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jeudi, 24 avril 2008

Quel OTAN pour la France et l'Europe ?

J'ai lu l'excellente note  de Quindi du 11 avril 2008 sur l'OTAN, et cela m'amène à en vulgariser certains aspects ; bien sûr, je ne répéterai pas exactement ce qu'a écrit Quindi, je crois que ce sur ce point il est inimitable, et, si j'ai assez de connaissances en diplomatie et relations internationales pour suivre ses billets, je n'en ai pas assez pour fournir des analyses d'une qualité comparable.

Ce qui m'a intéressé dans sa problématique, c'est un aspect particulier qui ne constitue pas à soi seul l'essence de l'article : ce sont les relations entre OTAN et Europe dans l'hypothèse où la France réintègre bien l'OTAN, ce que souhaite, rappelons-le, Nicolas Sarkozy. 

Quindi évoque opportunément la Politique Européenne de Sécurité et de Défense, mais omet de préciser clairement de quoi il s'agit. La PESD est un projet européen disposant d'instruments et de matériels civils et militaires afin de mener des opérations militaires pour le compte de l'Union Européenne. Les forces sont fournies de manière discrétionnaire par les états membres qui le veulent bien.

Or, Nicolas Sarkozy a invoqué la nécessité d'une meilleure communication entre l'Union Européenne et l'OTAN via la PESD pour justifier le ralliement  de la France à l'OTAN.

François Bayrou, en refusant catégoriquement le réintégration de la France au sein de l'OTAN,  s'est à mon avis avancé un peu trop vite sur ce terrain : ce qui compte, à mon sens, c'est la finalité de l'action, et pas forcément l'action elle-même : si cette réintégration dans l'OTAN conduit à renforcer d'autant plus le rôle de l'OTAN pour l'Europe, je ne la crois pas souhaitable, et Bayrou a raison. Mais, si, en raison des articulations nécessaires entre OTAN et PESD, elle amène, comme le propose Hervé Morin, le Ministre de la Défense, à rendre le centre opérationnel européen permanent, à créer un budget de la défense européen,  à investir pour un système satellitaire européen et à former les armées des états membres qui le souhaitent, alors cette réintégration mérite d'être examinée avec plus d'attention.

Les deux principaux pays responsables de la PESD sont l'Angleterre et la France. Or, leur position ne se superposent pas exactement : la Grande-Bretagne estime inutile un centre européen permanent puisque l'OTAN met à disposition des centres régionaux.

Nous avons eu des divergences , et nous en avons encore, avec le Nouveau Centre. Mais, rappelons-le, le MoDem et le Nouveau Centre s'abreuvent à la même fontaine. Il me semble que sur ce sujet spécifique, la position d'Hervé Morin mérite d'être soutenue, et me paraît bien plus acceptable que l'atlantisme plus ou moins ouvert de Nicolas Sarkozy. Il précise sa pensée dans l'émission Question d'info du 08 avril dernier, et je pense que son point de vue mérite d'être au moins lu.

 

Commentaires

Bayrou a raison et Morin a tort : la démarche est faite dans un esprit de soumission ; que Morin voie les avantages résiduels de la chose et les tienne pour essentiels n'a rien d'étonnant, car en siégeant de nouveau au commandement intégré de l'OTAN, la France deviendrait très exactement le Nouveau Centre de l'OTAN : elle irait à la gamelle.

Écrit par : Hervé Torchet | jeudi, 24 avril 2008

Je ne serais pas aussi catégorique que toi : en la circonstance, la France n'est pas seule. Et surtout, nous n'avons pas les moyens, seuls, de disposer d'une défense réactive ailleurs que sur le territoire français.
Je ne suis pas du tout certain que la position de Morin soit la plus mauvaise, et en tout cas, cela mérite un vrai débat.

Écrit par : L'hérétique | jeudi, 24 avril 2008

S'il y en a un qui devait remarquer l'ambivalence des positions de FB et HM sur la même question, c'est l'expert analytique du centre politique qu'est devenu l'Hérétique!

Pour simplifier une question complexe, je pense que les deux sont cohérents: tel que l'explique HM, l'intégration de la France dans l'UE permettant une PESD plus efficace et pertinente serait un plus considérable (et un rêve de fédéraliste européen que nous partageons ); FB a raison de préciser que rien ne permet de garantir, a priori, que le Président Sarkozy a obtenu des garanties tangibles de la part de Etats-Unis et du Royaume-Uni sur un renforcement opérationnel de la PESD (ce qui signifierait potentiellement une réintégration de la France dans l'OTAN sans contrepartie hormis une présence accrue du nombre de militaires français au siège de l'OTAN - cf. le premier lien de blog ci-dessous). Avant que FB soit capable de signaler son accord, il faut donc des gestes concrets des Etats-Unis et du Royaume-Uni allant dans le sens d'une PESD renforcée (ce qui ne peut être le cas du Ministre de la Défense en fonction).

Pour information, trois compléments que j'ai pu déceler lors de mes conversations sur ce sujet sur plusieurs blogs et fora (le premier et le troisième font l'objet d'une grande confusion de la part des commentateurs):
- pour toute intervention à l'extérieur du territoire des Etats Membres de l'OTAN et de l'UE, il n'existe aucun automatisme lié aux traités: les décisions se prennent à l'unanimité donc la France ne peut être entrainée malgré elle dans une guerre à l'extérieur du territoire en question. Une lettre de plusieurs ex-chefs d'Etat Major souhaiterait remettre cela en cause en créant une règle de la majorité: ce principe doit, dans tous les cas de figure, être écarté;
- la situation stratégique en Afghanistan laisse présager un besoin américain pour plus de défense européenne afin de compenser les défaillances militaires américaines qui ne permettent pas (à l'inverse du dogme militaire des années 90) de mener deux guerres au même temps, ce qui est de bon augure pour la PESD;
- l'OTAN est devenue un vecteur important de soft power dont la France ne peut se passer dans sa politique étrangère (notamment aux Balkans et dans le Caucase), ce qui conforte partiellement l'analyse de HM (qui a du mal à l'exprimer en termes aussi simples).

Trois billets et un article (original en anglais résumé dans le troisième billet) à lire sur ces sujets:
http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/04/23/exlusif-le-plaidoyer-de-bush-pour-l-europe-de-la-defense.html#comments
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=7891
http://www.guardian.co.uk/world/2008/jan/22/nato.nuclear
http://egea.over-blog.com/article-18830674.html

Merci pour le préambule ;)

Écrit par : ArnaudH | jeudi, 24 avril 2008

Merci, Arnaud, pour ces éclairages. Il y a un vrai débat, je trouve, sur ce sujet, et il est intéressant.

Écrit par : L'hérétique | jeudi, 24 avril 2008

Tout à fait d'accord avec le 1er commentaire de Hervé Torchet ou plutôt

F. Bayrou a raison et N. Sarkosy a tort.

H. Morin a beau faire du batatin, il n'a aucun avis, il suit la voix de son
maitre.

J'ai bien l'impression qu'en l'occurence le bon sens est bien plus clairvoyant que toutes ces histoires de corps intemédiaire. Se mettre dans l'OTAN ca ne
servirait à rien d'autre que s'aligner sur les USA.

Écrit par : Luc | jeudi, 24 avril 2008

Excellente note en effet.

Là où Morin a raison, c'est quand il milite pour renforcer les bases d'une défense commune européenne : centre opérationnel permanent, budget de la défense européen, système satellitaire, etc...
Sa position, sur ces points, est nettement plus cohérente (plus européenne aussi) que celle de Sarkozy. Et toutes ces évolutions, souhaitables, peuvent être faîtes sous l'égide du PESD, quitte à en revoir le fonctionnement.

Quant à l'OTAN, avant de parler de réintégration de la France au sein du commandement unifié, une question mérite d'être posée : l'OTAN est-elle aujourd'hui, compte tenu des évolutions géopolitiques vécues depuis 20 ans, le meilleur outil pour faire face aux nouvelles menaces ?
L'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) a été créée dans le contexte de la guerre froide, du bloc contre bloc, avec un prédominance de fait des Etats-Unis dans son organisation. Aujourd'hui, la situation a profondément évolué, et les foyers de tension sont ailleurs. Nombre d'anciens "ennemis", paradoxe de l'histoire, se retrouvent aujourd'hui à siéger au sein de l'Organisation... Bref le schéma n'est plus du tout le même.

Partant de là, l'OTAN doit-elle rester l'OTAN, ou devenir autre chose, mais alors quoi ? Et avec quelles missions ?...

Sur la position de la France vis à vis de l'OTAN, il y a très souvent une méconnaissance, tant des citoyens que d'une partie du personnel politique ou des médias. On parle constamment du potentiel "retour" de la France dans l'OTAN, expliquant que celle-ci, sous de Gaulle, avait "quitté" l'OTAN. Il n'en est rien. La France a toujours fait partie de l'OTAN. Elle avait quitté certaines structures, notamment le commandement unifié, mais sans quitter l'Organisation. Très schématiquement, nous avons quitté certaines structures militaires, sans quitter les structures juridiques et politiques.

Pour la petite histoire, quand j'étais lycéen, j'ai appris comme tout le monde que la France avait un beau jour quitté l'OTAN. Elle n'en faisait donc pas partie. Petit problème : quand je rentrais chez moi, je croisais mon père qui, en qualité d'officier supérieur puis de juriste en droit international, rentrait précisément de son bureau...au siège parisien de l'OTAN !
Et systématiquement, quand j'expliquais à mes profs l'incohérence de la situation, j'avais comme réponse que "soit vous vous trompez, soit votre père n'a pas la nationalité française" !!!

Écrit par : Bertrand | jeudi, 24 avril 2008

@ Bertrand: superbe "petite histoire", lol :-))))))
Sur le point "l'OTAN doit-elle devenir autre chose?", je serai, une fois n'est pas coutume, d'accord avec John McCain, une OTAN élargie à l'ensemble des démocraties serait un outil international intéressant, surtout pour pallier les casques bleus, en mal de moyens et de troupes...

Écrit par : ArnaudH | jeudi, 24 avril 2008

@ Bertrand

Excellent. Pour ma part, je le savais : je pensais au commandement unifié et non à l'OTAN proprement dit.
Une OTAN mondiale, peut-être, mais avec quel commandement ?...

Écrit par : L'hérétique | jeudi, 24 avril 2008

Merci pour cette note l'Hérétique, et donc à ArnaudH pour la sienne, ça m'éclaire beaucoup sur ce sujet que je ne maîtrise pas (pas encore...).

Face aux deux options décrites, j'attends donc une réponse du Président ce soir... Veut-il simplement s'aligner sur les USA ou veut-il par la réintégration complète de la France dans l'OTAN favoriser le développement d'une défense européenne?

Malheureusement je m'attends plus à une réponse type de Sarkozy, du style "Vous voulez quoi David Pujadas? Que je tourne le dos à nos alliés? Que je renonce à l'amitié qui unit la France et ceux qui l'ont sauvée du nazisme?", plutôt qu'à une explication pédagogique sur la défense française et européenne.

Écrit par : Aurélien | jeudi, 24 avril 2008

@ ArnaudH et l'hérétique,

effectivement, vous posez les bonnes questions...

L'OTAN devenant une alliance des pays démocratiques est une piste intéressante. Elle changerait alors profondément de nature, mais pourquoi pas. Les structures internationales doivent aussi évoluer. Mais cela en ferait alors - à l'instar en effet des Casques Bleus onusiens - une "force de paix", ce qui n'est pas sa vocation première. Et cela poserait en second lieu la question des Casques Bleus, et donc au delà de l'ONU, déjà mal en point.
Bref, le risque ne serait-il de créer une sorte d'ONU bis, club fermé des démocraties occidentales, et fragilisant de fait l'ONU ? Quid alors du "dialogue" avec les autres puissances (Chine, Russie, Afrique), si l'ONU est ainsi court-circuitée ?
La position de McCain à ce sujet n'est sûrement pas dénuée d'arrières pensées.

Et au delà, effectivement, quel commandement ?

Écrit par : Bertrand | vendredi, 25 avril 2008

@ Bertrand: exact, bravo pour le résumé!
Je pense tout de même qu'il y a une logique à créer une "Ligue des Démocraties":

- qui doit prendre l'ascendant quand certains organes de l'ONU ne le peuvent pas (ex1: le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU est parfois biaisé; ex2: le Conseil de Sécurité ne peut agir en cas de blocage d'un membre permanent, ce qui posait problème au Kosovo et pourtant nécessitait une intervention militaire et diplomatique - nous sommes en désaccord avec l'Hérétique sur ce dernier point cf. reconnaissance du Kosovo)

- qui permet de créer une force militaire "permanente" que l'ONU n'est pas en mesure de fournir (cf. problèmes pour constituer la force de l'ONU au Darfour). Je pense que le point sur lequel il faut insister c'est que l'OTAN élargie pourrait travailler sous mandat de l'ONU, à l'image de ce que fait l'EUFOR au Tchad et en RCA (délégation d'une partie du mandat de l'ONU dans la région à l'UE):
http://www.quindiblog.eu/log/2008/01/quindi-leufor-e.html

- les autres puissances doivent, au fur et à mesure de la mise en place d'une diplomatie "responsable" (fin de l'armement et du soutien aux régimes pouvant réaliser des génocides / déstabilisations régionales; fin des exportations de matériel nucléaire non supervisé par l'AIEA; etc.) intégrer l'OTAN élargie (c'est la vocation de la Russie à moyen terme, des autres à long terme)

PS J'avais crée une carte des premiers partenaires hors Atlantique Nord qui pourraient rejoindre l'OTAN élargie, ce qui permettait aussi d'envisager l'étendue globale de sa nouvelle composition:
http://www.quindiblog.eu/photos/uncategorized/2008/04/11/quindi_carte_otan_11042008.jpg
http://www.quindiblog.eu/log/2008/04/quindi-la-diffi.html

Écrit par : ArnaudH | vendredi, 25 avril 2008

En tout cas, c'est un sujet fort intéressant à traiter.

Écrit par : L'hérétique | samedi, 26 avril 2008

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