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vendredi, 07 octobre 2011

L'éco-système de la démocratie

C'est l'un des derniers billets de Ruminance sur l'actuel potentat de la Tchtéchénie qui m'amène àquestionner non pas ce qu'est une démocratie, mais plutôt les conditions de son émergence.

Au fond, une démocratie, c'est un peu comme le biotope de nombre de nos régions : elle nécessite une sorte d'éco-système et des pré-requis, sachant que les pré-requis ne sont pas une assurance de réussite.

Parce que nos démocraties libérales et commerçantes nous ont amené à un haut niveau de vie, nous avons souvent, dans nos démocraties occidentales, hypostasié le principe démocratique sans songer que la démocratie n'est pas le meilleur des systèmes parce que son arrière-monde serait irréprochable, mais tout simplement parce qu'il garantit à un grand nombre d'individus la protection de leurs intérêts.

Partout où nous avons essayé d'amener la démocratie "de force" ces trente dernières années, nous avons échoué. Je ne m'aventurerais toutefois pas à énoncer qu'une démocratie imposée est fatalement un échec, le Japon et l'Allemagne en sont la contre-démonstration éclatante, si l'on se réfère à leur sort au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

Les régimes qui sévissent dans le Caucase et autour de l'Oural sont ou des despotismes, ou des oligarchies. L'oligarchie, je n'aurais pas imaginé que ce fût un régime politique qui refît surface un jour. A vrai dire, il n'existe aucune oligarchie déclarée : elles se dissimulent presque toujours derrière des oripeaux qui n'ont de démocratiques que l'aspect.

On retrouve finalement un peu les mêmes problématiques partout où la démocratie affronte d'autres systèmes politiques : sans développement économique, sans sécurité, la démocratie ne peut s'installer. Il faut d'abord assurer l'un et l'autre, puis garantir les libertés et le droit afin que les individus et les entreprises puissent contracter en toute sécurité.

Pourquoi les Talibans reprennent-ils le dessus en Afghanistan ? Parce qu'ils amènent l'ordre et que l'Amérique et ses alliés ont fait l'erreur majeure de ne pas écarter immédiatement les Seigneurs de la guerre à leur arrivée. Or, ces deniers ont toujours prospéré au coeur de l'anarchie, de la corruption et du crime crapuleux. Si les lois afghanes étaient appliquées convenablement et avec justice, Dostom et ses sbires auraient dû être pendus de longue date, par exemple.

En Tchétchénie, la population, pour une large part, se moque bien de la liberté de la presse et des assassinats politiques, parce que pour le commun des gens, c'est la vie ordinaire qui a longtemps été difficile.

Ce n'est pas d'une démocratie à grands principes dont les peuples émergents ont besoin, mais d'une démocratie pragmatique et adaptable, proche d'eux et de leurs besoins.

C'est compliqué l'éco-système de la démocratie, parce qu'en même temps, un tel régime ne peut se contenter de satisfactions alimentaires. Alors c'est quoi la recette ?

Mon sentiment, c'est que les principes philosophiques ne constituent pas le corps de la démocratie, mais, ils lui sont ce que le levain est à la pâte du pain : il lui permet de lever.

Au fond, la liberté est l'épice indispensable qui donne sa saveur au plat : qu'on l'oublie, et il est raté. Qu'on l'asperge et l'on n'atteint pas son but.  Quoi ? Un excès de liberté serait néfaste ?

Non, il n'y pas d'excès de liberté, en revanche, il y a des perversions de la liberté avec des effets plus ou moins néfastes. Aristote a étudié les dérives auxquelles donnent lieu les différents régimes politiques, et l'on sait que pour la démocratie, ses deux bacilles les plus mortels sont l'anarchie et la démagogie.

Enfin, il ne faut pas se voiler la face, l'avènement de la démocratie est aussi une affaire d'opportunité. Quand les conditions de cette opportunité ne sont pas réunies, elle ne peut pas naître.

Si, à l'heure actuelle, dans plusieurs pays arabes (mais pas forcément tous) les ferments de la révolte semblent propices à l'éclosion du germe démocratique, dans d'autres parties du monde, au Pakistan, en Afghanistan, en Tchétchénie, en Russie, il est patent que nous sommes loin du compte.

Il faut alors s'armer de patience et se tenir à l'affût du moment opportun, parce qu'in fine, comme l'observait Schumpeter à la fin de son Capitalisme, Socialisme et Démocratie, ce sont les peuples qui décident, au fond de leur sort.

dimanche, 25 septembre 2011

Abbas a raison.

Mahmoud Abbas a choisi la voie diplomatique pour faire valoir les revendications des Palestiniens. C'est la bonne démarche. L'actuel gouvernement israélien est largement responsable de ce cheminement. Abbas est acquis à l'idée de négocier de longue date, et, bon an mal an, les forces de sécurité palestiniennes ont rempli leur contrat en Cisjordanie.

Mais voilà, Israël, sous l'égide du Likoud et des ultra-conservateurs, ne veut rien céder à Abbas. Les libertés économiques ne progressent guère, même si le niveau de vie global s'améliore, et les tracasseries en tout genre persistent.

En en donnant rien en échange de sa bonne volonté à Abbas, Israël a précipité le dépôt d'éligibilité palestinien. La diplomatie israélienne devrait méditer ces derniers développements et se réorienter au plus vite. On ne peut aller contre le vent de l'Histoire, et le fait est que les Lieberman et compagnie se sont avérés bien incapables de donner le coup de barre qui convient pour prendre le bon cap.

Autant je n'ai aucune considération pour le terrorisme aveugle du Hamas, ni pour les pseudo-flotilles qui essaient de forcer l'espace maritime d'un état souverain, autant j'ai bien plus de sympathie pour un homme de dialogue qui s'appuie sur le droit re reconnaît à la partie adverse la légalité des accord conclus ces dernières années.

Mahmoud Abbas est une chance pour Israël. Une chance de paix et de dialogue. L'État hébreu a intérêt à saisir cette chance tant qu'elle est encore là...

15:10 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : abbas, israël, palestine |  Facebook | | |

jeudi, 22 septembre 2011

J'étais kapo, euh non pardon, juge en Géorgie américaine...

C'est terrible, dans un pays, quand le justice est rendue par des petits kapos à la petite semaine en mal de pouvoir. Petits kapos mais gros cons. Pourquoi Troy Davis a-t-il été exécuté cette nuit ? Parce que les petits kapos géorgiens qui se prennent pour Judge Dredd voulaient prouver au monde entier que la justice de l'état de Géorgie est indépendante et qu'ils n'en ont rien à foutre des pressions internationales.

Au fond, ils s'en foutaient bien que Troy Davis soit coupable (ce qui me paraît au passage peu probable au vu du dossier) ou innocent. Ils voulaient faire un exemple. Comme les Iraniens, les Chinois ou encore les Saoudiens, pays réputés pour la "douceur" de leurs moeurs judiciaires s'il en est...

Cela dit les abolitionnistes s'y prennent très mal, particulièrement les abolitionnistes européens. Ils ne comprennent pas deux choses :

a) les USA sont un pays fédéral avec une histoire fédérale et des États fédérés très jaloux de leurs prérogatives.

b) la justice américaine est totalement indépendante du pouvoir politique.

Le petit b ne cesse de nous étonner, surtout nous autres Français, habitués à une perturbation continuelle du politique sur le judiciaire.

Donc, en Amérique, ce n'est pas sur le terrain politique mais sur le terrain judiciaire qu'il faut mener en priorité le combat contre la peine de mort.

L'Amérique est un pays de droit (au sens latin du mot) : c'est la loi et le droit qui comptent, pas les droits universels tels que la Révolution française les a définis.

Vous voulez mettre fin à la peine de mort ? Trouvez une faille juridique, les gars, et attaquez-vous à la législation de chaque état fédéré.

Le reste c'est de l'agit-prop : ça marche bien sur les campus des facs françaises, dans les émissions à succès du show-bizz, mais ça laisse de marbre les Judge Dredd américains.

Si vous voulez flinguer la peine de mort en Amérique, il faut engager un gars comme Brafman, l'avocat qui a sauvé la peau de DSK, pour étudier la législation de chaque état et trouver la faille. Bon, évidemment, cela coûte très cher...

L'autre élément qui peut commencer à convaincre les Américains, c'est que leur peine de mort, avec les divers recours et procédures, elle commence à leur coûter vraiment cher. Faudrait pas non plus qu'ils décident de simplifier les procédures pour faire des économies, me direz-vous, mais cette dernière option m'étonnerait de leur part : les Américains sont bien trop sourcilleux quant au droit pour s'amuser à lésiner avec. 

Bref, les grandes campagnes internationales, les kapos, ça ne les fait pas reculer, ça les excite...

mercredi, 21 septembre 2011

Troy Davis, il a fait quoi exactement ?

Je suis avec attention toute l'affaire Troy Davis. Pour moi, il n'y a pas à balancer, on ne peut pas condamner à mort un individu sur des éléments aussi minces que ceux qui sont avancés par la cour de justice géorgienne (USA). Pas de souci là-dessus.

En revanche, je ne sais pas si je m'associe à la campagne "nous sommes tous des Troy Davis" : le problème, c'est que je ne parviens pas à savoir ce qu'il a fait ou non. J'ai lu qu'à l'origine, il avait été aperçu par un policier en train de tabasser un SDF avec un copain (celui-là même qui l'a ensuite dénoncé). C'est ce que relaient beaucoup de médias. Il aurait même reconnu avoir participé à l'agression dont l'objet était de racketter le SDF...

Mais j'ai trouvé ailleurs qu'il avait nié être présent sur les lieux la nuit du crime, ce qui l'exonérerait forcément de l'agression contre le SDF.

Moi, j'aime bien connaître qui je soutiens. Pour Hank Skinner, par exemple, il y a un dossier exemplaire et très clair. Il ne fait pour moi pas l'ombre d'un doute qu'il est innocent. Son exécution serait un assassinat, et on se demande exactement quelles sont les motivations de la justice américaine pour refuser de procéder à des tests ADN, demandés par Hank Skinner lui-même.

Mais pour Troy Davis, pas moyen de trouver un dossier. Rien. Même chez Amnesty International, généralement pourtant bien informé. Comprenons-nous bien, bien que jugeant révoltante cette condamnation, je ne mettrais pas la même énergie à soutenir l'agresseur sauvage d'un SDF sans défense et un type 100% innocent qui n'a rien à se reprocher. C'est tout.

jeudi, 15 septembre 2011

Israël doit-il s'excuser auprès de l'Égypte ?

Autant je n'ai aucun état d'âme par rapport à la fameuse flotille de la (pseudo) liberté envoyée vers Gaza par Erdogan, autant, en revanche, je suis beaucoup plus réservé quant à  l'attitude d'Israël après la mort de 5 policiers Égyptiens occasionnée par un raid d'un commando dans le Sinaï.

Certes, le Hamas mais aussi d'autres groupes terroristes essaient d'utiliser le Sinaï comme passe-murailles pour de la contrebande d'armes ou plus simplement pour des incursions,maist il me semble que jusqu'ici, l'Égypte a été très loyale avec Israël sur ce trafic en tentant de le juguler.

Vous imaginez, en Europe, si l'un de nos voisins, en poursuivant des terroristes abattaient 5 policiers français ? Je peux vous assurer que cela provoquerait une sacrée crise diplomatique.

Mais le pire serait encore que notre voisin refuse ensuite de s'excuser...

Lieberman est un imbécile de longue date, et Netanyahu est une sorte de Daboliou locale, sauf que pour un petit pays comme Israël, les conséquences risquent d'être très lourdes. Pourquoi Barak s'obstine-t-il à demeurer dans ce gouvernement d'imbéciles alors qu'il perçoit très bien le mur dans lequel il amène progressivement la diplomatie de l'État hébreu.

Israël a toutefois diligenté une enquête

Si j'en ai bien compris les premiers éléments, il semblerait qu'un commando israélien aurait intercepté un groupuscule terroriste dans le Sinaï. Dans le même temps, des forces de sécurité égyptiennes seraient également intervenues après avoir localisé ce même groupe. C'est à ce moment-là qu'il y aurait eu un embrouillamini, d'autant que certains des terroristes portaient des uniformes de l'armée égyptienne.

Il y a à vrai dire une certaine confusion en Égypte depuis le renversement de Moubarak.

Les enquêtes diligentées par Tsahal sont généralement sérieuses. Même s'il s'avère que peut-être l'un des policiers tués d'un tir était compromis avec les terroristes, ce n'était pas le cas des autres.

Et d'un point de vue diplomatique, cela ne mange pas de pain de s'excuser puis, après coup, une fois les premières conclusions de l'enquête tombées sur le table, de s'expliquer en précisant les circonstances de l'accident. Israël doit faire valoir que les tirs n'étaient pas intentionnellement dirigés contre les policiers égyptiens, mais que c'est dans un échange de tir à trois et dans une confusion un peu générale que le drame s'est produit.

A mon avis, Israël a tout intérêt à présenter des excuses officielles à l'Égypte et et à proposer des compensations financières  (même si l'argent ne ramène pas les morts, je le sais) aux familles des policiers décédés.

Une nouvelle fois, ce serait un geste simple mais il redorait le blason de l'État hébreu  désormais bien terni, avec ces gestes humains et élégants.

mercredi, 14 septembre 2011

Un Turc, protéger des Arabes ?...

Je ne trouve rien de plus comique qu'Erdogan prenant la posture de lider maximo des peuples arabes. Depuis quand les intérêts de la Turquie et ceux des pays arabes coïncident ?

Les peuples arabes seraient très bien inspirés de se souvenir qu'ils ont vécu en servitude pendant près de 500 ans sous domination ottomane avant d'accepter un tel leadership.

Plus généralement, chaque fois qu'un dirigeant d'une nation se prend pour le grand commandeur éclairé des Musulmans, il faut prendre garde : sous couvert de l'Islam, il cherche à défendre ses propres intérêts. Et rien d'autre.

Erdogan est un grand malade : il cherche une confrontation violente avec Israël, mais ce-faisant, il risque surtout de se crasher au sol violemment. La croissance économique turque est une illusion. Elle ne repose en aucun cas sur une croissance industrielle ni sur une vraie création de richesses.

Les Turcs finiront bien par s'en rendre compte, espérons-le pour eux. Pendant qu'Erdogan roule des mécaniques, il en profite pour remplacer les vieux généraux laïques de l'armée turque par des cadres islamistes et réactionnaires, parfois fanatisés.

Si Erdogan cherche des incidents militaires avec Israël pour couvrir son incompétence et son incurie en Turquie, il faudra sortir la Turquie de l'OTAN et lui barrer les portes de l'Europe jusqu'à ce qu'une autre majorité voie le jour là-bas.

Erdogan se croit tout puissant partout : il se permet de pouser des extrémistes à empiéter sur les frontières maritimes internationalement reconnus d'un pays souverain puis réclame des excuses ensuite au même état.

Mais le pire, c'est encore vis à vis des Européens : ce guignol prétend interdire à Chypre un accord off-shore avec Israël sous prétexte que la partie turque de l'île n'y a pas été associée.

En fait, le Turquie occupe militairement un territoire de l'Union européenne. En théorie, l'Union Européenne serait habilitée à lui déclarer la guerre pour libérer la parcelle occupée de son territoire. 

L'Europe n'est pas belliqueuse, et elle n'en viendra pas à de telles extrémités sur cette situation particulière, mais sil serait temps que le grand guignolo Erdogan baisse d'un ton et se mêle de ce qui le regarde...

lundi, 12 septembre 2011

Ne pas lâcher la Grèce...

La Grèce est en mauvaise posture : elle a beau se démener et enfiler les mesures d'austérité, rien n'y fait, elle s'enfonce, presque inexorablement.

Je ne puis que plussoyer l'analyse de Thibault Mercier, un économiste de la BNP. Les Grecs et la Grèce ont consenti des efforts déjà considérables. Le problème, c'est qu'il leur faudrait du temps pour consolider leurs mesures, or, les prêteurs vivent dans l'angoisse d'un défaut de paiement du pays.

Et de fait, la Grèce n'est plus maîtresse de son sort car elle n'a plus les moyens, en dépit des mesures prises, de rembourser toute seule la dette. Et pour la fraude fiscale, comme fait le fait observer Thibault Mercier, on ne la résoud pas en quelques mois. En revanche, le fait est que les autorités grecques ont tout intérêt à pénaliser plus durement encore les fraudeurs. Dans le contexte actuel, frauder est un crime contre la Grèce toute entière. Et à vrai dire, compte-tenu de la situation du pays, certains privilèges laissent rêveur.

La Grèce ne peut pas s'en sortir sans justice fiscale : si ce sont les mêmes qui sont toujours et constamment tapés, cela ne va pas. Pour une fois, il faut faire rendre gorge aux koulaks. Et je le dis sérieusement...

Toute la difficulté, pour nous autres Européens, c'est de ne pas lâcher la Grèce, tout en l'amenant à mettre fin aux abus inacceptables en temps de crise. 

Certains proposent une tutelle économique de la Grèce : la mort dans l'âme, les Grecs devront l'accepter s'ils sont en défaut de paiement et que l'Europe prend en charge ses "mensualités".

A vrai dire, Athènes peine à se séparer de ses bijoux de famille, ce que l'on peut comprendre : qui a envie de brader son patrimoine ? IL n'en reste pas moins que les Grecs n'auront peut-être bientôt plus le choix. C'est le drame du surendettement : l'usure amène l'usure et la défaillance d'autres défaillances.

En revanche, il est à la fois irresponsable et idiot de laisser planer le spectre d'une éviction de la zone euro. Cela donnerait une image désatreuse de la solidarité européenne et affaiblirait chaque pays européen individuellement. 

J'ajoute une dernière chose : on jette très facilement la pierre aux Grecs, mais j'observe que les divers services de la Commission européenne qui ont distribué abondamment les fonds structurels sont au moins autant et largement comptables de ce désastre, car, quand il le fallait, ils auraient du conditionner leur octroi à un niveau acceptable de transparence fiscale.

23:15 Publié dans Economie, International | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : grèce, dette |  Facebook | | |

mercredi, 07 septembre 2011

Grèce, c'est pas foutu !

Très intéressante la synthèse de Massimo Prandi dans le quotidien les Échos sur le plan imaginé par le cabinet McKinsey pour sortir la Grèce de l'ornière.

Il ne lui faudrait pas grand chose, à ce pays, pour devenir le nouveau tigre de l'Europe.

Je pense qu'un début de prise de conscience voit le jour en Grèce sur la question de la fiscalité et de la fraude. Lever l'impôt, n'en déplaise aux libéraux, est la première prérogative d'un État, et la propension à mal l'exercer en est le signe le plus avéré de déliquescence. 

Il me semble que si la Grèce doit faire des efforts considérables pour réduire son secteur public, elle a en revanche tout intérêt à affecter une part des économies réalisées dans ses tribunaux et ses services de contrôle fiscal. L'argent ainsi injecté doit pouvoir rapporter très gros en principe. 

L'indicateur numéro 1 qui pourrait ainsi commencer à rassurer les marchés (parce que pour l'instant, ils ne parient pas un kopeck sur la Grèce), c'est la publication trimestrielle de l'indice de recouvrement de l'impôt en Grèce.

Après, il faut libérer les énergies, notamment entrepreneuriales. 3% par an pendant 10 ans, 500 000 nouveaux emplois en Grèce, c'est possible.

23:08 Publié dans Economie, International | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : grèce, mckinsey |  Facebook | | |

mardi, 06 septembre 2011

Shah Massoud

Un point commun avec l'ami Melclalex : moi aussi j'éprouve une très grande admiration pour feu Ahmed Shah Massoud. Melclalex escompte dresser un portrait de Massoud en 5 billets, deux d'entre eux ayant déjà été écrits. Je subodore que le dernier sera publié le 09 septembre, jour anniversaire de la mort du commandant Massoud.

Je ne comprends pas comment les Socialistes et Chirac ont pu, par rapport à l'Afghanistan, se montrer aussi nuls dans les années 90. On avait avec le commandant Massoud un homme soucieux des vies humaines, respectueux des femmes, imprégné de culture française et persane, un chef de guerre talentueux et respecté, un homme brave, droit et fiable.

C'est cet homme-là qui a été lâché par les Américains au profit des Pakistanais et leurs alliés de l'époque les Talibans. La France aurait pu se montrer un contre-poids à l'Amérique et développer une diplomatie originale en Afghanistan.

Au lieu de cela, il a été traité comme un pestiféré par toute la classe politique française, à l'exception de François Bayrou, Marielle de Sarnez et du Général Morillon à l'UDF, et de Nicole Fontaine à l'UMP.

Nous sommes quelques uns à ne pas avoir oublié Massoud. Melclalex, aujourd'hui, mais aussi Marielle de Sarnez dans son petit dictionnaire sur l'Europe qui a choisi en 2009 de parler de l'Afghanistan à la lettre "M comme Massoud".

Mais l'initiative la plus notable pour ce mois de septembre 2011, c'est celui de la jeune chanteuse Yaëlle Cinkey et de ce journaliste, devenu l'ami de Massoud, Christophe de Pontilly. Ils ont écrit une chanson et tourné une brève vidéo en hommage au Commandant Massoud : www.amassoud.fr

Requiesce in pace, Commandante...

Reste l'Afghanistan. Je relaie simplement cette pétition de l'association Darah-Afghanistan qui demande un retrait raisonné de nos troupes là-bas, pas un départ précipité.

Je voulais, au final, ajouter un mot à propos des positions exprimées à plusieurs reprises par François Bayrou sur l'Afghanistan. Certains l'ont vu en va-t-en-guerre parce qu'il a toujours approuvé le déploiement de nos troupes là-bas. Mais Bayrou est l'un des derniers dirigeants politiques européens à avoir rencontré Massoud. Ce qu'ils se sont dits l'a profondément marqué, et je crois vraiment qu'il a le souci de ne pas lâcher les Afghans, même s'il est tentant de décamper et de les laisser se débrouiller tout seul.

Ainsi, si Sarkozy a surtout eu la volonté de ne pas déplaire à ses amis Américains, je crois que Bayrou, quant à lui, a comme moteur, les dernières paroles de Massoud, poète, stratège et homme de lettres. Ces deux-là étaient certainement faits pour s'entendre, hélas, le destin particulier du commandant Massoud, la surdité occidentale, en ont décidé autrement...

 

Dessouder Bachar, ça ne va pas être facile...

Bachar el Assad qu'on aurait pu croire plus modéré que son père, à une époque donnée, à fait le choix du tout répressif en Syrie. A l'Élysée, le nouveau mot d'ordre, c'est "après la Libye, la Syrie". Sauf qu'en la circonstance, cela va être très chaud.

Première observation : il y a bien une opposition, en Syrie, mais ce n'est pas une opposition armée.

Deuxième observation : à l'heure actuelle, il n'y a pas assez de défections au sein de l'armée syrienne. En outre, contrairement à Kadhafi, el Assad a bâti son pouvoir avec l'armée, non contre elle. Certes, en juin dernier des chars se sont affrontés à Jisr, mais cette sécession n'a pas fait long feu.

Troisième obervation : la Syrie est dominée par une branche du Shi'isme, les Alaouites. Ils se sont alliés avec les Chrétiens et les Druzes pour truster tous les postes de pouvoir en Syrie.

La troisième observation est la plus importante. On ne peut pas faire sauter Bachir el Assad et son parti Baas si une opposition n'apparaît pas au sein de la population alaouite.

En Syrie comme en Lybie, on marche sur des oeufs. Si le conflit ne prend pas un tour franchement confessionnel, on comprend bien que ce sont les Sunnites, surtout qui haïssent Hafez el Assad, et que les Alaouites, quant à eux, craignent d'être emportés dans la tourmente en cas de changement de régime.

A vrai dire, des appels à la haine lancés par certains fanatiques sunnites par le passé, les doutes souvent exprimés sur "lslamité" de l'alaouisme contribuent à donner aux Alaouites le sentiment d'être en insécurité. Et côté chrétien, on se défie du fondamentalisme sunnite que certains soupçonnent d'avoir infiltré les manifestations comme en Lybie au demeurant. Toutefois, en Lybie, le conflit est d'abord d'ordre tribal et régionnaliste : Cyrénaïque contre Tripolitaine. Il n'y a jamais eu en Lybie une domination d'une minorité religieuse sur les autres. 

On ne pourra rien faire en Syrie sans assurer aux Alaouites des garanties très sérieuses.

Il faut ajouter à cela une embûche stratégique de taille : les Russes sont déterminés à ne pas perdre leur dernier allié dans la région. Ils bloqueront toutes les résolutions susceptibles de le mettre en difficulté. Certains pays occidentaux, mais aussi la Turquie qui abat ses propres cartes sur la table songent à armer l'opposition. Option très risquée, à mon sens, qui pourrait déboucher sur une guerre confessionnelle en Syrie, d'autant qu'el Assad s'empressera de l'attiser s'il sent que les vents lui sont contraires.

C'est donc une partie de diplomatie très fine qui attend la France dans un jeu qui ne peut en aucun cas se dérouler sur le terrain militaire, au moins pour l'instant.

15:43 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : syrie, alaouites, el assad |  Facebook | | |