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jeudi, 10 février 2011

Trop de profs, vraiment ?

Bah signale une grève dans l'Éducation Nationale, ce jeudi. Le genre d'évènements qui passe inaperçu dans la sphère médiatique. L'école est méthodiquement démantelée depuis des années, dans un grand silence sinon un grand soupir de satisfaction repue de la France toute entière...

Grâce à Fabrice qui l'a signalé sur twitter, je suis tombé sur un article de 20 minutes qui vaut son pesant de pépètes. Puisqu'il est de bon ton de dénoncer régulièrement le poids des fonctionnaires dans la dépense publique, le journal a enquêté et comparé avec d'autres pays de développement économique comparable. La France est en fait dans la moyenne.

Non, là où ça se gâte sérieusement, et j'espère que l'information va être relayée, c'est que la France a le taux d'encadrement le plus bas de tout l'OCDE pour les élèves ! Particulièrement dans le primaire et le supérieur, mais toutes les strates de son système éducatif sont touchées, évidemment.

Et devinez quel est l'âne qui veut augmenter le nombre d'élèves par classe dans le primaire ? A cela s'ajoute les rapports d'imbéciles patentés proclamés experts assurant avec autant de morgue que d'ignorance, sur la foi d'échantillons tronqués, que la baisse des effectifs dans les classes n'a pas d'impact sur les résultats scolaires...A se tordre de rire par terre si ces abrutis ne tenaient pas hélas le haut du pavé à l'heure actuelle. Quelques témoignages édifiants, comme celui qui figure sur le blogue de Yves Delahaie, élu démocrate lillois, achève de dresser le portrait d'une institution en perdition. Tiens, une démission de plus...

Et pendant ce temps, nonos Châtel (tiens, viens mon bon toutou, mords le bon nonos à son gentil maître de Nicolas...) nous abreuve de propositions à la noix : calcul mental, anglais à 3 ans, rythmes scolaires, autant de faux débats qui masquent l'anorexie forcée que Sarkozy, Châtel et consorts imposent à notre école. Et ça marche plutôt bien puisque même des blogueurs démocrates généralement pertinents, pourtant, tombent dans le panneau...

Un vieux proverbe français dit que «qui veut noyer son chien l'accuse d'avoir la rage»...

Bref, il ne faut peut-être pas s'étonner de voir une profession faire grève à intervalles réguliers depuis 3-4 ans. Je n'y vois pas le mécontentement d'une caste de privilégiés, mais plutôt une alerte de gros temps sans précédent sur notre école : tous les voyants sont au rouge, et personne ne semble en avoir pour autant pris la mesure...

Je ne puis que renvoyer aux propositions du MoDem et de François Bayrou, seuls à l'ouvrir à l'heure actuelle, pour défendre l'école : il faut sanctuariser les moyens alloués à l'école.

jeudi, 03 décembre 2009

L'insondable hypocrisie de l'Éducation Nationale

J'invite fortement à aller faire un tour sur le blog d'Hasthable : il publie un témoignage édifiant. Celui d'un enseignant en proie à la surdité et à la scizophrénie de son administration. Quand je lis, çà et là, des témoignages, que j'écoute les réactions de nombreux enseignants, humiliés, menacés, rabaissés, tant par les "apprenants" que par ceux-là mêmes qui devraient les protéger, je commence à comprendre, comme l'observaient récemment Robert Rochefort et Marielle de Sarnez chez Vincent Peillon, que plus de 60% des enseignants aient désormais l'envie de changer de métier.

Ce qui est impressionnant, c'est l'hypocrisie des rectorats, du ministère et de ses services : devant les caméras, ils font les beaux, mais sans médiatisation, les enseignants sont laissés à leurs seules forces, quand ils ne subissent pas purement et simplement des pressions pour se coucher devant des parents devenus clients plutôt qu'usagers de l'Éducation Nationale ou encore des merdeux qui voient leur professeur comme une serpilière sur laquelle il convient de s'essuyer.

C'est un coup de torchon qu'il conviendrait de donner dans la technostructure de l'Éducation Nationale, mais pas seulement : les partis politiques ne cessent d'instrumentaliser cette institution au gré des lubies et hobbies des différents ministres qui se succèdent. Nous avançons, d'ailleurs, à grands pas vers la précarisation de ce métier : de plus en plus, les collèges et les lycées font appel à des vacataires, mal formés, mal protégés, corvéables et licenciables à merci, sans compter ceux dont les connaissances disciplinaires, notoirement insuffisantes, ne garantissent pas une vraie qualité d'enseignement. Comme le dit souvent Hastable, notre pays est vraiment foutu. Tout fout le camp...

lundi, 20 août 2007

Grand Corps Malade Enseignant

J'ai trouvé cet extrait de théâtre remanié, inspiré de Molière sur une liste de professeur lettres. Comme j'ai décidé de prendre quelques vacances, je ne pourrai réagir aux commentaires, mais je programme tout de même la publication de ce pastiche qui m'a franchement bien fait rigoler...

 

 

Grand Corps Malade Enseignant

 

Le Médecin – Monsieur, je suis un médecin qui demande à vous voir.

Le Malade – Quel médecin ?

Le Médecin – Un médecin de la médecine.

Le Malade – De la vraie médecine des vrais médecins ?

Le Médecin – Assurément.

Le Malade –Approchez. Un malade est toujours bien aise de rencontrer des médecins.

Le Médecin – Monsieur, agréez que je vienne vous rendre visite et vous offrir mes petits services pour toutes les maladies que vous pouvez avoir. Votre réputation de Grand Corps Malade Enseignant est venue jusqu’à moi, et a aiguisé ma curiosité. Car « enseignant », cela peut s’écrire en un mot,  « enseignant » (il trace dans l’air un trait continu),  ou en deux mots : « en saignant » (il prononce les deux mots distinctement et trace dans l’air deux traits discontinus)

Le Malade – Je suis fort honoré de cet intérêt.

Le Médecin – C’est que, Monsieur, je suis à la recherche de malades dignes de m’occuper, qui présentent de fréquents accès de dépression ou d’exaspération, de bonnes fièvres avec inflammation des méninges, de splendides transports au cerveau, et j’ai ouï dire que le corps enseignant était atteint magnifiquement de tous ces symptômes.

Le Malade – Je vous suis obligé, Monsieur, des bontés que vous avez pour moi.

Le Médecin – Cela n’est rien.  Qui est à présent votre médecin ?

Le Malade – Monsieur Sarkozy.

Le Médecin – Cet homme-là n’est point écrit dans mes tablettes parmi les grands médecins. Quels médecins voyiez-vous avant lui ?

Le Malade – J’ai consulté Monsieur de Villepin, Monsieur Raffarin et Monsieur Jospin

Le Médecin – Tous ces « ins, ins » ne me disent rien qui vaille. Y avait-il avec eux des apothicaires ?

Le Malade – Monsieur Jospin avait un apothicaire nommé Monsieur Allègre. Ce joyeux drille me traitait de mammouth et avait fabriqué une potion amaigrissante, qui ne m’a point réussi, pas plus qu’à lui-même, d’ailleurs. Il était accompagné d’une assistante nommée Dame Royal, qui voulait à toute force que j’écrive sur des bulletins que tout allait bien, quand tout allait mal.  

Le Médecin – Par ma foi, je ne connais point ces gens-là. De quoi disent-ils que vous êtes malade ?

Le Malade – Monsieur Sarkozy dit que c’est de ne pas assez travailler, et d’autres disent que c’est de ne point faire de séquences. 

Le Médecin, après avoir pris le pouls du malade -   Ce sont tous des ignorants. C’est du collège que vous êtes malade.

Le Malade – Du collège ?

Le Médecin – Oui. Que sentez-vous ?

Le Malade – Je sens très souvent des douleurs de tête.

Le Médecin – Le collège.

Le Malade – J’ai quelquefois des maux de cœur.

Le Médecin – Le collège.

Le Malade – Il me prend parfois des démangeaisons dans les mains, comme si j’avais envie de frapper quelqu’un.

Le Médecin – Le collège.

Le Malade – Et à d’autres moments, j’ai envie de pleurer toutes les larmes de mon corps.

Le Médecin – Le collège, le collège, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour votre traitement ?

Le Malade – Il m’ordonne de bien ancrer mon discours dans la situation d’énonciation.

Le Médecin – Ignorant.

Le Malade – De me placer dans un cadre spatio-temporel et d’adopter le point de vue interne, autrement appelé la focalisation.

Le Médecin – Ignorant.

Le Malade – De repérer sans faute les phrases jussives, inchoatives et dialogiques.

Le Médecin –Ignorant.

Le Malade – Aussi, de choisir bien soigneusement les déictiques, selon la valeur aspectuelle de l’énoncé.

Le Médecin -  Ignorant .

Le Malade – De manier avec une précision machinique les outils de la langue.

Le Médecin – Ignorant.

Le Malade – De bien discerner quels sont les actants, les adjuvants, les opposants, tant chez le destinataire que chez le destinateur.

Le Médecin –Ignorant.    

Le Malade – Et surtout, de ne pas confondre les modes, les modalisateurs, et la modélisation, en tenant fort grand compte du lexique évaluatif.   

Le Médecin – Ignorantus, ignoranta, ignorantum. Il vous faut revenir à la littérature ; et, pour vous remonter le cœur qui est un peu bas, il vous faut déguster de la poésie bien succulente, des pièces de théâtre bien  savoureuses, des romans d’une moelle bien substantifique, des essais légers au pourchas et hardis à la rencontre, de bons gros films, de bonnes opérettes bien grasses, et des opéras délicieusement nourrissants.

Le Malade – Ce traitement-là me convient fort bien. Mais quel remède me proposez-vous, si je suis malade du collège, comme vous dites ?

Le Médecin – Le remède à cela ? Rien n’est plus simple : il faut prendre votre retraite, et aller goûter au dehors la littérature et les arts.

Le Malade – Ah ! que voilà en effet un remède des plus ingénieux ! Viens, ô Médecin, que je t’embrasse pour ce mot. Et que les Sarkozy, Villepin, Raffarin et Jospin ne prétendent plus nous guérir, pas plus que leurs apothicaires !