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mercredi, 09 avril 2008

Paquet fiscal et successions, ce que Tocqueville et Bayrou disent à Sarkozy

Apèrs Schumpeter et Montesquieu, j'ai décidé d'attaquer un autre grand moment de la littérature démocrate, avec De la démocratie en Amérique de Alexis de Tocqueville. En fait, j'ai d'ores et déjà entamé la lecture de l'ouvrage, et c'est le chapitre III du tome I qui a attiré mon attention. Tocqeville y traite du droit successoral, et de son lien qu'il juge intime avec la démocratie. Nicolas Sarkozy a considérablement allégé les droits de succession pour un coût estimé à 2.2 milliards d'euros.

Or, si j'approuve certains aspects de cette loi (allègement de la fiscalité sur les donations, abattement important pour un conjoint suvrvivant ou une personne handicapée)  j'estime qu'il faut toutefois prendre garde quand on on modifie le droit successoral. Alexis de Tocqueville voit un lien très intime entre l'apparition de la démocratie et la modification du droit successoral en Amérique.

Mais ce fut la loi sur les successions qui fit faire à l'égalité son dernier pas.

Je m'étonne que les publicistes anciens et modernes n'aient pas attribué aux lois sur les successions  une plus grande influence dans la marche des affaires humaines. Ces lois appartiennent, il est vrai, à l'ordre civil; mais elles devraient être placées en tête de toutes les institutions politiques, car elles influent incroyablement sur l'état social des peuples, dont les lois politiques ne sont que l'expression. Elles ont de plus une manière sûre et uniforme d'opérer sur la société; elles saisissent en quelque sorte les générations avant leur naissance. Par elles, l'homme est armé d'un pouvoir presque divin sur l'avenir de ses semblables. Le législateur règle une fois la succession des citoyens, et il se repose pendant des siècles: le mouvement donné à son oeuvre, il peut en retirer la main; la machine agit par ses propres forces, et se dirige comme d'elle-même vers un but indiqué d'avance. Constituée d'une certaine manière, elle réunit, elle concentre, elle groupe autour de quelques têtes la propriété, et bientôt après le pouvoir; elle fait jaillir en quelque sorte l'aristocratie du sol. Conduite par d'autres principes, et lancée dans une autre voie, son action est plus rapide encore; elle divise, elle partage, elle dissémine les biens et la puissance; il arrive quelquefois alors qu'on est effrayé de la rapidité de sa, marche; désespérant d'en arrêter le mouve­ment, on cherche du moins à créer devant elle des difficultés et des obstacles; on veut contre­balancer son action par des efforts contraires; soins inutiles! Elle broie, ou fait voler en éclats tout ce qui se rencontre sur son passage, elle s'élève et retombe inces­sam­­ment sur le sol, jusqu'à ce qu'il ne présente plus à la vue qu'une poussière mou­van­te et impalpable, sur laquelle s'asseoit la démocratie.

Charles Amédée de Courson, en son nom et en celui de François Bayrou, pendant la campagne présidentielle, s'était opposé à la suppression des droits de succession. Il avait notamment estimé que la dette était prioritaire, et que si l'on s'y prenait à temps, un certain nombre de dispositions (assurance-vie, par exemple) pouvaient être prises au préalable.

François Bayrou avait lui-même exposé ses vues lors d'un exposé sur la sociale-économie le 23 février 2007 :

Je veux ajouter un mot sur les droits de succession. Je ne suis pas d'accord avec un certain nombre de choses qui ont été dites sur ce sujet. Je pense qu'il faut exonérer de droits de succession les petites successions, mais qu'il faut laisser les droits de succession sur les grosses successions, parce qu'autrement vous accumulez le capital au travers des générations et vous faites des familles de nantis et, à côté, des familles de gens qui n'ont pas cet avantage. Vous créez des distorsions de longue durée dans la société à laquelle vous appartenez et c'est un problème d'équité qui se pose au travers des générations. Le fossé devient infranchissable entre les uns et les autres. Je propose, donc, que l'on exonère complètement les successions en ligne directe jusqu'à deux cent mille euros et que l'on relève l'abattement par part d'enfant en même temps que l'on baptise un vrai encouragement ou un encouragement supplémentaire, étant donné l'allongement de la durée de la vie, à transmettre le patrimoine du vivant des personnes concernées et qu'elles détiennent. 

Il me semble tout de même patent qu'il y a une parenté certaine entre ce qu'il dit et ce que dit Tocqueville, non ? En tout cas, j'abonde dans le sens de Tocqueville pour estimer que cette question est au coeur de la démocratie, et qu'il convient donc que le MoDem y prête une attention toute particulière.

jeudi, 20 mars 2008

Ecole Autrichienne (4) : system failure...

Savez-vous ce qu'est un risque systémique ? C'est un risque susceptible de paralyser tout un système. Cela peut être un système d'exploitation, comme la matrice dans Matrix reloaded, le second épisode de la célèbre série, cela peut aussi être un système financier...

Le risque de crédit, quant à lui, est le risque qu'un emprunteur ne rembourse pas sa dette à échéance fixée. On prête évidemment plus aisément à un interlocuteur réputé solvable qu'à un interlocuteur peu fiable. Credo, en latin, dont le participe parfait est creditus, signifie croire, avoir confiance en...

Il semble bien que cela soit la planète toute entière qui soit en proie au doute, dans le monde la finance. D'affreux soupçons gangrènent les relations des établissements entre eux : comme on ne sait plus quelle nouvelle tête tombera d'un jour sur l'autre, chacun se défie et tente de conserver ses billes pour soi.

Je poursuis ma lecture du livre de Thierry Aimar sur les apports de l'école autrichienne d'autonomie, et j'en suis arrivé au chapitre II. Il est très instructif. Ma dernière note sur l'ouvrage, qui date du 27 décembre dernier, évoque la catallaxie. La catallaxie, c'est simplement l'expression de la coopération sur le marché, et notamment des inter-actions entre stratégies individuelles.

C'est une réponse au problème de l'ignorance. Les Autrichiens (ainsi appellerai-je ce courant de pensée économique) distinguent avec soin information et connaissance. Le marché, c'est l'expression en acte de mla somme de toutes les informations. Mais cette somme, aucun acteur considéré individuellement ne peut la connaître, si bien que toute fixation de prix est toujours le fruit d'une ignorance plus ou moins prégnante. 

Un marché est donc toujours en déséquilibre, parce que l'ignorance n'est jamais totalement épuisée. Conséquence, le marché ne produit que des prix de déséquilibres.

Kizner écrit dans Perception, opportunités et profit : «les problèmes économiques véritables de toute société proviennent  du phénomène d'opportunoités non perçues. La manière dont une société de marché traite ce phénomène ne peut pas être comprise à l'intérieur d'une théorie d'équilibre du marché ».

Exit la loi de l'offre et de la demande. Cela ne marche pas. En revanche, je reviens à mon sujet premier : il est de la nature du système financier international de générer des déséqulibres, par le fait de l'ignorance des acteurs économiques.

De mon point de vue, cette ignorance fait donc peser un risque systémique sur la finance internationale. Petite remarque au passage, le concept d'ignorance va nécessairement amener celui de l'erreur.

Le Marché est donc le fruit de nombreuses erreurs, et, on peut le considérer comme un processus et non une situation. Une connaissance qui se révèle dans une période de temps insuffisante ou erronée donne lieu à des changements des actions dans la période suivante.

CQFD.

On va me dire que ma métaphore est mal pensée, mais considérons maintenant le film Matrix : sur quoi repose l'ordonnancement de la Matrice ? Sur l'ignorance de tous ses acteurs. Il est vrai qu'il y a une différence, en ce qu'il n'y a pas une intelligence collective qui régit le marché, mais, dès lors qu'un maillon accède non à une connaissance partielle, mais à toute la connaissance, la matrice se détériore progressivement.

Est-ce que ma comparaison est pertinente ? Je ne le sais pas. Mais, je constate simplement que c'est la connaissance qui génère de violentes corrections sur le marché actuel, sans doute parce qu'il y a eu de nombreuses erreurs au sens autrichien du terme.

Je conserve toutefois présent à l'esprit, que si l'ignorance est à la base du marché, et les "coups", la capacité à s'emparer d'opportunités, corollairement, et là, je quitte peut-être les Autrichiens, l'accroissement de la connaissance a vocation à disloquer fatalement le marché, en brisant le processus, puisque le marché est la conséquence de l'ignorance.

A discuter, je ids peut-être une gigantesque ânerie. 

lundi, 17 mars 2008

Dossier Aristote du magazine littéraire

Tiens, pour changer un peu de l'atmosphère des municipales, je donne mon avis sur le dossier du magazine littéraire de février 2008 : il porte sur Aristote, et j'avoue, qu'après sa lecture, je suis assez déçu. Il se trouve qu'Aristote n'est pas un philosophe toujours aisé d'accès et que certains aspects de sa pensée nécessitent des éclairages importants.

Il y avait pourtant une introduction intéressante, de Michel Crubelier, professeur de philosophie ancienne à l'Université de Lille, Si j'entends à peu près clairement le travail de définition donné sur la θεωρία (théoria, contemplation) qui est l'objet de la science pure, et la distinction avec les sciences productrices médecine, technologies diverses) ou encore les sciences pratiques (éthique et politique) toute la partie  politique m'a laissé vraiment sur ma faim.

et zut, je ne vais pas pouvoir vous dire ce que je pense du reste, parce que mon plus petit a fait pipi par mégarde sur le reste du dossier, et il est donc devenu illisible... :-(

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dimanche, 09 mars 2008

Le Juge arbitre, l'Hospitalier et le Solitaire

Et cette dernière fable de La fontaine, qui, si je ne me trompe pas, est son testament spirituel puisque c'est la dernière qu'il a écrite alors qu'il était lucide mais  très gravement malade.

Trois saints, également jaloux  de leur salut,
Portés d'un même esprit, tendaient à même but.
Ils s'y prirent tous trois par des routes diverses :
Tous chemins vont à Rome ; ainsi nos Concurrents
Crurent pouvoir choisir des sentiers différents.
L'un, touché des soucis, des longueurs, des traverses
Qu'en apanage on voit aux procès attachés,
S'offrit de les juger sans récompense aucune,
Peu soigneux d'établir ici-bas sa fortune. 

Depuis qu'il est des lois, l'Homme, pour ses péchés,
Se condamne à plaider la moitié de sa vie.
La moitié ? les trois quarts, et bien souvent le tout.
Le conciliateur crut qu'il viendrait à bout
De guérir cette folle et détestable envie.
Le second de nos Saints choisit les hôpitaux.
Je le loue ; et le soin de soulager ces maux
Est une charité que je préfère aux autres.
Les malades d'alors, étant tels que les nôtres,
Donnaient de l'exercice  au pauvre Hospitalier,
Chagrins, impatients, et se plaignant sans cesse :
Il a pour tels et tels un soin particulier ;
               Ce sont ses amis ; il nous laisse.
Ces plaintes n'étaient rien au prix de l'embarras
Où se trouva réduit l'Appointeur de débats : 
Aucun n'était content ; la sentence arbitrale
               A nul des deux ne convenait :
               Jamais le Juge ne tenait
               A leur gré la balance égale.
De semblables discours rebutaient l'Appointeur :
Il court aux hôpitaux, va voir leur Directeur :
Tous deux ne recueillant que plainte et que murmure,
Affligés, et contraints de quitter ces emplois,
Vont confier leur peine au silence des bois.
Là, sous d'âpres rochers, près d'une source pure,
Lieu respecté des vents, ignoré du soleil,
Ils trouvent l'autre Saint, lui demandent conseil.
Il faut, dit leur ami, le prendre de soi-même.
               Qui mieux que vous sait vos besoins ?
Apprendre à se connaître est le premier des soins
Qu'impose à tous mortels la Majesté suprême.
Vous êtes-vous connus dans le monde habité ?
L'on le peut qu'aux lieux pleins de tranquillité :
Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême.
              Troublez l'eau : vous y voyez-vous ?
Agitez celle-ci. Comment nous verrions-nous ?
               La vase est un épais nuage
Qu'aux effets du cristal (8) nous venons d'opposer.
Mes frères, dit le Saint, laissez-la reposer,
               Vous verrez alors votre image.
Pour vous mieux contempler demeurez au désert.
               Ainsi parla le solitaire.
Il fut cru, l'on suivit ce conseil salutaire.
Ce n'est pas qu'un emploi ne doive être souffert.
Puisqu'on plaide, et qu'on meurt, et qu'on devient malade,
Il faut des médecins, il faut des avocats.
Ces secours, grâce à Dieu, ne nous manqueront pas :
Les honneurs et le gain, tout me le persuade.
Cependant on s'oublie en ces communs besoins.
Ô vous, dont le public emporte tous les soins,
               Magistrats, princes et ministres,
Vous que doivent troubler mille accidents sinistres,
Que le malheur abat, que le bonheur corrompt,
Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne.
Si quelque bon moment à ces pensers vous donne,
               Quelque flatteur vous interrompt.
Cette leçon sera la fin de ces ouvrages :
Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir !
Je la présente aux Rois, je la propose aux Sages :
               Par où saurais-je mieux finir ?

17:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : la fontaine, fable |  Facebook | | |

Le combat des rats et des belettes

J'ai bien aimé la fable de La fontaine qui suit, et je vous laisse en tirer les conclusions et réflexions que vous voulez, en ce beau jour de municipales :-)

 

LE COMBAT DES RATS ET DES BELETTES 

La nation des belettes,
Non plus que celle des chats,
Ne veut aucun bien aux rats ;
Et sans les portes étrètes
De leurs habitations,
L'animal à longue échine
En ferait, je m'imagine,
De grandes destructions.
Or une certaine année
Qu'il en était à foison,
Leur roi, nommé Ratapon,
Mit en campagne une armée.
Les belettes, de leur part,
Déployèrent l'étendard.

Si l'on croit la renommée,
La victoire balança:
Plus d'un guéret (1) s'engraissa
Du sang de plus d'une bande.
Mais la perte la plus grande
Tomba presque en tous endroits
Sur le peuple souriquois.
Sa déroute fut entière,
Quoi que pût faire Artapax,
Psicarpax, Méridarpax,
Qui, tout couverts de poussière,
Soutinrent assez longtemps
Les efforts des combattants.
Leur résistance fut vaine ;
Il fallut céder au sort :
Chacun s'enfuit au plus fort,
Tant soldat que capitaine.
Les princes périrent tous.
La racaille, dans des trous
Trouvant sa retraite prête,
Se sauva sans grand travail ;
Mais les seigneurs sur leur tête
Ayant chacun un plumail (3),
Des cornes ou des aigrettes,
Soit comme marques d'honneur,
Soit afin que les belettes
En conçussent plus de peur,
Cela causa leur malheur.
Trou, ni fente, ni crevasse
Ne fut large assez pour eux ;
Au lieu que la populace
Entrait dans les moindres creux.
La principale jonchée
Fut donc des principaux rats.

Une tête empanachée
N'est pas petit embarras.

Le trop superbe équipage
Peut souvent en un passage
Causer du retardement.
Les petits, en toute affaire,
Esquivent fort aisément:
Les grands ne le peuvent faire
.

Ah, un petit détail, La fontaine s'est largement inspiré...d'Homère pour écrire cette sympathique petite fable : la Batrachomyomachie .

vendredi, 29 février 2008

Capitalisme,Socialisme et Démocratie (11) : que reste-t-il de la démocratie

Le dernier chapitre de Capitalisme,Socialisme et démocratie aborde la nature même de la démocratie elle-même. Et vu ce que je lis sur la démocratie (directe ou non) sur la blogosphère (tout aprticulièrement MoDem), je vais me faire un plaisir de citer ici-même la manière dont Schumpeter met complètement en pièces la doctrine classique de la démocratie. Dans un billet suivant,on rigolera bien avec la volonté du peuple...

 
Elle consiste donc à soutenir qu'il existe un « bien commun », faisceau de lumière projeté sur les problèmes politiques, qu'il est toujours facile de distinguer et que l'on peut faire percevoir à toute personne normale en recourant à des arguments ration­nels. On ne peut donc trouver aucune excuse pour quiconque ne distingue pas le bien commun, ni même aucune explication pour l'existence de tels aveugles, sinon, à part l'ignorance (à laquelle il peut être remédié), la stupidité ou quelque intérêt antisocial. En outre, ce bien commun implique des réponses précises à toutes les questions spé­cifiques, si bien que chaque fait social et chaque mesure prise ou à prendre peuvent être classés sans équivoque comme « bons ou mauvais »

Le fameux "bien commun"...Vous allez voir ce qu'il en fait du bien commun, Schumpeter... 


En premier heu, il n'existe aucune entité consistant dans un bien commun unique­ment déterminé sur lequel tous les hommes puissent tomber d'accord ou puissent être mis d'accord par la force convaincante d'arguments rationnels. L'absence d'une telle unité de vues ne tient pas primordialement au fait que certaines personnes peuvent désirer autre chose que le bien commun, mais au fait beaucoup plus fondamental que le bien commun doit nécessairement signifier des choses différentes pour des indivi­dus et groupes différents.

En second lieu, même si un lieu commun suffisamment précis - tel que le maxi­mum utilitariste de satisfaction économique se révélait comme acceptable pour tous, il ne s'ensuivrait aucunement que des réponses également précises pour­raient être données aux problèmes spécifiques à résoudre. Les divergences d'opinions en pareilles matières pourraient être suffisamment sérieuses pour entraîner la plupart des conséquences inhérentes à un désaccord « fondamental » sur les fins elles-mêmes.

Mais, en troisième lieu et en conséquence des deux propositions précédentes, la conception particulière, adoptée par les utilitaristes, de la volonté du peuple ou volonté générale s'évanouit en fumée. En effet, cette conception présuppose l'existen­ce d'un bien commun, uniquement déterminé et discernable par tous. A la différence des romantiques, les utilitaristes n'avaient aucune prescience de cette entité semi-mystique douée d'une volonté propre, de cette « âme du peuple » dont l'école histori­que de jurisprudence a fait si grand état. Ils faisaient ingénument dériver leur « volon­té du peuple » des volontés individuelles. Or, à moins qu'il n'existe un centre - le bien commun vers lequel gravitent, tout au moins à long terme, toutes les volontés indi­viduelles -, ce type particulier de volonté générale « naturelle » ne saurait se réali­ser. Le centre de gravité utilitariste, d'une part, unifie les volontés individuelles, tend à les fondre, sous l'influence de discussions rationnelles, en une volonté du peuple, et, d'autre part, confère à cette dernière, en exclusivité, la dignité éthique proclamée par le credo démocratique classique. Ce credo ne consiste pas simplement à idolâtrer la volonté du peuple en tant que telle, mais il est fondé sur certaines hypothèses relatives à l'objet « naturel », sanctionné par la raison utilitaire, de cette volonté. Or, aussitôt que la notion de bien commun se dérobe, la réalité et la dignité de ce type de volonté générale disparaissent du même coup. Et les deux piliers de la doctrine classique tombent inévitablement en poussière.

Ce dernier chapitre m'intéresse particulièrement, parce que la méthode de Schumpeter, c'est de volontairement accumuler les obstacles et d'anéantir les idées reçues (qui ont encore cours aujourd'hui !!!) afin de proposer une forme alternative imparfaite, sans doute, mais possible de la démocratie.

Au chapitre des mythes, j'aborderai ce qu'il dit de la volonté du peuple dans un prochain billet, et cela sera saignant. J'exprimerai également une réserve sur l'utilitarisme que condamne Schumpeter. Il me semble qu'une société marchande se constitue parce que chacun pense pouvoir trouver un avantage personnel par combinaison avec l'avantage personnel d'autrui ; tout du moins, c'est ainsi que Mises, par exemple, de l'école autrichienne, avec son modèle praxéologique, s'imagine que se forme le marché. Je ne dis pas que le marché est un bien commun au sens moral du terme, mais un bien commun au sens du bien que tous possèdent, oui, d'une certaine manière, certainement. Donc, ce bien commun, finalement, il pourrait bien prendre la place du bien commun moral de la doctrine classique. Et j'ajoute que Montesquieu, dans l'Esprit des lois, voit d'un bon oeil le commerce pour tout ce qu'il apporte en termes de paix et d'échanges. Cette position, que j'ai nourrie de mes lectures est à discuter, mais, je la dis ici aussi pour dire que je n'adhère pas forcément à 100% aux affirmations de Schumpeter. Ce que j'apprécie, c'est sa manière de ridiculiser le romantisme benêt et naïf qui aboutit aux pires dévoiements, et l'assurance tranquille du capitaliste convaincu.

mercredi, 27 février 2008

Féminin au singulier - Nicolas Sarkozy

b75027b14de5343188d897f63ea66d40.jpgParmi les moments forts qui m'ont marqué, à la lecture du livre de Marielle de Sarnez, il y a un portrait édifiant de Nicolas Sarkozy, à la page 55.  Marielle de Sarnez évoque les conventions RPR-UDf du début des années 90, à l'occasion desquelles elle a été amenée à le rencontrer plusieurs fois.

« Il arrivait dans les bureaux, les bras chargés de dizaines de parapheurs qu'il signait, un à un, sans même jeter unregard au contenu des lettres. Assez speedé. Ne tenant jamais en place. Il pouvait être très sympathique. Mais jamais trop longtemps. Comme s'il redoutait de se laisser aller. Ou de perdre le contrôle. Il lui arrivait aussi de s'énerver. En particulier sur ses collaborateurs les plus proches. Qui résistaient avec une impavidité qui faisait mon admiration.»

Voilà, je crois que c'est du Sarko condensé, et pourtant, cela date du début des années 90...Marielle raconte quelques lignes plus loin un authentique accrochage entre elle et lui : agacé pour une raison qu'elle ne précise pas, il monte le ton et s'adresse à elle avec conddescendance (un truc à ne pas faire avec Marielle....). Elle lui réplique net «de ne pas lui parler sur ce ton ».

Eh bien après cet éclat, il n'y a plus jamais eu de problèmes entre eux...

Le drame, c'est que Sarko, en soi, ce n'est pas un individu antipathique. Il a en effet des côtés sympas, et j'ai lu un témoignage sur un tout autre sujet que politique où quelqu'un le décrit comme un ami qui ne vous lâche pas dans les moments durs. Mais, dans le domaine politique : cela n'en reste pas moins un agité du bocal, une girouette changeante au gré de ses humeurs, et quand il l'anticipe, du vent des sondages, et que ce n'est pas ainsi que l'on gouverne un pays. 

mercredi, 20 février 2008

Chroniques du règne de Nicolas 1er

S'il y a bien un livre à lire si l'on veut passer un bon moment, c'est bien celui de Patrick Rambaud : une fresque hilarante, oscillant entre deux humours féroces que sont ceux de Volaire et de la Bruyère dans ses Caractères.

Le livre commence par la description de Nicolas 1er, et notamment tous ses tics nerveux. Il me semble bien avoir lu dans les Caractères quelque chose d'assez semblable sur un agité de service.

Il y a des moments forts :-D 

Par exemple sur le Chevalier de Guaino :

«Les aventures de Tintin nourrissaient pour une large part la culture politique du chevalier de Guaino [...] Le jour ou Sa Majesté choisit de visiter ses homologues africains, [...] le chevalier rouvrit sans hésiter Tintin au Congo, une belle édition de 1930 qu'il ne voyait pas un instant démodée.[...] Il apprit pour ce premier voyage quelques phrases qui lui permettraient d'être mieux compris par cette population dont il voulait soulever l'enthousiasme : "Li missié blanc très malin" ou "Missié blanc, toi y en as sauver nous...[...]» 

Il y a un passage excellent, où l'auteur s'intéresse à l'éytomologie du nom Besson. Si pour lui une première branche est censée venir de la forêt de Sherwood, et dériverait de Best (le meilleur en anglais) voilà ce qu'il dit de la branche à laquelle appartient Eric Besson :

«Une autre branche venait directement de Ganelon qui vendit aux Basques l'arrière garde de Charlemagne [...] Quel rapport avec Besson, me direz-vous ? Le nom de ce traître se modifia au cours des âges à cause de sa traîtrise : Gane devint Biasse car l'homme s'était rabaissé en vendant les siens, et ce Baisse, à l'écrit, se simplifia en Bess [...]

Et quant à l'érudition de Nicolas Sarkozy, voici un morceau d'anthologie...

« Sa Majesté pensait que les Iraniens étaient des Arabes comme les autres. Personne n'osa relever. Eh bien ? Sa Majesté entendait remplacer la sotte érudition par la vitesse de ses propos. "Je ne suis pas un intellectuel", aimait répéter Notre Maître Affirmé pour qui une cervelle encombré ne valait pas tripette» 

Et tout est du même tonneau tout au long du récit : je n'ai pas pu manger pendant plusieurs heures, tant j'avais l'estomac encore tout tordu d'avoir bien rigolé, après l'avoir lu.

lundi, 18 février 2008

Féminin au singulier - l'Amitié

0e94f7c02832e242e3e02c418ab5cf38.jpgJ'ai lu le journal de Marielle de Sarnez, Féminin au singulier. J'ai beaucoup aimé.Comme il est très riche de réflexions, je le commenterai en plusieurs billets.

Et je voudrais commencer par les réflexions que sa première note m'a inspirées.

Marielle y parle non de l'amitié en politique, mais de l'amitié ET de la politique. Et c'est l'incompréhension qui domine dans un premier temps. Non l'incoompréhension politique, mais l'incompréhension humaine.

Songeant aux députés UDF ralliés à Nicolas Sarkozy, Marielle de Sarnez se souvient que ce sont des personnes avec qui elle a échangé des coups de fil tous les jours ; avec qui elle a passé des vacances en Grèce ou ailleurs. Qui ont refusé des postes ministériels avec elle.

Et du jour au lendemain, plus rien. On ne lui adresse plus la parole. Plus un appel téléphonique, mais des regards gênés de temps à autre et du silence. 

Je me suis souvenu alors de l'ampleur de ma déception aux mois de mai et juin. Moi aussi, je les aimais bien ces députés, et j'avais confiance en eux. Alors j'imagine ce que peut être la désillusion de quelqu'un qui les considéra comme des amis sincères si longtemps.

Et pourtant, Marielle ne leur en veut pas... 

En lisant ces lignes, j'ai repensé avec mélancolie aux traités de Cicéron et de Sénèque qui ont en commun de parler de l'Amitié.

De amicitia, comme on écrit le titre en latin. De l'amitié. Car il y a matière à disserter longuement sur l'amitié. On aurait du écrire un traité qui se serait appelé "Des amitiés  brisées"...

lundi, 11 février 2008

De Lamartine au MoDem

Non, ce n'est pas pour si peu que nous avons donné au monde européen, politique, social, religeux, une secousse, telle qu'il n'ya pas un empire qui n'ait croulé ou tremblé pas une fibre humaine dans tout l'univers qui n'y ait participé par le bien, par la joie, par la terreur ou par le fanatisme.

[...] 

 Il y a un grand mot, un grand et beau cri qui sortit un jour d'une assemblée nationale de notre pays, à l'une de ces crises où l'âme d'un peuple paraît s'élever tout entier au-dessus d'elle-même, et semble, pour ainsi dire, s'échapper par une seule voix ; c'est le cri que vous connaissez tous : Périssent nos mémoires pourvu que nos idées triomphent ! Ce cri sera le mot d'ordre de mavie politique.

J'aime bien...c'est ainsi que Lamartine commença un discours de rupture avec le régime monarchique en place en 1843...Cela me plaît bien, et j'imagine bien la genèse du MoDem ainsi... Je trouve une proximité certaine entre Bayrou et Lamartine, d'ailleurs...

13:25 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Lamartine, Bayrou, MoDem, 1843 |  Facebook | | |