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jeudi, 06 novembre 2008

Obamania et manifeste anti-bêlement de Tocqueville

Mouton-Grognard.jpgJe poursuis ma progressive lecture de l'oeuvre majeure de Tocqueville, De la démocratie en Amérique. J'ai fini le Tome I, je reviendrai d'ailleurs sur sa conclusion, et j'entame le Tome II.

A la fin du chapitre II, Tocqueville évoque le poids de l'opinion commune en démocratie sur les opinions individuelles. Et il a cette conclusion magnifique que je fais tout à fait mienne :

Si, à la place de toutes les puissances diverses qui gênaient ou retardaient outre mesure l'essor de la raison individuelle, les peuples démocratiques substituaient le pouvoir absolu d'une majorité, le mal n'aurait fait que changer de caractère. Les hom­mes n'auraient point trouvé le moyen de vivre indépendants; ils auraient seule­ment découvert, chose difficile, une nouvelle physionomie de la servitude. Il y a là, je ne saurais trop le redire, de quoi faire réfléchir profondément ceux qui voient dans la liberté de l'intelligence une chose sainte, et qui ne haïssent point seulement le despote, mais le despotisme. Pour moi, quand je sens la main du pouvoir qui s'appesantit sur mon front, il m'importe peu de savoir qui m'opprime, et je ne suis pas mieux disposé à passer ma tête dans le joug, parce qu'un million de bras me le présentent.

On ne peut mieux le dire, et cela correspond très exactement à ma manière d'envisager les choses. Particulièrement, ce n'est pas parce qu'un groupe donné bêle en coeur qu'il bêle plus juste qu'un individu isolé.

Trois lignes avant la conclusion, il relève le paradoxe même de la loi majoritaire en démocratie :

Je vois très clairement dans l'égalité deux tendances: l'une qui porte l'esprit de chaque homme vers des pensées nouvelles, et l'autre qui le réduirait volontiers à ne plus pen­ser. Et j'aperçois comment, sous l'empire de certaines lois, la démocratie éteindrait la liberté intellectuelle que l'état social démocratique favorise, de telle sorte qu'après avoir brisé toutes les entraves que lui imposaient jadis des clas­ses ou des hommes, l'esprit, humain s'enchaînerait étroitement aux volontés générales du grand nombre.

C'est qu'il y tenait, Tocqueville à sa liberté personnelle, et farouchement.

Justement, revenons à nos moutons : à titre perso, j'apprécie Obama, même si j'avais précisé ici qu'Hilary Clinton avait ma préférence. Je n'étais pas hostile a priori à McCain, d'abord centriste, mais le durcissement de sa campagne, puis le choix idiot d'une co-listière dramatique me l'ont fait fait vraiment prendre en grippe.

Cela dit, je suis quelque peu agacé par le gigantesque bêlement électronique qui se répand à travers toute la Toile. Je crois certes Obama bien plus brillant, intelligent et charismatique que Daboliou, et son équipe plus compétente. Toutefois, le bêlement généralisé pourrait bien se muer bientôt en un long sifflement de désenchantement. En effet, Obama a pris de gros risques en faisant des promesses qu'il ne sera pas aisé de tenir. Il veut se désengager d'Irak en douceur : très bien, mais comment le faire sans laisser un vide politique ? Il souhaite à fonds constant améliorer les résultats de la lutte contre Al Qaeda et les Taliban : bon courage, Barack, tu risques de te heurter assez vite au mur des réalités. Il veut donner une couverture-maladie pour tous  : avec quel argent ? Il compte s'attaquer à la question de l'indépendance énergétique : les Américains accepteront-ils de changer radicalement leurs habitudes ? Et comment fera-t-il face aux colossaux déficits commerciaux des USA ? Pas d'autres options que des impôts monumentaux, et, à la clef, vraisemblablement, du protectionnisme, ce qui ne fera pas les affaires de l'Europe.

Les marchés financiers ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. Ils se sont rapidement orientés à la baisse, par crainte des défis qui attendent Obama.

On a présenté le vote Obama comme un vote sans précédent parce qu'il est noir. En réalité, ce n'est pas Obama qui est noir. Je dirais même qu'il a toute l'apparence d'un blanc. S'il n'y avait pas Michelle, son épouse, pour le faire ressembler un tantinet à un noir, on jurerait même qu'il est blanc. C'est précisément parce qu'Obama n'a jamais joué la carte communautaire sous aucune forme que ce soit, qu'il a échappé au syndrôme de la minorité visible.

Bref, j'ai de la sympathie pour Obama, mais il ne s'agit pas pour autant de verser dans une forme euphorique d'hystérie collective dont le symptôme le plus manifeste est le bêlement frénétique en choeur.

 

Commentaires

On peut tout de même se réjouir de voir les Américains donner l’exemple en votant autrement ( pour une fois) sans se faire targuer d’hystérique !

J’aime bien la citation de Tocqueville parce qu’elle illustre une définition d’un parti démocrate majoritaire qui prendrait la place des autres partis ; et même pire, qui amènerait une dilution des sensibilités, une homogénéisation des idées, des pensées..


Les démocrates que j’ai côtoyés au Modem donnent raison à Tocqueville. Pourtant, ce n’est pas ma définition de la démocratie et c’est pourquoi j’ai quitté ce mouvement.

J’imagine, pour ma part, que la population démocrate ne peut être majoritaire et se substituer. Elle ne peut exister que si, justement, elle fonctionne dans l’addition. Les gens de droite et les gens de gauche peuvent évoluer vers la démocratie à condition qu’ils y trouvent un intérêt.

Cet intérêt, pour moi, est dans la prise en compte des préoccupations des citoyens qu’ils soient de droite ou de gauche
La Gauche ou la Droite, dans ma vision, c’est dépassé parce qu’elles s’affrontent, parce qu’elles se substituent

La France, par exemple, est déjà gouvernée par le peuple. C’est le peuple qui vote.
Simplement, chacun vote pour la droite ou la gauche, pour la famille politique qui lui donne l’illusion de tenir compte de lui. Et c’est à lui seul qu’il pense dans l’isoloir.

L’humain étant ainsi fait, il reste à lui faire comprendre que c’est à lui de changer.

Soit il vote pour son clan contre l’autre
Soit il vote pour une autre gouvernance qui tient compte des spécificités, des préoccupations des deux clans.

Ce n’est pas une alliance. Ce n’est pas une ouverture. C’est une autre voie.
Cette voie ne peut pas se tracer sans le changement de la mentalité des citoyens, sans qu’ils se sentent responsables individuellement.

Et ces élections américaines, cette mobilisation de la population pour cet homme audacieux, terriblement intelligent et que je crois sincèrement rassembleur, me font espérer que nous nous dirigeons vers ma vision de la politique.

Parce qu’ils ont donné ensemble une réalité à un possible… parce qu’ils l’ont crue possible.

Écrit par : Passage | vendredi, 07 novembre 2008

Du même...

[...Je vois bien que, quand les peuples sont mal conduits, ils conçoivent volontiers de se gouverner eux-mêmes ; mais cette forme d'amour de l'indépendance, qui ne prend naissance que dans certains maux particuliers et passagers que le despotisme amène, n'est jamais durable : elle passe avec l'accident qui l'avait fait naître ; on semblait aimer la liberté, il se trouve qu'on ne faisait que haïr le maître. Ce que haïssent les peuples faits pour être libres, c'est le mal même de la dépendance.
Je ne crois pas non plus que le véritable amour de la liberté soit jamais né de la seule vue des biens matériels qu'elle procure ; car cette vue vient souvent à s'obscurcir. Il est bien vrai qu'à la longue la liberté amène toujours, à ceux qui savent la retenir, l'aisance, le bien-être, et souvent la richesse ; mais il y a des temps où elle trouble momentanément l'usage de pareils biens ; il y en a d'autres où le despotisme seul peut en donner la jouissance passagère. Les hommes qui ne prisent que ces biens-là en elle ne l'ont jamais conservée longtemps.
Ce qui, dans tous les temps, lui a attaché si fortement certains hommes, ce sont ses attraits mêmes, son charme propre, indépendant de ses bienfaits ; c'est le plaisir de pouvoir parler, agir, respirer sans contraintes, sous le seul gouvernement de Dieu et des lois. Qui cherche dans la liberté autre chose qu'elle même est fait pour servir.
Certains peuples la poursuivent obstinément à travers toutes sortes de périls et de misères. Ce ne sont pas les biens matériels qu'elle leur donne que ceux-ci aiment encore en elle ; ils la considèrent elle-même comme un bien si précieux et si nécessaire qu'aucun autre ne pourrait les consoler de la perte et qu'ils se consolent de tout en la goûtant. D'autres se fatiguent d'elle au milieu de leurs prospérité ; ils se la laissent arracher des mains sans résistance de peur de compromettre par un effort ce même bien-être qu'ils lui doivent.
Que manque-t-il à ceux-là pour rester libres ?
Quoi ? Le goût même de l'être. Ne demandez pas d'analyser ce goût sublime, il faut l'éprouver. Il entre de lui-même dans les grands cœurs que Dieu a préparé pour le recevoir ; il les remplit, il les enflamme. On doit renoncer à le faire comprendre aux âmes médiocres qui ne l'ont jamais ressenti.]
Alexis de Tocqueville in "L'Ancien Régime et la Révolution" (Livre III – Chapitre III)

Écrit par : Thierry P. | vendredi, 07 novembre 2008

@ Françoise

J'ai de la sympathie pour Obama, mais j'ai trouvé que les soutiens qui lui étaient donnés l'étaient souvent sans retenue. Il faut aussi voir son programme et quelle aile des Démocrates il représente. Personnellement, et je l'ai écrit ici, je préférais Hillary Clinton. Mais je reconnais qu'Obama a un charisme extraordinaire, et je préfère nettement son programme à celui de McCain.

Pour le reste, je suis d'accord avec votre calcul sur l'addition.

Écrit par : L'Hérétique | vendredi, 07 novembre 2008

@ Thierry

Magnifique citation. Pour l'instant, je lis De la démocratie en Amérique, mais j'attaquerai sans doute un autre de ses ouvrages prochainement. Cela dit, j'ai aussi dans le collimateur des orateurs et historiens grecs (Démosthène et Eschine en particulier) et Hérodote.

Écrit par : L'Hérétique | vendredi, 07 novembre 2008

Suite lecture de la presse de ce jour, un certain M isolé à NYC, suite candidature malheureuse dans une certaine ville, ose émettre certaines similitudes dans les campagnes électorales...
Obama est métis et démocrate, entre deux eaux,position doublement difficile. Certainement animé de bonnes intentions, sa difficulté actuellement est d'etre entouré correctement.
J'attends ses choix, il est clair pour moi que dans un certain domaine, si je vois apparaitre un nom...Grrr fffft ft ft!!!

Écrit par : Champomy | vendredi, 07 novembre 2008

Bon, si effectivement c'est très bien pour les Etat-Unis d'Amérique, pour l'espoir selon nous et pour l'éthique et une certaine logique arithmétique selon les premiers intéressés, quand est-il selon moi, pour peu que cela intéresse quelqu'un ici ! Et donc pour une petite analyse entre amis...

Bien que l'on ne puisse engager aucune comparaison entre nos deux Nations, c’est certain ? la seconde pourrait-elle connaître pareille élection, et d'un certain point de vue sociologique s'entend, pareil dénouement et aussi populairement accueilli. Faudra-il en arriver à davantage creuser le fossé des inégalités dans notre pays pour cela ? Car le très fameux « rêve américain » aura dû souffrir, ne nous le cachons pas, d’un siècle de racisme et notons-le de génocide du peuple autochtone (indiens, amérindiens), suivi d’un second entaché de ségrégation talonnée d’une discrimination positive appuyée.

Et si les français ont élu un « avocat d’affaires immigrant Hongrois de seconde génération de petite taille de la droite décomplexée maire de Neuilly » en France en 2007, et dans les conditions que nous connaissons, ils n'ont pas choisi, non plus, un « tribun femme homosexuelle maghrébine enceinte et maire de Paris » pour autant ! Amalgamania oblige !

Mais soyons sérieux, et participons davantage encore à cette politologie démago-populiste à deux mille huit francs, car elle peut rapporter des dividendes à ses principaux acteurs, en plus de concourir aussi à pas mal brouiller les pistes chez le travailleur alcoolique pauvre au chômage de Montcuq qui roule au sans plomb 98 sur l’autoroute du soleil depuis son retour du Golfe en 1991...

Et en attendant donc que les pauvres achètent de l’argent moins cher en travaillant plus longtemps, que leurs poules exportent des œufs de nouvelle Micronésie papousienne, et que la famille recomposée socialo-droitière veuille bien enfanter d’un nouveau réactionnaire anti-capitalo-boursicoteur-malgache, faisons l’amour en stéréo en mangeant, non plus des pommes, mais des pop-corns !

Écrit par : Xavier Moreau | samedi, 08 novembre 2008

Comme ce serait dommage qu'il ne représente qu'une aile des Démocrates...

Écrit par : @l'Heretique | samedi, 08 novembre 2008

@Xavier,
Je n'aime pas le pop-corn, bourré de 'cochonneries', pesticides ogm etc...
:-))

Écrit par : Champomy | samedi, 08 novembre 2008

@ Xavier Moreau

Dans le registre de politologie démago-populiste à deux mille huit francs... Digressions.

Et si les Français ont formé en masse la grande vague bleue qui a porté le président actuel à la présidence, ils ne peuvent que constater les écarts entre ce qu'ils ont cru choisir et ce qu'ils ont choisi.
Alors, il se pourrait que quelques uns comprennent qu'il serait temps de renoncer à porter au pouvoir le représentant d'une seule famille politique en croyant y trouver un intérêt; son intérêt serait assuré en portant au pouvoir un homme qui gouvernerait en tenant compte de toutes les parties de la population. Pas question de majorité ou de minorité, juste de régler le problème qui se pose de manière écologique.

Peut-être que ce serait possible si on cherchait un homme hors des partis politiques qui ne servent qu'à promouvoir un despote de droite ou de gauche... ou de centre...

Celui qui verrait les citoyens tels qu'ils sont: individualistes, sectaires et terriblement manipulables.

Si l'alcoolique de Montcuq était avec ses deux copains tout aussi alcooliques devant la dernière bouteille de pinard du bar et qu'on lui laissait le choix entre:
la tirer au sort et il n'a qu'une chance sur trois de boire un coup
ou bien de la partager équitablement avec ses deux copains et là il boit à tous les coups...
ou encore, de la casser, pour leur bien... et là plus une chance de se faire plaisir... Sauf peut-être en croquant la pomme sur un tapis de pop corn...

On peut s'interroger sur le choix qu'il ferait suivant s'il est à jeun ou déjà bien arrosé.

Faire l'amour en stéréo en mangeant du pop corn ? Oui mais avec la sourdine !

Écrit par : Passage | samedi, 08 novembre 2008

Qu'est-ce que le Charisme ?
(moi je n'en sais rien).

Obama noir métisse ? Ah j'avais oublié.
Tiens c'est vrai c'est marrant Angéla c'est une femme.

Cet Obama quand même depuis qu'il est né
c'est un sérieux, un VRAI bûcheur, pas
l'emblème d'une famille élargie(Bush, Mac
Cain).

Ce qu'il fait a l'air de lui importer plus
que l'image qu'il donne, au moins ça permet
de suivre le bon feuilleton.

Dieu fasse que des Gros Cochons ne le mange
pas tout de suite, parce que si avec tout
ça il ne fait pas mieux que Bush, je n'y
comprends plus rien du tout !!

Écrit par : Candide | samedi, 08 novembre 2008

Yes !
Merci les copains. Ce "passage au champomy avec candide en prime" a été vraiment agréable à lire; et je n'avais pas connu pareille sensation et partagé le pain comme cela depuis longtemps...

Maitenant l'hérétique, ce n'est pas tant le pop-corn qui me gêne dans cette histoire, mais, comme les quelques centaines de petits producteurs-éleveurs-agriculteurs gaulois et milliers de paysans de par le vaste monde, plutôt les très gros tracteurs, très coûteux et difficilement rentables, les phyto et autres engrais "Monsantesques" qui vont avec. Plutôt ces politiques démagogues et assassines pour le biocarburant, et ces centaines de milliers d'ha brésiliens consacrés à cette même très hérétique-culture. C'est plutôt cette très très lourde spéculation mondiale sur les céréales. Enfin bref...I hope to read to you again very soon, bye.

Écrit par : Xavier Moreau | samedi, 08 novembre 2008

Reconnaissons à cette élection qu'elle apporte un vrai coup de jeune au débat politique, même si pour l'essentiel ce n'est que de l'image et du symbole. Mais le symbole est une chose importante.

En France, sur le sujet de la diversité, plutôt que d'assister à des scènes d'autoflagelation j'aurais apprécier que le 7 novembre nous célébrions le parcours de Gaston Monnerville décédé il y a juste 17 ans et qui fut le 2e personnage de la République française pendant 21 ans.

Écrit par : SjRodier | dimanche, 09 novembre 2008

??? Pas compris !!!

Écrit par : Champomy | dimanche, 09 novembre 2008

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