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mardi, 03 mars 2009

Fatima Bhutto peut-elle succéder à Benazir ?

Apparemment, je suis le seul blogueur français ou presque à m'intéresser à Fatima Bhutto. Et même dans la sphère politique, je suis le seul tout court. Même pas presque. C'est curieux, parce que son nom agitait drôlement les moteurs de rechercher hier. J'ai dépassé les 1000 visites uniques quasiment sur son seul nom. Il est vrai qu'elle défraie la chronique parce que George Clooney est, paraît-il, amoureux d'elle. J'en avais parlé il y a deux-trois semaines.

Fatima Bhutto m'intéresse, parce que je la sais démocrate sans concessions et radicale. Elle pourrait incarner l'espoir d'un renouveau au sein du PPP (parti du peuple pakistanais) au Pakistan. Et ce pays, et ce parti, en ont bien besoin. Le PPP plus qu'un parti démocratique est surtout la chose d'un clan, et très précisément d'un fief avec toute la dénotation féodale que peut avoir ce mot. Fatima Bhutto a déjà fait observer que c'est sous Benazir Bhutto que le Pakistan a reconnu le régime taliban en Afghanistan (un des trois seuls pays au monde à le faire à l'époque) et qu'en dépit de toute la mythologie qui court sur ses supposées convictions démocratiques  (paix à son âme, toutefois) elle n'a jamais aboli le servage dans son propre fief électoral.

Benazir Bhutto était une femme forte et habile, une politicienne de haut niveau. Mener profession politique dans un pays aussi instable et féodalisé que le Pakistan, c'est extrêmement dangereux. Benazir Bhutto en a payé le prix du sang : elle a été assassinée vraisemblablement par des terroristes islamistes inquiets de sa popularité.

Comment la frêle Fatima pourrait-elle assumer une telle charge de pouvoir, de responsabilité et de péril ? Voilà la question que les Pakistanais se poseront si elle vient sur le devant de la scène.

La situation au Pakistan est explosive :

- ce pays qui appartient au club nucléaire ne contrôle quasiment plus sa frontière avec l'Afghanistan au point d'admettre qu'une juridiction religieuse d'origine talibane soit mise en place dans ces zones en lieu et place de ses propres tribunaux. Bien sûr, le PPP traîne des pieds, tente de limiter la portée de l'accord, mais in fine, il co-partage au mieux le pouvoir dans cette région. Imagine-t-on qu'autrefois, on appelait cette région, la Vallée du Swat, la Suisse pakistanaise. C'est dire le niveau de la dégradation économique, sociale et culturelle de l'endroit...

- ensuite, le Pakistan est miné par une menace étatique interne : personne ne contrôle plus vraiment l'ISI, les services secrets pakistanais, qui sont de tous les mauvais coups. Je dirais même que dans l'ISI lui-même, il 'nest pas certains que les membres de ce service secret sachent toujours qui est qui exactement. On ne sait si c'est l'ISI qui a infiltré les talibans et Al-Qaeda ou l'inverse. Le fait est que les frontières sont pour le moins poreuses, en tout cas. Pire, il n'y a pas que l'ISI : si le PPP ne vient pas à bout des islamistes dans la vallée du Swat alors que les partis laïques ont infligé une râclée électorale à des derniers aux récentes élections législatives, c'est que l'armée n'obéit plus et poursuit d'autres buts plus occultes : ménager l'influence talibane en Afghanistan afin de contrecarrer les réseaux Indiens qui s'y développen,t de plus en plus. Cela au détriment de la propre paix civile du Pakistan dont l'armée n'a cure, évidemment.

- Corollairement, le Pakistan ne contrôle pas les mauvais coups qui partent de son territoire. Sa réputation est exécrable et son image en Occident très mauvaise. Les USA se défient de leur allié et n'hésitent plus, désormais, à poursuivre certaines opérations militaires contre les Talibans en territoire pakistanais. Quand le Pakistan a été victime l'année passée d'un cataclysme naturel, très peu de dons privés sont venus des pays occidentaux, à l'inverse de ce qu'il s'était produit pour le Tsunami dans les pays d'Asie. L'individu ordinaire a du mal à admettre de donner de l'argent à celui qui forme ou finance ceux qui viennent ensuite poser des bombes chez lui : on sait que l'Islamisme le plus radical et le plus violent prend sa source dans les Madrasas pakistanaises dont le nombre a plus que centuplé en deux décennies. Il n'y a plus de sécurité au coeur même du territoire pakistanais : ce matin même l'inoffensive équipe de cricket du Sri-Lanka a été attaquée à l'arme lourde par un groupe de terroristes non loin de Lahore, usant de procédés qui n'étaient pas sans rappeler les récents attentats de Bombay.

- A cause du conflit au Cachemire entre autres, la menace permanente d'une guerre plane avec l'Inde, avec le risque de la voir dégénérer en conflit nucléaire.

- la situation économique n'est pas reluisante, avec une dette publique qui explose et une inflation de plus de 15%. En octobre dernier, le pays était au bord de la faillite.

Voilà les défis qu'aurait à affronter Fatima Bhutto si elle décidait d'entrer en politique au Pakistan. Comment cette jeune femme, poétesse et journaliste en Occident, pourrait-elle réussir sans réseaux ? Au moment où j'écris ces lignes, je l'ignore, mais je lui souhaite bonne chance si elle prend la décision de le faire. George Clooney qu'on dit amoureux d'elle et qui s'est souvent engagé pour de justes causes  la suivra-t-il jusqu'au Pakistan si elle y revient ?