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mercredi, 25 novembre 2015

L'Arabie Saoudite et Daech

Je lis souvent que l'Arabie Saoudite financerait Daech. J'ai pourtant l'impression que les rapports du royaume wahhabite avec l'Islam radical ne sont pas simples. Très certainement, il y a eu des financements saoudiens en faveur du radicalisme de longues années. Il y en a encore probablement. Mais lesquels ?

J'ai souvent le sentiment que l'Arabie Saoudite n'est pas tout à fait un état unifié. Non pas qu'il soit menacé d'éclatement, mais plutôt que le pouvoir y soit bien plus diffus qu'il n'y paraît, morcelé entre les différents membres de la famille royale, les principaux chefs tribaux et une profusion de religieux.

L'attitude de l'Arabie Saoudite en Égypte montre que ce pays n'a plus confiance dans la mouvance conservatrice des Frères Musulmans. Les dirigeants saoudiens, la partie dominante de la famille royale, disons, craignent de voir leur pouvoir et leur pays menacés par le prosélytisme des radicaux d'aujourd'hui. Dans le même temps, ils partagent nombre de valeurs avec eux. Ils ne peuvent donc s'empêcher de les nourrir, jusqu'à un certain point du moins.

Quand on dit qu'il y a des financements occultes qui proviennent d'Arabie Saoudite en direction de Daech, je veux bien le croire, mais se font-ils avec l'aval du roi, j'ai déjà plus de doutes sur le sujet. 

Par ailleurs, l'Arabie Saoudite a une peur bleue de voir l'influence de l'Iran s'étendre dans la région et voit avec amertume les Chiites dominer l'Irak, longtemps entre les mains des Sunnites. Cette inquiétude permanente peut expliquer ses hésitations et ses ambivalences contre Daech.

Je suis en tout cas à peu près certain d'une chose : réévaluer nos rapports avec l'Arabie Saoudite et le Qatar ne fera pas avancer d'un pouce notre lutte contre l'islamisme radical. Je pense d'ailleurs que l'islamisme radical n'est qu'un vecteur et que le djihadisme se nourrit bien plus du complotisme et malheureusement de la formidable caisse de résonance que lui donne internet que de l'influence des madrasas wahhabites. 

A cet égard, fermer les mosquées salafistes en France est une erreur grossière. Mieux vaudrait donner à l'Islam français les moyens de contrôler qui vient dans les mosquées et l'aider à pouvoir distribuer des accréditations. La Mosquée de Paris assure qu'elle n'a pas les moyens de former les imams sur tout notre territoire, mais elle a peut-être suffisamment de présence pour pouvoir s'entretenir avec les imams étrangers qui viennent sur notre sol et leur donner ou leur refuser une attestation.

Je regrette à cet égard que nous ne puissions profiter du statut particulier de l'Alsace (concordat) pour y implanter de véritables écoles coraniques françaises. Ce n'est qu'une question de volonté politique. Encore faudrait-il pour cela ne pas se tromper de cible et cesser de pointer à tout bout de champ l'Islam...

A défaut, et je sens que les cheveux des nationalistes vont se hérisser, si nous ne pouvons ou ne savons construire un Islam français paisible et harmonieux, sous-traitons cette tache à un pays dont les moeurs sont compatibles avec les nôtres. Des accords pourraient être trouvés avec le Maroc, sous l'autorité du roi Mohamed V, pour former des imams avec lesquels il n'y aurait pas de conflits sur nos valeurs fondamentales.. Je crois savoir qu'il en existe déjà quelques uns, d'ailleurs.

18:54 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : islam, daech |  Facebook | | |

samedi, 14 novembre 2015

Les attentats de Paris n'ont pas une base religieuse mais géopolitique

Je vois des personnes que je connais faire une grave erreur d'analyse en ramenant à l'Islam les attaques terroristes que la France vient de subir.

Les attaques de Charlie Hebdo ont été menées par Al Qaeda (en fait, une de ses antennes), celles d'aujourd'hui par Daech.

Une fois qu'on met de côté toute la phraséologie idéologico-religieuse dans la revendication de Daech, on en arrive vite au message véritable : «tant que vous ne changerez pas de politique en Syrie et en Irak, vous subirez des attaques sur votre sol».

Le raisonnement de Daech est extrêmement simple : nous les avons attaqués sur leur sol (enfin, ce qu'ils estiment être leur sol), ils nous attaquent sur le nôtre. On sait que ces gens-là ne font aucune distinction entre civils et militaires. Nous sommes tous des cibles dès lors qu'ils considèrent notre pays comme leur ennemi. Leur stratégie, comme en Syrie et en Irak, est une stratégie de la terreur. Je doute fort que Daech aurait commandité des attentats sur notre sol si nous nous étions abstenus d'intervenir au Proche-Orient. Cela ne signifie pas qu'il ne fallait pas le faire. Plus vous donnez de gages à la terreur, plus elle exige de vous...

Quand Al-Qaeda a commis ses crimes en janvier dernier, ses motivations étaient différentes : d'abord nous punir de notre intervention au Mali où nous les avons mis en échec, ensuite, nous punir pour nos lois laïques, même si ce n'était sans doute pas leur but principal.

Bien entendu, le salafisme islamique génère un terreau propice à l'expression d'un terrorisme islamiste, mais son utilisation n'est elle pas spécifiquement musulmane.

Appeler les Musulmans à condamner les attentats est un non-sens. Ils n'ont pas de base religieuse. Les Musulmans de France peuvent bien dire et penser tout ce qu'ils veulent, ils ne pourront pas freiner le terrorisme. La seule chose qui pourrait peut-être infléchir son expansion temporairement serait un changement de politique en Syrie qui consisterait à retirer nos forces. Cela revient évidemment à céder à la terreur...

22:54 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : daech, attentats |  Facebook | | |

dimanche, 20 septembre 2015

Intervenir en Syrie ? Et après ?

Je suis abasourdi par les déclarations tonitruantes tant du chef de l'État que de l'opposition de droite. C'est à qui rivalise d'accents guerriers pour inviter la France à entrer en guerre en Syrie. Un débat parlementaire a toutefois eu lieu et j'ai pu en consulter le compte-rendu. Seul François de Rugy me paraît avoir soulevé des questions de fond en interrogeant la stratégie politique de la France en Syrie. Toutefois, il ne suffit pas de donner des garanties aux minorités et d'associer toutes les parties à la négociation. Il faut donner des garanties à toutes les forces en présence. On peut intervenir et laminer Daech, mais on ne parviendra à rien de durable si on ne propose pas de solution de rechange aux Sunnites. Le problème est d'ailleurs le même en Irak.

Les Européens s'imaginent tout le temps que leur modèle, celui d'une union après des guerres meurtrières, est transposable au monde entier. En France comme dans le reste de l'Europe il n'y a aucune pensée réaliste sur les phénomènes ethniques. Le goût pour le multiculturalisme, le vivre-ensemble remplacent la réflexion stratégique.

Il viendra un jour peut-être où Sunnites et Chiites parviendront à vivre ensemble sans se massacrer, mais il faudra qu'ils l'aient choisi.

A l'heure actuelle, les Alaouites, les Chrétiens, les Kurdes, les Yézidis et quelques autres minorités doivent probablement pouvoir s'accorder ensemble, mais pas avec les Sunnites. Il y a trop de sang versé et de crimes atroces commis entre Chiites/Alaouites et Sunnites.

Il n'y a donc pas d'autre option qu'une partition raisonnée du pays sauf à parvenir à convaincre une majorité de Sunnites de participer à une grande coalition (je n'y crois absolument pas).

S'il existe d'autres issues, je n'ai vu personne* les esquisser dans la classe politique française, partagée entre béni-oui-oui, va-t-en-guerre et cinquième colonne de Moscou et/ou du tiers-mondisme (ou du moins de son avatar moderne).

*Je recommande en revanche l'excellent décryptage d'Atlantico sur le sujet.

00:43 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : syrie, daech |  Facebook | | |

vendredi, 22 mai 2015

Une partition de la Syrie et de l'Irak est inévitable.

A la tournure que prennent les événements, je me suis résolu à penser qu'une partition de la Syrie et ne pouvait plus être évitée.

Dans chacun de ces pays, il faut trouver des compromis pour réserver une terre pour les Sunnites, pour les Chiites, pour les Alaouites et pour les Kurdes. Les Chrétiens, les Druzes, les Yézidis et les autres minorités ont toujours vécu en bonne intelligence avec les Kurdes et les Alaouites. C'est donc du côté de ces deux communautés qu'il faut chercher une association.

Je rejoins François Bayrou pour penser que c'est une erreur, désormais, de chercher à faire tomber Bachar el Assad, malgré les horribles et nombreux crimes de son régime. Mieux vaut préparer la partition devenue inévitable du pays. Les Alaouites jugeront si oui ou non, ils souhaitent conserver ce dirigeant.

Sauvons de la Syrie ce qui peut l'être et reprenons d'urgence Palmyre aux Djihadistes. 

Même si cela nous fait mal au coeur, il faut coopérer avec Bachar el Assad pour chasser et détuire l'ennemi commun. Ni les dirigeants syriens ni les dirigeants iraniens ne cherchent à déclencher une guerre mondiale ou à propager un islam si intolérant, rigide et cruel qu'il n'a jamais existé quoi que ce soit de tel dans son histoire.

Il ne faut pas se tromper : les djihadistes ne renvoient pas l'Islam à une époque rêvée de son histoire mais à une horrifiante dystopie capable de donner à un régime aussi inquiétant que celui de la Corée du Nord, l'aspect d'un Eden accueillant.

Le maître mot doit être de détruire Daech. Mais pour cela, il est essentiel de ne pas donner de raisons aux Sunnites de voir en ce dernier leur protecteur. Ce n'est pas gagné en Irak où le régime joue avec le feu avec ses milices chiites...

samedi, 03 janvier 2015

Guerres impossibles ?

Quelle est l'efficacité des armes et engins de guerre aujourd'hui dans les conflits ? On peut légitimement se poser la question en constatant les effets des frappes aériennes des forces qui luttent contre Daech en Syrie et en Irak.

Un avion de chasse coûte des dizaines de millions de dollars et chaque obus ou bombe des centaines de milliers de dollars. Or, quand l'on considère le bilan des frappes contre les terroristes on obtient quelques dizaines de cibles atteintes. Il faudrait ajouter aux coûts évoqués la logistique et le carburant nécessaire pour opérer les sorties. 

Ce n'est plus un gouffre, c'est un trou noir financier. Et j'ai l'impression que le bilan serait inférieur encore sans l'efficience très forte des technologies les plus avancées.

Est-ce que, à ce stade-là, ce ne serait pas bien plus rentable d'engager des tueurs à gage et de promettre un million de dollars par têtes de djihadistes identifiées ? Bien que cette proposition soit moralement affreuse, elle a le mérite de ne pas faire plus de victimes civiles que nos frappes chirurgicales et d'être financièrement abordable. Il reste à savoir s'il existe qui que ce soit dans le monde capable d'accomplir une mission aussi dangereuse...

Si la progression contre Daech semble très lente, il y a malgré tout un point dont il faut se féliciter absolument : les frappes alliées sont si calibrées et précises qu'elles ne semblent avoir guère fait de victimes civiles (il n'y en a pas eu d'échos, en tout cas). Ce bilan-là est impressionnant.

A l'exception de la France au Mali qui semble à peu près contenir son ennemi, toutes les autres interventions occidentales se sont soldées sinon par des échecs du moins par des retraits sans que les buts annoncés soient atteints.

On peut mettre en exergue l'absence de finalité politique commune dans ces interventions, comme le fait Jean-Marc Lafon sur le blog Theatrum Belli, bien sûr, mais cela n'explique pas les difficultés militaires. 

Les guérillas, je le sais, ont toujours été difficiles à réduire. La volonté occidentale de ne pas faire de victimes dans ses propres rangs ajoute une contrainte, et, celle de ne pas blesser de civils dans les opérations militaires rend très délicates toutes les opérations. Cela suffit-il à expliquer pour autant la disproportion entre les moyens engagés et les résultats obtenus ? Je ne le sais pas.

 Je note que des progrès sont enregistrés quand les forces occidentales disposent d'un appui terrestre assuré par des alliés très engagés et impliqués.

Les YPG kurdes à Kobané, les forces tchadiennes au Mali en sont des bons exemples. En Afghanistan, tant que les Américains ont pu compter sur des tribus sunnites alliées et sur l'Alliance du Nord, la grande force militaire de feu le commandant Massoud, ils ont progressé. Mais après, les choses se sont délitées, les Talibans regagnant petit à petit du terrain.

Peut-être est-ce aussi une question de temps. Daech s'est préparé de longue date à la guerre. Il faudra du temps pour que les alliés kurdes soient opérationnels avec du matériel moderne, et, sans doute est-ce à l'usure, paradoxalement, que les djihadistes tomberont. En Afghanistan, l'issue semble bien plus compromise faute d'alliés fiables et motivés.