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  • Réhabilitons Félix (un peu)

    Je n'épargnerai rien à mes lecteurs : ils sauront tout (enfin, du moins tout ce que moi j'en pense) du Lys dans la vallée d'Honoré de Balzac. Je fais bien de relire ce livre. J'avais vraiment tout oublié... J'ai été dur avec Félix, je l'ai accusé d'égocentrisme parce qu'il parlait beaucoup de lui. Rendons-lui hommage : ses boquets de fleurs composés avec l'attention particulière d'un compositeur méditant sa symphonie méritent l'admiration et surtout, prouve sa capacité à se dépasser pour l'objet de son amour. Au passage époustouflant Balzac qui énumère en virtuose tout ce que les champs et les prés comptent de plantes à fleurs. J'ai laissé entendre que Félix était surtout en contemplation de lui-même, mais je corrige : il est sincèrement amoureux d'Henriette, puisqu'il est prêt à tous les sacrifices pour elle, même de se faire prêtre.

    Je me suis aussi intéressé à ses rapports avec les deux enfants d'Henriette, Madeleine et Jacques. Ils l'attendrissent, mais, est-ce le cas pour ce qu'ils sont ou simplement parce qu'ils sont les enfants d'Henriette ? Félix dit dans un premier temps que tout ce qui est proche d'Henriette mérite attention et amour. J'ai donc d'abord eu le sentiment que les enfants étaient objetisés. Mais par la suite, on sent dans les rapports que Félix entretient avec eux qu'une certaine forme d'autonomie (toute relative, toutefois) se forme entre eux, dans leurs relations. A ce stade-là, toutefois, si Henriette périssait, il est assez probable que les enfants retourneraient à leur statut d'objets d'Henriette. Toute proportion gardée, je vais faire un parallèle qui va faire bondir les puristes : dans la série de JK Rowling, Severus Rogue n'a de l'attention (bien cachée) pour Harry Potter que parce qu'il  a été amoureux de sa mère. Peut-être est-ce dans cette catégorie qu'il faudrait chercher au cas où Henriette périrait, encore que Félix est bien plus tendre et sentimental que Sévérus...

  • L'écriture de Justine

    Je crois que je n'en ai pas fini de commenter les deux livres de Justine Lévy, Rien de grave et Mauvaise fille. J'ai écrit dans ma note précédente sur Mauvaise fille que je trouvais l'écriture de Justine hachée. J'y ai bien réfléchi. En fait, quand j'ai tourné les premières pages de Rien de grave, j'ai eu la sensation bizarre de tomber sur une sorte de Petit Nicolas tragique et féminin.

    L'écriture de Justine Lévy réplique l'expression d'un enfant ou d'une adolescente. Je me suis demandé pourquoi, me doutant qu'une jeune femme aussi talentueuse ne pouvait avoir que fait sciemment ce choix d'écriture, et finalement, je crois avoir trouvé la réponse. Elle est à mi-chemin, j'en ai la sensation, des sentiments qui agitent Justine et de sa création littéraire propre.

    Dans ses deux récits autobiographiques, Justine apparaît toujours comme une jeune fille qui peine à prendre des décisions, et surtout, qui ne se vit pas comme une adulte libérée de ses parents. Je ne dirais pas qu'ils l'ont enchaînée d'une manière ou d'une autre, cela je ne peux le savoir, mais elle, à l'évidence, a bien du mal à voler de ses propres ailes ; non pas matériellement ou physiquement, mais psychiquement. Ses parents, son papa, sa maman, demeurent les références absolues de son logiciel.

    Du coup, je ne comprends son écriture que par le refus (ou la difficulté, du moins) à assumer un développement psychique et psychologique pleinement adulte. Or, franchir le seuil qui sépare définitivement l'enfant du parent (sans pour autant que les liens soient brisés) devient une nécessité avec la maternité. Il est difficile de se positionner comme mère (ou comme père) quand on est encore par trop l'enfant de ses parents. D'ailleurs, c'est quasiment ce qu'écrit Justine à la dernière page de son roman à propos de sa mère : il fallait qu'elle meure pour me laisser être mère à mon tour.

    J'ai relu la fin de Mauvaise fille ; ce n'est pas encore une certitude, mais j'ai eu l'impression d'une évolution du style. Une ponctuation plus correcte, des négations entières, moins de ruptures de construction et d'ellipses, tout ce qui contribue à générer une atmosphère stressante, tout au long des deux ouvrages, avec ces phrases qui se succèdent et se bousculent, les unes à la suite des autres, sans laisser au lecteur le temps de physiquement respirer.

    J'avoue attendre avec la plus grande impatience le prochain livre de Justine Lévy. J'espère qu'elle continuera à relater sa passionnante et riche existence. Peu de livres m'ont marqué autant que les deux siens.

  • Sarkozy face au FN, populismes...

    Il y a un truc que Sarkozy n'a pas compris avec le FN : 2007, c'est terminé. Il a fait une fois le coup aux électeurs et sympathisants de ce parti, mais là, c'est fichu après ses échecs patents. Sarkozy veut donc concurrencer le Front National en évoquant l'Islam ou la sécurité ? Ou encore l'immigration ? Le multi-culturalisme ? Il ferait mieux de se taire. Voilà un homme qui a naturalisé 200 000 étrangers par an depuis le début de son mandat, a continué à alimenter le regroupement familial, tout en chassant, dans le même temps, de braves gens aspirant vraiment à l'intégration : je me souviens encore de ce jeune garçon qui avait sauté du 1er étage pour échapper à la police et qui cumulait à l'école les premiers prix d'orthographe française. Incapable qui fait tout l'inverse de ce qu'il faudrait faire...

    Marine Le pen se réjouissait hier de ce que l'UMP marche dans ses traces : en effet, le parti présidentiel va lui tracer un sillon inespéré. Je ne dis pas qu'il faut esquiver les sujets qui fâchent : il faut avoir des réponses claires, nettes et fermes dans ce domaine, mais pas la peine d'en rajouter non plus dans la surenchère (surtout de mots) alors qu'il y a moyen d'attaquer le FN sur ses points faibles (son programme économique, son programme social).

    Je l'ai déjà écrit, sous la houlette de Marine Le pen, le FN a quasiment achevé sa mutation en parti populiste. Partout en Europe, les partis populistes sont devenus puissants. Des remèdes efficaces contre la progression de leur gangrène n'ont pas encore été trouvés par les autres forces politiques. Il y avait à ce sujet un débat intéressant dans les pages du quotidien Le Monde.

    Baverez dit une chose qui me paraît intéressante : il faut insister sur le fait que ce n'est pas l'économie qui dirige la politique, mais l'inverse, car le populisme se nourrit justement de la première impression. C'est aussi mon sentiment.

    Il est ensuite très important de ne pas prêter le flanc aux collusions de toutes sortes. Sur ce point, j'ai une entière confiance en Bayrou. Éviter les "Siècles" et autres think tanks et réseaux destinés à imposer leurs vues à la société toute entière, mais pas seulement : la sphère médiatique est insupportable d'arrogance aux yeux de beaucoup de Français. La presse est déconsidérée, intellectuels et journalistes fournissant le fouet pour se faire battre la plupart du temps.

    La corde populiste, ils sont nombreux à vouloir en user, Sarkozy le premier. Toute la difficulté, c'est de distinguer ce qui ressort de la rhétorique populiste (tous pourris, c'est la faute des juges, des immigrés, les cheminots, les enseignants sont des privilégiés) et la dénonciation d'authentiques abus de pouvoir. Une fois cette distinction faite, on comprend mieux ce qui sépare des Mélenchon ou Le pen d'un Bayrou...

  • Le Liban, ami d'Israël ?

    J'ai mis la main sur un sondage très intéressant (réalisé par l'Université du Maryland) : il analysait en août 2010 les sentiments des opinions publiques de six pays arabes (Égypte,Liban, Jordanie, Maroc, Arabie Saoudite, Émirats arabes unis) envers les USA, et le conflit israélo-palestinien. C'est assez curieux, à la lecture du sondage qui comporte de nombreuses questions, de constater que les Libanais (en dépit de la guerre récente !!!) sont les moins défavorables à Israël : par exemple, sur leurs impressions à propos de l'holocauste, ils sont 21%, à ressentir une véritable empathie avec les Juifs, 59% à éprouver des sentiments mêlés, et 20% seulement (le Hezbollah et ses affidés ?) à juger que la mention de l'holocauste dessert la cause arabo-palestinienne.

    Les Jordaniens, voisins immédiats des Israéliens, demeurent assez modérés envers Israël et les Juifs. Ce n'est qu'au Liban que les sentiments plutôt positifs l'emportent sur les sentiments négatifs. 

    Je me demande si la diplomatie israélienne a connaissance de sondages de cette nature. Ils devraient en tout cas amener Israël à réviser profondément sa stratégie vis à vis du Liban. Par ricochet, il montre aussi que la position du Hezbollah au Liban est très minoritaire et que ce mouvement armé essaie de tenir en otage tout un pays qui ne partage pas ses vues bellicistes et terroristes...

  • Deal Corée-Europe, quelle est la compensation ?

    L'Europe vient de passer un accord de libre-échange avec la Corée du Sud. Enfin, quand je dis l'Europe, j'entends par là la Commission, et, de surcroît, pour s'appliquer, le traité doit être ratifié par le Parlement européen. La Commission a été prudente : 

    Les mesures de sauvegarde permettraient à l'UE de suspendre l'octroi de réductions supplémentaires des droits de douane ou d'augmenter ceux-ci pour atteindre les niveaux précédents, au cas où des taux plus bas entraîneraient une augmentation excessive des importations en provenance de Corée du Sud, portant ou menaçant de porter un préjudice grave aux producteurs de l'UE.

    Le texte de l'accord est disponible sur le site du Parlement européen (cliquer sur le 17 février). J'ai évidemment parcouru le texte de l'accord. Il faut préciser qu'une mesure de sauvegarde ne dure que deux ans, exceptionnellement quatre, mais jamais plus.

    Il faut également préciser qu'un état peut faire une demande, mais que c'est la Commission qui prend la décision de juger la demande pertinente ou non.

    Le projet de traité accorde aux produits coréens des baisses de droits de douane tels qu'ils sont actuellement fixés. La Corée fait de même avec les produits européens. Si une mesure de sauvegarde doit s'appliquer, le taux revient à la case départ ou peut même être augmenté, mais attention, à certaines conditions : l'accord UE-Corée demeure encadré par les règles de l'OMC. Les règles de l'OMC prévoient que l'on ne peut pas faire de discriminations (en principe) entre ses divers partenaires commerciaux. C'est ce que l'on appelle la clause de la nation la plus favorisée. La règle prévoit des exceptions, notamment les accords spécifiques de libre-échange. 

    Le projet spécifie qu'une hausse du droit de douane ne peut excéder le taux de la nation la plus favorisée. Ceci signifie, en somme, qu'on ne peut imposer plus les produits coréens que ceux des autres pays non concernés par des accords spécifiques.

    Il est assez étonnant, finalement, ce traité, avec ses sous-entendus et ses non-dits : voyons, qu'est-ce qui pourrait mettre en danger des pans de notre industrie ? Eh bien au premier chef le dumping social, c'est à peu près évident. C'est bien ce qu'a pressenti Marielle de Sarnez, euro-députée MoDem-ADLE, en faisant observer que pour garantir une concurrence qui soit vraiment loyale, il faudra bien que les normes sociales, sanitaires et environnementales soient prises en compte dans les accords commerciaux. Ceci est inéluctable.

    La Commission (pour une fois !) a pris ses précautions. A la fin du projet de traité, il y a une annexe (Annexe I) qui reprend une déclaration de la Commission :

    La Commission observe que la désignation de zones de production délocalisée dans la péninsule coréenne, conformément aux dispositions de l'article 12 du protocole sur les règles d'origine, nécessiterait un accord international entre les parties, auquel le Parlement devrait donner son approbation. La Commission informera pleinement le Parlement concernant les délibérations du comité au sujet des zones de production délocalisée dans la péninsule coréenne.

    Eh oui, pas folle la guêpe...L'accord concerne des zones de production, pas uniquement des États comme entités, histoire de ne pas se faire avoir au tournant. La Corée ne pourra donc pas réaliser tranquillement sa production en Chine puis venir la proposer en Europe comme issue de Corée. Les annexes du traité comportent des mises en garde particulières sur le secteur automobile notamment pour les petites voitures.

    Le dumping social est un aspect, mais il n'est pas suffisant de lutter contre ce dernier pour s'assurer d'être compétitifs. Marielle de Sarnez appelle à une réflexion stratégique au niveau de l'Europe : l'Europe devra se doter, enfin, des instruments nécessaires pour conserver ou retrouver une capacité de production, industrielle ou agricole par exemple, et préserver - c'est absolument vital pour son avenir - son avance technologique.

    C'est une évidence. Il reste désormais au Parlement Européen à s'assurer que le projet d'accord repose sur des garanties solides, puisque pour l'instant, il relève essentiellement de la déclaration d'intention. Comme l'observe Marielle de Sarnez, ce traité est le premier à être signé (proposé pour l'instant) après l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Voyons donc ce que va donner cette Europe-là...

  • Affaire Cassez, ne tombons pas trop vite sur le dos de Sarkozy

    Il a parfois (en fait rarement) raison, l'Didier. Les blogues de gauche, parfois, ils n'auraient qu'à écrire un énorme billet collectif, ça ferait l'affaire et éviterait de parcourir la même note 50 fois dans son reader. Je ne dis pas ça à propos de la prestation de Sarkozy mais plutôt sur l'affaire Cassez.

    On reproche à la diplomatie française de s'impatienter. Il y a peut-être de quoi ! s'il y a un point sur lequel je ne doute pas de Sarkozy, c'est de son empressement à vraiment prendre en mains le sort des Français à l'étranger quand ils sont en danger. Je crois que là-dessus, c'est l'un des rares domaines où il est fiable.

    Si MAM ou Sarkozy s'agacent aujourd'hui, c'est que le Mexique ne respecte pas les textes qu'il a signés (Florence Cassez aurait du être transférée), que le Président patiente depuis 2007 sur les "bons" conseils de son "ami" Calderon et qu'aujourd'hui, il s'aperçoit qu'il a été joué, et que les Mexicains ont bien l'intention de garder Florence Cassez en prison.

    Pauline Tissot de l'Express a consacré un billet récapitulatif des charges qui pèsent contre Florence Cassez et des contre-arguments de ceux qui la défendent. La défense me paraît tout de même plus convaincante que l'accusation. 

    Le seul argument que je pourrais à la rigueur retenir, c'est celui de Bayrou jugeant que tout ce bruit pourrait mettre en danger Florence Cassez. C'est un argument. En même temps, les autorités mexicaines se foutent de nous depuis le début dans cette affaire, et donc, il est logique que l'on finisse par s'agacer en France. Simplement, peut-être, en effet, la méthode n'est pas la bonne. 

    Il n'en reste pas moins que l'on ne peut pas continuer à se faire marcher sur les pieds sans rien dire, alors qu'on est face à un monument de mauvaise foi. La diplomatie française essaie de négocier depuis 4 ans. Après le rejet de l'appel de Florence Cassez, elle a compris qu'elle n'obtiendra rien et qu'il ne reste plus qu'un tribunal international, désormais. Alors perdu pour perdu, autant faire connaître son fort mécontentement. 

    Mais bon, écrivez Sarkozy, S-A-R-K-O-Z-Y, et vous avez l'assurance d'avoir une horde de blogueurs de gauche (et du centre !) enragés, prêts à en découvre avec l'ogre hongrois. Il faudrait peut-être éviter de transformer le moindre pet de travers de Sarkozy en acte d'accusation automatique à son encontre. Je pense que sur l'affaire Cassez, il essaie de faire son possible et prend très au sérieux le sort de la Française. Cessons de lui faire de faux procès et de l'accuser de chercher à instrumentaliser l'affaire, c'est l'accusation vraiment facile, alors qu'il la suit avec attention depuis le début.

  • Et pendant ce temps, la bioéthique...

    L'opinion s'emballe autour de sujets qui peuvent certes paraître importants aux yeux de certains, mais, du coup, éclipsent des question très fondamentales. Le Parlement examine depuis mardi le rapport de Jean Léonetti sur la bioéthique.

    Pour ma part, il y a deux aspects du projet qui me tiennent à coeur : le statut des mère-porteuses, d'abord, et celui de la recherche de l'embryon.

    J'avoue être inquiet dans les deux cas : tout comme l'épouse de Lionel Jospin, Sylviane Agacinski, j'ai tendance à penser que tôt ou tard, un marché de l'utérus se développera. On peut toujours me dire qu'un ouvrier qui travaille loue son corps, évidemment, mais c'est un parallèle fallacieux que je rejette, pour une raison très simple : porter un enfant ne saurait être assimilable à un travail, a fortiori si l'on considère que les gènes de la mère porteuse sont impliqués dans la génération de l'enfant. 

    Moi, cela me gêne beaucoup. Le bébé qui vient de naître reconnaît sa génitrice (faut-il l'appeler ainsi ?). J'ai du mal à imaginer que l'abandon immédiat du bébé soit sans conséquence aucune sur son développement. Je me demande également ce que peut bien penser une "mère" pendant les neuf mois de la gestation qui considère que l'enfant ne sera pas le sien. Le considère-t-elle vraiment, au demeurant ? 

    J'ai des préventions encore bien plus importantes sur l'embryon, et je crois avoir eu un débat ici, à ce sujet. Ces préventions rejoignent d'ailleurs mes angoisses à propos de l'avortement. Évidemment, je vais refaire le débat de novembre 2008 entre Florent et moi, et réitérer mes objections. Déjà, l'avortement est difficile à envisager pour moi, même si je ne conteste pas aux femmes la possibilité de choisir de conserver ou non embryon ou foetus. Mais faire de la recherche sur des embryons, surnuméraires ou non, cela me dérange. Florent disait qu'il fallait admettre le principe d'un homicide légal. Il reconnaissait donc un statut humain aux embryons. Mais moi, cet homicice-là me fait horreur, et, spontanément, c'est le mot meurtre qui me vient à l'esprit.

    Les études ne portant pas atteinte à l'intégrité de l'embryon ne me posent pas de problème éthique. La loi de 2004 prévoit des dérogations en ce sens. Mais elle est échu depuis le 06 février dernier puisque le statut de ce type de recherche était dérogatoire pour une période de 5 ans. La question revient donc sur la table.

    Nombreuses sont les instances à être favorables à une autorisation permanente de recherche sur l'embryon (ce qui signifie leur destruction, à terme...). Mais je juge le fond de l'argument spécieux, même si je conçois les bénéfices médicaux. Voici ce qu'exprimait l'année dernière l'Académie de Médecine :

    « l’interdiction de principe de toute recherche sur l’embryon ne peut être justifiée par la protection d’embryons qui n’ont pas d’autre avenir que l’arrêt de leur vie. Elle ne serait pas dans l’intérêt des embryons susceptibles de se développer et de vivre. Une recherche peut être menée au bénéfice de l’embryon de manière similaire aux recherches de type clinique qui peuvent être menées à tous les âges de la vie. Dans tous les cas, les recherches sur l’embryon devraient faire l’objet d’un encadrement réglementaire rigoureux qui devrait distinguer 2 catégories de recherches, celles réalisées sur des embryons n’ayant pas d’autre avenir que l’arrêt de leur développement et celles réalisées sur des embryons destinés à vivre »

    Même argumentation que celle de Florent : pas d'autre avenir que l'arrêt de leur vie. Sur cette base-là, on peut aller très loin...

    J'aimerais que l'on distingue recherche sur les cellules embryonnaires souche et recherche sur l'embryon lui-même. Si l'on peut prélever des cellules sans dommage, la recherche sur les cellules ne me gêne pas. Le problème, c'est qu'actuellement, un tel prélèvement n'est pas possible sans la destruction de l'embryon, à ce que j'ai cru comprendre. Léonetti écarte définitivement cette distinction dans son rapport, mais elle ne devrait pas être abandonné, à mes yeux, même si j'entends l'argument scientifique qui fait observer qu'à la genèse de l'embryon, il y a bien une seule cellule, qui est l'embryon...

    Épineux débat : quel statut donner à l'embryon ? Le Comité Consultatif National d'Éthique est parvenu également à la même conclusion que Florent : 

    «il ne peut être porté atteinte à son intégrité  aussi longtemps qu’il demeure inscrit dans le projet parental qui a été à l’origine de sa création».

    Léonetti souligne dans son rapport que «l'être» de l'embryon n'est peut-être pas nécessairement lié au vouloir parental, et qu'il pourrait même bien en être indépendant...

    In fine, je constate que la notion d'études ne portant pas atteinte à l'intégrité de l'embryon est supprimée du nouveau projet de loi. Je juge que l'on pourrait au moins trouver une formule qui rappelle que sa préservation demeure une priorité en toutes circonstances.

    Le projet demeure prudent, au bout du compte, puisque le principe d'interdiction de la recherche sur l'embryon est maintenu, et même étendu, tout en autorisant les statuts dérogatoires, ce qui revient à considérer la question au cas par cas, position la plus sage, me semble-t-il, sur un sujet aussi complexe.

    Ce texte sur la bioéthique n'a pas fini de faire couler de l'encre. La fin du projet de loi aborde les applications des neuro-sciences : par exemple, jusque là, l'imagerie cérébrale était demeurée l'usage exclusif de la recherche. Sauf qu'aux USA, des entreprises commencent à l'utilise pour le recrutement, et, en Inde, pour rendre des décisions de justice. On nous refait le coup du détecteur de mensonges, en somme...

    Côté blogues, la question n'a intéressé que la cathosphère (Koz, Thomas More, Plunkett, par exemple) et une partie de la fachosphère. Les autres réseaux, apparemment, ils s'en foutent...Il y a quelques députés et/ou sénateurs qui en parlent (tiens ça devrait intéressé l'Nicolas, il est député de la circonscription de Loudéac), sur leur blogue, et c'est tout.

  • Justine Lévy ou le sacré coup de cafard

    J'ai pour habitude de lire plusieurs livres en même temps. Parallèlement à mes lectures balzaciennes ou hegeliennes, j'ai achevé Rien de grave de Justine Lévy et je suis bien avancé dans son Mauvaise fille. Mauvaise fille ? Mauvaise mère, plutôt, oui...

    Dans une écriture volontairement naïve, elle relate les derniers mois d'existence de sa mère, simultanément à sa grossesse. Les deux livres m'ont intéressé sous plusieurs aspects.

    Le premier d'entre eux est sociologique : il révèle les turpitudes, les a priori et les passe-droits de cette petite société effervescente que consituent tous ces intellectuels engagés, à droite ou à gauche, des années 70 jusqu'à nos jours. Des gens qui donnent des leçons et veulent refaire le monde, mais ne sont pas foutus de s'occuper correctement de leur fille au jour le jour...Que l'on songe donc : quoi penser d'une mère qui laisse se promener sa fille toute seule à 5 ans dans la rue ou encore la confie à deux copines camées pendant 48 heures, la réduisant à n'avoir pour toute pitance que des tartines qu'elle a elle-même recouvertes de sel ?

    J'ai beaucoup de respect pour la relation que Bernard Henri-Lévy entretient avec sa fille. Il l'aime vraiment, et surtout, il s'en est vraiment occupé. J'ai été très touché par ses inquiétudes et la tendresse qu'il manifeste à sa fille depuis toujours. Mais bon, il fait aussi quelques belles c.....eries plus jeune, comme engager un braqueur italien comme baby-sitter pour Justine afin de l'exfillter, vraisemblablement au nom d'une amitié politique.

    Si on ajoute à cela l'atmopshère omni-présente de shoot, de drogues, de coke, de canabis, de médocs de toute sorte dans laquelle flotte Justine et pendant son enfance, et pendant son adolescence, ce paraître à tout prix qui met presqu'à égalité le show-bizz, les grands noms de la médecine et nos élites intellectuelles, on a un sale portrait de ceux qui prétendent tenir le haut du pavé. 

    Justine, elle le dit d'ailleurs, aurait rêvé d'une vie simple et normée. Avec des limites. Qu'on la réveille à l'heure pour partir à l'école, qu'on lui interdise les aliments qu'on aurait du lui interdire, qu'on aille la chercher à l'école, des vacances en famille, des choses simples, en somme.

    Le pauvre BHL : il a tout de même drôlement servi de tiroir-caisse, si l'on considère toutes les sinuosités des parcours de sa première épouse ou même de sa fille.

    J'ai toujours une sorte de gêne à lire le mot fauché dans le récit de Justine Lévy. Elle a été fauchée, sa mère a été fauchée, son compagnon aussi a été fauché, mais ils partent à Rome, fréquentent la haute société, disposent de passe-droits, bref, des choses qui, une fois de plus, ne manqueront pas d'énerver passablement le petit peuple, ou plus simplement, à chaque strate de la société, la base qui ne dispose d'aucun privilège particulier.

    Ça, c'est pour l'aspect sociologique.

    L'aspect humain, maintenant.

    Là, j'ai les boules. Dans Rien de grave, je voyais Raphaël (je ne me souviens plus du nom qu'elle lui donne) comme un intrigant, prétentieux et égocentrique. Mais finalement, il me restait de la lecture du livre une vague touche d'espoir.

    Je n'ai pas encore fini Mauvaise fille, mais cela réveille vraiment toutes les angoisses dormantes. Saloperie de cancer. Crever à petit feu d'un cancer inéluctable et sans rémission, entouré de médecins soit brusques, soit lénifiants, soit arrogants parce qu'ils ont un nom et une réputation, c'est en-dessous de glauque et cauchemardesque. Selon Justine Lévy, une personne sur dix sera atteinte au cours de sa vie d'un cancer. Elle ne doit pas être loin de la réalité. Mais l'univers qu'elle dévoile fait froid dans le dos. Agoniser des semaines au milieu des râles d'agonie de ceux qui crèvent à côté de vous. Bon sang, pas d'acharnement thérapeutique, m...., la dose de morphine forte, svp, très forte, s'il faut en arriver là un jour. 

    Reste la relation de Justine Lévy avec sa mère. En fait, je dirais plutôt que c'est la relation de Justine avec sa propre culpabilité. Il y a un passif entre Justine et sa mère. Sa mère ne s'est pas occupée d'elle quand elle était petite, au moment où il eût fallu qu'elle se comporte en adulte et non en adolescente écervelée. Des liens ne se sont pas créés, si ce n'est ceux de l'amertume ; il ne reste donc que ceux de la convention, et, une vague complicité. Alors Justine s'en veut de ne pas éprouver de sentiments face à la déchéance de sa mère. En fait, elle se trompe. Ce qu'elle n'éprouve pas, c'est le déchirement qu'une fille peut ressentir à la disparition d'une mère, mais elle n'en éprouve pas moins quelque chose. La preuve éclatante en est la culpabilité qui l'envahit : cette culpabilité n'est pas tournée vers le regard d'autrui, mais entièrement vers sa mère ; à preuve  le récit des défaillances de sa mère pour se disculper. Justine avait des comptes à régler avec sa mère. En fait, sa mère avait des comptes à lui rendre, plutôt. Mais parce que Justine est une émotive introvertie et timide, elle n'a jamais osé présenter l'addition. Peut-être par peur, peut-être aussi parce qu'elle a tablé, dès le départ, sur le fait que sa mère ne comprendait de toutes façons pas ses griefs.

    Sa mère : personnage typique de ces extra-punitifs libertaires des années 70. Jamais leur faute. Jamais de leur responsabilité. Ils ont toujours eu raison et fait pour le mieux, à leurs yeux, du moins. Que des certitudes. Un manequin longtemps habituée à ce qu'on la regarde. Paradoxalement, Justine aura voulu la protéger jusqu'au bout, étouffant les quolibets dégueulasses de petits merdeux sur une plage, serrant le cou de la bonhommie méprisante d'un grand nom de la médecine, donnant assurances sur assurances à sa mère pour lui éviter de désastreuses désillusions.

    Justine se reproche de ne pas avoir aimé sa mère comme elle eût voulu l'aimer, mais, son vrai problème, n'est-ce pas plutôt de ne pas s'être avouée qu'elle l'aimait vraiment, en dépit de toutes ses défaillances, parce qu'elle restait sa mère ? Une relation affective qui n'avait pas la force affective de celle qui la lie à son père, certes, mais une relation qui existait. Ce qu'elle a eu du mal à admettre, par exemple, c'est que l'on peut ne pas avoir envie de voir sa mère, qu'on peut s'ennuyer profondément en lui rendant visite à l'hôpital, et pourtant l'aimer. 

    Être une mauvaise fille, Justine, c'est presqu'aussi difficile que d'avoir une mauvaise mère...

    J'aime l'écriture de Justine Lévy, même si j'ai été au départ dérangé par sa syntaxe hachée et ses ruptures de construction incessantes. Elle a quelque chose. Son témoignage a le caractère d'une authenticité exceptionnelle. Il n'y a rien de faux  ni de fictif dans ce qu'elle écrit. Peut-être de la reconstruction, mais inconsciente et sincère. Décidément, les mères...après celle de Félix puis d'Henriette, je n'ai pas fini d'en parler ici...

     

  • Sécurité, socialistes incorrigibles...

    Chassez le naturel, il revient au galop : rappelez-vous les arrogantes années Jospin ! En ce temps-là, quand le petit peuple avait le malheur de se plaindre de l'insécurité, il fantasmait, et, au pire, la gentille racaille n'avait aucune responsabilité dans sa délinquance : pensez-vous, ma'am'Michu : c'étaient des pauvres victimes de discriminations. Les Socialistes se sont pris une branlée en 2002 entre autres à cause de la sécurité. En 2007, comme ils n'avaient toujours pas compris, Sarkozy les a mis une nouvelle fois en défaut. On pourrait penser qu'ils ont enfin compris la leçon ? Raté caramba, lisez-donc le compte rendu du dernier livre de Martine Aubry par Tefy Andriamamana, rédacteur à Marianne.

    Le discours n'a pas changé d'un iota, et le comble, c'est que le livre de Martine Aubry est post-facé par Jean-Jacques Urvoas, le monsieur sécurité du PS. On voit donc bien là le double discours du PS qui proclame d'un côté s'être assagi, puisqu'Urvoas affirmait encore il y a peu voir la délinquance comme une cause de la misère et non comme l'une de ses conséquences. C'est en tout cas ce que rapporte Téfy. Ce n'est pas ce que j'ai lu sur le blog du monsieur :

    «notre projet sur la sécurité ne se conçoit qu’adossé à un projet de transformation sociale. En effet, nous ne parviendrons à construire une société plus sûre que si, parallèlement au nécessaire combat contre les comportements violents, nous nous donnons les moyens d’en mener un autre, avec tout autant d’énergie, contre les causes de cette violence, qui constituent le terreau favorable au basculement dans la délinquance».

    Tefy pense qu'il n'y a pas de ligne sur la sécurité au PS et donne tort à Ségolène Royal. Je pense au contraire que la Dame du Poitou ne se trompe pas : il y a bien un courant laxiste, et il a le vent en poupe.

    La France doit-elle se résoudre à devoir choisir entre une gauche angélique et une droite qui brasse du vent ? Aux expressions doctrinaires sur un tel sujet, je préfère, et de loin, le pragmatisme centriste d'un Olivier Henno, dont le souci est avant tout de permettre aux forces de police de fonctionner correctement.

    Comme le disait Marc Fesneau, le secrétaire général du MoDem à la mi-août dernière, la délinquance ne connaît pas les étiquettes politiques elle prospère partout où l'Etat renonce à exercer son autorité ou lorsqu'il est inefficace. Exactement. Très bien dit.

    Et il concluait ainsi : 

    Ce ne sont pas des mots qu'attendent les habitants de nos villes et de nos villages, ce sont des actes et des moyens concrets. La politique de sécurité n'a pas plus besoin de déclarations intempestives et de manoeuvres de diversions que de naïveté ou de résignation.

    Ces deux postures sont nuisibles et inefficaces et le Mouvement démocrate les rejette avec la même force au nom de ceux qui pâtissent depuis des années de ces échecs successifs.

    On ne peut pas mieux dire. Je vois dans cette conclusion un égal rejet de l'agitation sarkozyste et du discours sociologique de la gauche. Bravo, Marc. Il me plaît bien, finalement, ce MoDem-là.

  • Enfance malheureuse, Henriette plus crédible que Félix...

    Décidément, je ne comprends pas (ou plutôt, si je comprends ! ) pourquoi il l'a si longtemps jugé mièvre, le Lys dans la vallée, l'Didier. Il est passionnant, cet ouvrage ; je l'ai lu trop jeune, je n'avais plus tout son contenu en tête. Je fais bien d'en refaire la lecture complète. J'avais évoqué l'enfance malheureuse de Félix dont le témoignage ne m'avait guère convaincu. Il en va tout autrement de celui d'Henriette (Madame de Morsauf). Voilà une jeune femme à laquelle on a appris très tôt à ne pas laisser percer d'enthousiasme, sans doute parce que c'était jugé inconvenant. Non, il fallait qu'elle montrât la réserve naturelle qu'on attendait alors d'une jeune fille noble. Bonheur interdit. Toute sa conduite, par la suite, découle de ce postulat profondément intériorisé ; et de avec d'autant plus de force que ses frères étaient morts et qu'on lui avait bien fait comprendre, dans sa famille, qu'on eût préféré que ce fût elle plutôt que les fils. En dépit de son égocentrisme, je l'ai mis en évidence la fois précédente, Félix réalise que sa solitude avait été comme un paradis comparée au contact de la meule sous laquelle son âme fut sans cesse meurtrie. En cette circonstance, il faut reconnaître à Félix un sens édifiant de la métaphore. Le père de Félix était déjà absent, celui d'Henriette n'est pas même nommé. L'un comme l'autre ont souffert de leur rapport avec leur mère (mais aussi de l'absence de rapport avec leur père, même si ni l'un ni l'autre ne l'énonce) et en ont tiré des enseignements relativement similaires : ils ont reporté et l'un et l'autre et l'amour qu'ils auraient voulu recevoir, et celui qu'ils auraient voulu donner. Ce qu'il y a, c'est qu'ils sont à deux étapes différentes de l'existence : Félix est au sortir de l'adolescence, Henriettte est déjà une femme, mère de deux enfants. Félix n'a pas achevé sa mutation quand Henriette est une femme au faîte de son individualité.

    Il me faudrait toucher un mot du comte de Morsauf : acariâtre et maladif vieillard, de l'espèce des paranoïaques, capables de mouvements de coeur subits, mais sur le fond, totalement auto-centrés.

    Le drame d'Henriette, c'est d'être renvoyé constamment à sa condition de mère ; elle le fait valoir à Félix : elle n'a pas deux enfants, mais trois. Contrainte d'assumer constamment des responsabilités écrasantes avec des moyens limités, et ce jusque dans la gestion quotidienne de leurs maigres biens. L'irresponsable vieillard lui ramène parfois un cadeau de Paris mais ne songe pas à lui donner le nécessaire pour assurer la bonne marche de la maison, contraignant cette dernière à lui exprimer des demandes humiliantes. Henriette l'excuse en assurant que le vieil homme n'y songe pas. Moi, je crois au contraire que ce genre d'individus, qui se plaisent à manifester leur volonté de puissance, utilisent le levier financier comme un instrument de leur puissance afin de mieux assurer leur pouvoir d'humilier.

    Balzac m'étonne : il est capable d'une imagination d'une finesse extrême, sans doute de qualités d'observation de la même teneur (ses portraits sont trop réalistes, il ne peut les avoir inventés à 100%) ; s'il comprend tout cela, comment peut-il parfois exprimer des fatuités étonnantes sur les femmes et leur fonctionnement ? Est-ce que finalement, la description qu'il rend des hommes de son temps paraissait normale à la société de son temps ? Est-ce que sa description est si précise qu'elle franchit les frontières du temps en nous permettant nos propres jugements, comme si, finalement, chaque portrait ne sous-tendait rien d'autre que ce qu'il apporte avec lui ?

    J'avoue ma perplexité. J'entre dans la Comédie humaine avec le regard neuf du lecteur novice. IL me faudra croiser bien des personnages de cette fiction pour que je n'ébauche ne serait-ce qu'une impression ferme (j'assume l'oxymore).