mercredi, 01 octobre 2008
A propos de la méchante finance
Mille mercis à Olivier dont le commentaire trouvé sur le blog d'Hervé en réponse à l'article l'illusion d'une illusion m'épargne l'effort d'écrire un billet en substance similaire.
Je fais donc un simple copier-coller :
Ah, ça me fait bien rire, toutes ces élucubrations sur la méchante finance. Elle démontre surtout l'ignorance crasse des gens. Il est clair qu'UNE PARTIE de la finance est sérieusement vérolée, et appelera des mesures sérieuses de régulation, mais jeter le bébé avec l'eau du bain, c'est faire preuve d'une méconnaissance impressionnante...
Alors, quelques petits rappels (ou informations) en vrac:
- Non, la finance n'est pas déconnectée de l'économie réelle, en fait mis-à-part la fantastique connerie du mark-to-market (l'enregistrement comptable à la "valeur de marché"), la finance ne créé par de richesse à partir de rien (à une exception près, qui est la création par les banques centrales, qui prêtent aux banques de l'argent -qui n'existe pas, donc qu'elle créé- qu'elles réinjectent dans l'économie, mais rappelons que ces prêts ne se font pas n'importe comment, sinon, on aurait une inflation délirante de la masse monétaire mondiale). Une banque utilise les dépôts des clients, les financements interbancaires, sa dette de marché et les fonds propres amenés par les actionnaires, pour prêter de l'argent. Cet argent ne vient pas de nulle part, il vient de l'économie réelle et repart dans l'économie réelle. Une partie de cet argent est placé (notamment sur les marchés financiers) pour le compte de tiers (dont l'argent vient de quelque part... L'économie réelle) ou pour compte propre. Et même dans ce cas, sur un marché financier, il y a toujours échange, ce qui veut dire qu'il y a d'un côté un actif qui existe, de l'autre de l'argent qui vient de quelque part.
- Qui sont les coupables dans cette crise? Les prêteurs subprime (souvent des petites banques spécialisées), certaines équipes de titrisation et les agences de notation (il y a assez de littérature sur le sujet depuis un an pour que vous connaissiez ces métiers...). Les premiers ont fait faillite, ce qui d'ailleurs est mérité (mais soit dit en passant, ça montre aussi qu'ils avaient gardé une partie du risque, contrairement à une croyance répandue). Les seconds sont virés (vous allez me dire, ils gagnaient des bonus mirobolants... En fait, non, ils gagnaient bien leur vie, certes, comme des cadres supérieurs, mais on est très loin des bonus des traders...). Les troisièmes se portent bien alors qu'ils portent la plus grosse responsabilité, ça c'est scandaleux en revanche! Maintenant il faut bien comprendre deux choses: (i) la titrisation en soi n'est pas absurde (à partir du moment où on vend les actifs au juste prix), c'est même un astucieux moyen de rencontre entre ceux qui ont besoin d'argent (ou ceux qui veulent libérer des fonds propres pour continuer à exercer leur activité, quitte à abandonner une partie de leurs profits -c'est le cas des banques et des compagnies d'assurances) et ceux qui en ont et veulent diversifier leurs classes d'actifs (d'ailleurs, beaucoup de banques, d'assureurs et de fonds, sont beaucoup plus victimes que coupables dans cette histoire: elles avaient besoin d'avoir des actifs peu risqués, on leur vend des actifs AAA, elles croient en toute bonne foi que ce sont des actifs de qualité, assez sûrs, qui équilibrera bien leur portefeuille en complément d'actifs plus risqués comme des actions ou des options, et hop, parce que des incompétentes -ou malhonnêtes- agences de notation se sont complètement plantées pour faire plaisir à leurs clients -les équipes de titrisation, ou plutôt je le répète CERTAINES équipes-, elles se retrouvent avec des bousins radioactifs qui font des gros trous dans leur belle comptabilité IFRS / US GAAP gorgée de valeur de marché virtuelle).
- Le plan Paulson, 700 milliards aux frais des contribuables? Bien sûr que non, déjà il y a des garanties, et de plus ces actifs n'ont pas non plus une valeur nulle et sont déjà vendus à la casse. D'ailleurs, un de mes collègues pense (et ce n'est pas le seul) qu'en fonction des prix de rachat de ces actifs (suivant la méthode de valorisation), il se pourrait que le contribuable américain s'en mette plein les poches! En effet, il y a une telle psychose sur tout ce qui s'appelle RMBS, CDO, etc... (des produits de titrisation, pas tous nécessairement pourris d'ailleurs), que leurs prix de marché sont parfois bien en-dessous de leur réelle valeur économique, ce qui est d'ailleurs le cas de la quasi-totalité des actifs financiers actuellement (soit dit en passant, c'est l'avis également d'un certain nombre de hedge funds, qui achèteraient massivement ces actifs bradés, s'ils n'avaient pas peur d'être bloqués par un problème d'illiquidité de ces marchés, i.e. personne ne voudrait en racheter au moment où ils voudraient -ou devraient, pour cause de retrait de fonds- vendre! Parce que même pour un actif pourri vendu 100 mais valant réellement 50, si vous l'achetez à 30, vous faites quand même une bonne affaire).
Bon, il y aurait probablement des dizaines d'autres idées reçues à dézinguer, mais bon, mon commentaire deviendrait interminable...
23:41 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : finance, crise, subprime, banque
vendredi, 25 janvier 2008
Société Générale : l'homme qui valait 50 milliards !
Pourquoi 50 milliards d'euros ? Pour une raison très simple : 5 milliards d'euros, ce sont les pertes. Enfin, soyons exacts : le montant des pertes, c'est 7 milliards d'euros, car il y a aussi 2 milliards d'euros de subprimes. D'ailleurs, depuis hier, cette information s'est volatilisée, on ne sait pourquoi. Revenons à nos moutons : sur quels montants de fonds croyez-vous que des positions avaient été prises. Notez que je ne mets pas, grammaticalement, de complément d'agent à ma tournure passive, si bien que l'on ne sait pas, finalement, qui a pris les dites positions.
50 milliards d'euros, c'est tout de même pas loin des 3/4 du budget de l'Education Nationale en France. 50 milliards d'euros de positions prises par un seul homme ? Le pauvre gars s'appelle Jérôme Kerviel, et l'hypothèse invoquée serait qu'il aurait été pris de bouffées délirantes et paranoïaques. D'ailleurs, allez savoir pourquoi, il est introuvable : incroyable, non ?

Observez bien l'instrument qui se trouve représenté ci-contre : c'est un instrument de musique, bien connu, simple, et sympathique quand on veut siffloter une petite musique, l'air de rien.
Ils donnent des cours de pipeau, à la Société Générale ? En langage technofrik, il paraît que cela se dit "seubpraïme", le mot pipeau...Faut que je consulte mon dictionnaire, hein, mais je crois que cela doit être quelque chose de ce genre... Evidemment, Christian Noyer, le directeur de la Banque de France assure que ce n'est pas la bonne traduction, et que c'est un autre mot. Il est toujours à la recherche de ce dernier.
Je juge en revanche très démagogique la réaction de Ségolène Royal. Voici ce qu'elle déclare : "Je veux que l'Etat recadre les banques, réglemente leurs activités pour qu'elles fassent ce pourquoi elles sont payées, c'est-à-dire prêter de l'argent aux ménages, aider les entreprises pour qu'elles créent des emplois".
N'importe quoi. Heureusement qu'une banque cela ne se limite pas à cela ; si elle veut en finir avec la réputation d'incompétence qu'elle s'est faite, elle a intérêt à éviter ce genre de sorties...
Ah, au fait, le comble de l'histoire, c'est que l'action de la Société Générale est en hausse aujourd'hui. Je parie que des petits malins ont voulu anticiper en se disant que quelques grosses banques verraient dans cette histoire le bon moment pour lancer une OPA. Attention, avec des anticipations de ce genre, ils pourraient bien louper le coche...
10:10 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Société générale, subprime, Royal
lundi, 24 décembre 2007
Jean-Claude Trichet à l'honneur au Financial Times
Jean-Claude Trichet est élu homme de l'année par le Financial Times. J'avoue que je trouve cela mérité. L'homme est discret, mais, sur les subprimes, il a su sortir de l'orthodoxie monétaire pour réagir vite et bien, et injecter suffisammment de liquidités pour rassurer les banques, d'autant plus que les marchés ont senti que la BCE était prête à rééditer l'opération.
De surcroît, mener une opération concertée avec les autres banques centrales, c'était bien vu.
Sur le fond, nul doute que les banques centrales devront évoluer dans notre monde moderne qui n'est plus le temps de leur création. Aujoud'hui, il ne s'agit pas seulement de gérer les risques de dérapage inflationniste, ce sont les crises financières de toute sorte auxquelles il faut faire face. Et c'est une tout autre mission qui exige une redéfinition du rôle des banques centrales partout dans le monde.
13:00 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : BCE, Trichet, banque centrale, subprime, financial times



