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vendredi, 12 décembre 2008

Essence du libéralisme et clivages

L'étiquette libérale, dans notre pays, donne souvent lieu à des quiproquos fameux, plusieurs tendances politiques se réclamant du libéralisme. La droite se réclame, dans l'ensemble du libéralisme, mais, la gauche rétorque qu'elle ne reçoit que le libéralisme politique. La cause en est que jusqu'à fort tard au XIXème siècle, il n'y a pas d'oppositions notables entre les libéraux de gauche et les libéraux de droite. Encore aujourd'hui, on cite volontiers tant à gauche qu'à droite Tocqueville et Montesquieu. Les choses vont sérieusement se gâter avec l'apparition du positivisme. Le rationnalisme intrinsèque du positivisme et la conviction qu'il puisse s'appliquer intégralement aux choses humaines, va générer un clivage notable entre libéraux de gauche et de droite. En effet, dès lors que la raison est applicable à toutes les choses humaines, rien n'empêche de faire de ces dernières l'objet d'expérimentations, et , par suite, d'expérimentations reproductibles. Sur cette base, on peut donc établir des sciences humaines. On peut dire qu'elles sont apparues avec le positivisme.

Je poursuis (très lentement...mais sûrement !) ma lecture de la synthèse de Thierry Aimar sur l'école autrichienne d'économie. Cette école est majeure dans notre début de siècle, parce qu'elle a largement inspiré les politiques économiques de plusieurs grands pays, dont les USA, pendant les 40 dernières années, et parce que les recherches et thèses de ses plus grands représentants représentent un tournant sans précédent dans le libéralisme. En particulier, les deux grands Anciens que sont Mises et Menger récusent catégoriquement toute forme de physiologisme social. Ils utilisent certes l'outil logique, mais uniquement pour étudier l'entendement humain et ses catégories logiques. Ainsi, si des individus comme Mises et Menger en viennent à l'économie, c'est pour avoir d'abord étudié les sciences sociales. D'une certaine manière, on peut même dire que l'économie est une science sociale de droite. Tout comme la sociologie, toute empreinte de positivisme, est une science sociale de gauche.

L'objectif d'un Menger, c'est de reconstituer le processus par lequel des comportements et des stratégies individuels aboutissent à des phénomènes collectifs complexes. La sociologie moderne commence très exactement aux antipodes de cette approche, puisqu'elle considère en premier les comportements collectifs.

Il y a donc là une vision de l'être humain qui sépare radicalement la droite et la gauche. Et, c'est l'individu qui est au centre de ce clivage. La droite tend à faire confiance naturellement aux forces vives de l'individu, alors que la gauche, sans nécessairement s'en défier, ne le croit pas capable d'affronter le monde sans assistance. Les deux points de vue peuvent bien sûr se défendre, et, aujourd'hui, les idées de gauche et de droite se sont suffisamment inter-pénétrées pour être intégrées dans le positionnement politique et des partis de droite, et des partis de gauche. Il n'en reste pas moins que la nuance persiste.

Mon cheminement personnel est assez significatif de ce clivage et de ce mélange. Je suis parti à gauche, et aujourd'hui, je me retrouve au centre-droit. Toutefois, au plus fort de mon engagement à gauche, j'ai toujours ressenti une gêne, comme si je ne parvenais pas à me convaincre du dogme socialiste pourtant maintes fois récité. Il tient à très peu de choses que je n'ai pas rejoint les JDS (Jeunesses Démocrates Sociales) à 20 ans : personne à l'autre bout du fil, tout simplement.

La conscience est étrange : elle réagit d'autant plus fortement qu'elle pressent que l'esprit est altéré. Je n'ai jamais eu autant de "mauvaises pensées" qu'au tant où je mettais le cap à gauche. Les pensées droitières émergaient avec d'autant plus de force à la surface que je ne parvenais plus à les contrôler au point de choquer la "gauchitude" qui se trouvait à mon contact immédiat.

Toutefois, mon obédience libérale demeure modérée. A cet égard, la Nouvelle UDF, métamorpjosée par la suite en MoDem,  et Bayrou ont été un cas d'école assez intéressant. L'UDF était un parti libéral. Le MoDem, sur le fond, est aussi un parti libéral. Sauf que l'UDF était un parti libéral de droite, alors que le MoDem est plutôt un parti libéral de gauche. De centre-gauche, certes, mais plutôt à gauche, quoi qu'on en dise. Mais vraiment libéral aussi. Je veux dire par là que le libéralisme du Mouvement Démocrate n'est pas un libéralisme de pacotille comme celui de Delanoë.

 

Commentaires

Je trouve cet article intéressant et authentique.

La séparation ne devient-elle pas plutôt
qu'entre Trés Libéraux et les autres ou
Droite et Gauche une séparation entre

Figés : UMP et partis au pouvoir, PS D'Aubry et ses Garçons et même peut-être le futur NPA
et
Evolutionistes : Modem, PS Ségo, Gauche de la Gauche plus rassembleuse.

Les Figés sont au pouvoir ou ont la bénédiction du pouvoir, ils ont comme but
principal de se conserver et de jouir de
leur situation, quand ils s'en défendent
c'est en évoquant une perfection dans le
futur immédiat (on va se lever tôt, on va se mettre au travail, on va toujours bien se laver les mains avant de manger) pour des objectifs beaucoup plus lointain.

Ils privilégent la forme (il y a peu de fond), ils utilisent la force (des médias
et des relations) plutôt que l'esprit car
ils imitent et créent peu et par la même
sont des gens trop habiles.

Les Evolutionnistes agissent beaucoup moins
par imitation et cherchent des solutions
Economiques et de Société (avant qu'elles
ne soient imposées par les circonstances
ou les autres) où il ait une part de "Don de soi" et de création.

Le Danger est que cette part deviennent
négligeable ou trop grande.

Les Evolutionnistes, pensent que l'ouverture vers les autres est non seulement bien utile mais que c'est un des plaisirs de la vie.

Les figés trouvent eux leur plaisir dans la contemplation de leurs propres mérites ou
dans la satisfaction de vivre dans leur
pureté leur idéal (Socialiste ou révolutionnaire).

Les Evolutionistes gagnent toujours à la
fin même si c'est parfois long.

Écrit par : Chui Kalm | vendredi, 12 décembre 2008

Très bonne vulgarisation du "libéralisme" ! Pour ma part, si on considère le dogme libéral originel, tout le monde ou presque peut le revendiquer. Qui peut nier aujourd'hui la liberté individuelle comme base de raisonnement ? A part quelques extrémistes illuminés ?

Après, c'est une question de dosage de cette liberté individuelle. Là interviennent le groupe, puis l'Etat. C'est peut-être là qu'on pourrait placer le curseur, entre une gauche avec toujours plus d'Etat, une droite avec le moins d'Etat possible. Et...un centre avec un équilibre "idéal".

C'est tout l'intérêt du combat politique.

PS : j'aime bien ce genre d'article ; j'irai lire ceux qui sont en lien :-)

Écrit par : Pierre | vendredi, 12 décembre 2008

@ Pierre

Plus de personnes que vous le pensez, Pierre. Par exemple, pour Montesquieu, seuls la gauche girondine, le centre, le centre-droit et les authentiques libéraux peuvent vraiment s'en revendiquer. Cela ne fait pas tant de monde que cela, et d'ailleurs, Althusser, lui-même marxiste, s'il a proposé une excellente analyse de Montesquieu, s'est empressé en conclusion de son ouvrage de le dessouder pour tenter de démontrer qu'il défendait avant tout ses privilèges.
Tous les tenants de la Montagne ne peuvent absolument pas se réclamer de Montesquieu, et, plus généralement, bien rares sont les hommes politiques qui se hasardent à en faire leur emblème...

Écrit par : L'hérétique | samedi, 13 décembre 2008

à Pierre: pour moi il ne s'agit pas de "plus d'Etat" ou de "moins d'Etat" mais de "meilleur" Etat ou comme on dit aujourd'hui de meilleure "gouvernance". La crise financière aux USA, il ne faut pas se lasser de la rappeler, n'est pas le fruit d'un désintérêt de l'Etat par rapport aux marchés financiers, mais d'une action constante de l'Etat visant à pousser les banques (qu'elles soient nationalisées ou privées) à donner du crédit à tout va.

à ChuiKalm: je suis sidéré (et horrifié) de vous voir dresser une alliance entre le Modem, la nébuleuse Ségo et une "gauche de la gauche plus rassembleuse": not in my name!

Écrit par : pastel | dimanche, 14 décembre 2008

@ ChuiKalm : tout à fait en phase avec la notion de "meilleur Etat"... qui reste à définir ! Et pour définir ce "meilleur Etat", on a besoin de points de repère.
;-)

Écrit par : Pierre | dimanche, 14 décembre 2008

à Pierre: c'est à moi que vous vous adressiez je pense... mais je chui très kalm aussi ;-)

Écrit par : pastel | dimanche, 14 décembre 2008

@ Pastel : exact ! Je vais manger un bout; ça me donnera des vitamines !!!
;-)

Écrit par : Pierre | dimanche, 14 décembre 2008

le vrai libéralisme, cohérent, un peu radical, et qui se réclame de Mises, Menger et autres Hayek, est celui des libertariens (comme Salin, Hoppe, etc...)

La remise en cause du rôle de l'Etat y beaucoup plus profonde qu'une simple question de dosage : ils récusent la nécessité de faire jouer à l'Etat un rôle d'allocation de ressources, ou de redistribution. Les seules fonction de l'Etat doivent être d'assurer la sécurité et la liberté des citoyens. C'est ce que disait Bastiat aussi, en son temps.

Qui est libéral ? Delanoë ? certainement pas. Vous, qui prônez une sorte de libéralisme "modéré", êtes ce que l'on appelle des libéraux "utilitaristes". Vous êtes pour une certaine dose de libéralisme, parce que ça vous parait efficace dans la recherche d'un but politique.

Les "vrais" libéraux se positionnent autrement. Ils sont libéraux parce que c'est la seule attitude morale et juste : reconnaitre à chaque individu la pleine et entière propriété de lui-même, du fruit de son travail. Reconnaitre à chaque être humain sa liberté. Cela implique de rejeter les atteintes à cette liberté, dont l'impôt (une forme de vol tout de même) fait partie. L'Etat est donc toléré pour un libéral, mais pas réellement souhaitable en tant que tel.

à bientôt !

Écrit par : LOmiG | dimanche, 14 décembre 2008

@ LOmiG

En effet, c'est exactement les termes qui conviennent : je suis un libéral utilitariste (c'est souvent le cas au centre-droit). Sur le reste, d'accord avec vous à propos de ce que pensent les libéraux purs de durs...

Écrit par : L'hérétique | dimanche, 14 décembre 2008

@L'Hérétique, Pierre, Pastel

Discussions très intéressantes mais
dans la rubrique "Documentaire" et
non pas "Actualité".

Bien plus que le Libéralisme, ce sont les
TRICHERIES sur le libéralisme qui influent
en ce moment.

Particulièrement en France où la connivence
très forte entre les forces financières et
l'état font que le citoyen moyen n'est pas
l'object principal de l'attention de l'état.

Voilà tout. Il faudrait arrêter ce fait
GROSSIER, qui empire avec le temps, puique
le Pouvoir en profitant se renforce constamment.

Mais une partie de l'opposition est juste
une simulation pour garder ses positions
(M. Aubry et les Garçons,
j'aurais tendance à y mettre aussi
Besancenot qui se pare de manière trés
pratique d'une intransigence idéologique
qui le rend en fait inutilisable mais se
permet une grande indulgence médiatique)

et l'autre partie pour des raisons
diverses ne peut pas s'unir et donc
bien sûr on verra ce que l'on verra
en 2012 où tout le monde rasera gratis !!

En attendant c'est vrai, comme nous ne
sommes pas des héros comme chez Corneille,
discutons cependant sur

le libéralisme tel qu'il devrait être!!

Écrit par : Chui Kalm | dimanche, 14 décembre 2008

@ Chui Kalm

Tout à fait d'accord : le problème n'est pas tant le libéralisme que les tricheries.

Écrit par : L'hérétique | dimanche, 14 décembre 2008

Généralement, les Libéraux sont plus à droite que les Démocrates sur les questions économiques (ils rejoignent plutôt les libéraux de l'UMP) et plus à gauche sur les questions de société (ils rejoignent plutôt les Radicaux).

Je mets donc un sérieux bémol à ton affirmation que le MoDem est un parti libéral. Je pense que pour un Démocrate la valeur privilégiée est plus la fraternité que la liberté.

Quand on défend le dimanche chômé, par exemple, on se place en opposition à la pensée libérale.

Écrit par : KPM | mercredi, 17 décembre 2008

@ KPM

C'est vrai, j'ai peut-être un peu exagéré : en fait, le MoDem est un regroupement de sensibilités. Son libéralisme est de toutes façons très utilitariste et modéré.

Écrit par : L'Hérétique | mercredi, 17 décembre 2008

C'est marrant ... me considérant moi-même un "libéral" je ne me reconnais ni dans l'utilitarisme ni dans les libertariens ...

Sans doute quelqu'un m'expliquera que je ne suis pas libéral ...

Écrit par : Claudio Pirrone | mardi, 23 décembre 2008

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