Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 22 juin 2009

Lettre persane...

J'hésitais depuis le début sur les résultats en Iran, mais il est désormais hautement probable que les élections ont été largement faisandées. J'ai lu le dernier Canard enchaîné qui affirme que c'est un secret de polichinelle pour les services secrets de la plupart des grands pays. En réalité, le véritable second tour aurait du opposer le réformateur Karoubi au modéré Moussavi. Le porte-parole du Conseil des Gardiens de la Révolution a reconnu qu'il y avait eu plus de votes que d'électeurs potentiels mais dans 50 districts seulement. A vrai dire, tous les districts n'ont pas encore été examinés (il y en a 366 en Iran). Si 12% c'est les chiffres pour Ahmadinejad, la situation va devenir intenable pour Khamenei et ce dernier. Aucun pays ne peut être gouverné sans l'assentiment d'une partie significative de la population, même si elle n'est pas majoritaire. Et je commence à comprendre la colère de Moussavi, d'autant qu'il n'a rien d'un révolutionnaire et que c'est un khomeiniste historique. Je l'avais souligné : je ne comprenais pas comment Karoubi pouvait être passé de 17% à 0.9% en 5 ans. C'est comme si en France, Bayrou passait entre deux élections présidentielles de 19% à 1%. Ce serait invraisemblable, surtout avec un taux de participation de plus de 85%.

Je comprends aussi les tergiversations de Khamenei : il a du peser le pour et le contre. Et il a fait le mauvais choix. D'autant plus que des voix conservatrices appellent le Conseil des Gardiens à écouter la voix du peuple. Ari Larijani, président du Parlement et conservateur historique a appelé le Conseil à écouter les voix des gens qui manifestent.

Désormais, le monde entier a les yeux tournés vers l'Iran. Quoi qu'il se passe désormais là-bas, les choses ne seront plus comme avant.

Le droit public est plus connu en Europe qu'en Asie: cependant on peut dire que les passions des princes, la patience des peuples, la flatterie des écrivains, en ont corrompu tous les principes.
Ce droit, tel qu'il est aujourd'hui, est une science qui apprend aux princes jusqu'à quel point ils peuvent violer la justice sans choquer leurs intérêts. Quel dessein, Rhédi, de vouloir, pour endurcir leur conscience, mettre l'iniquité en système, d'en donner des règles, d'en former des principes, et d'en tirer des conséquences!
La puissance illimitée de nos sublimes sultans, qui n'a d'autre règle qu'elle-même, ne produit pas plus de monstres que cet art indigne qui veut faire plier la justice, tout inflexible qu'elle est.
On dirait, Rhédi, qu'il y a deux justices toutes différentes: l'une qui règle les affaires des particuliers, qui règne dans le droit civil; l'autre qui règle les différends qui surviennent de peuple à peuple, qui tyrannise dans le droit public: comme si le droit public n'était pas lui-même un droit civil, non pas à la vérité d'un pays particulier, mais du monde
.

Usbek à Rhedi, XCV, Lettres Persanes (Montesquieu)

lundi, 15 juin 2009

Iran, la fraude ?

Je m'étais étonné de retrouver Ahmadinejad à 66% avec un taux de participation de 95% en Iran, samedi dernier. Je pouvais comprendre qu'il se soit constitué une clientèle électorale dans les campagnes, mais tout de même ! Il y a deux choses qui m'étonnent par dessus tout dans les résultats de cette élection. La première, c'est que Karoubi qui avait fait 17% il y a 5 ans soit subitement tombé à 0.9%. Cela me paraît invraisemblable. La seconde, c'est qu'un sondage en mars dernier donnait Moussavi gagnant à 60%. Par ailleurs, on ne peut pas dire que l'Iran sort d'une période de prospérité économique, et cela m'étonnerait que les Iraniens privilégient les questions internationales pour déterminer leur vote, d'autant que sur ce sujet, il n'y a pas de différences majeures entre les principaux candidats.

Il y a des centaines de milliers de partisans dans la rue à Téhéran. C'est considérable. J'ai aussi fait une erreur dans mon article précédent : j'ai surestimé considérablement le poids des campagnes. En fait, la population rurale ne représente plus que 30% de l'électorat. J'ignorais ce fait. Dans les villages d'origine de Moussavi et de Karoubi, Ahmadinejad arrive aussi en tête ! Pas logique, compte-tenu du poids des régionalismes et des appartenances locales lors des votes. Toujours surprenant : comment les minorités religieuses pourraient avoir voté pour un président qui n'a eu de cesse que de limiter leurs libertés ? Quelques autres éléments sur le monde.fr pour se faire une idée un peu plus précise des charges qui pèsent. En tout cas, Khameini, le guide suprême, a du admettre qu'il faudrait diligenter une commission pour enquêter sur d'éventuelles fraudes...

vendredi, 12 juin 2009

Ahmadinejad à 66% ? Pas possible !

Je n'arrive pas à y croire. Ahmadinejad l'emportait avec 66% des voix contre Moussavi. Avec une participation de 70 % ? et une population très jeune ? Si ces chiffres devaient être confirmés, ce que je n'espère pas, c'est que les Iraniens sont gravement atteints. Il y a bien sûr notre point de vue d'Occidentaux sur la politique étrangère de l'Iran avec Ahmadinejad qui pourrait me pousser à dire cela, mais, en réalité, ce n'est pas l'objet de mon propos. Non, je trouve que ce n'est pas possible avec une situation économique aussi dégradée et une poussée du chômage, qui frappe sévèrement les jeunes, aussi forte. 25% d'inflation, presque 30% de chômage chez les jeunes, croissance des disparités et des inégalités et une économie tributaire du pétrole à plus de 80% !

Cela dit, comme il a signé des chèques à tire-larigot à chacun de ses déplacements pendant son mandat, il peut avoir une réputation d'homme qui agit quand on le sollicite. Il a certainement un soutien assez fort en milieu rural. En quatre ans, 20 millions de lettres de demande d'aide lui ont été remises et un service a été créé pour répondre à chacune d'elles et fidéliser l'électorat populaire. Voilà ce que je lis dans l'article d'un magazine canadien. Pas étonnant alors, qu'il dispose d'un énorme réservoir de voix. D'autres sources iraniennes évoquaient une victoire avec un peu plus de 50% des suffrages. Si c'est vrai, l'avenir est sombre, en Iran.

Si jamais les chiffres donnés ne sont pas faisandés, cela pose aussi la question de la fiabilité des informations que nous recevons sur l'Iran. Je lis Courrier International, le Diplo, plusieurs hebdos et partout je lis et j'entends que les Iraniens veulent soulever le couvercle.

Est-ce que nos journalistes franco-iraniens ne vivent pas finalement dans le milieu restreint des élites iraniennes pré-occidentalisées, et de ce fait, pas du tout au contact de la réalité du pays ? Par exemple, Le Monde titre un "tous hostiles à Ahmadinejad", mais les témoignages rendent compte d'une autre réalité.

Ce soir, chacun des deux principaux candidats revendiquent 60 à 65% des suffrages. On en saura sans doute plus dans les prochains jours.

mercredi, 22 avril 2009

Ahmadinejad est foutu mais Delara Darabi en grand danger !

S'il y en a bien un qui est aux abois, c'est bien l'actuel président de l'Iran. Rappelons quelques faits : Ahmaninejad a été élu en raison de son image d'homme propre et surtout, pour améliorer la situation économique. Or, les Iraniens commencent à en avoir plein le dos de voir l'Iran dépenser des milliards de dollars pour financer le Hezbollah et le Hamas au Liban et en Palestine pendant que leurs propres enfants ne mangent pas à leur faim...

Parce qu'il va bien falloir évoquer le bilan d'Ahmaninejad, et il est désastreux de l'avis des Iraniens eux-mêmes. Tout d'abord, en dépit de ses rotomondades, ils sont à plus de 70% favorables à l'apaisement de leurs relations avec les USA. Ensuite, concernant la politique extérieure, Ahmadinejad vient de f..... en l'air ce que l'OCI (Organisation de la Conférence Islamique) mijotait depuis un moment. Ses outrances à Durban II ont amené en effet les pays islamiques et non-alignés (en fait alliés de facti avec ces mêmes mays) à admettre un accord a minima excluant 95% de ce qu'ils voulaient voir disparaître ou apparaître. Il faut dire que sur le délit de haine envers les religions, à moins de cibler spécifiquement l'Islam, ces pays-là se seraient avancés sur un terrain très glissant compte-tenu du sort qu'ils réservent aux minorités religieuses (par exemple en Algérie) ou simplement à leurs citoyens, s'ils ont été musulmans, lorsqu'ils souhaitent changer de religion...

Pour revenir à l'Iran, Khameiny, le Guide suprême de la Révolution, n'a jamais été négationniste, et, de source bien informée, il paraît que ce sont ses émissaires qui se trouvent auprès de ceux d'Obama et non ceux d'Ahmadinejad. Ahmadinejad est lâché par son camp. Il faut dire que ce n'est plus le bon cheval de bataille, désormais.

delara-medium.jpgIl n'en reste pas moins qu'il ne faut pas se leurrer sur la nature de l'Iran (et je dis ceci en particulier à Pastel, l'un des lecteurs et commentateurs réguliers de ce blog qui s'en inquiète) : ce n'est pas une démocratie, et le système judiciaire iranien est vérolé jusqu'à la moëlle. A témoin la condamnation fallacieuse toute récente de Roxana Saberi mais aussi la menace qui pèse sur une jeune fille beaucoup moins connue et médiatisée mais, elle, en danger de mort imminente, Delara Darabi. D'une part Delara a endossé un crime à la place de son petit ami et d'autre part, elle n'avait que 17 ans au moment des faits. Autrement dit, l'Iran condamne à mort une enfant. C'est simplement que le jugement et la sentence n'ont pas été appliqués immédiatement. De ce que j'ai compris, le petit ami de Delana avait 19 ans au moment des faits : comme Delana avait 17 ans, elle s'est accusée afin de lui éviter la peine de mort immédiate puisque comme majeur, il pouvait se la voir appliquer.

Il y a une pétition pour Delana. Dephine Minoui, du Figaro, a écrit elle-même un article qui précise la situation.

J'inviterais bien le Sénateur Nathalie Goulet, très prompte à trouver l'Europe gagnante à établir de bonnes relations avec l'Iran (voir les commentaires et ses interventions au Sénat), non moins prompte à approuver et applaudir des deux mains Erdogan et condamner Israël (voir les communiqués des 04 et 31 janvier 2009), à signer cette pétition. Ce serait une bonne idée, non ? Et puis tant qu'à faire, puisqu'elle est membre du groupe centriste au Sénat, l'Union centriste ne saurait se faire de mal en prenant position pour cette malheureuse jeune fille... L'Iran a bien signé la convention internationale sur les droits de l'enfant, non ? Delara s'est ouvert les veines il y a deux ans pour se suicider, mais elle a pu être soignée à temps. Delara, dans les noirs couloirs de la mort de son cachot est devenue une artiste. Elle a réalisé une série de tableaux illustrant les conditions de vie amères et sans espoir de ces enfants qui attendent la mort, en Iran. Quand ses geôliers s'en sont rendus compte, ils lui ont confisqué tout son matériel de peinture. Et quand elle a utilisé du charbon pour crayonner sa souffrance sur les murs de la prison, ils l'ont soumise à des brutalités émotionnelles et physiques.

Ses défenseurs se sont bien organisés : il y a un profil de Delara sur Twitter où l'on peut avoir les toutes dernières informations la concernant. Sa famille a envoyé vendredi dernier une lettre àl'Ayatollah Hashemi Shahroudi, le chef du pouvoir judiciaire en Iran, afin de surseoir à l'exécution.

Il n'y a pas d'adresse électronique pour envoyer des courriels à l'ambassade d'Iran en dehors de l'établissement de visas, mais il y a des numéros de fax. Mais bon, ils ne doivent pas prendre la France très au sérieux : il y a une ligne de code invalide sur la base MySql à la page d'accueil en français, et le mot accueil est écrit "acceuil". Un signe de la considération dans laquelle les Iraniens tiennent les Français, je présume.

Il y a sinon une page pour les députés du Majis (l'Assemblée perse) mais en persan... A défaut, il y a au moins une adresse électronique sur le site du Ministère des Affaires étrangères de la République d'Iran.