vendredi, 03 février 2012

Du rififi au top politique d'e-buzzing

L'un de mes jeux favoris, à chaque début de mois, c'est de faire mon quarté-quinté plus du top e-buzzing des blogues politiques. Généralement, je suis bon dans les pronostics.

Par exemple, ce mois-ci, il va y avoir une révolution. PMA va descendre à la 4ème place du classement, tandis que le blogue d'Éva Joly et celui du tovaritch Gauche de Combat prendront respectivement les 2ème et 1ère places. Pensez donc : l'un et l'autre dépassent 300 points, avec un pic à près de 350 pour le Comrad Gauche de Combat. La pravdasphère n'en tient pas moins la corde avec  quelques blogues qui franchissent le cap des 200 points.

J'aurais pu titrer splendeur et misère des blogues : je tendais à penser récemment que leur temps était fini, et d'ailleurs, l'un des plus emblématiques de la grande époque ferme. C'en est fini de Diner's room. Cela ne nous rajeunit pas.

Mais dans le même temps, la presse courtise les blogueurs les plus influents. Europe 1 avec son lab,  Taddeï avec son ring, Anne Sainclair avec son Huffington, L'express, le Nouvel Obs avec son plus, Marianne de longue date, et, tout récemment, un agrégateur de news pour mobile et smartphone courtisent les blogueurs, leur proposent parfois des contrats et les glissent en une de leur webzine.

Pourtant, je ressens, pour ma part, un tassement significatif de l'audience des blogueurs. J'oscille pour ma part entre 15 000 et 20 000 visiteurs uniques mensuels (données hautetfort) depuis trois quatre mois. C'est mon audience "naturelle" dès lors que j'écris un à deux billets par jour. Mais ce que je constate, c'est qu'en dépit des liens d'autres blogueurs qui peuvent affluer vers mon blog, leur apport en audience est devenu complètement marginal à l'exception de PMA et de Hashtable qui m'apportent aux alentours de 1%  de mes visites chacun.

Marianne2, en revanche, tient désormais une place considérable puisque 15% de mes visites proviennent de cette revue en ligne. J'ai un peu moins de 30% d'accès direct, un peu plus de 30% pour google (mais 1.5% seulement pour google actualités !) et je vois en revanche monter en puissance facebook et twitter qui m'amènent à eux deux près de 7-8% de trafic. A une ou deux exceptions près, la plupart des autres blogueurs ne m'amènent pas plus de 0.2% de visites.

Il n'en a pas toujours été ainsi. Autrefois, on cherchait le lien du blogue influent tant il faisait croître le trafic. Aujourd'hui, il n'a d'impact que sur les classements de blogues. 

Ce sont ces trajectoires divergentes qui ont trompé, à mon avis, ceux qui voyaient dans les blogues un nouvel eldorado, et au premier chef Pierre Chappaz (mais Vendredi est tombé dans le même panneau). L'échec de wikio, c'est précisément de s'être laissé prendre à l'illusion de blogues qui se liaient entre eux sans jamais confirmer par l'audience ce qu'ils étaient censés porter en termes d'influence. Associer twitter à l'évaluation de leur poids s'est avéré bien trop tardif et insuffisant (et Facebook ?). 

Il a été une politique de wikio d'abandonner la comptabilité des blogrolls puis  de refuser de prendre en compte les liens d'une partie des pure-players. Moi, je crois qu'il faut tout considérer si l'on veut être exhaustif, et, pour ce qui concerne les blogrolls, particulièrement celles qui sont dynamiques. Prenez Didier Goux (que Le monde vient de classer à ma grande hilarité comme blogue de gauche) : figurer dans sa blogroll, c'est l'assurance de recevoir au moins 250 à 300 visites supplémentaires chaque semaine.

Considérons fdesouche (tiens, il est en panne ce soir), le site emblématique de la fachosphère, c'est à l'évidence le seul blogue véritablement influent que je connaisse : un lien chez eux, c'est 2000 à 3000 visiteurs dans la journée au minimum. Pourtant, ni Didier Goux ni fdesouche ne figurent dans la base de liens d'e-buzzing. Ce serait pourtant nécessaire.

Bref, à trop vouloir distinguer influence et audience sous prétexte que la seconde était trop complexe à appréhender, on a noyé le bébé avec l'eau du bain.

S'il fallait vraiment établir le classement des blogues politiques les plus influents de France, il ne serait pas celui qui figure actuellement au top d'e-buzzing, et, sans doute bien moins mono-colore. Le FN et ses soutiens y feraient certainement une entrée en force. Nicolas Dupont Saint-Aignan figurerait sans doute au côté de Mélenchon dans le top10, et des icônes comme Koz et peut-être Authueil pourraient réintégrer le top 20.

Il reste, à la fin, et pour se consoler, le plaisir de bloguer. Parce que bloguer, c'est aussi beaucoup et avant tout un jeu. Je le prends, en tout cas, comme tel, pour ma part, même si je suis conscient des incidences de ce que j'écris dans le monde réel.

Si les blogueurs étaient des financiers, nul doute qu'ils nous auraient mis au point la troisième génération de subprimes, tant ils excellent à s'introduire dans les failles de tout système de classification pour mieux le travestir et le falsifier. Mais...c'est sans doute aussi la règle du jeu :-)

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jeudi, 16 décembre 2010

Fabrication hexagonale

J'évoquais dans deux billets précédents ce que pourraient être l'ébauche d'une économie du recyclage d'une part, puis d'autre part un code de consommation tout personnel. Je poursuis donc cette réflexion en m'appuyant sur les données qui figurent sur deux blogues : Hexaconso et la Fabrique Hexagonale.

L'un et l'autre donnent des noms d'entreprise dont la production est intégralement ou quasi-intégralement réalisée sur le sol français. Hexaconso ajoute une information fort précieuse : une fiche d'identité de chaque entreprise précise son nombre d'employés et la localisation de l'atelier ou de l'usine. On sait ainsi le nombre d'emplois en jeu en achetant français.

En parcourant les listes élaborées par ces deux sites, je crois avoir dégagé quatre écueils au moins sur lesquels butait cette production hexagonale :

1) un rétrécissement radical de l'offre de produits. Bien trop peu de diversité à tous points de vue.

2) un coût souvent supérieur aux productions allogènes.

3) parfois une absence d'innovation ou de créativité. De la qualité pas toujours au rendez-vous.

4) une vraie difficulté à présenter une offre claire, notamment sur internet (site en construction, incomplet, sans prix indiqués, par exemple)

Difficile d'allier toutes les qualités. Considérons le cas de Set in black,  par exemple, qui a fait de la maille noire son étendard. L'entreprise a une ligne de vêtements. Jolis. Mais un polo homme, contînt-il de la soie, ne coûte pas moins de 131 euros. Objectivement, sa coupe est magnifique, et j'aime beaucoup. Une solde est annoncée à 50%. Cela signifie donc que le prix habituel pour ce polo est de 262 euros ou alors que le site est mal conçu puisque le système de paiement indique bien 131 euros (si le solde était sur ce montant, alors la somme finale serait de 65,50 euros). Il faut le vouloir pour être prêt à débourser une somme pareille pour un polo.

Fabriquer en France a un coût évident : sommes-nous prêts à le payer, voilà une première question qui me paraît patente. Mais corollairement, sommes-nous prêts aussi à admettre de nous retrouver un jour au chômage parce que le service que nous rendons, l'objet que nous fabriquons seront réalisés ailleurs ? Set in Black, c'est 181 emplois en France. Qu'ils cessent de vendre, et c'est le malheur qui s'abat sur 181 foyers.

J'ai regardé une autre entreprise, spécialisée sur un seul créneau : la chemise pour homme. Lordon est installée à Châteauroux et emploie 11 personnes. J'avoue avoir eu une bonne surprise. Pour des chemises de qualité, les prix tiennent la route. Aux alentours de 80 euros pour une chemise de qualité, c'est acceptable...pour ceux qui en ont les moyens ! Les cravates à 20 euros, c'est correct aussi.

J'ai regardé ce qu'il se faisait avec les jouets pour enfants, puisque nous approchons de noël. Du bois, encore du bois et toujours du bois. Sommes-nous encore capables de produire du plastique en France, nom d'un Gaulois ? Miracle ! Un unique fabricant de jouets réalise ses produits en plastique. Ecoffier. L'inconvénient, c'est que les retours des utilisateurs divergent : si certains sont satisfaits, d'autres dénoncent des défauts qui n'ont rien à envier à la contrefaçon chinoise du meilleur label de mauvaise qualité... Et les poupées alors ? Petit Collin semble avoir un véritable savoir-faire dans ce domaine, son site présente bien, mais, après un quart d'heure de lecture, pas moyen de trouver un prix...Ouf, une boutique qui affiche le prix d'une poupée. 30 euros. Il y en a des moins chères, mais si la qualité suit, c'est un prix acceptable.

On a parfois quelques bonnes surprises : j'ai appris que Monoprix fabriquait en France toutes les fournitures scolaires génériques que l'enseigne propose dans ses grandes surfaces.

Mieux, dans ce domaine, Oxford, marque française s'il en est qui fabrique tout en France, avait présenté une authentique innovation à un prix défiant toute concurrence (un peu plus d'une dizaine d'euros) en 2009 : un cahier de textes adapté au stylo numérique, capable de transférer sur un ordinateur ce qu'on y écrit.

Une chose, en tout cas, me paraît certaine : on se ridiculise à dénoncer d'un côté les méfaits du libéralisme, de la concurrence libre et non faussée, et, de l'autre à en profiter à plein, car c'est bien là l'un des moteurs de notre société de surconsommation.

Pour le MoDem et François Bayrou, pour lesquels la fabrication hexagonale est désormais une priorité économique, il y a dans ces modèles d'entreprises qui tentent vaille que vaille de maintenir leur production dans leur pays d'origine, les ferments d'une recomposition du paysage industriel de la France. 

samedi, 11 décembre 2010

Éducation, rendons justice au MoDem...

Je m'en prends régulièrement aux positions exprimées par les responsables du MoDem (hors Bayrou et Lassalle) sur l'éducation, mais, je dois être juste : autant le projet humaniste est très décevant et n'évite aucun des lieux communs de la gauche, autant le document de travail de la Commission thématique du MoDem sur le sujet est de bonne qualité. Sylvain Canet et tous les membres de cette commission ont fait du bon boulot.

Il s'y trouve notamment un fil directeur auquel je suis très attaché, qui est l'idée de libérer les initiatives et de faire sauter tous les carcans. C'est pour cela, par exemple, que la Commission propose de donner aux établissements scolaires leur autonomie financière, ou encore d'individualiser les parcours au point de fonctionner par modules, disciplines fondamentales exceptées.

Il y a dans ce document des passages qui me font évidemment très plaisir à lire, comme celui-là, par exemple, qui résume bien ma pensée : 

L’égalité des chances doit être considérée pour ce qu’elle est, c’est-à-dire un droit et non une idéologie qui prônerait une égalité aveugle et une uniformité déviant vers un culte de l’égalitarisme forcené. Essayer d’atteindre l’égalité des chances, c’est d’abord se doter d’une école exigeante envers tous. À l’heure de la compétition mondiale, il importe de garantir des formations de qualité (générales comme professionnelles).

Ça, j'aime bien.

Sans perdre de vue l’objectif de promouvoir chaque  personne au plus haut niveau de son potentiel − ce qui suppose d’avoir fourni à chacun les conditions nécessaires à son expression − il serait criminel de laisser s’engager quelqu’un sur une voie alors qu’on estime bien minces ses chances de réussite. L’orientation dans un choix élargi de cursus prenant en compte les diversités d’aptitude est donc un enjeu majeur et ne doit pas être univoque, c’est-à-dire que des passerelles permettant des allers-retours doivent exister entre les différentes voies de formation, parce qu’il est possible d’emprunter des chemins différents pour, finalement, parvenir au même point.

Ça aussi. Et puis en préambule :

Savoir lire, écrire et compter est un pré requis pour s'éveiller au monde qui sera réaffirmé. Pour autant ces apprentissages ne se réduisant pas à une seule mécanique, nous souhaitons les voir s'épanouir par une culture scolaire ambitieuse : Arts, histoire, littérature…, mais aussi environnement, humanités,…, et encore technologies, droit, économie, média, Europe,…

En fait, ce que je voudrais, moi, c'est qu'on largue ce qui figure dans le Projet Humaniste et que l'on reparte de ce très bon document de travail, empli de bon sens à plein d'égards. Je me suis obstiné, sur e-democrates, à tenter de reformuler ce que propose le livre orange, mais en fait, je crois que je vais plutôt repartir du travail des Commissions, de bien meilleure qualité. Au passage, je pense qu'il faudrait, si c'est possible, créer une commission Industrie, quitte à l'associer à la Commission Économie, comme la Jeunesse l'est à l'Éducation.

dimanche, 14 novembre 2010

Le PDE réfléchit sur la natalité européenne

Quand il y a un congrès du Parti Démocrate Européen, le groupe politique auquel appartient le MoDem à l'échelon européen, je le suis avec la plus grande attention, car je suis certain, à tous les coups, d'y trouver une moëlle des plus substantifiques pour ma propre réflexion. Robert Rochefort était chargé de rendre une synthèse sur le modèle social européen. Ce que son groupe de travail a écrit sur la natalité et la stimulation de la natalité européenne est très proche de ce que je pense.

Dans de nombreux pays européens, la politique familiale est insuffisante. On ne peut renvoyer à la seule vie privée la recherche de conciliation entre les différentes contraintes de la vie moderne qui conduit trop souvent au recul de l'âge de la maternité voire tout simplement à l'abandon du projet d'avoir des enfants. Or la stimulation de la natalité - tout en respectant le désir des familles - est la première des mesures de long terme qui combat le vieillissement de la population européenne. Comment faire ?

Les gouvernements ont mis en place différentes mesures financières destinées à encourager les parents à concevoir plus d'enfants : des primes de naissance, des réductions fiscales, ou encore des allocations distribuées aux familles pendant toute la durée de l'enfance et souvent de l'adolescence. Comme nous l'avons vu dans le premier chapitre, ces soutiens financiers varient fortement en quantité et en nature d'un Etat membre à l'autre. Cependant, les études montrent que de telles mesures tendent à avoir des impacts très faibles sur la fertilité, et que ceux-ci sont sur le très court terme. Il semblerait notamment que les "bonus" de naissance et autres initiatives de ce type tendent à encourager les parents qui avaient déjà décidé d'avoir un enfant de concevoir celui-ci plus tôt que prévu, mais n'aient que très peu d'impact sur les parents qui n'avaient pas pris la décision de procréer.

Néanmoins, ce qui est le plus déterminant a trait à la possibilité pour les individus de pouvoir concilier de façon très concrète leur vie professionnelle et leur vie familiale. Pour le Parti Démocrate Européen, c'est sur cela que les pouvoirs publics, nationaux et européens, doivent agir en priorité.

Il faut d'abord développer les mécanismes de garde des jeunes enfants à disposition des familles et en faciliter l'accès.

Ainsi, les horaires d'ouverture des écoles maternelles et primaires pourraient être allongés et celles-ci rester ouvertes durant une partie des vacances scolaires en développant les activités extrascolaires. Pour les plus jeunes, il faut développer l'offre de service de garde, en particulier multiplier le nombre de place de crèches, tant en zone rurale qu'en zone urbaine. Dans certains pays de l'Union, cela n'existe pas du tout, et il convient de créer cette forme d'accueil.

En outre, il faudrait que les ménages les plus modestes puissent bénéficier d'un mécanisme d'aides financières directes à la garde d'enfants. Attention toutefois à ne pas confondre les politiques familiales et celles de lutte contre la pauvreté. L'une et l'autre sont des nécessités mais elles possèdent leur logique propre. La France, pays qui a peut- être le mieux réussi à établir puis à préserver un "package" de mesures destinées à rendre compatible la vie professionnelle et la vie familiale - surtout pour les femmes - obtient des résultats relativement satisfaisant en terme de natalité par la coexistence - toujours menacée - des deux politiques.

Une idée intéressante est le label "employeur respectueux de la famille", comme le système de certification lancé par la Slovénie en 2007. Celui-ci encourage les employeurs à introduire sur le lieu de travail des politiques prenant en compte les besoins des familles - "chèques garde d'enfants" permettant de subventionner le placement de ceux-ci en centre aéré pendant les vacances, mise à la disposition des salariés une structure de garde durant les vacances scolaires, etc. - en valorisant l'entreprise par l'octroi d'un label spécifique la différenciant de ses concurrents sur le marché de l'emploi.

Il faut également favoriser le temps partiel avec horaires aménagés. Les outils modernes de communication choisis (webmail, téléphone portable, fax, vidéo conférence, etc.) donnent aux individus toutes les clés pour travailler efficacement depuis leur domicile. Il faut donc encourager les possibilités de télé travail afin de faciliter l'exercice d'une activité professionnelle pour les parents qui gardent leurs jeunes enfants à domicile.

Il faut aussi promouvoir le congé paternité, qui reste très peu développé en Europe, alors qu'il vise à aider les pères à s'insérer dans leur rôle et participe à l'amélioration du partage des tâches entre les hommes et les femmes.

Signalons enfin que la politique familiale est par définition interministérielle. Elle touche à tous les autres secteurs de la vie publique. Il faut insister tout particulièrement à cet égard sur la nécessité de prendre en compte les besoins de logements confortables et à prix abordables pour les familles. Or ce n'est pas le cas aujourd'hui dans de très nombreuses villes importantes de l'Union. La hausse des prix des loyers y a été très élevées et les constructions neuves insuffisantes. Lorsque les familles n'ont pas d'autre choix que de rester au cœur des villes dans des logements exigus, ou bien de devoir s'installer dans les périphéries éloignées, cela peut retarder ou endiguer leurs projets de parentalité.
D'une façon générale on constate dans les pays de l'Union que le nombre "désiré" d'enfants par les couples est inférieur à celui qu'ils procréent (de 0.3 à 0.5 enfants en moyenne). Tout doit être fait pour réduire et tendre à supprimer cet écart. Pour tous les humanistes, existe-t-il un projet plus important que celui de permettre aux familles de réaliser leur projet de descendance ? Le paradoxe de la société d'hyperconsommation réside bien ici : tout est fait pour pouvoir disposer des objets du moment (voiture, écran de télévision à haute définition, téléphones portables, consoles de jeu...) mais cela se fait parfois au détriment du troisième, voire du second enfant pourtant désiré.

lundi, 09 août 2010

John Stuart Mill, ancêtre spirituel du MoDem ?

D'une culture insuffisante en théories économiques et politiques, je m'applique, dans la mesure de mes moyens et de mon temps disponible à combler peu à peu mes lacunes. Je viens de découvrir John Stuart Mill. Bien sûr, j'en avais entendu parler, je savais qu'on le classait parmi les libéraux mais qu'il était apprécié au centre-gauche ; en revanche, j'ignorais en quoi consistent ses thèses.

Il fait partie du courant réformiste : le progrès, de son point de vue, ne peut se réduire à la croissance économique. Il passe par une meilleure distribution des richesses, et le progrès social implique des changements profonds dans les rapports sociaux :

- pas de liens de dépendance, au moins dans une société avancée. Y compris entre hommes et femmes. Mill est un féministe de la première heure qui condamne l'aberration économique et éthique que consitue la mise sous tutelle et en minorité des femmes. Il ne cessera de vanter les mérites de la sienne à laquelle il attribue une large part dans on oeuvre.

- pas de lutte des classes mais recherche du consensus et de l'intérêt commun entre les groupes sociaux.

Il imagine une société où dans la seconde partie de leur carrière, les ouvriers deviennent à leur tour des patrons afin d'éviter une césure peu souhaitable entre deux catégories de population. L'instruction est au coeur de cet objectif.

Partisan d'une participation des ouvriers aux résultats de l'entreprise, il juge qu'une association entre ouvriers et entrepreneurs conduirait plus sûrement vers une convergence d'intérêts.

Mill est évidemment favorable à l'économie de marché mais ne récuse pas une intervention de l'État en cas de nécessité. Il n'en est pas moins convaincu que le laisser-faire doit être la règle générale et l'intervention étatique l'exception : à l'action de l'État il préfère de loin celle, collective, des citoyens auxquels il faut donner l'habitude de procéder ainsi.

La libre concurrence, en dépit de quelques inconvénients, lui paraît une excellente chose, principalement parce qu'elle casse les monopoles. Toutefois, conscient que l'individu n'est pas toujours éclairé dans ses choix, il conseille de limiter les actes contractuels dans le temps. Il est en faveur d'une instruction publique de la qualité, observant que l'individu ne se montre pas nécessairement un consommateur éclairé, conscient de son intérêt.

Il se défie presqu'autant des grosses sociétés commerciales que l'État, car elles se caractérisent par des lourdeurs similaires. En certaines circonstances, il estime nécessaire l'intervention de l'État pour rétablir l'intérêt général (distribution d'eau, éclairage public, chemins de fer, services d'hygiène, par exemple).

Dans le domaine fiscal, il propose de limiter donations et successions afin de ne pouvoir garantir mieux qu'une indépendance modérée aux héritiers et donataires. La richesse doit être le fruit du travail personnel.

Comme il considère que la concurrence ne peut résoudre le problème de la pauvreté, il juge que l'État doit intervenir, tout en mettant en garde contre le risque de dévier vers l'assistanat.

Sur le fond, Mill estime que le progrès économique doit être au service du mieux être et non s'y substituer.

J'ai retrouve dans cette présentation de Mill à peu près tous les fondamentaux du MoDem, et, plus généralement, du social-libéralisme. Je me sens très proche de Mill sauf sur les aspects fiscaux où j'ai des convergences bien plus fortes avec les libéraux classiques. J'estime en effet que chacun doit pouvoir jouir de ses biens comme il l'entend. Y compris les donner s'il le désire. Toutefois, j'entends approfondir ma connaissance de l'auteur en entrant dans ses oeuvres. Je commenterai ici "Sur la liberté" et "Principes d'économie politique" puisque je compte entreprendre la lecture de ces oeuvres.

lundi, 21 juin 2010

Budgets et déficits, le temps d'avance de Bayrou et du MoDem

J'ai lu que Guéant annonçait de nouvelles réductions de dépenses. Il envisage même de bloquer les salaires des fonctionnaires.

Cela me frappe, quand je considère l'action de l'UMP ou les déclarations d'autres partis, de voir à quel point il manque une réflexion sur les missions de l'État. A ce jour, seul le MoDem a commencé à mener sérieusement cette réflexion, s'inspirant des travaux de l'UDF, des réflexions de ses commissions, et des thèses de François Bayrou.

Du côté du gouvernement, on a l'impression d'une effervescence brouillonne. Il s'agit de réduire la dépense publique, et du coup, on gratte et tape là où on le peut. Pas de réflexion sur les missions de l'État, pas davantage sur la manière de dépenser.

Tiens, un exemple : dans les Hauts de Seine, j'ai ouïe dire que le Conseil Général s'apprêtait à investir plusieurs dizaines de millions d'euros dans un groupe de collèges pour les doter d'un environnement numérique de qualité. Il fait pour cela appel à plusieurs prestataires qu'il va payer très cher. Or, de source bien informée, on trouve dans certains de ses établissements scolaires, des équipes qui obtiennent, en matière d'usage des nouvelles technologies des résultats similaires aux objectifs souhaités pour des coûts dix fois moins importants.

Mais voilà, on est dans deux travers bien français : a) big is beautiful b) c'est mieux quand ça vient d'en haut.

Dans ce cas précis, j'imagine très aisément que l'on pourrait faire aussi bien pour des coûts bien moindres. Mais ce n'est sans doute pas le seul exemple en France.

La majorité n'est pas seule en cause : le PS demeure persuadé que l'État peut assurer toutes les missions et qu'il suffit donc de taxer à tire-larigot pour trouver les ressources nécessaires.

Même du côté des formations centristes issues de l'UDF, Nouveau Centre, Alliance centriste, il y a bien une pensée sur les finances publiques, mais absolument aucune réflexion sur les arbitrages.

Seul le MoDem a entamé une véritable réflexion sur les choix qu'il convient d'opérer, faute de pouvoir tout payer, à l'instar, d'ailleurs, de ce qu'ont fait les LibDems en Angleterre, qui eux, disposaient d'un document chiffré.

Même si le programme du MoDem n'en est encore qu'à ses balbutiements avant d'envisager pouvoir devenir un programme de gouvernement, au moins a-t-il le mérite d'avoir ouvert la voie.

J'ai des divergences avec ce programme, sur un certain nombre de points, mais la méthode est la bonne, et on peut discuter. C'est une avancée décisive. Espérons que d'autres partis sauront emprunter le même chemin afin d'alimenter un débat nécessaire.

lundi, 22 mars 2010

Retroussons les manches...

Bon, les régionales sont enfin terminées. Ouf. Bravo à Jean Lassalle qui a donné un exemple de ce qu'offre un positionnement vraiment indépendant et pas à la remarque de la gauche et des écologistes. Ségolène Royal n'est pas une candidate démocrate, mais je la félicite aussi pour son score. J'étais partisan, je le rappelle, d'une alliance de premier tour avec elle. Dommage, in fine, que ce soit cet opportuniste d'Alexis Blanc qui représente finalement le centre dans sa majorité, alors que c'eût pu être de véritables centristes. Je ne connais pas les deux autres militants débauchés et je ne vois pas donc ce que je pourrais en dire.

Je l'ai écrit en milieu de semaine, c'est l'absence de clivages forts dans nos propositions qui fait notre principale faiblesse. "Démocrate", "humaniste", cela ne veut rien dire, tout le monde peut s'en réclamer. Cela peut à la rigueur agiter quelques intellectuels, mais c'est tout. Le MoDem a une opportunité s'il s'engouffre dans les créneaux que les autres partis n'osent pas exploiter.

Cela suppose de l'audace et du courage. Je prends trois exemples :

- plutôt que d'enfourcher le discours anti-capitaliste et anti-libéral de tous les partis, UMP compris, le MoDem gagnerait à revendiquer à voix haute un authentique social-libéralisme. Or, il n'ose plus même prononcer ce mot alors que l'UDF faisait d'un libéralisme modéré et pragmatique l'une des pierres angulaires de son action politique. Le social-libéralisme ne doit pas se limiter à la revendication de luttes sociales, sur le modèle de la gauche, mais bien d'une vision libérale et équitable de l'économie (défense d'une véritable concurrence libre et non-faussée, à travers, par exemple, le droit à une information claire pour les consommateurs).

- Peu osent associer les mots profit, capitalisme, industrie et l'adjectif vert : quelle crainte agite le MoDem ? Plutôt que de mettre en avant le bien vivre, le seul environnement, développons un authentique programme industriel à forte composante verte. De ce point de vue, Vivre Autrement, le livre de Corinne Lepage, a ouvert des perspectives intéressantes.

- et l'éducation ? quel retrait sur l'insipide programme du livret orange, par rapport aux vues de Bayrou pendant les présidentielles ! n'ayons pas peur de revendiquer dans l'école publique, seule perspective d'élévation sociale pour ceux qui n'ont que l'école pour l'espérer. Faisons voler en éclats le collège unique, et n"hésitons pas à reprendre des propositions entières de contestataires comme Brighelli. Ceci n'est pas contradictoire avec l'idée de promouvoir à titre expérimental, des pédagogies originales comme celle de Maria Montessori, par exemple. Et puis tiens, par exemple, maintenant que je peux dire ce que j'en pense, plutôt que de placer en tête de liste le peu fiable Azouz Begag qui n'a cessé de chanter les louanges de Queyranne, quel dommage de ne pas l'avoir proposé à Brighelli et avoir ainsi heurté de front Meirieu. Au moins, le cocktail aurait été explosif et l'on aurait entendu parler de nous. Je suis certain que Brighelli aurait attiré bien plus d'électeurs que Begag.

Si des militants MoDem, fidèles à Bayrou, se retrouvent dans ces perspectives, ils sont cordialement invités à rejoindre le cercle de réflexion que je mets en place dès aujourd'hui, auquel j'ai donné le doux nom de Fondation (soyons honnête, je l'emprunte à la Fondation d'Isaac Asimov :-) ). Il existe bien sûr d'autres espaces de débats au sein du MoDem, et chacun est libre de le rejoindre. Tôt ou tard les idées qui émergeront de ces cénacles se confronteront, pour le meilleur du MoDem. Mais maintenant, il faut travailler, et en finir avec les incantations, les accusations, les objurgations, les procès en sorcellerie et compagnie.

Pour ceux qui sont honnêtement et sincèrement intéressés, j'ai l'intention de proposer une réécriture du livret orange. Il suffit qu'ils se signalent en commentaires et je relèverai leur adresse électronique.

J'envisage de travailler ensemble sur un GoogleDocs, ou sur un forum (du type Démos), ou encore par un google-groups, et, pourquoi pas, en 3D sur Second Life ou Open Sim.

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mercredi, 30 décembre 2009

Internet et le MoDem

Internet constitue une révolution du même ordre que l’invention de l’imprimerie il y a cinq siècles. Ce moyen d'expression donne librement la parole à tout citoyen et accès à une multitude de sources d'informations complémentaires. Internet constitue un des derniers lieux de débats ouverts et contribue à l'épanouissement de la démocratie et de l'intelligence collective. Le concept de neutralité du réseau doit être reconnu comme un prérequis indispensable au développement des technologies et au maintien de la liberté d'expression. Toute forme de censure du réseau doit être rendue publique et validée par une autorité judiciaire. Les moyens doivent être mis sur l'identification des auteurs des méfaits et non pas sur une illusoire mesure de protection par un filtrage facilement contourné.

La réponse au problème des droits d'auteur sur internet tient en trois points complémentaires : développement et multiplicité des offres légales, un système au forfait illimité de type "licence globale" permettant la traçabilité des oeuvres pour tendre à une juste rétribution des ayants-droits et enfin un secteur non marchand pour la promotion des artistes qui le souhaitent (partiellement interdit en France) et la diffusion des oeuvres libres de droits. Nous soutenons le système français du droit d’auteur.

Mon commentaire : voilà, c'est clair et net, et c'est dit...Je parle du soutien au système du droit d'auteur.

La construction et l'accès à un réseau ouvert et à très haut débit est un vecteur du droit d'expression, d'accès à la culture, à de nombreux services publics et privés, au travail à distance, à l'aide au maintien à domicile, d'émancipation pour les personnes handicapées et au regain des activités locales. Les pouvoirs publics doivent encadrer et investir de manière coordonnée dans le déploiement de cet outil majeur d'aménagement sur tout le territoire, qui devrait être basé sur la fibre optique, cette dernière offrant un débit virtuellement illimité.

De la même façon, le marché du logiciel libre et interopérable est générateur d'emplois et services à haute valeur ajoutée, innovants, peu polluants et non délocalisables sur tout le territoire, surtout par des PME d'un type nouveau : les Sociétés de Services en Logiciels Libres (SS2L).

Mon commentaire : tiens, c'est astucieux ça. Ça ressemble fortement aux SSII.

Concernant les technologies de contrôle de l’individu et de l’internet, il est par exemple essentiel de faire émerger des nouveaux droits fondamentaux, tels que le droit à l’oubli, d’autant qu’en matière de fichiers, le danger ne vient pas uniquement de l’Etat : des entreprises privées (les réseaux sociaux, par exemple) détiennent en effet des masses d’informations considérables sur les individus et que ces derniers n’ont plus de contrôle sur ces informations… Il est nécessaire que les citoyens puissent savoir où ils en sont en matière de fichiers, qu’il s’agisse de fichiers commerciaux ou étatiques, dont la masse est considérable.

Mon commentaire : Oulah, c'est pas joué, ça...Comment faire avec les entreprises qui ne sont pas installées en France ?...

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mardi, 29 décembre 2009

Économie sociale et solidaire versus capitalisme

«L’économie sociale et solidaire a une longue histoire dans notre pays. Pleinement responsable, elle s’appuie sur deux principes fondamentalement humanistes : la mutualisation et la coopération. Les secteurs d’application sont nombreux, ils vont des assurances, des banques et des mutuelles de santé à l’organisation des services à la personne et à l’accueil de la petite enfance et des personnes âgées. Elle assure souvent certaines délégations de service public. L’économie sociale et solidaire se distingue de l’économie capitaliste en apportant deux avantages au bénéfice des consommateurs et des adhérents : la répercussion des gains de productivité pour faire baisser les prix et le souci de la qualité. Dans ces entreprises, les décisions sont prises collectivement. Nous refusons que l’on tente de cantonner l’économie sociale et solidaire à des activités sociales ou caritatives. C’est pour nous une forme alternative d’organisation de la production qui doit être pleinement reconnue et qui peut s’appliquer dans presque tous les secteurs. Pour la renforcer, nous proposons les mesures suivantes :

  • créer des chambres consulaires de l’économie sociale et solidaire
  • créer un fonds européen d'investissement spécifique géré par la BEI
  • favoriser la prise en compte par OSEO de cette forme d’activité
  • créer un pôle de compétitivité dans les domaines de l'expérimentation et de l'innovation sociale.»

C'est en ces termes que le MoDem décline une part de son projet économique et en particulier ses fondamentaux.  Je ne conteste pas que les ratio de répartition seront plus justes avec ce type d'économie (les SCOP, les mutuelles, par exemple, sont des modèles d'entreprises que l'on peut rencontrer dans un système économique semblable). Mais je doute fort de la capacité d'une économie de ce type à susciter suffisamment d'investissements, et, par suite, de richesses. Il y a quelques exceptions, comme FAGOR, pour les SCOP, mais je maintiens que ce type particulier d'organisation entrepreneuriale ne peut que peiner à lever des capitaux. Je persiste à penser que Schumpeter a raison de considérer qu'aucun autre système que le capitalisme ne possède le pouvoir de favoriser d'aussi importantes concentrations de richesses. Il est vrai que Schumpeter pensait que le capitalisme s'auto-détruirait et évoluerait naturellement vers le socialisme. Je fais partie de ceux qui pensent qu'il est réformable et qu'il ne faut pas abandonner ni mordre la main qui nous a si longtemps nourri.

Je crois, en tout cas, qu'il faut réouvrir le débat au MoDem, au moins pour mieux considérer les faiblesses de l'économie sociale et solidaire.

lundi, 28 décembre 2009

La banlieue et le MoDem

On nous annonce régulièrement un grand plan pour les banlieues et en réalité, il ne se passe rien ou presque. Le renouveau des banlieues proviendra de l’essor économique de ces quartiers. Et pour cela, c’est à l’Etat de montrer l’exemple, en réinvestissant massivement pour ceux qu’il a trop longtemps abandonnés. Pas seulement un Etat qui protège, mais également un Etat qui favorise l’emploi, qui éduque et qui soigne. Pour les banlieues, nous proposons :

  • le lancement d’une initiative : 100 000 TPE nouvelles dans les territoires délaissés, en particulier dans les banlieues, un tiers dans l’innovation des systèmes d’information, deux tiers dans les emplois de services. Pour cela, multiplions les offres de micro-crédit ;
  • l’organisation d’un concours aboutissant à 50 grands projets originaux et dérogatoires pour la banlieue permettant des dérogations au droit commun sur la construction, le zonage commercial, les infrastructures de transports ;
  • la priorité à la réimplantation de tous les services publics dans les quartiers les plus désavantagés ;
  • une répartition des fonctionnaires sur le territoire qui inverse les critères actuels. Les plus expérimentés doivent être incités à travailler là où on a le plus besoin d’eux, souvent en banlieue difficile.

Je n'ai pas grand chose à ajouter à ce plan du MoDem pour la banlieue. Si, un point tout de même : l'insécurité me paraît un frein au développement économique. Il faut régler cet aspect en même temps que l'on favorisera l'essor économique des quartiers. Autre chose ; le mieux peut être l'ami du pire : en développant ces quartiers, il se pourrait aussi que l'on chasse les habitants défavorisés parce que la valeur locative et immobilière d'une part, mais aussi le coût de la vie augmenteront. Cela s'est déjà vu, et c'est ainsi que tout un petit peuple est devenu pré-rural ou péri-urbain. Il ne faut pas raisonner seulement par rapport aux quartiers mais aussi par rapport à ceux qui y vivent. Et ce ne sont pas que des déclassés de l'immigration (qui monopolisent souvent attention et médias pendant que les autres sont invisibles...). Il manque à mon avis une réflexion sur ce thème dans le programme du MoDem (comme dans d'ailleurs celui de tous les programmes politiques des partis).

13:21 Publié dans Programme du MoDem | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : modem, banlieue | | |  Facebook

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