Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 05 mars 2009

faismesdevoirs.com, quel coup de génie !

J'avoue que je suis bluffé par l'astuce des créateurs de faismesdevoirs.com ! Un vrai coup de génie ! Quelques mots sur la page d'accueil résument exactement l'objet du site : «tu n'y arrives pas, nous sommes là» et «En mars 2009 sur vos écrans». Comme au cinéma ! le "nous" , pluriel et multiple, suggère le nombre et la puissance face au "tu" petit, singulier et isolé de l'élève en péril. Le "nous sommes là" pose une présence rassurante. Nous sommes là, c'est le verbe d'état, la pérennité. Nous sommes là, mon gars et bien là, et nous veillons au grain. Tu peux avoir confiance en nous. Si jamais t'es dans la m... , nous, nous sommes là. Et puis très fort, après, la seconde allusion. Sur vos écrans : cool, mon gars, tu peux regarder un DVD ou aller au cinéma, on fait tes devoirs à ta place.

L'accroche n'a rien à envier aux procédés cinématographiques et aux techniques publicitaires les plus éprouvés. L'hameçon est bon. Le site devrait parvenir à pêcher en eau profonde aisément, d'autant que la presse, la FCPE et le Ministre lui ont grâcieusement assuré une pub de première qualité. Sans payer un kopeck, demain, le site sera connu dans presque toute la France.

Non, un coup de génie, je suis bluffé. C'est bien pour cela que je l'ai classé dans la rubrique "économie" et pas "éducation" de mon blog. Je me suis un peu renseigné sur Stéphane Boukris, le créateur du site : sorti d'une des plus prestigieuses écoles de commerce de France et d'Europe, l'ESSEC, en voilà un qui a de la suite dans les idées ! Il a créé une société qui répond au doux nom de staaf et dont  le but est de procurer des services à la personne à domicile. Pour le coup de l'écran, je comprends, maintenant, puisqu'Allociné est l'un de ses trois sites préférés.

Sur l'aspect éducatif, je n'ai pas d'avis tranché. D'une certaine manière, cela va accroître une certaine forme de sélection naturelle : ceux qui useront et abuseront de ce site s'en trouveront d'autant moins exercés en classe. Mais, d'une certaine manière, cela peut aussi aider certains élèves qui sont facilement anxieux en leur suggérant des modèles. Bon, évidemment, il y a un hic, c'est payant...

Stéphane Boukris se vante de ce que ses professeurs ne se contenteront pas de faire les devoirs proposés mais proposeront des annotations avec explications. Il me semble qu'il y aurait une véritable valeur ajoutée si :

- chaque exercice fait donnait lieu à une proposition d'exercices supplémentaires de même nature à faire par l'élève, cette fois.

- le site assurait un accompagnement via l'enseignant virtuel.

En fait, ce qu'il faudrait à Stéphane Boukris et à son site, c'est ne pas en rester là, mais carrément proposer un caoching personnalisé à chaque élève sur le long terme. Ça, ça pourrait être intéressant ; d'ailleurs, s'il lit mon article, qu'il n'hésite pas à me contacter pour que je lui développer mon idée au fait :-) ; ça pourrait "compléter" efficacement les CIO et les recommandations des Conseillers d'Orientation-Psychologues de l'Éducation Nationale. C'est d'ailleurs ce qui manque à bien des gamins et des gamines, par les temps qui courent : un véritable suivi, effectué par des professionnels.

Ce qui serait juste, c'est de donner à l'Éducation Nationale les moyens de proposer un service de même nature, afin de favoriser via  une concurrence libre et non faussée, une saine émulation. Pour ce que je connais du professorat, il me semble que l'EN dispose du potentiel nécessaire en son sein, mais elle ne l'exploite pas et ne considère pas les innovations de ses enseignants les plus performants. Au contraire, ils suscitent souvent méfiance et jalousie pas tant chez leurs pairs qu'au sein de leurs hiérarchies.

 

jeudi, 12 février 2009

Enseignants-chercheurs : ils gagnent si peu ?!!!

Je ne sais pas d'où le Figaro tient ses chiffres, mais ce n'est pas possible : il doit s'être trompé. Si les chiffres sont bons, c'est que la situation pour la recherche en France est encore bien plus misérable que je ne le pensais.

D'après le Figaro, un maître de conférences gagnerait 1700 euros net en début de carrière et finirait à 3100 euros net. Marie-Estelle Pech, la journaliste du Figaro précise dans son article qu'une part non-négligeable des enseignants-chercheurs complètent leur revenu par des activités privées. A considérer leur salaire, je commence à comprendre pourquoi !!!

Ils sont marrants, au Figaro : ils titrent "un quart des enseignants chercheurs ne publient pas". Moi, à la lecture de l'article, j'aurais plutôt écrit : "un maître de conférences en université gagne à peine plus que le SMIG à ses débuts".

Alors non seulement ils sont payés au lance-pierre, mais en plus, Valérie Pécresse veut les soumettre au pouvoir discrétionnaire d'un mandarin dont la carrière ne doit qu'à ses appuis politiques, et, le cas échéant, sa capacité à cirer les bonnes pompes au bon moment.

Car dans son projet, il en s'agit ni plus ni moins  que de concentrer tous les pouvoirs entre les mains du Président de l'Université.

Il y a plus d'un an déjà, en fait en juillet 2007, François Bayrou avait très largement mis en garde les Français (et les Universitaires) contre le danger d'un projet politique qui amenait à une concentration sans précédent des pouvoirs du Président. La concentration des pouvoirs, c'est décidément une manie dans la France de Nicolas Sarkozy...

Comme le dit Florent, ça sent le roussi pour Valérie Pécresse...

 

 

jeudi, 22 janvier 2009

Seuls Bayrou et le MoDem se préoccupent des enseignants

Je viens de lire avec intérêt un entretien du Monde avec Claude Lelièvre, un historien de l'éducation, analysant le nauffrage des réformes actuelles.

Le divorce entre la droite au pouvoir et les enseignants est persistant depuis 2003. Les deux mondes sont-ils irréconciliables ?

Après le rejet de Claude Allègre (ministre de l'éducation nationale de Lionel Jospin entre 1997 et 2000), de nombreux observateurs, notamment de droite, avaient considéré que celle-ci avait un boulevard devant elle pour séduire les enseignants. Mais Luc Ferry (ministre de l'éducation nationale de Jean-Pierre Raffarin entre 2002 et 2004) a gâché cette chance. Et les lobbies de droite, en réalité, sont davantage entendus d'une partie de l'opinion que des enseignants. Si la confiance des enseignants dans la gauche classique est ébranlée, la droite n'arrive pas à en tirer bénéfice, tout simplement parce qu'elle ne comprend pas le monde enseignant.

Je rejoins cet historien, mais je souhaite aller plus loin : en réalité, PS et UMP méprisent avec une égale intensité les enseignants. Les premiers les considèrent comme conservateurs et archaïques et les seconds comme des privilégiés inféodés à la gauche. L'UMP a réussi l'exploit de se mettre à dos le seul syndicat de droite, le SNALC. C'est dire à quel point la droite a brûlé absolument toutes ses cartes. Quant au PS, les syndicats de gauche ne parviennent plus à jouer leur rôle de courroie de transmission habituel entre ce parti et le monde enseignant. Massivement inflitrés dans l'appareil étatique de l'Éducation Nationale (particulièrement le SGEN) ils se sont essentiellement appliqués à ne pas relayer les revendications des enseignants mais au contraire à les déformer et à les instrumentaliser afin de valoriser leurs obsessions pédagogisantes.

In fine, le seul homme politique d'envergure qui a toujours pris avec force la défense de enseignants, c'est François Bayrou. Le seul à en avoir fait sa priorité numéro 1 dans son programme présidentiel. Le premier à avoir réagi aux propos inacceptables de Ségolène Royal sur les 35 heures des enseignants pendant la campagne présidentielle. Le PS et l'UMP marchent droit dès qu'il s'agit d'éducation. Pas une seule contestation dans les rangs quand il s'agit de casser du prof sauf si c'est le camp d'en face qui le fait. Les Jospin and co n'ont jamais désavoué d'une quelconque manière les inepties et les éructations de Claude Allègre. Jack Lang a représenté le règne de la technostructure, des experts en "sciences de l'éducation", des "pédagogues" auto-proclamés et consorts. Luc Ferry a incarné la quintessence de la nullité et de l'évanescence, plus pressé d'aller faire le beau chez Michel Drucker que de diriger sérieusement son ministère, au point d'agacer fortement Jacques Chirac. François Fillon est le seul à avoir cherché à confisquer la main à la technostructure, mais en vain, et, sur le fond, libéral convaincu, il n'en a pas moins essayé de casser le dernier vestige organisé de l'instruction publique, le baccalauréat. Quant à Xavier Darcos, il est bien trop préoccupé avant toutes choses de sa carrière politique pour être un bon ministre. Je passe sur de Robien en raison de son inconsistance.

Les ennemis de François Bayrou cherchent souvent à lui nuire en lui rétorquant qu'il n'a rien fait comme ministre. C'est bien sûr faux puisqu'il a créé le bac actuel. Il y a une mauvaise foi évidente de ces adversaires politiques qui ne supportent tout simplement pas le fait que François Bayrou ait su diriger en son temps ce ministère sans se mettre tous ses acteurs à dos.

Les commissions du MoDem planchent depuis quelques temps sur les questions éducatives. Au sein des forces politiques, ce sont les seules qui ont érigé en méthode de travail la concertation avec le monde éducatif. Ce sont également les seules à considérer sans démagogie aucune ni promesses inconsidérées, l'éducation et l'école comme la priorité des priorités, particulièrement d'un point de vue budgétaire. Les seules également à faire de l'instruction publique et de la garantie de l'offre disciplinaire en tous lieux une condition sine qua non de tout projet sur l'école.

Dans la parole donnée, l'ouvrage de Jean Lassalle, député MoDem, on lit avec émotion son regret du temps où jusque dans le petit collège de village on enseignait le grec et le latin. Jean Lassalle n'est pas passéiste. En revanche, je le crois profondément soucieux de l'égalité républicaine, et notamment de l'accès à tous des voies d'excellence. A cet égard, le grec et le latin représentent les symboles d'un monde qui se désagrège. Ce n'est pas pour rien que François Bayrou ne manque jamais d'en prendre la défense.

mardi, 20 janvier 2009

Enseignante agressée : et les autres coupables ?

Il y a quelque chose qui me frappe dans l'histoire tragique de Karen Montet-Toutain, c'est l'impunité absolue dont ont bénéficité nombre d'élèves de cette enseignante. Son mari l'a dit à plusieurs reprises : elle était stressée par les menaces d'agression sexuelle de la part de ses élèves. L'enquête n'a pas été menée à son terme. L'Éducation Nationale, comme d'habitude, a eu peur du scandale. Lâchement et minablement Kévani Wansale ment et essaie de faire croire que son geste n'était pas prémédité. En première instance, il a été condamné à 13 ans de prison. Il a fait appel. J'espère que sa peine sera aggravée. Karen Montet-Toutain a reçu 15 000 euros de l'Éducation Nationale. Ce n'est pas suffisant : il fallait blâmer et muter le chef de son établissement pour sa pusillanimité et condamner l'Inspection pour sa surdité.

Mais surtout, les ordures de petits salopards qui la menaçaient et qui se sont empressés de la boucler quand ils ont vu la tournure que prenaient les choses, il aurait fallu les condamner solidairement à quelques mois de prison et à des amendes lourdes. Tous au gnouf afin d'y méditer sur la condition des enseignantes et des femmes en général. L'ouverture d'un casier judiciaire pour chacun d'entre eux eût été le minimum.

Bref, pour moi, je considère que dans cette histoire, justice n'a toujours pas et ne sera probablement jamais rendue.

mardi, 04 mars 2008

De Note2be à L'évaluation des enseignants

Note2be s'est finalement vu condamné par la justice, ce qui est une bonne chose. Barrejadis, réagissant à ma note d'hier, tout en approuvant la condamnation de ce site, déplore le risque de voir la question de l'évaluation des enseignants enterrée, suggestion que l'on retrouvait dans les propositions d'Attali.

J'ai lu avec attention son billet, et je le trouve intéressant. Deux observations, toutefois : ce qu'il évoque, ce sont des étudiants du supérieur, et non des collégiens. En terme de développement cognitif, de capacité de prospection et d'abstraction et de motivation, il n'y a aucune commune mesure entre ces deux types d'étudiants. 

Je trouve son idée d'évaluation à 360° où tous sont partie prenante très intéressante. Je rappelle cependant qu'une évaluation des enseignants existe de longue date : il s'agit de l'Inspection Pédagogique. Sa compétence est reconnue, et, l'Inspecteur, qui passe d'établissements en établissements, dispose d'un recul supplémentaire. Bien sûr, en son sein, il existe quelques dérives (carriérisme, monomanie, obsessions didactiques comme les fameuses séquences ou encore la méthode globale), mais en règle générale, les Inspecteurs sont compétents et perspicaces. La principale difficulté vient de ce qu'ils ne passent pas assez souvent, et cela parce qu'ils sont progressivement assomés à coup de tâches administratives qui ne devraient pas relever de leur fonction. 

Pour répondre à AriesFr qui est également intervenu sur mon article d'hier, je répliquerai simplement la chose suivante : qui évalue ? être évalué par un adulte habilité à le faire et par un collégien ce n'est pas pareil. Il cite son exemple, mais je suis certain que ce ne sont pas des adolescents de 14 ans qui le "notent". Cela fait une différence de taille, et son propos, l'air de rien, a finalement glissé. En outre, son évaluation n'est pas publique, et encore heureux : qu'il imagine que ses amis, son banquier, ses co-équipiers dans le domaine sportif, son agent immobilier puisse prendre connaissance de ce que pensent ses supérieurs hiérarchique de sa compétence, qu'en penserait-il ? Je ne le suppose pas d'assez mauvaise foi pour me répondre qu'il est d'accord avec une telle pratique. Alors, évidemment, une telle chose le gênerait, mais, pour des enseignants, cela ne le dérange pas. Deux poids, deux mesures ? 

En revanche qu'un enseignant puisse disposer d'une grille s'appréciation sur ce que pensent des étudiants ou des élèves de son enseignement (et non de lui), cela peut être intéressant, à condition qu'elle garantisse la confidentialité et l'anonymat au sein de la classe elle-même. Cela pourrait aider l'enseignant à s'améliorer, à l'évidence, sans pour autant rentrer dans une logique de confrontation. 

J'ajoute qu'évaluer un enseignant c'est difficile, en raison des critères qu'il faut appliquer : comment savoir quel est l'impact d'un enseignement sur un élève ? Souvent, il se mesure bien des années après, et les élèves eux-mêmes sont amenés à varier leur réponse sur la question. Quand on travaille sur de l'humain, tout devient bien plus incertain et glissant. C'est en ce sens que je dénonce l'irréflexion, et souvent la malhonnêteté intellectuelle de ceux qui proposent des solutions toutes faites et simplistes à ce problème. 

Cela ne doit en revanche naturellement pas entraver une réflexion de fond sur la question. 

lundi, 20 août 2007

Grand Corps Malade Enseignant

J'ai trouvé cet extrait de théâtre remanié, inspiré de Molière sur une liste de professeur lettres. Comme j'ai décidé de prendre quelques vacances, je ne pourrai réagir aux commentaires, mais je programme tout de même la publication de ce pastiche qui m'a franchement bien fait rigoler...

 

 

Grand Corps Malade Enseignant

 

Le Médecin – Monsieur, je suis un médecin qui demande à vous voir.

Le Malade – Quel médecin ?

Le Médecin – Un médecin de la médecine.

Le Malade – De la vraie médecine des vrais médecins ?

Le Médecin – Assurément.

Le Malade –Approchez. Un malade est toujours bien aise de rencontrer des médecins.

Le Médecin – Monsieur, agréez que je vienne vous rendre visite et vous offrir mes petits services pour toutes les maladies que vous pouvez avoir. Votre réputation de Grand Corps Malade Enseignant est venue jusqu’à moi, et a aiguisé ma curiosité. Car « enseignant », cela peut s’écrire en un mot,  « enseignant » (il trace dans l’air un trait continu),  ou en deux mots : « en saignant » (il prononce les deux mots distinctement et trace dans l’air deux traits discontinus)

Le Malade – Je suis fort honoré de cet intérêt.

Le Médecin – C’est que, Monsieur, je suis à la recherche de malades dignes de m’occuper, qui présentent de fréquents accès de dépression ou d’exaspération, de bonnes fièvres avec inflammation des méninges, de splendides transports au cerveau, et j’ai ouï dire que le corps enseignant était atteint magnifiquement de tous ces symptômes.

Le Malade – Je vous suis obligé, Monsieur, des bontés que vous avez pour moi.

Le Médecin – Cela n’est rien.  Qui est à présent votre médecin ?

Le Malade – Monsieur Sarkozy.

Le Médecin – Cet homme-là n’est point écrit dans mes tablettes parmi les grands médecins. Quels médecins voyiez-vous avant lui ?

Le Malade – J’ai consulté Monsieur de Villepin, Monsieur Raffarin et Monsieur Jospin

Le Médecin – Tous ces « ins, ins » ne me disent rien qui vaille. Y avait-il avec eux des apothicaires ?

Le Malade – Monsieur Jospin avait un apothicaire nommé Monsieur Allègre. Ce joyeux drille me traitait de mammouth et avait fabriqué une potion amaigrissante, qui ne m’a point réussi, pas plus qu’à lui-même, d’ailleurs. Il était accompagné d’une assistante nommée Dame Royal, qui voulait à toute force que j’écrive sur des bulletins que tout allait bien, quand tout allait mal.  

Le Médecin – Par ma foi, je ne connais point ces gens-là. De quoi disent-ils que vous êtes malade ?

Le Malade – Monsieur Sarkozy dit que c’est de ne pas assez travailler, et d’autres disent que c’est de ne point faire de séquences. 

Le Médecin, après avoir pris le pouls du malade -   Ce sont tous des ignorants. C’est du collège que vous êtes malade.

Le Malade – Du collège ?

Le Médecin – Oui. Que sentez-vous ?

Le Malade – Je sens très souvent des douleurs de tête.

Le Médecin – Le collège.

Le Malade – J’ai quelquefois des maux de cœur.

Le Médecin – Le collège.

Le Malade – Il me prend parfois des démangeaisons dans les mains, comme si j’avais envie de frapper quelqu’un.

Le Médecin – Le collège.

Le Malade – Et à d’autres moments, j’ai envie de pleurer toutes les larmes de mon corps.

Le Médecin – Le collège, le collège, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour votre traitement ?

Le Malade – Il m’ordonne de bien ancrer mon discours dans la situation d’énonciation.

Le Médecin – Ignorant.

Le Malade – De me placer dans un cadre spatio-temporel et d’adopter le point de vue interne, autrement appelé la focalisation.

Le Médecin – Ignorant.

Le Malade – De repérer sans faute les phrases jussives, inchoatives et dialogiques.

Le Médecin –Ignorant.

Le Malade – Aussi, de choisir bien soigneusement les déictiques, selon la valeur aspectuelle de l’énoncé.

Le Médecin -  Ignorant .

Le Malade – De manier avec une précision machinique les outils de la langue.

Le Médecin – Ignorant.

Le Malade – De bien discerner quels sont les actants, les adjuvants, les opposants, tant chez le destinataire que chez le destinateur.

Le Médecin –Ignorant.    

Le Malade – Et surtout, de ne pas confondre les modes, les modalisateurs, et la modélisation, en tenant fort grand compte du lexique évaluatif.   

Le Médecin – Ignorantus, ignoranta, ignorantum. Il vous faut revenir à la littérature ; et, pour vous remonter le cœur qui est un peu bas, il vous faut déguster de la poésie bien succulente, des pièces de théâtre bien  savoureuses, des romans d’une moelle bien substantifique, des essais légers au pourchas et hardis à la rencontre, de bons gros films, de bonnes opérettes bien grasses, et des opéras délicieusement nourrissants.

Le Malade – Ce traitement-là me convient fort bien. Mais quel remède me proposez-vous, si je suis malade du collège, comme vous dites ?

Le Médecin – Le remède à cela ? Rien n’est plus simple : il faut prendre votre retraite, et aller goûter au dehors la littérature et les arts.

Le Malade – Ah ! que voilà en effet un remède des plus ingénieux ! Viens, ô Médecin, que je t’embrasse pour ce mot. Et que les Sarkozy, Villepin, Raffarin et Jospin ne prétendent plus nous guérir, pas plus que leurs apothicaires !