Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« 2009-04 | Page d'accueil | 2009-06 »

vendredi, 08 mai 2009

Européennes, la non-campagne

eu_flag.jpgNous sommes désormais à moins d'un mois des élections européennes, et j'avoue que je suis consterné. En fait nous ne nous acheminons pas vers une campagne courte voire très courte. Non, c'est pire que cela. Nous allons droit vers pas de campagne du tout, purement et simplement. Les initiatives se multiplient en vain. Une journée consacrée à l'Europe sur France-Info, des articles plus nombreux sur Internet à propos de l'Europe, des conventions thématiques et des cafés politiques organisés par quelques partis, mais rien n'y fait. C'est l'apathie générale. Sur nos blogs, nous ne pouvons rien faire de plus que de tenter d'appâter les médias traditionnels en buzzant, mais c'est vain. Le public de la blogosphère, tout du moins politique, est globalement acquis au principe du vote. Donc, ce n'est pas même la peine de tenter de nous convaincre entre nous. Ce qu'il faudrait, c'est aller voir tous ceux qui se désintéressent de la chose.

A quoi en sommes-nous réduits ?! :-( à attendre que le Président de la République lance la campagne au nom d'un parti ! à appeler à le sanctionner dans l'espoir d'émouvoir les foules ! Des militants, des responsables, ont travaillé dans nombre de commissions, çà et là, dans divers partis, mais en vain. Je ne sais pas comment cela se passe dans les autres partis, mais pour le MoDem, Marielle de Sarnez a écrit un dictionnaire sur l'Europe, mais à ma connaissance, c'est la seule personnalité politique à avoir écrit tout récemment sur l'Europe. L'Atlas de Michel Barnier date de septembre 2008.

La non-campagne européenne, que je propose d'appeler désormais ainsi, consacre l'échec de la Toile, d'Internet, des blogs, à mobiliser l'opinion. Pas de buzz choc porteur qui eût pu soulever les passions. Quand je pense à l'émotion de la présidentielle qui a duré presque 9 mois et nous a tous tenus en haleine avec des rebondissements dignes des meilleurs polars ! Aujourd'hui, c'est le néant ou presque. Coup de blues. Je ne sais plus quoi faire, personnellement. Le Parlement européen semble sans doute trop lointain à nos concitoyens. Il est vrai que l'on n'entend presque jamais parler entre deux élections européennes. Sans doute est-ce cela que cette élection paye. Aussi, parce qu'on n'évoque l'Europe, dans les médias, rarement autrement que via les accords passés entre les États. Le citoyen européen a donc du mal à s'imaginer que l'Europe, c'est aussi un Parlement, et pas que pour faire de la figuration. Il le voit quasi-exclusivement comme un concert des nations. Parlement et Conseil de l'UE co-dirigent pourtant l'Europe (le dictionnaire de Marielle de Sarnez explique très bien cela).

Bref, coup de déprime. Je ne sais pas quoi faire. Tenez, jetons un oeil sur le classement wikio des blogs politiques : il n'y a que Quatremer comme blog européen. Il doit être bien seul dans ses coulisses, le pauvre, à Bruxelles. Regardez à la page d'accueil de wikio : vous voyez le tag Europe apparaître ? moi non. Et dans les tags qui font l'actualité ? Pas davantage. Allez si, dans la première catégorie, il y a élections européennes en petit, à minuit le 07 mai 2009. C'est tout. Nada dans les hot tags de hautetfort non plus, la plate-forme de blogues la plus importante de France. Décourageant...

jeudi, 07 mai 2009

Ouf, Luc Ferry ne sera pas député européen !

La France l'a échappé belle. Elle a bien failli, grâce au parti majoritaire, se retrouver avec un fumiste de plus au Parlement Européen. Il devait dans le sud-est récupérer la deuxième place. Il n'aurait plus manqué que ça. S'il y en a un qui m'insupporte bien, c'est de beau-parleur des plateaux de télévision, complètement inconsistants. Quand il était ministre, il pleurncihait auprès de certains de ses conseillers de ce que le gouvernement Raffarin lui faisait faire tout en avalisant absolument tout en public. Copain comme cochon avec Lang, il est toujours du bon côté du pouvoir. Pote d'un ministre de gauche quand le PS gouverne, ami des puissants de droite quand c'est l'UMP. Pas étonnant de  retrouver Carla Bruni en marraine d'une de ses filles, il ne se complaît que dans le strass et les paillettes ce philosophe de pacotille. Jamais il ne prendrai le risque d'arpenter un territoire pour faire connaissance avec les gueux. Non, le mieux, pour lui, c'est une place réservée sans se battre ni serrer la main des terreux.

Le comble c'est qu'il a bien failli faire passer à la trappe un authentique européen. Damien Abad du Nouveau Centre est certes jeune, mais au moins, il a des convictions européennes ancrées. Non, le problème, c'est que son parti est un non-parti et son poids désormais inexistant. Mais l'individu est respectable, pour ce que j'en connais, en tout cas.

Le Luc Ferry, Jacques Chirac ne pouvait pas le supporter ; ça l'exaspérait de le voir arpenter les soirées de gala et les vivement dimanche au lieu de faire son boulot de ministre. Darcos n'est vraiment pas fameux, c'est un politique surtout soucieux de sa carrière, mais enfin, il a tout de même plus de consistance, et lui, il bosse au moins. Xavier Bertrand qui est un bosseur s'est dit-on opposé à cette "nomination". On comprend bien, il n'avait pas envie d'un fumiste au Parlement européen.

Il essaie de tirer la couverture à lui en faisant valoir qu'il a refusé, mais personne ne le croit. Il faut dire qu'il voulait, si j'ai bien compris, la seconde place en île de France. Super, à la place de Barnier ? Dommage, tiens, ça aurait été un plaisir pour les démocrates franciliens de le recaler tout aussi sec, celui-là.

Progrès et inégalités

Cela faisait un moment qu'on en parlait, au Mouvement Démocrate, de la webtv. Elle frappe cette fois un grand coup : retrouvez cette semaine une grande interview vidéo de François Bayrou diffusée sur LesDémocrates.fr, le nouveau média social du Mouvement Démocrate. Nicolas Voisin (nuesblog) s'est chargé de l'entretien. François Bayrou évoque dans cet entretien Internet et la politique. L'extrait commenté est disponible sur le site, mais surtout la question fondamentale du projet de société. Tout son discours et son projet sont articulés autour de cette question essentielle, avec quelques observations fondamentales.

Toutes les forces politiques, pendant deux siècles ont estimé que le progrès réduirat les inégalités. Les libéraux pensaient que le marché serait le moteur de ce progrès-là, les Socialistes, l'État, les Démocrates, la solidarité, et même les Bolchevicks par la dictature du Prolétariat. Or, ce que l'on observe, pour la première fois depuis deux siècles, c'est l'émergence d'un nouveau discours qui soutient que le progrès doit nécessairement passer par des inégalités. Pire, même, que les inégalités sont facteur de changement, et que le changement est nécessaire au progrès. Alain Minc, en particulier, que Bayrou brocarde au dernier chapitre de son Abus de Pouvoir a été très tôt porteur d'une telle idée. Et Nicolas Sarkozy, très récemment, à Saint-Quentin se faisait l'apologue d'un tel mouvement.

C'est cela, ce que Bayrou appelle un projet de société avec des inégalités croissantes. Et c'est contre cela, et tous ses avatars, qu'il a décidé d'entamer une lutte sans merci. L'entretien ne se limite pas à ce seul aspect, bien sûr, mais il établit les fondations d'une résistance nouvelle au rouleau-compresseur inégalitaire.

Comme le dit Bayrou dans l'entretien, liberté, égalité et fraternité ne se superposent pas. La liberté amène l'égalité, et l'égalité la fraternité. C'est profondément mon impression, et c'est pour cela que je me suis engagé à ses côtés.

 

Droit et Démocratie

Le classement des démocraties de The Economist (une sorte de wikio des démocraties, en somme) commence à faire couler drôlement d'encre sur la blogosphère. J'avais lancé un défi aux Kiwis et aux LHC il y a quelques jours sur le sujet, et le défi a été relevé. Torédaor a répondu et Hashtable aussi. Bien que disposant da la double-casquette LHC-Kiwis, ce dernier me semble avoir réagi également au nom des Kiwis. Fred LN de Démocraties sans frontières, à ma demande a donné également son avis et je lui ai répondu dans un second billet.

A la lueur de ces échanges, quatre positions se dégagent : la mienne, tout d'abord, qui se satisfait globalement de ce classement, celle de Fred, qui estime qu'il y manque une dimension éthique, celle de Toréador qui juge que ce classement est fait pour mettre en exergue la démocratie à l'anglo-saxonne et enfin celle d'Hashtable qui juge que ce classement ne sert à rien et estime que la démocratie est une affaire de circonstances davantage que de philosophie.

J'ai déjà répondu à Fred, mais pas encore à Toréador et Hashtable. Je m'étonne de ce que Toréador associe dans un même groupe pays nordiques et pays anglo-saxons alors que leurs systèmes démocratiques sont diamétralement opposés à l'exception de la liberté d'expression. Les premiers représentent le Welfare state, alors que les seconds sont les apôtres du "aide-toi toi-même le ciel t'aidera". Donc, je ne vois pas ce qu'il y a d'idéologique là-dedans. On connaît, bien sûr, l'obédience libérale de The Economist, mais justement, pour le compte, elle me semble avoir été mise clairement de côté. La preuve, en page 3, on trouve affirmé ceci :

The "near-perfect democracy" is Sweden, the country with the highest score. The other Nordic countries also have high ranks. By contrast, the US and UK are near the bottom of the full democracy category.

Pas vraiment l'apologie de la démocratie anglo-saxonne, ça, non ?

Ensuite, the Economist dit que l'assemblée doit avoir le plus de pouvoirs dans un régime démocratique, pas que ces pouvoirs-là doivent être exclusifs, comme c'était le cas sous la IVème République. Quant à la Convention de Robespierre, c'est de la blague ou quoi ? Voyons, camarade Toréador, imagines-tu un seul instant qu'une loi comme celle du 22 prairial est envisageable en démocratie ? Je t'en rappelle les quatre points :

1. Seul le Tribunal révolutionnaire de Paris aura en charge de punir les ennemis du peuple dans les délais les plus courts. 2. La peine portée contre tous les délits dépendant dudit tribunal sera la mort. 3. S'il existait des preuves soit matérielles soit morales il ne sera pas entendu de témoins. 4. La loi donnera pour défenseur aux patriotes calomniés des jurés patriotes; elle n'en accordera point aux conspirateurs.

Soyons sérieux, c'est une tartufferie. La Convention de Robespierre aurait été évidemment classée dans les régimes autoritaires. Le document de The Economist précise justement que la forme apparente de la démocratie, la présence de certains attributs démocratiques ne suffit nullement à établir la démocratie.

La Quatrième République, aurait certainement perdu des points en "functionning of governement" mais pas en "electoral process et pluralism". Je ne vais pas refaire l'histoire, mais comme je l'ai dit, c'est l'absence d'un exécutif fort qui a plombé la quatrième république, régime qui a toutefois voté toutes nos lois sociales, lancé sous Guy Mollet notre programme nucléaire (après Suez) et démarré la CEE.

Ensuite, il ne faut pas tordre l'intention du texte. Le référendum n'est pas une procédure servant à rendre des comptes. The economist écrit très exactement : 19. Are sufficient mechanisms and institutions in place for assuring government accountability to the electorate in between elections ? On parle de la responsabilité du gouvernement, pas d'un référendum, là. Ensuite, il ne s'agit pas de votes mais d'institutions et de mécanismes de contrôle.

Enfin, sur la présence de media électronique, encore une entorse à l'esprit de questionnaire : ce qui préoccupe the economist, c'est la volonté de contrôler ou non Internet. C'est en ce sens qu'il faut comprendre la question. La question n'est pas de savoir s'il y a internet, mais, s'il est libre ! 44. Is there a free electronic media ? Donc Toréador, par un astucieux sophisme transforme une question qui porte sur la liberté en une question qui porte sur la possession ou non d'internet. D'ailleurs, la question qui suit est exactement de même nature, mais sur la presse écrite. J'ajoute que je plussoie d'une certaine manière Toréador qui écrit : si le pays n’est pas doté d’une presse électronique libre, il est moins démocratique que s’il en a un. Voilà qui handicape dès le premier critère les pays pauvres. Pas moins démocratique, mais, assurément, internet est un facteur de libertés supplémentaire, surtout pour l'information, et on le voit bien en France... Je crois que j'en ai fini avec lui...

Reste Hashtable. Il me semble qu'Hashtable a conçu sa réponse sans considérer l'essence de la Démocratie, avec tout ce que cela comporte d'implications, y compris dans le domaine commercial. Je serais bien tenté de le renvoyer à Montesquieu, sur ce point, qui distingue très clairement les régimes despotiques des régimes républicains dans le domaine commercial. Hastable pense que Tax Misery Forbes est plus précieux pour un entrepreneur que l'indice démocratique d'un pays. Ah oui ? Mais comment se fait-il que l'écrasante majorité du commerce mondial se fait dans les démocraties, alors ? Et surtout, Hashtable pense-t-il qu'un régime autoritaire garantit mieux le droit qu'un régime démocratique ? En réalité, la nature tyrannique et despotique du régime autoritaire n'en fait pas un partenaire fiable, parce que ses décisions de justice, y compris dans le domaine commercial, ne sont pas ou peu fondées sur le droit.

Finalement Hastable ne parvient pas à s'extirper d'une certaine forme de dialectique marxiste de l'histoire et de la démocratie. Il écrit ainsi :

Ce qui provoque les changements drastiques dans les sociétés, ce n'est jamais la soif de démocratie : c'est avant tout le besoin d'avoir du pain dans le ventre, c'est d'abord l'envie de liberté pour exercer une activité qui remplira ce ventre. La belle histoire qui consiste à croire que les peuples se révoltent parce qu'ils sont sous un joug totalitaire n'est que ça : une belle histoire. On motive bien mieux les gens à mourir lorsqu'ils n'ont plus rien à perdre que lorsqu'ils ne leur manque guère que le droit de vote. Cette constatation peut bien être triste, elle est maintes fois étayée par les faits et l'Histoire...

A l'ère contemporaine, je ne suis pas certain que ce raisonnement demeure valide, mais, ce n'est pas le fond de mon argumentation. Effectivement, les révolutions ne sont pas favorables à l'établissement des démocraties et encore moins la misère. Mais pas davantage l'envie de liberté (je vous vois venir, espèce de sophiste) pour exercer une activité. Je vous ai vu venir avec vos gros sabots. Ce n'était pas la peine d'ajouter "qui remplira le ventre". On a bien compris que vous pensiez à la liberté d'entreprendre...Dites, vous ne faites pas mieux que les Marxistes, là, dans votre genèse de la démocratie. Ce qui fait la démocratie, c'est la nécessité d'établir le droit, et le droit, comme je l'ai dit, garantit l'échange et l'initiative sous tous ses aspects, y compris commerciaux. J'ajoute que les Athéniens, en leur temps, sont passés à la démocratie non parce qu'ils avaient faim, mais parce qu'ils ne supportaient plus les injustices d'un seul. Et Tarquin le Superbe a été viré du pouvoir à Rome parce que les Romains avaient du mal à supporter l'arbitraire. Donc, sur ce point, il n'y a de lois générales ni dans un sens ni dans l'autre.

Pour conclure, puisqu'on parle du droit, j'en profite pour relayer l'appel d'Amnesty International qui souhaite que les candidats à l'euro-députation prennent quelques engagements, justement, c'es tà dire,  1- Des actes conformes aux engagements 2- Des actions concrètes en faveur du respect des droits humains dans la politique extérieure de l’Union 3- Des ressources à la hauteur des engagements ...

mercredi, 06 mai 2009

Démosthène, Bayrou et les niches fiscales...

Tiens, on compare Bayrou à Démosthène dans Libération, mais également chez lesdemocrates.fr . Cela m'a fait réagir, et puisque l'article proposait des liens, j'ai parcouru un peu ce qu'on y trouvait. Mes études sont loin, et je ne suis pas un spécialiste de Démosthène. Mais, tout de même, j'ai trouvé ce petit discours fort intéressant de Démosthène, qui porte sur la fiscalité, et, très précisément, les niches fiscales de l'époque...

Juges, c’est surtout parce que je crois l’abrogation de la loi utile à Athènes, et aussi dans l’intérêt du fils de Chabrias, que j’unis mes efforts à ceux des orateurs qui ont déjà abordé ce sujet. Il est clair, Athéniens, que Leptine ou tout autre défenseur de la loi, n’ayant pas de motif légitime à invoquer, ne manquera pas de dire que certains hommes ont obtenu l’exemption sans la mériter, et se sont ainsi soustraits aux charges publiques ; c’est l’idée sur laquelle nos adversaires insisteront le plus. Mais n’est-il pas inique, parce que quelques-uns sont blâmables, de dépouiller tous les autres de vos dons ? C’est ce qu’on a déjà dit, et vous en êtes sans doute convaincus ; je n’y insisterai donc pas ; mais voici une question que j’adresserais volontiers à Leptine : Quand même tous ceux qui ont obtenu des faveurs en seraient aujourd’hui indignes, faut-il frapper le peuple en même temps qu’eux ? Proposer en effet que nul ne puisse jouir de l’exemption, c’est enlever ce privilège à ceux qui le possèdent ; mais ajouter qu’à l’avenir il ne sera pas permis de l’accorder, c’est vous interdire de faire aucun don. Si Leptine a cru que tous ceux qui jouissent de l’exemption en sont indignes, pensait-il que le peuple aussi est indigne de disposer de ses dons ? Mais, répliquera-t-il, le peuple se laisse facilement tromper ; et c’est là ce que vise la loi. Qui empêche, à ce compte, de vous enlever absolument tout pouvoir politique ? Car il n’est aucun de vos droits dans l’exercice duquel vous n’ayez été parfois induits en erreur. C’est ainsi que vous vous êtes souvent laissé entraîner à voter des résolutions funestes, à choisir pour allié le peuple le plus faible de préférence au plus fort : parmi tant de questions qui vous sont soumises, de tels accidents sont inévitables. Faut-il pour cela porter une loi qui décide qu’à l’avenir il sera interdit au Sénat et au peuple de rien proposer et de rien voter ? Je ne le pense pas ; il n’est pas juste que nous soyons dépouillés d’un droit, parce qu’un jour, nous laissant égarer, nous en avons mal usé ; ce qu’il faut, c’est que nous soyons éclairés de façon à ne plus retomber dans la même erreur, et qu’une loi, sans nous enlever notre pouvoir suprême, châtie celui qui nous aura trompés.

Pas certain que Démosthène aurait été du côté de Bayrou pendant les élections présidentielles sur la question de la fiscalité.  J'ai donc lu le Contre la loi de Leptine sur les immunités.

Ce que se propose Démosthène, c'est de permettre à l'État athénien de consentir des exemptions d'impôts aux citoyens qui les ont méritées. Il prend position sur une question de fond, finalement : l'utilisation ou non de niches fiscales par un état. Or, Bayrou dans son programme se proposait de toutes les supprimer. Il est vrai, il songeait davantage à les mettre à plat et les reconsidérer dans son ensemble qu'à en supprimer le principe.

Il faut dire également qu'Athènes fonctionnait à rebours de notre société : on y taxait lourdement les plus riches , et, plus que tout autre citoyen, ils contribuaaient par l'exercice de charges très onéreuses à la vie de la cité. Il faut comprendre dans ce contexte évidemment le discours de Démosthène, et pas dans celui moderne de cadeaux fiscaux faits aux plus aisés...

Il est malin le Démosthène, parce qu'il lie fondamentalement l'exercice de la démocratie et la qualité d'un don. Jugez-en plutôt ci-dessous :

Je crois, juges, que vous serez mieux à même de délibérer sur la question présente, si vous comprenez que la loi de Leptine détruit la seule supériorité qu’aient les faveurs des démocraties sur celles des autres régimes. Les rois et les chefs de gouvernements aristocratiques disposent de dons plus importants : ils peuvent enrichir à l’instant qui bon leur semble ; mais ceux que dispensent les démocraties sont plus honorables et plus solides. Qu’on puisse les accepter sans rougir, parce qu’on ne les doit pas à la flatterie ; que l’honneur obtenu sous un régime égalitaire paraisse plus certainement le prix du mérite, ce sont là de précieux avantages. L’estime spontanée de nos égaux a plus de prix que les dons d’un maître, quelle qu’en soit la valeur. Dans le dernier cas en effet, l’incertitude de l’avenir efface la joie présente, tandis que chez vous ce qu’on a obtenu, on ne redoute pas de le perdre, au moins jusqu’à présent. Celui donc qui ébranle la confiance qu’inspiraient vos faveurs, en détruit la seule supériorité. Otez à quelque gouvernement que ce soit le droit de récompenser ceux qui sont attachés au régime établi, vous le privez par là d’un de ses plus solides appuis.

Je pense qu'on ne trouve pas mieux chez Montesquieu lorsqu'il compare les types de régime et fait précisément valoir l'incertitude qui caractérise le despotisme. Démosthène l'avait bien senti, lui aussi, et son argument fait mouche. Quant à l'opportunité de taxer autrui parce qu'autrui est riche, écoutons donc ses sages paroles...

Il y a, Athéniens, des gens de si peu de sens qu’ils ne trouvent rien de mieux à dire que ceci : « Il est étrange que dans une cité dont les finances sont épuisées, des particuliers s’enrichissent en jouissant, de l’immunité. » Parler ainsi est doublement erroné. D’abord si un citoyen a de grands biens, sans avoir fait tort à aucun de vous, il n’y a pas lieu de lui porter envie ; peut-on prouver au contraire que sa fortune provient de rapines ou de quelque autre procédé coupable, il y a des lois d’après lesquelles on le peut châtier. Si on ne le poursuit pas, on ne peut non plus parler ainsi de lui.

Un morceau d'anthologie pour les libéraux, ça, non ? Il faut toutefois absolument garder présent à l'esprit que les Athéniens les plus riches contribuaient à mesure de leurs biens à nombre de charges. Démosthène utilise cet argument pour faire valoir, ce qui n'est pas idiot, que les exemptions consenties d'un côté seront répercutées de l'autre, via ces charges. Nous n'avons rien de tel, je crois, dans nos démocraties modernes, ou alors, il faut considérer l'impôt sur le revenu comme quelque chose de cette sorte.

En tout cas, pas sûr que tous les militants MoDem recevraient des arguments de cette sorte. Donc Bayrou, un nouveau Démosthène, à voir...

 

L'Éducation ratée de Nadine de Rothschild

C'est marrant, mais je me dis que quelqu'un qui est censé représenter les "bonnes manières" devrait avoir comme objectif, quand il est invité, de ne pas remporter la palme de la plus grosse cuistrerie.

En réactionnaire accomplie, la brave Nadine de Rothschild a estimé que la tenue vestimentaire des filles aujourd'hui explique la multiplication des viols.

J'aime bien l'émission de Ruquier, parce que l'individu me fait souvent rire, mais l'inconvénient, c'est qu'il invite n'importe qui chez lui. Là, à tous les coups,  il s'est dit, avec la Nadine, ce serait bien un sacré manque de pot si elle ne balance pas au moins une grosse connerie dans la soirée. Et paf, ça n'a pas raté.

Faut dire que les faux aristocrates sont des caricatures pour l'aristocratie au même titre que le sont les nouveaux riches pour la bourgeoisie. Comme ils n'ont ni culture ni éducation, il leur faut absolument se montrer et s'inventer des titres pour être plus royaliste que le roi. Ben oui, Nadine Lhopitalier n'est absolument pas née baronne. Elle a juste épousé un beau parti, voyez-vous...

Est-ce un sentiment de honte qui la poursuit parce qu'elle vient d'un milieu très populaire de Saint-Quentin dans l'Aisne ? Y'a pas de mal, Nadine, simplement, t'as pas compris ce que c'est "la classe". L'élégance, cela ne s'invente pas sur le fond. Quelque part, comme d'Aristote dans son éthique à Nicomaque (c'est décidément un ouvrage de référence pour moi) je tends à penser que c'est une disposition naturelle. Chez certains, elle est moindre, chez d'autres elle est supérieure. Et...chez encore d'autres, elle est absente... Alors évidemment, on peut essayer de soigner les apparences, se donner une allure, tenter, comme le suggère Aristote d'exercer la disposition, mais, quand ça n'y est pas, rien à faire. Tout reste en superficie, rien ne se modèle dans le tempérament. Il en va ainsi de la brave dame Lhopitalier. Sic transiit injuria mundi.

Je passe évidemment sur tous les violeurs qui écoutent l'émission de Ruquier et qui ont du soupirer d'aise en écoutant les propos de notre pseudo-baronne. La Nadine, elle a été actrice dans sa jeunesse, mais, aujourd'hui, elle est un tantinet décatie. Alors, évidemment, elle en veut aux p'tites jeunes qui montrent plus qu'à leur tour leurs attraits. Hein, Nadine, fallait pas faire la danseuse nue dans la boîte de nuit, Quai de Grenelle ? Ça peut donner des mauvaises idées aux salauds Nadine... Faut faire attention aussi quand t'es dans ta baignoire, Nadine, tu sais bien que les hommes ne pensent qu'à ça...Ça te gêne, si ce soir les jupons volent ? T'étais jalouse, Nadine, quand l'Daniel, il t'a largué ? C'est sûr, il ne risquait pas de penser à toi en effeuillant la Marguerite...

Bref, jolies et charmantes jeunes filles, continuez, charmants minois, à porter vos beaux atours. Moi, j'aime bien les jupes, courtes de préférence :-) J'me demande ce qu'elle aurait pensé à Sparte, la Nadine, avec tous ces Lacédémoniens nus dans les stades...Bons à sodomiser forcément, alors ?

Hein, Nadine ? paille, poutre, et tout ça et tout ça, quoi...Elle en a cumulé des âneries, la Nadine. T'as pas d'enfants ? t'es forcément stérile. Ta famille est recomposée ? t'es un enfant d'occasion. Une caricature, je vous dis...Mais, pour rigoler, objectivement, les parvenus, y'a qu'ça de vrai :-) Et puis, Nadine, au fait, occupe-toi plutôt d l'éducation de ton fiston, au lieu de te mêler des histoires des gamines. Y fait rien qu'des bêtises avec la maréchaussée.

mardi, 05 mai 2009

Créer deux millions d'emplois !

J'ai lu avec attention l'appel du 02 mai, dont j'ai pris connaissance via la lecture du blog de Marc Vasseur. J'ai vu qu'y figuraient des propositions de Corine Lepage que je soutiens de longue date ici, et que Marielle de Sarnez (euro-députée MoDem) avait aussi signé cet appel.

Cet appel propose d'organiser un Grenelle de l'emploi afin d'examiner les propositions faites par des collectifs, des associations, des syndicats et des mouvements politiques afin de parvenir à créer deux millions d'emploi. Cette approche à la fois coopérative et en même temps "concurentielle" est la bonne de mon point de vue.

Dans les temps troublés que nous vivons, voilà une initiative constructive et conforme à l'idée que je me fais de la responsabilité politique en temps de crise. Soutenir l'appel, cela ne signifie pas soutenir toutes les propositions qui figurent dans l'appel. Cela signifie soutenir simplement le fait qu'elles soient débattues.

Ce sont les propositions de Cap21 et de Corine Lepage (donc du MoDem aussi) qui ont ma préférence. En effet, j'estime que ce sont les seules propositions qui allient créations d'emploi et inovation au sens schumpeterien de ce  mot. Le seul, à mes yeux, parmi toutes les propositions faites, à amorcer une véritable et nécessaire révolution industrielle.

Toutefois, tout vaut le coup d'être examiné de près, et je suis le premier à penser que les bonnes idées existent partout. Le tout est d'en faire la synthèse la plus efficiente possible.

Anticorps médiatiques, les blogs...

François Bayrou réserve une place de choix à internet et particulièrement aux blogs dans son Abus de pouvoir. Il achève son chapitre après avoir observé que l'information est désormais verrouillée en France, tout du moins, dans les médias traditionnels. Il reste toutefois un espoir...

Mais internet, par essais et par erreurs, constitue dès aujourd’hui un réseau d’informations, réactif, souple, non limité par la longueur des “papiers”, non domesticable, capable d’opposer à la prise de contrôle et au rideau de fumée une réponse appropriée. C’est naturel : toute agression inédite sur un corps vivant, fait naitre des anticorps, un système immunitaire, des résistances nouvelles.

Bayrou compare souvent les peuples à des organismes complexes, dotés d'un psychisme propre, et disposant de défenses immunitaires quasi-calquées sur la biologie humaine. J'avais été intéressé, dans une première note, par l'application des avancées de la psychanalyse à l'inconscient collectif d'un peuple quand sa mémoire est blessée. Et je retrouve l'esprit de cette métaphore dans cette nouvelle comparaison. Plus encore, l'idée qu'internet est une réaction immunitaire à la désinformation et au conformisme médiatique ambiants me plaît bien.

Bref, on le “tient” moins, et pas du tout s’agissant des blogs, des mille contributeurs qui relaient et relaient l’information non conforme ou dissidente.

Il y a en effet, une spécificité des blogs, au milieu d'Internet, et une spécificité française, de surcroît, puisque la France est le pays d'Europe où est ouvert le plus grand nombre de blogs. La blogosphère est suffisamment organisée pour pouvoir communiquer, se constituant parfois en réseaux, certains très ouverts comme CoZop, d'autres plus politiques ou idéologogiques. Et en même temps, les liens sont suffisamment distendus entre eux pour en rendre impossible le moindre contrôle.

asterix2.jpgQuand je me représente les blogs, j'ai deux références qui me viennent à l'esprit : en premier lieu, historiquement, le Saint-Empire Germanique, c'est à dire une myriade de principautés et de royaumes suffisamment liés entre eux pour élire un chef (classement wikio ?) et passer des traités défensifs, et en même temps, suffisamment rivaux pour être en conflits permanents les uns avec les autres. Mais je reprends simplement la tentative de définition de wikipedia ; remplacez Saint-Empire par Blogosphère, et vous allez bien rigoler...

L'Empire ne peut être compris ni comme un État fédéral ni comme une confédération. Il n'est ni une simple aristocratie ni une oligarchie. Toutefois, l'Empire présente des caractéristiques de toutes ces formes étatiques. L'histoire du Saint-Empire est marquée par la lutte quant à sa nature. Tout comme il n'est jamais parvenu à briser les entêtements régionaux des territoires, l'Empire s'est morcelé dans une confédération informe...

Et en second lieu, c'est à une bande dessinée que je pense : Astérix et les Goths de Gosciny et Uderzo. On a l'explication personnelle de Gosciny sur l'incapacité des Goths à se constituer en nation jusqu'à fort tard, après le passage d'Astérix et d'Obélix.

Bref, tu m'étonnes, François, que la blogosphère, c'est pas demain la veille que quelqu'un va parvenir à la contrôler. J'ajoute que le MoDem en sait quelque chose avec ses propres réseaux, puisque c'est de l'intérieur du flux MoDem, informel, il est vrai,  d'Antonin Moulart (non d'un Bayrou, il a choisi le jour où je parle de lui pour flanquer Demos web en maintenance ....##$!!&) que les critiques les plus dures (parfois fort injustes, au demeurant) envers Bayrou et le MoDem sont venues.

La Démocratie parfaite est d'abord une affaire de culture

J'avais mis au défi Fred, de Démocrate sans frontière, de me dire ce qu'il pensait du classement des démocraties par l'EUI. Il l'a fait. Je rebondis sur son étonnement, le 4ème critère de The Economist, la culture démocratique.

C'est pour moi un aspect essentiel d'autant qu'il conditionne la participation politique, et surtout, ce que le peuple est près à accepter ou non. Notamment, les leaders sans partage du pouvoir, la théocratie et les régimes militaires. Pour qu'une démocratie fonctionne, elle doit faire consensus. C'est une condition sine qua non, et c'est bien pour cela qu'elle échoue partout où ce n'est pas le cas. Si la démocratie a repris avec une telle vitalité et une telle facilité en Tchécoslovaquie, au lendemain de la Révolution de velours, c'est que 40 années de communisme et sept années de nazisme n'avaient pu mettre sous l'éteignoir la culture démocratique de ce pays, considérablement développée dans l'entre-deux guerres. Partout où elle avait été moins solidement implantée en Europe orientale, elle s'est imposée avec moins de facilité. Il en va des peuples comme des caractères et des vertus d'Aristote dans son éthique à Nicomaque. Même si la disposition y est moindre, en pratiquant, on peut acquérir les moeurs démocratiques. Mais c'est plus long et cela demande plus d'efforts.

Mais, in fine, je m'accorde surtout avec l'idée que François Bayrou développe dans son Abus de pouvoir sur les peuples et l'histoire des peuples : les peuples, comme les individus, ont une mémoire, les souvenirs fussent-ils logés dans leur inconscient collectif. Cette mémoire n'est pas seulement politique : qui se souvient que la Pologne était plus développée économiquement que l'Espagne en 1939 ? ou, pour reprendre l'exemple de la Tchécoslovaquie, que ce pays avait une industrie florissante (armements, automobiles, chaussures, pour citer quelques fleurons emblématiques) ? Rien d'étonnant à ce que Polonais et Tchèques se soient assez vite retrouvés à l'aise dans une économie moderne. Je pourrais multiplier ainsi les exemples. Bref, quand la démocratie s'est implantée dans la culture collective d'un peuple, assurément, la solidité d'un régime démocratique y est plus assûrée. The economist a donc bien raison de donner une telle importance à ce critère.

Et puis Fred conclut son billet ainsi :

Moralité ? Ce classement est l'occasion de mettre en perspective nos pratiques politiques. Il me laisse pourtant insatisfait.

Qu'est-ce qu'une démocratie qui ignorerait le droit des générations futures à une planète vivable ?

Qu'est-ce qu'une démocratie qui ignorerait la responsabilité des personnes, dont l'objectif ne serait pas de maximiser la contribution de chaque personne au bien commun ?

Qu'est-ce qu'une démocratie nationale qui verrait dans les droits de l'homme hors de chez elle, une "contradiction permanente" avec sa "politique étrangère" ?

ces critères ne sont pas, sauf erreur de ma part, dans le champ de réflexion de The Economist. Il y a encore à construire, non seulement la démocratie, mais la conscience de la démocratie.

Je comprends bien le souci de Fred, mais les critère qu'il cite entrent dans le champ d'exercice de la démocratie non dans son champ de définition. Et pour le bien commun, je le renvoie à ce qu'en dit Schumpeter (ça va fumer, non d'un hérétique !)

06:14 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : démocratie |  Facebook | | |

lundi, 04 mai 2009

Du rififi à Noisy ? Un blogueur peut-il tout dire ?

J'essaie de m'informer sur l'histoire du blogueur de Noisy-le-sec attaqué en justice  par la majorité PC-Verts-PS et condamné par un tribunal à une assez forte amende. On invoque souvent la solidarité entre blogueurs pour couvrir leurs dicsours. Est-ce nécessairement pertinent ? J'ai constaté à l'expérience que pas mal de blogueurs sont prompts à déraper, voire à diffamer, y compris entre eux, d'ailleurs...

J'ai trouvé un reportage sur le Post qui interwieve les parties en présence. Il y a certes une disproportion des moyens employés de part et d'autre, mais, il ne faudrait pas tomber dans le travers de défendre un blogueur non pour son bon droit mais parce qu'il doit faire face à une collectivité. Je récuse cette équation, car elle est la porte ouverte à tous les dérapages.

Je suis donc très réservé, dans cette histoire, même si à première vue, ce blog me fait plutôt bien rire ( mais il a peut-être été modifié entre temps).