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  • Services et votes MoDem, mensonges et non-dits du PS

    Le Parti Socialiste accuse avec une malhonnêteté incroyable Bayrou et le MoDem (ex-UDF) d'avoir toujours voté en faveur de la libéralisation des services. En fait, ce qui est exaspérant, avec le PS, c'est qu'il utilise les mots libéralisation, libéral comme des épouvantails. La question de fond, concernant les services, ce n'est pas tant qu'ils soient publics ou privés, mais de savoir s'ils sont rendus, et rendus à tout le monde s'il s'agit de services d'intérêt général. Voilà la question de fond.

    Concernant la directive Bolkenstein, elle avait été finalement complètement vidée de sa substance, et, en particulier, tous les services d'intérêt général sont exclus du champ d'application de la directive de même qu'une bonne partie des services d'intérêt économique général. L'UDF avait donc en effet voté la directive finale, et, au sein du PSE, SEULS les socialistes FRANÇAIS et Belges avaient voté contre. Tous les autres avaient voté pour ! La confédération européenne des syndicats avait d'ailleurs donné son imprimatur au texte final (la CGT, FO et la CFDT en sont membres !).

    Le texte final a été en fait un compromis entre la proposition intiale et le rapport d'une euro-députée SPD (socialistes allemands), Evelyne Ghebardt. Le rapport de cette dernière suggérait de distinguer l'accès d'une entreprise de services à un marché et l'exercice de ce service. L'accès devait rester libre, mais la réglementation locale s'imposer pour l'exercice de l'activité. Elle obtint gain de cause puisque figurait dans le document final la mention suivante :

    « Les présentes dispositions n'empêchent pas un État membre dans lequel le prestataire de service se déplace pour fournir son service d'imposer des exigences concernant la prestation de l'activité de service, pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique, de protection de l'environnement et de santé publique. Elles n'empêchent pas non plus les États membres d'appliquer, conformément au droit communautaire, leurs règles concernant les conditions d'emploi, notamment celles qui sont établies dans les conventions collectives. »

    C'est donc ce texte que l'UDF avait alors voté. Mais les Socialistes français, habitués à faire leur sucre sur le dos de l'Europe à l'exception de Michel Rocard et de Gilles Savary, votèrent contre. Et ils persévèrent avec leurs attaques contre Bayrou aujourd'hui, car à travers elle, c'est le compromis d'origine, pourtant bon, qui est toujours visé.

    Par ailleurs, il y eut dans tous les groupes des votes contre, y compris parmi les démocrates et libéraux.

    Le problème, c'est que dès qu'un texte ne convient pas aux Socialistes, ils parlent de libéralisation pour rejeter le texte. Ainsi, si un texte semble suffisamment protecteur aux élus Démocrates, mais pas assez aux Socialistes, forcément, tous ceux qui votent le texte votent pour la libéralisation de tel ou tel service...

    Je ferai un billet supplémentaire pour les chemins de fer et les services postaux, mais l'argumentation du PS est grosso modo du même acabit.

     

  • Kouchner le Faust derche ?

    Décidément, Bernard Kouchner n'arrive pas à se faire à l'idée qu'il est désormais un ministre de Sarkozy et dans un gouvernement clairement UMP. Kouchner a des pudeurs de Faust qui désire coucher avec Gretchen quand cette dernière lui demande s'il croit en Dieu : « Nun sag was hast du mit der Socialitzen Religion ? » Bernard Faust répond à Gretchen par un silence gêné.

    C'est que notre bon docteur Faust Kouchner ne veut pas assumer clairement son pacte avec Méphistotélès Nicolas Sarkozy. Dès lors qu'il s'est engagé avec l'UMP, il lui faut boire le calice jusqu'à la lie, et pas d'états d'âme. Quand venu de la gauche, on pactise avec l'UMP, c'est un aller simple que l'on prend, pas un aller-retour. Je trouve à cet égard très justifié de la part de plusieurs personnalités de l'UMP de s'étonner de l'absence de solidarité du bon docteur. Pour qui voudrait-il voter lors des élections européennes, de toutes façons ? Tout de même pas pour les Socialistes qui le honnissent, désormais ? Goethe disait de Faust que c'était un homme troublé par la passion qui peut obscurcir l'esprit. La soif de pouvoir ? de reconnaissance ? l'ambition ?

    Ce qu'on te promet, tu peux en jouir entièrement; il ne t'en sera rien retenu. Ce n'est pas cependant si peu de chose que tu crois; mais une autre fois nous en reparlerons. Cependant je te prie et te reprie de me laisser partir cette fois-ci.

    Méphistotélès dans le Cabinet d'Étude, Faust, Goethe

  • Une ombre plane sur le Jardin d'acclimatation

    De passage, tout récemment, au Jardin d'Acclimatation, je me suis étonné de la présence de baraquements et d'un chantier au beau milieu du Bois de Boulogne, tout contre ce sympathique lieu de vie pour les enfants. C'est avec émotion que je me remémore mes premières années, et l'initiation à la sécurité routière gratuite qui faisait entre autres le charme du jardin. Le Jardin, c'est aussi ses espaces verts, son salon de thé, son théâtre et ses attractions. Un lieu de convivialité et de respiration pour les Parisiens, où il fait bon dorer au soleil l'été venu. Or, voilà que Bernard Arnault, PDG de LVMH, a eu la riche idée de venir y construire une fondation. Oh, ça alors ! On se demande bien qui a bien pu lui donner le permis pour réaliser l'horreur de 46 mètres de haut qu'il prévoit d'y édifier. Adieu, soleil, dans cette zone du jardin où se trouve justement un espace de jeux pour enfants, quand l'ombre sinistre du bâtiment planera sur leur royaume. On aurait pu penser qu'il en était fini du riant jardin, seulement voilà, un arrêt de la Cour Administrative a cassé le Plan Local d'Urbanisme de not'bon maire. PLU cassé = tour de 46 mètres en morceaux. Bon prince qu'il est, not'Bertrand, qui ne voulait pas causer de chagrin à son Bernard, s'apprête (ou a déjà fait) repasser en urgence un nouveau PLU plus explicite sur la protection des espaces boisés. C'est Bernard qui va être content.

    Ce qui est trop fort, c'est l'argument avancé pour faire passer la construction d'un édifice de 46 mètres de hauteur en plein Bois de Boulogne. Tenez-vous bien, les amis, et posez votre tasse de café/chocolat/ et/ou petit ballon de rouge, verre d'eau/de whisky, et cetera si vous ne voulez pas en avoir plein le clavier.

    Pour contourner l'obligation de pas construire un bâtiment de plus d'un étage, eh bien LVMH et la mairie ont inventé l'étage de 46 mètres de haut !

    Je cite ma source : En annulant partiellement le PLU, la Cour conduit à s’interroger sur la validité du permis de construire du Centre Culturel Louis Vuitton. Ce projet couvre 11 779 m2. Serait-ce l’équivalent de 3 % de toutes les constructions du Jardin d’Acclimatation, alors que la parcelle correspond seulement à l’ancien bowling ? On ne sait… Ensuite, exemple typique de l’ambiguïté de ce texte, les bâtiments autorisés ne doivent pas comporter plus d’un étage. Or le centre s’élève à 46 m de haut ; en effet il ne comporte aucun étage complet mais une suite de ½ niveaux pudiquement baptisés « mezzanines » !

    Je n'y crois pas. Véridique...Il est trop fort, le Delanoë...

  • Traître ADN

    Le JDD d'hier titre sur les secrets de famille et l'ADN. En effet, le développement des technologies génétiques permet de déterminer avec une quasi-certitude, désormais, l'origine biologique des enfants. Les Romains, qui étaient un peuple pragmatique, avaient contourné la difficulté d'établir le lien biologique en faisant de la reconnaissance de l'enfant un acte religieux et juridique. Peu importait le lien biologique, seule comptait la reconnaissance par le père. D'une certaine manière, on peut dire que le père "faisait" l'enfant. Les adoptions furent d'ailleurs nombreuses. Les Romains n'auraient donc sans doute pas été gênés outre mesure par l'irruption des technologies ADN, tout du moins, cela n'aurait pas perturbé leur lien filial. Ou, en tout cas, moins que nous. En revanche, nul doute que leur mariage s'en fût alors trouvé bouleversé puisque cela remettait en question leur volonté de faire de chaque femme la propriété exclusive d'un seul homme si elle était mariée.

    Dans nos sociétés modernes, ce qu'interroge l'ADN, c'est la paternité. La Révolution Française, s'inspirant du droit romain, avait introduit une législation extrêmement avancée en estimant que le père était celui qui reconnaissait et nourrissait l'enfant. En dépit de cette législation, nous demeurons, malgré nous, comme un héritage issu du plus profond des âges, secrètement attaché à la filiation génétique. Il est par exemple fréquent , lors d'une naissance, de croire voir dans le visage d'un bébé les traits d'un aïeul, comme si le lien biologique se sur-imprimait sur la face de l'enfant.

    En réalité, l'héritage d'un enfant est plus complexe que l'on ne le pense, y compris quand il se pare d'apparences biologiques. Ainsi, dans un certain nombre de cas d'adoption, des observateurs ont été surpris d'identifier des similitudes de traits, de tempérament ou même d'expression avec des grand-parents ou ancêtres de la famille d'adoption. C'est que la famille, et donc les parents en premier lieu, transmettent sans le savoir ni le vouloir une large part de leur inconscient collectif. Il y a des strates dans cet inconscient : les plus profondes sont partagées par l'humanité toute entière, les plus proches par le réseau familial et culturel. Ainsi, les parents transmettent inconsciemment ce qu'ils ont reçu inconsciemment, et notamment des mimiques, des expressions faciales et des réactions. Qui sait, même, si cette transmission n'a pas des incidences biologiques. Je m'avance, je dois le reconnaître, mais les phénomènes de somatisation sont complexes et méritent un examen attentif, particulièrement dans ce domaine. En ce sens, le bébé ferait bien mieux que le caméléon. Le caméléon modifie sa coloration pour échapper au regard d'autrui, le bébé, lui, assimile purement et simplement les caractéristiques de son hôte, se modifiant définitivement lui-même, jusqu'à un certain degré, tout du moins.

    Je crois que nos sociétés modernes ne doivent pas seulement opérer un retournement sémantique sur la notion de paternité (ou même maternité) mais sur les mécanismes de l'héritage. Car, au fond, n'est-il pas légitime de vouloir se retrouver dans son enfant (sans pour autant le réduire en Narcisse à un simple miroir ni substituer sa volonté à la sienne) ? Et nier l'héritage au nom du droit et de l'amour dû à tout enfant ne risque-t-il pas d'être un fardeau trop lourd à porter pour le père ordinaire ?

    Ce qui bouscule et déboussole les pères, me semble-t-il, c'est la crainte de ne pas retrouver l'héritage dans l'enfant. Comme cet héritage est garanti, à leurs yeux, par le lien biologique, la rupture de ce lien génère un malaise. Que l'on admette que ce n'est pas le lien biologique mais l'héritage psychologique, inconscient qui assure la réalité de la transmission, et on pourrait alors remettre de l'ordre dans un malaise persistant.