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samedi, 01 octobre 2011

Dette et budget : que réduire ?

Tiens, mon confrère de centre-droit Crapoto me signale un jeu amusant en flash, mis au point par le Figaro. Dans le principe, cela me rappelle le fameux cyber-budget mis en ligne par Copé il y a 5 ans.

En la circonstance, j'ai choisi l'objectif "Très rigoureux" d'un déficit public ramené à 3%. Je dois trouver 52 milliards d'euros en jouant sur la réduction des dépenses et l'augmentation des recettes (les impôts, quoi...).

Bon, l'action extérieure de l'État, ne pas la diminuer, c'est notre Soft power ! Hop, j'augmente de 9% le budget : ça commence bien ! Une dépense en plus !!!

Bon, l'aide publique au développement, bon, désolé, mais on a notre propre déficit, alors je taille dans les dépenses : suppression de la moitié des aides directes aux pays en développement et suspension de l'aide aux pays d'où viennent les immigrés. En fait, sur ce point, on devrait plutôt inciter des entreprises à sous-traiter là-bas certaines tâches pour créer du développement que de filer du cash.

La culture, ensuite. Le problème, avec la culture, c'est ce que l'on appelle "culture". Moi j'ai toujours trouvé la culture d'état hypertrophiée. La sensibilisation à la culture, elle se fait plutôt à l'école. Bref : paf, finies les subventions au spectacle vivant. Toc, supprimées. Ensuite, baisse du budget de la culture de 10%. Cessons de financer notamment les spectacles du show-bizz, réduisons à néant ou presque le coût des émissions de variété sur les chaînes publiques : Reservoir Prod ira trouver d'autres gogos. En fait, j'ai même une meilleure idée : privatisons complètement France 2. On pourra réaffecter une petite partie des sommes au spectacle vivant, tiens.

La défense : on se barre d'Afghanistan. Hélas, on ne peut rien pour les Afghans à l'heure actuelle, cela nous coûte une fortune et des morts pour rien car l'opinion afghane ne nous est nullement reconnaissante de notre présence, au final. Ce n'est que lorsque les peuples se soulèvent qu'on peut les aider.

Développement durable : pas besoin de personnel qui ne sert qu'à édicter toujours plus de normes impraticables. Allez, hop, purge de 10% des effectifs. Tant pis aussi pour les routes et les autoroutes pour un an. Les mesures écolo-blabla, elles vont devoir se financer un peu plus : au bout d'un moment, les solutions, pour s'imposer, il faut aussi qu'elles soient un minimum rentables et pas des pompes à finances publiques.

L'enseignement scolaire : oulah, lui, il a déjà tellement pris dans la g... qu'on n'y touche plus pour l'instant.

La Justice, ça merde vraiment trop : on a des procès qui durent des années et des années. J'aimerais bien l'augmenter, mais là, ce n'est vraiment pas possible. On verra quand on aura réduit le déficit.

Recherche et enseignement supérieur : ce sont les parents pauvres ! 3% d'augmentation mais il faut vraiment développer les partenariats entreprises-universités.

Sécurité : on en a beaucoup fait pour la sécurité routière, je trouve, et ça bouffe beaucoup de moyens pendant que les petites gens sont terrorisées sur de larges parcelles de la république. Allez, toc, on divise par deux les moyens de cette niche budgétaire, et encore, je suis bon...ça ne tiendrait qu'à moi...

Solidarité/Insertion : on ne peut décemment pas y toucher. A la limite, il faudrait même presque l'augmenter, mais bon, s'il faut veiller au grain sur les dépenses, on ne peut pas pour l'instant.

Travail et emploi : supprimer Pôle emploi ? ça merde déjà tellement...Le chômage est important, donc ce n'est sans doute pas le moment de tailler là-dedans, mais je suis convaincu que les sommes qui y sont déversées ont vocation à être réparties différemment.

Ville et logement : La politique de la ville, c'est la ville, au fond, pas l'État. Je laisse les aides au logement, encore que...il y aurait beaucoup à dire, mais je baisse le budget d'au moins 10% et encore, je suis bon.

Autres missions de l'État : 5% en moins sauf sur la Santé qui demeure un objectif prioritaire.

La Sécurité Sociale : là, en revanche, hausse de la CSG, hausse des cotisations retraites et je baisse de 10% les médicaments remboursés. Ça fait des sous, tout ça !

Les impôts

J'augmente l'impôt sur le revenu des plus riches : la tranche supplémentaire que veulent créer Jean Arthuis et François Bayrou, quoi. Je ne touche pas au reste.

TVA : +2 points. Indispensable pour financer notre modèle social.

ISF : je taxe les très grandes fortunes d'un point de plus.

Niches fiscales : ça va raboter ! Les niches en faveur de l'Outre-mer, c'est généralement une grosse arnaque qui n'amènent aucun développement. Tac, supprimées.

Fini le taux réduit de TVA pour la restauration rapide : en plus ça nous coûte en problèmes de santé toute cette junk-food !

La TVA à 5.5 sur la restauration rapide, trop basse : je la remonte, mais à 21.6 comme tout le reste. UN taux intermédiaire à 12% me paraîtrait correct. Dommage, le flash du Figaro ne permet pas de subtilité dans les ajustements.

Nom de Zeus, j'y suis presque ! Il faudrait que j'arrive à 52 milliards, et je 50.92...voyons voyons, que faire d'autre ? Ah, trouvé : le taux de 5.5% sur l'amélioration des bâtiments anciens, terminé. Pas une urgence, ça...Aaaaah : je suis à 55.95 milliards. Un peu de marge de manoeuvre. L'an prochain, je réaffecterai quelques fonds à la justice.

Blood'n nuts : 246 de score, on me dit que je pénalise la croissance pour deux ans et que je manque de clairvoyance ! Ben ouais, mais les gars, tant qu'on aura une dette mastodontesque, on ne peut pas trop faire autrement...

12:31 Publié dans Economie, Insolite | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : budget, dette, déficits |  Facebook | | |

lundi, 26 septembre 2011

Alors comme ça il devait y avoir pénurie de main d'oeuvre ?...

Je me souviens encore des articles d'idées que l'on trouvait dans plusieurs magazines et journaux de gauche il y a encore trois à quatre ans. L'immigration de travail y apparaissait comme un phénomène inéluctable en raison du vieillissement de l'Europe et des besoins croissants en main d'oeuvre. Ah oui.

Sauf qu'aujourd'hui, l'OIT (Organisation Internationale du Travail) tire la sonnette d'alarme. Ce sont des dizaines de millions d'emploi qui sont menacés de disparition dans les années à venir, dans les seuls pays du G20. Et elle observe justement qu'une part croissante de ceux qui ont un emploi l'ont sous un statut précaire.

A côté de cela, comme je l'ai observé récemment, il ne faut pas confondre l'immigration de travail et la recherche désespérée d'un petit job par les étudiants étrangers. Cela ne frappe pas Guéant plus que cela.

Autant je pense qu'il ne faut pas avoir trop d'états d'âme avec l'immigration irrégulière, autant les étrangers qui viennent étudier ici devraient être protégés, et d'ailleurs, ils sont en règle.

Après, si beaucoup d'étudiants étrangers viennent en France, c'est très certainement aussi parce que nous avons réduit notre présence partout à l'étranger. Il serait bien plus astucieux que nos grandes écoles développent des antennes un peu partout dans le monde, et pas seulement des programmes d'échanges avec les super "high-schools" chères au sieur Descoings.

Si ces antennes existaient, elles auraient bien sûr vocation à se mettre en relation avec les entreprises locales ou avec les entreprises françaises produisant à l'étranger.

Cela suppose une véritable diplomatie culturelle pour promouvoir la francophonie. Autant dire qu'on est loi, voire très loin, du compte depuis fort longtemps.

lundi, 12 septembre 2011

Ne pas lâcher la Grèce...

La Grèce est en mauvaise posture : elle a beau se démener et enfiler les mesures d'austérité, rien n'y fait, elle s'enfonce, presque inexorablement.

Je ne puis que plussoyer l'analyse de Thibault Mercier, un économiste de la BNP. Les Grecs et la Grèce ont consenti des efforts déjà considérables. Le problème, c'est qu'il leur faudrait du temps pour consolider leurs mesures, or, les prêteurs vivent dans l'angoisse d'un défaut de paiement du pays.

Et de fait, la Grèce n'est plus maîtresse de son sort car elle n'a plus les moyens, en dépit des mesures prises, de rembourser toute seule la dette. Et pour la fraude fiscale, comme fait le fait observer Thibault Mercier, on ne la résoud pas en quelques mois. En revanche, le fait est que les autorités grecques ont tout intérêt à pénaliser plus durement encore les fraudeurs. Dans le contexte actuel, frauder est un crime contre la Grèce toute entière. Et à vrai dire, compte-tenu de la situation du pays, certains privilèges laissent rêveur.

La Grèce ne peut pas s'en sortir sans justice fiscale : si ce sont les mêmes qui sont toujours et constamment tapés, cela ne va pas. Pour une fois, il faut faire rendre gorge aux koulaks. Et je le dis sérieusement...

Toute la difficulté, pour nous autres Européens, c'est de ne pas lâcher la Grèce, tout en l'amenant à mettre fin aux abus inacceptables en temps de crise. 

Certains proposent une tutelle économique de la Grèce : la mort dans l'âme, les Grecs devront l'accepter s'ils sont en défaut de paiement et que l'Europe prend en charge ses "mensualités".

A vrai dire, Athènes peine à se séparer de ses bijoux de famille, ce que l'on peut comprendre : qui a envie de brader son patrimoine ? IL n'en reste pas moins que les Grecs n'auront peut-être bientôt plus le choix. C'est le drame du surendettement : l'usure amène l'usure et la défaillance d'autres défaillances.

En revanche, il est à la fois irresponsable et idiot de laisser planer le spectre d'une éviction de la zone euro. Cela donnerait une image désatreuse de la solidarité européenne et affaiblirait chaque pays européen individuellement. 

J'ajoute une dernière chose : on jette très facilement la pierre aux Grecs, mais j'observe que les divers services de la Commission européenne qui ont distribué abondamment les fonds structurels sont au moins autant et largement comptables de ce désastre, car, quand il le fallait, ils auraient du conditionner leur octroi à un niveau acceptable de transparence fiscale.

23:15 Publié dans Economie, International | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : grèce, dette |  Facebook | | |

jeudi, 08 septembre 2011

Mais kiçonkons ! Ils s'en prennent aux cadres maintenant...

J'ai un peu laissé passer le traitement de l'info, mais je la reprends tout de même avec un peu de retard. J'aurais pas du écrire kiçonkon mais kilèkon, plutôt ! Bruno vient de faire exploser en vol le connomètre. Chapeau.

Mais ces mecs-là, est-ce qu'ils réfléchissent, parfois ? Faudrait qu'ils bossent dans la vraie vie, de temps en temps, plutôt que de vivre de la politique, cela leur ferait du bien et ça leur raffraîchirait les neurones.

Dernière idée géniale en date, revenir sur les conditions d'indemnisation des cadres au chômage. Le Maire trouve que la France est trop généreuse.

Andouille ! Si jamais les cadres décidaient de quitter l'assurance chômage et de créer leur propre caisse, tu pourrais aller pleurer ta mère, gars : ce sont eux qui cotisent le plus, et ils paient bien plus qu'ils ne récupèrent d'indemnités. En fait, on peut même dire qu'ils tiennent à bout de bras les autres.

Un cadre, c'est un mec qui travaille généralement au forfait, du moins dans le privé : pas d'horaires définis. Tous ces riches que des gens comme Hollande (apparatchik qui n'a jamais rien foutu d'autre que d'être élu ou dans les rouages de son parti) conspuent, ils bossent comme des brutes. 

Bon, moi, j'ai un petit métier : je ne gagne pas énorme, mais je ne suis pas non plus pauvre. Classe moyenne, quoi. Mais mes horaires sont relativement protégés. Je discutais une jour (en fait, il y a longtemps) avec un gars qui bossait chez Andersen Consulting du temps où cela ne s'appelait pas encore Accenture et je lui dis : tiens, tu sais, je gagne plus que toi. Il me regarde l'oeil torve (on sortait de deux heure trente de cours de karaté et on était séché) et interrogatif. Je continue alors : ben oui, j'ai rapporté ce que j'estime être ton salaire au nombre d'heures réelles que tu bosses, et j'ai une mauvaise nouvelle à t'annoncer ; je ne suis pas sûr que tu gagnes le SMIG...

Bon, évidemment, je n'ai pas compté ses primes. C'est vrai. Mais il faut bien comprendre un truc : aussi bien dans le privé que dans le public, quand tu commences à vraiment grimper les étages, tu le fais à la force du poignet. Tu peux être nommé chef par la grâce d'un potental local ou national, mais sous-chef, en règle général, tu t'es bien fait chier pour le devenir. Et ça continue pour le rester...

A côté de ça, il y a évidemment des gens très modestes qui bossent aussi comme des fous. J'ai des exemples déments qui me viennent à l'esprit. Dans mon village d'origine, je connais deux ouvrières agricoles (des voisines) qui bossent depuis toujours ou presque. Elles ont commencé à travailler aux champs à l'âge de 14 ans. Cela fait presque 50 ans qu'elles se crèvent la paillasse à aller trimer en se levant à 4 heures du matin pour aller arracher des bottes de carotte ou des pommes de terre, cueillir des haricots et cetera...Le montant de leur retraite ? 450 euros. Non non, je ne blague pas. On ne vit pas avec 450 euros. En fait, on ne survit pas non plus. Coup de pot, leur maison est à elles. Oui, mais avec 450 euros, on ne peut payer ni les charges ni le médecin ni tellement d'autres dépenses...

Autre exemple qui me vient à l'esprit : encore une femme. Cumul de handicaps : éloignement géographique. Elle vient de la Nièvre pour travailler à Paris et subit toutes les grèves et les pannes de la SNCF et de la RATP. Lever 4 heures du matin, retour 8 heures du soir pour une société de prestation de services à la personne. En ce moment, elle a de sacrés ennuis de santé : une tension qui fait le yoyo et puis le coeur qui se serre. Débuts d'infarctus. Si par malheur elle s'arrête de bosser, elle est foutue. L'indemnisation de l'assurance maladie ne lui permet pas de payer son loyer, ses impôts et sa nourriture. Il ne lui est donc possible que de mourir à la tâche. C'est dégueulasse. Je sais. Moi aussi ça me fout les boules. 

Je disais tout ça pour rappeler qu'il n'y a pas que les cadres et que je ne me suis pas lancé dans un panygérique exclusif de la bourgeoisie de notre pays.

Je note cependant que ceux qui gueulent le plus contre les cadres sont souvent ceux qui en foutent le moins. Et puis c'est toujours plus sympa, comme le dit le Faucon, d'aller taper la niche du voisin que la sienne.

Bref, c'était une mauvaise idée (une de plus) de l'entourage de Sarkozy. C'est peut-être leur conversion à un trait fameux de notre Batave nationale (oups, j'ai dérapé) en 2007, vous savez, le "moi j'aime pas les riches"...Y'avait un blogue parodique, mais il s'est arrêté de publier, sniff...Mas bon, allez savoir pourquoi, j'ai bien l'impression d'avoir trouvé qui le tenait :-D 

Bon, fantôme de h16, qu'est-ce que t'attends pour te remettre au boulot, espèce de feinéant, sale riche, vil koulak capitaliste ! Cadre !

mercredi, 07 septembre 2011

Grèce, c'est pas foutu !

Très intéressante la synthèse de Massimo Prandi dans le quotidien les Échos sur le plan imaginé par le cabinet McKinsey pour sortir la Grèce de l'ornière.

Il ne lui faudrait pas grand chose, à ce pays, pour devenir le nouveau tigre de l'Europe.

Je pense qu'un début de prise de conscience voit le jour en Grèce sur la question de la fiscalité et de la fraude. Lever l'impôt, n'en déplaise aux libéraux, est la première prérogative d'un État, et la propension à mal l'exercer en est le signe le plus avéré de déliquescence. 

Il me semble que si la Grèce doit faire des efforts considérables pour réduire son secteur public, elle a en revanche tout intérêt à affecter une part des économies réalisées dans ses tribunaux et ses services de contrôle fiscal. L'argent ainsi injecté doit pouvoir rapporter très gros en principe. 

L'indicateur numéro 1 qui pourrait ainsi commencer à rassurer les marchés (parce que pour l'instant, ils ne parient pas un kopeck sur la Grèce), c'est la publication trimestrielle de l'indice de recouvrement de l'impôt en Grèce.

Après, il faut libérer les énergies, notamment entrepreneuriales. 3% par an pendant 10 ans, 500 000 nouveaux emplois en Grèce, c'est possible.

23:08 Publié dans Economie, International | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : grèce, mckinsey |  Facebook | | |

jeudi, 25 août 2011

Borloo et Bayrou pourraient s'allier, mais...

Laureline Dupont de Marianne a constaté à peu près les mêmes choses que moi : il y a une comptabilité presque parfaite entre les propositions de Bayrou et celles de Borloo. En fait, elle va même plus loin que moi : elle pense que Borloo a lu Bayrou. Les centristes sont généralement gens pragmatiques, et cela ne m'étonne guère qu'ils se rejoignent dans nombre de domaine. En ce qui concerne le transfert de la protection sociale sur la TVA, je rappelle même que Borloo avait fait la proposition en juin 2007 ce qui avait eu le don de provoquer l'ire de l'UMP et de Nicolas Sarkozy. On y arrive pourtant.

Je l'ai déjà dit ici, s'il n'y avait François Bayrou, je voterais sans doute pour Jean-Louis Borloo. 

Non, ce qui me gêne avec Borloo, ce ne sont pas les idées. C'est la crédibilité. Il avait l'occasion, en 2007, de soutenir le programme de l'UDF et de Bayrou qui était peu ou prou ce qu'il défend à l'heure actuelle. Il avait même reçu une lettre de supplication de la plus grande partie des cadres du Parti Radical ainsi que des jeunes radicaux. Il n'en a rien fait. Je le redis, son rôle dans l'affaire Tapie et ses relations avec l'individu m'inspirent la plus grande méfiance. Je n'ai pas observé d'impact significatif de sa part dans le gouvernement Fillon depuis 2007. En revanche, j'ai bien pris note que c'est son recalement qui sa sonné pour lui l'heure de la charge contre son ami Nicolas.

Plus fâcheux : Jean-Louis Borloo, à l'inverse de François Bayrou, annonce par avance son ralliement non à une majorité d'idées, mais à une majorité politique, puisque d'ores et déjà, c'est l'UMP qui bénéficiera de son appel à report au second tour.

C'est triste. Borloo et Bayrou se barrent la route l'un à l'autre. Hélas, les centristes authentiques le savent, et Arthuis l'a finement observé : sans indépendance, pas de crédibilité. Je connais Bayrou. Il est sincère. Tout son livre est orienté vers la volonté de créer un arc politique central. C'est cette majorité d'idées qui l'intéresse et non sa personne comme sont toujours pressés de le déclarer les zélotes qui font profession de l'enfoncer. Si Borloo faisait le choix de l'indépendance (mais il en est incapable) je pense que Bayrou serait prêt à s'effacer pour laisser au meilleur centriste et à la démocratie sociale les chances de réaliser le score le meilleur.

En tout cas, je me réjouis de ce que les idées de Bayrou fassent leur chemin. Sur la dette, par exemple et la nécessaire réduction des déficits. Il fait le bon choix en décidant de soutenir la Règle d'or. 60% des Français en approuvent d'ailleurs le principe.

Aussi bien Borloo que Bayrou ont raison en admettant de longue date le principe de se ranger à une TVA (Borloo) ou une CSG (Bayrou) sociale pour financer notre protection. A gauche, on se couvre de ridicule en jurant que les riches paieront. C'est en dizaines voire en centaines de milliards que se chiffrent nos besoins de financement pour notre protection sociale. Taxer les 80 000 Français les plus riches ne rapporte pas même 1/2 milliard de dollars. On peut bien sûr (il le faut) réduire le train de vie de l'État, mais il va falloir trouver autre chose que le seul non-remplacement des départs à la retraite. Comme l'observe François Bayrou, dans son 2012 État d'urgence, dans l'Éducation Nationale ils n'ont pas même rapporte le demi-milliard.

La réalité est en fait la suivante : pour combler nos déficits, soit il faut sabrer très sérieusement nos dépenses, c'est à dire appliquer des recettes néo-libérales dans toute leur rigueur, soit taxer la richesse comme des brutes, comme le prône la gauche de la gauche. Dans les deux cas, on obtiendrait des résultats catastrophiques, soit dans le domaine social soit dans le domaine économique.

Quand aux solutions souverainiste et nationaliste, elles explosent le connomètre : se retirer de l'euro et laisser galoper l'inflation ou créer de la monnaie à tire-larigot c'est un billet aller sans retour vers la ruine de notre pays à commencer par les petits épargnants qui par sécurité ont pris des bons du trésor et autres obligations d'État. Il ne suffit pas de faire des dessins sur un joli morceau de papier pour régler une dépense : il faut que le morceau de papier soit assis sur une crédibilité (industrielle, économique, financière, budgétaire) mais ce léger détail ne semble pas avoir frappé plus que cela nos souverainistes.

Bref, Bayrou a inventé un concept politique intéressant, il y a un an : l'espoir crédible. Je pense que c'est le créneau naturel du centrisme et de la démocratie sociale, dont il est lui-même le réprésentant le plus crédible, n'en déplaise à Borloo et ses partisans. C'est dans cette niche (pas fiscale) qu'il faut s'engouffrer et tenter de l'élargir. Enfin, je ne crois pas qu'il faille compter sur l'UMP (comme le fait Borloo) ou le PS (comme le pensent certains militants du MoDem) pour mener cette politique. *

Il n'y a d'espoir qu'au centre de l'Échiquier politique et c'est ici que se joueront exclusivement les coups gagnants...

16:34 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : bayrou, borloo, dette |  Facebook | | |

mercredi, 24 août 2011

Agences, elles font leur boulot...

C'est amusant de voir les politiques de tout bord ou encore les chefs de gouvernement fulminer contre les agences de notation. Comique, cette obstination à vouloir à tout prix casser le thermomètre quand il indique une température trop élevée.

Je les trouve très (trop ?) tolérantes depuis fort longtemps pour les États endettés jusqu'au cou depuis des dizaines d'années, d'autant qu'ils traffiquent leurs comptes d'une manière qui n'a guère à envier aux Enron et compagnie.

Bref, cessons de nous en prendre aux thermomètres et occupons-nous du mal. Consolation, entre deux diatribes, la plupart des politiques semblent l'avoir compris en France, puisque les voilà tous à proposer leurs solutions.

lundi, 22 août 2011

Règle d'or : la voter ou non ?

Romain, comme un certain nombre de socialistes l'a mauvaise : le gouvernement demande à l'opposition de voter la fameuse règle d'or. C'est quoi au fait ? Dans le domaine budgétaire, il s'agit simplement d'inscrire dans la Constitution l'objectif de retour à l'équilibre des finances publiques.

Rendons à César ce qui est à César : la couverture médiatique a tout de même (soigneusement ?) omis de préciser que le Nouveau Centre la demande depuis trois années cette règle d'or budgétaire. J'avais été invité à leur congrès en mai 2008 et je me souviens très bien d'avoir entendu Charles de Courson l'évoquer longuement. L'idée allait dans le droit fil des projets de réduction des déficits qui figuraient dans le programme de Bayrou et de l'UDF en 2007. Côté MoDem, Robert Rochefort soulève un lièvre intéressant : il propose d'en adopter le principe à l'échelle européenne. Une idée qui séduirait certainement nos amis Allemands, à n'en pas douter.

Le grand argument des Socialistes, en fait, pour voter contre la règle d'or du gouvernement, c'est de dire qu'ils ne vont pas jouer les pompiers alors que l'Incendiaire fait joujou avec des mèches depuis quatre ans. C'est vrai. Mais les Socialistes oublient juste qu'ils ont largement étalé la poudre et l'amadou quand ils étaient au pouvoir. Comme tout le monde depuis 35 ans. 

De la même manière, le gouvernement aurait le plus grand intérêt à adopter un profil bas. Il ne faudrait pas non plus que cette Règle d'or devienne un prétexte pour valider des budgets iniques. 

Pour ma part, j' y vois un intérêt certain : elle contraindra opposition et pouvoir à dialoguer. Trop de déductions fiscales à sens unique ? On peut en appeler aux Sages pour décréter le budget inconstitutionnel. Des recettes supplémentaires allouées au train de vie plutôt qu'au désendettement ? Même chose. Dès lors que le projet de loi précise clairement qu'il écarte les dépenses d'investissement de cette obligation budgétaire automatique, il me semble que c'est une loi qui va dans le bon sens.

Je pense que les Socialistes ne devraient pas repousser si prématurément un vote positif. D'une part, ils ne donneraient pas une image de grande responsabilité ainsi, et d'autre part, ils se priveraient certainement d'une arme qui peut se retourner en leur faveur.

De toutes façons, il faut bien se le dire : ce que la Règle d'Or ne fera pas, les marchés le feront pour nous. Ils ne continueront pas à admettre indéfiniment nos déficits structurels. Mieux vaut prendre les devants. Et pour les contempteurs des marchés et de la finance, qu'ils sachent que la meilleure manière de leur clouer le bec, c'est d'être vertueux, d'autant que ne plus dépendre de bailleurs étrangers est un avantage géostratégique qui concerne également notre diplomatie et notre défense...

En ce sens Bayrou fait bien d'approuver ce projet. J'espère que les Socialistes sauront bien peser le pour et le contre. Il n'y a pas que des désavantages pour eux, dans cette loi.

Minc doit apprendre à lire

Bayrou fixe comme priorité dans son 2012 État d'urgence 100% de jeunes enfants maîtrisant la lecture à l'issue du CM2. Je propose un avenant pour les intellectuels grisonnants et pétris de morgue. J'ai lu la critique de Minc dans le dernier numéro du Point. Quel âne ! Le voilà à se lancer dans une diatribe contre Bayrou faisant valoir que ce dernier promeut un protectionnisme à l'échelle européenne.

Quand on critique un livre, on est prié de le lire. Dans le chapitre "démondialisation", Bayrou dit très exactement l'inverse. Il dénonce l'illusion dangereuse du protectionnisme, y compris à l'échelle européenne. 

Il y a même mieux en fait : page 40, un sous-titre intitulé "le mirage du protectionnisme européen"

Il n'y aura pas de protectionnisme français [...]. Encore moins y-aura-t-il une protectinnisme européen.[...].Ils sentent bien que le protectionnisme national n'est pas défendable et plus de saison. Y ajouter l'adjectif «européen» c'est éluder l'accusation de connivence avec le Front National.

Bayrou fait alors observer que c'est une duperie que de proposer un programme auquel plus d'un de nos voisins ne saurait donner son assentiment : imagine-t-on l'Allemagne, pays exportateur s'il en est, se ranger à une telle idée ? Ou encore la Grande-Bretagne, patire d'origine du libre-échangisme ? Bref, ceux qui défendent cette thèse savent qu'ils mentent et racontent n'importe quoi, à commencer par le Front National. C'est en substance ce que Bayrou relève dans le paragraphe que je cite. On ne saurait être plus explicite.

Minc est vraiment nul. Peut-être malhonnête, même. Allez savoir pourquoi, mais j'ai la forte intuition qu'il n'a pas lu l'ouvrage. Il a du se contenter d'organes et d'articles de presse. Or, de tous les articles parus, y compris sur la Toile, je suis le seul à avoir relevé la charge de Bayrou contre le protectionnisme. Conclusion collatérale, Minc ne lit pas mon blogue...

En tout cas, on ne pouvait pas rater ce point de vue sur lequel Bayrou insiste. Alors, Alain Minc : analphabète ou malhonnête ?

09:45 Publié dans Economie, Europe, Politique | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : bayrou, minc |  Facebook | | |

mercredi, 17 août 2011

Etat d'urgence, la dernière séance !

Nous vivons un thriller planétaire dont nous ne cessons de mesurer chaque jour l’ampleur. Il y pleut des cadavres. Si la première victime a été grecque, il semble bien que le peuple hellène n’aura pas le monopole de la tragédie. Ibères, Lusitaniens, habitants de la verte Erin jusqu’à ceux du Nouveau Monde, tous tombent comme les épis qui ploient sous le poids d’une faux au temps des moissons. De Trieste jusqu’aux confins de la botte, c’est l’Italie qui gémit à son tour sous le regard inquiet du génie français. Ah, la France ! Parlons en ! C’est elle, sans doute, la prochaine victime en dépit des mantras savants que se complaisent à réciter ses dirigeants.

Il y a état d’urgence et cette cause-là vaut bien d’y consacrer un livre. François Bayrou vient de le faire.

J’ai disposé en avant-première de l’ouvrage (privilège de blogueur centriste...).

Nous vivons à l’heure actuelle la crise qui a été annoncée au lendemain même de celle des banques : la crise des dettes publiques. La France, avec ses records enfoncés ces dernières années y est aux premières loges.

La dette, Bayrou en a longuement parlé en 2007. Le danger mortel qu’il annonçait s’est répandu sur les économies occidentales. Pour moi dont l’inquiétude grandit à proportion de la gangrène qui gagne notre économie, toutes les solutions viables sont bonnes à prendre. C’est donc avec le plus vif intérêt que j’ai pris connaissance des propositions du Président du MoDem.

Plus que jamais François Bayrou ne voit d’autres solutions que d’équilibrer nos budgets pour sortir de la nasse. Notre déficit primaire (hors charge de la dette) s’établit à 5,5% de notre PIB. En somme si nous ne pouvions plus emprunter, nous ne pourrions plus payer nos fonctionnaires.
Pour retrouver l’équilibre il faut que l’addition de nos économies et de nos ressources dégage 100 milliards d’euros. Bayrou établit ses comptes de la manière suivante :
- récupération d’un quart des niches fiscales (Bayrou juge démagogique la proposition socialiste qui table sur sur 50 des des 80 milliards des niches : elles recouvrent des réalités très (trop!) diverses ! Certes le bouclier fiscal mais aussi le crédit impôt-recherche, l’avantage fiscal pour aide à personne et tant d’autres encore). 20 milliards, donc.
- 2 points de TVA supplémentaires doivent pouvoir fournir les 20 milliards suivants. 40 milliards.
- En augmentant l’Impôt sur le Revenu (Tranches supplémentaires) et en revoyant la taxation des successions, on peut espérer 5 milliards. 45 milliards.
- Assurances-maladie, retraites et plus généralement budgets sociaux doivent être optimisés afin de dégager les 15 milliards suivants. 60 milliards.
- L’Etat doit continuer à diminuer ses interventions et baisser son train de vie. Les collectivités locales doivent être responsabilisées et gérer plus directement leur fiscalité afin de limiter les transferts avec l’Etat. 20 milliards à trouver dans tout cela, cela donne 80 milliards. Il en manque encore 20...

Bayrou estime que ce sont là les maxima que l’on puisse puiser. Promettre la lune comme on le fait à gauche (taxer les riches) ou à droite (dégraisser l’Etat) ne correspond à rien de sérieux. Les vingt milliards manquant ne peuvent être trouvés que dans un accroissement de la richesse nationale. C’est cet accroissement-là qui est l’objet principal du livre de Bayrou (l’éducation ne vient qu’en second), ce que Bayrou appelle le “produire en France”.

Très pédagogiquement, il débarrasse ses lecteurs d’une illusion dangereuse : la démondialisation.

Plutôt que d’espérer pouvoir s’enfermer dans nos frontières, Bayrou préfère voir la France se battre pour ériger des règles justes, une mondialisation loyale. Le protectionnisme, s’accrût-il jusqu’aux contours de l’Europe, est un leurre dangereux.  Même si notre balance commerciale est mise à mal nous demeurons un pays exportateur. Le doter de barrières douanières unilatérales aurait un effet dévastateur sur notre économie car  nos partenaires commerciaux ne manqueraient pas d’agir de même. Ni l’URSS n’a gagné la guerre froide ni la Corée du Nord n’est un état riche ou puissant (NDLR : témoignage édifiant à lire dans le Géo de ce mois d’août 2011 sur ce dernier pays) et pourtant, voilà des états qui ont été ou sont encore protectionnistes à l’excès. Le problème n’est pas la concurrence mais la concurrence déloyale.
Par exemple, les  normes européennes ne doivent pas valoir pour les producteurs européens mais pour tous les produits vendus sur le marché européen. Voilà qui empêcherait de très grosses entreprises de contourner contraintes environnementales ou sociales en produisant dans des pays où elles n’existent pas puis en revendant après coup sur le territoire européen.
De même, un pays ne devrait pas pouvoir décréter unilatéralement la valeur relative de sa monnaie dès lors qu’il utilise les règles du commerce international pour vendre ses productions.
C’est au niveau de grandes organisations internationales comme l’OMC qu’il faut lutter pour promouvoir une concurrence juste (NDLR : comme le fait Marielle de Sarnez au Parlement européen, par exemple).

Depuis une dizaine d’années nos déficits commerciaux suivent le chemin de nos déficits budgétaires : ils dérapent toujours plus, privant notre pays de précieuses ressources. C’est donc sur notre sol qu’il s’agit de relancer nos productions. Il n’existe certes pas de solutions miracle mais il nous reste des leviers qu’il demeure possible d’activer.

a) L’automatisation des productions permet ainsi  de contourner les écarts de coûts salariaux comme critères déterminants de rentabilité. Elle facilite donc l’implantation de la production sur le sol français.

b) C’est l’offre plutôt que la demande qu’il faut soutenir à l’heure actuelle : dans une économie ouverte comme la nôtre, et en l’état de notre appareil productif, une relance par la demande reviendrait à stimuler les productions allemande ou chinoise, tant nos importations en biens de consommation sont importantes.
Une économie administrée n’est pas la solution pour Bayrou : ce n’est  ni le rôle ni la compétence d’un Etat de ses mêler des grands équilibres de la production. Il se défie du dirigisme mais croit l’Etat dans son rôle quand il incite ou facilite.
c) Sans définir une stratégie nationale l’Etat pourrait permettre aux différents acteurs économiques d’en dresser les contours ; une sorte de Commissariat au Plan qui les réunirait et les informerait (sur certaines OPA hostiles dont le seul but est de capter le carnet de commandes d’un concurrent puis de l’éliminer une fois la prédation accomplie, par exemple).
Le fonds stratégique mis en place par Sarkozy et le gouvernement Fillon va à cet égard dans le bon sens mais doit être élargi et servir à bon escient : pas à soutenir les copains ou les très grosses entreprises mais être orienté vers les PME, particulièrement les jeunes pousses.

d) Appeler les consommateurs à la rescousse
Un véritable effort implique la nation toute entière. Convenablement informés, les Français consommateurs peuvent devenir les soutiens actifs des Français producteurs. Mais pour cela, il faut créer un label “Produit en France” indiquant précisément en pourcentage la production issue de notre sol. Aux associations de consommateurs, professionnels et salariés d’en contrôler la fiabilité. Il ne s’agit pas pour autant de mener le combat contre les composants importés : ils sont une chance pour les pays qui les produisent et une opportunité de baisses de coûts pour nos entreprises. Il en va tout autrement de la délocalisation d’un produit.

e) Simplification fiscale et juridique
Les cadres juridiques qui régissent l’activité entrepreneuriale sont d’authentiques labyrhintes : Thésée y perdrait son fil d’Ariane. Niches fiscales et sociales, normes complexes et changeantes, tout contribue à favoriser les très grosses entreprises disposant de cabinets juridiques tandis que les PME sont conduites à errer dans leur dédale. Une iniquité de plus qu’il convient de corriger par une nuit du 4 août des privilèges indus et des formulaires surnuméraires.

f) Basculement des charges sociales
Il y a une injustice dans notre pays : tous les Français bénéficient de la même protection mais seuls les salariés et les entreprises la paient. Si l’avantage profite à toute la nation, c’est également à elle de le financer. Tous les revenus sans exception doivent contribuer : salaires, entreprises, revenus du capital, assurances, retraites... Un impôt comme la CSG qui touche tout le monde et tous les revenus pourrait pourvoir à ce financement. De ce fait, les marges plus importantes, particulièrement dans l’industrie, favoriseraient l’investissement dans la recherche et le développement (NDLR : Jean Peyrelevade observait dans son livre l’erreur historique de Nicolas Sarkozy que l’industrie française avait les marges les plus faibles d’Europe).

In fine toutes ces idées ne prétendent pas à la vérité universelle, et à vrai dire, ma relation est loin d’être exhaustive (il faut lire le livre de Bayrou en entier), mais elles méritent une discussion et des débats et ouvrent la voie à une politique de reconquête. En France l’on s’accorde aisément sur l’abstraction mais dès qu’il s’agit de la réalité, de la matière qui fait la vie, il n’y a plus personne.

Pourtant, l’important, c’est de vouloir...