Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Souviens-toi du Titanic !

    J'ai déjà appelé sur ce blog à bien distinguer banques de dépôts et banques d'affaires. Rien d'original, d'autres l'ont fait avant moi, et, sous l'influence de Jean Peyrelevade, c'est une position maintes fois exprimées par le MoDem, désormais. Mais  François Bayrou, qui la sens de le formule et de l'image, m'a tout récemment fait rire :

    Concernant le sommet du G20 et les volontés exprimées de moraliser le capitalisme, le député des Pyrénées-Atlantiques a affirmé : "l'essence du capitalisme est d'être amoral. Je ne dis même pas immoral : amoral". "C'est fait pour faire de l'argent pour ceux qui ont de l'argent. La morale a peu de choses à voir", pour François Bayrou. "Le combat qu'on est en train de livrer, puisqu'on parle du G20, sur les bonus des traders, est un combat largement de diversion. Le problème du capitalisme, c'est pas les traders, c'est le système qui fait que ce qui devrait être protégé --les dépôts des épargnants-- est mis dans des risques excessifs", a-t-il ajouté. "Il faut séparer les activités de banque de dépôt, de protection des épargnants, de financement de l'économie, du risque insensé de jeu, de casino", a-t-il poursuivi. "Si vous faites ça, vous avez un système de cloisons étanches", a rappelé le Président du Mouvement Démocrate, en relevant que le naufrage du Titanic était dû à la non-étanchéité de ses différentes parties.

    Tout en étant d'accord sur le principe, je demeure prudent sur l'application : les mouvements boursiers ne se limitent pas à des tours de roulette russe, et il y a une imbrication plus forte qu'on le pense entre les dépôts, pour les banques d'affaires, et leurs prises de risque. On peut le déplorer, mais ce sont aussi les confortables matelas que constituent les dépôts qui leur permettent de financer de temps à autre des activités risquées. Le tout est de définir des normes prudentielles. Une séparation radicale pourrait aboutir à une chute non moins radicale de leur activité et entraîner par ricochets successifs de fortes contractions de la croissance économique.

  • Kouchner, Mitterrand, démissions !

    Bernard Kouchner et Frédéric Mitterrand couvrent d'opprobre la France en demandant la libération de Roman Polanski. Que cela signifie-t-il ? Cela veut dire qu'on dispose d'une immunité quand on est oscarisé jusqu'à la moëlle ? Cela veut dire qu'on est au-dessus des lois quand on est le pote du landernau politico-médiatique ? Et quel silence de nos élites ! Il y a eu enfin une réaction en provenance de Daniel Cohn-Bendit, qui a estimé, à raison, qu'il y avait tout de même un problème de justice dans cette affaire.

    Sur le fond, d'ailleurs, le plus logique serait que le monde politique ne s'en mêle pas et laisse la justice suivre son cours. Mais il est vrai qu'en France, le pouvoir judiciaire n'est pas indépendant, et qu'on a l'habitude de révoquer à volonté les magistrats. Pas en Amérique. S'il y a bien un pays où la justice est indépendante, c'est bien ce pays. Alors, certes, elle y fait souvent mal son boulot, je ne compte pas le nombre d'enquêtes bâclées et d'erreurs judiciaires, mais elle a ce mérite de considérer que tout citoyen est égal devant la loi. Et ça, je peux vous garantir que les Américains, ils y tiennent : vous pouvez vous appeler Monsieur Star-system, là-bas, ils s'en foutent : si vous devez faire 350 ans de prison parce que vous êtes coupable, vous les ferez.

    Je trouve encore plus incroyable et grotesque que le parti majoritaire en France, l'UMP, se permette un communiqué officiel sur ce sujet. Mais on vit où, là ? Je ne parle même pas de la définition de l'inacceptable de Costa Gavras, jugeant plus inacceptable l'arrestation d'un Polanski en fuite et accusé de viol que les faits eux-mêmes. Pas grave : elle avait l'air d'avoir 25 ans, selon Gavras. Bien sûr. Bien sûr, cela justifie la drogue, le champagne et l'abus sexuel...

    Le show biz et les people ne se sentent plus dans le monde entier : ils se croient tout permis, à l'abri des lois et du commun des mortels. Et Sarkozy qui suit "attentivement" ce dossier. Mais il n'a rien à suivre, nom de D... cela ne le regarde pas. Pas son job. Il ferait mieux de s'occuper des problèmes des gens, pas des petits soucis des people épinglés par la justice américaine pour leur forfait. J'hallucine quand j'entends de la bouche de Harvey Weinstein, grand producteur à Hollywood, les propos suivants :

    « Avec le directeur du festival de Cannes, nous appelons tous les cinéastes américains à faire du lobbying contre cette décision. Polanski a payé, il a fait son temps. Un contrat a été passé, et le juge a outrepassé ce contrat. Moi même j’enverrai un mail a chaque personne que je connais. Et nous avons le soutien de Nicolas Sarkozy ». J'espère bien qu'il va démentir !

    Aujourd'hui, franchement, j'ai la haine. Une vraie haine. Si je pouvais beugler "pendons-les, pendons-les tous", je le ferai. A la far west, tiens...

  • La BNP rembourse, l'État va se faire du pognon !

    Et paf ! Tiens, qu'est-ce que j'ai dit et défendu à longueur de jours, sur ce blog, à propos des emprunts des grandes banques à l'État ? J'ai toujours dit que c'était une bonne affaire pour l'État et absolument pas un don comme le laissaient supposer divers responsables politiques (dont ceux du MoDem, malheureusement, qui dans cette histoire ont manqué de hauteur de vue).

    Donc, la BNP va rembourser en octobre à l'État les 5.1 milliards d'euros que le gouvernement avait souscrit sous forme de préférences. Avec les intérêts calculés sur 7 mois, s'il vous plaît, soit un bonus de 226 millions d'euros. Et encore, c'est du remboursement anticipé, donc le bénéfice final est moindre qu'attendu. Les autres banques vont payer plus, comparativement, si elles attendent. D'après Baudoin Prot, le PDG de la BNP, le contexte pour rembourser est favorable. De toutes façons, plus les banques tardent, plus elles paient. Ce n'est donc pas de leur intérêt.

    BNP s'apprête à vendre des actions à 40 euros (30% de décote) pour son augmentation de capital. Y'a bon l'action à 40 euros, j'achète, moi !!! Il y en a pour tout le monde, si j'ai bien lu, BNP émet 497.284 actions !

    Bon, il faut aussi dire qu'il y a une relation avec les décisions du G20 qui a décidé que les banques devaient augmenter leurs fonds propres...

  • L'absurde management de France Telecom

    Je viens de prendre connaissance de la manière dont France Telecom gère la carrière de ses cadres grâce à un article du Parisien. Mutation forcée tous les trois ans. Je commence à comprendre pourquoi c'est le bordell, là-bas, quand on essaie de faire appel aux différents services.

    Il y a un truc de base que France Telecom (mais ce n'est dans doute pas la seule entreprise dans ce cas) semble tout à fait ignorer : je n'en connais pas le terme technique, mais moi, je l'appelle "mémoire de l'entreprise". L'esprit d'une entreprise se constitue en partie par l'image qu'elle renvoie, en externe, mais aussi, par les souvenirs qu'en ont ceux qui y travaillent et par la somme d'information qu'ils détiennent. Une gestion intelligente de cette mémoire diverse et divisée, c'est de faire en sorte qu'elle soit efficiente là où est affectée. Ainsi, dans chaque service, quelques personnes établies peuvent apporter un soutien précieux aux débutants ou débloquer une situation grippée grâce à l'expérience et aux connaissances accumulées. C'est particulièrement le rôle des cadres. Ceci ne signifie pas qu'il faut les laisser à vie dans leur poste, car le danger qui guette, alors, c'est l'ennui (mais pas nécessairement la routine), mais qu'il faut au moins leur laisser le temps de constituer cette mémoire efficace et bien considérer l'impact d'un changement de poste, comparable à un effacement de données sur un disque dur, ou du moins, à une réallocation complètement ubuesque.

    Et ce qui me frappe, dans tous les cas de suicide qui se sont produits à France Telecom, c'est justement l'écart grandissant entre  les compétences des cadres mutés et ce qui en était attendu dans un métier parfois complètement différent.

    Pour finir, tout n'est pas non plus à jeter dans les méthodes de France Telecom : l'entreprise a parallèlement une gestion de l'intéressement plutôt généreuse, mais l'argent ne peut être le seul moteur d'une organisation efficace. Olivier Barberot, le Directeur des ressources humaines du groupe, a du pain sur la planche, je crois...Il veut former les 20 000 managers du groupe, paraît-il : et si France Telecom lui assignait un "objectif sur le plateau" ?

    Cela dit, sans vouloir soulever à nouveau un lièvre, je me demande parfois dans quelle mesure l'application des 35 heures dans les entreprises n'a pas généré un surcroît de travail et surtout de demande de productivité. Je relisais le compte-rendu d'une table ronde à laquelle Olivier Barberot avait justement participé en 2001, alors qu'il était DRH de Thomson et voici ce qu'il disait :

    Nous avons cinq centres de recherche dans le monde, les deux plus importants sont situés à Rennes, où les chercheurs sont aux 35 heures, et à Indianapolis, où l'on travaille 40 heures. Donc, un chercheur français doit produire plus et plus vite qu'un chercheur américain. Il y arrive souvent. C'est dire l'exigence posée par les 35 heures. Il en va de même dans nos usines, l'une étant située en Pologne et l'autre à Angers.

    Je ne cherche pas à faire porter le chapeau aux 35 heures dans ces cas de suicide (le déplacement triennal est une aberration) mais je trouve ce propos, datant de 2001, symptômatique. On a pris alors l'habitude de pressuriser les cadres au-delà de ce que permettait le sens commun. Au passage, Barberot observait lors de cette même table ronde, contrairement à une idée reçue, que le dialogue social existait en France et que les conflits sociaux étaient bien plus durs aux USA.