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samedi, 16 octobre 2010

Mais non, le libéralisme, ce n'est pas le Diable !

Tiens, v'là l'Nicolas qui se lâche contre les libéraux et invite de surcroît toute la gauchosphère à en faire autant. Nicolas pense qu'il y au moins 17 raisons (7+10) de se moquer des libéraux.

Ce qui est drôle, c'est qu'il y en a toujours au moins une de se moquer de la gauche toute entière (ou presque) : chaque fois qu'elle parle des libéraux, elle est profondément comique.

Il faut dire qu'un certain nombre de libéraux y concourent : ils ont une relation au syndicalisme qui ne laisse de m'étonner. Certes, il y a des syndicats gauchistes, et beaucoup même, mais enfin, à plus d'un point de vue, le syndicalisme est une conquête du libéralisme, parce qu'il repose avant toutes choses sur le droit d'association. Or, le droit d'association est l'un des fondements du libéralisme.

Que font les syndicats, sur le fond, eh bien ils essaient de se défendre contre des forces qui les dépassent souvent. Ils peuvent être archaïques, inefficaces, abêtis et peu représentatifs, ils n'en font pas moins ce pour quoi ils ont été créés. On ne peut pas le leur reprocher.

Nicolas croit que la propriété est un dogme chez le libéral : eh non, c'est, selon l'article II de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen de 1789 un droit naturel et imprescriptible au même titre que la liberté, la sûreté et la résistance à l'oppression. L'article 17 proclamait même que la propriété était un droit inviolable et sacré et sacré et que nul ne pouvait en être privé.

Quand les Socialistes, en 1981 et 1982 ont nationalisé à tour de bras industries et banques, le Conseil Constitutionnel a alors estimé, dans un arrêté rendu le 16 janvier 1982 que la conservation du caractère fondamental du droit de propriété était l'un des buts de la société politique.

Bon, en fait, ce ne sont pas les libéraux, mais les socialistes qui ont un problème avec le dogme de la propriété privée...

Il n'était à cette époque question ni d'égalité, ni de fraternité. La République n'a d'ailleurs jamais proclamé la nécessité de l'égalité des fortunes. Il n'y a eu que l'esprit malade de quelques socialistes agités mais dangereux pour en rêver, avec toutes les conséquences néfastes qui se sont ensuivies et qui nous sont connues aujourd'hui.

Bon, soyons justes : paf une baffe à la gauche, et paf une baffe aux libéraux : je suis surpris de voir avec quelle hargne les libéraux s'en prennent aux syndicalistes. Regardons le genre de vie de ces derniers, y compris en leur sommet, on ne peut pas dire que ce soient des gens qui font partie de la Jet Set ni qu'ils versent dans la collusion d'intérêts avec les puissants de ce monde. Il me semble que les libéraux devraient avoir avant tout comme souci de lutter contre les collusions de toutes sortes, à commencer par celles qui impliquent les états directement.

Comme puissance, un syndicat n'est rien ou presque et ne s'infiltre nullement dans tous les compartiments de la société comme peuvent le faire des États ou de très puissantes multi-nationales. Ce sont donc des cibles un peu faciles, je trouve, même s'ils font souvent ch.. par ailleurs, et se trompent régulièrement de siècle en termes de combats syndicaux. Et même s'ils se trompent et peuvent gonfler, ce n'en est pas moins des partenaires respectables avec lesquels tout pouvoir démocratique digne ce nom devrait avoir le souci de dialoguer.

Sarkozy and co n'invoquent le dialogue social que pour l'image et pour mieux leur baiser la gueule ensuite en les plaçant devant le fait accompli. Tu m'étonnes qu'ils sont très en colère après. C'est du gâchis, parce que pour une fois, il y a une génération de leaders syndicaux (je ne parle pas des abrutis de Sud) relativement pondérés avec lesquels on peut discuter.

Bref, pour moi, un syndicat, c'est une association comme une autre, et comme libéral, je suis plutôt favorable aux associations, dès lors qu'elles ne se constituent pas en réseaux de pouvoir qui tentent de court-circuiter continuellement toute concurrence, genre le Siècle, par exemple (Ah, la concurrence libre et non faussée, comme j'en ai rêvé...!)

Si j'ai une certaine bienveillance pour les syndicats, je n'en ai nullement, en revanche, pour les programmes politiques qui font des États l'alpha et l'oméga de l'action sociétale, économique et politique. C'est pour cette raison que j'aime bien l'État bienveillant des Démocrates, dont l'objet est simplement de faciliter les mises en relation et de permettre la libération des initiatives, non de les contrôler sous aucune forme quelle qu'elle soit. J'aime bien le Modem quand je l'entends tenir ce discours. Je l'aime moins quand il copie bêtement la gauche en brandissant la solidarité pour justifier l'intervention de l'État. L'État pourrait simplement se borner à faciliter la solidarité entre individus, et non l'imposer du haut avec des lois qui frisent la spoliation ou le déni de liberté.

lundi, 13 septembre 2010

Le libéralisme, une issue au despotisme ?

Je lisais l'appel des hommes d'affaires iraniens, relayé par Georges Malbrunot et signalé par Rimbus qui peste contre une diabolisation de l'Iran qu'il juge excessive.

Je tends à pense que le commerce, l'échange, c'est la paix, car les nations qui commercent se développent et se découvrent tôt ou tard des intérêts réciproques. Ainsi, les hommes d'affaire iraniens souhaitent, c'est évident, autant d'apaisement que possible avec l'Europe et les USA.

Oui, certainement, le libéralisme, au fil du temps, finit par s'imposer, et je ne doute pas que des pays comme l'Iran ou la Chine finissent par se démocratiser au final, tant libéralisme et démocratie sont consubstantiels.

Néanmoins, j'ai aussi dans l'esprit que ce processus a un travers : il est lent. On a toujours la tentation de rêver à une Révolution de velours à la tchécoslovaque, mais je crains, hélas, que cela ne soit là qu'un miracle qui se produit une fois sur cent.

Il faut, du coup, toujours trancher et faire un choix entre une politique de sanctions, au rixe de durcir un régime et l'aplanissement des relations sans...aplatissement !

Pas facile. Qu'est-ce qui peut sauver Sakineh ? Pas les opinions publiques occidentales peopolisées, mais leur impact sur des pays traditionnellement amis de l'Iran. Ainsi, cela a du étonner Ahmadinejad d'entendre Lula et tout le Brésil derrière lui offrir un asile politique à Sakineh. L'affaire prend des proportions gênantes pour l'Iran et pour tous les pays qui pratiquent la lapidation en général. Ils font d'ailleurs profil bas dans cette affaire.

Que l'on secoue trop violemment une nation, et son despotisme se mue en un autre despotisme. Ainsi vont la plupart des révolutions. Le tout est de trouver le bon ton : secouer suffisamment pour que la sauce prenne, mais pas trop au risque de la faire déborder du bol. Fin travail de diplomate dans lequel on peut retrouver toutes les nuances d'une diplomatie d'essence libérale, à mon sens...

lundi, 23 août 2010

Plaidoyer pour l'individu

Ce n'est pas en noyant dans l'uniformité tout ce qu'il y a d'individuel chez les hommes, mais en le cultivant et en le développant dans les limites imposées par les droits et les intérêts d'autrui, qu'ils deviennent un noble et bel objet de contemplation; et de même que l’œuvre prend le caractère de son auteur, de même la vie humaine devient riche, diversifiée, animée, apte à nourrir plus abondamment les nobles pen­sées et les sentiments élevés ; elle renforce le lien entre les individus et l'espèce, en accrois­sant infiniment la valeur de leur appartenance a celle-ci.

À mesure que se développe son individualité, chacun acquiert plus de valeur à ses propres yeux et devient par conséquent mieux à même d'en acquérir davantage aux yeux des autres. On atteint alors à une plus grande plénitude dans son existence, et lorsqu'il y a davantage de vie dans les unités, il y en a également davantage dans la masse qu'elles composent.

On ne peut pas se dispenser de comprimer les spécimens les plus vigou­reux de la nature humaine autant que nécessaire pour les empêcher d'empiéter sur les droits des autres ; mais a cela, on trouve ample compensation, même du point de vue du développement humain. Les moyens de développement que l'individu perd par l'interdiction de satisfaire des penchants nuisibles aux autres s'obtiennent surtout aux dépens du développement d'autrui. Et lui-même y trouve une compensation, car la contrainte imposée à son égoïsme autorise du même coup le meilleur développement possible de l'aspect social de sa nature. Être astreint pour le bien des autres aux strictes règles de la justice développe les sentiments et les facultés qui ont pour objet le bien des autres.

Mais d'être ainsi contraint par le seul déplaisir des autres à ne pas commettre d'actions susceptibles de leur nuire ne développe par ailleurs rien de bon, sinon une force de caractère qui se manifestera peut-être par une résistance à la contrainte. Si l'on se soumet, c'est une contrainte qui émousse et ternit le caractère. Pour donner une chance équitable à la nature de chacun, il faut que différentes per­son­nes puissent mener différents genres de vie.

Merci, JSM, pour ce magnifique témoignage, auquel je n'ai rien à redire... (Liberté, III)

lundi, 09 août 2010

John Stuart Mill, ancêtre spirituel du MoDem ?

D'une culture insuffisante en théories économiques et politiques, je m'applique, dans la mesure de mes moyens et de mon temps disponible à combler peu à peu mes lacunes. Je viens de découvrir John Stuart Mill. Bien sûr, j'en avais entendu parler, je savais qu'on le classait parmi les libéraux mais qu'il était apprécié au centre-gauche ; en revanche, j'ignorais en quoi consistent ses thèses.

Il fait partie du courant réformiste : le progrès, de son point de vue, ne peut se réduire à la croissance économique. Il passe par une meilleure distribution des richesses, et le progrès social implique des changements profonds dans les rapports sociaux :

- pas de liens de dépendance, au moins dans une société avancée. Y compris entre hommes et femmes. Mill est un féministe de la première heure qui condamne l'aberration économique et éthique que consitue la mise sous tutelle et en minorité des femmes. Il ne cessera de vanter les mérites de la sienne à laquelle il attribue une large part dans on oeuvre.

- pas de lutte des classes mais recherche du consensus et de l'intérêt commun entre les groupes sociaux.

Il imagine une société où dans la seconde partie de leur carrière, les ouvriers deviennent à leur tour des patrons afin d'éviter une césure peu souhaitable entre deux catégories de population. L'instruction est au coeur de cet objectif.

Partisan d'une participation des ouvriers aux résultats de l'entreprise, il juge qu'une association entre ouvriers et entrepreneurs conduirait plus sûrement vers une convergence d'intérêts.

Mill est évidemment favorable à l'économie de marché mais ne récuse pas une intervention de l'État en cas de nécessité. Il n'en est pas moins convaincu que le laisser-faire doit être la règle générale et l'intervention étatique l'exception : à l'action de l'État il préfère de loin celle, collective, des citoyens auxquels il faut donner l'habitude de procéder ainsi.

La libre concurrence, en dépit de quelques inconvénients, lui paraît une excellente chose, principalement parce qu'elle casse les monopoles. Toutefois, conscient que l'individu n'est pas toujours éclairé dans ses choix, il conseille de limiter les actes contractuels dans le temps. Il est en faveur d'une instruction publique de la qualité, observant que l'individu ne se montre pas nécessairement un consommateur éclairé, conscient de son intérêt.

Il se défie presqu'autant des grosses sociétés commerciales que l'État, car elles se caractérisent par des lourdeurs similaires. En certaines circonstances, il estime nécessaire l'intervention de l'État pour rétablir l'intérêt général (distribution d'eau, éclairage public, chemins de fer, services d'hygiène, par exemple).

Dans le domaine fiscal, il propose de limiter donations et successions afin de ne pouvoir garantir mieux qu'une indépendance modérée aux héritiers et donataires. La richesse doit être le fruit du travail personnel.

Comme il considère que la concurrence ne peut résoudre le problème de la pauvreté, il juge que l'État doit intervenir, tout en mettant en garde contre le risque de dévier vers l'assistanat.

Sur le fond, Mill estime que le progrès économique doit être au service du mieux être et non s'y substituer.

J'ai retrouve dans cette présentation de Mill à peu près tous les fondamentaux du MoDem, et, plus généralement, du social-libéralisme. Je me sens très proche de Mill sauf sur les aspects fiscaux où j'ai des convergences bien plus fortes avec les libéraux classiques. J'estime en effet que chacun doit pouvoir jouir de ses biens comme il l'entend. Y compris les donner s'il le désire. Toutefois, j'entends approfondir ma connaissance de l'auteur en entrant dans ses oeuvres. Je commenterai ici "Sur la liberté" et "Principes d'économie politique" puisque je compte entreprendre la lecture de ces oeuvres.

jeudi, 05 août 2010

Amis libéraux, ne vous trompez pas d'alliés !

Je vois avec un déplaisir grandissant des libéraux se faire phagocyter par des nationalistes patentés de longue date.

Impossible de publier un commentaire sur le blog Paris-Libéral, alors je réponds ici aux appels d'Yvan Blot cherchant à fonder une "démocratie directe".

Je vois mal comment une personnalité comme Yvan Blot, qui envisage tranquillement une religion d'État (http://www.insoc.fr/2010/06/deux-autres-contrepoisons-la-...) pourrait d'une manière ou d'une autre se réclamer du libéralisme. J'ajoute qu'il était également un chaud partisan de la grande droite allant de l'UDF au FN, que c'est un ex-membre du GRECE, laboratoire connu de l'extrême-droite, dont il reprend d'ailleurs certaines idées aujourd'hui avec sa démocratie directe.

Au passage, la démocratie directe va totalement à l'encontre du libéralisme qui s'appuie au contraire sur les corps intermédiaires (Montesquieu). Aristote qui peut être considéré comme une référence libérale à plus d'un égard en a également fait une critique impitoyable : on a souvent pensé qu'Aristote était un adversaire de la démocratie parce qu'il la considère comme la pire déviation parmi les déviations des divers régimes, à l'exception peut-être de la tyrannie. Il convient de questionner sa Politique avec plus d'acuité que ne le laisse entendre cette assertion. Aristote voyait dans la démocratie la perversion de ce que l'on peut traduire par "gouvernement constitutionnel". Qu'entendait-il par là ? Simplement que la constitution, l'esprit des lois, finalement l'état de droit, l'emportait sur la vindicte populaire. En somme sur le populisme, vieux cheval de bataille d'une certaine droite, et, en la circonstance, d'Yvan Blot. Cela ne m'étonne guère que son institut soit néo-socratique plutôt que néo-aristotélicien...

Yvan Blot écrit que jamais Hitler ne serait parvenu au pouvoir si l'Allemagne avait été une démocratie directe en 1933. Argument gonflé de la part de quelqu'un qui a poussé à l'alliance de toutes les "droites" en 1986 ! C'est cette alliance-là qui a porté Hitler au pouvoir en 1933, et pas une autre. Parce que nationalistes et conservateurs se sont imaginés qu'Hitler pouvait être un individu fréquentable.

Il n'y a pas de national-libéralisme. Certains ont essayé de faire cohabiter ces deux idées contraires, mais en vain, et toujours au désavantage de la liberté, qui, in fine, est au coeur du libéralisme, qu'elle soit sociale, économique, politique, sociétale ou religieuse.

Bref : libéral, Yvan Blot ? A d'autres. Il existe un blog de libéraux, à Paris, mais c'est celui-là.

mardi, 03 août 2010

Droite populiste, nationale, mais libérale, certainement pas !

Difficile de laisser passer sans tiquer le dernier appel du réseau LHC, et ce d'autant plus que j'ai participé un temps à ce réseau, considérant mon blogue comme un blogue libéral. C'est au nom du libéralisme que j'ai refusé de suivre LHC dans une dérive qui l'éloignait dangereusement des rivages du libéralisme et le faisait côtoyer plutôt ceux des droites conservatrices et populistes.

Écrire une lettre ouverte à Étienne Mougeotte pour prendre la défense de Geert Wilders, en adoubant l'individu libéral, c'est tout de même fort du collier. Si je m'accorde avec LHC pour juger que Geert Wilders n'appartient pas à l'extrême-droite stricto sensu, il fait encore moins partie de la sphère libérale. Geert Wilders, c'est une droite populiste avant toutes choses.

Geert Wilders appartient à cette catégorie de la classe politique européenne qui croit que le libéralisme économique, c'est baisser les impôts et les taxes et c'est tout. Ces gens-là n'ont pas du tout compris que le coeur de libéralisme, c'est la concurrence libre et non faussée, même si un Jean-Baptiste Say estime que de toutes façons, il y a un intérêt intégral au laissez-faire quand il y a mesures protectionnistes.

Une concurrence non-faussée suppose une information complètement libre, notamment à destination du consommateur. Je ne suis pas un spécialiste de la politique néerlandaise, mais à je ne crois pas avoir un jour entendu la moindre envolée lyrique de Geert Wilders pour promouvoir le droit de la consommation...

Étrange libéral que cet individu qui se mêle de la politique extérieure de la Belgique et propose l'annexion de la Flandre à la Hollande. C'est le même individu qui a plaidé la cause des minorités hongroises pour expliquer par la suite qu'il était favorable à une Grande Hongrie. Comme boute-feu, on ne fait pas mieux...

Ses déclarations à l'emporte-pièce sur l'Islam vont également à rebours de la société ouverte (mais communautaire, à l'inverse du modèle français) qui caractérise généralement les pays anglo-saxons, particulièrement l'Angleterre (mais aussi la Hollande !). Pour envisager d'interdire le Coran au Pays-Bas, il faut être légèrement frappé. Les libéraux sont en principe favorables à une très grande liberté d'expression (peut-être parfois trop).

Le Parti du Peuple et de la Liberté était en effet un parti plutôt libéral à l'origine, mais il a dérivé depuis fort longtemps vers la droite populiste. LHC a raison de refuser l'amalgame de Geert Wilders avec l'extrême-droite, mais tout à fait tort de l'associer au libéralisme. Jean-Pierre Stroobants, du quotidien Le Monde n'avait d'ailleurs pas fait cette erreur et bien qualifié son parti de droite populiste.

Il existe bien deux partis partis libéraux en Hollande, mais ce sont le VVD (parti  populaire libéral-démocrate) et le D66 (un petit parti libéral-social).

C'est peut-être parce que LHC connaît une dérive similaire depuis plus d'un an qu'une telle confusion devient possible au sein de ce réseau originellement libéral...

vendredi, 23 juillet 2010

Le libéralisme, c'est le bien.

Pas moyen de parcourir un billet politique, voire économique, sans entendre pis que pendre du libéralisme.

Il est frappant de voir à quel point les diatribes enflammées des uns et des autres contre le libéralisme ne parviennent pas à masquer l'inanité de leurs propositions (et encore, quand il y en a !).

Il n'y a pas moyen, dans notre société intellectuelle, de mener une réflexion contre les abus sans finir par un "gros mot" en -isme.

Le libéralisme est ainsi devenu le bouc-émissaire commode de tous nos maux. Les abus ne sont nullement une conséquence du libéralisme mais de l'absence de transparence, de concurrence et du mépris des divers réseaux de pouvoir pour les individus.

S'il y a bien une pensée toute empreinte de pragmatisme et de modération, c'est justement cette pensée-là. Partout où il y a de la misère dans le monde, ce n'est pas le fait du libéralisme, mais au contraire de la corruption des élites et de la collusion entre les cercles du pouvoir politique et ceux du pouvoir économique. Le libéralisme qui se plaît à favoriser les corps intermédiaires en contrepoids à l'État, qui défend les libertés et le droit d'association, est donc aux premières loges pour lutter contre les tyrannies et les dictatures de toute sorte.

Comme le libéralisme fait de l'individu le coeur de l'action politique, il défend d'autant plus le droit des minorités et ne prospère que dans un état de droit, condition sine qua non de l'exercice des libertés individuelles.

Il existe bien sûr plusieurs traditions au sein du libéralisme, et très souvent, le vulgus pecum electronicum assimile à tort libéralisme classique et école autrichienne (qui inspire entre autres les libertariens). Il est d'ailleurs fort amusant de considérer que Frédéric Bastiat, égérie de nos libertariens français, siégea sur les bancs de la gauche. Pétri d'individualisme, on lui doit quelques saillies fortes :

« Il y a trop de grands hommes dans le monde; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l'humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s'occuper d'elle »

J'aime beaucoup. Mais j'apprécie encore plus sa pétition des fabricants de chandelles réclamant d'être protégé contre un concurrent étranger bien moins onéreux qu'eux : le soleil ! Et nos fabricants d'exiger de l'État un décret pour faire clore toutes les lucarnes et fenêtres...

Farouchement individualiste, l'homme s'opposait à toute forme de mutualisation sous contrôle de l'État (par exemple, il aurait conchié notre sécurité sociale...). Mais dans le même temps il a combattu la peine de mort, l'esclavage et farouchement défendu le droit syndical.

Je ne me retrouve pas dans les thèses de Bastiat, trop radicales à mon goût, mais j'aime bien l'homme. Il incarne, à mon sens, dans les différentes écoles libérales, le travers que Tocqueville dénonce dans l'exercice de la démocratie : dès lors que les individus ne s'occupent plus que d'eux, de leur bien-être domestique et de leurs intérêts privés, le sentiment démocratique se dissout car il est consanguin de la solidité du tissu social. Un individualisme forcené mène donc tôt ou tard à la dissolution du corps social.

J'ajouterai pour conclure que le début de la pensée libérale, c'est le refus de toute forme d'assujettissement de l'individu quelle que soit son origine. Une politique libérale digne de ce nom aura pour objet d'émanciper les individus, non de substituer une dépendance à une autre. Cela demande beaucoup de finesse et de sens de l'anticipation. Deux qualités rares dans notre classe politique aujourd'hui...

16:22 Publié dans Culture, Politique | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : libéralisme |  Facebook | | |

mardi, 13 avril 2010

Sindbad, temps héroïque du capitalisme entrepreneurial ?

Pour passer le temps, en ce moment, je relis de larges passages des Contes des Mille et une nuits, et particulièrement les voyages de Sindbad. J'y ai bien réfléchi, et je me suis demandé quel personnage héroïque se dégageait du conte ; en fait quand on y songe, alors qu'en Occident, à cette époque, le paradigme du héros c'est l'homme de guerre, et de préférence le chevalier, dans le monde arabo-musulman, il y a une toute autre approche : Sindbad, c'est un jeune homme qui riche par héritage, dilapide d'abord ses biens, avant de réaliser qu'il court à la pauvreté. Alors, plutôt que d'attendre ce qu'il considère comme l'un des maux les plus funestes pour le vieil âge, il vend ses derniers biens, et, sur le capital accumulé, réalise des investissements pour commercer. Même si c'est le démon de l'aventure qui le reprend à chaque fois, pour tenter de nouveaux voyages, ils sont toujours ponctués d'échanges de biens divers ; on a avec Sindbad un véritable esprit d'entreprise.

Le conte est imprégné du monde des marchands et de leurs transactions : ils échangent, communiquent, s'entraident, stockent et consignent des marchandises, explorent des contrées toujours plus lointaines, font pot commun pour convoyer des marchandises et prendre des risques, bref, quasiment tous les ingrédients d'un entrepreneur moderne. En Occident, à cette époque, seul le visage de Marco Polo pourrait être comparable, mais c'est un Vénitien, primo, secondo, c'est tout de même près de deux siècles et demi plus tard, et tertio, Venise, république marchande, est réputée, en plein milieu du moyen-âge catholique, pour n'en avoir rien à cirer des oukazes et interdits papaux sur le commerce avec l'Infidèle et le Maure...

L'astucieux Sindbad exploite en fait les phénomènes de rareté : il exporte des marchandises rares là où il se rend, et ramène des denrées exotiques, donc tout aussi rares, là où il habite. Un parfait entrepreneur au sens praxéologique du terme, cartographiant les opportunités d'échanges...

Pendant ce temps, en Occident, on en est encore à une pré-thésaurisation puisque les seules opportunités d'enrichissement sont le pillage ou la découverte d'un trésor. Aucun esprit d'entreprise, quoi... J'ai pensé, avec un ami, que Sindbad pouvait être comparé avec Ulysse, mais en fait, non. Leur seul point commun, c'est l'astuce et l'audace. Pour le reste, leurs motivations sont fondamentalement différentes. Ulysse cherche à rentrer chez lui, Sindbad au contraire à partir.

Finalement, je me disais que seul ce monde arabo-musulman et persan des IXème et Xème siècles, extraordinairement avancé, a eu l'audace de faire des marchands des héros de leurs plus grands récits.

Je n'ai pas vu trace de quelque chose de semblable dans les autres littératures et civilisations.

Bref, des libéraux, avant la lettre, quoi :-)

dimanche, 14 février 2010

Advienne que pourra...

Advienne que pourra, fais ce que tu dois : je crois que c'est ce bon vieux proverbe français, mais aussi l'un des deux pieds de l'impératif catégorique kantien, auquel je ne puis que m'en remettre désormais.

Les élections régionales vont être difficiles pour le MoDem. Très difficiles. Je pense que nous aurons peu ou pas d'élus. Je crois également qu'il reste peu de chances à François Bayrou pour l'élection présidentielle. Il y a eu, bien sûr, des cas d'hommes politiques qui ont rebondi, après des échecs cuisants, mais ils disposaient tous de bases arrières conséquentes : parti puissant, députés amis, mairies de grandes villes, présidences de région, alliés électoraux, et cetera. Bayrou n'a rien de tout cela. Il ne pourra mobiliser de réseaux dans les prochaines élections, alors qu'il peine déjà tant à conserver son parti en un seul morceau.

Je crois profondément que la France, l'Europe, ont besoin d'une nouvelle offre politique, une alternative ancrée dans l'humanisme et la liberté pour construire le monde de demain. Je crois également qu'en France, c'est François Bayrou qui a ouvert cette voie. Mais je pense que c'est à échéance d'une décennie au moins, peut-être plus, qu'il faut envisager qu'elle puisse prendre son élan. Et encore : entre-temps, peut-être se sera-t-il produit des évènements graves, en Europe au moins, qui rebattront la donne de l'offre politique.

J'essaierai de demeurer un soutien critique, mais sans faille pour Bayrou et son MoDem, mais je songe aussi à l'avenir, et particulièrement à l'avenir post-Bayrou. Il faudra, pour tous ceux qui rêvent d'un humanisme futur, construire un projet plus élaboré. Le livret orange est une ébauche, éminemment critiquable à plein d'égards, mais cette ébauche a le mérite d'exister.

Je pense proposer  ceux qui me lisent et se retrouvent dans les opinions que j'exprime ici, une réécriture progressive du programme du MoDem, non en supprimant tout ce qui a été fait, mais en abrogeant certaines dispositions, précisant ce qui n'a pas été traité, corrigeant et améliorant ce qui demeure obscur ou sans développement.

Ce travail pourrait se faire sur le blog, mais aussi sur un support comme google docs où chacun peut intervenir et le cas échéant modifier une ou plusieurs pages. J'ai bien noté que sur l'éducation, plusieurs commentateurs m'avaient donné leur aval en ce sens. Je vais collecter donc les courriels et adresser un message et une invitation à ces derniers d'ici peu.

Je crois également que nous avons tout intérêt à discuter avec ceux qui ailleurs, lancent le débat sur leurs propres idées. Sur l'éducation, je l'ai déjà dit ici, c'est clairement le cas chez Désirs d'Avenir, le think tank de Ségolène Royal. Je ne cherche pas à élaborer un programme commun, ni un rassemblement de quelque sorte que ce soit, mais je crois au choc des idées et à la confrontation des propositions.

J'ai constaté, par exemple, que les membres actifs de Désirs d'avenir, outre l'éducation, s'intéressaient aussi aux questions de fiscalité et à ce qu'ils appellent le désordre fiscal. Je dois admettre que pour l'instant, je n'ai plus vu de débats de cette intensité depuis feu les forums de l'UDF. Je pense que certains adhérents se retrouveront dans ce qu'il s'y dit. Pas moi, qui suis en phase avec des options nettement plus libérales que la moyenne des militants démocrates. Mais justement : le débat s'annonce intéressant.

Mais je pourrais bien aller croiser le fer ailleurs, chez les libéraux les plus radicaux : ici, je fais figure d'épouvantail libéral, là-bas, je pourrais bien passer pour un affreux socialiste-étatiste. C'est ça la "centriste-touch" :-). Là-bas aussi on débat et il s'y dit des choses. J'adore l'introduction de ce forum avant inscription :

Ce forum est un forum libéral privé destiné aux discussions entre libéraux. Il appartient à une association libérale qui en paie tous les frais. Il n'est pas destiné aux discussions entre les libéraux et les autres. Nous revendiquons la censure et la fermeture d'esprit la plus sectaire. Si vous êtes contre le libéralisme, si vous venez pour critiquer le libéralisme, inutile de vous inscrire, vous serez viré. Vous êtes libéral ? Ça ne fait pas automatiquement de vous un habitué du forum. Vous êtes nouveau, soyez humble et comportez-vous comme ce que vous êtes - un invité. Vous n'aurez jamais qu'une seule chance de faire une bonne première impression. Ce forum abrite des tendances du libéralisme qui vont de l'écologie libérale au libéral-conservatisme en passant par l'anarcho-capitalisme et tous les mélanges que vous pouvez imaginer. Mépriser les croyances d'autrui est une des pires choses que vous pouvez faire sur ce forum, que ces croyances soient religieuses ou au contraire laïques. D'une manière générale, ce que passe bien à l'extérieur du forum ne passe pas forcément bien dans le forum, alors lisez un peu avant de vous mettre à écrire, ça vous épargnera des déconvenues. Il n'existe pas de droit de légitime défense sur ce forum. Si on vous attaque, utilisez le bouton "signaler". En aucun cas le fait qu'on se conduise mal envers vous ne vous autorise à en faire autant, et en tant que nouveau, vous serez jugé plus sévèrement. C'est injuste mais c'est comme ça. Vous aimez le sport ? Alors vous savez que la règle numéro un, c'est que l'arbitre a raison même quand il a tort. Les modérateurs ne sont qu'humains, ils se trompent donc régulièrement. Ça n'empêche que si vous critiquez l'arbitre, c'est carton rouge. Ce forum a une charte. A l'origine, elle était présentée ici aux nouveaux arrivants, en lieu et place de ce message. Nous nous sommes aperçus que personne ne la lisait, et avons donc décidé de faire court histoire d'attirer l'attention sur l'essentiel. Nous ne pouvons que vous conseiller de la lire.

Je sens que les mecs, ils ont du se coltiner des anti-libéraux de la catégorie alter purs de durs, et que cela les a échaudés un tantinet :-) En tout cas, l'introduction m'a bien fait rigoler et m'a bien évidemment donné envie de poursuivre l'inscription. J'avoue même que cela m'a mis le doux fumet du libéralisme en bouche :-)

Enfin voilà, quoi : mon horizon ce n'est plus 2012 (j'aimerais bien, mais bon...) mais le 21ème siècle...

P.S entre nous, l'introduction de liberaux.org, ça fait drôlement penser à du h16 dans le texte, mais ce n'est peut-être qu'une coïncidence...

mardi, 15 décembre 2009

Programme du MoDem et libéralisme

En contre-point de mon billet UDF versus MoDem, j'ai trouvé les réflexions de Nicolas007 d'Humeurs de vaches, intéressantes et argumentées. Aussi, pour pondérer ce que j'ai pu écrire, j'ai décidé d'en faire un billet ici-même.

Ces préoccupations rejoignent en partie les miennes même si je ne suis pas certain qu’il y ait réellement un problème avec le programme du MoDem.

Dans son discours de clôture Bayrou à été plusieurs fois très explicite sur ses attaches libérales, en rappelant par exemple :
« Nous sommes, dans ce texte, du côté de la liberté de création, c'est-à-dire la liberté de l'entreprise et la liberté de la recherche. Nous sommes pour la liberté d'entreprise. » ou « Nous, nous pensons qu'il n'y a création économique que s'il y a liberté, que c'est là que l'on trouvera l'innovation, que l'on trouvera l'initiative qui va faire naître des idées, des progrès, des processus et, si vous me poussez dans mes retranchements, je ne fais pas de différence entre la création d'entreprise, la création dans le domaine de la recherche et la création artistique, le sommet de l'être humain. » ou encore « Nous savons qu'il n'y a création que s'il y a liberté et que, si l'on se met à multiplier les normes, multiplier les contraintes, multiplier les contrôles, en réalité on stérilise, et c'est vrai dans tous les domaines. » !

A cet égard j’aime bien sa formule d’une : « société organisée et vivante » (cf. son entretien dans Les Echos) dans laquelle on retrouve assez bien exprimée cette dualité entre les nécessaires contraintes qu’impose l’organisation d’une société et la liberté indispensable à l’épanouissement de chacun de ses membres !

Certes il n’a jamais parlé de libéralisme mais, en France, on sait bien que le mot libéral est tabou et la crise actuelle, même si le libéralisme n’est pas vraiment en cause, n’a pas arrangé les choses. Mais après tout est-ce si important tant que les principes fondamentaux qui le sous-tendent sont rappelés !


« je ne demande pas aux États de réguler, mais de s'assurer de l'équité des procédures. »
Il me semble que c’est jouer un peu sur les mots. Réguler c’est notamment s’assurer de l’équité des procédures ou plus précisément fixer des règles et s’assurer qu’elles sont respectées. Après, tout est dans la mesure car il ne faut pas que ces règles soient castratrices et liberticides. 

« J'aime mieux l'État protecteur des libertés économiques que le chasseur de koulaks déterminé à taxer jusqu'à la moelle et à poursuivre ces râclures de banquiers capitalistes... »

Bien entendu, mais présenter les choses comme cela est (volontairement) caricatural, si on laisse ce coté les exigences excessives de certains, les 2 sont ils incompatibles ?
A partir du moment où on peut considérer que le système financier est tenu par un oligopole qui, tel qu’il est organisé, bénéficie d’une rente financière considérable et fait peser un risque systémique sur l’économie mondiale non financière pour lequel ils ne payent pas « d’assurance », il ne me semble pas scandaleux que l’Etat impose des limites et réajuste une situation qui est tout sauf normale même au sens ou le libéralisme l’entend !

Plus globalement, le libéralisme se heurte nécessairement à des considérations de solidarité et de sécurité collective. C’est ce qui fait la différence essentielle entre les libéraux purs et durs et les sociaux-libéraux ou les sociaux-démocrates qui fondamentalement sont des libéraux mais qui ont conscience de ces limites et qui considèrent que l’Etat est le mieux à même d’assurer un certain niveau de solidarité et de sécurité du système global.
Toute la différence entre un « socialiste », « social-libéral » et un « libéral » est dans le positionnement du curseur sur une ligne qui va du collectivisme à libéralisme complet (tout à fait théorique). Il est certain qu’au sein du MoDem tout le monde ne positionne pas le curseur au même endroit mais je ne suis pas persuadé que l’écart type de ce positionnement soit très élevé. Je l’ai déjà dit maintes fois mais cette diversité c’est aussi ce qui fait la richesse du MoDem et qui permet de véritables débats. D’autant plus que je suis persuadé que tous sommes très proches quand à la Société que nous voulons contribuer à créer et que ce sont surtout sur les moyens pour y arriver qu’il existe des divergences. 

Pour conclure je dirais que pour ma part je ne m’attacherai pas à l’excès à des concepts trop théoriques. Typiquement « l’idéal libéral » je ne sais pas ce que cela veut dire ou en tous cas je subodore que chacun y accolera sa propre définition…et c’est probablement pour cela que L’UDF n’a jamais vraiment séduit les Français faute d’un message suffisamment clair !