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jeudi, 17 février 2011

Et pendant ce temps, la bioéthique...

L'opinion s'emballe autour de sujets qui peuvent certes paraître importants aux yeux de certains, mais, du coup, éclipsent des question très fondamentales. Le Parlement examine depuis mardi le rapport de Jean Léonetti sur la bioéthique.

Pour ma part, il y a deux aspects du projet qui me tiennent à coeur : le statut des mère-porteuses, d'abord, et celui de la recherche de l'embryon.

J'avoue être inquiet dans les deux cas : tout comme l'épouse de Lionel Jospin, Sylviane Agacinski, j'ai tendance à penser que tôt ou tard, un marché de l'utérus se développera. On peut toujours me dire qu'un ouvrier qui travaille loue son corps, évidemment, mais c'est un parallèle fallacieux que je rejette, pour une raison très simple : porter un enfant ne saurait être assimilable à un travail, a fortiori si l'on considère que les gènes de la mère porteuse sont impliqués dans la génération de l'enfant. 

Moi, cela me gêne beaucoup. Le bébé qui vient de naître reconnaît sa génitrice (faut-il l'appeler ainsi ?). J'ai du mal à imaginer que l'abandon immédiat du bébé soit sans conséquence aucune sur son développement. Je me demande également ce que peut bien penser une "mère" pendant les neuf mois de la gestation qui considère que l'enfant ne sera pas le sien. Le considère-t-elle vraiment, au demeurant ? 

J'ai des préventions encore bien plus importantes sur l'embryon, et je crois avoir eu un débat ici, à ce sujet. Ces préventions rejoignent d'ailleurs mes angoisses à propos de l'avortement. Évidemment, je vais refaire le débat de novembre 2008 entre Florent et moi, et réitérer mes objections. Déjà, l'avortement est difficile à envisager pour moi, même si je ne conteste pas aux femmes la possibilité de choisir de conserver ou non embryon ou foetus. Mais faire de la recherche sur des embryons, surnuméraires ou non, cela me dérange. Florent disait qu'il fallait admettre le principe d'un homicide légal. Il reconnaissait donc un statut humain aux embryons. Mais moi, cet homicice-là me fait horreur, et, spontanément, c'est le mot meurtre qui me vient à l'esprit.

Les études ne portant pas atteinte à l'intégrité de l'embryon ne me posent pas de problème éthique. La loi de 2004 prévoit des dérogations en ce sens. Mais elle est échu depuis le 06 février dernier puisque le statut de ce type de recherche était dérogatoire pour une période de 5 ans. La question revient donc sur la table.

Nombreuses sont les instances à être favorables à une autorisation permanente de recherche sur l'embryon (ce qui signifie leur destruction, à terme...). Mais je juge le fond de l'argument spécieux, même si je conçois les bénéfices médicaux. Voici ce qu'exprimait l'année dernière l'Académie de Médecine :

« l’interdiction de principe de toute recherche sur l’embryon ne peut être justifiée par la protection d’embryons qui n’ont pas d’autre avenir que l’arrêt de leur vie. Elle ne serait pas dans l’intérêt des embryons susceptibles de se développer et de vivre. Une recherche peut être menée au bénéfice de l’embryon de manière similaire aux recherches de type clinique qui peuvent être menées à tous les âges de la vie. Dans tous les cas, les recherches sur l’embryon devraient faire l’objet d’un encadrement réglementaire rigoureux qui devrait distinguer 2 catégories de recherches, celles réalisées sur des embryons n’ayant pas d’autre avenir que l’arrêt de leur développement et celles réalisées sur des embryons destinés à vivre »

Même argumentation que celle de Florent : pas d'autre avenir que l'arrêt de leur vie. Sur cette base-là, on peut aller très loin...

J'aimerais que l'on distingue recherche sur les cellules embryonnaires souche et recherche sur l'embryon lui-même. Si l'on peut prélever des cellules sans dommage, la recherche sur les cellules ne me gêne pas. Le problème, c'est qu'actuellement, un tel prélèvement n'est pas possible sans la destruction de l'embryon, à ce que j'ai cru comprendre. Léonetti écarte définitivement cette distinction dans son rapport, mais elle ne devrait pas être abandonné, à mes yeux, même si j'entends l'argument scientifique qui fait observer qu'à la genèse de l'embryon, il y a bien une seule cellule, qui est l'embryon...

Épineux débat : quel statut donner à l'embryon ? Le Comité Consultatif National d'Éthique est parvenu également à la même conclusion que Florent : 

«il ne peut être porté atteinte à son intégrité  aussi longtemps qu’il demeure inscrit dans le projet parental qui a été à l’origine de sa création».

Léonetti souligne dans son rapport que «l'être» de l'embryon n'est peut-être pas nécessairement lié au vouloir parental, et qu'il pourrait même bien en être indépendant...

In fine, je constate que la notion d'études ne portant pas atteinte à l'intégrité de l'embryon est supprimée du nouveau projet de loi. Je juge que l'on pourrait au moins trouver une formule qui rappelle que sa préservation demeure une priorité en toutes circonstances.

Le projet demeure prudent, au bout du compte, puisque le principe d'interdiction de la recherche sur l'embryon est maintenu, et même étendu, tout en autorisant les statuts dérogatoires, ce qui revient à considérer la question au cas par cas, position la plus sage, me semble-t-il, sur un sujet aussi complexe.

Ce texte sur la bioéthique n'a pas fini de faire couler de l'encre. La fin du projet de loi aborde les applications des neuro-sciences : par exemple, jusque là, l'imagerie cérébrale était demeurée l'usage exclusif de la recherche. Sauf qu'aux USA, des entreprises commencent à l'utilise pour le recrutement, et, en Inde, pour rendre des décisions de justice. On nous refait le coup du détecteur de mensonges, en somme...

Côté blogues, la question n'a intéressé que la cathosphère (Koz, Thomas More, Plunkett, par exemple) et une partie de la fachosphère. Les autres réseaux, apparemment, ils s'en foutent...Il y a quelques députés et/ou sénateurs qui en parlent (tiens ça devrait intéressé l'Nicolas, il est député de la circonscription de Loudéac), sur leur blogue, et c'est tout.

Commentaires

le pire (enfin, non c'est pas le pire, c'est le plus idiot) c'est que la recherche sur l'embryon qu'a choisie l'agence de biomédecine française au détriment de toutes les autres recherches (dont sang de cordon) n'a JAMAIS donné le moindre résultat positif.

et pendant ce temps, les pays qui font des recherches sur le sang de cordon (et font des banques de sang de cordon au lieu de fabriquer un bébé médicament par enfant malade!!) ont des résultats pour des quantités de maladies, avec des produits qui sont déjà opérationnels et tout à fait efficace depuis longtemps: donc on a pris du retard depuis des années à cause de ce choix de l'ABM, et elle continue quand même à creuser pour rien dans la même direction.

c'est suicidaire dans tous les sens du terme d'autant que même si ça donne quelque chose, qui choisira de se soigner avec une jambe d'embryon alors qu'il existe des équivalents éthiques depuis bien longtemps issus de sang de cordon.

Et une autre solution est à partir de cellules souches adultes, car chaque organe possède des cellules souches qui lui permettent de se régénérer et qui sont exactement adaptées à cet usage de façon naturelle. mais ça encore, l'ABM ne veut pas en entendre parler.

D'après Elisabeth Montfort, c'est le lobby féministe qui pousse l'ABM dans ce sens (et aussi les gens qui gagnent de l'argent sur ces recherches et qui veulent continuer) car les féministes ont peur que si on remet en cause la recherche sur l'embryon, on réfléchisse trop au statut de l'embryon et que ça remette en cause l'avortement. ce serait la cause de ce choix à tout point de vue débile.

Et ce sont ces gens là qui décident de notre sort. avec des keynésianistes, aussi. ça fait peur.

Écrit par : do | jeudi, 17 février 2011

Sur le plan de la bioéthique l'approche de la droite française est ultra conservatrice car il ne faut choquer son électorat.

Sur de nombreux sujets la France prend du retard et c'est bien triste vu que dans ces domaines la France a de nombreux scientifiques compétents... qui un jour seront largués....

le cas des mères porteuses ne me dérange pas car c'est moins dangereux que les FIV ( si plusieurs fiv sont nécessaires) et en plus le résultat n'est pas garanti pour les FIV.....

Beaucoup de françaises ont recourt aux mères porteuses a l'étranger.... et les enfants qui naissent font-ils de mauvais français, de même que les parents?

la position française sur ce sujet est purement idéologique et électoraliste.....

Écrit par : Europium | jeudi, 17 février 2011

«l’interdiction de principe de toute recherche sur l’embryon ne peut être justifiée par la protection d’embryons qui n’ont pas d’autre avenir que l’arrêt de leur vie.»


En somme, le raisonnement est celui-ci : "puisqu'il est condamné à mort, on peut s'en servir comme cobaye". Il me semble qu'un certain Dr Mengele tenait, en son temps, un raisonnement éthique du même tonneau.

Par ailleurs, d'un point de vue strictement philosophique, il me semble aussi que tout être vivant peut être défini comme "n'ayant pas d'autre avenir que l'arrêt de sa vie" à plus ou moins long terme". Ce qui autoriserait à trifouiller un foetus ne srait donc rien d'autre que sa plus ou moins longue espérance de vie. Le qualitatif (être humain, donc intouchable) est donc ici remplacé par le quantitatif (quelle durée de vie escomptable ?). C'est peut-être bien une brèche énorme dans le respect de l'humain, car pourquoi ce raisonnement, à terme, ne ferait-il pas jurisprudence pour autoriser, par exemple, l'expérimentation sur des malades en phase terminale incapables de donner leur avis, ou sur des enfants condamnés à court terme par une maladie dégénérative, ou même sur des condamnés à mort attendant quelques années leur tour de seringue dans le couloir de la mort ? Ce serait une façon astucieuse de rentabiliser prison et peine de mort, et je suis sûr qu'avant peu l'un ou l'autre gouverneur texan va y penser.

Écrit par : Ch. Romain | jeudi, 17 février 2011

@Christian
La comparaison avec Mengele me semble hors de propos, mais pour le reste, vous avez tout à fait compris ce qui m'inquiète. IL y a en effet une brèche inquiétante.
Attention, toutefois, songez que le législateur n'a pas défini l'embryon comme être humain, ce que vous faites. Sans cette équivalence, votre raisonnement ne tient plus.
On achoppe, une fois de plus, sur le statut de l'embryon.

Écrit par : l'hérétique | jeudi, 17 février 2011

"Léonetti souligne dans son rapport que «l'être» de l'embryon n'est peut-être pas nécessairement lié au vouloir parental, et qu'il pourrait même bien en être indépendant..."
Voila qui devrait faire réfléchir avant de faire certains dons.

Auriez-vous suivi une certaine émission hier soir? Le thème y fut abordé.

Écrit par : Martine | jeudi, 17 février 2011

@Martine
Non, je ne l'ai pas suivie, mais j'ai lu le rapport de Léonetti, et puis j'ai eu plusieurs fois des débats sur le blogue à ce sujet.

Écrit par : l'hérétique | jeudi, 17 février 2011

Je souviens des débats ;))
Hier soir, une émission avec Claude Allegre et Axel Kan, ce thème fut abordé, (que l'on apprécie ou pas les personnages pas le propos) ils sont issus du milieu scientifique et ont émis des réserves au sujet de ce rapport, inquiets quand aux dérives possibles.
Si mes souvenirs sont exacts ils soulignaient que dans le texte d'origine, il y existait une limitation du nombre d'embryons lors des FIV afin d'encadrer ces éventuelles dérives.

Écrit par : Martine | jeudi, 17 février 2011

Ce sont des sujets très délicats sur lesquels une position tranchée est difficile.

Pour ma part, je viens d'écrire un article sur le livre de la fille du ministre assassiné Boulin sur mon blog et j'avoue que c'est rafraîchissant de lire les grandes questions après cette lecture révoltante.

Écrit par : Hervé Torchet | jeudi, 17 février 2011

@ L'Hérétique

Si l'embryon n'est pas défini comme être humain, je ne vois pas pourquoi on se pose toutes ces questions. On ne fait pas tant d'histoires pour envoyer un boeuf à la boucherie.

En réalité, le simple fait de se poser la question est déjà la réponse. Le reste n'est qu'hypocrisie et casuistique.

Écrit par : Ch. Romain | jeudi, 17 février 2011

@Christian
Je ne sais pas. Je tends à associer l'humanité et la pensée. Sans développement du cerveau, ce ne sont que des cellules. Je me demande plutôt quelle est la limite entre le foetus et l'embryon.
@Hervé
Je vais le lire. Les échos que je reçois de ces évènements me portent à penser depuis longtemps qu'il s'est bien agi d'un assassinat en effet.

Écrit par : l'hérétique | jeudi, 17 février 2011

Un RSS que j'ai créé pour suivre les avatars de Sylviane Agacinski en matière de philosophie des sciences de la vie au sens le plus large du terme, m'alerte tout en me conduisant sur votre blog dont pour la première fois je prends connaissance avec intérêt car la discussion est riche et hardie sur le thème de la mère porteuse qui agite légitimement les esprits dès lors qu'ils et elles sont possesseurs d'un cerveau pensant. J'écris en ce moment un roman atypique où l'une des héroïnes a vécu une expérience de mère porteuse sans savoir encore où son destin la mènera.
J'ai de nombreuses raisons de m'intéresser au problème de la sexualité humaine. Né en 1938, cela a son importance, j'ai eu la chance d'être le mâle d'un couple infécond pendant dix-neuf ans (1963-1971). Jamais, bien au contraire, ne s'est posé le problème de la contraception, qu'il s'agisse de pilule ou d'avortement. Notre fils unique est né naturellement par la vertu du Saint-Esprit, sans l'aide du sperme des pompiers de Paris, sans thérapeutique hormonale et j'en serais le père biologiquement prouvé, promis, juré et certifié, cela a son importance dans le pays de Feydeau et Philippe Sollers, Colette et Simone de Beauvoir. Je m'arroge donc le droit, à un âge où je me considère comme forclos pour toute initiative me faisant participer à l'expansion de la politique de natalité national avec une femme plus jeune que ma présente épouse, à supposer que la folie m'y poussât, je saurais y résister, le droit donc d'émettre une opinion que je crois objective. Je suis un médecin PU-PH retraité spécialisé en radiologie et imagerie médicale, pionnier de l'échographie numérique (1977) et de l'imagerie de la femme. Je m'intéresse au problème du sexe ratio depuis que j'ai vu à Tours en avril 1978 l'une des toutes premières images du sexe d'un fœtus mâle exploré par un échographe en temps réel. Immédiatement, j'ai vu la cause princeps des futures guerres mondiales, puisqu'un certain nombre de sociétés, d'inspiration non judéo-chrétienne, n'ont aucune base métaphysique pour récuser la pratique de la sélection sexuelle au détriment des femelles que seule permet l'échographie bas de gamme des praticiens aux pieds nus. Qu'il s'agisse de la Chine ou de l'Inde, le problème est suffisamment souciant pour que l'on en parle à mots ouverts voire en produisant des films et des documentaires destinés aux grands publics des six continents de la planète Terre.
Dans la mesure où, dans le monde occidental et ceux qui s'y réfèrent pour des raisons idéologiques ou religieuses, exclusivement,j'insiste, le problème posé par la bioéthique de la reproduction est insoluble puis que seul le catholicisme considère l'embryon comme un être vivant dès sa conception, donc inapte au commerce, même au stade du don des gamètes non recommandé par l'Evangile dès lors qu'il ne vient pas des parents légitimes consacrés par les liens indissolubles du mariage. Seuls les couples inféconds ou surféconds peuvent s'exprimer sur le vécu d'attitudes très variables et imprévisibles selon qu'ils se posent en théories ou en pratique, sur les individus eux-mêmes ou leurs enfants mineurs: cela va de la fivette la plus fermée à l'avortement des nonnes violées, en passant par la PMA, les mères porteuses et l'adoption. En ce qui me concerne ma seule certitude est totale: je n'aurais jamais accepté de travailler dans un laboratoire pour participer moi-même à la recherche sur la FIV et je n'aurais pas encouragé mon fils à le faire s'il en avait eu l'intention, ce dont j'ai été épargné puisqu'il a fait un choix professionnel de botaniste. Cela ne veut pas dire que je sois contre au plan de la politique de santé publique ou sociale d'un pays. je n'ai jamais eu de responsabilité politique qui m'ait obligé de me prononcer. Mes votes de citoyen n'ont jamais été influencés par la question sexuelle, jusques et y compris l'homosexualité et la progéniture des homosexuels des deux sexes. A titre d'exemple, j'aurais pu aussi bien voter pour Simone Veil que pour Bertrand Delanoë, si l'opportunité l'avait exigé, ce qu'à ne Dieu ne plaise. Les pionniers de cette recherche sur la PMA, quelles qu'en soient les modalités appartiennent à deux mondes culturels pas nécessairement associés: 1) le Royaume-Uni anglican, religion dérivée du luthérianisme et non pas du calvinisme; 2) des praticiens, athées ou croyants influencés par la religion juive qui dénie toute valeur d'être vivant au produit de la conception jusqu'à l'expulsion du nouveau-né hors de l'utérus. C'est ce que j'ai appris en étudiant la vision futurisme du contrôle du sex ratio dans un dossier publié dans la revue l'Internat de Paris, non accessible dans le commerce mais librement téléchargeable dans son intégralité et son authenticité sur mon site personnel www.jfma.fr, comportant notamment des interviews d'éminentes autorités dans le domaine de la gynécologie-obstétrique. Les deux groupes PRO vs CON ne pourront pas concilier leurs positions dans un consensus non polémique tant qu'ils ne se projetteront pas hors de la planète Terre. Ils sont tous les deux, dans la mesure où ils sont de bonne foi et non pas d'hypocrites pharisiens, parfaitement respectables dans leurs désirs liés d'un profond besoin de vaincre les résistances de la nature pour procréer un ou plusieurs petits d'homme. Comme toujours la nature sait se rebeller elle-même contre les thaumaturges et les contentieux sont déjà légions et de plus en plus protéiformes. La science avance plus vite que la technique laquelle envahit un "marché" d'offre-demande que l'humanité est incapable de contrôler autrement que par la raison du plus fort, même si on peut applaudir comme je le fais aux efforts de personnalités comme madame Agacinski et le mon collègue Frydmann pour lesquelles j'ai beaucoup d'estime. Le marché existe et chaque individu citoyen du monde globalisé exercera son propre choix, comme on décide de jeûner chez soi ou d'aller chez Picard ou au marché de Concarneau pour acheter ou voler son poisson et sa salade. Dieu reconnaîtra les siens qui croient à sa volonté qui affronteront ceux qui croient au hasard et au loto.
Il y a pourtant un moyen de discuter prospectivement, respectueux à la fois des préoccupations métaphysiques de chacun et les données de la science. je l'avais conseillé à madame Agacinski, à tort ou à raison, elle n'y fait pas allusion et pourtant il faudra un jour discuter sur ces bases: le XXIe siècle sera celui de la conquête spatiale avec les aléas qu'eurent à expérimenter les conquistadors. Sur quelles bases juridiques se reproduiront-ils alors qu'ils et elles vivront dans des milieux artificiels créés par l'homme pour l'homme colon sans espoir de retour sur la Terre? Copuleront-ils en réalité virtuelle dans des scaphandres pourvus d'orifices compatibles avec les méats corporels anatomiquement conventionnels? Les femmes devront-elles porter en elles une demi-douzaine de fœtus ou plus fabriqués comment? Les cathos rencontrant Dieu sur une ellipse lobatchevienne vaincront-ils? Les Coréens bouddhistes rejoindront-ils les colons juifs et arabes dans la procréation de fœtus allergiques au créationnisme thalmudiquement sécurisé?
Réalité et fiction peuvent, grâce à une étude constituante du droit de l'espace, sous l'égide de l'Unesco par exemple, aider à la solution préventive des casus belli à venir assez rapidement sur la planète si on n'y prend garde à temps. Celà commence par l'enlèvement des Sabines par les Romains et se termine par la guerre de Troie et les fours crématoires.
Avec mes regards les plus doux comme on peut traduire les formules de politesse favorites des Hindis,Dr Jean-François Moreau, AIHP, FACR
Professeur Emérite, Université Paris René Descartes
Electroradiologiste honoraire de l'hôpital Necker

Président de l'Association des Amis du Musée de l'AP-HP
Président Fondateur de l'Académie des Sciences et Technologies de l'Imagerie Médicale (ASTIM)

Ecrivain, historien, photographe, journaliste
Editeur et webmaster de l'ADAMAP http://www.adamap.fr/

Autoentrepreneur: JFMA.IntGence
Website perso : http://www.jfma.fr/

9, square Delambre
75014 Paris

Écrit par : Jean-François Moreau | jeudi, 17 février 2011

Merci de réaborder le sujet et de me citer, je dois apporter quelques précisions et compléments...

Concernant les autres sujets, disons brièvement que je suis contre l'autorisation des mères porteuses et réservé sur toutes les formes de PMA, ainsi que très préoccupé sur les neurosciences. Venons-en au recherches sur l'embryon.

Je vais devoir me répéter aussi, mais il y a un continuum de la vie et de l'appartenance humaine (et d'ailleurs même si on établissait une limite en fonction de certains critères, ce ne serait qu'une moyenne inadaptée à chaque cas particulier ; sans parler des implications sur d'autres cas, comme les gens dans le coma, certains handicapés, certains animaux, etc), dès le zygote. L'être est bel et bien indépendant du projet parental - ce qui ne signifie pas que ce dernier n'a aucune influence, au contraire il renforce les choses quand il existe... et favorise l'autorisation de ces recherches en son absence.

Je ne suis pas favorable à l'autorisation de n'importe quelle recherche sur n'importe quels embryons : j'envisage uniquement la recherche fondamentale (publique afin d'améliorer les connaissances au bénéfice de l'intérêt général ; pas privée lucrative ni même appliquée en vue d'objectifs procréatifs ou autres) sur les seuls embryons surnuméraires issus de la PMA et voués à la destruction (ie pas conçus exprès pour la recherche, sans projet parental, avec l'accord des parents)... cela ne relève pas d'un choix de ces embryons mais plutôt d'une démarche par élimination (refus pour les autres cas) et prise en compte de l'existant (le cas se produit avec ces destructions d'embryons surnuméraires alors envisageons-le ; sinon la question ne se poserait même pas).

Il ne s'agit pas pour les parents de possession, mais de responsabilité (comme pour les enfants, ils ont autorité pour les décisions). Si la situation dérange, c'est en amont de la chaîne qu'il faut intervenir, en reconsidérant la PMA elle-même...

Quant aux "cobayes", ce n'est pas ainsi qu'il faut considérer les choses, mais bien comme dans la citation avec l'analogie de la recherche générale (on peut mener des recherches sur l'être humain à tous les âges et même post-mortem) et plus particulièrement de la recherche clinique (on prend parfois des risques pour les individus mais c'est pour le bénéfice de la collectivité et dans des situations extrêmes) ; bien sûr il y a la question du consentement, mais c'est loin d'être le seul cas où il ne peut être donné et surtout il concerne les parents comme dit ci-dessus (on a des cas similaires comme pour les dons d'organes lors d'une mort accidentelle d'enfant par exemple).

Il est évident que de telles recherches relèvent d'un complément et non d'une voie privilégiée, les alternatives doivent être explorées et même prioritaires (études animales, utilisation de sang de cordon ombilical, etc). De même l'encadrement doit être strict et précis (et toujours soumis au consentement des parents).

Le rapport est passionnant mais drôlement long... j'ai tout de même repéré deux points qui répondent à certains éléments de votre billet :

http://www.assemblee-nationale.fr/13/rapports/r3111-tI.asp#P770_188349

http://www.assemblee-nationale.fr/13/rapports/r3111-tI.asp#P834_213559

Écrit par : florent | jeudi, 17 février 2011

"L'être est bel et bien indépendant du projet parental - ce qui ne signifie pas que ce dernier n'a aucune influence, au contraire il renforce les choses quand il existe... et favorise l'autorisation de ces recherches en son absence."

Traduction? Merci!

Écrit par : Martine | jeudi, 17 février 2011

florent a écrit
"Je ne suis pas favorable à l'autorisation de n'importe quelle recherche sur n'importe quels embryons : j'envisage uniquement la recherche fondamentale (publique afin d'améliorer les connaissances au bénéfice de l'intérêt général ; pas privée lucrative ni même appliquée en vue d'objectifs procréatifs ou autres) sur les seuls embryons surnuméraires issus de la PMA et voués à la destruction (ie pas conçus exprès pour la recherche, sans projet parental, avec l'accord des parents)... cela ne relève pas d'un choix de ces embryons mais plutôt d'une démarche par élimination (refus pour les autres cas) et prise en compte de l'existant (le cas se produit avec ces destructions d'embryons surnuméraires alors envisageons-le ; sinon la question se poserait même pas)."

+1 tout simplement

Par contre Florent semble opposé aux PMA. Considère-t-il que les femmes qui ne peuvent pas procréer naturellement comme normales ou comme malades?
A mon avis toutes femmes a le droit de pouvoir procréer et les PMA sont des solutions médicales à un problème médical...
je suppose que dans la même logique que Florent doit être opposé aux dons de gamètes....

Pour en revenir aux mères porteuses, les contres avancent des argument éthiques, philosophiques, religieux, scientifiques etc... considèrent-t-ils que ceux qui sont pour comme des êtres inférieurs, dénués de réflexions et de conscience? les contres doivent-ils avoir forcément raisons contre les pour?

En démocratie suivant sa conscience ne devrait-on avoir le choix, encadré bien évidemment, de pouvoir aborder tous ces problèmes en toute intimité avec des professionnels et laisser de côté toutes formes de morale de coté car nous n'avons pas tous la même morale?

Écrit par : Europium | vendredi, 18 février 2011

Les couples qui ne peuvent pas procréer ne sont ni normaux ni malades, ils subissent une déficience comme d'autres sont diabétiques ou nains ou que sais-je. Simplement ici le pronostic vital n'est pas en jeu et il n'y a pas lieu d'appliquer un traitement (qui impliquerait de plus un tiers). Qu'il s'agisse des PMA en général ou de la GPA en particulier, on en revient toujours au "droit à l'enfant" en lieu et place du "droit de l'enfant"... ce qui me met très mal à l'aise. Bien entendu pas au point d'aller vandaliser des cliniques ou agresser du personnel médical comme on a pu le voir ailleurs. Mais n'y a-t-il pas suffisamment d'enfants en attente d'adoption, dans notre pays et dans le monde ? Pourquoi s'accrocher autant à une vision génétique de la parentalité alors qu'elle est bien plus sociale et éducative ?
Il ne s'agit en aucun cas de considérer quiconque comme inférieur ou sans coeur, mais d'affirmer des positions respectives. Certes les choix personnels (ou de couple) devraient être respectés et non entravés par la collectivité, mais il y a des limites, surtout lorsque cela implique un tiers ou des dérives jugées trop importantes (rapport bénéfice/risque). Le curseur est sans doute difficile à positionner dans ce qui apparaît comme des problèmes subjectifs (vous évoquez la relativité des morales), mais en démocratie la société peut aussi décider des règles de fonctionnement qui s'appliquent à tous et protègent les tiers...

Écrit par : florent | vendredi, 18 février 2011

J'ajoute que les PMA ne sont pas toutes à mettre dans le même sac ; il y aurait déjà des restrictions à prendre en ce qui concerne les âges ou les pratiques para-incestueuses par exemple...
Mais le plus préoccupant reste au niveau des implications, prévues ou imprévues, de ces techniques qui permettent à des couples stériles d'avoir une descendance. J'en citerai deux exemples. Le couple qui obtient ainsi un enfant est peut-être content, mais comment assume-t-on le fait que cet enfant est à son tour stérile (je sais, ce n'est pas automatique, mais suffisamment fréquent pour le prendre en compte) ? Doit-on dire à un garçon ou à une fille qu'il ne pourra pas avoir d'enfant normalement plus tard ("heureusement" il lui restera la PMA) ou doit-on attendre pour le lui dire, voire le laisser découvrir lui-même, à l'âge adulte (et quid des relations de couple qui s'en trouveront rendues plus difficiles) ? Par ailleurs, on a remarqué que certaines pathologies qui avaient comme conséquence secondaire des problèmes de fertilité, se trouvaient dès lors sur-représentées parmi les enfants nés par PMA, c'est notamment le cas de la mucoviscidose... là encore comment assume-t-on ce genre de situation ? Les désirs des parents valent-ils qu'on impose à un enfant de subir de telles pathologies (ou d'avoir un risque accru de les transmettre lui-même à ses propres enfants) ? La satisfaction d'un désir de projet parental ne serait-elle pas préférable pour tout le monde en se concrétisant par une adoption ?

Écrit par : florent | vendredi, 18 février 2011

Monsieur l'Hérétique, si vous vous posez des questions sur les mères porteuses, plutôt que de vous faire intoxiquer par les contre-vérités de la marchande de peurs S. Agacinski, lisez plutôt ce livre fortement instructif :

La gestation pour autrui : l'improbable débat (S. & D. Mennesson, Editions Michalon) dont voici une critique :

http://www.nonfiction.fr/article-4243-p1-gestation_pour_autrui__la_possibilite_du_debat.html

Écrit par : Eric W | samedi, 19 février 2011

@Éric W
Volontiers pour la lecture, mais votre lien semble brisé.

Écrit par : l'hérétique | samedi, 19 février 2011

Désolé, il y avait une lettre de trop à la fin :

http://www.nonfiction.fr/article-4243-p1-gestation_pour_autrui__la_possibilite_du_debat.htm

Écrit par : Eric W | samedi, 19 février 2011

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