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lundi, 09 août 2010

John Stuart Mill, ancêtre spirituel du MoDem ?

D'une culture insuffisante en théories économiques et politiques, je m'applique, dans la mesure de mes moyens et de mon temps disponible à combler peu à peu mes lacunes. Je viens de découvrir John Stuart Mill. Bien sûr, j'en avais entendu parler, je savais qu'on le classait parmi les libéraux mais qu'il était apprécié au centre-gauche ; en revanche, j'ignorais en quoi consistent ses thèses.

Il fait partie du courant réformiste : le progrès, de son point de vue, ne peut se réduire à la croissance économique. Il passe par une meilleure distribution des richesses, et le progrès social implique des changements profonds dans les rapports sociaux :

- pas de liens de dépendance, au moins dans une société avancée. Y compris entre hommes et femmes. Mill est un féministe de la première heure qui condamne l'aberration économique et éthique que consitue la mise sous tutelle et en minorité des femmes. Il ne cessera de vanter les mérites de la sienne à laquelle il attribue une large part dans on oeuvre.

- pas de lutte des classes mais recherche du consensus et de l'intérêt commun entre les groupes sociaux.

Il imagine une société où dans la seconde partie de leur carrière, les ouvriers deviennent à leur tour des patrons afin d'éviter une césure peu souhaitable entre deux catégories de population. L'instruction est au coeur de cet objectif.

Partisan d'une participation des ouvriers aux résultats de l'entreprise, il juge qu'une association entre ouvriers et entrepreneurs conduirait plus sûrement vers une convergence d'intérêts.

Mill est évidemment favorable à l'économie de marché mais ne récuse pas une intervention de l'État en cas de nécessité. Il n'en est pas moins convaincu que le laisser-faire doit être la règle générale et l'intervention étatique l'exception : à l'action de l'État il préfère de loin celle, collective, des citoyens auxquels il faut donner l'habitude de procéder ainsi.

La libre concurrence, en dépit de quelques inconvénients, lui paraît une excellente chose, principalement parce qu'elle casse les monopoles. Toutefois, conscient que l'individu n'est pas toujours éclairé dans ses choix, il conseille de limiter les actes contractuels dans le temps. Il est en faveur d'une instruction publique de la qualité, observant que l'individu ne se montre pas nécessairement un consommateur éclairé, conscient de son intérêt.

Il se défie presqu'autant des grosses sociétés commerciales que l'État, car elles se caractérisent par des lourdeurs similaires. En certaines circonstances, il estime nécessaire l'intervention de l'État pour rétablir l'intérêt général (distribution d'eau, éclairage public, chemins de fer, services d'hygiène, par exemple).

Dans le domaine fiscal, il propose de limiter donations et successions afin de ne pouvoir garantir mieux qu'une indépendance modérée aux héritiers et donataires. La richesse doit être le fruit du travail personnel.

Comme il considère que la concurrence ne peut résoudre le problème de la pauvreté, il juge que l'État doit intervenir, tout en mettant en garde contre le risque de dévier vers l'assistanat.

Sur le fond, Mill estime que le progrès économique doit être au service du mieux être et non s'y substituer.

J'ai retrouve dans cette présentation de Mill à peu près tous les fondamentaux du MoDem, et, plus généralement, du social-libéralisme. Je me sens très proche de Mill sauf sur les aspects fiscaux où j'ai des convergences bien plus fortes avec les libéraux classiques. J'estime en effet que chacun doit pouvoir jouir de ses biens comme il l'entend. Y compris les donner s'il le désire. Toutefois, j'entends approfondir ma connaissance de l'auteur en entrant dans ses oeuvres. Je commenterai ici "Sur la liberté" et "Principes d'économie politique" puisque je compte entreprendre la lecture de ces oeuvres.

17:06 Publié dans Politique, Programme du MoDem | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : modem, mill, libéralisme, concurrence, État | |  Facebook | | | |

Commentaires

Vous avez raison, c'était un libéral raisonné voulant le bonheur de l'humanité en responsabilisant les personnes. Je retiens de ses écrits son principe de non nuisance : "L'individu doit être libre de faire tout ce qui ne porte pas atteinte aux intérêts des autres". Comme le Modem et ses biens supérieurs, il jugait utile l'intervention de L'Etat dans l'éducation, la santé, les contrats majeurs. Hasard des lectures (l'idée de justice d'Amartya Sen, assez ardu)j'en suis au chapitre qui évoque Mill et la combinaison science économique et recherche du bonheur (individuel et collectif). Il constate que nos sociétés devenus plus riches ne nous rendent pas plus heureux globalement. Il pose le bonheur comme essentiel à la vie (Sen est à la fois économiste et philosophe) et dénonce les économistes ne mesurant le progrès qu'à partir de la hausse du PIB ou des revenus. Je vais découvrir la suite.

Écrit par : atlantic | lundi, 09 août 2010

Très en phase aussi. Merci pour la ref, ça m'évitera de réinventer la roue une fois de plus...

Je suis perplexe devant ceci : "à l'action de l'État il préfère de loin celle, collective, des citoyens"... comme si on disait qu'au sorbet il préfère une purée de fruits congelée... ??!!

Écrit par : florent | lundi, 09 août 2010

La découverte de ces figure libéral de temps en temps, ne peut être que bénéfique pour tous :)

Écrit par : Démocrate | lundi, 09 août 2010

@ L'Hérétique
Tu as de très bonnes lectures que je partage.
Comme je te le disais l'autre jour, le "libéralisme" ne se résume pas à ce qu'on peut lire ça et là.

Écrit par : Thierry P. | lundi, 09 août 2010

Voui, l'adepte de Bourlange, Goulard, Bariani and co...:pppp

Écrit par : Martine | lundi, 09 août 2010

Oups, pas pour vous, l'hérétique ;)

Écrit par : Martine | lundi, 09 août 2010

hé bien ! vacances d'enfer !!!! :)

Écrit par : Mirabelle | lundi, 09 août 2010

Bah, Mira, celles-ci sont plutot calmes par rapport à celles de 2008! :o))

Écrit par : Martine | mardi, 10 août 2010

@Thierry
il est intéressant, mais l'aspect redistributif m'agace un peu.

Écrit par : l'hérétique | mardi, 10 août 2010

pour les héritages, je trouve que tout est question de proportion. Mais qu'on devrait fixer des flux: les taxes sur l'héritage ne devraient alimenter que des bourses d'études, par exemple.

Sinon, pour devenir patron après avoir travaillé, je ne crois pas que ce soit possible: entreprendre appartient à la jeunesse, comme innover, et quand on prend de l'âge, on n'a plus envie, même si on a été entreprenant jeune.
ensuite, il y a des gens qui n'ont pas du tout ce profil, ce caractère.

Je dirais même qu'il faudrait pousser tous les jeunes à entreprendre, et que le travail salarié ne devrait être qu'exceptionnel: quitte à se louer comme main d'oeuvre: si on ne satisfait plus, on ne peut que chercher soit à baisser son prix, soit à travailler plus ou dans un autre domaine: d'où une plus grande créativité et souplesse face aux changements.

Écrit par : do | mardi, 10 août 2010

@ L'Hérétique
Il faudrait que tu fournisses la référence du passage de John Stuart Mill que tu incrimines pour voir de quoi il en retourne ;-)
Certes si cet aspect peut t'agacer n'en oublie pas pour autant que le système redistributif fonde le pacte social. Dans notre République, il a été instauré après le second conflit mondial en s'inspirant du programme du CNR.
A signaler le point 11 du Préambule de la Constitution de 1946 :
"Elle (ndlr la Nation) garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence."
Comment garantir ces engagements si ce n'est à travers la redistribution ?

La redistribution qui s'opère, à mon sens à travers les services publics, n'est en rien choquante dès lors qu'elle est réalisée à partir d'une ressource équitablement prélevée sur tous (... et sans recourir à l'endettement, on peut rêver). Là encore, il s'agit d'un des grands principes fondateurs de notre République. Je fais le rappel de l'article 13 de la DDHC de 1789 qui dispose que :
"Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés."

Avant que tu voues aux gémonies la République et ses principes fondateurs que tu jugerais par trop égalitaristes, je te signale ami Hérétique, le projet de Dîme royale qui fut présenté par Vauban à Louis XIV ; un projet qui étendait à tous l'impôt (assiette à 10%) ; ce projet agita le microcosme des bien pensants d'alors, c'était apparemment un peu trop révolutionnaire pour les privilégiés de ces temps.
De cette époque de la monarchie, il convient de rappeler l'existence de tentative d'instaurer la capitation, impôt universel, qui fut exécrée par les grands. J'ai retrouvé dans les Mémoires du duc de Saint-Simon ce passage édifiant :
"Vers ce temps-ci la capitation fut établie. L'invention et la proportion fut de Bâville, fameux intendant du Languedoc. Un secours si aisé à imposer de manière arbitraire, à augmenter de même, et de perception si facile, était bien tentant pour un contrôleur général embarrassé à fournir à tout. Ponchartrain, néanmoins y résista longtemps et de toutes ses forces, et ses raisons étaient les mêmes que je viens de rapporter. Il en prévoyait les terribles conséquences, et que cet impôt étant de nature à ne jamais cesser."
Plus loin dans ses Mémoires (année 1701), Saint-Simon revient sur la capitation qu'il n'aime décidément pas:
"Ces dépenses renouvelèrent la capitation, dont l'invention est due à Bâville, intendant ou plutôt roi du Languedoc.(…) Pontchartrain y avait résisté tant qu'il avait pu comme au plus pernicieux impôt par la facilité à l'augmenter d'un trait de plume, l'injustice de son imposition à proportion des facultés de chacun, toujours ignorées, et nécessairement livrée à la volonté des intendants des provinces, et l'appât de le rendre ordinaire..."

Les préventions de Saint-Simon, tout imbu de la supériorité d'appartenir à la caste qui été la sienne, à l'égard d'une imposition générale ne sont pas sans rappeler les cris de putois que poussent certains "libéraux" au seul énoncé du mot "impôt". A se demander si certains "libéraux" français comprendront un jour la nature de notre République démocratique et sociale. Si ces "libéraux" n'ont apparemment pas besoin de services publics, grand bien leur fasse.

Partant de ce constat, j'en conviens, force est de constater que notre système fiscal devra(it) faire l'objet d'un refondation en profondeur. Je t'ai toujours dit l'Hérétique que je suis favorable à une imposition de tous les contribuables, fût-elle symbolique pour les plus modestes d'entre-eux, juste histoire de leur donner conscience que la redistribution n'est pas un dû mais un effort consenti par la collectivité.
Le consensus dans la recherche de l'intérêt commun est d'autant plus accepté si les contribuables ont l'impression que les efforts sont équitablement répartis. Ce ne sont pas les affaires évoquées ces derniers temps, ni le bouclier fiscal en vigueur depuis 2007 qui peuvent laisser penser que les conditions sont remplies.

S'agissant des successions, j'ai suivi avec intérêt le lancement de l'initiative "the giving pledge" lancée par Warren Buffet et les époux Gates qui rejoindrait les thèses de John Stuart Mill. Il est demandé aux multimilliardaires de léguer volontairement un part importante de leur fortune à des oeuvres charitables. N'est-ce pas là une forme de redistribution qu'il convient de saluer ?
http://givingpledge.org/#enter

Écrit par : Thierry P. | mardi, 10 août 2010

Bonjour Thierry

Pour l'instant, je n'ai lu qu'une présentation, mais je compte bien attaquer l'auteur dans le texte. pas de pot, à ma librairie, il faut commander.
Je peux tenter d'écouter sinon le mp3 sur la liberté, mais il me faut du temps.
Je ne suis pas contre la redistribution, mais l'idée de spolier une famille de 90% (même de 50, d'ailleurs) d'une succession sous prétexte qu'elle n'est pas le fruit de son travail, je juge cela une atteinte insupportable aux libertés.
J'agrée une taxe modérée, d'un montant maximum de 15% et c'est tout.
le Saint-Simon en question, c'est la mémorialiste, je suppose, pas l'économiste réformiste...(plus d'un siècle les séparent, en principe, non ?)

Écrit par : l'hérétique | mardi, 10 août 2010

@do
Intéressante, votre idée, mais beaucoup de personne ont besoin de sécurité pour leurs projets, or, entrepreneur, c'est un métier à risques...

Écrit par : l'hérétique | mardi, 10 août 2010

@L' hérétique,
Je sais combien certains ouvrages sont difficiles d'accès...
J'ai relevé, aussi que la réponse de TP relève d'un "formidable" sophisme!
Pas récent queuheuheuh...Depuis 2008^^^.

Écrit par : Martine | mardi, 10 août 2010

@ L'Hérétique
Pour se frotter à de tels textes, je suis de ton avis, il vaut mieux les lire sur support à l'ancienne. Je l'ai prends format de poche.
Le "De la liberté" que tu vas bientôt attaquer m'avait beaucoup apporté.

Pour les successions, c'est un vaste débat. La démarche initiée par les magnats anglo-saxons n'est en aucun cas une spoliation de leurs héritiers.
Un peu hors-sujet, voici une citation de Tocqueville :
"On devient riche, mais il faut naître noble". Si on s'attachait à lui donner un sens plus large, on pourrait y entrevoir que certaines capacités ne se transmettent pas par héritage.

Il s'agit en effet de Louis, deuxième duc de Saint-Simon, le mémorialiste.
Le comte Claude-Henri de Saint-Simon, le philosophe, est un de ses cousins né en 1760 soit cinq ans après la disparition du vénérable duc mort à l'âge canonique de 80 ans en 1755.

Écrit par : Thierry P. | mardi, 10 août 2010

oups. Je ne me suis pas relu après avoir modifié mon com !
"je les prends en format de poche"

Écrit par : Thierry P. | mardi, 10 août 2010

@Thierry
Non, ce n'est pas spoliation parce que c'est une décision privée et non un état qui la leur impose !

Écrit par : l'hérétique | mardi, 10 août 2010

@ L'Hérétique
Ces entrepreneurs "capitalistes" ont choisi de ne pas faire de leurs héritiers des "rentiers". Ces derniers ne partiront pas démunis dans l'existence, mais ce qui leur aura été légué est jugé "raisonnable" par leurs parents. Et au passage, il est certain que la conception anglo-saxonne (webérienne ?) du partage n'est pas un trait culturel facile à comprendre pour les latins.

Pour les droits de succession, c'est évident qu'il convient de ne pas léser les héritiers des legs que souhaitent leur consentir leur parents en les taxant à blanc. Tout est affaire de mesure.

Écrit par : Thierry P. | mardi, 10 août 2010

C'est-y pas boooo ca?
Ce qui ne devrait relever que de son libre arbitre, doit soudainement etre imposer!!
Cela m'évoque, les memes sottises (heureusement qu'il y a eu marche arrière toute! isolée qu'était la France sur ce sujet) Que pour la taxe carbone!!! :pppp

Écrit par : Martine | mardi, 10 août 2010

Balle de Bayrou

Il y a un dépité, qui occupe un siège sur le trottoir juste en face de l’assemblée, qui nous a fait part de son projet de loi…
Il s’agit de créer un nouveau délit : Le délit de Manipulation.
Parce que tous les élus en ont assez de se faire mener en bateau par un bleu qui n’a jamais mis un pied dans l’eau !
«Arrêtez !!! » s’écrie l’une des victimes, Bayrou de Beyrouth.
« … c’en est assez… les sans couilles… J’ai saisi l’embrouille… je ne suis pas une andouille… Vous nous avez menti : en vérité, vous ne savez pas où vous allez ! »
En effet, il n’y a pas de port en Politique, aucun terme à ce genre de transport… mais un perpétuel report…
On nous a donc bien manipulé parce qu’ils savaient « qu’il était un petit navire… qui n’avait ja ja jamais navigué … » Ce sont les derniers mots du dépité… avant de se tirer une balle dans le pied !

http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20de%20Bayrou

Écrit par : tueursnet | vendredi, 20 août 2010

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