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vendredi, 29 mai 2009

Le cauchemardesque conte de fée de Susan Boyle

cauchemar.jpgJe me demande si les médias ne feraient pas mieux de laisser Susan Boyle tranquille. J'ai lu qu'elle envisageait de tout quitter parce qu'elle ne supporte plus la pression qui entoure ses performances vocales extraordinaires. A vrai dire, je l'ai écoutée chanter, et en effet, très rarement j'ai entendu une voix comme la sienne. Susan Boyle a un talent immense. Mais ce que je déplore, c'est que dans nos sociétés, il n'est plus possible de révéler un talent sous quelque forme que ce soit sans descendre dans une arène. Les mises en scène médiatiques me font d'ailleurs penser aux arènes des gladiateurs. On hurle, on crie, on supporte tel ou tel candidat, ou encore, au contraire, on baisse le pouce pour exiger un probable mise à mort.

Malheureusement, la principal talent, pour émerger dans la sphère médiatique, c'est avant tout de pouvoir y survivre. Or, rien ne destinait Susan Boyle, individu fragile, dans son existence, à accéder un jour aux plateaux télévisés dans de telles conditions.

Le traitement réservé à Susan Boyle par les médias du monde entier est indigne. Sans cesse on évoque son existence, ce qu'elle est, dans des termes dégradants, afin de célébrer le conte de fée médiatique qu'elle vit. Conte de fée ? La voilà soumise aux regards de tous, à toutes les adulations mais aussi toutes les jalousies.

Ce qui est effarant, c'est qu'avec un bel ensemble, presse, radios et télévisions présentent la parcours imprévu et extraordinaire de Susan Boyle comme le summum de la réussite, comme un conte de fée réalisé. Or, qu'est-ce qu'un conte de fée ? Un conte de fées est un univers merveilleux ou les êtres et les créatures s'expriment en dehors de l'espace et du temps, et dans lequel le héros affronte plusieurs obstacles avant de finalement trouver le bonheur (souvent sous la forme d'un mariage). Dans un conte de fée, le récit se déroule dans un passé indéterminé ; le merveilleux réside pour l'essentiel dans la présence de personnages surnaturels et d'objets enchantés. La frontière entre le conte de fée et le réel est complètement étanche : le fabuleux n'y est ni expliqué, ni rationalisé.

Le cauchemar a quant à lui plusieurs définitions, mais, celle d'Hippocrate, le fameux médecin grec, celui qui écrivit le Serment du même nom, m'intéresse tout particulièrement. Il utilise le terme Éphialtès. Éphialtès, dans la mythologie grecque est un géant. Son nom signifie "celui qui se jette sur". C'est qu'en effet, Hippocrate se représentait le cauchemar comme une sorte de crise de stress qui oppressait la poitrine subitement. En somme, comme un poids écrasant s'installant sur le coeur. Il y a donc là une étymologie qui exprime une agression violente.

Ainsi, si la frontière entre le conte de fée et le réel est étanche, elle ne l'est pas avec le cauchemar. Je pense même que c'est cette étanchéité avec le réel qui garantit la porosité entre le conte et le cauchemar. Que restera-t-il de Susan Boyle, quand le strass, les paillettes et les spots lumineux venus de nulle part se seront éclipsés ? Sans doute rien. Cette femme n'est pas faite pour le show-bizz. Si elle parvient à résister à l'insupportable pression médiatique jusqu'au bout, ne sera-t-elle pas victime de quelqu'escroc à la recherche d'une victime facile ? Combien de faux et nouveaux amis aura-t-elle alors ?

J'avais écouté un jour Jack Lang (pourtant pas forcément une référence pour moi, mais, ce jour-là...) s'exprimer sur sa volonté de développer les parcours artistiques dans les écoles. Il avait jugé alors que découvrir l'art à l'école ne devait pas avoir pour but de former des champions ou des maîtres en leur art, mais de cultiver la part d'art que chacun d'entre nous a à l'intérieur de soi. C'était sagement parler. Est-ce que l'art devrait servir à autre chose qu'à se cultiver soi-même ?

vendredi, 05 décembre 2008

RFI menacée !

J'écoutais France Culture ce matin, et j'ai appris que RFI risquait d'être anéantie. En effet, le gouvernement a en projet de supprimer les émissions en pas moins de dix langues (dont le chinois !!!) et redéployer RFI exclusivement sur l'Afrique, parce que c'est là que la France est la plus présente. Quelle erreur ! Pire, quelle faute ! En une période où le pouvoir chinois filtre la Toile, les émissions hertziennes ont vocation à pouvoir relayer la voix de la liberté. Et la Russie est-elle si démocratique qu'il soit inutile d'y informer les démocrates ? A quoi a-t-il servi à un Montesquieu d'écrire les lettres persannes il y a plus de 250 ans si c'est pour supprimer le persan ? Corollairement et inévitablement, tous les experts qui étaient associés à ces émissions vont fatalement s'amuir, voir disparaître, or, dans un monde multipolaire comme le nôtre, ce n'est vraiment pas heureux.

Plus généralement, est-ce ainsi que notre gouvernement compte étendre l'influence française dans le monde ? émissions en plusieurs langues, établissements scolaires à l'étranger, centres culturels, petit à petit, c'est tous les instruments de la francophonie que les gouvernements de droite ont mis par terre depuis 2002. C'est curieux, je suis de centre-droit, mais, depuis plusieurs années, il m'est impossible de voter pour la droite tant ce qu'elle fait à la France est inadmissible. Et ce n'est pas demain que cela risque de changer, quand, chaque jour, j'entends ce que je j'entends et je vois ce que je vois !

A lire sur le sujet, parce que le Monde Diplomatique est généralement bien informé, et que l'article éclaire bien des choses, RFI en version française.

jeudi, 11 septembre 2008

Obama, Sarah Pallin et emballement médiatique

C'est incroyable comment le landernau politico-médiatique tend à fonctionner mondialement comme il fonctionne dans un seul pays. Et à chaque fois, les mêmes causes produisent les mêmes effets. J'ai la forte présomption de penser que McCain est bien parti pour remporter l'élection présidentielle. Non en raison des derniers sondages, mais simplement, parce que les Américains, comme tous les peuples, au demeurant, détestent qu'on leur explique ce qu'ils doivent voter, surtout quand les conseillers représentent le landernau politico-médiatique mondial dégoûlinant de bonne conscience.

Personnellement, il est vrai que je préfère Obama à MacCain pour des raisons d'ordre programmatique. Mais je finis par trouver ridicules tous ces petits drapeaux "i support Obama", "join Obama causes" que l'on trouve çà et là sur divers support de la toile internationale. Si j'étais Américain, un Américain moyen, du moins, ça finirait par m'énerver.

Cela m'énerverait aussi de voir le star-system qui ignore tout de mes difficultés quotidiennes venir me faire des leçons de morale et se presser derrière Obama. Cela m'agacerait de voir les classes politiques étrangères venir me donner des leçons de démocratie. Comme cela avait énervé les Français, en 2005, qu'on leur exliquât ce qu'il fallait voter pour l'Europe (à titre perso, j'ai voté OUI, mais en dehors de Bayrou, la plupart des partisans du OUI m'exaspéraient avec leur bien-pensance).

La campagne d'Obama s'est emballée bien trop tôt, tout comme celle de Ségolène Royal en son temps, d'ailleurs. Et McCain a réalisé un coup de maître avec Sarah Palin. Non que cette femme me soit sympathique, bien au contraire, mais elle a un parler simple et cru, s'avère une excellente oratrice, experte pour appuyer là où cela fait mal.

J'ai eu l'occasion, au mois d'août d'évoquer la fonction tribunicienne, en la circonstance, pour définir un type de centrisme assez particulier, celui de François Bayrou. J'avais alors montré que la fonction tribunicienne pouvait s'exercer en dehors ou dans le champ citoyen. Bayrou a choisi de l'exprimer dans le champ citoyen, alors que je l'avais montré, un homme comme Le pen l'exerçait en dehors de ce champ. En dehors ou en dedans, il n'en reste pas moins que parvenir à remplir cette fonction élargit considérablement le spectre politique. Or, c'est, jusqu'ici, précisément ce qui manquait à Obama et McCain. Avec Sarah Pallin, McCain a trouvé la personnalité qui pouvait incarner cette fonction. Et tant pis si c'est une démagogue de la pire espèce...

Un signe qui ne trompe pas : le nombre de poupées à l'effigie de Sarah Palin a littéralement explosé les ventes comparables à la ressemblance de McCain et Obama. 7 millions en quelques jours...

L'impact de la bien-pensance dégoûlinante  est désastreuse dans une élection. Il ne faut pas chercher à faire campagne avec les stars, les medias, les journalistes bien-pensant et montrer que l'opinion mondiale vous aime. Autre cas fameux : Immense était la popularité de Gorbatchev en dehors de Russie. Mais là-bas...

Bref, il ne reste plus qu'à prier pour que McCain n'applique pas son programme. On le disait centriste, lorsqu'il s'est lancé dans la campagne. Cela m'a l'air d'un centrisme à la sauce milloniste, ce centrisme-là...(NDLR : Charles Millon s'était fait élire aux élections régionales de 1998, en Rhône-Alpes, avec les voix du FN. Il fut alors exclu de l'UDF, parti de centre-droit français de l'époque).

jeudi, 08 mai 2008

Justice - Stress

Il  paraît que ce clip (groupe Justice) fait fureur sur la Toile. En tout cas, c'est ce qu'affirme Arrêt sur Images : 600 000 personnes auraient visionné ce clip. Personnellement, musicalement, j'aime beaucoup. En revanche, même si le clip, avec très peu de moyens, est très remarquablement réalisé, je juge qu'il véhicule des lieux communs faciles. En même temps, il faut regarder le clip jusqu'à la dernière seconde. Ecoutez-bien la dernière phrase, elle vaut son pesant d'or. Le problème, c'est que l'on a du mal à bien l'entendre. Je la transcrirai sur demande dans les commentaires si c'est nécessaire.

Ce que je trouve intéressant, en même temps, dans ce clip, c'est que l'on n'y croit pas. Les tenues ont valeur de blason, tous les gestes de violence sont filmés dans une certaine forme de ralenti, en tout cas, aucun coup n'est porté avec une rage véritable. Et puis le cumul de toutes les violences que l'on prête à la banlieue est trop gros.

D'une certaine manière, Romain Gavras, le réalisateur, fait une sorte de remix d'images vues sur les chaînes télévisées, publiques ou privées, ces dernières années, ou encore des faits divers relevés par la presse, dans les banlieues les plus agitées. 

Mais, in fine, pour moi, cela alimente une représentation commune : "la rage", qu'un certain nombre de jeunes de banlieue, par commodité, aiment à adopter. 

Il y aura deux lectures de cette vidéo : 

- celle des bobos parisiens et des intellectuels de la banlieue qui vont disserter sur le caractère violent ou artistitque du clip, qu'il le soit ou non.

- celle de jeunes plus frustres, qui eux vont "kiffer" et s'identifier aux scènes filmées. Cela signifie qu'ils vont être confortés dans leur révolte. Le problème, c'est qu'il y a tout un discours ambiant, notamment dans la presse et les milieux de gauche, mais pas seulement, qui tend à accréditer que toute forme de révolte est légitime et à y associer les phénomènes de violence. 

Il y a donc une forme d'hypocrisie certaine à offrir à un public qui ne dispose pas de grilles de lecture des images qui vont résonner en s'appuyant sur leurs pulsions. L'auteur du clip ne peut pas ignorer cet aspect de son clip, tout du moins, pas sans une certaine dose de mauvaise foi...