ce type, dans le financement des organisations internationales elles-mêmes, dans les consultants… bref dans ces gouffres financiers de l’aide internationale qui ne vont pas aux populations elles-mêmes.

La lourde tâche de Tzipi Livni

Kadima a gagné, et je ne peux que m'en réjouir tant ce parti et Tzipi Livni avait mes faveurs à titre personnel. Kadima a réussi là-bas ce que nous espérons faire en France avec le MoDem.

Mais maintenant, il va falloir s'atteler à la tâche. Tzipi Livni doit se rappeler qu'elle doit son score aux voix de gauche. Il faut qu'elle rassemble les modérés du Likoud et ce qui reste des travaillistes, et dynamite ainsi le paysage politique israélien. Là-bas, il faut former un grand parti démocrate et...faire la paix avec les Palestiniens une bonne fois pour toutes.

Il ne faut pas qu'Israël tombe entre les mains de la droite dure et de la droite extrême et populiste. Des guerres sans fin se prépareraient sinon au Proche-Orient. Je ne parle même pas du programme économique des deux droites en question...

lundi, 09 février 2009

Bayrou et l'OTAN

J'observe, une fois de plus, que la presse (et elle n'est pas seule) se précipite et rend compte des propos de François Bayrou sans y avoir réfléchi et surtout, de manière incomplète.

Première correction : François Bayrou n'a pas dit qu'il était hostile a priori à une réintégration de la France dans l'OTAN, il a dit qu'il souhaitait un débat à ce sujet, et surtout, qu'il n'était pas favorable à celle que propose Nicolas Sarkozy.

Pourquoi la France est-elle historiquement sortie de l'OTAN ? Cela ne relève pas des seuls rêves de grandeur du Général de Gaulle : c'est aussi que les structures de commandement de l'OTAN le laissaient aucune place à la France comme, aujourd'hui, elles ne laissent aucune place à l'Europe !

Ce n'est pas par nationalisme étriqué que François Bayrou s'inquiète de cette réintégration, mais au contraire par sentiment européen. On dit les centristes atlantistes par tradition, mais en réalité, il y a une vieille pomme de discorde entre les Américains et ces mêmes centristes, c'est la place de l'Europe dans tout dispositif de défense européen. Les propos de François Bayrou doivent être compris à l'aune de cet enjeu. J'ajoute, pour ceux qui en douteraient, qu'il l'avait dit et écrit dans ses propositions sur la Défense lors de l'élection présidentielle. Son discours de clôture du colloque que l'UDF avait organisé sur ce thème, le 22 juin 2006, est également éloquent, et j'en cite quelques passages

Les gouvernements de l'Union européenne devraient réfléchir à cela : la priorité des priorités est la construction d'une défense européenne - pas une armée européenne, ce n'est pas la bonne perspective - la mise en synergie de capacités militaires nationales, à qui on permet de manœuvrer ensemble, d'interagir ensemble, d'échanger des renseignements. Perspective beaucoup plus réaliste et rapide, que celle qui voudrait renoncer au caractère national des armées.
Quel est le principe de la défense européenne ? Que l'Europe se donne pour obligation de se défendre elle-même. Que notre défense soit assurée par nos capacités. Nous sommes plus nombreux et aussi riches que les Américains, il n'y a aucune raison que nous renoncions au devoir de nous défendre nous-mêmes. Nul ne peut exclure que les Américains pensent un jour avoir d'autres priorités. Organiser ou assurer la défense du territoire européen, c’est notre affaire, notre responsabilité ; les Etats européens qui ne partagent pas cette idée, il faut les en convaincre.[...]

C'est quand nous aurons fait cela, c'est dès que les Européens auront arrêté la volonté de prendre en main leur propre défense, que l'Alliance atlantique aura un autre visage, et toutes les réticences françaises qui se sont exprimées au cours des dernières décennies, s'effaceront. Je suis persuadé que beaucoup de Français n'accepteront pas d'être suiveurs, ils voudront être partenaires dans une Alliance atlantique rénovée.

J'ai écrit une note à ce sujet, en avril dernier, et j'avoue qu'à l'époque, j'avais mal compris la position de François Bayrou, que je croyais être un refus catégorique sur l'OTAN . En réalité, ce n'est pas un refus catégorique de l'OTAN, mais un refus catégorique d'un OTAN qui ne traiterait pas à parité l'Europe et l'Amérique. Je pense que si l'on veut se faire une idée claire des enjeux, il faut relire à nouveau l'excellente note de Quindi sur ce sujet et particilièrement tout ce qui concerne le Politique Européenne de Défense et de Sécurité (PESD). C'est l'avantage avec Quindi, contrairement à nos petits billets d'acutalités qui se noient dans le flot continu de l'immédiateté, ses billets sont écrits pour durer et on peut s'y reporter encore longtemps après. Dans le domaine géostratégique, c'est une vraie Bible...

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jeudi, 05 février 2009

Israël/Gaza : 52 civils tués !

Eh non, en fait, ce n'est ni en Israël ni à Gaza qu'il y a eu 52 morts, mais au Sri-Lanka. Jours nuageux (Cloudy Days) et Rubin Sfadj l'ont évoqué l'un et l'autre dans deux billets qui me paraissent clairs et nets.

Mon objectif n'est pas d'épiloguer, mais j'aimerais savoir si nos amis des droits des palestiniens de l'homme seront aussi soucieux du sort des populations civiles Tamoules. Non que je soutienne les Tigres Tamouls d'une quelconque manière, mais en revanche, il me paraîtrait logique que ceux-là même qui s'inquiètent du sort des populations civiles de Gaza éprouvent des inquiétudes au moins similaires pour le Sri-Lanka...

Cela dit, les mêmes causes provoquent les mêmes effets : si le Sri Lanka acceptait une transformation en État fédéral avec reconnaissance des langue, religion et culture Tamoules, on peut raisonnablement supposer que la rébellion perdrait sa raison d'être. Certes, les Tigres disposent de fonds conséquent, et une défaite militaire totale ne signifie pas pour autant son extinction, mais si on lui coupe ses racines, la colère, l'absence de reconnaissance, ils ne pourront pas renaître.

C'est sans doute un voeu bien pieux, par les temps qui courent, mais dans le conflit israélo-palestinien, ce serait évidemment la solution idéale que de bâtir un état confédéral israélo-palestinien.

mercredi, 04 février 2009

Palestine, Israël, les c...sont presque partout !

En fait, je finis par me poser la question. Je ne comprends pas : soit le Hamas ne contrôle pas ses groupuscules extrémistes, soit sa direction en tient une couche en matière de bêtise crasse.

Je ne comprends pas cet entêtement à vouloir balancer quelques roquettes pour se prendre en retour un déluge de bombes sur la tronche. Je sais que ce mouvement cultive un goût immodéré pour le martyr (surtout celui des populations civiles, à vrai dire) mais là, c'est pathologique.

D'aucuns me répondront qu'ils exigent une réouverture des voies commerciales de Gaza et que cette exigence n'est pas négociable. Chaque fois qu'Israël a rouvert le moindre chemin, la priorité du Hamas a été d'acheter des armes, en aucun cas de favoriser le développement économique de la bande de Gaza.Pire, en fait : chaque fois qu'Israël a rouvert ses portes, il y a eu une recrudescence d'attentats-suicides.

Ce qui me fait ricaner comme raisonnement, et que je lis souvent sur la Toile, c'est que le Hamas est capable de respecter une trêve puisqu'il n'y a plus eu d'attentats-suicides depuis 2003. J'adore ce genre de raisonnements qui déduit la cause de l'effet. J'ai une autre explication : le blocus d'Israël et l'efficacité de ses services secrets ont bloqué la plupart des attaques.

J'ai même encore une autre explication, dès lors qu'on valide la justification de la cause par l'effet : l'homme invisible se promène le long de la frontière et intercepte tous les terroristes. Ben oui, la preuve, c'est qu'il n'y a plus eu d'attentats-suicide en Israël depuis 2003 (environ).

Cela dit, ce qui est triste, c'est qu'il y a au moins aussi c... que le Hamas en face : cela s'appelle le Likoud, malheureusement, cela a le vent en poupe et en plus cela a un sinistre individu à sa tête.

Je n'aime pas le Hamas, mais je considère, comme pas mal d'Européens, qu'il est un partenaire incontournable dans les négociations. Je n'ai en revanche pas le stupide oeil de Chimène pour Rodrigue de l'intelligentsia française envers ce mouvement qui n'a rien d'angélique.

Le drame, en Israël, à l'heure actuelle, c'est que l'extrême-droite progresse toujours plus, et qu'une coalition Likoud-extrême-droite va finir par devenir une possibilité au train où vont les choses.

Tout cela arrange le Hamas : avoir un gouvernement brutal en face va lui permettre de générer encore plus de martyrs. Plus généralement, entre extrémistes religieux et vraisfaucons on a toujours constaté des convergences d'intérêt. Comme l'a très bien montré Bani Sadr en son temps, en Iran, au début de la Révolution, on sait, désormais, qu'il y a eu entente entre les plus ultras des Républicains aux USA et les Mollah les plus réactionnaires. En France, il y avait au début des années 90 des convergences claires entre le FIS en Algérie et le FN. Eh bien en Israël, c'est le Hamas et l'aile droite du Likoud en compagnie d'Israël Beitenou qui bavent de joie à chaque roquette, chacun escomptant ainsi engranger des bénéfices électoraux.

L'espoir d'une coalition Kadima/Parti travailliste majoritaire à elle seule s'amenuise. Et au passage, l'expédition de Gaza occulte tout autre débat en Israël, notamment sur les conséquences de la crise économique et les solutions proposées par les différents partis. Et pourtant, ça va sérieusement se gâter. A partir de 2009, donc dès maintenant, les USA interrompent définitivement totalement leur aide économique à Israël. Israël va toutefois encore disposer d'une garantie américaine pour d'éventuels emprunts. Encore un état qui risque de vouloir lever des capitaux sur des marchés financiers probablement saturés d'ici la fin de l'année.

Pas une voix, dans la classe politique israélienne pour évoquer ce douleureux et vrai problème...La Banque d'Israël a beau tenter de baisser ses taux, d'autres d'états bien plus puissants ont essayé avant elle et ça ne marche pas...

Enfin, il y a au moins une chose qu'ils ont compris mieux que nous les Israéliens, c'est qu'il faut changer de source énergétique une bonne fois pour toutes en ces temps troublés. Et nous, en France, pendant ce temps, on subventionne allègrement le diesel...

00:19 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : hamas, israël, palestine |  Facebook | | |

mercredi, 21 janvier 2009

Autres Leçons de Gaza

Je viens de découvrir le blog personnel d'un des éditorialistes du Figaro, Pierre Rousselin. Il vient d'intituler l'un de ses derniers billets "Leçons de Gaza". Je trouve son analyse, tout à fait exempte de manichéisme, particulièrement intéressante. Je le rejoins sur la plupart de ses conclusions. Je voudrais toutefois ajouter quelques éléments. Il est vraisemblable que l'expédition en terre gazaouie n'est pas seulement le fruit de l'exaspération israélienne. La classe politique au pouvoir voulait obtenir absolument un résultat avant les élections. Soit le Hamas s'abstenait de lancer des roquettes, soit le gouvernement israélien montrait sa détermination à protéger son territoire.

Ehud Barrack, et probablement Tzipi Livni, et même Ehud Olmert, sont ainsi remontés en flèche dans les sondages. Ceci pourrait présager de bons scores électoraux aux prochaines législatives. Il n'est pas inenvisageable qu'Israël montre alors un tout autre visage, une fois les impératifs intérieurs passés, et se montre bien plus ouvert à la négociation avec  le Hamas.

Ehud Barrack est l'homme politique israélien qui est allé le plus loin dans les concessions envisagées vis-à-vis à des Palestiniens. Tout le monde l'a oublié, et on ne lui rend pas justice, mais il était prêt à discuter du statut de Jérusalem. Seul le Meretz qui n'a jamais exercé le pouvoir a envisagé de telles concessions, mais jamais aucun des partis de gouvernement.

Tzipi Livni est une diplomate habile. Capable d'une détermination totale, elle a été aussi la première à faire la distinction entre les cibles militaires et les cibles civiles. Si le Hamas n'avait pas eu l'imbécilité de s'en prendre aux civils israéliens, Gaza n'en serait sans doute pas là où elle est à l'heure actuelle.

Ce qui compte, c'est que sur le fond, ces deux personnages sont capables de discuter. En même temps, quoi que l'on pense du Hamas, en acceptant de jouer le jeu démocratique palestinien (à vrai dire bien balbutiant) et d'exercer des responsabilités politiques et administratives, le Hamas s'est placé dans une position où il devra choisir. On a vu les militants du Hamas omni-présents sur le terrain après le cessez-le-feu, mais je ne suis pas sûr que le peuple palestinien de Gaza soit enchanté de ses choix stratégiques.

Notamment, la fanfaronnade du Hamas pourrait lui coûter cher dans de futures élections législatives : le Hamas déclare que 48 de ses combattants seulement sont morts. Or, il y a eu 1350 victimes lors de cette guerre. Faut-il en conclure qu'après avoir sciemment exposé ses concitoyens, le Hamas a caché et protégé en priorité les mêmes qui avaient déclenché la tempête, laissant les civils sans aide en proie aux pires difficultés ?

L'accusation de "planqués" pourrait lui revenir au visage comme un boomerang et si j'étais membre du Fatah, je ne manquerai pas de le leur jeter à la figure.

Au final, il y aura des négociations en Palestine, parce que c'est le sens de l'Histoire et que c'est inéluctable, à terme. Une fois les esprits apaisés, on peut espérer que la diplomatie reprenne ses droits.

23:41 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : gaza, palestine, israël |  Facebook | | |

Vie de Néron et de Berlusconi

Je viens de relire, pour le plaisir, tout récemment, la Vie de Néron vue par Suétone, le Radio-Ragots de la dynastie julio-claudienne. C'est marrant les similitudes entre Néron et Berlusconi.

Comme Néron, Berlusconi adore se donner en public : ne poussa-t-il pas la chansonnette en février 2006 pour Miss Italie ? Il raffole des jeux dans les stades et en donne même toutes les semaines, comme Néron : ne possède-t-il pas le Milan AC ? Il est libidineux au possible, comme Néron, et nomme ses favori(tes)s à des postes clef au point de prendre les Italiens vraiment pour des c...

Il a nommé ministre de la condition féminine une ancienne Miss Italie (encore une autre), une sorte de Sarah Pallin à la sauce bolognese, certes jolie mais dont le QI laisse le quidam interrogatif. Néron, je crois, avait quelque chose de similaire avec une affranchie du nom d'Actè dont il voulait faire son épouse officielle. Maria Carfagna a le droit d'être belle, ce n'est pas cela que je lui reproche, mais ses premières déclarations donnent le ton du personnage : elle juge les "gays constitutionnellement stériles".

En pleine disette, à Rome, Néron entretenait des athlètes ; l'Italie croule sous sa dette, ses déficits et la baisse continuelle de son pouvoir d'achat, ce qui n'empêche nullement son clown présidentiel de festoyer (tiens, ça rappelle quelqu'un d'autre, ça, à ce sujet...).

Et pour le caractère, que le lecteur juge lui-même. Ça, par exemple, je trouve que c'est parlant :

«Désireux  surtout de plaire au peuple, il était le rival de quiconque agissait sur la multitude par quelque moyen que ce fût.»

A sa décharge, tout comme Néron, c'est un amoureux des lettres et des arts : il a remis à l'honneur de grands auteurs tels que Pic de la Mirandole, Machiavel, Érasme ou encore Giordanno Bruno, s'occupant personnellement de l'édition de leurs oeuvres. On sait qu'il collectionne aussi des tableaux et voue en particulier un culte au Tintoret. Il est par ailleurs francophile (tout comme Néron était hellénophile : contrairement aux Romains, il a laissé d'excellents souvenirs à la Grèce de l'époque) et maîtrise parfaitement la langue française.

Il faudrait, un jour, prendre le sujet à bras le corps, et faire comme Plutarque, écrire des Vies parallèles. J'avais évoqué Obama et Périclès, je verrais bien Cléon d'Athènes et Daboliou (mais je ne suis pas le seul, apparemment), et, en la circonstance, Néron et Berlusconi...

Faudrait que je m'y colle, mais j'ai un peu la flemme...