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dimanche, 12 janvier 2014

Eh oui...internet, c'est pas la vie réelle...

Il est instructif le sondage qu'IFOP a réalisé auprès des Français à propos de Dieudonné. On voit qu'il est rejeté à une majorité écrasante par les Français (un autre sondage donne même 84% de rejet). Tous les petits fumiers de tout horizon qui ont soutenu mordicus la raclure l'ont dans le baba. Ils s'étaient crus puissants et majoritaires parce qu'ils faisaient beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux mais ils ont découvert qu'ils n'étaient rien.

Ce phénomène de tapage venteux n'est pas nouveau. Je ne compte pas le nombre de fois où de bonnes âmes sont venues m'expliquer que j'étais un facho, un réac, un gros droitier, lors des cinq années qui sont passées, parce que je ne bramais pas dans le sens du vent et que je n'étais pas politiquement correct quand je m'exprimais sur Israël, sur l'immigration, sur les incidents dans les banlieues ou encore sur l'insécurité.

C'est ça le microcosme. Microcosme, c'est deux mots grecs : micros, petit, et cosmos, univers. Donc, le microcosme, c'est le petit univers.

Sur la Toile, les internautes vivent dans un petit univers. Ils croient représenter le monde entier, mais ils ne sont qu'eux-mêmes. Vous allez voir des myriades de commentateurs qui vont venir vous agonir de tous les noms sur votre mur, en commentaires, sur un fil twitter, et vous allez vous croire seul au monde. Mais une fois les Français sondés, vous allez découvrir qu'en fait, ils sont nombreux à penser comme vous, et que la minorité, ce sont les gueulards qui vous ont dans le pif.

Je n'ai jamais bêlé avec les moutons et je crois adopter parfois des positions difficiles. S'en prendre systématiquement aux Roms, ça m'agace. Faire des femens des extrémistes au même titre que les antisémites et les racistes, c'est fallacieux, une extrapolation mensongère qui repose sur l'invention de "phobes" en tout genre. De même que décréter que la France est islamophobe, c'est ridicule, alors que l'Islam politique ne cesse de renvoyer des signaux désastreux à l'ensemble du monde depuis une trentaine d'années. Ceci ne signifie pas pour autant qu'il faut interpeller l'Islam tous les quatre matins, et on peut comprendre que les Musulmans finissent par être un tantinet lassés. Et il n'y a pas davantage de christianophobie. Ce n'est pas moins ridicule. Dans un autre registre, ne pas vouloir admettre la sur-représentation de l'immigration dans l'insécurité, c'est une malhonnêteté absolue qui n'amène rien de bon. Mieux vaut tenter d'en comprendre la raison. Tiens, ça me rappelle les nombreuses pleurnicheries sur les deux jeunes de Villiers le Bel : ce qui m'avait frappé, perso, c'est surtout le délit de fuite, que tout le monde semblait avoir éclipsé et clairement à l'origine de leur mort alors qu'on cherchait des poux à des agents de police qui ne faisaient que leur boulot.

Je ne vais pas continuer à énumérer des prises de position non-conformes au sein du microcosme : je me réjouis simplement de voir que des avis en apparence isolés sur la Toile trouvent un écho bien plus important au sein du peuple réel.

13:30 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : internet, opinion |  Facebook | | |

jeudi, 06 novembre 2008

Obamania et manifeste anti-bêlement de Tocqueville

Mouton-Grognard.jpgJe poursuis ma progressive lecture de l'oeuvre majeure de Tocqueville, De la démocratie en Amérique. J'ai fini le Tome I, je reviendrai d'ailleurs sur sa conclusion, et j'entame le Tome II.

A la fin du chapitre II, Tocqueville évoque le poids de l'opinion commune en démocratie sur les opinions individuelles. Et il a cette conclusion magnifique que je fais tout à fait mienne :

Si, à la place de toutes les puissances diverses qui gênaient ou retardaient outre mesure l'essor de la raison individuelle, les peuples démocratiques substituaient le pouvoir absolu d'une majorité, le mal n'aurait fait que changer de caractère. Les hom­mes n'auraient point trouvé le moyen de vivre indépendants; ils auraient seule­ment découvert, chose difficile, une nouvelle physionomie de la servitude. Il y a là, je ne saurais trop le redire, de quoi faire réfléchir profondément ceux qui voient dans la liberté de l'intelligence une chose sainte, et qui ne haïssent point seulement le despote, mais le despotisme. Pour moi, quand je sens la main du pouvoir qui s'appesantit sur mon front, il m'importe peu de savoir qui m'opprime, et je ne suis pas mieux disposé à passer ma tête dans le joug, parce qu'un million de bras me le présentent.

On ne peut mieux le dire, et cela correspond très exactement à ma manière d'envisager les choses. Particulièrement, ce n'est pas parce qu'un groupe donné bêle en coeur qu'il bêle plus juste qu'un individu isolé.

Trois lignes avant la conclusion, il relève le paradoxe même de la loi majoritaire en démocratie :

Je vois très clairement dans l'égalité deux tendances: l'une qui porte l'esprit de chaque homme vers des pensées nouvelles, et l'autre qui le réduirait volontiers à ne plus pen­ser. Et j'aperçois comment, sous l'empire de certaines lois, la démocratie éteindrait la liberté intellectuelle que l'état social démocratique favorise, de telle sorte qu'après avoir brisé toutes les entraves que lui imposaient jadis des clas­ses ou des hommes, l'esprit, humain s'enchaînerait étroitement aux volontés générales du grand nombre.

C'est qu'il y tenait, Tocqueville à sa liberté personnelle, et farouchement.

Justement, revenons à nos moutons : à titre perso, j'apprécie Obama, même si j'avais précisé ici qu'Hilary Clinton avait ma préférence. Je n'étais pas hostile a priori à McCain, d'abord centriste, mais le durcissement de sa campagne, puis le choix idiot d'une co-listière dramatique me l'ont fait fait vraiment prendre en grippe.

Cela dit, je suis quelque peu agacé par le gigantesque bêlement électronique qui se répand à travers toute la Toile. Je crois certes Obama bien plus brillant, intelligent et charismatique que Daboliou, et son équipe plus compétente. Toutefois, le bêlement généralisé pourrait bien se muer bientôt en un long sifflement de désenchantement. En effet, Obama a pris de gros risques en faisant des promesses qu'il ne sera pas aisé de tenir. Il veut se désengager d'Irak en douceur : très bien, mais comment le faire sans laisser un vide politique ? Il souhaite à fonds constant améliorer les résultats de la lutte contre Al Qaeda et les Taliban : bon courage, Barack, tu risques de te heurter assez vite au mur des réalités. Il veut donner une couverture-maladie pour tous  : avec quel argent ? Il compte s'attaquer à la question de l'indépendance énergétique : les Américains accepteront-ils de changer radicalement leurs habitudes ? Et comment fera-t-il face aux colossaux déficits commerciaux des USA ? Pas d'autres options que des impôts monumentaux, et, à la clef, vraisemblablement, du protectionnisme, ce qui ne fera pas les affaires de l'Europe.

Les marchés financiers ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. Ils se sont rapidement orientés à la baisse, par crainte des défis qui attendent Obama.

On a présenté le vote Obama comme un vote sans précédent parce qu'il est noir. En réalité, ce n'est pas Obama qui est noir. Je dirais même qu'il a toute l'apparence d'un blanc. S'il n'y avait pas Michelle, son épouse, pour le faire ressembler un tantinet à un noir, on jurerait même qu'il est blanc. C'est précisément parce qu'Obama n'a jamais joué la carte communautaire sous aucune forme que ce soit, qu'il a échappé au syndrôme de la minorité visible.

Bref, j'ai de la sympathie pour Obama, mais il ne s'agit pas pour autant de verser dans une forme euphorique d'hystérie collective dont le symptôme le plus manifeste est le bêlement frénétique en choeur.