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  • Commencer un livre par le milieu ?

    Souvent, quand j'envisage l'achat d'un livre, ou simplement sa lecture, je jette d'abord un oeil au début, puis, très rapidement, je vais chercher une page quelque part au milieu du livre et je lis un extrait.

    Le problème, c'est quand le passage m'accroche : je ne puis m'empêcher de poursuivre sur ma lancée...

    Cela m'est arrivé récemment avec la Duchesse de Langeais d'Honoré de Balzac, et cela m'a réservé une surprise. J'ai commencé la lecture de l'ouvrage un peu avant que Montriveau décide d'ignorer la duchesse à la fois par dépit et par amour. Balzac boucle son récit en accéléré, relatant comment Montriveau recrute un équipage pour tenter de revoir la duchesse, réfugiée dans un couvent carmélite quasiment inaccessible en Espagne. Je n'aime pas ces fins d'histoire qui tombent comme un cheveu sur la bonne soupe d'une trame bien filée et bien menée. Seulement voilà, j'ai fait ce que je ne fais pas toujours : j'ai repris le livre depuis le début et ai découvert que la fin figure au début, mais relatée d'un autre point de vue. Et elle occupe tout un chapitre, avant d'introduire, dans le chapitre suivant, non l'histoire, mais toute une réflexion sur l'aristocratie et son déclin, en ce premier tiers de XIXème siècle.

    On y voit d'ailleurs Balzac déplorer la dégénérescence d'une aristocratie incapable d'être ce que son nom même signifie, c'est à dire le pouvoir des meilleurs. Parce que les aristocrates ne sont plus les meilleurs, conclut Balzac, ils ne sont plus capables de tenir entre leurs mains les rênes du pouvoir.

    En choisissant cette approche (assez risquée avec Balzac, en raison de la diversité de ses personnages et de la complexité et des intrigues et des relations qu'ils entretiennent entre eux), j'ai finalement eu une perspective très différente du livre, de son histoire et de son dénouement.

    Parfois, je fais pire : je commence un livre par la fin. Je suis sûr qu'il existe des ouvrages où la fin du récit se déroule en plein milieu du livre. Que le déroulement des faits coïncident ou non avec celui du livre, finalement, le choix de débuter par la première page ou non est quelque chose de très arbitraire.

    Livrons-nous à une petite comparaison : en latin, l'ordre des mots n'est pas le même qu'en français. Cela ne gêne pas plus que cela les Romains de placer un complément d'objet direct en tête de phrase, de le faire suivre du sujet, puis de placer quelques circonstances et d'ajouter le verbe. En poésie latine, ils font même pire en séparant par exemple un nom et son adjectif épithète et en intercalant au beau milieu un groupe de mots, qui peut être le COD, le verbe, le sujet de la phrase, bref, tout ce que l'on voudra.

    Et pourtant, les phrases des Romains ont bien un sens, et surtout, les idées et les notions leur viennent à l'esprit dans l'ordre dans lesquels ils énoncent chaque mot. L'apparent galimatias que forme l'ensemble pour qui tente de traduire la pensée du Romain antique faisait pourtant bien sens pour lui. 

    Pourquoi cette comparaison ? Eh bien parce que je tends à penser qu'il en va à peu près autant des livres. Toute lecture est une interprétation (tiens, je fais mon constructiviste, moi, pour une fois) et on arrive aussi bien à comprendre un livre en traduisant sa pensée qu'en la suivant (comme la traduction d'un texte latin, en somme). Rien n'empêche donc de le commencer par son milieu, sa fin, ou n'importe quel autre choix.

    Oulah, j'ai les neurones qui ont tourné, et du coup, les oreilles qui fument, moi. Voilà un sujet qui mérite bien chaîne et tag. On ne va tout de même pas donner du caviar à des cochons : il faut au moins des blogues littéraires pour répondre à un défi de cette nature. Hé hé, j'en connais tout de même quelques uns :-)

    On m'a dit que Gaël est écrivain. Il doit certainement avoir un avis sur le sujet, dans ces conditions. Ferocias qui suit l'actualité des peuples du soleil, y compris l'actualité littéraire, doit bien pouvoir donner aussi un avis (enfin...quand il aura fini de déchiffrer les Codex aztèques, ce qui devrait bien lui prendre un soleil supplémentaire au moins...).

    Thierry qui fait oeuvre d'écrivain depuis quelque temps est très certainement qualifié pour exprimer le sien aussi. AsTeR, de Sulfure et contre-sulfure (y'a culture dans le titre de son blog) qui réduit la religion à une histoire de théière ou non, pourra bien également considérer ma question.

    Reste enfin l'inénarrable Didier Goux qui vient faire de temps à autre un tour par ici, nourrit les chardonnerets, mais envisage de s'en faire un parka et conchie Fellini plus que tout ou presque...Celui-là, qui croule sous les livres pas finis, va bien avoir une petite idée aussi sur la question...

    Goddam, en fait, j'ai fait le tour des blogues littéraires que je connaissais*. Honteux, non, pour quelqu'un qui se pique de temps à autre de littérature... Si, je connais Stalker aussi, mais c'est généralement de trop haut niveau pour moi : il cite et analyse chez lui toute une série d'auteurs aux noms  barbares (ou civilisés, qui sait !) que je ne connais ni d'Éve ni d'Adam, à quelques rares exceptions près.

    Ah, j'oubliais la question : alors, commencer un livre par le milieu, hérésie ou non ? :-)

    * je connais tout de même la République des livres, d'Assouline, même s'il m'assomme deux fois sur trois quand j'en lis un billet...

  • Jacqueline de Romilly n'est plus !

    Je viens d'apprendre à l'instant que Jacqueline de Romilly était décédée, à l'âge de 97 ans. L'hellénisme a perdu avec elle une voix forte et originale. C'est son livre les Grands Sophistes dans l'Athènes de Périclès qui m'a fait découvrir des aspects très originaux de la pensée grecque, sophistes que je n'avais appréhendé que par Platon jusqu'à la lecture de ce livre.

    Et Canal Académie qui venait de mettre en ligne un entretien avec cette helléniste remarquable, Petites leçons sur le grec ancien.

    Une place d'honneur l'attend sur l'île des Bienheureux, à n'en pas douter, tant la défense des humanités aura été pour elle le combat de toute une vie.

  • Pan, dans la gueule des profs et de leurs élèves...

    Pas trop mal le dernier éditorial de François Jarraud au Café Pédagogique... Il a eu la bonne idée d'éplucher le rapport de la Commission des affaires culturelles de l'Assemblée Nationale sur les rythmes scolaires. En fait, cela va bien au-delà des seuls rythmes scolaires. François Jarraud n'est pas content. On le comprend. Nous non plus.

    Entre autres âneries monumentales, on trouve l'idée "géniale" d'alléger les contenus disciplinaires jusqu'à leur évaporation, pour reprendre la juste formule de François Jarraud.

    Vous allez halluciner, chers lecteurs, quand vous allez prendre connaissance des recommandations des deux imbéciles députés qui ont pondu le fameux rapport. Accrochez-vous bien et tenez-vous à votre siège : 

    Il serait souhaitable de réduire le temps de cours magistral, de développer les enseignements pluridisciplinaires et de repenser les temps pédagogiques et les séquences d’enseignement... Tout ceci impliquerait de faire varier les formes de regroupement des élèves. Il faudrait davantage recourir aux groupes de compétence, aux ateliers d’accompagnement, aux « cours dialogués », etc. Des cours magistraux de soixante à quatre-vingts élèves pourraient être dispensés ... 

    Génial, non ? Il fallait y penser. Putain, j'aurais mieux fait de fermer ma gueule le 28 juin dernier. Châtel prévoyait des classes à trente, mais il y a eu des zélés pour imaginer mieux. J'avais alors emprunté à Orange Démocratique sa salle d'école du futur, mais on va y arriver sans rire, avec des zozos de ce genre. Allez, encore un effort : elle pouvait accueillir 332 enfants. 60 à 80 par classe, ils sont petits joueurs les compères Breton et Durand...

    En autres joyeusetés, nos deux tristes sires envisagent d'en finir avec les disciplines actuelles pour se contenter de bloc disciplinaires, et, pour faire bonne mesure, de cesser de fixer des horaires plancher. Seuls des maxima seraient établis dans la loi, gravés dans le marbre et tout ça et tout ça. On aurait le droit de faire 0 heures de français par semaine, par exemple. Ingénieux, non ?

    Les profs vont apprécier le sort qui leur est dévolu : révision des services, considérés désormais selon la présence dans l'établissement. Je traduis : 35 heures de présence. Ségolène Royal va être contente, tiens. Ensuite, réduction drastique du temps de vacances (-3 semaines en été). Compensations salariales ? Aucune. A vrai dire, comme notre État impécunieux n'a absolument pas les moyens d'augmenter quelque salaire de la fonction publique que ce soit, à l'heure actuelle, soit ces deux idiots députés sont déterminés à faire une déclaration de guerre en bonne et due forme au corps enseignant, soit leur niveau de réflexion est inférieur à celui de cloportes atteints de la maladie d'Alzeimher.

    Je me suis dit qu'une telle "Somme" valait le détour. Du coup, j'ai été voir de mes propres yeux sur le site de l'Assemblée Nationale. Profond soupir. On nous bassine avec les réussites supposées du collège Clisthène de Bordeaux. Encore une supercherie. Le tout bien-pensant médiatique salive et bave d'admiration, mais la réalité est que les résultats de Clisthène sont conformes à ceux d'un collège de composition similaire (les résultats s'améliorent simplement parce que les classes aisées viennent s'y inscrire !). Il y a en revanche un autre son de cloche : celui des proviseurs du secteur. Ils observent que les élèves qui viennent de Clisthène ont quelques "difficultés" à s'adapter au lycée... Ainsi, la brillante expérimentation pédagogique des disciples des Meirieu et consorts (oui, oui, celui qui a été élu euro-député des Verts en Rhône-Alpes et qui prend du galon à Europe-écologie) repose en fait sur une imposture.

     

  • Les agences de notation ont bon dos

    J'y reviens encore, car chaque fois que j'entends parler d'agences de notation indépendantes çà et là, j'ai des ulcères qui me poussent dans l'estomac. Pauvre Robert Rochefort, ses oreilles vont siffler. J'aime beaucoup ce qu'il dit, mais, en la circonstance, si j'agrée une agence indépendante, je crois que ce n'est pas pour la même raison que lui...

    En somme, que reproche-t-on aux agences ? Eh bien de dégrader la notation de pays criblés de dettes jusqu'à la moëlle. En somme, on leur reproche de rétablir la vérité, les traitant comme le Diable.

    En réalité, ce que je pourrais à la rigueur reprocher à ces dernières, c'est d'avoir si longtemps épargné des états impécunieux et dépensiers. Si elles avaient traité les pays comme des entreprises, n'en déplaise à Robert Rochefort, peut-être n'en serions-nous pas là...

    Ce qui est juste, en revanche, c'est de critiquer leur manque de rigueur sur les subprimes. Mais justement, on ne les y reprendra pas, et, du coup, elles se sont certainement décidées à ne pas prendre le risque de refaire une erreur similaire avec les États. Si crise des États il doit y avoir, au moins aura-t-elle été prévenue cette fois.

    J'observe d'ailleurs que sous la menace, les États se décident à réagir. Peut-être éviterons-nous, finalement, la crise de leur endettement grâce, entre autres, à ces avertissements...

  • Sur la Toile, DSK est isolé

    A en croire les sondages, DSK est au zénith de la popularité en France. Je ne le conteste pas, mais je m'étonne, en revanche, de la très faible réflexion de cet éclat sur la Toile. Considérez les blogues de gauche : qui se revendique DSkiste ? Quasiment personne, en réalité ; il y avait le blogue d'Abadinte, un social-démocrate (MAJ ainsi que Lyonnitudes, autre social-démocrate, qui revendique son soutien à DSK dès cette époque), en 2006, lors des primaires socialistes, mais, c'est, in fine bien peu. Bien sûr, les blogueurs de gauche pragmatiques se résignent à soutenir sa candidature s'il peut être le meilleur représentant de la gauche, d'où les avis exprimés à maintes reprises par Partageons mon avis, sur le sujet.

    DSK n'est pas le seul hiérarque socialiste à être dans ce cas : de manière générale, aucune des têtes connues du PS ne dispose de réseaux dignes de ce nom pour relayer leur candidature et leurs interventions.

    Il existe toutefois une exception notable : l'organisation que Ségolène Royal a mise en place avant et pendant l'élection présidentielle a survécu. Les comités Désirs d'avenir existent toujours, et plusieurs blogues importants demeurent des soutiens fidèles pour elle (Intox2007, Richard III, Pourquoi pas, la plupart des blogues politiques féminins/féministes, par exemple). Il existe même une revue de web royaliste : Segorama ; c'est dire !

    Ségolène Royal devra néanmoins résoudre une contradiction majeure : elle incarne, je le sais, et depuis longtemps, une aile réformiste de la gauche (je n'aurais pas voté pour elle au second tour de l'élection présidentielle autrement). Mais la touche de péronisme qu'elle laisser percer dans ses discours séduit un électorat et surtout des fidèles autrement plus à gauche. Je suis frappé de voir le nombre de supporters de Ségolène Royal qui avouent de l'intérêt et de l'affection pour Mélenchon.

    C'est je pense cette "gauchist touch" qui fait sa différence avec DSK et qui explique le faible crédit dont elle jouit auprès des sociaux-démocrates les plus proches des libéraux, comme Rocard ou Martine Aubry, par exemple. C'est pour la même raison qu'elle a si peu séduit l'électorat centriste, alors que fondamentalement, son projet politique (pas celui du PS) n'est pas si éloigné de ce que pourrait proposer un parti comme le MoDem.

     

  • L'AOC France, label national ?

    Quand j'évoque les possibles mesures à prendre pour favoriser la production française, on me fait valoir qu'il suffit  d'agir au niveau européen. 

    C'est par exemple ce que suggérait Vincent, en commentaires :

    Promouvoir la fabrication en France ne pourra pas se faire sans agir sur ces leviers, avec un réajustement des monnaies, une taxe sociale et écologique servant à favoriser l'implantation industrielle, et une politique d'audit sérieuse dans les pays exportant en France, que ces actions soient françaises ou européennes.

    Je crois que cela n'est pas simple. Prendre une décision au niveau européen prend énormément de temps : il faut consulter le Parlement, la Commission, les États et traduire, in fine, la directive en droit national. Un sacré parcours qui ne convient ni au calendrier politique, ni à l'urgence économique.

    Ce n'est donc qu'en actionnant les leviers locaux, à différents étages, que l'on peut agir relativement vite. La principale difficulté, c'est d'établir une norme qui ne soit pas contournable et qui ne puisse pas non plus être assimilée à du protectionnisme. Si l'on décide de favoriser fiscalement la production française, nous nous exposerons à des mesures de rétorsion de nos partenaires commerciaux. C'est quelque chose qu'il est absolument nécessaire de comprendre.

    Il vaut donc mieux concevoir des normes contraignantes, qui favorisent en douce nos entreprises, mais qui en droit rendent égales les entreprises devant la loi. Observons, d'ailleurs, que c'est ce que ne manquent pas de faire les marchés les plus fermés, comme ceux de la Chine, du Japon ou encore de la Corée.

    Je ne sais pas si nous pouvons fixer un label national sans être retoqué par le droit communautaire, en revanche, je sais que les Appellations d'origine contrôlée sont parfaitement valables puisqu'ils font partie des Appellations d'Origine protégée, reconnues, elles, par le droit de l'Union. On peut donc imaginer des procédures relativement similaires pour notre production industrielle.

    Estrosi voulait mettre en place un label "made in France" en avril dernier. Éric Besson l'a remplacé et on ne sait pas ce qu'est devenue l'idée. C'est fort dommageable, parce que les études d'opinion montrent que l'indication a un poids non négligeable dans la décision d'achat.

    Je ne suis pas le seul blogueur à m'intéresser à la question (heureusement !!!). J'en profite donc pour signaler deux   billets du blog Économique et Social sur le sujet. J'attire l'attention des lecteurs sur une de ses remarques, qui me paraît fort pertinente : il y a délocalisation quand une entreprise produit à l'étranger des produits destinés aux Français ; mais implanter une unité de production à l'intention d'un marché domestique me paraît en effet de bon sens.

    Je conclus en mettant en garde contre une tendance de nos analystes en ce qui concerne le made in France : ce serait à mon sens une erreur de ne viser que la production de luxe en tablant sur le développement d'une bourgeoisie des pays émergents déterminés à acheter français pour montrer leur statut social nouvellement acquis. Je crois que nous devons aussi viser la base de la pyramide, qui représente, in fine, un très gros marché, avec simplement des produits et une distribution adaptés aux possibilités et au mode de vie de cette pyramide. 

  • Bayrou et le petit journal de Canal + : tout s'explique

    Je ne voulais pas revenir sur le clash entre Yan Barthès et François Bayrou, mais, étant donné l'information que l'hôpital du Val de Grâce a communiquée au Président du MoDem, je crois nécessaire d'en faire état : 

    Les médecins ont mis un mot sur le malaise qu'il a subi: il s'agit d'un léger ictus transitoire, dont la cause probable est le surmenage, et qui s'accompagne d'une perte momentanée de l'attention et d'une partie de la mémoire.

    Voilà pourquoi François Bayrou a nié avoir prononcé les phrases qu'avait retenu Yan Barthès. Et s'il les a associées à des discours anciens, c'est parce qu'il en avait déjà prononcé certaines par le passé.

    François Bayrou a confirmé avoir été pris d'inattention et de troubles pendant l'émission et avoir cherché à le cacher.

    Voilà qui met par terre une partie de mon raisonnement sur son comportement ce soir-là. Mais cela anéantit corollairement complètement toutes les analyses à charge portées contre lui par les parties adverses

    Je crois que ce chapitre est clos, il n'est guère utile d'y revenir. Pour ma part, je préfère me consacrer à mon dada, la réindustrialisation et la relocalisation en France. Je suis sur une série de billets à ce sujet avec des échanges intéressants avec des décroissants dans les commentaires, et je prépare un autre billet, justement, d'ici demain, sur les marges de manoeuvre locales, nationales, européennes et internationales...

  • Fabrication hexagonale

    J'évoquais dans deux billets précédents ce que pourraient être l'ébauche d'une économie du recyclage d'une part, puis d'autre part un code de consommation tout personnel. Je poursuis donc cette réflexion en m'appuyant sur les données qui figurent sur deux blogues : Hexaconso et la Fabrique Hexagonale.

    L'un et l'autre donnent des noms d'entreprise dont la production est intégralement ou quasi-intégralement réalisée sur le sol français. Hexaconso ajoute une information fort précieuse : une fiche d'identité de chaque entreprise précise son nombre d'employés et la localisation de l'atelier ou de l'usine. On sait ainsi le nombre d'emplois en jeu en achetant français.

    En parcourant les listes élaborées par ces deux sites, je crois avoir dégagé quatre écueils au moins sur lesquels butait cette production hexagonale :

    1) un rétrécissement radical de l'offre de produits. Bien trop peu de diversité à tous points de vue.

    2) un coût souvent supérieur aux productions allogènes.

    3) parfois une absence d'innovation ou de créativité. De la qualité pas toujours au rendez-vous.

    4) une vraie difficulté à présenter une offre claire, notamment sur internet (site en construction, incomplet, sans prix indiqués, par exemple)

    Difficile d'allier toutes les qualités. Considérons le cas de Set in black,  par exemple, qui a fait de la maille noire son étendard. L'entreprise a une ligne de vêtements. Jolis. Mais un polo homme, contînt-il de la soie, ne coûte pas moins de 131 euros. Objectivement, sa coupe est magnifique, et j'aime beaucoup. Une solde est annoncée à 50%. Cela signifie donc que le prix habituel pour ce polo est de 262 euros ou alors que le site est mal conçu puisque le système de paiement indique bien 131 euros (si le solde était sur ce montant, alors la somme finale serait de 65,50 euros). Il faut le vouloir pour être prêt à débourser une somme pareille pour un polo.

    Fabriquer en France a un coût évident : sommes-nous prêts à le payer, voilà une première question qui me paraît patente. Mais corollairement, sommes-nous prêts aussi à admettre de nous retrouver un jour au chômage parce que le service que nous rendons, l'objet que nous fabriquons seront réalisés ailleurs ? Set in Black, c'est 181 emplois en France. Qu'ils cessent de vendre, et c'est le malheur qui s'abat sur 181 foyers.

    J'ai regardé une autre entreprise, spécialisée sur un seul créneau : la chemise pour homme. Lordon est installée à Châteauroux et emploie 11 personnes. J'avoue avoir eu une bonne surprise. Pour des chemises de qualité, les prix tiennent la route. Aux alentours de 80 euros pour une chemise de qualité, c'est acceptable...pour ceux qui en ont les moyens ! Les cravates à 20 euros, c'est correct aussi.

    J'ai regardé ce qu'il se faisait avec les jouets pour enfants, puisque nous approchons de noël. Du bois, encore du bois et toujours du bois. Sommes-nous encore capables de produire du plastique en France, nom d'un Gaulois ? Miracle ! Un unique fabricant de jouets réalise ses produits en plastique. Ecoffier. L'inconvénient, c'est que les retours des utilisateurs divergent : si certains sont satisfaits, d'autres dénoncent des défauts qui n'ont rien à envier à la contrefaçon chinoise du meilleur label de mauvaise qualité... Et les poupées alors ? Petit Collin semble avoir un véritable savoir-faire dans ce domaine, son site présente bien, mais, après un quart d'heure de lecture, pas moyen de trouver un prix...Ouf, une boutique qui affiche le prix d'une poupée. 30 euros. Il y en a des moins chères, mais si la qualité suit, c'est un prix acceptable.

    On a parfois quelques bonnes surprises : j'ai appris que Monoprix fabriquait en France toutes les fournitures scolaires génériques que l'enseigne propose dans ses grandes surfaces.

    Mieux, dans ce domaine, Oxford, marque française s'il en est qui fabrique tout en France, avait présenté une authentique innovation à un prix défiant toute concurrence (un peu plus d'une dizaine d'euros) en 2009 : un cahier de textes adapté au stylo numérique, capable de transférer sur un ordinateur ce qu'on y écrit.

    Une chose, en tout cas, me paraît certaine : on se ridiculise à dénoncer d'un côté les méfaits du libéralisme, de la concurrence libre et non faussée, et, de l'autre à en profiter à plein, car c'est bien là l'un des moteurs de notre société de surconsommation.

    Pour le MoDem et François Bayrou, pour lesquels la fabrication hexagonale est désormais une priorité économique, il y a dans ces modèles d'entreprises qui tentent vaille que vaille de maintenir leur production dans leur pays d'origine, les ferments d'une recomposition du paysage industriel de la France. 

  • Économise-toi, François !

    Il y a peu, je songeais, en mon for intérieur, au tableau politique de mon pays, et je me faisais la réflexion que je n'y trouvais nul autre individu que François Bayrou pour incarner les idées auxquelles je crois.

    Le malaise dont il a été victime lundi m'a rappelé à propos que pour moi, et sans doute pour beaucoup d'autres, ce serait une catastrophe s'il disparaissait.

    Que deviendrions-nous ? Je n'imagine pas qui que ce soit en France prendre la relève tant sa parole est originale et particulière dans notre paysage politico-médiatique. Le désarroi des militants démocrates et centristes serait terrible.

    Conclusion, ne déconne pas François, ne nous fais pas faux bond, svp, et repose-toi pour être en forme, non seulement pour 2012 mais aussi après, tant ta présence demeure essentielle pour ceux qui croient en ce que tu incarnes.

  • Acheter français, acheter ebay, la rédemption...

    Produire en France, a conclu François Bayrou à l'issue du Congrès du MoDem. D'accord. J'ajoute même mon grain de sel : acheter en France, acheter à des Français.

    C'est un peu l'une de nos contradictions, à nous autres Français : nous vouons aux gémonies la libre concurrence, pestons contre le dumping social, mais nous nous empressons d'acheter une quantité de produits made in China ou importés à grands renforts de kérosène et d'énergies diverses d'outre-Océan. Et nous coulons ainsi nos productions indigènes...

    Je me suis fait donc les raisonnement et promesses suivants :

    a) J'achète français tant que je le peux, notamment pour les produits frais, et particulièrement les légumes et fruits, à la notable exception des produits équitables et si possible issus de l'agriculture biologique. En achetant français, je nourris le pouvoir d'achat français qui alimente à son tour la consommation sur notre propre territoire.

    b) J'ai parlé de recyclage hier : à l'action. Au lieu d'acheter une foultitude de jouets neufs, nourrissant ainsi la surconsommation, je récupère et recycle en participant aux enchères sur ebay. De cette manière, je n'alimente pas un cycle de production à 5000 kilomètres de chez moi, et l'argent que je paie va intégralement implémenter le pouvoir d'achats de Français qui cherchent eux aussi à recycler. Vertueux, non ?

    c) Notable exception à ce principe : les jouets fabriqués en France en priorité et par défaut, en Europe.

    Tout ce que je dis n'est évidemment pas suffisant pour fonder un programme économique, tant ces principes sont tributaires de la sphère privée ; mais, ils peuvent au moins asseoir un code de conduite personnel.

    C'est mon commerce équitable made in France à moi...et...j'y trouve les chemins de ma propre rédemption d'affreux libéral capitaliste surconsumériste et excroissant*... :-)

    * par opposition à décroissant...