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mardi, 29 juin 2010

Fini, les nounous ?

Transposer une directive européenne en droit national, c'est un processus de longue haleine. Les lois d'un pays sont souvent un équilibre subtil, une sorte d'écosystème législatif dont il convient de respecter la nature profonde.

Une disposition de la directive Services adoptée par le Parlement Européen en décembre 2006 a attiré mon attention. Elle concerne les services à la personne.

Jusqu'ici, les services d'aide à domicile et de gardes d'enfants à domicile se faisaient sur la base de décisions toutes personnelles. Ni diplômes ni certifications, ni agréments n'étaient requis.

Pour les enfants, on appelle techniquement ces personnels des auxiliaires parentaux, et plus familièrement des nounous. Autrefois, on aurait dit des gouvernantes...

Or, si j'ai bien compris le rapport de transition, il est désormais question de soumettre à autorisation les activités de services à domicile. [Régimes d’autorisation (Article L. 313-1-1 du code de l’action sociale et des familles) et régimes d’agrément « qualité » (article L. 7231-1 du code du travail) ]

Les activités de services d’aide à domicile (hors soins) et d’aide à la mobilité rendus à des personnes fragiles sont soumises à autorisation. Les professionnels disposent d’un choix entre le régime de l’autorisation du code de l’action sociale et le régime de l’agrément qualité du code du travail.

Suit plusieurs justifications qui me paraissent en effet sensées dont au moins les trois suivantes :

- les services sont délivrés au domicile privé des destinataires du service : l’intervenant est seul au domicile avec la (ou les) personne aidée sans regard extérieur, ce qui induit un risque d'intrusion et pas de possibilité de contrôle a posteriori sur place par les autorités habilitées pour contrôler, car le lieu d'intervention est un domicile privé, contrairement aux établissements ;

- le service apporté consiste en une aide directe à la (ou les) personne (et non d'entretien du cadre de vie), susceptible d'attenter à son intégrité physique et morale ;

- pour ces services, il existe des raisons impérieuses d’intérêt général (notamment d’ordre public, de santé publique et de protection des consommateurs) justifiant l’existence d’une autorisation obligatoire et des exigences auxquelles sont soumis les opérateurs, qui sont proportionnées à l’objectif d’intérêt général poursuivi.

Réflexions en effet fort justes, le Parlement Européen a eu raison de soulever ces points.

Mais, à côté de cela, on risque de forts flottements dans la sphère de l'emploi, avec un risque de dommages collatéraux non-négligeables.

Que vont devenir les actuelles nounous qui ne disposent d'aucune accréditation ? Est-ce que les acquis de l'expérience vont être validés ? Qui va certifier ? Les services sociaux des mairies ? les pédiatres ? D'autres professionnels de la santé et de l'éducation ? Sur quels critères ?

En outre, les places en crèche sont si peu nombreuses que les besoins en service à la personne pour la garde d'enfants persisteront de demeureront très importants. Il s'agit donc d'agir avec prudence pour le législateur afin de ne pas créer un important déficit de demandes par absence présumée de qualification, voire un gros appel d'air pour le travail au noir...

 

dimanche, 27 juin 2010

Durable l'agriculture ? Ok, mais pour tout le monde, alors !

Il y a quelque chose qui me frappe, dans notre beau continent, l'Europe. On fait tous les jours des lois pour établir des normes. On se préoccupe de plus en plus de ce qu'il est convenu d'appeler le développement durable. Or, dans le temps même où l'on exige de notre propre agriculture le respect de normes environnementales de plus en plus complexes, on trouve pas moins de sept pays européens prêts à signer des accords sans aucune condition préalable avec le Mercosur.

Marielle de Sarnez (qui a intégré la Commission du Commerce international pour sa seconde mandature) s'en est indignée. L'euro-députée MoDem observe que cet accord inégal va fragiliser notre propre agriculture :

Deuxièmement sur la question du Mercosur, j'ai une très grande inquiétude pour l'agriculture européenne et notamment pour l'élevage européen qui ne se porte pas bien. Ces accords vont accroître les importations de viande bovine de 70 pour cent et les importations de volaille de 25 pour cent. Ces importations vont déferler sur l'Europe à des coûts moindres puisque les productions ne respectent pas ni les normes sociales, ni les normes environnementales que nous nous imposons à nous-mêmes. Ce n'est pas une question de protectionnisme mais il faut qu'on regarde les choses de façon intelligentes. On ne pourra pas continuer longtemps à mener une politique commerciale sans regarder ce qu'il y a autour en matière sociale , en matière environnementale et en matière de création et de destruction d'emplois dans l'Union européenne. C'est la responsabilité du Parlement européen de se préoccuper de cette question.

ça va être dur. Bruno Le Maire, le ministre de l'agriculture français n'a pas failli à sa tâche et fait valoir les mêmes arguments que Marielle de Sarnez.

C'est toujours compliqué de négocier. Barroso escompte faire des concessions sur l'agriculture à condition que le Mercosur en fasse sur les télécommunications. Ce n'est pas gagné pour lui. Actuellement, 15 des 27 pays de l'Union se sont finalement associés pour s'opposer à toute signature d'un accord.

Je me demande parfois quelles relations les Socialistes français ont avec Zapatero et les Socialistes espagnols. Ce sont eux qui cherchent à relancer une signature d'accord, tout comme Barroso, qu'ils avaient soutenu...

samedi, 26 juin 2010

L'inconvénient du capital-risque, c'est le risque...

Très intéressant, le débat actuel au Parlement européen sur les hedges funds. Les négociations sont à l'arrêt, d'ailleurs. Ce débat met à mon avis le doigt sur nos contradictions. Les hedges funds ont mauvaise presse, en France et plus généralement en Europe. On sait que ce sont des capitaux très mouvants, susceptibles de de se désengager très rapidement, sont gourmands en rendements et effarouchés aisément. L'Europe qui s'en défie, veut donc légiférer pour tenter de limiter leur participation lors des OPA (offre publique d'achat).

Ce qui est paradoxal, c'est que dans le même temps, nous faisons, en France, tout un battage pour tenter d'attirer le capital-risque...

Or, le capital-risque constitue justement lui-même un risque. Difficile de préparer une omelette sans casser des oeufs.

En Amérique, où l'on prise les investissements de cette nature, on crie au crime et au protectionnisme, évidemment, devant les velléités d'encadrement de ces fonds des Européens. Michel Barnier, commissaire européen est aux premières loges. Il faut dire que ça va chauffer (pas trop fort, mais un peu quand même...) car  la directive européenne prévoit que les sociétés de capital-risque obtiennent désormais un agrément pour pouvoir opérer sur les marchés européens...

Afin de pouvoir opérer dans l’Union européenne, tous les gestionnaires seront tenus d’obtenir l’agrément de l’autorité compétente de leur État membre d’origine. Tous les gestionnaires opérant sur le sol européen seront tenus de démontrer qu’ils possèdent les qualifications appropriées pour offrir des services de gestion de fonds alternatifs et devront fournir des informations détaillées sur l’activité envisagée, l’identité et les caractéristiques des fonds alternatifs gérés, leur gouvernance (y compris les modalités de délégation de services de gestion), les dispositions pour l’évaluation et la garde des actifs et les systèmes de soumission d’informations obligatoires, le cas échéant. Les gestionnaires devront aussi détenir et conserver un certain niveau de fonds propres.

Pour garantir que les risques associés à l’activité de gestionnaire sont gérés efficacement sur une base permanente, les gestionnaires seront tenus de prouver à l’autorité compétente qu’ils possèdent des mécanismes internes solides en ce qui concerne la de gestion des risques, en particulier les risques de liquidité et les risques opérationnels et de contrepartie supplémentaires liés à la vente à découvert; la gestion et la divulgation des conflits d’intérêts; la juste évaluation des actifs; et la sécurité des arrangements en matière de dépôt et de garde.

La directive proposée prévoit un niveau minimal de service et de fourniture d’informations initiales et régulières aux investisseurs (professionnels), pour les aider à faire preuve de la diligence nécessaire et assurer un niveau approprié de protection de l’investisseur. La directive proposée prévoit que les gestionnaires fournissent à leurs investisseurs une description claire de la politique d’investissement, incluant la description des types d’actifs et le recours au levier; la politique de remboursement dans des circonstances normales et exceptionnelles; les procédures d’évaluation, de dépôt, d’administration et de gestion des risques; enfin, les frais, charges et commissions associés à l’investissement.

Une authentique déclaration de guerre, quoi...Et encore, ce ne sont que des morceaux choisis. Déclaration de guerre aux Britanniques : ce sont eux qui ruent dans les brancards. Ils ont proposé de laisser une seconde chance aux opérateurs qui n'auraient pas obtenu le sésame européen de pouvoir exercer leurs activités sur les marchés nationaux. Les Britanniques ne sont pas seuls sur cette position, mais je n'ai pas réussi à repérer quels autres pays s'étaient associés à leur démarche. Pas l'Allemagne et la France, ça, c'est sûr. Évidemment, côté américain, ça hurle encore plus...

Barnier voulait donc trouver un compromis. C'est raté. Au moins pour l'instant, en tout cas...

Étonnant que personne ne parle de cela en France. Et pourtant, l'impact et les conséquences de ces accords sont potentiellement énormes. Les hedges funds représentent un marché de 2000 milliards d'euros susceptibles d'être investis.

Il faut espérer, si la directive passe, qu'ils plient. S'ils trouvent les moyens de se replier ailleurs, déjà qu'on peine à attirer des capitaux privés dans nos pôles de compétitivité...

 

vendredi, 25 juin 2010

L'emploi, l'emploi, oui, mais comment faire ?

J'ai écouté l'entretien que donnait François Bayrou sur Sud-Radio et je m'accorde avec lui pour penser qu'on rééquilibrera difficilement les retraites dans donner du travail aux juniors et aux seniors.

La question, c'est comment faire ? Enfin, soyons plus précis : comment donner des emplois avec des salaires acceptables et pas financés sur fonds publics ?

La relocalisation de l'industrie est certainement, au moins dans le secteur secondaire, l'une des clefs de la lutte contre le chômage, mais là encore, comment amener les entreprises à se réinstaller dans nos campagnes et dans nos villes ? Turbomeca à Bordères, est un exemple réussi de partenariat public-privé via un pôle ce compétitivité (Aerospace Valley).

J'ai eu la curiosité de consulter la fiche d'Aerospace Valley ainsi que son site. Parmi les objectifs, il y a celui de créer 40 à 50 000 emplois en 20 ans. En Midi-Pyrénées, par exemple, là où se trouve Turbomeca, ce n'est pas moins de la moitié des emplois de cadre créés entre 2010 et 2015 qui devraient l'être dans le cadre d'un pôle de compétitivité.

Le Ministère de l'industrie a rendu en 2009 un rapport complet sur l'industrie. J'y entrevois bien ce qu'il faut faire, mais pas comment y parvenir.

Il y a en tout cas là du travail sur la planche pour les commissions parlementaires et les groupes d'études.

 

 

14:06 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : emploi, industrie |  Facebook | | |

lundi, 21 juin 2010

La France pourrait exploser de rage

Je l'ai dit ce matin, Guéant et donc nécessairement Sarkozy et l'UMP, envisage de bloquer les salaires des fonctionnaires à l'automne 2010.

On pourrait penser que c'est pire ailleurs, et que donc les fonctionnaires français devraient être contents de leur sort.

Moi, je dis, attention ! Les Français peuvent admettre de faire des efforts. Mais s'ils voient en même temps leurs représentants s'empiffrer, des gros salaires s'engraisser sur le dos des cotisations et de nos impôts, ça pourrait chauffer sérieusement.

Soyons clair : cela ne me gêne aucunement que des dirigeants de grandes entreprises touchent le jackpot, dès lors qu'il s'agit d'une entreprise privée. Chacun est maître en son domaine, vive la propriété privée.

En revanche, il en va tout autrement partout où l'argent public finance. Par exemple, les concerts des évadés fiscaux, dans le show bizz et les salaires des sportifs de haut niveau subventionnés par les villes, ça commence à bien faire. Qu'ils se démerdent, mais je ne veux plus que mes impôts servent à les engraisser à mes dépens.

Les Français ne supporteront pas l'absence d'équité : évidemment, les fonctionnaires ne seront pas contents si leurs perspectives d'évolution est réduite à néant. Mais la rage les gagnera s'ils voient dans le même temps une élite échapper à toutes les restrictions.

La classe politique, les dirigeants, les élites médiatiques marcheront sur des oeufs. Un pas de travers sera le pas de trop.

Comme le dit la chanson révolutionnaire, la Tour, prends garde de te laisser abattre...

Budgets et déficits, le temps d'avance de Bayrou et du MoDem

J'ai lu que Guéant annonçait de nouvelles réductions de dépenses. Il envisage même de bloquer les salaires des fonctionnaires.

Cela me frappe, quand je considère l'action de l'UMP ou les déclarations d'autres partis, de voir à quel point il manque une réflexion sur les missions de l'État. A ce jour, seul le MoDem a commencé à mener sérieusement cette réflexion, s'inspirant des travaux de l'UDF, des réflexions de ses commissions, et des thèses de François Bayrou.

Du côté du gouvernement, on a l'impression d'une effervescence brouillonne. Il s'agit de réduire la dépense publique, et du coup, on gratte et tape là où on le peut. Pas de réflexion sur les missions de l'État, pas davantage sur la manière de dépenser.

Tiens, un exemple : dans les Hauts de Seine, j'ai ouïe dire que le Conseil Général s'apprêtait à investir plusieurs dizaines de millions d'euros dans un groupe de collèges pour les doter d'un environnement numérique de qualité. Il fait pour cela appel à plusieurs prestataires qu'il va payer très cher. Or, de source bien informée, on trouve dans certains de ses établissements scolaires, des équipes qui obtiennent, en matière d'usage des nouvelles technologies des résultats similaires aux objectifs souhaités pour des coûts dix fois moins importants.

Mais voilà, on est dans deux travers bien français : a) big is beautiful b) c'est mieux quand ça vient d'en haut.

Dans ce cas précis, j'imagine très aisément que l'on pourrait faire aussi bien pour des coûts bien moindres. Mais ce n'est sans doute pas le seul exemple en France.

La majorité n'est pas seule en cause : le PS demeure persuadé que l'État peut assurer toutes les missions et qu'il suffit donc de taxer à tire-larigot pour trouver les ressources nécessaires.

Même du côté des formations centristes issues de l'UDF, Nouveau Centre, Alliance centriste, il y a bien une pensée sur les finances publiques, mais absolument aucune réflexion sur les arbitrages.

Seul le MoDem a entamé une véritable réflexion sur les choix qu'il convient d'opérer, faute de pouvoir tout payer, à l'instar, d'ailleurs, de ce qu'ont fait les LibDems en Angleterre, qui eux, disposaient d'un document chiffré.

Même si le programme du MoDem n'en est encore qu'à ses balbutiements avant d'envisager pouvoir devenir un programme de gouvernement, au moins a-t-il le mérite d'avoir ouvert la voie.

J'ai des divergences avec ce programme, sur un certain nombre de points, mais la méthode est la bonne, et on peut discuter. C'est une avancée décisive. Espérons que d'autres partis sauront emprunter le même chemin afin d'alimenter un débat nécessaire.

samedi, 19 juin 2010

Superpuissance des États-Unis ? (sujet d'histoire 2010)

Sympa, finalement, le bac ; c'est un occasion de plonger dans des réflexions intéressantes. Au bac S, il y avait un sujet savoureux : « La superpuissance des Etats-Unis et ses manifestations dans l’espace mondial ». Bon, je ne suis pas vraiment qualifié pour tenter de traiter un tel sujet, mais une chose me saute aux yeux, dans ce domaine, c'est l'évidence du paradoxe que vivent les USA.

Première puissance, militaire, politique, économique et culturelle, copiés partout sur la planète, aimés ou détestés, leur pouvoir se manifeste aux quatre coins de la planète, mais jamais de manière univoque.

Ainsi, dans le domaine géopolitique, l'absence de contre-poids a généré une multitude de conflits régionaux sur lesquels, faute d'effet de balancier, il est difficile d'exercer des actions efficaces.

Première puissance économique, mais pays le plus endetté du monde et dont la dette ne repose que sur l'équilibre d'une terreur : premiers acheteurs de la planète, l'économie de leurs créanciers dépend de leur consommation. C'est bien la raison pour laquelle la Chine, qui regorge de bons du trésor américain se garde bien d'en agiter la revente comme autant d'épouvantails.

Première puissance culturelle, mais ceux-là même qui portent des jeans dans nombre de pays du Moyen-Orient brûlent dans le même élan le drapeau américain.

Première puissance idéologique, mais, dans le monde entier, libéralisme et capitalisme qui sont les deux mamelles auxquelles se nourrit l'Amérique sont battus en brèche.

Ce serait long de faire une dissertation sur le sujet, mais pour ma part, je n'aurais jamais évoqué les manifestations de la super-puissance américaine sans signaler systématiquement les réactions qu'elle engendre.

Partout le monde entier attend les USA, et leur reproche soit une inaction soit un surcroît d'activité politique, économique, militaire ou culturelle.

La Superpuissance américaine ne peut se permettre d'être neutre ou en repos, et en même temps, le moindre de ses mouvements excite la moitié de la planète...

In fine, c'est la capacité à survivre à ces contradictions et à les gérer qui fait des USA une super-puissance qui a survécu jusqu'à nos jours. La voie est pourtant étroite, et près du Capitole, il y a la roche tarpéienne. Sans ennemi de prédilection, il est plus difficile de faire son chemin.

Quand Athènes est tombé, la puissance de Sparte qui avait frappé la Grèce pendant un siècle ne mit pas trente ans à tomber.

mercredi, 16 juin 2010

Retraites, un premier pas...

Le gouvernement de François Fillon a enfin accompli une réforme d'envergure. Il vient de rendre sa copie sur les retraites. Oh, bien sûr, le compte n'y est pas, il faut encore trouver 19 milliards d'euros, mais enfin, ne faisons pas la fine bouche, c'est un début.

On trouve toujours à gauche des individus pour fantasmer sur les milliards des riches ou encore des flux financiers. Cette réforme des retraites a un mérite : elle montre la réalité crue. Les hauts salaires, les stock-options, en dépit du déluge de délires que l'on a entendu dans toute la classe politique, même taxés, sont bien loin de fournir le financement de nos retraites. Ils n'y contribuent que marginalement. Un report jusqu'à 62 ans était inévitable, et, à mon avis, ce n'est pas fini. Aligner les cotisations des fonctionnaires sur celles du privé également. Bon choix que d'avoir choisi de l'étaler sur dix années.

En dépit du volontarisme du gouvernement, la question de l'emploi des seniors demeure en suspens. Je crains hélas qu'il n'y ait un vrai problème de société derrière, qui tient à notre représentation des âges de la vie et à la pénibilité du travail en général.

On ne pouvait faire une réforme radical compte-tenu de l'ampleur de la tache, mais j'escompte bien, du coup, que cette réforme ne soit qu'une étape. Une fois les comptes équilibrés, ce qui est le premier objectif, il faudra envisager des modes de calcul plus cohérents, et je pense évidemment au système à points et aux comptes notionnels. C'est ce qui manque à cette réforme : c'est une cautère, mais ce n'est pas une réforme systémique. Gageons que nous finirons bien par y venir, mais peut-être pas avec ce gouvernement-là.

Je ne vais pas taper sur le gouvernement sur une réforme de cette ampleur, parce que ce n'est pas facile, parce qu'il en prend déjà plein la poire, et parce qu'il est le premier gouvernement à attaquer de front le problème depuis un moment. Reconnaissons à Fillon le mérite de ne pas faiblir sur des choses de ce genre. Il y a un concert de glapissements côté socialiste, mais je donne ma main à couper aux lecteurs que s'ils arrivent au pouvoir, ils ne reviendront pas dessus, bien contents que quelqu'un ait fait le sale boulot à leur place.

Je suis en revanche hostile au report de l'âge sans décote, tout comme Robert Rochefort et plus généralement le MoDem, de 65 à 67 ans. 67 ans, cela commence à faire beaucoup, même si l'espérance de vie s'allonge.

Après, il faut habiller cette réforme de justice sociale, parce que cette dernière est une condition sine qua non d'une réforme acceptée par le peuple. Cela suppose de légiférer sur les retraites des parlementaires. Tiens, au fait, dénonçons la démagogie qui consiste à attaquer les retraites-chapeau. Les retraites-chapeau sont provisionnées entièrement sur fonds privés par les entreprises privées. Si les entreprises privées veulent mettre de côté des sous pour payer des retraites à leurs cadres dirigeants c'est leur droit. Dès lors que l'État n'y est pas de sa poche. Sur ce dernier point, j'ai cru comprendre que les primes versées étaient déductibles de l'impôt sur les sociétés. Il serait donc légitime de revenir sur cette niche fiscale. Nos impôts n'ont pas à financer ces retraites qui devraient être laissées à la libre capitalisation des entreprises mais en aucun cas impliquer les pouvoirs publics. En effet, financer les retraites des cadres dirigeants ne relève pas d'une particulière opération de salubrité publique. Cela ne nous concerne donc pas.

Pour finir, c'est amusant de voir des responsables politiques faire les marxistes de service. Marine Le pen, par exemple, mais aussi Corine Lepage, qui ne parle plus que de taxer les revenus du capital, par exemple...

Je sais que les divers mouvements politiques vont réagir en expliquant que le gouvernement n'attaque pas la principale cause du déficit des retraites : l'emploi. Comme on l'aura constaté, c'est tout de même le domaine où il est le plus difficile d'être efficace, tant on touche là à des problématiques pas uniquement nationales. Juste, mais...un peu facile. S'ils ont des solutions miracles, qu'ils les proposent...

P.S, tiens, au fait, je viens de recevoir en exclusivité la réaction du MoDem. Je la publie sur le Post.

17:00 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : retraites, fillon |  Facebook | | |

mardi, 15 juin 2010

Austérité ? Rigueur ? Qui, comment, où ?

Tous les jours François Fillon promet aux Français de la sueur, du sang et des larmes. D'accord. On a compris. Tous les jours, François Fillon lance des chiffres à l'emporte-pièces. 100 milliards, dernièrement. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy s'est plié aux conditions allemandes sur les sanctions qui toucheraient désormais les pays de l'Europe qui feraient joujou avec la barre des 3%. Nous, c'est pas joujou, ce serait plutôt Disneyland catégorie grand 8...

Quand va-t-on donc passer aux choses sérieuses ? C'est à dire discuter précisément de nos dépenses, déterminer qui va payer, pour quoi et comment ? C'est ce que Marielle de Sarnez réclame à François Fillon, et elle a bien raison.

Au Mouvement Démocrate, nous avons les idées claires là-dessus : nous savons ce que nous voulons garder et ce à quoi nous renonçons. Nous savons aussi quels efforts nous sommes prêts à consentir. Alors ouvrons ce nécessaire débat.

15:21 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : sarnez, rigueur |  Facebook | | |

vendredi, 11 juin 2010

Le cas Boutin me laisse perplexe

Le salaire que touchait Christine Boutin pour sa mission sur la mondialisation a fait grand bruit. Plus exactement, ce qui a buzzé, c'est le fait qu'elle cumule sa retraite de parlementaire et le dit salaire. Et puis on a jugé çà et là que le salaire était trop élevé. C'est bien possible, mais je ne comprends pas pourquoi la Toile est tombée à bras raccourcis sur Christine Boutin.

Est-ce que cela signifie que l'on ne peut plus cumuler une retraite et un salaire ? Ce n'est pas un très bon signal : au contraire, il faut favoriser l'adjonction de l'un avec l'autre. Non, le seul angle d'attaque cohérent, me semble-t-il, c'est contre son employeur. En ces temps de disette budgétaire, alors que l'État regorge de hauts fonctionnaires compétents, quel besoin était-il d'engager de manière surnuméraire une parlementaire à la retraite ?

Christine Boutin a tort de renoncer à son salaire tout en poursuivant sa mission. Cette mission est un travail, et tout travail mérite salaire. Il valait mieux, comme l'a souligné le Faucon, jeter l'éponge.

En tout cas, j'espère bien que la jurisprudence va s'appliquer, au point où l'on en est : des missions, confiées à tous les échelons de la vie politique, elles sont légions en France. J'aimerais simplement que l'on s'appuie sur un argument de bon sens, du type Rasoir d'Ockam : supprimons tout ce qui n'est pas nécessaire. Ce serait un premier pas pour réapprendre à dépenser au sein des pouvoirs publics français.

Évidemment, si l'on pense que ce sont des missions de complaisance, alors il faut aller jusqu'au bout et poursuivre en pénal, puisqu'il ne s'agit plus d'une dépense surnuméraire mais de trafic d'influence...

Pour conclure, je plussoie la proposition de Valérie Pécresse. On devrait faire de même, d'ailleurs, dans les municipalités, les conseils généraux et les conseils régionaux...

13:05 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : boutin, salaire, mission |  Facebook | | |