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vendredi, 29 février 2008

Capitalisme,Socialisme et Démocratie (11) : que reste-t-il de la démocratie

Le dernier chapitre de Capitalisme,Socialisme et démocratie aborde la nature même de la démocratie elle-même. Et vu ce que je lis sur la démocratie (directe ou non) sur la blogosphère (tout aprticulièrement MoDem), je vais me faire un plaisir de citer ici-même la manière dont Schumpeter met complètement en pièces la doctrine classique de la démocratie. Dans un billet suivant,on rigolera bien avec la volonté du peuple...

 
Elle consiste donc à soutenir qu'il existe un « bien commun », faisceau de lumière projeté sur les problèmes politiques, qu'il est toujours facile de distinguer et que l'on peut faire percevoir à toute personne normale en recourant à des arguments ration­nels. On ne peut donc trouver aucune excuse pour quiconque ne distingue pas le bien commun, ni même aucune explication pour l'existence de tels aveugles, sinon, à part l'ignorance (à laquelle il peut être remédié), la stupidité ou quelque intérêt antisocial. En outre, ce bien commun implique des réponses précises à toutes les questions spé­cifiques, si bien que chaque fait social et chaque mesure prise ou à prendre peuvent être classés sans équivoque comme « bons ou mauvais »

Le fameux "bien commun"...Vous allez voir ce qu'il en fait du bien commun, Schumpeter... 


En premier heu, il n'existe aucune entité consistant dans un bien commun unique­ment déterminé sur lequel tous les hommes puissent tomber d'accord ou puissent être mis d'accord par la force convaincante d'arguments rationnels. L'absence d'une telle unité de vues ne tient pas primordialement au fait que certaines personnes peuvent désirer autre chose que le bien commun, mais au fait beaucoup plus fondamental que le bien commun doit nécessairement signifier des choses différentes pour des indivi­dus et groupes différents.

En second lieu, même si un lieu commun suffisamment précis - tel que le maxi­mum utilitariste de satisfaction économique se révélait comme acceptable pour tous, il ne s'ensuivrait aucunement que des réponses également précises pour­raient être données aux problèmes spécifiques à résoudre. Les divergences d'opinions en pareilles matières pourraient être suffisamment sérieuses pour entraîner la plupart des conséquences inhérentes à un désaccord « fondamental » sur les fins elles-mêmes.

Mais, en troisième lieu et en conséquence des deux propositions précédentes, la conception particulière, adoptée par les utilitaristes, de la volonté du peuple ou volonté générale s'évanouit en fumée. En effet, cette conception présuppose l'existen­ce d'un bien commun, uniquement déterminé et discernable par tous. A la différence des romantiques, les utilitaristes n'avaient aucune prescience de cette entité semi-mystique douée d'une volonté propre, de cette « âme du peuple » dont l'école histori­que de jurisprudence a fait si grand état. Ils faisaient ingénument dériver leur « volon­té du peuple » des volontés individuelles. Or, à moins qu'il n'existe un centre - le bien commun vers lequel gravitent, tout au moins à long terme, toutes les volontés indi­viduelles -, ce type particulier de volonté générale « naturelle » ne saurait se réali­ser. Le centre de gravité utilitariste, d'une part, unifie les volontés individuelles, tend à les fondre, sous l'influence de discussions rationnelles, en une volonté du peuple, et, d'autre part, confère à cette dernière, en exclusivité, la dignité éthique proclamée par le credo démocratique classique. Ce credo ne consiste pas simplement à idolâtrer la volonté du peuple en tant que telle, mais il est fondé sur certaines hypothèses relatives à l'objet « naturel », sanctionné par la raison utilitaire, de cette volonté. Or, aussitôt que la notion de bien commun se dérobe, la réalité et la dignité de ce type de volonté générale disparaissent du même coup. Et les deux piliers de la doctrine classique tombent inévitablement en poussière.

Ce dernier chapitre m'intéresse particulièrement, parce que la méthode de Schumpeter, c'est de volontairement accumuler les obstacles et d'anéantir les idées reçues (qui ont encore cours aujourd'hui !!!) afin de proposer une forme alternative imparfaite, sans doute, mais possible de la démocratie.

Au chapitre des mythes, j'aborderai ce qu'il dit de la volonté du peuple dans un prochain billet, et cela sera saignant. J'exprimerai également une réserve sur l'utilitarisme que condamne Schumpeter. Il me semble qu'une société marchande se constitue parce que chacun pense pouvoir trouver un avantage personnel par combinaison avec l'avantage personnel d'autrui ; tout du moins, c'est ainsi que Mises, par exemple, de l'école autrichienne, avec son modèle praxéologique, s'imagine que se forme le marché. Je ne dis pas que le marché est un bien commun au sens moral du terme, mais un bien commun au sens du bien que tous possèdent, oui, d'une certaine manière, certainement. Donc, ce bien commun, finalement, il pourrait bien prendre la place du bien commun moral de la doctrine classique. Et j'ajoute que Montesquieu, dans l'Esprit des lois, voit d'un bon oeil le commerce pour tout ce qu'il apporte en termes de paix et d'échanges. Cette position, que j'ai nourrie de mes lectures est à discuter, mais, je la dis ici aussi pour dire que je n'adhère pas forcément à 100% aux affirmations de Schumpeter. Ce que j'apprécie, c'est sa manière de ridiculiser le romantisme benêt et naïf qui aboutit aux pires dévoiements, et l'assurance tranquille du capitaliste convaincu.

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