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lundi, 21 septembre 2009

La corde pour les pendre

La corde pour les pendre, c'est le titre d'un ouvrage écrit en 1985 par le reporter Éric Laurent. Un ouvrage très bien documenté et très bien écrit, qui analyse les relations troubles entre les milieux d'affaire occidentaux et les régimes communistes totalitaires dès 1917. Il analyse en particulier les relations privilégiées entre le milliardaire rouge Armand Hammer (décédé en 1990) ex-dirigeant de l'Occidental Petroleum et les dirigeants du Kremlin (Lénine fut l'un de ses amis). J'ai lu ce livre il y a un certain temps et j'en ai retenu le verdict des communistes sur les capitalistes : ils y disaient que les capitalistes finiraient par leur vendre la corde nécessaire à leur propre pendaison. Rien ne peut entamer la bonne marche des affaires.

J'ai pensé à ce livre, parce que je viens d'apprendre que l'État français s'apprête à modifier tranquillement son code civil afin de pouvoir introduire sur son sol la finance islamique et notamment les fameux sukkuks. Qu'est-ce qu'un sukkuk (prononcer soukouk, et pas moyen de savoir s'il y a un seul "k" ou deux "k") ? Un astucieux système pour contourner l'interdiction par la sharia de toucher des intérêts : en fait, ce sont des sortes de titres qui correspondent à des fonds ayant permis d'acheter du matériel. Ce matériel est loué en leasing à une entreprise, et c'est le loyer qui représente en fait l'intérêt du titre, à proportion de la participation initiale. Eh bien sûr, ces titres peuvent s'échanger sur les marchés financiers islamiques... Il existe, de toutes façons, dans la finance islamique, une série de stratagèmes pour pouvoir faire du fric en toute bonne conscience... Ce n'est pas l'apanage de l'Islam. En son temps, l'église catholique vendait même des pardons et des places au Paradis, tout ce qu'il y a de plus officiellement...

Eh bien devinez ce que vient de faire le Parlement français ? Il vient de faire passer une proposition de loi comportant un amendement modifiant notre code civil afin d'introduire ces obligations islamiques en droit français. Oulah ! J'espère que l'église de la scientologie ou les Raëliens ne vont pas un jour émettre des titres raëliens ou scientologiques : modifierons-nous notre droit en conséquence ? En tout cas, le projet de loi se trouve ici . Il faut lire en particulier l'article 6 sexies B.

A la lueur de ce que j'ai écrit, on comprend que le principe du sukkuk va forcément modifier la notion même de propriété en droit français. En effet, le droit français ne distingue pas propriété juridique et propriété économique (bénéficiaire). Nous allons créer en France un nouveau type de propriété, tout droit inspiré du Coran, je cite l'argument du rapporteur du projet. Il serait  ainsi précisé que :

«  Le fiduciaire exerce la propriété fiduciaire des actifs figurant dans le patrimoine fiduciaire, au profit du ou des bénéficiaires, selon les stipulations du contrat de la fiducie. »

Inspiré du dispositif anglo-saxon, le présent article propose d'expliciter ce qui est déjà en germe dans l'article 2011 du code civil. Il s'agit de préciser que le fiduciaire acquiert la propriété fiduciaire des biens, c'est-à-dire qu'il acquiert non la propriété de l'article 544 du code civil (usus, fructus, abusus), mais une propriété d'un nouveau type, une propriété avec charge. Le fiduciaire dispose certes des attributs juridiques de la propriété, mais ne peut exercer ce droit que dans les limites et sous les conditions posées par le contrat de fiducie en faveur du ou des bénéficiaires. Pour résumer, le fiduciaire bénéficierait de la propriété juridique des biens alors que le bénéficiaire bénéficierait de la propriété économique des mêmes biens.

Voilà ce qui figurait dans le projet, je suppose que c'est à peu près cela qui a été voté. Il existe plusieurs types de sukuks (un "k" ? deux "k" ?), mais ce sont les sukuks idjara qui sont principalement visés par la nouvelle loi. La corde pour les pendre, je vous dis...

samedi, 19 septembre 2009

Alger pourrait se doter de l'arme nucléaire

Intéressant article que celui que publie Secret Défense aujourd'hui. Le blog s'ouvre sur une synthèse consacrée au dernier livre de Bruno Tertrais, expert reconnu des questions nucléaires. Ce dernier vient de publier un ouvrage intitulé "le marché noir de la bombe". D'après un extrait que cite Secret Défense, l'Algérie aurait les moyens matériels et technologiques de produire entièrement toute seule une bombe nucléaire et disposer, en la matière, de capacités "dormantes".

A vrai dire, la chose n'est pas tout à fait nouvelle : le Maroc, voisin immédiat de l'Algérie, s'en était déjà inquiété dès 2003 comme le rapporte par exemple le n°558 du 16 au 22 mai 2003 ou encore le n° 613, un an plus tard du magazine Maroc Hebdo International. Pour l'instant, seule la presse du Magrheb et de l'Afrique s'en fait l'écho, tandis que Washington surveille discrètement la chose, surtout depuis que les services secrets espagnols ont communiqué, en 1998, un rapport à ce sujet. Il se trouve que l'Algérie essaie peut-être, depuis quelques temps, de modifier certains de ses missiles, avec l'aide de la Chine, afin de possiblement pouvoir y adapter des ogives nucléaires.

Si l'on ajoute à ces données le soutien sans faille ou presque dont l'Iran bénéficie auprès de l'Algérie, il y a là de quoi reconsidérer en France, la doctrine stratégique en la matière. Les engagements répétés de l'Algérie pour un nucléaire pacifique dans la presse gouvernementale algérienne ne doit pas faire illusion sur les intérêts réels d'Alger...

Il n'y a, comme d'habitude, que les alter-rouge-bruns pour tenter de faire prévaloir une thèse complotiste. Il faut dire qu'ils ne font que résumer une opinion exprimée dans un webzine algérien clairement orienté...

lundi, 07 septembre 2009

Je ne sais quoi penser de Karzaï

Je viens de lire avec beaucoup d'attention l'entretien d'Hamid Karzaï avec Renaud Girard dans le Figaro. A vrai dire, je ne sais plus trop quoi penser. Je suis très choqué de la voir s'allier avec d'authentiques criminels comme Dostom et  Sayyaf qui ont commis les pires atrocités, j'ai été exaspéré par son intertie contre la loi qui est passée sur les femmes hazaras refusant des faveurs sexuelles à leurs maris, mais, quand je consulte son bilan tel qu'il le présente, je me demande parfois s'il y avait moyen de faire mieux que ce qu'il a fait.

Son bilan économique est en effet assez bon, compte-tenu de la situation de départ, puisqu'il parvient, désormais, à attirer de gros investisseurs. En revanche, sur l'agriculture, c'est un échec total : le pays aurait les moyens d'être auto-suffisant si le blé remplaçait les cultures illicites. Le problème, comme l'observe Karzaï avec bon sens, c'est que l'on ne peut pas détruire toutes les cultures de pavot d'un coup sans risquer de provoquer des révoltes paysannes monumentales.

En fait, je crois que sur la drogue, il n'y a aucune solution si une alternative rentable n'est pas proposée aux paysans afghans. Le gouvernement afghan devrait obtenir le droit de la part de l'OMC d'hyper-protéger son agriculture en taxant toutes les importations. Européens et Américains pourraient s'entendre afin de mettre en place un plan pour l'agriculture afghane. Je crois que cela nous coûterait moins cher que de devoir lutter constamment contre le traffic de drogue qui gangrène tout le pays.

A mon avis, rien n'est possible dans ce pays sans commencer avant toutes choses par s'occuper de ce secteur.

Il existe en Afghanistan d'exceptionnels gisements de métaux ; mais l'Afghanistan devrait prendre garde aux multinationales rapaces qui pourraient venir assécher les ressources de ce pays sans qu'une once de profit n'en revienne à ses habitants.

La situation est difficile : même en Amérique, la population est majoritairement hostile à la poursuite de la guerre. Obama a fait le bon choix en faisant de la protection de la population afghane une priorité. Mais il faut la mettre en oeuvre, maintenant.

Karzaï est prêt à conclure des accords avec les Talibans parce que pour lui, la priorité absolue, c'est la paix. La paix, parce que la paix, pour son projet politique et économique, c'est du temps supplémentaire.

Enfin, Karzaï ne conteste pas les fraudes mais il dit qu'il ne peut pas les contrôler. Il a déclaré donner tout pouvoir à la commission électorale. S'il le fait vraiment, ce sera tout à son honneur. A vrai dire, la commission électorale met largement en cause ses partisans, ce matin...

A vrai dire, j'apprécie  Abdullah Abdullah, l'ancien aide de camp de Massoud. Un type bien, honnête et correct. Mais...peut-on diriger l'Afghanistan quand on est un tadjik ?...Sacrée difficulté dans un pays perclus de luttes intestines et tribales.

mardi, 25 août 2009

L'or noir du Gabon

Il y a un point qui me frappe à propos du Gabon, et je crois que c'est le même que celui qui interpelle Bruno Ben Moubamba, candidat à la présidence au Gabon : ce pays est le second pays le plus riche de l'Afrique après la Lybie en PNB par tête. Rien qu'avec le pétrole, ce pays de 1.5 millions d'habitants récolte plus de deux milliards d'euros par an, et ce n'est pas sa seule richesse. Autrement, dit, par tête, 1300 euros/an. Le Gabon dispose de terres arables, d'eau en abondance, d'une végétation luxuriante, bref de tous les atouts nécessaires pour en faire un dragon économique. Et pourtant, le chômage sévit massivement, de très nombreux gabonnais vivent dans des bidonvilles et l'essentiel de l'emploi est le fait d'une fonction publique pléthorique.

Il faut dire que le Gabon est gouverné par un clan qui le met sous coupe réglée depuis des années. Certes, le pays a vécu en paix sous le règne d'Omar Bongo, mais ses richesses ont été systématiquement détournées et gaspillées, les libertés civiles et les droits de l'homme bafoués, le décollage économique inexistant. Et voilà que la famille Bongo, par le biais d'Ali, le fils d'Omar, et toute la clientèle du père, voudraient récupérer sans coup férir l'exercice du pouvoir et le privilège de continuer à spolier le peuple Bantou.

Les Gabonais sont pour l'essentiel, en effet, des Bantous. Les Bantous sont un peuple africain qui s'est répandu progressivement en Afrique équatoriale. Très tôt maître du fer, ils ont pu établir dans cette région leurs société atypiques, puisqu'elles sont matriarcales.

Bantous signifie "grand" mais aussi "humain". Il ne faudrait pas grand chose pour qu'au Gabon, les Bantous deviennent une nation puissante et respectée. Bruno Ben Moubamba a ébauché nettement sans son programme présidentielle les grandes lignes des indispensables réformes :

Réformer l’État qui est lourd et inefficace, et rendre les nominations dans la haute fonction publique  soumises au contrôle de l’Assemblée Nationale.

Développer l'économie par des fonds d'investissement à disposition des Gabonais afin de créer des PME. La création d'emploi et l'apport d'investissements privés seraient ainsi stimulés.

Les Gabonais vivent dans des conditions de misère parfois indescriptibles. La première priorité est de fournir un logement à tous ceux qui vivent dans les maquis.

Metttre l'Éducation au service de la formation et avoir pour fonction de maintenir actualisables et rentables les ressources humaines gabonaises. Hausse des salaires et des qualifications des enseignants et diminution des effectifs par classe sont un préalable à toute réforme.

Former des personnels médicaux afin de faire face aux désastres sanitaires à prévoir compte-tenu de l'état actuel du système de santé gabonais. Le SIDA doit faire l'objet d'une attention particulière.

Mise en place d’énergies renouvelables, assainissement des déchets domestiques, développement du recyclage, de l'éco-tourisme et instauration de zones protégées.

Développer les infra-structures via une politique de grands travaux.

S'assurer une véritable souveraineté alimentaire en développant les exploitations agricoles.

Ce sont à mes yeux les points les plus essentiels de son programme politique. Bruno Ben Moubamba écrivait récemment sur son blog «Je ne suis pas un extrémiste, je suis une personne déterminée. J’ai des convictions et je me bats pour les faire valoir. Mes références sont le Mahatma Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela, Aung San Suu Kyi».

Bonnes références. Je lui trouve bien des points communs avec notre MoDem, à ce sympathique candidat.

Le 30 août les Gabonais voteront dans des conditions qui ne sont pas dignes d'un scrutin électoral libre et équitable. On aurait pu espérer un soutien amical de la France. Oui, on aurait pu l'espérer si Bockel (pauvre Bockel...) qui voulait établir des relations transparentes et démocratiques entre l'Afrique et la France, notamment le Gabon, ne s'était pas fait blackbouler par l'indéboulonnable Monsieur Françafrique, Robert Bourgi, ex-émissaire de Jacques Chirac et désormais discret conseiller de Nicolas Sarkozy. Oui, on le sait, le candidat de l'élection présidentielle qui avait juré d'en finir avec l'Afrique à papa, en 2007...Il suffit d'écouter la fin de la vidéo de Bruno Ben Moubamba pour comprendre que décidément, rien n'a changé entre l'Afrique et la France...

Virginie Ben Moubamba, l'épouse du candidat du même nom, détaille sur son blog les raisons pour lesquelles les dés sont pipés dans cette élection. Comme quoi, il n'y a a pas que dans le 5ème arrondissement de Paris que l'on fait voter les ancêtres de nos ancêtres...

Quand on dit "or noir", tout un chacun pense au pétrole, mais, au Gabon, le véritable or noir, ce n'est pas le pétrole  mais le peuple Gabonais lui-même dans toute sa richesse et sa diversité. Gageons comme l'espère Antonin, que le peuple gabonais ne se laissera pas faire, que les anges gardiens du Gabon le protègeront (pétition internationale) et que le vent de la liberté va souffler sur Libreville.

 

dimanche, 19 juillet 2009

La malédiction d'Israël

Je viens de lire un très bon article sur le blog Bondieuseries. Comme cela ne court pas les rues dès qu'il s'agit d'Israël, je ne résiste pas à l'envie d'en conseiller très vivement la lecture.

Je le compléterais par quelques observations d'ordre géopolitique. Paradoxalement, actuellement, tous les éléments sont en place pour qu'une grande alliance israélo-arabe voie le jour au Proche-Orient. Enfin, presque...

La plupart des pays arabes de la région voient avec une très grande inquiétude la montée en puissance de l'Iran. Ils savent d'une part que l'Iran va se doter tôt ou tard de la bombe atomique, c'est à peu près inéluctable, et puis surtout, pour la première fois depuis plusieurs siècles, un pays arabe est aux mains d'un pouvoir chiite : l'Irak. Je mets de côté la Syrie, parce que les Alaouites ne sont pas tout à fait des Chiites et parce que là-bas, le consensus en termes de pouvoir repose sur une alliance entre Alaouites et Sunnites.

Les pouvoirs arabes en place voient d'un d'un très sale oeil cette configuration, et dans le secret des cabinets diplomatiques, on préfère de très loin l'ennemi israélien, qui après tout ne s'intéresse qu'à une toute petite portion de territoire à l'ogre persan aux appétits voraces.

Parallèlement, en Palestine, il y a un pouvoir modéré : Abbas est prêt à négocier à condition qu'on lui donne quelque chose (et cela, hélas, les Israéliens en sont incapables !). Le Hamas, bien qu'utilisant des procédés terroristes, s'est toujours gardé d'exporter le conflit ailleurs qu'en Palestine et en Israël.

Il y a des forces politiques qui pourraient accepter de négocier sérieusement en Israël : Kadima, le Meretz, les Travaillistes s'ils se resaississaient. Mais le problème, c'est que le pouvoir est aux mains de la droite dure et de l'extrême-droite.

Et j'ai remarqué que chaque fois qu'une occasion historique se profilait là-bas, il y avait toujours un changement qui foutait tout en l'air. Il ne suffirait pourtant de pas grand chose pour enclencher un processus. Dégager les colonies (mais il faudrait déjà les arrêter) de Cisjordanie une bonne fois pour toutes, par exemple...

 

10:43 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : israel, palestine, iran, arabe |  Facebook | | |

lundi, 22 juin 2009

Lettre persane...

J'hésitais depuis le début sur les résultats en Iran, mais il est désormais hautement probable que les élections ont été largement faisandées. J'ai lu le dernier Canard enchaîné qui affirme que c'est un secret de polichinelle pour les services secrets de la plupart des grands pays. En réalité, le véritable second tour aurait du opposer le réformateur Karoubi au modéré Moussavi. Le porte-parole du Conseil des Gardiens de la Révolution a reconnu qu'il y avait eu plus de votes que d'électeurs potentiels mais dans 50 districts seulement. A vrai dire, tous les districts n'ont pas encore été examinés (il y en a 366 en Iran). Si 12% c'est les chiffres pour Ahmadinejad, la situation va devenir intenable pour Khamenei et ce dernier. Aucun pays ne peut être gouverné sans l'assentiment d'une partie significative de la population, même si elle n'est pas majoritaire. Et je commence à comprendre la colère de Moussavi, d'autant qu'il n'a rien d'un révolutionnaire et que c'est un khomeiniste historique. Je l'avais souligné : je ne comprenais pas comment Karoubi pouvait être passé de 17% à 0.9% en 5 ans. C'est comme si en France, Bayrou passait entre deux élections présidentielles de 19% à 1%. Ce serait invraisemblable, surtout avec un taux de participation de plus de 85%.

Je comprends aussi les tergiversations de Khamenei : il a du peser le pour et le contre. Et il a fait le mauvais choix. D'autant plus que des voix conservatrices appellent le Conseil des Gardiens à écouter la voix du peuple. Ari Larijani, président du Parlement et conservateur historique a appelé le Conseil à écouter les voix des gens qui manifestent.

Désormais, le monde entier a les yeux tournés vers l'Iran. Quoi qu'il se passe désormais là-bas, les choses ne seront plus comme avant.

Le droit public est plus connu en Europe qu'en Asie: cependant on peut dire que les passions des princes, la patience des peuples, la flatterie des écrivains, en ont corrompu tous les principes.
Ce droit, tel qu'il est aujourd'hui, est une science qui apprend aux princes jusqu'à quel point ils peuvent violer la justice sans choquer leurs intérêts. Quel dessein, Rhédi, de vouloir, pour endurcir leur conscience, mettre l'iniquité en système, d'en donner des règles, d'en former des principes, et d'en tirer des conséquences!
La puissance illimitée de nos sublimes sultans, qui n'a d'autre règle qu'elle-même, ne produit pas plus de monstres que cet art indigne qui veut faire plier la justice, tout inflexible qu'elle est.
On dirait, Rhédi, qu'il y a deux justices toutes différentes: l'une qui règle les affaires des particuliers, qui règne dans le droit civil; l'autre qui règle les différends qui surviennent de peuple à peuple, qui tyrannise dans le droit public: comme si le droit public n'était pas lui-même un droit civil, non pas à la vérité d'un pays particulier, mais du monde
.

Usbek à Rhedi, XCV, Lettres Persanes (Montesquieu)

vendredi, 19 juin 2009

Ahmadinejad à 12% en Iran ?

En parcourant un article de causeur sur l'élection présidentielle en Iran, je suis tombé sur un document surprenant : il s'agirait d'une note interne du Ministère de l'Intérieur iranien qui ne donnerait que 12% des voix à Ahmadinejad et des scores bien supérieurs à Karoubi et Moussavi. Causeur le tient d'amis iraniens qui le lui ont transmis. Concernant Karoubi, je m'étais étonné dans une note précédente, de le voir passer de 17% à 0.9% à ces élections, il est vrai. De là à s'imaginer que Ahmadinejad ne soit qu'à 12%...

Le quotidien 20 minutes a réalisé en un temps record un travail d'Hercule : la Twittermap des élections iraniennes. On dispose en direct des gazouillis en provenance d'Iran. C'est intéressant, mais pas suffisant. Je note, au passage, que les tweets ne sont pas exclusivement opposés à Khamenei et Ahmadinejad.

Je m'étonne de cette hypothèse à 12%. Comme je l'avais écrit dans un billet précédent, Ahmadinejad avait mis en place une structure pour recevoir les doléances des Iraniens les plus pauvres. Cette structure à traité 20 millions de demandes en 5 ans avec des réponses systématiques.Concernant le bilan économique d'Ahmadinejad, il n'est certes pas fameux, mais il a mis en place une mesure qui a eu un fort succès : il a considérablement développé le micro-crédit, ce qui a pu permettre à pas mal d'entrepreneurs pauvres de créer une entreprise ou encore de faire face à des difficultés momentanées de trésorerie. En outre, il a étendu l'accès aux soins pour les plus pauvres.

Cette politique plutôt sociale aura forcément eu un impact. Enfin, je le suppose. C'est un élément que les médias occidentaux ne mettent pas en avant, mais qui pourrait expliquer l'éventuel succès d'Ahmadinejad.

Causeur, en tout cas, partage mon avis sur l'intérêt de ne pas nous imiscer, nous autres Européens, dans une querelle interne à l'Iran. L'élément que je trouve fort intéressant et que souligne Causeur (mais comment a-t-il eu cette information ?) c'est qu'une grande partie du Clergé Chiite aurait réclamé le recomptage des voix. Il cite l'ayatollah Montazeri, qui aurait du succéder à Khomeiny mais s'était fait squizzer par Khamenei. Si Montazeri a réussi à amener le clergé à soutenir Moussavi, ce serait, pour le compte, une nouvelle donne. Il ne faut par ailleurs pas oublier qu'un candidat conservateur, Mosehn Rezaï réclame aussi une révision des scores électoraux. La fracture dépasse donc largement l'opposition traditionnelle à laquelle nous réduisons souvent la politique iranienne entre conservateurs et réformistes...

13:30 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : iran, ahmedinejad |  Facebook | | |

jeudi, 18 juin 2009

Pour aider l'Iran, fermons nos gueules !

C'est dit un peu brutalement, mais je crois que c'est ce que nous avons de mieux à faire. Ce que d'ailleurs Obama a très intelligemment compris. Il y a actuellement, au sein même du pouvoir iranien une lutte de pouvoir. On a proclamé un peu vite Moussavi réformateur. Moussavi est un modéré, mais je rappelle que le candidat réformateur, c'est Karoubi, pas Moussavi.

Moussavi, bien que modéré et plutôt ouvert, fait partie de l'establishment iranien. En ce sens, s'il est bien victorieux, il escompte bien ne pas se faire voler sa victoire. Et il a quelques appuis sérieux, ce qui explique l'indécision de Khamenei. Les Bazaris, apparemment, le soutiennent, et, ce qui est plus ennuyeux pour Khamenei, une partie du conseil des experts, seule instance capable de révoquer Khamenei. Or, ce conseil est présidé par Hachemi Rafsandjani, un pragmatique, adversaire politique direct de Khamenei.

Je pense que les états européens n'ont absolument aucun intérêt à faire connaître leurs inquiétudes sur le processus électoral au pouvoir iranien ; le pouvoir iranien se fout des inquiétudes des Européens comme de l'an 40. Deux forces se mesurent actuellement en Iran et testent leur puissance. L'une dispose d'appuis politiques, mais moins que la seconde. En revanche, elle a réussi à mettre le peuple de son côté.

En revanche, ce que nous pouvons faire, c'est faire circuler l'information. Le département d'Éat américain qui a bien compris l'enjeu, a agi avec beaucoup d'intelligence en suggérant à Twitter de remettre à plus tard sa maintenance. Il aurait simplement dû être plus discret pour qu'il n'y ait pas de fuites...

Que l'on ne se leurre pas : sur le programme nucléaire, aucun des candidats n'a l'intention de lâcher du lest. A la limite, je dirais même que Moussavi est un meilleur choix qu'Ahmadinejad sur ce point, car comme il est bien meilleur diplomate, il braquera certainement moins les Occidentaux si finalement il a bien obtenu une majorité de suffrages. Et comme il les braquera moins, il fera forcément passer plus de chose sans coup férir...

Une chose est certaine, ce que les Iraniens ont fait, seuls les Iraniens peuvent le défaire. Leur sort est donc entre leurs mains. On reçoit de l'information de Téhéran ou d'Ispahan, mais j'aimerais bien savoir quelle est l'ambiance dans les campagnes perses...

Quelle que soit l'issue, Twitter se sera fait une sacrée pub à peu de frais dans cette histoire. J'ai ciommencé à chercher des profils d'Iraniens sur place, mais Twitter, c'est plus touffu qu'une savane, et je ne suis pas familier de ce mode de communication.

lundi, 15 juin 2009

Iran, la fraude ?

Je m'étais étonné de retrouver Ahmadinejad à 66% avec un taux de participation de 95% en Iran, samedi dernier. Je pouvais comprendre qu'il se soit constitué une clientèle électorale dans les campagnes, mais tout de même ! Il y a deux choses qui m'étonnent par dessus tout dans les résultats de cette élection. La première, c'est que Karoubi qui avait fait 17% il y a 5 ans soit subitement tombé à 0.9%. Cela me paraît invraisemblable. La seconde, c'est qu'un sondage en mars dernier donnait Moussavi gagnant à 60%. Par ailleurs, on ne peut pas dire que l'Iran sort d'une période de prospérité économique, et cela m'étonnerait que les Iraniens privilégient les questions internationales pour déterminer leur vote, d'autant que sur ce sujet, il n'y a pas de différences majeures entre les principaux candidats.

Il y a des centaines de milliers de partisans dans la rue à Téhéran. C'est considérable. J'ai aussi fait une erreur dans mon article précédent : j'ai surestimé considérablement le poids des campagnes. En fait, la population rurale ne représente plus que 30% de l'électorat. J'ignorais ce fait. Dans les villages d'origine de Moussavi et de Karoubi, Ahmadinejad arrive aussi en tête ! Pas logique, compte-tenu du poids des régionalismes et des appartenances locales lors des votes. Toujours surprenant : comment les minorités religieuses pourraient avoir voté pour un président qui n'a eu de cesse que de limiter leurs libertés ? Quelques autres éléments sur le monde.fr pour se faire une idée un peu plus précise des charges qui pèsent. En tout cas, Khameini, le guide suprême, a du admettre qu'il faudrait diligenter une commission pour enquêter sur d'éventuelles fraudes...

vendredi, 12 juin 2009

Ahmadinejad à 66% ? Pas possible !

Je n'arrive pas à y croire. Ahmadinejad l'emportait avec 66% des voix contre Moussavi. Avec une participation de 70 % ? et une population très jeune ? Si ces chiffres devaient être confirmés, ce que je n'espère pas, c'est que les Iraniens sont gravement atteints. Il y a bien sûr notre point de vue d'Occidentaux sur la politique étrangère de l'Iran avec Ahmadinejad qui pourrait me pousser à dire cela, mais, en réalité, ce n'est pas l'objet de mon propos. Non, je trouve que ce n'est pas possible avec une situation économique aussi dégradée et une poussée du chômage, qui frappe sévèrement les jeunes, aussi forte. 25% d'inflation, presque 30% de chômage chez les jeunes, croissance des disparités et des inégalités et une économie tributaire du pétrole à plus de 80% !

Cela dit, comme il a signé des chèques à tire-larigot à chacun de ses déplacements pendant son mandat, il peut avoir une réputation d'homme qui agit quand on le sollicite. Il a certainement un soutien assez fort en milieu rural. En quatre ans, 20 millions de lettres de demande d'aide lui ont été remises et un service a été créé pour répondre à chacune d'elles et fidéliser l'électorat populaire. Voilà ce que je lis dans l'article d'un magazine canadien. Pas étonnant alors, qu'il dispose d'un énorme réservoir de voix. D'autres sources iraniennes évoquaient une victoire avec un peu plus de 50% des suffrages. Si c'est vrai, l'avenir est sombre, en Iran.

Si jamais les chiffres donnés ne sont pas faisandés, cela pose aussi la question de la fiabilité des informations que nous recevons sur l'Iran. Je lis Courrier International, le Diplo, plusieurs hebdos et partout je lis et j'entends que les Iraniens veulent soulever le couvercle.

Est-ce que nos journalistes franco-iraniens ne vivent pas finalement dans le milieu restreint des élites iraniennes pré-occidentalisées, et de ce fait, pas du tout au contact de la réalité du pays ? Par exemple, Le Monde titre un "tous hostiles à Ahmadinejad", mais les témoignages rendent compte d'une autre réalité.

Ce soir, chacun des deux principaux candidats revendiquent 60 à 65% des suffrages. On en saura sans doute plus dans les prochains jours.