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mardi, 05 mai 2009

La Démocratie parfaite est d'abord une affaire de culture

J'avais mis au défi Fred, de Démocrate sans frontière, de me dire ce qu'il pensait du classement des démocraties par l'EUI. Il l'a fait. Je rebondis sur son étonnement, le 4ème critère de The Economist, la culture démocratique.

C'est pour moi un aspect essentiel d'autant qu'il conditionne la participation politique, et surtout, ce que le peuple est près à accepter ou non. Notamment, les leaders sans partage du pouvoir, la théocratie et les régimes militaires. Pour qu'une démocratie fonctionne, elle doit faire consensus. C'est une condition sine qua non, et c'est bien pour cela qu'elle échoue partout où ce n'est pas le cas. Si la démocratie a repris avec une telle vitalité et une telle facilité en Tchécoslovaquie, au lendemain de la Révolution de velours, c'est que 40 années de communisme et sept années de nazisme n'avaient pu mettre sous l'éteignoir la culture démocratique de ce pays, considérablement développée dans l'entre-deux guerres. Partout où elle avait été moins solidement implantée en Europe orientale, elle s'est imposée avec moins de facilité. Il en va des peuples comme des caractères et des vertus d'Aristote dans son éthique à Nicomaque. Même si la disposition y est moindre, en pratiquant, on peut acquérir les moeurs démocratiques. Mais c'est plus long et cela demande plus d'efforts.

Mais, in fine, je m'accorde surtout avec l'idée que François Bayrou développe dans son Abus de pouvoir sur les peuples et l'histoire des peuples : les peuples, comme les individus, ont une mémoire, les souvenirs fussent-ils logés dans leur inconscient collectif. Cette mémoire n'est pas seulement politique : qui se souvient que la Pologne était plus développée économiquement que l'Espagne en 1939 ? ou, pour reprendre l'exemple de la Tchécoslovaquie, que ce pays avait une industrie florissante (armements, automobiles, chaussures, pour citer quelques fleurons emblématiques) ? Rien d'étonnant à ce que Polonais et Tchèques se soient assez vite retrouvés à l'aise dans une économie moderne. Je pourrais multiplier ainsi les exemples. Bref, quand la démocratie s'est implantée dans la culture collective d'un peuple, assurément, la solidité d'un régime démocratique y est plus assûrée. The economist a donc bien raison de donner une telle importance à ce critère.

Et puis Fred conclut son billet ainsi :

Moralité ? Ce classement est l'occasion de mettre en perspective nos pratiques politiques. Il me laisse pourtant insatisfait.

Qu'est-ce qu'une démocratie qui ignorerait le droit des générations futures à une planète vivable ?

Qu'est-ce qu'une démocratie qui ignorerait la responsabilité des personnes, dont l'objectif ne serait pas de maximiser la contribution de chaque personne au bien commun ?

Qu'est-ce qu'une démocratie nationale qui verrait dans les droits de l'homme hors de chez elle, une "contradiction permanente" avec sa "politique étrangère" ?

ces critères ne sont pas, sauf erreur de ma part, dans le champ de réflexion de The Economist. Il y a encore à construire, non seulement la démocratie, mais la conscience de la démocratie.

Je comprends bien le souci de Fred, mais les critère qu'il cite entrent dans le champ d'exercice de la démocratie non dans son champ de définition. Et pour le bien commun, je le renvoie à ce qu'en dit Schumpeter (ça va fumer, non d'un hérétique !)

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mercredi, 29 avril 2009

Démocraties parfaites et imparfaites

Sacré boulot que celui réalisé par l'EIU (Economist Intelligence Unit) : ils ont réalisé un classement mondial de la démocratie, distinguant les démocraties parfaites, les démocraties imparfaites, les régimes hybrides et les régimes autoritaires. Ouf, on a eu chaud : il n'y a que 30 démocraties parfaites, et on figure au 25ème rang, en France ! L'EIU distingue 5 catégories pour établir son classement : processus électoral et pluralisme, libertés civiles, fonctionnement du gouvernement, participation politique et culture politique.

Comme le précise le rapport, «Free and fair elections and civil liberties are necessary conditions for democracy, but they are unlikely to be sufficient for a full and consolidated democracy if unaccompanied by transparent and at least minimally efficient government, sufficient political participation and a supportive democratic political culture ». Des élections libres et justes et des libertés civiles, c'est bien, mais pas suffisant si pas accompagné d'un gouvernement un minimum efficient et de transparence, d'une participation aux élections correcte et d'un véritable soutien culturel à la démocratie dans le pays. Bons critères, je trouve. 30 nations vivent en démocratie parfaite, 50 en démocratie imparfaite, 36 en régime hybride et 51 en régime autoritaire.

Chapeau à la Suède qui est la reine de la démocratie. Et en France, où cela cloche ? eh bien cela cloche quant à l'efficience du gouvernement (7.5/10 seulement) et pour la participation (6.67) ; on a trop d'abstention aux élections. Et notre culture démocratique n'est qu'à 7.5. Ça craint quand même pas mal, je trouve...En tout cas, cher lecteur, sache que l'Uruguay (rang 23) ou Malte (rang 16) sont devant la France. Dans ces 30 pays, seules l'Italie et la République Tchèque font moins bien que nous en efficience gouvernementale...Sauf que l'Italie est passé du statut de démocratie imparfaite en 2006 à démocratie parfaite en 2008, elle est donc dans un processus d'amélioration.Et je ne compte pas les démocraties imparfaites qui sont devant nous...Israël serait éligible, parmi les démocraties imparfaites aux 30 premières places,et même mieux, si ce pays n'était pas littéralement plombé par le sort réservé aux libertés civiles...L'Estonie aussi, mais là, c'est à cause des très forts taux d'abstention.

Le document observe une détérioration des scores en Europe de l'Ouest, liée à l'émergence grandissante de partis politiques d'extrême-droite, en Hollande et en Autriche surtout. En Afrique du Nord, c'est le règne de l'autoritarisme, de même qu'en Asie centrale. A noter que les Territoires Palestiniens sont passés du statut de démocratie imparfaite à régime hybride, en particulier à cause de la prise de contrôle de Gaza par le Hamas.

A propos de l'Italie, en dépit de la mainmise de Berlusconi sur les médias, le pays a amélioré son statut parce que l'EIU estime que les élections ont été transparentes et pluralistes à tous points de vue. Saluons la Corée du Sud qui passe de démocratie imparfaite à démocratie parfaite.

La méthodologie employée pour analyser le caractère démocratique des régimes est intéressante mais en parler relèverait d'un autre billet. Le mieux, en fait, est que le flemmard que je suis lance un défi à quelques blogueurs qu'il connaît, qu'il sait intéressés par le sujet, et enfin capables de relever le dit défi.

Par exemple, tout à fait au hasard...Fred de Démocraties sans frontières (il ne peut pas rater un sujet comme celui-là) et Fra Quindi, ambassadeur plénipotentiaire du Vatican Démocrate :-) Ce qui serait sympa, c'est qu'un des membres de l'Échiquier s'y colle aussi...Mais comme j'aime bien élargir les défis, je lance le gant et souflette les Kiwis, LHC et les Lefts Blogs pour commenter eux aussi ce document : que chaque réseau envoie l'un de ses héros (héraults ?) et que le plus retors meilleur gagne !

15:14 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : démocratie, france |  Facebook | | |

dimanche, 25 janvier 2009

Les Révolutions de l'Intelligence

J'en suis arrivé au chapitre XXI de la troisième partie du Tome II de l'ouvrage de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, et je suis tombé sur ce passage magnifique. Je trouve qu'il illustre bien ce que sont nos démocraties marchandes, et enfonce tout espoir de Grand Soir pour nos révolutionnaires en herbe...

«Je ne sache rien d'ailleurs de plus opposé aux mœurs révolutionnaires que les mœurs commerciales. Le commerce est naturellement ennemi de toutes les passions violentes. Il aime les tempéraments, se plaît dans les compromis, fuit avec grand soin la colère. Il est patient, souple, insinuant, et il n'a recours aux moyens extrêmes que quand la plus absolue nécessité l'y oblige. Le commerce rend les hommes indépen­dants les uns des autres; il leur donne une haute idée de leur valeur individuelle; il les porte à vouloir faire leurs propres affaires, et leur apprend à y réussir; il les dispose donc à la liberté, mais il les éloigne des révolutions»

Et sur les Révolutions, Tocqueville ajoute en note, montrant ainsi quelles sont celles qui ont sa préférence :

«Si je recherche quel est l'état de société le plus favorable aux grandes révolutions de l'intelligence, je trouve qu'il se rencontre quelque part entre l'égalité complète de tous les citoyens et la sépa­ration absolue des classes. Sous le régime des castes, les générations se succèdent sans que les hommes changent de place; les uns n'attendent rien de plus, et les autres n'espèrent rien de mieux. L'imagination s'endort au milieu de ce silence et de cette immobilité universelle, et l'idée même du mouvement ne s'offre plus à l'esprit humain. Quand les classes ont été abolies et que les conditions sont devenues presque égales, tous les hommes s'agitent sans cesse, mais chacun d'eux est isolé, indépendant et faible. Ce dernier état diffère prodigieusement du premier; cependant, il-lui est analogue en un point. Les grandes révolutions de J'esprit humain y sont fort rares. Mais, entre ces deux extrémités de l'histoire des peuples, se rencontre un âge intermédiaire, époque glorieuse et troublée, où les conditions ne sont pas assez fixes pour que l'intelligence som­meille, et où elles sont assez inégales pour que les hommes exercent un très grand pouvoir sur l'esprit les uns des autres, et que quelques-uns puissent modifier les croyances de tous. C'est alors que les puissant, réformateurs s'élèvent, et que de nouvelles idées changent tout à coup la face du monde.»

Peut-être vivons-nous une période de ce type à l'heure actuelle...

jeudi, 22 janvier 2009

L'Amour du commerce en Amérique

J'en ai presque fini, désormais, avec le livre fameux de Tocqueville, de la Démocratie en Amérique. J'ai achevé le chapitre XVIII de la 3ème partie du Tome II. Tocqueville entreprend une comparaison entre les sociétés aristocratique et démocratique. A la première un goût immodéré pour l'honneur, à la seconde pour la richesse.

J'aime assez d'ailleurs, les remarques générales de Tocqueville sur l'honneur :

Le genre humain éprouve des besoins permanents et généraux, qui ont fait naître des lois morales à l'inobservation desquelles tous les hommes ont naturellement atta­ché, en tous lieux et en tous temps, l'idée du blâme et de la honte. Ils ont appelé faire mal s'y soustraire, faire bien s'y soumettre.

L'honneur n'est autre chose que cette règle particulière fondée sur un état particu­lier, à l'aide de laquelle un peuple ou une classe distribue le blâme ou la louange.

Pas mal vu, je trouve.


Il y a certains penchants condamnables aux yeux de la raison générale et de la conscience universelle du genre humain, qui se trouvent être d'accord avec les besoins particuliers et momentanés de l'association américaine; et elle ne les réprouve que faiblement, quelquefois elle les loue; je citerai particulièrement l'amour des richesses et les penchants secondaires qui s'y rattachent. Pour défricher, féconder, transformer ce vaste continent inhabité qui est son domaine, il faut à l'Américain l'appui journalier d'une passion énergique; cette passion ne saurait être que l'amour des richesses; la passion des richesses n'est donc point flétrie en Amérique, et, pourvu qu'elle ne dépasse pas les limites que l'ordre public lui assigne, on l'honore. L'Américain appelle noble et estimable ambition ce que nos pères du Moyen Âge nommaient cupidité ser­vile; de même qu'il donne le nom de fureur aveugle et barbare à l'ardeur con­quérante et à l'humeur guerrière qui les jetaient chaque jour dans de nouveaux combats.

C'est marrant, parce que ça, c'est un trait tout à fait américain. La France a hérité de son long passé cette espèce de morale médiévale qui consiste à voir dans le riche et la richesse la quintessence de la déliquescence.

Aux États-Unis, les fortunes se détruisent et se relèvent sans peine. Le pays est sans bornes et plein de ressources inépuisables. Le peuple a tous les besoins et tous les appétits d'un être qui croît, et, quelques efforts qu'il fasse, il est toujours environné de plus de biens qu'il n'en peut saisir. Ce qui est à craindre chez un pareil peuple, ce n'est pas la ruine de quelques individus, bientôt réparée, c’est l'inactivité et la mollesse de tous. L'audace dans les entreprises industrielles est la première cause de ses progrès rapides, de sa force, de sa grandeur. L'industrie est pour lui comme une vaste loterie où un petit nombre d'hommes perdent chaque jour, mais où l'État gagne sans cesse; un semblable peuple doit donc voir avec faveur et honorer l'audace en matière d'industrie. Or, toute entreprise audacieuse compromet la fortune de celui qui s'y livre et la fortune de tous ceux qui se fient à lui. Les Américains, qui font de la témérité commerciale une sorte de vertu, ne sauraient, en aucun cas, flétrir les téméraires.

On devrait en prendre de la graine en France. Le téméraire, en France, est vu au contraire comme un intriguant qui espère devenir calife à la place du calife. Le premier souci du "supérieur hiérachique" est de le tenir à l'écart dans le meilleur des cas, de l'éliminer dans le pire. S'il n'est pas vu comme un intriguant, il est alors considéré comme un doux rêveur, un utopiste ou un fantaisiste...

Ces choses ne sont pas aussi incohérentes qu'on le suppose. L'opinion publique, aux États-Unis, ne réprime que mollement l'amour des richesses, qui sert à la gran­deur industrielle et à la prospérité de la nation; et elle condamne particulièrement les mauvaises mœurs, qui distraient l'esprit humain de la recherche du bien-être et troublent l'ordre intérieur de la famille, si nécessaire au succès des affaires.

C'est clairement un trait libéral assumé que de penser ainsi. La somme des bien-êtres individuels sert le bien-être collectif. En France, on tend généralement à penser le contraire, et quand on ne le pense pas, on confond bien-être individuel et égoïsme forcené...

L'une des deux éditions (10 18) dans lequel je lis l'oeuvre de Tocqueville a donné son propre titre à ce passage. Je vous le donne dans le mille, c'est intitulé le culte de l'argent...Incorrigibles, ces Français...

mercredi, 24 décembre 2008

Associations : Tocqueville tâcle Delanoë

J'en suis venu, dans ma lecture de "De la démocratie en Amérique" au chapitre de la 2ème partie du Tome II qui porte sur les associations. je trouve que Tocqueville illustre magnifiquement ce que je pense du droit d'association au chapitre V.

Quand on examine le budget de la Ville de Paris des sept dernières années, c'est invraisemblable les sommes faramineuses qui sont dépensées en subventions aux associations. C'est quelque chose qui me gêne beaucoup. Je conçois que l'État, en la circonstance la Ville, favorise la vie des associations, par exemple, en leur prêtant des équipements et les locaux, mais pas qu'elle les porte à bout de bras. On aboutit à des situations malsaines où les associations ne sont plus indépendantes mais deviennent une extension de la municipalité. De facto, on assiste à une municipalisation rampante.

Voici d'ailleurs ce que Tocqueville écrit sur les associations :

«Il est facile de prévoir que le temps approche ou l'homme sera de moins en moins en état de produire par lui seul les choses les plus communes et les plus nécessaires à sa vie. La tâche du pouvoir social s'accroîtra donc sans cesse, et ses efforts mêmes la rendront chaque jour plus vaste. Plus il se mettra à la place des associations, et plus les particuliers, perdant l'idée de s'associer, auront besoin qu'il vienne à leur aide: ce sont des causes et des effets qui s'engendrent sans repos. L'administration publique finira-t-elle par diriger toutes les industries auxquelles un citoyen isolé ne peut suffire? et s'il arrive enfin un moment où, par une conséquence de l'extrême division de la propriété foncière, la terre se trouve partagée à l'infini, de sorte qu'elle ne puisse plus être cultivée que par des associations de laboureurs, faudra-t-il que le chef du gouvernement quitte le timon de l'État pour venir tenir la charrue?

La morale et l'intelligence d'un peuple démocratique ne courraient pas de moin­dres dangers que son négoce et son industrie, si le gouvernement venait y prendre partout la place des associations

Une association ne devrait pas pouvoir vivre exclusivement de fonds publics. L'aide publique ne devrait jamais excéder 50% de son budget de fonctionnement. En outre, les pouvoirs publics devraient se limiter à subventionner seulement les associations qui accomplissent des missions de service public (associations sportives, culturelles et artistiques). En règle générale l'association devrait demeurer l'affaire des individus et pas des pouvoirs publics. Rappel : la ville de Paris a consacré 272 millions d'euros aux associations en 2006 soit 136 euros par parisien !!! Je n'ose même pas regarder le budget pour 2009...

mardi, 23 décembre 2008

La doctrine de l'intérêt bien entendu

Récemment, il y a eu quelques commentaires à la suite d'un billet que je venais d'écrire : j'essayais de pointer du doigt l'essence du libéralisme et ses clivages actuels. Dans cet article, je faisais une distinction entre libéraux de droite et de gauche, et observais qu'on pouvait positionner le MoDem sur l'aile gauche du libéralisme. Or, j'ai eu une réaction quasi-courroucée de LOmiG, me tançant vertement de ce qu'en réalité, les démocrates étaient des libéraux par utilitarisme et non des libéraux de conviction.

Or, il se trouve que je poursuis ma lecture de De la démocratie en Amérique de Tocqueville (elle touche désormais à sa fin) et que je viens de passer dans la deuxième partie du Tome II plusieurs chapitres sur l'individualisme (chapitre II,III,IV et VIII). Or, ce que dit Tocqueville, c'est que les régimes démocratiques combattent les excès de l'individualisme par d'une part des institutions libres (plutôt confier de petites affaires à chacun que de grandes affaires à tous) mais également par l'idée de l'intérêt bien entendu.

Lorsque le monde était conduit par un petit nombre d'individus puissants et riches, ceux-ci aimaient à se former une idée sublime des devoirs de l'homme; ils se plai­saient à professer qu'il est glorieux de s'oublier soi-même et qu'il convient de faire le bien sans intérêt comme Dieu même. C'était la doctrine officielle de ce temps en matière de morale.

Je doute que les hommes fussent plus vertueux dans les siècles aristocratiques que dans les autres, mais il est certain qu'on y parlait sans cesse des beautés de la vertu; ils n'étudiaient qu'en secret par quel côté elle est utile. Mais, à mesure que l'imagination prend un vol moins haut et que chacun se concentre en soi-même, les moralistes s'effrayent à cette idée de sacrifice et ils n'osent plus l'offrir à l'esprit humain; ils se réduisent donc à rechercher si l'avantage individuel des citoyens ne serait pas de travailler au bonheur de tous, et, lorsqu'ils ont découvert un de ces points où l'intérêt particulier vient à se rencontrer avec l'intérêt général, et à s'y confondre, ils se hâtent de le mettre en lumière; peu à peu les observations semblables se multiplient. Ce qui n'était qu'une remarque isolée devient une doctrine générale, et l'on croit enfin aperce­voir que l'homme en servant ses semblables se sert lui-même, et que son intérêt particulier est de bien faire
.
[...]
Il y a longtemps que Montaigne a dit: « Quand, pour sa droicture, je ne suyvray pas le droict chemin, je le suyvray pour avoir trouve, par expérience, qu'au bout du compte c'est communément le plus heureux et le plus utile. »
[...]
L'intérêt bien entendu est une doctrine peu haute, mais claire et sûre. Elle ne cherche pas à atteindre de grands objets; mais elle atteint sans trop d'efforts tous ceux auxquels elle vise. Comme elle est à la portée de toutes les intelligences, chacun la saisit aisément et la retient sans peine. S'accommodant merveilleusement aux faibles­ses des hommes, elle obtient facilement un grand empire, et il ne lui est point difficile de le conserver, parce qu'elle retourne l'intérêt personnel contre lui-même et se sert, pour diriger les passions, de l'aiguillon qui les excite.

Moi, j'aime bien la doctrine de l'intérêt bien entendu, et je ne m'étonne pas de retrouver Montaigne en même temps que Tocqueville parmi les utilitaristes. In fine, c'est un peu ma propre doctrine politique, que je trouve résumée là : dès lors que l'intérêt collectif converge avec l'intérêt individuel, l'action politique devient possible. A cet égard, au MoDem, Marielle de Sarnez me semble particulièrement bien incarner cette doctrine.

jeudi, 27 novembre 2008

Le langage de la démocratie

Poursuivant ma lecture de "De la Démocratie en Amérique", j'en suis arrivé au chapitre XVI de la première partie dans le Tome II. Et je suis tombé sur une très intéressante réflexion de Tocqueville sur les rapports entre langage et démocratie.

Tocquville essaie d'analyser le rapport de la démocratie aux lettres et aux arts. Il voit dans l'égalité entre les individus la source d'un traitement spécifique des lettres et des arts par la démocratie ; le langage est également touché par la nature de la démocratie.

Il écrit ainsi :

Les nations démocratiques aiment d'ailleurs le mouvement pour lui-même. Cela se voit dans la langue aussi bien que dans la politique. Alors qu'elles n'ont pas le besoin de changer les mots, elles en sentent quelquefois le désir. Le génie des peuples démocratiques ne se manifeste pas seulement dans le grand nombre de nouveaux mots qu'ils mettent en usage, mais encore dans la nature des idées que ces mots nouveaux représentent.

Comme l'avait noté Tocqueville, la Démocratie est un régime propice à l'innovation, ce qui ne peut qu'atteindre la langue elle-même.

Chez ces peuples, c'est la majorité qui fait la loi en matière de langue, ainsi qu'en tout le reste. Son esprit se révèle là comme ailleurs. Or, la majorité est plus occupée d'affaires que d'études, d'intérêts politiques et commerciaux que de spéculations phi­lo­­so­phiques ou de belles-lettres. La plupart des mots créés ou admis par elle porteront l'empreinte de ces habitudes; ils serviront principalement à exprimer les besoins de l'industrie, les passions des partis ou les détails de l'administration publique. C'est de ce côté-là que la langue s'étendra sans cesse, tandis qu'au contraire elle abandonnera peu à peu le terrain de la métaphysique et de la théologie.

Cet aspect peut se discuter, parce que la métaphysique concernera aussi un plus grand nombre d'individus dans une démocratie, mais, le fait est que dans les démocraties marchandes comme les nôtres, le langage porte en effet l'empreinte de nos intérêts. De fait, les créations récentes concernent en effet des biens de consommation pour l'essentiel.

Mais c'est principalement dans leur propre langue que les peuples démocratiques cherchent les moyens d'innover. Ils reprennent de temps en temps, dans leur voca­bulaire, des expressions oubliées qu'ils remettent en lumière, ou bien ils retirent à une classe particulière de citoyens un terme qui lui est propre, pour le faire entrer avec un sens figuré dans le langage habituel; une multitude d'expressions qui n'avaient d'abord appartenu qu'à la langue spéciale d'un parti ou d'une profession, se trouvent ainsi entraînées dans la circulation générale.

L'expédient le plus ordinaire qu'emploient les peuples démocratiques pour innover en fait de langage consiste à donner à une expression déjà en usage un sens inusité. Cette méthode-là est très simple, très prompte et très commode. Il ne faut pas de scien­ce pour s'en bien servir, et l'ignorance même en facilite l'emploi. Mais elle fait courir de grands périls à la langue. Les peuples démocratiques, en doublant ainsi le sens d'un mot, rendent quelquefois douteux celui qu'ils lui laissent et celui qu'ils lui donnent.

C'est vrai. Et il y a un danger, à mon sens, parce que la confusion des mots finit par entraîner celle des genres, et, à terme, la distorsion du sens avec tout ce que cela peut engendrer comme faux-semblants. Quand les mots ne disent plus ce qu'ils sont sensés dire, on entre alors dans l'ère de la méfiance. Je suis, sur ce travers de la démocratie, bien plus pessimiste que Tocqueville. En revanche, il n'est pas suffisant de dire que c'est là le travers du seul peuple démocratique. Vaclav Havel, dans un discours célèbre devant le Bundestag de la RFA avait dénoncé cette propension à détourner les mots dans les régimes communistes, qui se voulaient justement démocratiques et populaires.

J'ai montré précédemment que les peuples démocratiques avaient le goût et souvent la passion des idées générales ; cela tient à des qualités et à des défauts qui leur sont propres. Cet amour des idées générales se manifeste, dans les langues démocratiques, par le continuel usage des termes génériques et des mots abs­traits, et par la manière dont on les emploie. C'est là le grand mérite et la grande faiblesse de ces langues. Les peuples démocratiques aiment passionnément les termes génériques et les mots abstraits, parce que ces expressions agrandissent la pensée et, permettant de renfermer en peu d'espace beaucoup d'objets, aident le travail de l'intelligence.

C'est là, à mon avis, le passage le plus intéressant de ce chapitre. C'est intéressant, parce que je me suis demandé s'il ne fallait pas relier cet avis exprimé par Tocqueville avec l'évolution de l'art et de la littérature dans les sociétés démocratiques, qui ont pris de plus en plus des formes abstraites. Par ailleurs, si l'on a pu retrouver des phénomènes identiques dans les régimes communistes, c'est que Tocqueville relie ces phénomènes à l'égalité dans la démocratie, qui lui semble la substance même de la démocratie. Or, on retrouvait cette caractéristique dans les régimes communistes qui se voulaient des démocraties populaires, bien qu'elles n'eussent pas grand chose de populaire à vrai dire... Il faudrait une étude lexicographique certainement très précise pour voir si la prégnance de mots de ces catégories se vérifie ou non dans les langues française et anglaise depuis 150 ans, par exemple, et, mieux encore, comparer leurs évolutions avec les langues de pays demeurés en régime despotique.

Les hommes qui habitent les pays démocratiques ont donc souvent des pensées vacillantes; il leur faut des expressions très larges pour les renfermer. Comme ils ne savent jamais si l'idée qu'ils expriment aujourd'hui conviendra à la situation nouvelle demain, ils conçoivent naturellement le goût des termes abstraits. Un mot abstrait est comme une boîte à double fond : on y met les idées que l'on désire, et on les en retire sans que personne le voie.

J'aime beaucoup cette définition du mot abstrait :-) heureusement qu'Aristote a précédé Tocqueville pour concevoir les catégories et la logique sans lesquelles nous serions bien en peine. L'inconvénient, dans nos sociétés démocratiques, c'est qu'il y a bien usage à volonté de ces abstractions, mais, parallèlement, méconnaissance crasse de leurs catégories. C'est à mon avis sur cette ignorance que se fondent les discours les plus démagogiques...

Chez tous les peuples, les termes génériques et abstraits forment le fond du langage; je ne prétends donc point qu'on ne rencontre ces mots que dans les langues démocratiques; je dis seulement que la tendance des hommes, dans les temps d'égalité , est d'augmenter particulièrement le nombre des mots de cette espèce; de les prendre toujours isolément dans leur acception la plus abstraite, et d'en faire usage à tout propos, lors même que le besoin du discours ne le requiert point.

Oui, et comme le disait Tocqueville, la pensée des habitants des pays démocratiques est en effet facilement vacillante. On se demande par quel miracle la démocratie tient quand on la voit si facilement abusée. Le discours démagogique et réducteur use et abuse des mots génériques et de déterminants de la même classe. Plutôt que de citer un homme politique par sa fonction, on dit "les politiques" voire "les politiciens" par exemple. "politique", voilà un mot qui a changé de catégorie grammaticale pour mieux se disperser. Tout comme lorsque l'on oppose "la France d'en haut" et la "France d'en bas". Bref, on pourrait multiplier les exemples. Quelle pertinence, ce Tocqueville ! Comment a-t-il fait pour pressentir tout cela si tôt ?!

lundi, 10 novembre 2008

La Chine peut-elle être un partenaire commercial fiable ?

Les récentes affaires de produits importés de Chine dangereux ont récemment défrayé la chronique : lait à la mélanine mortel, bottes allergisantes. Je crains hélas que ce ne soient les premiers d'une longue liste à venir, et ce pour une raison bien précise : pour échanger et vendre des biens finis et/ou semi-finis, dans une économie de marché, il faut respecter un cahier des charges. Pour contrôler le respect de ce cahier des charges, des organismes indépendants, clair et transparents sont nécessaires. or, la structure du pouvoir en Chine, particulièrement celui des bureaucraties locales, assimilables à de véritables fiefs dans tout le sens le pire de ce que représente la féodalité, est un véritable obstacle à la moindre transparence.

Je ne vois pas comment la Chine pourrait, dans ce cas, respecter une déontologie ferme en matière de contrôle, sauf à ce que l'oligarchie au pouvoir soit elle aussi concernée.

A vrai dire, on trouve cette idée très bien mise en évidence par Montesquieu bau début du Tome II de l'Esprit des Lois, qui porte sur le commerce, mais aussi chez Tocqueville, à le fin du Tome I de "De la démocratie en Amérique", le commerce convient avant tout aux nations de moeurs républicaines, particulièrement les décmoraties. En effet, seul un régime de type républicain peut donner des garanties suffisantes aux commerçants pour qu'ils puissent prendre les risques nécessaires à son entreprise et à l'accumulation de biens. Comment peut-on épargner, dans un régime de type despotique, dès lors qu'à tout moment, le tyran peut décider de vous spolier sur la foi de son seul bon plaisir ?

Il n'échappe à personne, aujourd'hui, que la Chine se range dans les régimes de type despotique, même s'il ne s'agit pas d'une tyrannie comparable aux dictatures d'Amérique du Sud des années 70 et 80.

Il n'en reste pas moins que la problématique du lien indissoluble entre droit, commerce et démocratie, lui échappe largement, et que l'on voit mal la Chine continuer à progresser dans le commerce mondial si sa puissance économique croissante ne va pas de pair avec un système de droit non moins croissant. Or, jusqu'à nouvel ordre, aucun autre régime mieux que la démocratie ne peut garantir un tel système de droit.

08:03 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : chine, commerce, droit, démocratie |  Facebook | | |

jeudi, 06 novembre 2008

Obamania et manifeste anti-bêlement de Tocqueville

Mouton-Grognard.jpgJe poursuis ma progressive lecture de l'oeuvre majeure de Tocqueville, De la démocratie en Amérique. J'ai fini le Tome I, je reviendrai d'ailleurs sur sa conclusion, et j'entame le Tome II.

A la fin du chapitre II, Tocqueville évoque le poids de l'opinion commune en démocratie sur les opinions individuelles. Et il a cette conclusion magnifique que je fais tout à fait mienne :

Si, à la place de toutes les puissances diverses qui gênaient ou retardaient outre mesure l'essor de la raison individuelle, les peuples démocratiques substituaient le pouvoir absolu d'une majorité, le mal n'aurait fait que changer de caractère. Les hom­mes n'auraient point trouvé le moyen de vivre indépendants; ils auraient seule­ment découvert, chose difficile, une nouvelle physionomie de la servitude. Il y a là, je ne saurais trop le redire, de quoi faire réfléchir profondément ceux qui voient dans la liberté de l'intelligence une chose sainte, et qui ne haïssent point seulement le despote, mais le despotisme. Pour moi, quand je sens la main du pouvoir qui s'appesantit sur mon front, il m'importe peu de savoir qui m'opprime, et je ne suis pas mieux disposé à passer ma tête dans le joug, parce qu'un million de bras me le présentent.

On ne peut mieux le dire, et cela correspond très exactement à ma manière d'envisager les choses. Particulièrement, ce n'est pas parce qu'un groupe donné bêle en coeur qu'il bêle plus juste qu'un individu isolé.

Trois lignes avant la conclusion, il relève le paradoxe même de la loi majoritaire en démocratie :

Je vois très clairement dans l'égalité deux tendances: l'une qui porte l'esprit de chaque homme vers des pensées nouvelles, et l'autre qui le réduirait volontiers à ne plus pen­ser. Et j'aperçois comment, sous l'empire de certaines lois, la démocratie éteindrait la liberté intellectuelle que l'état social démocratique favorise, de telle sorte qu'après avoir brisé toutes les entraves que lui imposaient jadis des clas­ses ou des hommes, l'esprit, humain s'enchaînerait étroitement aux volontés générales du grand nombre.

C'est qu'il y tenait, Tocqueville à sa liberté personnelle, et farouchement.

Justement, revenons à nos moutons : à titre perso, j'apprécie Obama, même si j'avais précisé ici qu'Hilary Clinton avait ma préférence. Je n'étais pas hostile a priori à McCain, d'abord centriste, mais le durcissement de sa campagne, puis le choix idiot d'une co-listière dramatique me l'ont fait fait vraiment prendre en grippe.

Cela dit, je suis quelque peu agacé par le gigantesque bêlement électronique qui se répand à travers toute la Toile. Je crois certes Obama bien plus brillant, intelligent et charismatique que Daboliou, et son équipe plus compétente. Toutefois, le bêlement généralisé pourrait bien se muer bientôt en un long sifflement de désenchantement. En effet, Obama a pris de gros risques en faisant des promesses qu'il ne sera pas aisé de tenir. Il veut se désengager d'Irak en douceur : très bien, mais comment le faire sans laisser un vide politique ? Il souhaite à fonds constant améliorer les résultats de la lutte contre Al Qaeda et les Taliban : bon courage, Barack, tu risques de te heurter assez vite au mur des réalités. Il veut donner une couverture-maladie pour tous  : avec quel argent ? Il compte s'attaquer à la question de l'indépendance énergétique : les Américains accepteront-ils de changer radicalement leurs habitudes ? Et comment fera-t-il face aux colossaux déficits commerciaux des USA ? Pas d'autres options que des impôts monumentaux, et, à la clef, vraisemblablement, du protectionnisme, ce qui ne fera pas les affaires de l'Europe.

Les marchés financiers ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. Ils se sont rapidement orientés à la baisse, par crainte des défis qui attendent Obama.

On a présenté le vote Obama comme un vote sans précédent parce qu'il est noir. En réalité, ce n'est pas Obama qui est noir. Je dirais même qu'il a toute l'apparence d'un blanc. S'il n'y avait pas Michelle, son épouse, pour le faire ressembler un tantinet à un noir, on jurerait même qu'il est blanc. C'est précisément parce qu'Obama n'a jamais joué la carte communautaire sous aucune forme que ce soit, qu'il a échappé au syndrôme de la minorité visible.

Bref, j'ai de la sympathie pour Obama, mais il ne s'agit pas pour autant de verser dans une forme euphorique d'hystérie collective dont le symptôme le plus manifeste est le bêlement frénétique en choeur.

 

dimanche, 12 octobre 2008

L'absence d'humour me navre...

et hop, une petite mise au point pour ne pas trop envenimer les choses tout de même :-)

Je veux dire avant toutes choses, que je considère sincèrement tous les militants démocrates qui se retrouvent dans la démarche de Construire en Mouvement comme de vrais militants démocrates. Que cela soit dit.

En revanche, cette mouvance du MoDem a un certain nombre de travers que j'ai caricaturés avec férocité à plusieurs reprises, à témoin ma dernière note. Comme je l'ai précisé en fin de note, j'ai eu bien sûr conscience qu'il y avait de la provocation gratuite, et les réactions n'ont pas manqué :-D

A commencer par Eric qui y voit du vomis et propose de rendre publique mon identité (qu'il le fasse, cela m'indiffère royalement, tout comme le bon Farid Taha, qui croit, en petit apprenti-délateur qu'il est,  me mettre en difficulté, sans se rendre compte que je n'en ai absolument aucunement cure ; en revanche, les philosophes grecs m'intéressant beaucoup, je viendrai évidemment corriger toute déclaration erronée ou approximative dans ses prochains billets que j'attends avec une curiosité, disons, amusée...) : voyons, cher Eric, mon identité est un secret de polichinelle. D'ailleurs, quand j'ai inscrit ce blog au nombre des blogs UDF, au début, j'y avais écrit mon nom, mais je ne sais pourquoi, il n'est jamais apparu par la suite. Estimant que mon identité était suffisamment étalée déjà sur la Toile, je n'ai, dans ces conditions, pas jugé utile d'en rajouter une couche.

Cela dit, cher Eric, si vous n'aviez pas l'esprit aussi procédurier qu'est le vôtre, et aussi étroit, vous me remercieriez : sachez, cher Eric, qu'être critiqué, c'est commencer à être reconnu. Je n'ai rien contre vous en tant qu'individu, mais il se trouve que vous êtes emblématique, alors évidemment, je vous vise.

Comme le dit très justement ce bon vieux Beaumarchais, sans liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur. J'ai le travers d'abuser de ma liberté, et je continuerai bien sûr à en user à volonté ici.

 

PS : un  détail, mon cher Eric : vous êtes parano. Je ne me suis jamais adressé à vous autrement qu'avec l'unique pseudonyme de l'hérétique. Pour le reste, j'ignore de quoi vous parlez.

P.S n°2 aux autres démocrates dans la mouvance de Construire au Mouvement : si vous prenez un peu trop au sérieux ce genre de billets, vous allez vite me détester. Notez  que je ne vous interdis pas non plus de me caricaturer :-)