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vendredi, 26 novembre 2010

Numérique à l'école ? Laissez faire l'intelligence collective, Luc Châtel !

La nouvelle marotte de Châtel, c'est le numérique à l'école. Ce qui me frappe, quand je considère l'état du développement numérique dans les établissements scolaires, c'est d'abord l'indigence du matériel, et ensuite le gaspillage effréné auquel se livrent les collectivités. Dans de nombreux départements on voit les services pédagogiques des Conseils Généraux imposer des organisations informatiques, des prestataires de service, parfois même le choix du matériel.

Oh, parfois, il y a bien un questionnaire qui descend jusque vers l'équipe pédagogique, mais il remonte rarement, et même en supposant qu'il aboutisse quelque part, sa destination la plus sûre est la poubelle ou un fond de placard où il finira par jaunir.

Et pourtant, quand on considère le coût des prestataires auxquels les départements font appel, cela coûterait tellement moins cher de s'adresser à un enseignant qui dispose des compétences ad hoc et de lui attribuer une indemnité, au pire une décharge horaire !...

Mais voilà : il faut pro-fes-sion-na-li-ser ! Oui, professionnaliser, on vous dit. Alors mieux vaut faire appel à une société extérieure, qui n'y entend goutte aux besoins du terrain parce qu'elle travaille généralement avec des entreprises, pas des communautés éducatives.

J'ai eu l'occasion d'ouïr un témoignage des plus édifiants quant à la propension bien française à contrôler tout par le haut. Un ami, enseignant de son état, évoquait la politique menée par le département dans lequel il exerce pour informatiser à marche forcée les établissements scolaires.

On retrouve là quelques recettes bien connues de l'administration française et plus généralement de la société française.

Mais bon sang, camarades conseillers généraux, inspecteurs et conseillers techniques des ministres, laissez un peu faire l'intelligence collective, que Diable (tiens, voilà qui ferait plaisir à Crouzet et à son Noâm, parce que de la tune dans le caniveau, on en déverse méchamment, dans la numérisation de l'école) ; l'intelligence collective élimine d'elle-même ce qui ne marche pas, elle est donc efficiente, et elle coûte moins cher que les solutions privées. Tiens, prenons en exemple les mathématiques : depuis de nombreuses années, les enseignants de France et de Navarre se sont organisés pour produire moult ressources dans leur discipline. Ils ont même fabriqué un manuel numérique parfaitement exploitable. Leur nom est connu, au moins dans la sphère éducative : Sesamaths. Que croyez-vous que fassent les inspecteurs de mathématiques de l'Education Nationale ? Eh bien ils freinent des quatre fers cette expérience en l'empêchant de s'imposer dans les collèges. Et pendant ce temps-là, le Ministère veut allouer de 500 à 2500 euros par établissement pour acheter des logiciels. Il ferait mieux de financer le logiciel libre, plus performant, plus adaptable, plus évolutif et mieux suivi que toutes les solutions professionnelles. Le libre, d'accord ? Pas le professionnel, pas l'administratif qui a ciré les pompes du bon administrateur, mais le libre qui s'organise tout seul, comme un grand. 

Autre exemple : depuis Xavier Darcos, on ne parle plus que des fameux ENT (Environnement numérique de travail). Je ne suis pas sûr d'avoir clairement compris de quoi il s'agit, mais en gros, ce serait une sorte de serveur où les enseignants rentrent des notes, des appréciations, utilisent des logiciels, communiquent entre eux, et cetera...Bref, l'enjeu principal, c'est d'organiser le réseau de l'établissement. Il existe un groupe d'enseignants qui a mis en place un système de ce type depuis près de 10 ans (il répond au doux et poétique nom de Gepi). Ils ont monté une liste de diffusion d'utilisateurs de plusieurs centaines de membres et développent leur outil sur un mode coopératif. Le projet a survécu à tous les avatars et se montre toujours plus performant. De nombreux lycées et collèges l'ont adopté. Il est de surcroît gratuit, ce qui n'empêche pas qu'une petite contribution financière est la bienvenue quand c'est possible. Bref, ça marche ! et ça marche bien, même. Cela marche bien et ce n'est pas cher. Eh bien non, partout, les départements prévoient des projets mastodontesques et coûteux, se chiffrant parfois en dizaine de milliers d'euros. Réinvente la roue, mais surtout, professionnalise et paie cent fois ce qu'elle t'a coûté la première fois. 

C'est marrant, ça : il y a une fascination des administrations et de la fonction publique, du moins parmi ses cadres, pour le privé. On se dit que le privé est forcément mieux. C'est bien possible dans certains domaines, mais dans l'éducatif, pour l'instant, je suis très loin d'être convaincu de la chose...Et puis, tiens, comme libéral, je mets mon grain de sel : être libéral, ce n'est pas faire appel au privé par conditionnement. Être libéral, c'est faire confiance à l'individu, à sa capacité à s'organiser avec d'autres individus (on appelle ça une association), et c'est aussi faire le choix de l'efficacité et de la performance. Ja, Gross Kapital, c'est bien, mais schön bedide (petite) coöperativen, ça marche bien aussi.

Nom de Zeus, faites confiance au coopératif (ça, ça va faire plaisir à Antonin), à l'intelligence collective. Elle sait mieux que vous, Tovaritchi administratifs ce qui lui convient et ce qu'il lui faut.

Il n'y a pas de société qui défende plus son pré carré que la société française, tout en se défiant plus que tout de l'initiative des individus.  En France, on part toujours du principe que l'individu n'est pas responsable, qu'il vaut mieux une grosse structure que deux ou trois personnes et qu'on est mieux servi de loin que de près.

Pourtant, les individus sont capables de s'organiser en réseau et de produire des choses qui fonctionnent : wikipedia en est la démonstration la plus éclatante, mais elle n'en est pas la seule. Internet est une force de résistance, d'une certaine manière, au lieu commun, à la doxa ambiante car là, plus que nulle part ailleurs, il s'y constitue une organisation lâche mais spontanée qui échappe aux tentatives de catégorisation traditionnelles.

jeudi, 18 novembre 2010

Droits d'inscription à l'IEP de Paris

J'abhorre  Richard Descoings et ses rêves de Business School, et comme tout un chacun a pu le constater, je ne manque jamais une occasion de l'enfoncer sur ce blogue.

Toutefois, si je veux être crédible, je dois m'appuyer sur des faits avérés. Rien ne m'empêchera de penser que l'affirmative action de Descoings est de la poudre aux yeux et que l'IEP ne reproduit pas moins les inégalités socio-culturelles que toutes les autres grandes écoles françaises, mais, force est de reconnaître que je me suis trompé sur les droits d'inscription que je présumais à l'IEP de Paris pour appuyer une démonstration récente.

Or, je déteste laisser une erreur flagrante sur mon blogue. Enfin, flagrante à ce point.

Reprenons. J'avais dit qu'un foyer avec un revenu fiscal de 66 000 euros par an et deux enfants devait payer 12 000 euros par an en master si l'un des deux enfants souhaitait entrer à l'IEP

Je me suis trompé.

En fait, c'est 4760 euros. Évidemment, comme Descoings fait son humaniste avec ses students et alumni (en Amérique, mot d'origine latine qui désigne les anciens étudiants des campus), il s'est trouvé un groupie pour porter jusqu'ici la flamme du Descoings'power. Enfin, même si ce n'est pas mes 12 000 euros qui représentaient à eux seuls 20% du revenu de ma famille bourgeoise, cela fait encore 7.5% des revenus totaux pour les seuls droits d'inscription. Si l'on considère tous les frais attenants (logement, notamment), les 12 000 euros sont plus que largement enfoncés : j'ai calculé que l'on dépassait allègrement les 15 000 euros par an.

L'arrogant Descoings fait l'humaniste, mais dans le même temps, il rêve de médiocrité pour les lycéens français, considérant les humanités comme un luxe, la diversité des formations au lycée comme une billevisée.

Parce que les étudiants qui arrivent jusqu'à l'IEP, ce ne seront pas ceux qui seront passés par les établissements qui auront appliqué ses obsessions et théories pédagogolâtres, mais bien les fils et filles de bonne famille passés par les écoles privées select et l'élitiste and very expensive Ipesup...

Descoings se donne bonne conscience en signant des appels à la suppression des notes dans le primaire et fait dans la fibre sociale en recrutant des indigènes du 93, mais je peux vous assurer que la moyenne, vous avez intérêt à l'avoir à l'IEP, pour passer d'une année à l'autre. Et mieux vaut ne pas tarder, parce que dans le cas contraire, pas de sentiments et viré, voilà votre sort.

Bref, cette élite arrogante, dominatrice et sûre d'elle-même me débecte : elle hurle hypocritement  avec les hyènes pour offrir de la merde au petit peuple pendant qu'elle même se vautre dans la soie avec une mine dégoûtée.

Cette mise au point ne change rien au fond de mon propos.

22:57 Publié dans Education, Politique | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : iep, droits, descoings |  Facebook | | |

Les notes, c'est pas le problème.

Une vingtaine de personnalités ont signé une pétition pour supprimer les notes à l'école primaire. J'en ai assez de ces appels à la con, parce qu'il faut vraiment appeler les choses par leur nom. C'est comme la conférence sur les rythmes scolaires. On s'en fout. Ce n'est pas le problème. L'enjeu de l'école primaire, ce n'est pas l'usage de notes ou non, mais d'apprendre l'écriture et la lecture. C'est ce que Bayrou répond aussi à la vingtième minute de son entretien avec Bourdin, ce matin sur RMC ; je partage globalement son avis, c'est à dire que cela mériterait d'être expérimenté sans pour autant en faire une religion.

Bref, les pédagogos de service détournent une fois de plus l'attention des citoyens des vrais problèmes. Isabelle, que j'invite à écrire un billet sur le sujet, commente  l'entretien sur le site du MoDem en observant que le vrai problème, ce n'est pas la note mais la stigmatisation publique.

Ce qu'il faudrait interdire, c'est d'annoncer publiquement la note d'un élève sans son consentement. Ça, c'est quelque chose qui me gêne. Parce que la note, c'est la relation de l'enseignant et de chaque élève individuellement, pas l'affaire des autres. Libre à chaque élève ensuite de la faire connaître à l'encan ou non.

La deuxième chose que l'on devrait bannir du vocabulaire de l'école, et elle m'horripile, c'est les adjectifs "bon" et "mauvais" quand on parle d'un élève. Ce sont des mots qui renvoient au champ de la morale. Un élève n'est ni bon ni mauvais. Il est en difficultés ou non à l'école, pour des raisons qui sont diverses.

Au final, ce qui compte, ce ne sont pas les mesures pédagogolâtres à deux sous, qu'on se le dise bien, mais la bienveillance, la benevolentia ou encore l'humanitas, comme diraient nos Anciens Romains.

Ce qui compte, pour un enseignant, c'est d'abord de vouloir le bien de son élève. Ensuite, il faut qu'il ait les moyens de lui faire du bien, donc qu'on ne lui colle pas 30 enfants et plus en classe de CP, comme cela commence à se voir en France, tant Nicolas Sarkozy et consorts méprisent l'école.

Mais les enfants n'ont pas besoin d'idéologues de tout poil et de leur idéologie lénifiante, dont on trouve une belle brochette de représentants parmi les signataires de l'appel pour la suppression des notes, et, plus généralement dans une large partie de la gauche (pas toute, heureusement).

Qu'ils nous lâchent avec leurs propos vaseux et convenus sur la confiance en soi. La note n'a rien à voir avec cela. C'est le rapport humain qui prime, dans l'établissement de cette sécurité. On ne trouve dans leur appel qu'un nouvel avatar de leur vieille antienne, l'égalitarisme.

Accessoirement, les notes permettent aux enfants de se donner des repères, repères dont on sait à quel point ils sont indispensables pour que chacun trouve le moyen de se positionner, ne serait-ce que par rapport à lui-même. L'appel parle de pression scolaire, mais on voit bien en le lisant que pas l'ombre d'une once de réflexion sur le rôle de l'école n'a effleuré les signataires. La pression ne vient pas de l'institution elle-même mais de ce qu'on lui demande, et ça, il faudra bien se le fourrer dans la tête une bonne fois pour toutes, un jour, et commencer à y réfléchir sérieusement. Ça n'en prend manifestement pas le chemin, chez les pédagogols.

C'est tout de même comique de considérer tous ces abrutis qui nous parlent tous les jours d'objectifs chiffrés et qui veulent enlever ces mêmes chiffres de l'école...Allez, halte à la dissolution des variables...!

17:39 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (52) | Tags : notes, suppression |  Facebook | | |

lundi, 15 novembre 2010

L'âge d'or de l'Université française est révolu.

Je découvrais avec effroi ce qui attend les étudiants anglais, samedi matin dernier, mais à vrai dire, quand je considère notre propre situation, en France, ce n'est guère mieux. Partout les droits d'inscription explosent, se parant d'atours sociaux pour mieux enfoncer le coeur de la nation, c'est à dire les classes moyennes. Ne nous y trompons pas, ce sont elles qui vont trinquer et leurs enfants devoir renoncer aux études.

Exemple avec l'IEP du Sieur Descoings, expert ès business school à la française et discrimination positive. Descoings a réussi à faire passer Science-po pour une école qui s'ouvre aux pauvres dans les divers médias et l'opinion : on recrute quelques lycéens venus des établissements scolaires du 93, on joue de la mandoline en pinçant avec aménité la corde sociale de l'instrument, et on obtient un mélodieux air de pipeau.

Démonstration avec une famille comprenant deux enfants, que je ne classerais même pas dans la classe moyenne, mais carrément dans la petite bourgeoisie :

Les deux parents travaillent, ont une bonne situation, et vivent dans une petite ville de province. Ils sont un fils et une fille, leurs revenus totaux excèdent légèrement 66 000 euros par an. Comme beaucoup d'individus, ils ont du s'endetter pour se loger et paient 1000 euros par mois de loyer, ce qui absorbe 12 000 euros de leurs revenus chaque année. Ils paient aussi l'impôt sur le revenu. Avec deux demi-parts, ils s'en tirent avec 6 000 euros de frais par an. A cela s'ajoutent la taxe foncière et la taxe d'habitation. Possédant une petite maisonnette dans une ville aisée, l'addition des deux leur revient à 1800 euros par an.

Cette famille a cru dans l'école républicaine. Les deux enfants ont étudié à l'école, plutôt bien, et l'un d'entre eux, sans passer par Ipesup, la coûteuse école de préparation pour très riches et très bons, est parvenu à intégrer l'IEP.

Sa famille va donc devoir régler 12 000 euros par an, uniquement en droits d'inscription. La jeune fille, elle, est davantage intéressée par la finance : elle a songé viser une école de commerce, mais les coûts s'ajoutant aux coûts, elle s'est rabattue sur la prestigieuse formation publique de Paris-Dauphine. Pas de chance, depuis février 2010, Paris-Dauphine a multiplié le montant de ses droits d'inscription : de plus de cinq fois à presque plus de vingt fois. La jeune fille appartient à une famille de privilégiés. Une famille de riches, dirait un François Hollande. Ce sera donc 4000 euros en frais d'inscription uniquement pour elle.

Ces parents vont donc dépenser 16 000 euros uniquement en frais d'inscription, sans compter le matériel scolaire, les manuels, et toutes les dépenses attenantes. Demeurant en province, les enfants vont devoir louer un studio, ou un petit F2. Paris est trop cher, ils se rabattent sur le banlieue : ils ne s'en sortent néanmoins pas à moins de 6000 euros par an.

Pour eux, pas de bourses, pas d'exemption, pas de discrimination positive. Je laisse les amateurs d'addition finir le calcul, et je les laisse imaginer ce qu'il se produit pour des familles bien moins aisées pour lesquelles certains coûts demeurent fixes...

Le système Descoings dans toute son ampleur. Pendant ce temps, l'étudiant boursier ne paie pas de droits et dispose de toutes les aides. Oh, il ne s'agit pas de lui jeter la pierre. C'est la logique de ce système qui une fois de plus est pervertie. On aboutit à un système qui flingue en bonne et due forme les classes moyennes et la petite bourgeoisie.

Le pire, finalement, c'est que l'on paie une somme monstrueuse pour pouvoir disposer d'un titre. Quitte à libéraliser à outrance l'unvisersité, ce serait le moins que l'on distingue l'inscription à l'examen, et l'inscription aux cours, que la concurrence puisse s'installer. Et tant qu'à faire, que ceux qui fassent passer l'examen ne soient pas ceux qui donnent les cours, pour éviter les effets de favoritisme.

Une économie de la connaissance...tu parles Charles... Pas de pitié de pour les crapauds. La moindre formation supérieure va coûter des yeux à la tête. Fini le temps où l'Université se voulait le réceptacle de tous les savoirs, de tous les espoirs et de l'émancipation, de la formation du citoyen ouverte à tous.

Que l'on ne croie pas que je cerne ainsi des cas isolés : partout les tarifs augmentent dans des proportions comparables à celles des universités anglaises.

Les facultés sont prises en sandwiche entre un état impécunieux qui se moque comme d'une guigne de l'éducation et des syndicats imbéciles et irresponsables qui bloquent l'arrivée de financements privés dans les universités moyennant quelques accommodements dans les programmes.

Au final, le peuple trinque, car c'est lui qui paie la note finale. La lâcheté des différents ministères qui se succèdent en est la cause. Il n'existe d'alternative que le choix entre la fac-poubelle et la fac hors de prix, et encore : la cote de la fac-poubelle est très clairement orientée à la hausse elle aussi.

vendredi, 12 novembre 2010

Nick, si tu as un honneur, démissionne !

Je viens d'apprendre que les frais d'inscription pour les étudiants anglais explosent en Grande Bretagne. Entre 10 000 et 11 000 euros par an. C'est bien simple : même nos écoles de commerce, à peut-être l'exception de l'ISG, ne sont pas aussi chères. Là, on parle de l'Université anglaise. Voilà l'assurance que seuls les plus riches, plus quelques élèves très méritants parviendront à faire des études. Pour les autres, c'est cuit.

Voilà, seulement, les LibDems s'étaient engagés à ne pas augmenter les frais d'inscription et avaient fait de l'éducation le coeur de leur projet. S'ils laissent passer cela, ce sont des traîtres et des faux-culs.

Résumons : soit les LibDems votent contre, soit Clegg démissionne, et tous les ministres Lib-Dems avec. S'ils ne le font pas, ce sont vraiment des enfoirés.

vendredi, 05 novembre 2010

Ils sont payés dix mois sur douze ou pas les enseignants ?

Tiens, avec l'idée d'augmenter le temps de travail des enseignants ressort un vieux serpent de mer : la réalité de la rémunération des enseignants. Il se dit sur la Toile qu'ils ne seraient payés que dix mois sur douze depuis un obscur décret du 10 juillet 1946. Brighelli, sur son blogue Bonnet d'âne, a même confirmé la chose en juin dernier. Mais il s'est pris une volée de bois vert d'un enseignant en mathématiques, Michel Delord, qui y voit une légende urbaine, et apporte des preuves à l'appui.

Il est difficile de faire des recherches exactes sur le sujet avec Légifrance, pour la bonne raison qu'en deçà de l'année 1947, le site ne dispose pas des textes mais seulement de leur objet.

Michel Delord renvoie à un décret du 10 juillet 1948 qui établit les traitements de tous les fonctionnaires. Il affirme ne pas avoir connaissance d'une délibération du 6 janvier 1945 à laquelle renverrait le texte du 10 juillet 1948. De fait, pas trace sur legifrance. Seulement, voilà, le texte de loi que cite Delord évoque une ordonnance du 06 janvier 1945 portant réforme des traitements des fonctionnaires de l'État et aménagement des pensions civiles et militaires. Ce texte cite également une loi du 19 octobre 1946.

Problème : au moins sur légifrance, la dite ordonnance ne figure pas. Idem pour la loi citée. Brighelli cite une délibération du 11 avril 1946.  Pas de délibération, mais en revanche, il existe bien un décret de la même date sur la création et la composition d'une commission chargée d'étudier le reclassement des rémunérations accordées aux différentes catégories de fonctionnaires.

Michel Delord a mal cherché...Ne lui en tenons pas rigueur, manifestement, des textes juridiques font défaut sur légifrance, avant 1947, et même quand il en reste une trace, on ne dispose que de leur titre.

Le député Robert André Vivien a posé une question sur ce sujet le 02 juin 1986, citant les mêmes dates que Brighelli. Il avait 23 ans en 1946, mais pas de chance, il est décédé en 1995 si bien qu'on ne pourra plus lui poser la question de ses sources.

Bref, pas moyen de conclure sur une affirmation qui demeure, in fine, pour le moins mystérieuse. Il y a en tout cas un témoignage intéressant : celui de Roger Grégoire, le premier directeur de la fonction publique ; une chose est probable, c'est que les modalités de calcul des salaires des fonctionnaires avant la loi 1948 étaient un authentique foutoir, au point que la Commission Coyne, probablement celle qui fut mise en place le 11 avril 1946, s'étiola dans un long endormissement, sans doute en raison de discussions sans fin, chacun défendant son bout de gras.

 

jeudi, 04 novembre 2010

De l'espoir pour l'école ? T'as de l'humour...

Ah, il m'a fait rire, LomiG. Il croit qu'il y a de l'espoir pour l'école après avoir consulté les dernières propositions des Socialistes et de l'UMP.

Tiens, il observe d'ailleurs ce que je dis depuis longtemps ici : elles se ressemblent, ces propositions. Mais ouvre les yeux, l'ami, et tiens, jette un coup d'oeil au dernier billet du Privilégié : la société toute entière se défausse de sa responsabilité éducative sur les enseignants. J'aime bien sa conclusion, au Privilégié : 

Il serait tout de même bon que nos concitoyens comprennent que si l'on continue à charger l'Education nationale de toute une série de missions débiles et inutiles visant à compenser les manquements des parents et/ou de la société à l'égard des jeunes, on n'aura pas de meilleurs résultats que vous (comment remplacer l'autorité parentale ?) mais on fera de moins en moins de choses intéressantes, comme de l'histoire, de la géographie, des sciences, de la littérature...
Faites votre boulot de parents, et laissez-nous faire tranquille notre boulot d'enseignant.

Pendant ce temps, ces abrutis de Socialistes, suivant la mode en vogue sur les temps scolaires vont rogner sévèrement le temps de vacances de leur électorat : eh oui, reprenant une proposition de Peillon, idiotement incluse, désormais, dans le programme du Mouvement Démocrate également, le PS avalise la réduction du repos de ses électeurs favoris. Et ces imbéciles continuent à voter socialiste... Oh, de toutes façons, l'UMP n'est pas une alternative ; Yves Jégo se déchaîne sur son blogue : tas de bons à rien de profs, en substance, s'exclame-t-il , allez, hop, alignons les profs sur les autres métiers, et faisons-les bosser pendant les vacances.

Enfin, ce n'est qu'un aspect : fondamentalement, ni du côté de l'UMP, ni de celui du PS, il n'y a le moindre embryon d'inflexion sur la politique éducative. Il y en avait de sérieuses dans les propositions de Bayrou en 2007, mais il doit commencer par flinguer le programme actuel de son parti s'il veut redevenir crédible, en réaffirmant haut et fort ce qui avait fait la spécificité de son discours en 2007 : diversification (classes passerelles, centres éducatifs stricts pour les perturbateurs, par exemple mais aussi promotion des voies d'excellence). J'ai parfois le sentiment qu'à trop fréquenter la gauche, le MoDem a fini par en importer les âneries principales dans le domaine éducatif. On retrouve dans le Projet Humaniste les mêmes poncifs idiots que ceux qui figurent dans celui du PS et de l'UMP. Et quand je pense que j'ai adhéré à l'UDF en partie pour l'originalité de ce qui s'y disait sur l'éducation...

Quand y aura-t-il enfin un responsable politique qui finira par comprendre que c'est l'organisation intrinsèque de l'enseignement, l'habitude de charger la mule de la plus ridicule des manières avec des éducations à n'importe quoi, qui finissent par faire de notre école une machine à fabriquer des crétins.

07:30 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : bayrou, ps, modem, ump, enseignant |  Facebook | | |

mardi, 28 septembre 2010

Bizutage, il faut massacrer les bizuteurs

Je ne comprends pas comment on peut encore tolérer la moindre pratique de bizutage. Le bizutage n'a rien de festif, comme tentent de le laisser croire ses défenseurs. C'est une pratique d'un autre âge qui tente d'avaliser des rapports de domination malsains et archaïques.

L'affaire de l'étudiante violée de Grasse est symptomatique : quand on se croit tout puissant face à un bleu, toutes les dérives deviennent possibles.

Seule Ségolène Royal, au temps où elle agissait à l'Éducation Nationale, avait montré une véritable détermination face à ce phénomène d'un autre âge.

Si on veut en finir avec le bizutage, il faut taper très fort. Virer des écoles avec interdiction de s'y représenter les auteurs de bizutages à la moindre plainte, charger pénalement tous ceux qui favorisent ces pseudo week-end d'intégration : BDE, directeurs d'école qui laissent faire en sachant pertinemment que ces pratiques sont avant tout des écoles de l'humiliation.

J'ai entendu le directeur de l'Institut Commercial de Nancy sur France Info ce midi. Il se fout de notre gueule. Jérôme Caby veut se défausser de toute responsabilité et dissocier l'épisode "festif" et le crime. La réalité, c'est qu'il a toléré une pratique proscrite et sur la sellette depuis un moment. S'il en avait la volonté, il ne tiendrait qu'à lui d'en finir avec le bizutage. Les présidents de faculté et les directeurs d'école qui autorisent, favorisent, laissent faire ces "fêtes" sont des hypocrites. Ils savent ce qu'ils font.

Il suffit d'une vraie volonté politique pour en finir une bonne fois pour toutes. Pour ce que j'en sais, Valérie Pécresse a conservé un souvenir détestable de ces temps "d'intégration". Il ne tient qu'à elle de frapper très fort dans le tas en interdisant définitivement le bizutage sous quelque forme que ce soit. 

Le principe en est simple : toute organisation de soirée qui consacrerait un rapport hiérarchique entre anciens et nouveaux doit être éradiquée, et tout contrevenant devrait être puni sévèrement et tenu pour co-responsable de tous les débordements, ce que prévoit déjà, au demeurant, la loi Royal.

 

16:39 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (44) | Tags : bizutage |  Facebook | | |

lundi, 27 septembre 2010

Apprendre aux enfants à lire...

L'avantage, quand Bayrou prononce un long discours, c'est que je n'ai plus besoin de me casser la tête à écrire des billets. Tout ce qu'il dit est tellement frappé du coin du bon sens qu'il n'y a plus qu'à le reprendre par thèmes et parties et à faire un copier-coller...

Je propose que l'on fasse deux choses. 

La première : nous aurons à éduquer les enfants et, la deuxième, nous aurons à reconquérir la production et, chaque fois qu'elle est partie, aussi difficile que cela soit, la re-localiser en France. 
Et je n’entrerai pas dans les grands discours sur l’éducation. Je peux le faire. J’aime ça. Passionnément. La Corée du Sud. Comment un pays qui est, il y a trente ans, parmi les plus pauvres de la planète réussit – en trois décennies !- sans aucune matière première, avec un coût du travail non pas comme en Chine dix ou vingt fois moins cher que le nôtre, avec une population moyenne et un territoire cinq fois moins grand que le nôtre, à s’installer au premier rang de toutes les productions industrielles que nous avons désertées, des chantiers navals aux composants électroniques, et même là où nous sommes forts, des trains à grande vitesse aux centrales nucléaires… Il y a sans doute beaucoup de raisons. Je vous en donne une : meilleur enseignement primaire du monde ; meilleur taux de scolarisation à l’université du monde. Et du coup, dépôt de brevets. Et je sais quelles inflexions nous avons à penser pour l’université, pour l’articulation entre l’université et le lycée, pour la généralisation de la formation professionnelle, y compris au sortir de l’université, de la préparation à l’autonomie non pas tant de l’université que des étudiants. Nous aurons ces débats. Mais je sais une chose, une : si nous n’apprenons pas à lire aux enfants, tout cela est vain ! Or 30 pour cen des enfants, au moins, sortent de l’école primaire sans savoir vraiment lire, facilement, en comprenant. Et s’ils ne lisent pas tout le reste ne sert à rien. Et ils traîneront, et ils seront ces « publics » comme on dit sans formation, dans un monde où chaque jour davantage, informatique aidant, l’écrit domine tout. 

Et donc, c’est un impératif, moral, humain, économique, culturel, émancipateur, conservateur, tout ce que vous voudrez, mais c’est un impératif sur lequel nous ne cèderons rien. Les moyens nécessaires seront mobilisés, la réflexion nécessaire sera conduite, mais la France apprendra à lire à 100 pour cent des enfants qu’elle confie à l’école primaire ! Et je concède que ce n’est pas simple, d’accord, que cela exige soutien et remise en cause, et recherche pédagogique, tout ce que vous voudrez, (je crois d’ailleurs que c’est moins compliqué qu’on ne le croit et que ce que faisait la troisième république le XXIe siècle, après tout, avec tout notre génie technique peut peut-être y prétendre), mais nous allons apprendre à lire aux enfants ! 

13:53 Publié dans Education, Politique | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : bayrou, lecture, école |  Facebook | | |

dimanche, 19 septembre 2010

Les pédagogolâtres dans le Monde de Narnaia

Je fais en ce moment quelque chose que j'aurais du faire depuis longtemps : je lis les Chroniques de Narnaia de C.S Lewis. C.Lewis intervient rarement en tant que narrateur, mais quand il le fait, c'est toujours plaisant. J'adore particulièrement la première page du Tome VI, le Fauteuil d'Argent. Jill Pole, l'une des deux héroïnes de ce tome-là est pensionnaire dans un établissement mixte en Angleterre  ; l'action débute peu de temps après la Seconde Guerre Mondiale, et l'enseignement est alors encore largement traditionnel. Ceci n'empêche pas les premiers pédagogols de pointer leur nez. A preuve ce savoureux extrait, issu de la première page, que je porte à la connaissance de mes lecteurs :

Ces gens-là  s'étaient mis en tête qu'on devait laisser les enfants faire ce qu'il leur plaisait. Et ce qui plaisait à une dizaine ou une quinzaine d'entre eux, les plus costauds, c'était malheureusement de persécuter les autres. Il se passait sans cesse dans cette école  toutes sortes de choses horribles, auxquelles, dans un établissement ordinaire on aurait mis bon ordre en moins d'un trimestre. Mais pas dans cette école-là. Les coupables n'étaient ni renvoyés ni punis. Le proviseur disait que c'étaient des cas psychologiques intéressants, les convoquait et leur parlait pendant des heures. Et, si on savait bien quelle genre de choses il fallait lui dire, on ne tardait pas à devenir un de ses chouchous, plutôt que l'inverse.

J'en connais au moins un qui va bien rigoler en lisant cet extrait qui pourrait servir de légende à plusieurs des dessins qu'il publie.

Il y a au moins un autre extrait qui revient sur ce collège "expérimental" : alors que Jill et Eustache auraient besoin au cours de leurs pérégrinations d'un savoir didactique, le narrateur observe qu'hélas, dans leur collège expérimental, on n'apprend ni l'anglais, les mathématiques ou le latin, mais plutôt à courir vite et à se cacher pour échapper à d'éventuels persécuteurs...

13:12 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : narnaia, pédagogie |  Facebook | | |