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mardi, 13 avril 2010

Sindbad, temps héroïque du capitalisme entrepreneurial ?

Pour passer le temps, en ce moment, je relis de larges passages des Contes des Mille et une nuits, et particulièrement les voyages de Sindbad. J'y ai bien réfléchi, et je me suis demandé quel personnage héroïque se dégageait du conte ; en fait quand on y songe, alors qu'en Occident, à cette époque, le paradigme du héros c'est l'homme de guerre, et de préférence le chevalier, dans le monde arabo-musulman, il y a une toute autre approche : Sindbad, c'est un jeune homme qui riche par héritage, dilapide d'abord ses biens, avant de réaliser qu'il court à la pauvreté. Alors, plutôt que d'attendre ce qu'il considère comme l'un des maux les plus funestes pour le vieil âge, il vend ses derniers biens, et, sur le capital accumulé, réalise des investissements pour commercer. Même si c'est le démon de l'aventure qui le reprend à chaque fois, pour tenter de nouveaux voyages, ils sont toujours ponctués d'échanges de biens divers ; on a avec Sindbad un véritable esprit d'entreprise.

Le conte est imprégné du monde des marchands et de leurs transactions : ils échangent, communiquent, s'entraident, stockent et consignent des marchandises, explorent des contrées toujours plus lointaines, font pot commun pour convoyer des marchandises et prendre des risques, bref, quasiment tous les ingrédients d'un entrepreneur moderne. En Occident, à cette époque, seul le visage de Marco Polo pourrait être comparable, mais c'est un Vénitien, primo, secondo, c'est tout de même près de deux siècles et demi plus tard, et tertio, Venise, république marchande, est réputée, en plein milieu du moyen-âge catholique, pour n'en avoir rien à cirer des oukazes et interdits papaux sur le commerce avec l'Infidèle et le Maure...

L'astucieux Sindbad exploite en fait les phénomènes de rareté : il exporte des marchandises rares là où il se rend, et ramène des denrées exotiques, donc tout aussi rares, là où il habite. Un parfait entrepreneur au sens praxéologique du terme, cartographiant les opportunités d'échanges...

Pendant ce temps, en Occident, on en est encore à une pré-thésaurisation puisque les seules opportunités d'enrichissement sont le pillage ou la découverte d'un trésor. Aucun esprit d'entreprise, quoi... J'ai pensé, avec un ami, que Sindbad pouvait être comparé avec Ulysse, mais en fait, non. Leur seul point commun, c'est l'astuce et l'audace. Pour le reste, leurs motivations sont fondamentalement différentes. Ulysse cherche à rentrer chez lui, Sindbad au contraire à partir.

Finalement, je me disais que seul ce monde arabo-musulman et persan des IXème et Xème siècles, extraordinairement avancé, a eu l'audace de faire des marchands des héros de leurs plus grands récits.

Je n'ai pas vu trace de quelque chose de semblable dans les autres littératures et civilisations.

Bref, des libéraux, avant la lettre, quoi :-)

dimanche, 23 décembre 2007

Capitalisme, Socialisme et Démocratie (8) : entrepreneur, espèce menacée...

Je poursuis ma lecture de Capitalisme, Socialisme et Démocratie,et, sans surprise, je m'intérsse cette fois aux menaces qui pèsent sur la fonction d'entrepreneur. Il faut bien comprendre que pour Schumpeter, la pierre angulaire, quasi-unique du capitalisme, c'est l'entreprise, dans toute sa polysémie, c'est à dire et en tant qu'institution, et en tant qu'action. Par suite, tout ce qui tend à réduire la liberté d'entreprendre tend à effacer l'essence-même du capitalisme.

«Nous avons vu que le rôle de l'entrepreneur consiste à réformer ou à révolutionner la routine de production en exploitant une invention ou, plus généralement, une possibilité technique inédite (production d'une marchandise nouvelle, ou nouvelle méthode de production d'une marchandise ancienne, ou exploitation d'une nouvelle source de matières premières ou d'un nouveau débouché, ou réorganisation d'une branche industrielle, et ainsi de suite)»

Au chapitre 12, il met notamment en évidence les facteurs d'effondrement qui minent l'entreprise et l'entrepreneur. Avec une très grande claivoyance, il observe que la dé-responsabilisation au sein de l'entreprise anihile progressivement le rôle de l'entrepreneur.

En cause, l'automotasion de la RD, les unités de production industrielle géantes ( qui anéantissent les petites entreprises), l'actionnariat irresponsable (que l'on songe, à ce sujet, aujourd'hui, aux désordres financiers), la bureaucratisation des gros systèmes.

- «L'unité industrielle géante parfaitement bureaucratisée n'élimine pas seulement, en « expropriant » leurs possesseurs, les firmes de taille petite ou moyenne, mais, en fin de compte, elle élimine également l'entrepreneur et exproprie la bourgeoisie en tant que classe appelée à perdre, de par ce processus, non seulement son revenu, mais encore, ce qui est infiniment plus grave, sa raison d'être» 

Il faut dire que les mouvements de concentration actuels ne viennent pas infirmer les déclarations de Schumpeter.  De là à éliminer la bourgeoisie, c'est  à discuter : il serait plus juste de dire que ce mouvement entraîne une mutation. En revanche, oui, certainement, ces grosses unités tendent à détruire l'esprit d'entreprise, et, en ce sens, l'entrepreneur bourgeois, pour autant que l'on considère que le bourgeois est nécessairement un entrepreneur. Il est vrai que Schumpeter, dans le chapitre précédent, la Civilisation du Capitalisme, a estimé qu'entreprise et bourgeoisie étaient consubstanstielles.

- « Le progrès technique devient toujours davantage l'affaire d'équi­pes de spécialistes entraînés qui travaillent sur commande et dont les méthodes leur permettent de prévoir les résultats pratiques de leurs recherches. Au romantisme des aventures commerciales d'antan succède rapidement le prosaïsme, en notre temps où il est devenu possible de soumettre à un calcul strict tant de choses qui naguère devaient être entrevues dans un éclair d'intuition générale» 

 Sur ce point, il me faut contester Schumpeter. Il n'a pas vu venir la nouvelle révolution industrielle que constituait l'informatique, et  a fortiori Internet. Il n'a eu la confiance nécessaire dans la force du capitalisme pour générer un nouveau far-west entrepreneurial. Or, dans ce nouveau champ, ce sont bien des individus et non des équipes, qui par un éclair de génie, ont construit des empires colossaux. Bill Gates avec Microsoft en est l'exemple le plus frappant, mais il n'est pas le seul. Que l'on songe au français qui avait créé Multimania dans les années 90  : quelques milliers euros d'investissement à la base et une revente pour 90 millions de dollars !

Plus récemment, l'exemple de Second Life est édifiant. Il y a trois années, Monsieur Linden vivait péniblement de son travail avec à peine 1500 à 2000 euros de salaire par mois. Aujourd'hui, il emploie 220 personnes. Schumpeter l'a dit, la force du capitalisme, c'est sa cacpacité à se renouveler. Et je suis sûr que nous aurons des surprises également avec les énergies renouvelables. Je vois apr exemple avec un intérêt certain les particuliers commencer à produire leur électricité et à la revendre à EDF.

 - «le processus capitaliste s'attaque, au dedans des grandes entreprises, à son propre cadre institutionnel (nous continuons à considérer la « propriété » et la « liberté de contracter » comme des éléments caractéristiques de cet ensemble). Sauf dans les cas, qui continuent d'ailleurs à présenter une importance considérable, où une société est pratiquement appropriée par un seul individu ou par une seule famille, la silhouette du propriétaire et, avec elle, l'œil du maître ont disparu du tableau. Nous y trouvons des dirigeants salariés ainsi que tous les chefs et sous-chefs de service. Nous y trouvons les gros actionnaires. Et aussi les petits actionnaires. Le premier groupe tend à acquérir la mentalité de l'employé et il s'identifie rarement aux intérêts des actionnaires, même dans les cas les plus favorables, c'est-à-dire ceux dans lesquels il s'identifie aux intérêts de la société, en tant que personne morale. Le second groupe, même s'il considère ses relations avec la société comme permanentes, même s'il se comporte effectivement comme la théorie financière voudrait que les actionnaires se comportassent, n'agit pas néanmoins, ni ne réagit comme le ferait un propriétaire. Pour ce qui est du troisième groupe, les petits actionnaires ne se soucient le plus souvent guère de ce qui n'est, pour la plupart d'entre eux, qu'une faible source de revenu, et d'ailleurs, qu'ils s'en soucient ou non, ils ne se dérangeront pas pour autant, sinon dans les cas où ils cherchent à exploiter, directement ou par personnes interposées, les moyens dont ils disposent pour incommoder les administrateurs.»

 C'est tellement bien vu que je ne vois pas grand chose à ajouter. Nous sommes en plein dans une probmlématique très actuelle, et ce qui me navre, pour autant que je m'en souvienne, c'est qu'à ma connaissance, Schumpeter n'a pas proposé de solutions ni même d'issue à cette crise. J'espère simplement qu'au MoDem, nous parviendrons à solutionner cette grave faille dans le système capitaliste et l'économie de marché, car elle pèse comme une menace permanente, désormais, sur l'économie mondiale.